Opéra

Virage à droite à l'Opéra Bastille

2012-01-28 17:10+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Les personnes suivant l'actualité de l'Opéra Bastille avaient entendu parler d'un projet de modification du dispositif de surtitrage pour que ces surtitres soient visibles de partout. Plus récemment, un article de propagande du Figaro faisait dire au directeur Nicolas Joel (sans tréma) :

Sur le plan tarifaire, depuis trois ans, les places n'augmentent pas. Elles vont même baisser la saison prochaine...

Tant de mauvaise foi en si peu de mots... D'un air désabusé, sur le forum ODB, j'avais imaginé le pire : Vu que des travaux pour que les surtitres soient visibles de partout ont été annoncés, pourquoi ne pas faire disparaître la catégorie 7 (ou ne laisser à la rigueur que les deuxièmes rangs de galeries et les 4 strapontins du deuxième balcon)....

Par curiosité, j'avais demandé il y a quelques semaines à recevoir la brochure pour le Ring 2012/2013 à l'Opéra Bastille (que j'ai déjà vu sur les années 2010 et 2011 : Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried, Götterdämmerung). Je ne l'ai reçue qu'aujourd'hui, et j'ai pu constater que ma prédiction de malheur s'est réalisée.

Voici le plan de salle 2011/2012 :

Plan de salle de Bastille 2011/2012

Et voici celui de 2012/2013 :

Plan de salle de Bastille 2012/2013

Si vous n'avez pas l'habitude de ce plan, vous n'y voyez pas grand'chose, c'est normal... Le code couleur est le même dans les catégories Optima et 1-6. Les catégories 7-8 sont en blanc sur ce deuxième plan parce que ces places ne sont pas proposées par abonnement. Pour y voir plus clair, concentrons-nous sur un détail, le premier balcon de côté :

Premier balcon de côté

J'espère ne pas faire d'erreur de comptage, mais à gauche, on a 2 rangs rouges, 3 rangs bleus, 2 rangs bleu ciel, et 3 rangs orange (les hachures violettes correspondent à une tarification différente pour les ballets). Dans chaque colonne de dix rangs, on avait ainsi donc 2 places de catégorie 1, 3 places de catégorie 2, 2 places de catégorie 4 et 4 places de catégorie 7. Au tarif des superproductions (ratées, en général), cela fait 2×170€+3×150€+2×105€+3×15€=1045€.

À droite, il semble qu'il y ait 3 rangs rouges (catégorie 1), 2 rangs bleus (catégorie 2), 1 rang jaune (catégorie 3), 2 rangs bleu ciel (catégorie 4), 1 rang violet (catégorie 5) et 1 rang vert (catégorie 6). Avec le nouveau tarif (avant ristourne spécial Ring), cela nous fait 3×155€+2×135€+1×115€+2×90€+1×70€+1×35€=1135€.

À vrai dire, je m'aperçois du fait que la grille proposée (155€/135€/115€/90€/70€/35€) ressemble beaucoup à la grille du tarif N actuel (celle utilisée cette année pour les reprises de Don Giovanni et Rigoletto). Comme annoncé dans l'article du Figaro mentionné ci-dessus, elle correspond à une baisse de 5€ en catégories 4/5/6 par rapport au tarif N 2011/2012 : 155€/135€/115€/95€/75€/40€ (catégorie optima inchangée à 180€). Si je refais le calcul du prix d'une colonne de premier balcon de côté, j'obtiens 2×155€+3×135€+2×95€+3×15€=950€.

On nous annonce une baisse des tarifs et effectivement on observe une baisse de 5€ dans certaines catégories de places, mais pourtant on passe de 950€ de recettes par colonne de premier balcon de côté à 1135€ (environ 19% de hausse). Vous l'avez deviné depuis le début, il suffisait de changer les couleurs du plan de salle. On a vu le principe avec le premier balcon, mais il y a d'autres glissements de frontières entre catégories à d'autres endroits (en particulier au parterre). La seule bonne nouvelle que je voie est qu'au centre du deuxième balcon, il y a trois rangs qui passent de 75€ à 35€ (48 places).

Les conséquences immédiates, c'est que les gueux qui prenaient des places 15€, après avoir été écartés du parterre lors de la saison 2011/2012, seront écartés du premier balcon en 2012/2013. Il ne leur reste plus que 4 misérables strapontins au deuxième balcon et des places aux galeries. Vertigineux, s'abstenir.

Tant que j'y suis, je vous donne la grille tarifaire du Ring 2012/2013 incluant la remise (en divisant les chiffres par 4 pour garder un prix par représentation plutôt que par cycle) :

Catégorie de prixOptima123456
Sans remise180€155€135€115€90€70€35€
Avec remise spéciale ring144€124€114€¾97€¾81€63€35€
Taux de remise20%20%15%15%10%10%0%

(Précision : ce sont les tarifs pour les cycles s'étendant sur plusieurs mois. Ceux du cycle de juin 2013 sont plus chers (et excluent pour le moment les catégories 5 et 6) : ajouter environ 60% puis 4×15€=60€ de programmes en vente liée.)

La TVA est traditionnellement considérée comme un impôt injuste par la gauche parce que le même taux s'applique à tout le monde, que l'on gagne peu ou beaucoup. Le principe de la redistribution fiscale (qui est plus ou moins celui de l'impôt sur le revenu), c'est d'appliquer un taux d'autant plus élevé que les revenus sont importants. L'Opéra applique une idéologie toute contraire. Si le même taux de réduction avait été appliqué à toutes les catégories, les réductions les plus importantes auraient déjà été accordées aux catégories les plus chères (puisque la réduction aurait été proportionnelle au prix), mais avec ce taux de réduction variant dans le mauvais sens, l'injustice est plus grande encore.

Du point de vue artistique, les rumeurs à propos de la saison 2012/2013 laissent à penser qu'elle sera globalement encore moins intéressante que la saison 2011/2012. Qu'aller à l'Opéra Bastille devienne inabordable fournit une raison de plus pour ne plus trop fréquenter ce lieu. L'herbe est peut-être plus verte ailleurs...

PS: Pour donner une idée de la façon dont les classes moyennes sont éjectées de l'Opéra Bastille, jusqu'à la saison 2010/2011, il y avait environ 335 places à 20€ et moins, en 2011/2012, 165 places (à 15€ et moins, le tarif à 20€ ayant disparu) et a priori, en 2012/2013, il n'en resterait plus qu'à peu près 85. Deux baisses consécutives de 50%, ça fait une baisse de 75%...

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Kátia Kabanová aux Bouffes du Nord

2012-01-18 01:36+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre des Bouffes du Nord — 2012-01-17

Nicolas Chesneau, piano

Jérôme Billy, Koudriach

José Canales, Tichon Kabanov

Mathilde Cardon, Glasa

Elena Gabouri, Kabanicha

Paul Gaugler, Boris

Douglas Henderson, Kouliguine

Michel Hermon, Saviol Dikoj

Kelly Hodson, Katia

Céline Laly, Varvara

André Engel, mise en scène

Irène Kudela, direction musicale et études linguistiques

Ruth Orthmann, collaboration artistique

Nicky Rieti, scénographie

Chantal De la Coste-Messelière, costumes

André Diot, création lumières

Pippo Gomez, création son

Guillaume Lepert, régisseur plateau

Gérard Caldas, Grégoire Boucheron, régisseur lumière

Romain Vuillet, régisseur son

Béatrice Boursier, Siegrid Petit-Imbert, couturières

Kátia Kabanová, version de chambre de l'opéra de Leoš Janáček

Je ne sais pas pourquoi Nicolas Joel, le directeur de l'Opéra de Paris avait eu l'idée saugrenue de remonter la production de Salomé mise en scène par André Engel. Cela ne donnait pas très envie d'aller voir d'autres spectacles de ce metteur en scène. Heureusement, j'avais alors déjà acheté ma place pour la première de Kátia Kabanová mise en scène par celui qui avait déjà été l'auteur d'une belle production d'un autre opéra de Janáček : Příhody Lišky Bystroušky.

En m'installant à la corbeille, je peux déjà voir que le décor s'inscrit parfaitement dans le lieu. Ce décor est une terrasse surélevée à laquelle on accède à l'avant par un petit escalier. Un autre escalier est situé à l'arrière (côté jardin). Une porte à l'arrière de la terrasse sert d'entrée pour les rendez-vous nocturnes. La terrasse a la même couleur noire que le sol du théâtre et les surfaces verticales du décor sont en rouge-Bouffes-du-Nord. (Comme j'ai aperçu David, il sera sans doute possible de voir quelques photographies chez lui.)

Quand le personnage de Kátia entre sur scène, on sait immédiatement comment elle se donnera la mort. Elle s'approche en effet dangereusement du parapet de la terasse. Elle répétera plusieurs fois ce mouvement. Que ce geste devienne une évidence permet de mieux distinguer les nombreuses annonces de la mort de l'héroïne qui se trouvent dans le texte. Il n'y a pas d'autre issue possible.

Si la récente superproduction Manon était dénuée de théâtre, cette mise en scène n'en manque pas ! Le tyrannique personnage de Kabanicha mène tout le monde. Amorphe, son fils Tichon obéit sans réfléchir. Elle flagelle son amant Saviol qui ne demande que ça. Quand Kátia est morte, elle s'empare de son alliance et la met à son doigt...

La scène de l'orage est accompagnée de sons enregistrés et d'éclairages qui se propagent dans tout le théâtre pour donner l'illusion de la survenue d'éclairs. Les ruines que Kouliguine et Koudriach explorent et éclairent de leurs lampes au début de ce troisième acte ne sont rien moins que le théâtre lui-même ! Avec le décor, c'est véritablement une production sur mesure pour les Bouffes du Nord !

Une autre originalité de la mise en scène est la façon dont se passe le récit que Kátia fait à son amie Varvara de son rêve d'un amour (qui s'oppose forcément à sa morale chrétienne). La scène devient pour ainsi dire un duo d'amour tant Kátia se comporte comme si Varvara était son amant.

Tout cela est fort bien mené, on ne s'ennuie pas une seconde et on est tout étonné que cela se termine si vite. Les chanteurs (et particulièrement l'interprète du rôle de Kátia : Kelly Hodson) m'ont fait une bonne impression. Par rapport à l'expérience semblable qu'avait été La Flûte enchantée de Peter Brook, s'agissant d'une musique que je connais beaucoup moins, et dont j'ai pourtant pu apprécier l'extrême beauté dans toute sa richesse orchestrale il y a un an à Garnier, la magie opère moins sur moi du fait de la réduction de la musique au piano seul.

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Manon à Bastille

2012-01-15 01:56+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2012-01-14

Natalie Dessay, Manon

Giuseppe Filianoti, Le Chevalier Des Grieux

Franck Ferrari, Lescaut

Paul Gay, Le Comte Des Grieux

Luca Lombardo, Guillot de Morfontaine

André Heyboer, de Brétigny

Olivia Doray, Poussette

Carol García, Javotte

Alisa Kolosova, Rosette

Christian Tréguier, L'Hôtelier

Alexandre Duhamel, Ugo Rabec, Deux gardes

Isabelle Escalier, Une vieille dame

Robert Catania, Pascal Meslé, Deux voyageurs

Ghislaine Roux, Catherine Hirt-André, Deux voyageuses

Chae Hoon Baek, Un porteur

Nicolas Marie, Un marchand

Constantin Ghircau, Marc Chapron, Deux croupiers

Olivier Ayault, Jian-Hong Zhao, Deux joueurs

Nicole Monestier, La servante

Michel Derville, Le portier du séminaire

Evelino Pidò, direction musicale

Coline Serreau, mise en scène

Jean-Marc Stehlé, Antoine Fontaine, décors

Elsa Pavanel, costumes

Hervé Gary, lumières

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Manon, Massenet

Nous n'en sommes qu'à la deuxième représentation, pourtant tout le monde a déjà pu lire un nombre invraisemblable de critiques toutes plus violentes les unes que les autres envers la nouvelle production de Manon (Massenet) mise en scène par Coline Serreau à l'Opéra Bastille.

Les décors sont loin d'être ratés. Celui du deuxième acte est même franchement réussi : une façade d'hôtel faisant environ un tiers de la largeur de la scène descend des cintres. Arrivée au sol, elle se penche vers l'avant, et étant maintenant complètement à l'horizontale, elle permet au spectateur de voir la chambre de Manon et du chevalier (le procédé ressemble à ce qu'avait fait Tcherniakov dans Macbeth). Ce qui est ridicule, c'est entre autres de faire paraître une couronne et une écharpe de Miss Arras quand Manon se voit belle (cela me rappelle l'armure qui descendait des cintres dans La Dame du Lac). Un certain nombre de détails du livret seront illustrés par des accessoires ou éléments de décors jetables (aussitôt utilisés aussitôt abandonnés). Il en va de même du cortège de femmes proscrites au cinquième acte : purement décoratif.

Les costumes qui mêlent toutes les époques n'ont rien de scandaleux. Encore faudrait-il en faire quelque chose d'intéressant ou de joli... Que Lescaut habillé en punk se déclare garant de l'honneur de la famille est assez ironique. Les coupes (qui n'étant pas expert ès Massenet je ne pourrai détailler) n'aident pas le spectateur à comprendre ce que la mise en scène ne montre pas. Je me demande ainsi comment on est censé comprendre pourquoi le chevalier se fait tabasser à la fin du deuxième acte.

Sur scène, le mouvement et les gesticulations ne manquent pas. On voit ainsi des patineuses à roulettes à Saint-Sulpice. Le cheval de Guillot est une moto à l'arrière de laquelle Manon grimpe en amazone (comme le font les Indiennes en sari...). Comme pour les décors et les costumes, je ne pense pas que ce soit cela qu'il faille moquer ou critiquer. À mon avis, le plus gros problème de cette production, c'est qu'il n'y a pas de théâtre. Les chanteurs, le dos bien droit, comme des piquets, chantent face au public. Un coup de foudre se déclare à vingt mètres de distance sans qu'un regard soit échangé. C'est d'un ennui glaçant.

J'avais un meilleur souvenir de l'œuvre de Massenet (que je ne connaissais que par le DVD de la production de David McVicar avec Dessay/Villazón). La musique contient trois ou quatre motifs (qui ne manquent pas de beauté). Ils reviennent dans l'œuvre comme des rappels d'un certain passé dans le point de vue du héros (qui est plutôt le chevalier Des Grieux que Manon). Peut-être que je fais maintenant davantage attention à ce genre de choses ? En tout cas, j'ai trouvé que la musique se répétait beaucoup.

L'orchestre et le chœur m'ont semblé très bons, tout comme les trois chanteuses issues de l'atelier lyrique : Olivia Doray (Poussette), Carol García (Javotte) et Alisa Kolosova (Rosette). Franck Ferrari (Lescaut) est le soliste que j'ai pris le plus de plaisir à écouter. Giuseppe Filianoti (Le chevalier Des Grieux) m'a paru moins à l'aise que dans les Contes d'Hoffmann. Il en impose trop. Ce serait mieux s'il chantait moins fort, sans crier. Il reste le cas Dessay (Manon). Sa voix est beaucoup critiquée. Je pense qu'elle a encore les moyens d'émouvoir par son chant. Cependant, ce soir, il y a eu une poignée de couacs. Le timbre s'altère parfois inopinément et une fois, la voix s'est éteinte au milieu d'une phrase musicale. Les notes aigues n'ont pas l'air de lui poser de problème, même si elles sont moins éblouissantes que dans le passé. Ce qui m'a le plus gêné, c'est le manque de volume pendant de nombreux passages de récitatifs chantés. Il fallait vraiment tendre l'oreille pour entendre le son de sa voix, alors même que l'orchestre ne semblait pas jouer particulièrement fort. Le duo de Saint-Sulpice tenait la route, mais il a manqué d'émotions, comme la production dans son ensemble.

À la fin des actes, le public se met bizaremment à applaudir quelques secondes avant que la musique se termine. Une fois l'opéra exécuté, on a très vite rallumé les lumières, laissant très peu de temps aux chanteurs pour recueillir des applaudissements. Formidable ambiance. Encore une nouvelle production ratée ! Quand on pense que ces productions auront vocation à être reprises dans les années qui viennent... Je rappelle que pour le moment la seule nouvelle production de l'ère Nicolas Joel qui tienne la route est celle de Mathis der Maler.

Ailleurs : David, Paris Broadway, Gilda.

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La Traviata à Dijon

2012-01-08 23:04+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Auditorium de Dijon — 2012-01-07

Irina Lungu, Violetta Valéry

Jesús León, Alfredo Germont

Dimitris Tiliakos, Giorgio Germont

Silvia De La Muela, Flora Belvoix

Anne Mason, Annina

Manuel Nuñez Camelino, Gastone, visconte de Létorières

Laurent Alvaro, Baron Douphol

Jean-Gabriel Saint-Martin, Marchese d'Orbigny

Maurizio Lo Piccolo, Dottor Grenvil

Rachid Zanouda, Servo

Yu Chen, Giuseppe, servo di Violetta

Zakaria Elbahri, Commissionario

Rainer Vilu, Domestico di Flora

Roberto Rizzi Brignoli, direction musicale

Jean-François Sivadier, mise en scène

Véronique Timsit, collaboratrice à la mise en scène

Alexandre de Dardel, scénographie

Virgine Gervaise, créatrice costumes

Philippe Berthomé, assistant lumières

Grégoire de Lafond, assistant lumières

Cécile Kretschmar, créatrice maquillage & coiffure

Salvo Sgrò, chef de chœur

Nathalie Steinberg, chef de chant

Maurizio Prosperi, pianiste accompagnateur

Patrick Dutertre, costumes

Ana Garcia, chorégraphie

Fabrice Kebour, lumières

Béatrice Arnal, créateur des surtitres

Kalmus, éditeur de la partition

Orchestre Dijon Bourgogne

Chœur de l'Opéra de Dijon

Estonian Philharmonic Chamber Choir

La Traviata, Verdi

Au début d'un concert, il suffit parfois de quelques secondes pour savoir si la soirée sera à mettre aux oubliettes (cf. la Cenerentola à Garnier). À l'inverse, une petite gamme vocalisée par le chanteur pour se chauffer la voix peut suffire à se décider qu'on va assister à un grand concert (cf. Wasifuddin Dagar). La représentation de La Traviata de ce samedi à Dijon appartient à cette deuxième catégorie. Après avoir entendu les toutes premières secondes du Prélude, je savais que ç'allait être un grand moment d'opéra pour moi. J'en avais déjà les larmes aux yeux. J'étais complètement liquéfié quand Irina Lungu (Violetta) a commencé à chanter.

Il faut dire aussi que j'étais dans de très bonnes dispositions. Je n'avais jamais eu l'occasion de voir La Traviata. Je m'étais décidé à m'abonner quand j'avais su que cet opéra était programmé. Par ailleurs, je faisais partie de la petite douzaine de spectateurs qui avaient assisté à la rencontre avec le metteur en scène Jean-François Sivadier (c'est la même production que celle du dernier festival d'Aix-en-Provence). Une rencontre ? plutôt une discussion à bâtons rompus qu'il a fallu interrompre quand les autres spectateurs ont afflué autour du bar et qu'on ne s'entendait plus. Il est dommage que la rencontre n'ait pas été annoncée plus largement... On peut penser que plus de 1% des spectateurs auraient été intéressés ! Il est par ailleurs dommage que cette rencontre fût apparemment réservée à ceux qui assistaient à cette représentation. Ah, en fait, j'ai compris : sur le site, la rencontre était annoncée pour le samedi 7 décembre...

L'auditorium a une drôle d'architecture (en forme de piano à queue). Il faut montrer patte blanche à l'entrée en bas d'un escalator qui conduit à un no man's land au deuxième étage enjambant le boulevard de Champagne avant de prendre d'autres escaliers mécaniques pour redescendre au rez-de-chaussée... Cela me rappelle la BnF et les malls indiens.

Au bout du foyer, je m'installe donc pour la rencontre avec Jean-François Sivadier. Sa façon de parler du théâtre et de la mise en scène d'opéra m'a bien plu. En préambule, il avait commencé par dire L'économie de l'opéra, c'est complètement absurde !. Il a ensuite expliqué qu'une grande partie de son travail était de faire que la technique vocale soit partie intégrante du jeu d'acteur. Un violoniste ne joue pas qu'il joue du violon. Le point de départ de la mise en scène est donc constitué des mouvements que doivent faire les chanteurs pour interpréter la musique telle qu'elle a été conçue par Verdi. Il doit aussi aller contre les clichés et idées préconçues que pourraient avoir les chanteurs sur la façon de jouer. Il explique que l'axe de l'opéra oppose le mot Jouir que répète inlassablement Violetta au premier acte et l'Amour que lui porte Alfredo. Avec cette idée en tête, pendant la représentation, il est évident que pour Violetta, tout bascule dans la dernière scène du premier acte : peu après qu'elle a dit gioir!... gioir!..., elle entend Alfredo chantant Amor, amor à palpito depuis les coulisses.

Il explique aussi aimer diriger les chanteurs comme des danseurs et être fasciné par Pina Bausch. On peut d'ailleurs déceler une évidente référence à son univers dans sa mise en scène : à un moment, Violetta avance sans prendre garde aux chaises noires qui font obstacle devant elle et qu'un homme se précipite pour les écarter de son chemin (cf. Café Müller).

L'idée principale de la mise en scène est de concevoir que se déroule sur scène une énorme fête au début de laquelle un homme, qui pourrait être un spectateur, décide de déclarer son amour à Violetta, qui se prend à rêver que c'est vrai. Quelques chanteurs-comédiens sont déjà sur scène (à fumer) quand les spectateurs s'installent à leur place. Certains chanteurs entreront via les allées du parterre (où je suis impérialement placé ; c'est un petit plaisir bien plus abordable à Dijon qu'à l'Opéra Bastille !). Un rideau tiré d'un côté à l'autre de la scène (parfois à moitié) semble plus ou moins séparer deux univers : le réel et le rêve. Au cours de cette fête s'insère un épisode à la campagne : des panneaux descendus des cintres et représentant une végétation bucolique et un ciel transpercé de nuages viennent créer cette ambiance visuelle tout en cloisonnant l'espace scénique que l'on peut concevoir comme étant une maison de campagne divisée en plusieurs pièces.

Tous les chanteurs et choristes m'ont donné une impression de vérité dans leur jeu. J'ai rarement vu une telle cohésion et autant de conviction partagée par tous sur une scène d'opéra. L'orchestre quand il a de quoi se mettre en valeur (comme au début des premier et troisième actes) le fait très bien. Malheureusement, le début du troisième a été pourri par les tousseurs (dont un en particulier qui n'arrêtait pas à quelques mètres derrière moi et qu'une de ses voisines suppliait de sortir). L'orchestration n'est pas de Prokofiev ou de Britten, mais il y a néanmoins de quoi prendre un certain plaisir à découvrir des détails insoupçonnés lors de précédentes écoutes au disque (ou au DVD). Le chef fait un remarquable usage du rubato, qui sert ici particulièrement bien le drame. Du côté des voix, les trois rôles principaux sont remarquablement bien interprétés. Irina Lungu (Violetta) était annoncée souffrante, mais je n'ai rien remarqué de particulier, à part un timbre légèrement altéré pendant les aigus du premier acte. Jesús León (Alfredo) a été parfait. J'ai eu un tout petit peu peur lors de la première intervention un peu criée de Dimitris Tiliakos (Germont), mais son volume de voix s'est vite équilibré. On peut également noter un excellent Laurent Alvaro dans le rôle de Douphol. Un seul petit maillon faible vocal est à signaler dans le rôle d'Annina.

Standing-ovation méritée !

Saluts après La Traviata

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Renaud Machart et Nicolas Joel

2012-01-05 20:22+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je suis loin d'être d'accord avec tout ce qu'écrit Renaud Machart dans Le Monde, mais j'approuve le paragraphe suivant à propos de l'Opéra de Paris (dirigé par Nicolas Joel), extrait de l'article intitulé L'institution lyonnaise tient la dragée haute à la parisienne paru dans l'édition du 6 janvier 2012 du Monde :

Nicolas Joel dit volontiers qu'il préfère une production éprouvée à une nouvelle mise en scène ratée. L'ennui est que les productions venues d'ailleurs le sont aussi (ratées) le plus souvent et que les nouvelles productions ne le sont pas moins.

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Bilan 2011

2011-12-25 22:22+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Lectures — Culture indienne

L'année dernière, après en avoir vu 107 au cours de l'année, je m'étais dit qu'il ne serait pas raisonnable d'augmenter encore la dose de spectacles et qu'il faudrait bien faire des choix. C'est bien entendu le contraire qui s'est produit : j'ai vu davantage de spectacles cette année. J'ai passé plus d'une soirée sur trois à assister à un spectacle, mais moins d'une sur deux...

L'opéra reste un des piliers de ces spectacles. J'ai assisté à 42 représentations d'opéra (j'inclus dans ce total les opéras en version de concert) correspondant à environ 30 opéras, parmi lesquels se sont trouvés 22 opéras que je n'avais encore jamais vus. Parmi ceux-là, deux créations : The Second Woman (Frédéric Verrières) et Akhmatova (Bruno Mantovani). Si le sujet du deuxième m'a intéressé davantage, le plaisir procuré par le premier a été supérieur. Cette année, j'ai diversifié quelque peu les lieux pour assister à des opéras. J'ai ainsi vu une de bonnes productions d'Orphée et Eurydice à la MC93 Bobigny et de Carmen à Nancy. Plus près de l'Opéra, j'ai fait deux belles découvertes à l'Athénée ‒ Louis Jouvet : Didon & Énée (Purcell) et The Turn of Screw (Britten). Ce lieu m'a également offert une des plus détestables soirées d'opéra de ma vie : L'Egisto (Marazzoli/Mazzochi). La musique était loin d'être inintéressante, mais le théâtre était sclérosé (je sais gré à Peter Brook d'avoir introduit cette notion il y a plus de quarante ans dans L'espace vide). Du théâtre sclérosé, il y en a également eu une certaine dose à l'Opéra de Paris : Francesca Da Rimini, Salomé, Faust, La Cenerentola. À l'inverse, il y eut en ces lieux une production tout-à-fait honorable de La Clémence de Titus et d'excellentes productions de Lulu, de Tannhäuser et de Kátia Kabanová. Au TCE, j'ai eu l'occasion de voir quelques opéras en version de concert. Il y eut ainsi un Ariodante avec une formidable Joyce DiDonato, un Pelléas et Mélisande avec un superbe Laurent Naouri et un lamentable Fidelio.

Parmi mes bonnes résolutions de l'année dernière, il y avait celle de mieux comprendre la musique de Wagner pour ne pas passer à côté des Siegfried et Götterdämmerung que j'avais prévu de voir à l'Opéra Bastille. Au début du mois de janvier, j'acquis ainsi une édition de 1903 du Voyage artistique à Bayreuth d'Albert Lavignac. Après quelques semaines d'efforts, je réussis à me mettre en tête la plupart des leitmotivs de la Tétralogie, devenant par la-même ringopathe. Mon expérience de spectateur en a été complètement transformée et le plaisir renouvelé avec Parsifal au TCE, le programme Wagner de l'Orchestre Colonne, Tannhäuser à Bastille, le Ring Saga à la Cité de la musique (et la Citéscopie parallèle) et dernièrement avec Le Ring sans paroles, suite symphonique jouée par le Philharmonique de Radio France. J'ai comme l'impression que je n'en ai pas fini avec Wagner...

Par rapport aux années précédentes, j'ai augmenté sensiblement la proportion de concerts Pleyel dans mes choix. Je vois donc un peu plus de concerts symphoniques que précédemment. Un des plus fabuleux concerts auxquels j'aie assisté cette année a été le programme Rameau orchestral du Concert des Nations dirigé par Jordi Savall. Pour ce qui est du baroque, j'ai également passé de très bons moments à écouter Damien Guillon et Pierre Hantaï. J'ai par contre dû remettre en cause mes standards de qualité en réécoutant La Passion selon Saint Jean dirigée par Ton Koopman. En revanche, avec Haydn, aucun problème avec Le Concert Spirituel pour Die Schöpfung, L'Orchestre de Paris et le Quatuor Thymos à l'Athénée. Ce dernier concert était un programme de musique de chambre. Les autres concerts de musique de chambre auxquels j'aie assisté m'ont procuré un certain plaisir, comme celui de Lisa Batiashvili, François Leleux, Sebastian Klinger, Guy Ben-Ziony, Milana Chernyavska au TCE ou encore celui du Quatuor Pražák et de quelques autres dans un programme Hindemith/Schönberg.

Parmi les concerts symphoniques, je garde un souvenir émerveillé de trois concerts LSO/Gergiev : Le chant de la nuit (Mahler) et Symphonies nº6 et 10 (Chostakovitch). Le concert de l'Orchestre de Paris du 14 octobre à Pleyel m'a procuré des émotions très contrastées puisque j'ai pu d'une part entendre pour la première fois le concerto pour violon de Tchaikovski interprété par Leonidas Kavakos et d'autre part tenter de réprimer des gloussements à l'écoute de la symphonie de Hans Rott. Un autre grand moment pour moi a été la première écoute de La symphonie fantastique. Pour le reste, j'ai eu le plaisir de réentendre du Roussel dans Bacchus et Ariane dirigé par Yutaka Sado. La présence d'œuvres contemporaines aux programmes des concerts Colonne m'a donné l'occasion d'adhérer complètement à une œuvre contemporaine dès la première écoute : Melancolia (Kremski). Un phénomène semblable s'est produit avec La nuit transfigurée de Schönberg lors du concert de l'Orchestre de Paris dirigé par Pierre Boulez.

Pour ce qui est du ballet, je me suis pour ainsi dire limité à la programmation de l'Opéra de Paris. Je retiens la belle création de La Source, la reprise d'Onéguine, de Roméo et Juliette et la Coppélia de Lacotte dansée par les élèves de l'école de danse (tellement plus intéressante que celle dansée par le ballet de l'Opéra). Bien sûr, il reste quelque chose du passage du Bolchoï : Flammes de Paris, Don Quichotte. Enfin, c'est devenu une évidence, mais la grande révélation de la saison, pour moi, c'est Myriam Ould-Braham, formidable Juliette, Naïla et Olga.

Il me reste maintenant à évoquer ce qui n'appartient pas aux formes classiques européennes. Pour moi, cela se réduit essentiellement à l'Inde. Toutefois, de la nuit soufie, c'est bien le chant du marocain Marouane Hajji que je retiendrai. Maintenant, venons-en à l'Inde... Depuis le récital de Srithika Kasturi Rangam à Chennai en 2010, j'ai développé un certain goût pour le bharatanatyam. J'ai profité de mon séjour dans le Sud de l'Inde cet été pour voir quelques récitals (à Mumbai, Bangalore et Chennai). Au cours de l'année, j'en aurai vu une douzaine. Comme il n'y en a plus aux Abbesses, je me suis déplacé au Musée Guimet pour voir Urmila Sathyanarayanan et Priyadarshini Govind, deux récitals relativement décevants (pour des raisons différentes). Comme ce n'était pas suffisant, je suis également allé au Centre Mandapa ; mes plus grandes satisfactions sont venues des récitals qui s'y sont déroulés. Parmi les danseuses vues cette année, je retiendrai deux noms : Lavanya Ananth, Mallika Thalak. Elles correspondent toutes les deux à l'idéal que je me fais de ce style de danse.

Je n'ai longtemps entendu la musique carnatique que comme une musique d'accompagnement pour des récitals de bharatanatyam. Lors de mon séjour à Chennai en août, je suis allé plusieurs soirs de suite assister à des concerts de chant carnatique. Le plus remarquable a été celui de Sri Mohan Santhanam au Vani Mahal. À force d'écouter ce type de musique, j'ai commencé à comprendre la forme générale que prenaient les improvisations et compositions. J'espère que le plaisir d'écoute n'en sera que meilleur quand je réentendrai Aruna Sairam au Théâtre de la Ville en avril 2012.

En Inde, les formes les plus raffinées de musique viennent du Nord, il faut bien l'admettre. Au cours de l'année 2011, j'eus l'occasion d'entendre du khyal lors d'un triple-concert au cours duquel s'étaient particulièrement distingués Ustad Ulhas Kashalkar et Pandit Ajoy Chakrabarty. Quelques mois plus tard, j'ai également pu réentendre la fille de ce dernier, Kaushiki Chakrabarty. La grande découverte de l'année, je la dois à Klari grâce à qui j'ai pu découvrir le chant dhrupad avec deux représentants de la dynastie Dagar : Wasifuddin Dagar et Sayeeduddin Dagar. (J'avais déjà entendu les Gundecha en 2008, mais j'en garde un amer souvenir.) Récemment, le concert du sitariste Shahid Parvez au Théâtre de la Ville m'a permis d'entrevoir de façon moins superficielle que je ne le faisais jusque là certaines similitudes formelles entre ces musiques (instrumentales ou vocales). J'espère bien passer suffisamment de temps à Kolkata l'été prochain pour assister à plusieurs concerts !

Bon, maintenant, je peux l'avouer à ceux qui ont lu jusqu'au bout : j'ai assisté à cent soixante-trois spectacles en 2011. L'année prochaine, il faudra donc véritablement songer à faire des choix (réduire un peu l'abonnement Pleyel, continuer à quasi-boycotter le TCE, se limiter à deux représentations d'un même ballet, se limiter à une seule représentation d'un opéra ?).

PS: Pour ce qui est des lectures, le bilan est sur le Biblioblog.

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La Cenerentola à Garnier

2011-12-02 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2011-12-01

Javier Camarena, Don Ramiro

Riccardo Novaro, Dandini

Carlos Chausson, Don Magnifico

Jeannette Fischer, Clorinda

Anna Wall, Tisbe

Karine Deshayes, Angelina

Alex Esposito, Alidoro

Jean-Pierre Ponnelle, mise en scène, décors et costumes

Grischa Asagaroff, réalisation de la mise en scène

Michael Bauer, lumières

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Bruno Campanella, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

La Cenerentola, Rossini

Je sors peu enthousiaste de la représentation de La Cenerentola qui vient d'avoir lieu à l'Opéra Garnier. La mise en scène est tradi-vieillote. Les décors sont semi-construits, mais il y a beaucoup de toiles peintes (qui ondulent quand un chanteur vient à les toucher). Par rapport à la fraîcheur de la production mise en scène par Irina Brook au TCE il y a quelques années (et que j'ai vue en 2010), c'est tristounet. On n'aurait pas perdu grand'chose à voir une version de concert à la place.

Le plus triste, c'est ce qui se passe dans la fosse. Avant même le début du spectacle, j'avais des craintes en découvrant le nombre réduit de premiers violons (8). L'entame du Sinfonia est très très lente et le volume sonore est très faible. Il y aura bien un petit crescendo et un léger accelerando, mais pas de risque d'hyperacusie ou d'excès de vitesse (non-sequitur : pourquoi ne pas regarder Poiret-Serrault dans le sketch Le permis de conduire un orchestre ?). J'ai des souvenirs bien plus vivifiants d'autres interprétations. La façon qu'a eu le chef Bruno Campanella de se retourner vers le public aussitôt la dernière note jouée pour ne pas laisser d'autre choix aux spectateurs que d'applaudir ce Sinfonia ne m'a pas particulièrement mis de bonne humeur.

Bien que l'effectif de l'orchestre soit réduit, le volume sonore émis par les chanteurs pendant une bonne partie du premier acte est trop faible : l'orchestre les couvre. Le tempo souvent trop lent à mon goût n'aide pas les chanteurs et on s'ennuierait presque, ce qui est tout à fait inattendu pour un opéra de Rossini...

Les chanteurs se libèrent quelque peu dans le deuxième acte. Les airs de Javier Camarena (Don Ramiro), Carlos Chausson (Don Magnifico), Riccardo Novaro (Dandini) et Alex Esposito (Alidoro) me plaisent beaucoup. Pendant l'entr'acte, je pouvais voir les musiciens autour du piccolo s'amuser de ce que la flûtiste répétât les premières notes de l'air Non più mesta. À la fin de l'opéra, son interprétation sera impeccable. La chanteuse Karine Deshayes (Angelina) l'a fort bien chanté (nettement mieux que dans la version DVD que je possède : je déteste ce que fait Cecilia Bartoli dans cet air...).

Si le deuxième acte ne m'a pas déplu, je ne pense pas que cette soirée entrera au Panthéon de mes soirées d'opéra...

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Lulu à Bastille

2011-11-03 01:22+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-11-02

Laura Aikin, Lulu

Jennifer Larmore, Gräfin Geschwitz

Andrea Hill, Eine Theatergarderobiere, Ein Gymnasiast, Ein Groom

Johannes Koegel-Dorfs, Der Midizinalrat, Der Professor, Ein Polizeikommissär

Marlin Miller, Der Maler, Der Neger

Wolfgang Schöne, Dr. Schön, Jack

Kurt Streit, Alwa

Scott Wilde, Der Tierbändiger, Der Athlet

Franz Grundheber, Schigolch

Robert Wörle, Der Prinz, Der Kammerdiener, Der Marquis

Victor von Halem, Der Theaterdirektor, Der Bankier

Julie Mathevet, Eine Fünfzehnjährige

Marie-Thérèse Keller, Ihre Mutter

Marianne Crebassa, Die Kunstgewerblerin

Damien Pass, Der Journalist

Ugo Rabec, Ein Diener

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Michael Schønwandt, direction musicale

Willy Decker, mise en scène

Wolfgang Gussmann, décors et costumes

Hans Toelstede, lumières

Lulu, Alban Berg

J'ai assisté aux première et cinquième représentations de la reprise de Lulu de Berg qui passe ces jours-ci à Bastille. Les détails de l'histoire sont assez touffus : lors des saluts, pas moins de seize chanteurs viennent saluer et parmi eux, certains cumulent deux voire trois rôles ! Quelques chanteurs paraissent au troisième acte dans des rôles qui font écho à d'autres vus au premier acte.

La musique est nettement plus accessible que ce à quoi je m'attendais : c'est cent fois plus agréable à l'oreille que le Mantovani d'Akhmatova. Ce qui est un peu gênant avec les deux représentations que j'ai vues, c'est que l'orchestre ne joue pas très fort. Ainsi, l'attention se porte beaucoup plus facilement sur l'action et le texte, au détriment de la musique, dont, à moins de se déconcentrer volontairement de l'action, on ne profite pleinement que pendant les interludes orchestraux. J'ai tout particulièrement apprécié celui qui se trouve au centre de l'œuvre et qui a une structure palindromique avec au milieu le motif de Lulu joué au piano.

Le premier élément de décor que l'on voit est l'escabeau sur lequel se tient Lulu alors que les spectateurs s'installent à leurs places (ou comme moi, à d'autres laissées vacantes). Cet escabeau se présente à l'œil comme un V renversé, avec des barreaux pour monter, mais aussi pour descendre. Visuellement, c'est tout comme le motif ascendant puis descendant de Lulu, et c'est aussi la trajecture de l'héroïne, femme fatale et cynique, dont les amants et maris se succèdent, jusqu'à sa déchéance finale (arrestation, choléra, prostitution, assassinat).

La mise en scène est très bien faite. Elle s'inscrit dans un décor constitué d'une grande pièce entourée d'un mur arrondi où s'alignent onze portes. En arrière-plan, des marches montent en amphithéâtre. De là-haut, on peut descendre par des échelles dans la pièce centrale. On verra même un chanteur sauter ; à peine arrivé, le personnage mourra quelques secondes plus tard ! Parmi les accessoires, un portrait en pied de Lulu, en plusieurs morceaux. Un de ses maris successifs était peintre ; il s'est suicidé.

Parmi les chanteurs, c'est bien sûr Laura Aikin (Lulu) qui fait la plus forte impression. Parmi les autres personnages, les plus émouvants furent pour moi ceux de la comtesse Geschwitz (Jennifer Larmore), lesbienne amoureuse de Lulu et d'Alwa (Kurt Streit), qui tout comme son père avant lui aime Lulu.

Ailleurs : Zvezdo.

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L'Egisto (Marazzoli/Mazzochi) à l'Athénée

2011-10-22 01:58+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Athénée Théâtre Louis-Jouvet — 2011-10-21

Murial Ferraro, Egisto

Charlotte Plasse, Alvida, Virtu

Anouschka Lara, Eurilla, Volutta

Dagmar Saskova, Moschino, Une Nymphe

Blandine Folio Peres, Rosilda, Silvia, Ozio

Christine Tocci, Lucinda, Une Nymphe

Lucile Richardot, Dorillo, Une Nymphe

Matthieu Chapuis, Zanni

David Witczak, Coviello

Marc Valéro, Narnese, Un berger

Jan Jeroen Bredewold, Silvano

Jérôme Correas, direction musicale

Jean-Denis Monory, mise en scène

Lorenzo Charoy, collaboration artistique

Françoise Denieau, chorégraphie

Gilles Poirier, assistant chorégraphie

Adeline Caron, scénographie et décors

Olivier Oudiou, lumières

Chantal Rousseau, costumes

Mathilde Benmoussa, maquillages et coiffures

Julies Coffinières, masques

Corinne Paccioni, assistante mise en scène

Les Paladins

L'Egisto, Marco Marazzoli et Virgilio Mazzocchi

Bilan très mitigé pour cet Egisto de Marco Marazzoli et Virgilio Mazzocchi présenté à l'Athénée environ trois siècles et demi après sa création à Rome. En 1646, ce fut paraît-il le premier opéra joué en entier au Royaume de France. La partition n'a été retrouvée que très récemment par Barbara Nestola.

La musique a commencé par me plaire. Du côté de la voix, il y a très peu de numéros qui pourraient s'appeler airs. Ainsi, on ne trouve pour ainsi dire pas de répétitions de paroles (tant mieux !). La frontière est ténue entre la façon de chanter comme dans les airs, celle propre aux récitatifs et les passages un peu plus parlés. Bref, en gros, entre les intermèdès musicaux, c'est un long récitatif chanté qui, sans trop dévier, se déplace parfois, brièvement, vers une sorte d'air ou vers une sorte de dialogue.

Musicalement, donc, cela me plaisait franchement jusqu'à l'arrivée des personnages bouffons, au service du noble désargenté Egisto (qui n'a rien à voir avec l'Égisthe de la mythologie Grecque). Le livret est certes comique, mais tout semble terriblement surjoué. Cela donne un mélange entre Funès, Mr. Bean et Danyboon. Cette façon de jouer la comédie m'a semblé très déplaisante, tout particulièrement après l'entr'acte avec l'intermède de la Foire de Farfa précédant le troisième acte.

Le décor est pour ainsi dire le même que celui de La Flûte enchantée de Peter Brook, les tiges de bambou verticales étant remplacées par de hautes planches. Le problème, c'est que là où Brook les organisait pour suggérer quelque chose, ici, en dehors de la scène où elles représentent vraisemblablement une forêt, elles ne signifient en général rien.

Il faut ajouter à cela des costumes très très tradi', une mise en scène qui souligne le moindre micro-détail du livret touffu, auquel on a visiblement ajouté quelques gags. Les orchestres baroques passent en général beaucoup de temps à se réaccorder. C'est un fait. Ce soir, l'ensemble s'est accordé encore plus souvent que d'ordinaire, puisque l'action principale faisait partie d'une représentation à l'intérieur de la représentation, introduite par le prologue pendant lequel la Vertu choisit le rôle de la veuve Alvida, qui finira par épouser Egisto, lequel retrouvera sa fortune et la sœur Lucinda dont il avait été séparé. Forcément, au début de cette représentation dans la représentation, l'orchestre se réaccorde...

Pour moi, après un bon début, cette représentation a viré au cauchemar. Quel contraste avec le bonheur qu'avait été The Turn of Screw en ce même lieu la semaine dernière.

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Faust à Bastille

2011-10-20 01:59+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-10-19

Roberto Alagna, Faust

Paul Gay, Méphistophélès

Inva Mula, Marguerite

Tassis Christoyannis, Valentin

Angélique Noldus, Siebel

Marie-Ange Todorovitch, Dame Marthe

Alexandre Duhamel, Wagner

Rémy Corrazza, Faust II

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Alain Altinoglu, direction musicale

Jean-Louis Martinoty, mise en scène

Johan Engels, décors

Yan Tax, costumes

Fabrice Kebbour, lumières

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Faust, Gounod

Au moins, je n'y aurai pas perdu trop d'argent : 15€ pour une place de deuxième rang de galerie nº5. Je vois les deux tiers de l'orchestre et presque toute la scène (à condition de me lever de temps en temps). Tout le monde l'a déjà dit, la mise en scène, les décors et les costumes sont abominables (je me contenterai de dire que l'entrée en scène du jeune Faust m'a fait penser à une scène du Rocky Horror Picture Show). L'œuvre en elle-même présente peu d'intérêt, au-delà du divertissement musical et des tubes qu'elle contient. Cela fait bizarre de se sentir comme étranger à ce monument national qu'est le grand opéra français, alors que le public manifeste un enthousiasme particulier à l'issue de cette deux mille six cent soixantième représentation de Faust à l'Opéra de Paris.

L'histoire n'est sans me rappeler celle de Yayati qui est racontée dans le Mahābhārata : pour continuer à jouir de ses plaisirs, Yayati demande à un de ses fils de lui prêter sa jeunesse.

J'ai apprécié les moments purements orchestraux (assez variés). Du côté de la distribution, l'ensemble est très bon. Je l'avais déjà entr'entendu dans d'autres rôles, mais ce soir, Paul Gay (Méphistophélès) a été pour moi une très belle découverte. Il passe même à l'applaudimètre devant Roberto Alagna (Faust). Superbes Angélique Noldus (Siebel) et Tassis Christoyannis (Valentin). D'Inva Mula (Marguerite), la chouchou du directeur de l'Opéra Nicolas Joel, j'avais préféré les prestations dans les rôles d'Antonia ou de Mimi.

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The Turn of Screw à l'Athénée

2011-10-15 02:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Athénée Théâtre Louis-Jouvet — 2011-10-14

David Curry, Le narrateur et Peter Quint

Chantal Santon Jeffery, La gouvernante

Rachel Calloway, Mrs Grose, l'intendante

Liisa Viinanen, Miss Jessel, l'ancienne gouvernante

Matthieu Haering, Miles, le garçon

Agathe Becquart, Flora, la jeune fille

Jean-Luc Tingaud, direction musicale

Olivier Bénézech, mise en scène

Alain Lagarde, scénographie

Xavier Lauwers, lumières

Frédéric Olivier, costumes

Élisabeth Delesalle, maquillages

Sébastien Fèvre, assistant mise en scène

Élisabeth Brusselle, chef de chant

Orchestre-Atelier Ostinato

The Turn of Screw, Britten

Ce fut pour moi une fascinante soirée d'opéra au Théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet avec Le Tour d'écrou de Britten. Quelques minutes avant le début de la représentation, un rideau de scène a été baissé puis immédiatement remonté, sans raison, laissant à penser que le Théâtre était hanté...

Après un prologue, de nombreuses scènes se suivent, espacées par des interludes orchestraux. La musique est jouée par l'Orchestre-Atelier Ostinato (que j'avais déjà entendu dans Orphée et Eurydice). L'effectif des musiciens est réduit (13, m'a-t-il semblé), mais l'orchestration est aux petits oignons. Certaines combinaisons d'instruments sont étonnantes ! (Ah, ces voix accompagnées par les timbales !)

Tout concourt à créer une atmosphère mystérieusement oppressante autour du huis-clos de la situation représentée dans cet opéra. Une jeune femme est embauchée comme gouvernante auprès de deux enfants (un garçon et une fille) sur qui ne veille alors que Mrs Grose, l'intendante. Avant, il y avait Mr Quint (responsable du domaine) et Miss Jessel (l'ancienne gouvernante), mais ils sont morts. La nouvelle gouvernante est laissée à elle-même, elle doit gérer la situation quoiqu'il arrive, l'oncle qui l'a embauchée ne voulant en aucun cas être dérangé. Très vite, elle remarque des présences qui troublent aussi les enfants. Ce sont les fantômes de Mr Quint et Miss Jessel. Avant de mourir, leur conduite avait été loin d'être exemplaire...

Les voix ne sont pas du tout sollicitées de la même manière que dans les autres opéras que je connais. Les paroles chantées comportent beaucoup de récits. Parfois, ils s'adressent à un autre personnage. Parfois, ils commentent la situation, s'adressent au personnage lui-même ou informent le spectateur. Les personnages des enfants sont interprétés par de jeunes chanteurs du Chœur maîtrisien du Conservatoire de Wasquehal. Ils ont tous les deux été formidables. Leurs voix forment un charmant mini-chœur au début, comme quand ils récitent leur leçon de latin. Plus loin, les rôles se différenciant, les deux voix prendront chacune son autonomie. Dans le rôle du garçon, j'ai particulièrement aimé la façon de faire s'évanouir le son de certaines syllabes finales en decrescendo. La voix de Rachel Calloway (Mrs Grose) convient parfaitement au rôle. J'ai aussi aimé celles des fantômes, et tout particulièrement celle de David Curry (Quint) dont les vocalises et appels au petit Miles hanteront le théâtre. Le rôle apparemment le plus exigeant est celui de la gouvernante, et Chantal Santon Jeffery m'y a fait une forte impression.

La mise en scène et la scénographie sont relativement simples. On entre et on sort. On fait descendre les lits des enfants depuis les cintres avant que leurs occupants s'y installent. On utilise l'imperméable de la gouvernante et une poupée pour construire une scène au bord de quelque lac. Le décor reste sombre. À cette sobriété s'ajoute un remarquable travail de direction d'acteurs et des lumières bien pensées et réalisées. L'émotion ne vient pas vraiment de prouesses vocales, plutôt des situations et des contrastes qui se créent entre les unes et les autres.

Je n'aurai malheureusement pas beaucoup d'occasions de retourner dans ce théâtre au cours de l'année. D'ailleurs, pour une raison d'agenda, je revends 15€ une place payée 18.40€ (23€ moins 20% de réduction abonné) pour L'histoire du soldat de Stravinski le samedi 16 juin 2012 à 20h. Le billet est au balcon, deuxième rang de face, en bout de rang, ce qui permet de ne pas trop être à l'étroit tout en ayant une bonne vue sur la scène ; la fosse d'orchestre n'est que partiellement visible.

Ailleurs : Zvezdo.

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Marathon wagnérien : Le Ring Saga à la Cité de la Musique

2011-10-10 01:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Cité de la musique — 2011-10-07 — 2011-10-09

Ivan Ludlow, Wotan, Wanderer

Fabrice Dalis, Loge, Mime

Nora Petročenko, Fricka, Helmwige

Donatienne Michel-Dansac, Freia, Gutrune

Alexander Knop, Donner, Gunther

Lionel Peintre, Alberich

Johannes Schmidt, Fafner, Hagen

Martin Blasius, Fasolt, Hunding

Mélody Louledjian, Woglinde, Gerhilde, Waldvogel

Jihye Son, Wellgunde, Sieglinde

Louise Callinan, Flosshilde, Erda, Waltraute

Marc Haffner, Siegmund

Cécile De Boever, Brünnhilde

Jeff Martin, Siegfried

Peter Rundel, direction musicale

Antoine Gindt, mise en scène

Remix Ensemble Casa da Música

Élodie Brémaud, collaboration à la mise en scène

Janick Moisan, assistanat à la mise en scène

Aleksi Barrière, Laurent Prost, dramaturgie, traduction, surtitres

Élise Capdenat, assistée de Piia de Compiègne, scénographie

Daniel Levy, lumière

Tomek Jarolim, création numérique

Fanny Brouste, assistée de Peggy Sturm, costumes

Véronique Nguyen, assistée d'Alexandre Bacquet, maquillage et coiffure

Martin Gautron, accessoires

Léo Warynski, conseiller musical et assistant du directeur musical

Fabrice Goubin, copie, corrections et adaptation

Nicolas Chesneau, Christophe Manien, Nicolas Fehrenbach, pianistes répétiteurs

Ring Saga : Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried, Götterdämmerung, Wagner (version de Jonathan Dove et Graham Vick, 1990)

Outre les conférences de la Citéscopie “La Tétralogie de Wagner”, j'ai assisté entre vendredi et dimanche à une représentation des quatre opéras dans une version contractée et réduite pour 19 musiciens et 14 chanteurs. J'en sors globalement content, peut-être parce que contrairement à d'autres, je n'avais pas formé de trop hautes espérances. Peut-être aussi parce que j'ai préféré voir les verres à moitié pleins qu'à moitié vides. N'allant voir des opéras que depuis environ huit ans, il faut dire aussi que ce n'est que mon deuxième Ring après celui de l'Opéra Bastille de 2010 et de 2011, très décevant du point de vue scénique (mais fort appréciable musicalement parlant).

La mise en scène n'est pas désagréable à regarder. Les chanteurs jouent raisonnablement bien la comédie. Il n'y a ni trop de chahut ni trop de sur-place. Un placement au septième rang (donc au dernier rang du parterre de la Salle des Concerts dans cette configuration) me permet d'apprécier le jeu et l'expression faciale des uns et des autres, un plaisir qui me demande d'ordinaire de sortir mes jumelles. La scénographie est basée sur l'utilisation d'un plan légèrement incliné percé d'une ouverture transversale (au centre de la scène). Pour passer de gauche à droite et réciproquement, les chanteurs doivent enjamber le fossé. J'espère qu'aucun accident ne sera à déplorer lors les prochaines représentations. Les costumes et accessoires renvoient volontiers aux bandes dessinées de superhéros (notamment pour le costume des Géants). Dans l'ensemble, c'est assez lisible. Cependant, je ne comprends pas pourquoi on a inutilement rendu obscures certaines scènes. Ainsi, plusieurs combats de Siegfried se font à mains nues plutôt qu'avec l'épée. Dans la scène de l'enlèvement dans Le Crépuscule des dieux, Brünnhilde et Siegfried sont assis l'un et l'autre sur des sortes de sièges de bar placés de part et d'autre de l'espace scénique. Dans la scène finale, si on utilise de façon très jolie visuellement un grand drap animé de mouvements pour représenter les flots du Rhin est très esthétique (procédé similaire pour la représentation du géant Fafner dans Siegfried), la tentative ratée de s'emparer de l'anneau par Hagen et sa noyade dans le Rhin sont tout-à-fait illisibles. L'ambiance de chaque scène est rehaussée par l'utilisation d'un grand écran en fond de scène. Pendant l'essentiel du Ring Saga, cela m'a semblé complètement inutile. Cela ne trouve véritablement son utilité que lors de la Marche funèbre en l'honneur de Siegfried pendant laquelle des images tirées de tout ce qui précède sont passées en flashback.

Du côté de l'orchestre (qui d'après plusieurs comptages de spectateurs indépendants, moi y compris, comptait 19 musiciens et non 18 comme on le lit çà et là), il y a de quoi être charmé par les cuivres et les vents. La réduction qui tient la route du côté des cuivres (3 cors au lieu de 8 dans le prélude de l'Or du Rhin) passe moins bien chez les violons (1+1=2 au lieu de 16+16=32). Après avoir passé les trois premiers opéras en ne voyant que la tête du chef, j'ai pu voir l'orchestre lors de la dernière journée, ce qui m'a permis d'avoir un peu plus de bienveillance pour ces musiciens transformés en solistes dont chaque microcouac s'entend. Si la texture orchestrale n'est pas nouvelle dans les passages utilisant surtout les cuivres, les vents et les instruments à cordes les plus graves (violoncelles, contrebasse), il n'en va donc pas de même avec les autres (violons, alto). Le son des cordes devient plus rèche. Cependant, pour certains passages, les sonorités m'ont semblées tout-à-fait plaisantes. Ainsi furent les frémissements des cordes autour de l'apparition de l'Oiseau dans Siegfried. Dans le Salut au monde, cela aurait aussi été le cas si la harpe n'avait émis dans l'ensemble des représentations et cette séquence en particulier des sons particulièrement disgracieux. Je ne sais pas si c'est un problème de sonorisation de la harpe, mais j'avais l'impression que la harpiste devait en permanence forcer pour faire entendre son instrument, dont le son manquait donc beaucoup de délicatesse.

Il faut bien aussi parler des coupes. Si on est reconnaissant aux concepteurs de permettre au public de voir l'ensemble du Ring sur un week-end et qu'il n'est pas déraisonnable de passer sous silence certaines scènes (comme celle des Nornes dans le Prologue du Crépuscule des dieux qui raconte une histoire en dehors du temps principal de l'action, même si on ne peut pas forcément ne retenir d'une épopée que son action principale), certaines coupes engendrent des frustrations. Une d'entre elles est la coupe de certains passages dans la scène lors de laquelle Siegfried reforge Notung. Ainsi disparut le sympathique motif de la Fonte de l'acier qui procède du contraste entre les notes détachées de la deuxième mesure et les notes liées ensuite, comme soudées :

Motif de la fonte de l'acier

Ceci est bien sûr très anecdotique. Beaucoup moins le sont les coupes intervenues dans le Crépuscule des Dieux. Le plus frustant est la coupe de tout le très beau passage où avant d'être transpercé la lance de Hagen, Siegfried raconte sa vie et ses exploits à ceux qui sont encore ses compagnons de chasse. Ceci permet normalement de réentendre de nombreux motifs et d'apprécier de délicieux moments comme lorsque Siegfried reprend les phrases musicales de l'oiseau... Il ne reste plus que l'évocation de Brünnhilde (rappel du Salut au monde).

Avant cette scène, la rencontre entre Siegfried et les Filles du Rhin avait aussi été considérablement réduite (ce qui n'est pas forcément un mal). Juste après, on entend la Marche funèbre qui, sacrilège, est raccourcie. Heureusement, les cinq dernières minutes de l'ouvrage n'ont pas subi pareil triturage.

Si la mise en scène, l'orchestre et les coupes m'ont causé quelques contrariétés, je suis globalement plutôt content d'avoir assisté à ces représentations. En effet, une grande satisfaction est venue des chanteurs. Comme on peut le voir ci-dessus dans la distribution, certains chanteurs ont assurés deux voire trois rôles différents dans un ou plusieurs des opéras de ce Ring Saga.

Il est intéressant de voir comment une impression sur un chanteur peut évoluer d'un jour sur l'autre. Ainsi, pendant Das Rheingold, entre les deux géants Fasolt et Fafner interprétés respectivement par Martin Blasius et Johannes Schmidt, j'avais une nette préférence pour le premier. Quand il jouèrent séparément les rôles de Hunding, Fafner ou Hagen, je les ai trouvé tous les deux également convaincants. Dans l'ensemble de la distribution, mon coup de cœur va à Ivan Ludlow (Wotan) dont les récits étaient passionnants. La Fricka de Nora Petročenko était merveilleuse aussi, tout comme la Sieglinde de Jihye Son. Sans Cécile De Boever qui a été une formidable Brünnhilde tout du long des trois journées, la représentation du Crépuscule des Dieux eut perdu beaucoup de son intérêt. Dans une des scènes de Die Walküre, elle chantait comme si elle pleurait en même temps. L'effet était saisissant.

Certains chanteurs ont eu souvent du mal à passer l'orchestre. Le problème s'est surtout posé dans les scènes tirées des premier et troisième actes de Siegfried, et marginalement avec certains interprètes dans Götterdämmerung. Ceci a fait que l'opéra qui m'a semblé le mieux réussi et m'a procuré le plus d'émotions a été Die Walküre.

Les représentations de Strasbourg d'il y a une semaine ont été filmées. Elles peuvent être visionnées sur ArteLiveWeb.

Ailleurs : Musica Sola, Paris-Broadway, Palpatine, Bladsurb, Klariscope.

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Marathon wagnérien : Citéscopie “La Tétralogie de Wagner” à la Cité de la Musique

2011-10-10 01:07+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Après Tannhäuser jeudi, j'ai enchaîné de vendredi soir à dimanche soir les quatre opéras de la tétralogie du Ring (cf. entrée suivante). Les matinées de samedi et dimanche étaient par ailleurs occupées par des conférences musicologiques dans le cadre de la Citéscopie proposée en marge de ces concerts à la Cité de la Musique.

Les conférences étaient pour la plupart intéressantes. En voici un très succint résumé. Hélène Cao a discuté samedi des sources littéraires pour le Ring (principalement, l'Edda et les Nibelungen). On a ainsi entendu par exemple un enregistrement vocal avec une musique reconstruite de quelques strophes de l'Edda racontant la rencontre entre Sigurðr et Brynhildr dont le texte ressemblait très fortement à celui du Salut au Monde lors de la rencontre entre Siegfried et Brünnhilde dans Siegfried. Le dimanche, elle a parlé sur le thème Les sons et les sens du Ring. Il fut question bien sûr des motifs. Il aurait sans doute été préférable que cette conférence eût lieu samedi matin de façon à ce que ceci puisse servir de préparation à l'écoute des trois journées du Ring (à défaut du prologue). Il n'était pas question de faire un inventaire exhaustif des motifs, seulement d'expliquer certains mécanismes : motifs construits à partir de celui du Rhin, exemples de transformations de motifs, différents aspects harmoniques, mélodiques, rythmiques. Vu que j'avais déjà fait le travail de mémorisation des motifs, c'est surtout sur l'aspect harmonique des choses que cette conférence a commencé à m'ouvrir un peu les yeux .

Dimanche matin avait lieu une conférence de Philippe Godefroid Mettre en scène le Ring aujourd'hui ?. Si l'antisémitisme est une propriété avérée de Wagner, je ne pense pas qu'il était nécessaire d'y consacrer plus de la moitié de la durée de la conférence, qui s'est terminée par la projection de plusieurs films issus de différents productions pour une même scène de Siegfried : celle où le héros joue du marteau pour forger l'épée Notung. Cela n'a guère permis que de visualiser différentes conceptions esthétiques pour le décor et les costumes, puisque dans à peu près tous les cas, Siegfried interprétait le Chant des soufflets tout en tapant en rythme avec le marteau, Mime étant en train de préparer une tambouille empoisonnée dans son coin. Forcément, si la partition contraint ainsi les mouvements de Siegfried, le metteur en scène ne peut pas faire grand'chose d'original, le seul cas intéressant montré étant celui de Chéreau (Bayreuth 1976) où le marteau est hors-scène et le métal passé dans une machine.

L'autre conférence du samedi, d'Emmanuel Reibel, était centrée sur la dramaturgie. Elle était en trois parties : Traces du Märchenoper et du Romantische Oper, le modèle du grand opéra français, et approfondissement et parachèvement d'une dramaturgie narrative. Pour le premier, de l'exemple de la Flûte enchantée, on peut remarquer une similitude entre les Trois dames et les trois Filles du Rhin. Pour le côté féérique, on remarque dans Siegfried la présence de l'Oiseau (Waldvogel). La différence, c'est que chez Wagner, ces éléments ne sont pas décoratifs, mais font avancer l'histoire. Du grand opéra français, Wagner a gardé l'organisation en tableaux plutôt qu'en numéros musicaux (airs, duos, etc). Il a aussi gardé les scènes où c'est la parole qui fait l'action (paroles performatives) comme dans les serments. Dans la troisième partie, il a expliqué que le livret wagnérien contenait beaucoup de récits (un personnage raconte ce qu'il a fait). Entendre Die Walküre peu après cette conférence était particulièrement saisissant puisque dans le premier acte, Siegmund, Hunding et Sieglinde raconteront chacun leur histoire. C'est aussi le procédé épique de la narration à l'intérieur de la narration d'une histoire. L'orchestre joue un rôle de contrepoint sémantique du texte (l'orchestre peut ainsi faire allusion à un personnage qui n'est pas sur scène). La conclusion était une triple quasi-disparition, des chœurs (remplacés par l'orchestre), des ensembles vocaux et du final d'acte (gratuitement spectaculaire : l'effet sans cause).

Dimanche en début d'après-midi avait lieu une table-ronde présentée par Timothée Picard à propos de l'ouvrage dont il a dirigé l'édition : Dictionnaire encyclopédique Wagner (Actes Sud/Cité de la musique). Il est intervenu avec deux de ses auteurs : Hélène Cao et Jean-François Candoni. Cela donnait bien sûr très envie, m'enfin, c'est quand même 79€ le pavé de 2469 pages.

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Marathon wagnérien : Tannhäuser à Bastille

2011-10-07 01:44+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-10-06

Christof Fischesser, Hermann

Christopher Ventris, Tannhäuser

Stéphane Degout, Wolfram von Eschenbach

Stanislas de Barbeyrac, Walther von der Vogelweide

Tomasz Konieczny, Biterolf

Eric Huchet, Heinrich der Schreiber

Wojtek Smilek, Reinmar von Zweter

Nina Stemme, Elisabeth

Sophie Koch, Venus

Sophie Claisse, Anne-Sophie Ducret, Virginia Levia, Xenia D'Ambrosio, Vier Edelknaben

Alix Le Saux/Laure Muller, Ein junger Hirt

Sir Mark Elder, direction musicale

Robert Carsen, mise en scène

Paul Steinberg, décors

Constance Hoffman, costumes

Robert Carsen, Peter Van Praet, lumières

Philippe Giraudeau, chorégraphie

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Tannhäuser, Wagner

Ce soir avait lieu la première de Tannhäuser à l'Opéra Bastille. L'opéra est très-accessible. Il est très facile de s'y retrouver dans les motifs (peu nombreux) et dont le sens est évident (pas comme dans le Ring...).

L'opéra présente l'histoire de Heinrich Tannhäuser qui passe le premier acte auprès de Vénus dans le Venusberg. Cela fait de lui un très mauvais chrétien et il a l'audace de défendre sa vision sensuelle de l'amour au deuxième acte au cours d'un concours dont le lot au vainqueur est Elisabeth. Avant lui, Wolfram en aura défendu une plus chaste image. Tannhäuser est puni. Qu'il fasse le pélerinage à Rome afin d'obtenir l'absolution. Au troisième acte, Elisabeth se languit de lui et, ne voyant pas Tannhäuser rentrer avec les autres pélerins, elle entreprend son dernier voyage. Tannhäuser arrive finalement, mais sans avoir obtenu l'absolution. Il cherche à retrouver Vénus qui vient le tenter à nouveau, mais à la mention du nom d'Elisabeth, il recueille en mourant les mérites du sacrifice d'Elisabeth.

La mise en scène de Robert Carsen est superbe. Au lieu de représenter des chanteurs, elle fait de Tannhäuser, de Wolfram et des autres des peintres. Dans le premier acte, il peint avidement un modèle ayant la tenue traditionnellement attribuée à Vénus. (Il est accompagné dans ses mouvements par un ballet de danseurs sur la musique de la Bacchanale du Venusberg, la version de l'opéra jouée étant celle de Paris, 1861, mais en allemand !) Le deuxième acte se passe dans un musée. Le concours est un vernissage dans lequel on acclame le talent de Wolfram et on dénonce le style de Tannhäuser. Il a pu paraître surprenant que les lumières de la salle ne fussent pas éteintes lors du début de cet acte. Peut-être l'intention du metteur en scène est-elle de donner au public l'opportunité de se mieux mirer comme dans un miroir tant l'aspect mondain costumes, légions d'honneur, petits-fours qui transpirait sur scène peut parfois ressembler au public de l'Opéra (surtout un soir de première). Le refus de la peinture de Tannhäuser trouvera un écho en les ridicules huées qui accompagnèrent les saluts du metteur en scène. Vers la fin de la représentation, je me disais que l'on avait réussi à nous immerger dans l'univers de la peinture sons nous montrer le moindre tableau...

Cette transposition se fait au prix d'une parfois peu honnête traduction du livret apparaissant en surtitrage, les références au chant étant remplacées par un mot plus général : Art.

Du point de vue musical, cela m'a semblé superbe. Le chœur de l'Opéra était dans un grand jour. C'est qu'il y a plus de chœurs dans cet opéra que dans tous les autres opéras de Wagner entendus par moi réunis. Les chanteurs des quatre rôles principaux m'ont tous fait au minimum une très bonne impression. Ayant eu un petit coup de barre pendant le premier acte, j'ai été dans l'incapacité de complètement apprécier Sophie Koch (Venus). Nina Stemme (Elisabeth) faisait ses débuts à l'Opéra. Elle a reçu un accueil très chaleureux du public. Christopher Ventris a été vaillant du début à la fin dans le rôle de Tannhäuser. La plus grande satisfaction est venue pour moi de Stéphane Degout que j'ai trouvé phénoménal dans le rôle de Wolfram, autant dans son chant du concours que dans la Romance de l'Étoile après l'adieu à Elisabeth.

C'était la première étape d'un marathon wagnérien qui va se poursuivre ce week-end avec un Mini-Ring à la Cité de la musique.

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La Clémence de Titus à Garnier

2011-09-11 01:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2011-09-10

Klaus Florian Vogt, Tito

Hibla Gerzmava, Vitellia

Amel Brahim-Djelloul, Servilia

Stéphanie d'Oustrac, Sesto

Allyson McHardy, Annio

Bálint Szabó, Publio

Willy Decker, mise en scène

John Macfarlane, décors et costumes

Hans Toelstede, lumières

Alessandro Di Stefano, chef du chœur

Adam Fischer, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

La Clémence de Titus, Mozart

Après la rentrée à Bastille avec Salomé, c'était ce soir la première représentation de la saison à Garnier : La Clémence de Titus.

Les costumes ne font pas référence à l'époque romaine. Ils me rappellent ceux qu'on pouvait voir dans Andrea Chénier. Bref, ils renvoient plutôt à l'époque de la composition de l'opéra. Le décor est plus ou moins conceptuel. Le sol est un rond en imitation marbre. Il est entouré d'une structure en demi-cylindre penché qui donne l'impression d'être à l'intérieur de la tour de Pise. Cette structure est en deux morceaux. Ils peuvent être écartés pour permettre des entrées et sorties par l'arrière. Au centre, un gros bloc parallélépipédique en marbre qui fait à première vue penser à celui, noir, de 2001, l'Odyssée de l'espace. Il s'agit en fait d'un projet de sculpture représentant Titus. Dans la première scène, on écrit Titus dessus. À la fin de l'opéra, le bloc aura été sculpté pour représenter Titus et le nom qui n'était marqué que de façon éphémère sera gravé en dur (en majuscules, avec un U en forme de U et non de V...). Entretemps, le bloc sera passé par des phases intermédiaires. Je suppose qu'il faut comprendre que le caractère de Titus est en formation et qu'il n'aura fait ses preuves comme souverain que lorsqu'il aura pardonné à ceux qui avaient voulu sa mort. Alors, sa sculpture monumentale pourra apparaître dans toute sa splendeur.

Un autre accessoire est manipulé presqu'en permanence : la couronne de Titus. D'autres que lui la voudraient bien. Lui hésite entre le pouvoir d'un côté et de l'autre l'amour et l'amitié. Donner la mort ou pardonner. Plaire au peuple ou persister à aimer Bérénice.

Pour ne pas déplaire aux Romains, il abandonne Bérénice (rôle muet interprétée par une comédienne non créditée) et décide d'épouser Servilia, qui aime Annio. Annio cache ses sentiments à Titus, mais Servilia avoue qu'elle aime déjà quelqu'un. Elle préfère laisser entendre à Titus d'honnêtes paroles déplaisantes plutôt que de lui plaire hypocritement. L'homme bon qu'il l'est l'en remercie. Son troisième choix est Vitellia. Celle-ci n'ayant pas supporté de n'avoir pas figuré dans les deux premiers choix, elle décide de comploter contre lui. Flattant Sesto (par ailleurs frère de Servillia et ami d'Annio), qui l'aime, elle arrive à le pousser à commettre l'irréparable. À la fin du premier acte, on comprend que Sesto n'a pas tué Titus, mais un autre homme qui portait son habit. Dans le deuxième acte, Titus finira par pardonner à tout le monde, Sesto ayant dans un premier temps endossé toute la responsabilité avant que Vitellia n'avoue elle-aussi.

Si c'est le dernier opéra seria de Mozart, l'intrigue est typique de ses opéras de jeunesse avec des histoires d'amour tordues qui se finissent bien façon deus ex machina (voir par exemple Lucio Silla).

Stylistiquement, je n'ai pas l'impression d'avoir découvert un autre Mozart que celui que je connaissais déjà. On retrouve ses effets habituels et la proximité furtive de certains passages avec d'autres déjà connus est assez frappante (notamment il y a un moment qui m'a beaucoup fait penser au tout début du Hm! hm! hm! hm! de La flûte enchantée). Cela dit, cela se laisse bien écouter. Le chef d'orchestre Adam Fischer, qui dirige de mémoire, paraît immédiatement très sympathique. Il bat la mesure de façon très claire, signale les entrées aux musiciens, félicite tel soliste pendant que le public applaudit un air. Le principal, c'est qu'il a réussi à maintenir mon attention pendant la durée de l'opéra, me faisant oublier que mes genoux cognaient contre le rebord du premier rang de l'amphithéâtre (au premier acte, le strapontin le plus à gauche, et la place voisine libérée à l'entr'acte pendant le deuxième).

La mise en scène n'a rien d'extraordinaire, mais elle se laisse regarder. Un point faible est l'usage un peu trop systématique de précipités. Certes, cela fait paraître d'assez jolis rideaux peints dans un style vaguement expressionniste. Je ne sais pas s'il est courant de représenter sur scène une Bérénice muette. En tout cas, j'ai trouvé que cela fonctionnait très bien. Le personnage de Titus passe un certain temps au sommet du bloc de marbre qui deviendra à la fin une statue à son effigie. Chanteurs ayant le vertige s'abstenir. Globalement, sans m'enthousiasmer, cette mise en scène ne m'a pas trop déplu.

Stéphanie d'Oustrac (Sesto) domine assez largement le plateau vocal. La dernière fois que je l'avais entendue, c'était dans Armide de Lully. J'ai été très content de la réentendre ce soir. Lors de son air Parto, parto au premier acte, j'ai eu comme l'impression que la soirée commençait véritablement. J'ai également eu un certain plaisir à réentendre Amel Brahim-Djelloul (Servilia). Dans le rôle secondaire de Publio, la basse Bálint Szabó m'a bien plu. Les trois autres chanteurs m'ont semblés plus inégaux au cours de la soirée, mais ils ont eu tendance à se bonifier après l'entr'acte. Le grand air de Vitellia (Hibla Gerzmava) au deuxième acte a effacé mon impression mitigée du premier acte. Je n'ai pas été complètement convaincu par Klaus Florian Vogt (Tito), mais c'est plus une question de goût personnel (je n'aime pas le timbre de sa voix) qu'autre chose. S'il a moins brillé au premier acte, c'est peut-être aussi tout simplement parce que son personnage y est plus fragile, moins déterminé qu'il ne le sera lors du deuxième acte, en particulier quand il devra prendre une décision à propos de Sesto.

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Salomé à Bastille

2011-09-09 01:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-09-08

Angela Denoke, Salomé

Stig Andersen, Herodes

Doris Soffel, Herodias

Juha Uusitalo, Jochanaan

Stanislas de Barbeyrac, Narraboth

Isabelle Druet, Page der Herodias

Dietmar Kerschbaum, Erster Jude

Eric Huchet, Zweiter Jude

François Piolino, Dritter Jude

Andreas Jäggi, Vierter Jude

Antoine Garcin, Fünfter Jude

Scott Wilde, Erster Nazarener

Damien Pass, Zweiter Nazarener

Gregory Reinhart, Erster Soldat

Ugo Rabes, Zweiter Soldat

Thomas Dear, Ein Cappadocier

Grzegorz Staskiewicz, Ein Sklave

Pinchas Steinberg, direction musicale

André Engel, mise en scène

Nicky Rieti, décors

Elizabeth Neumüller, costumes

André Diot, lumières

Françoise Gres, chorégraphie

Dominique Muller, dramaturgie

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Salomé, Richard Strauss

Ce soir, c'était la rentrée de l'Opéra de Paris, avec la première de Salomé à Bastille. J'avais déjà vu cet opéra dans une autre mise en scène (Lev Dodin). D'Angré Engel, j'avais aimé la mise en scène de La Petite Renarde rusée. Dans Salomé, le travail est beaucoup moins convaincant (et on peut se demander l'intérêt de cette reprise).

Le décorateur avait dû trouver que la scène de Bastille était trop grande. Ainsi, l'espace dans lequel les personnages peuvent évoluer n'est qu'un angle réduit. L'univers et dans une moindre mesure les costumes sont orientalisants.

Le premier problème que j'ai eu avec cette production (dans une moindre mesure aussi avec celle de Lev Dodin) est l'éclairage très réduit. À de nombreuses reprises, je ne voyais tout simplement pas qui chantait (malgré la réduction de l'espace scénique, il y avait un personnage tout à gauche, un autre tout à droite, d'autres au milieu, tous évoluant dans la pénombre). S'il se trouve quelques blafardes lampes, la lumière ne vient essentiellement que du personnage de Jochanaan. De sa prison, mais aussi de lui-même quand Salomé obtient de le voir. À ce moment-là, une porte sur le côté droit s'ouvre et laisse entrer une vive lumière. J'imagine que le metteur en scène a voulu donner en même temps l'impression d'une tempête de sable, mais les artifices utilisés semblent être les mêmes que ceux d'une tempête de neige.

La danse des sept voiles est inexistante. Tranquillement assise, Salomé semble attendre que cela se passe. À la fin, elle fait quelque pas avec Herodes. Entretemps, elle aura enlevé ses chaussures. Dans cette séquence, la seule idée, symbolique, est de faire venir un personnage (le page de Herodias ?) pour essuyer avec un tissu blanc le sang qui était resté après que le corps de Narraboth avait été emmené. C'est un peu léger.

Bref, ce n'est pas avec les yeux qu'il faut apprécier cette représentation, mais avec les oreilles. L'orchestre dirigé par Pinchas Steinberg est tout simplement sublime. On peut apprécier cette musique dans sa continuité. La tension ne retombe jamais : longs trémolos des cordes, motifs joués par les vents qui s'insèrent très clairement, etc. J'ai presqu'eu l'impression de découvrir un nouvel opéra tant la richesse de cette musique était pour moi inouïe. Je suis donc très content d'avoir pu bénéficier d'un placement favorable du point de vue acoustique au tout dernier rang du deuxième balcon. (Ce placement empêche souvent de voir la partie supérieure des décors. Donc, j'ignore si la Lune, très présente dans le livret, était évoquée dans cette mise en scène.)

Du côté des chanteurs, il y a de quoi être largement satisfait, avec notamment Stanislas de Barbeyrac (Narraboth), Isabelle Druet (Page der Herodias), Juha Uusitalo (Jochanaan), et bien sûr Angela Denoke (Salomé).

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Otello à Bastille (mise en scène comprise)

2011-07-05 00:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-07-04

Aleksandrs Antonenko, Otello

Sergei Murzaev, Jago

Michael Fabiano, Cassio

Francisco Almanza, Roderigo

Carlo Cigni, Lodovico

Roberto Tagliavini, Montano

Tamar Iveri, Desdemona

Nona Javakhidze, Emilia

Chae Wook Lim, Un araldo

Andre Serban, mise en scène

Peter Pabst, décors

Graciela Galan, costumes

Joël Hourbeigt, lumières

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Marco Armiliato, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Otello, Verdi

Je reviens de la première des représentations de cette série d'Otello où Tamar Iveri chante le rôle de Desdemona. J'ai déjà eu l'occasion de dire que je n'appréciais pas spécialement cette chanteuse. Pourtant, lors de la représentation de ce soir, j'ai vraiment apprécié son interprétation (qui semble tendre parfois à rapprocher Verdi de Puccini), nettement meilleure que celle de Renée Fleming... en particulier, dans la chanson du saule et la prière qui suit.

La mise en scène d'Andrei Serban est la meilleure des trois que j'ai vues de ce metteur en scène (après Lucia di Lammermoor et L'Italienne à Alger). Ce n'est pas extraordinaire, mais il y au moins quelques belles images, comme le feu de joie au premier acte. L'idée principale consiste à projeter des vidéos en surimpression sur les décors ou quelque grand voilage quand la situation le suggère ou quand des personnages ont des pensées en flashback. Au début, pendant la tempête, on voit ainsi des images que l'on aurait aussi bien pu voir au début du Tristan et Isolde avec les vidéos de Bill Viola. Cela dit, les feux d'artifice et les ciels bleus, à force, cela lasse un peu. Je ne sais pas exactement pourquoi j'aurais voulu que Otello étouffe Desdemona avec un oreiller, mais ici, il l'étrangle avec un voile blanc. Parmi les images frappantes : le décor de la chambre était complètement blanc, comme le costume de Desdemona lors de ce quatrième acte. La façon dont Otello transperce alors avec son épée des sortes de cloisons faites de voiles blancs encadrés était légèrement ridicule, mais la mise en scène ne m'a paru à aucun moment grotesque.

Grimé en Maure, Aleksandrs Antonenko est un peu plus crédible scéniquement que dans la version sans décor et accessoire. Cela dit, son rôle est assez statique. Vocalement, il m'a semblé un peu moins à l'aise que la première fois. Le Jago de Sergei Murzaev n'a tout simplement rien à voir avec celui de Lucio Gallo. Sa technique est toute différente, plus subtile que celle de Gallo, qui était cependant meilleur comédien.

Pour ce qui est de l'orchestre, même depuis une place acoustiquement moins favorable que la première fois (mon replacement ninja au fond du premier balcon de face n'a tenu que jusqu'à la fin du premier acte où on a fait entrer des retardataires), cela m'a semblé sublime. Encore une fois bravo au chef Marco Armiliato. Les instruments à vents ont sonné formidablement bien lors de leur ensemble au début du quatrième acte et l'entrée des cordes s'est faite sans rupture. C'est cette même continuité wagnérisante qui m'avait séduit lors de la fois précédente.

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Götterdämmerung à Bastille (dernière)

2011-07-01 02:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-06-30

Torsten Kerl, Siegfried

Iain Paterson, Gunther

Peter Sidhom, Alberich

Hans-Peter König, Hagen

Katarina Dalayman, Brünnhilde

Christiane Libor, Gutrune, Dritte Norn

Sophie Koch, Waltraute

Nicole Piccolomini, Erste Norn, Flosshilde

Caroline Stein, Woglinde

Daniela Sindram, Zweite Norn, Wellgunde

Philippe Jordan, direction musicale

Günter Krämer, mise en scène

Jürgen Bäckmann, décors

Falk Bauer, costumes

Diego Leetz, lumières

Otto Pichler, chorégraphie

Stefan Bischoff, création images vidéo

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Götterdämmerung, Wagner

J'ai assisté ce jeudi à la dernière du Crépuscule des dieux à Bastille. Mon impression a été tout autre que la première fois. Cela tient peut-être moins à l'interprétation qu'à ma disposition physique. Lors de la matinée du 12 juin, j'étais souvent au seuil de l'endormissement. Ce soir, à la fin, après minuit, j'aurais pu sans problème enchaîner avec un autre opéra de Wagner.

Lors de cette dernière, je n'avais plus aucune attente vis-à-vis de la mise en scène. J'ai donc pu me concentrer sur la musique, délaissant même les sur-titres, et je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. Du côté des voix, la distribution est sans failles. La Waltraute de Sophie Koch m'a ébloui. Pas de surprises avec Hans-Peter König (Hagen), tout simplement extraordinaire. Très bonnes prestations des autres chanteurs. J'attendais beaucoup de Katarina Dalayman (Brünnhilde). Si cela n'a pas été absolument parfait, je l'ai nettement préférée à Brigitte Pinter. Sa façon d'incarner le rôle m'a paru plus convaincante (dans les limites de la mise en scène de Krämer...). Sa voix m'a également semblé moins fragile. Si la scène finale ne m'a pas ému autant que je l'eusse espéré, il s'est trouvé d'autres moments qui m'ont procuré de bonnes émotions.

Du côté de l'orchestre, je peux retirer quelques uns des griefs qui étaient sans doute liés à une incapacité passagère d'écouter de la musique. Sans être uniformément enthousiaste du début à la fin, j'ai passé une très bonne soirée grâce à l'orchestre. J'ai retrouvé les sublimes clarinettes et hautbois dans l'interlude précédant la rencontre entre Waltraute et Brünnhilde. Le rappel par les violoncelles des adieux de Wotan dans cette scène m'a paru très émouvante. La mort de Siegfried a été superbe, tout comme les réminiscences qui avaient précédé (comme la reprise des motifs associés à l'Oiseau par l'orchestre et Siegfried). Le langage des motifs m'a été intelligible tout du long. Cependant, je n'ai pas été emballé par certains débuts de phrases des cuivres, en particuliers des cors, notamment quand ils ont repris le motif du Rhin. À la fin, les premières apparitions du motif de la Rédemption par l'Amour m'ont semblées un peu disgracieuses (parce qu'à moitié camouflées par le reste de l'orchestre). Toutefois, contrairement à ce qu'il m'avait semblé entendre lors de l'autre représentation à laquelle j'ai assisté, la dernière occurrence de ce motif a été très majestueuse.

Événement rare, le parterre a fait une véritable standing ovation aux artistes.

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Il Postino au Châtelet

2011-06-21 01:18+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre du Châtelet — 2011-06-20

Plácido Domingo, Pablo Neruda

Charles Castronovo, Mario Ruoppolo

Amanda Squitieri, Beatrice Russo

Cristina Gallardo-Domâs, Matilde

Patricia Fernandez, Donna Rosa

Victor Torres, Giorgio

Laurent Alvaro, Di Cosimo

Pepe Martinez, Le Père de Mario

David Robinson, Le Prêtre, Cura

Randy Razafijaonimanana, Pablito

Orchestre Symphonique de Navarre

Chœur du Châtelet

Jean-Yves Ossonce, direction musicale

Alexandre Piquion, chef de chœur

Ron Daniels, mise en scène

Riccardo Hernandez, décors et costumes

Jennifer Tipton, lumières

Jesse Belsky, recréation des lumières

Philip Bussmann, projections vidéo

David Bridel, chorégraphie

Il Postino, Daniel Catán

Je reviens de la première française de l'opéra Il Postino adapté du film du même nom qui était lui-même adapté du livre Ardiente Paciencia d'Antonio Skármeta. Il s'agit d'une fiction imaginée à partir de la vie de Pablo Neruda. Pendant son exil en Italie au début des années 1950, il se serait lié d'amitié avec un postier, Mario, dans lequel il aurait fait naître un intérêt pour la poésie.

Neruda est avec Matilde. Mario séduit Beatrice, mais sa tante Donna Rosa veille. Il vont se marier, mais Mario va mourir lors d'une manifestation communiste qui dégénérera. Pendant ce temps, Neruda sera rentré au Chili, semblant oublier les moments passés avec eux en Italie. Quand il reviendra, il ne retrouvera que Beatrice et son fils, appelé Pablito en hommage au poète. (En trame de fond, il y a aussi un contexte politique de promesses électorales, qui, dans cette localité, tourne autour de la construction d'un réseau d'alimentation en eau digne de ce nom.)

Cette production d'opéra m'a semblé assez peu intéressante. Malgré un hautbois quelque peu défectueux, on passe plutôt un bon moment avec une musique douce aux oreilles (nonobstant l'utilisation du piano comme instrument à percussions). La musique créée une atmosphère, mais elle ne semble former qu'un arrière-plan pour les voix. La façon dont les voix chantent (en espagnol) fait beaucoup penser aux opéras de Puccini (en particulier La Bohème). J'ai trouvé que cela sonnait vraiment trop à la manière de, même si ce n'est pas particulièrement désagréable (je ne snobe pas Puccini !).

Du côté des chanteurs, Plácido Domingo (Neruda) a encore de beaux restes ! et dans le rôle de Mario, Charles Castronovo est véritablement excellent. Je ne l'avais entendu jusqu'à maintenant que dans Mireille. Je suis moins convaincu par les deux sopranos Cristina Gallardo-Domâs (Matilde) et Amanda Squitieri (Beatrice) qui ont des voix puissantes, mais dont j'ai trouvé les aigus assez déplaisants.

La mise en scène est assez triviale. Il y a un certain gâchis dans l'utilisation des décors et accessoires. Toutes les cinq minutes environ, on vient déplacer des accessoires pour en remettre d'autres ou on fait un précipité pour installer un nouveau décor qui servira pendant cinq minutes. L'idée est sans doute de faire quelque chose d'un peu cinématographique (on note quelques travellings avant de décors de l'arrière de la scène vers l'avant). Enfin, bref, ce n'est pas très convaincant.

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Otello à Bastille

2011-06-18 18:04+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-06-17

Aleksandrs Antonenko, Otello

Lucio Gallo, Jago

Michael Fabiano, Cassio

Francisco Almanza, Roderigo

Carlo Cigni, Lodovico

Roberto Tagliavini, Montano

Renée Fleming, Desdemona

Nona Javakhidze, Emilia

Chae Wook Lim, Un araldo

Andrei Serban, mise en scène

Peter Pabst, décors

Graciela Galan, costumes

Joël Hourbeigt, lumières

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Marco Armiliato, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Otello, Verdi (sans décors ni accessoires)

Une grève à l'Opéra a fait que cette représentation de l'Otello de Verdi s'est faite sans décors. Le mouvement devait être plus étendu que d'habitude puisque les chanteurs n'avaient à leur disposition aucun accessoire. En sus, parmi eux, il y en avait au moins deux qui ne jouaient pas (Otello et Desdemona). Scéniquement, c'était bien en dessous de ce qui se voit dans les représentations d'opéras annoncées à l'avance comme étant en version de concert. Lors de la dernière série de représentations de L'Italienne à Alger, j'avais trouvé que la version sans décors avec mise en scène improvisée était meilleure que la version normale (mise en scène par Andrei Serban). Je n'ai pas encore vu sa mise en scène d'Otello, je pourrai comparer plus tard...

Le renoncement d'un certain nombre de spectateurs m'a permis, avec d'autres, de bénéficier d'un replacement de première catégorie au premier rang centré du premier balcon.

Du côté de la musique (l'orchestre de l'Opéra dirigé par Marco Armiliato), j'ai trouvé cette représentation sublime. Les sonorités de l'orchestre passent par de nombreux états au cours de l'opéra, les orchestrations des différents moments étant très variées, chacune convenant aux sentiments ou à la situation particulière. Dans la mise en musique du texte, on trouve peu de passages que l'on pourrait qualifier d'airs. On observe au contraire une grande continuité dans la musique, dont la tension ne retombe jamais. Bref, c'est assez wagnérien... L'atmosphère d'une phrase musicale confiée aux violoncelles me fait d'ailleurs penser à un passage similaire dans le premier acte de La Walkyrie. On trouve même des motifs, en tout cas au moins un, utilisé au dernier acte comme réminiscence de l'amour d'Otello et Desdemona avant que la jalousie n'y fît obstacle. Parmi les moments très forts, j'ai apprécié l'utilisation des contrebasses pour accompagner l'entrée en scène d'Otello alors qu'il va commettre l'irréparable.

S'il avait été un peu plus comédien, j'aurais été totalement convaincu par Aleksandrs Antonenko (Otello). Le jeu de Renée Fleming (Desdemona) a été également très en retrait, mais je n'ai pas beaucoup apprécié sa voix, qui quoique dotée d'un joli timbre, m'a semblée assez inconstante et peu puissante. Mon impression négative sur la première partie de la représentation s'est cependant un peu améliorée dans les deux derniers actes. J'ai lu beaucoup de commentaires assassins sur le baryton Lucio Gallo (Jago). Moi, je l'ai trouvé très bien. C'était aussi le seul à véritablement jouer son rôle, qui est tout en duplicité.

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Götterdämmerung à Bastille

2011-06-13 00:16+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-06-12

Torsten Kerl, Siegfried

Iain Paterson, Gunther

Peter Sidhom, Alberich

Hans-Peter König, Hagen

Brigitte Pinter, Brünnhilde

Christiane Libor, Gutrune, Dritte Norn

Sophie Koch, Waltraute

Nicole Piccolomini, Erste Norn, Flosshilde

Caroline Stein, Woglinde

Daniela Sindram, Zweite Norn, Wellgunde

Philippe Jordan, direction musicale

Günter Krämer, mise en scène

Jürgen Bäckmann, décors

Falk Bauer, costumes

Diego Leetz, lumières

Otto Pichler, chorégraphie

Stefan Bischoff, création images vidéo

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Götterdämmerung, Wagner

Épisodes précédents :

Comme je l'avais fait pour le prologue et les deux premières journées du festival scénique du Ring, voici un résumé de la dernière. Dans le prologue du Crépuscule des Dieux, trois nornes se lamentent sur les fautes commises par Wotan : il a bu à une source, il a fait tomber le frêne du monde, il a dompté le feu Loge. Elles annoncent l'incendie du Walhalla. On retrouve ensuite Siegfried et Brünnhilde là où on les avait laissés à la fin de Siegfried. On assiste à une scène d'adieux, Siegfried s'en allant pour de nouveaux exploits. Il laisse à Brünnhilde le soin de conserver l'anneau.

Au début du premier acte, de nouveaux personnages (Gibichungen, vivant au bord du Rhin) préparent un mauvais tour à Siegfried. Hagen, fils d'Alberich, voudrait que Gutrune et Gunther se marient. À Gunther, il vante les mérites de Brünnhilde, mais il dit aussi qu'elle réside dans un lieu inaccessible pour lui. La seule solution est que Siegfried aille l'y prendre pour lui. En échange, on lui donnera la main de Gutrune. (Ce qui intéresse Hagen, c'est bien sûr l'anneau !) Comme par hasard, Siegfried passe par là, on lui sert quelque breuvage enchanté, et il tombe immédiatement sous le charme de Gutrune. Il a complètement oublié Brünnhilde. Il accepte d'aller la chercher en prenant les traits de Gunther grâce au pouvoir du Tarnhelm. De leurs sangs mêlés, Gunther et Siegfried scellent un pacte. Mort à celui qui viendrait à le rompre. Nous sommes de retour au rocher de Brünnhilde, où celle-ci reçoit la visite de Waltraute, une autre Walkyrie. Les deux femmes ne peuvent se comprendre. Waltraute voudrait qu'elle rende l'anneau aux filles du Rhin, mais pour Brünnhilde, ce serait trahir Siegfried. C'est celui-là-même qui vient la trahir, comme il a été manigencé plus haut. Il lui arrache l'anneau des mains. Ils passent la nuit ensemble, mais l'honneur selon Siegfried est sauf puisqu'ils sont séparés l'un de l'autre par l'épée Notung.

Au début du deuxième acte, Alberich vient attiser les désirs de Hagen, l'incitant à tuer Siegfried. Plus tard, Siegfried, précédant Gunther et Brünnhilde revient chez les Gibichungen. Il explique à Hagen et Gutrune ce qui vient de se passer. On s'apprête à célébrer l'union de Gunther et Brünnhilde et de Gutrune et Siegfried. Quand le nom de Siegfried est prononcé, Brünnhilde comprend qu'elle a été trahie (pour l'enlever, Siegfried avait pris la forme de Gunther, elle ne pouvait donc pas le reconnaître, mais d'un autre côté, elle avait la promesse de Wotan que seul un vaillant héros pourrait traverser les flammes pour la rejoindre...). Brünnhilde décide de provoquer la zizanie. Elle s'étonne que ce soit Siegfried qui porte l'anneau à son doigt, vu que c'est Gunther qui est censé l'avoir enlevée. Siegfried est persuadé d'être tout ce qu'il y a de plus honorable, il ne comprend pas ce que dit la femme de Gunther. Ces paroles déclenchent la colère de Gunther, qui est attisée encore davantage par Hagen. Avec Brünnhilde, ils décident de tuer Siegfried. Elle leur indique que la seule manière est de l'atteindre dans le dos. Par égard pour Gutrune, on décide de faire passer le meurtre pour un accident de chasse.

Au troisième acte, lors de la chasse, Siegfried s'est détaché du groupe. Il se retrouve au bord du Rhin et rencontre les trois filles du fleuve. Celles-ci chantaient, espérant voir arriver celui qui leur rendrait l'anneau. Elles lui expliquent que l'anneau est maudit et que la seule manière de lever cette malédiction est qu'il leur donne l'anneau. Lui explique qu'il n'a pas appris la peur. Elles lui annoncent qu'il va mourir le jour-même. À un moment de la discussion, il offrirait bien l'anneau contre l'amour d'une des filles du Rhin, quoique ce soit inconvenant vis-à-vis de Gutrune. Après quelques hésitations, Siegfried garde finalement l'anneau. Hagen, Gunther et les autres chasseurs le rejoignent. On discute, on discute. Siegfried se retrouve à raconter son enfance... Il en vient à expliquer qu'il a obtenu la faculté de comprendre le langage des oiseaux en tuant le dragon Fafner. Il raconte ce que l'oiseau lui avait chanté dans Siegfried. Pour lui faire retrouver encore un peu mieux la mémoire, on lui faire boire un nouveau breuvage. Il prononce avec ardeur le nom fatidique de Brünnhilde. Hagen le tue d'un coup de lance dans le dos. Dans la dernière scène, on rentre de la chasse. Gutrune est inquiète. Serait-il arrivé quelque chose à Siegfried. On n'arrive pas à lui cacher longtemps la vérité. Elle se lamente du malheur apporté par Brünnhilde. Celle-ci demande qu'on dresse un bûcher funéraire. Avant de s'y jeter, elle lance un trait enflammé en direction du Walhalla... Le Rhin envahit les lieux. Les filles du Rhin s'emparent de l'anneau. Devenu fou, Hagen se précipite désespérémment dans le Rhin pour tenter de récupérer l'anneau, en vain.

Du côté de la mise en scène de Günter Krämer, si celles de Das Rheingold et de Die Walküre m'avaient déplu et si celle de Siegfried m'avai semblée assez satisfaisante, il y avait dans tous les cas de la matière (avec laquelle on pouvait ou non être en accord). Dans Götterdämmerung, il n'y a strictement rien et tout est extraordinairement statique. On n'observe aucune cohérence d'ensemble entre les quatre volets de la tétralogie, ou si on avait pu croire qu'il y en avait une, le metteur en scène montre que ce n'était qu'une vaste plaisanterie. Le fameux grand escalier qui reliait la terre au Walhalla reparait ici il me semble deux fois. Une fois quand Waltraute descend pour rencontrer Brünnhilde. C'est normal. Plus loin, le même escalier fait office de gradins pour le chœur en rang d'Oignon qui accueille l'arrivée de Gunther et Brünnhilde. Un troisième lieu de villégiature a été donné à Brünnhilde. Alors qu'on l'avait quittée sous une simple table dans Die Walküre, elle avait reparu couchée sur le grand escalier, légèrement en hauteur. Dans ce dernier volet, on la retrouve dans un nouveau lieu avec néanmoins toujours ladite table. Quand Waltraute viendra la voir, il y aura encore eu des changements, des meubles ayant été ajoutés faisant de Brünnhilde une parfaite bourgeoise.

Les Nornes sont habillées de sobres robes noires. Dans la deuxième partie du prologue, elles restent immobiles au fond de la scène. Vers la fin, elles passent par dessus leur robe le costume hideux des Filles du Rhin vu dans Das Rheingold. Quelques secondes plus tard, elles retrouvent leur costume précédent et font cependant quelques mouvements ondulatoires avec les mains derrière un grand écran vertical transparent où s'animent des images fluviales. Pourquoi pas. Mais pourquoi donc s'en vont-elles à peu près précisément au moment où les motifs présents dans la musique se mettent justement à évoquer le Rhin (Siegfrieds Rheinfahrt). À ce moment-là, un ballet ridicule est exécuté par des hommes habillés en femmes qui disposent des tables et des bancs (dont on ne fera aucun usage plus tard).

Le grand écran électrique transparent devient le principal ingrédient scénographique de cette production. Cela fait d'ailleurs un peu peur dans la première partie quand on voit ce haut échafaudage tourner avec tout le décor autour d'un axe tandis que les nornes s'avancent. À la fin de l'opéra, avant la réapparition des filles du Rhin, il n'y a en scène que Brünnhilde, le grand écran et le corps de Siegfried. La scène m'a paru bien ennuyeuse... Elle se termine en pied de nez : sur l'écran apparaissent des images d'un jeu vidéo style Doom où il faut dégommer le maximum de dieux.

L'autre trouvaille a été de faire de Hagen un personnage en fauteuil roulant, plus ou moins manipulé par Alberich, qui, scandâââle, prononce les dernières paroles de l'opéra : Zurück vom Ring!, alors que ce sont les derniers mots de Hagen dans le livret.

Il y a peut-être une scène qui est à peu près réussie : celle où Siegfried prend la forme de Gunther grâce au Tarnhelm pour enlever Brünnhilde. Les interprètes de Siegfried et Gunther sont tous les deux en scène, Siegfried posté derrière Gunther en tenant le Tarnhelm devant lui pour dissimuler son visage à la vue de Brünnhilde. On pourrait penser que pour le metteur en scène, seul Siegfried est présent et Gunther n'est qu'une marionnette (incapable de faire du lip synch) apparue par le pouvoir du Tarnhelm, mézalor il est étrange que les interprètes de Brünnhilde et Gunther se retrouvent couchés collés l'un contre l'autre tandis que de l'autre côté de la scène Siegfried jure devant Notung qu'il reste à l'écart de l'épouse de Gunther. Ou bien il faut penser que Gunther est aussi présent avec Siegfried, mézalor on contredit la suite du livret puisque Gunther n'est censée rencontrer Brünnhilde que le lendemain.

Parmi les autres bizarreries, dans les moments qui précèdent le meurtre de Siegfried, celui-ci refuse de prendre le breuvage (du whiski probablement) que lui tend Hagen. Comment retrouve-t-il la mémoire sans ça ?

Pour moi, des quatre mise en scène que l'on a vu dans ce cycle, c'est indiscutablement celle qui est la plus ratée.

Du côté de la musique, alors que j'avais été véritablement enchanté par la prestation de l'orchestre dans Siegfried, je sors de cette représentation relativement déçu. Il s'est trouvé un certain nombre de passages où j'avais l'impression qu'il y avait des hésitations au démarrage et d'autres où des phrases musicales m'ont paru méconnaissables (exemples : motifs des Gibichungen, du meurtre, de la rédemption par l'amour), en tout cas moins claires que ce à quoi je suis habitué. Cette impression générale est peut-être liée au fait qu'il soit beaucoup fait usage des cuivres dans cet opéra. Parmi les bonnes choses, il y a eu les fabuleuses interventions des clarinettes puis des hautbois reprenant le motif de Brünnhilde, repris par l'orchestre et culminant en un rappel du Salut au monde avant l'entrevue de Brünnhilde avec Waltraute. Dans la marche funèbre de Siegfried, on a entendu un fort beau déploiement de décibels. (À noter aussi, cela dure une demi-heure de plus que la version Boulez/Chéreau !)

Du côté des voix, presque tous les rôles me semblent fort bien interprétés. Hans-Peter König est superbe en Hagen, comme Iain Paterson en Gunther. J'ai aussi aimé les Filles du Rhin, les Nornes, Gutrune, Waltraute. Même Torsten Kerl (Siegfried) que j'avais eu du mal à entendre dans Siegfried passe sans souci la rampe.

Mon principal problème avec cette représentation vient de l'interprète de Brünnhilde, Brigitte Pinter, qui a dû remplacer Katarina Dalayman (souffrante). Conditions peu idéales pour une prise de rôle ! J'ai été gêné par la voix un peu fatiguée qui ne tient pas toujours jusqu'au bout des phrases et qui est parfois recouverte par l'orchestre. Cela n'admet pas vraiment d'explication rationnelle et cela ne se commande pas, mais je suis très étonné de n'avoir absolument pas été ému par la scène finale.

PS : Mon avis sur l'orchestre s'est bonifié lors de la dernière représentation.

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Ariodante au TCE

2011-05-24 02:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre des Champs-Élysées — 2011-05-23

Joyce DiDonato, Ariodante

Marie-Nicole Lemieux, Polinesso

Karina Gauvin, Ginevra

Sabina Puértolas, Dalinda

Nicholas Phan, Lurcanio

Matthew Brook, Le Roi

Paolo Borgonovo, Odoardo

Il Complesso Barocco

Alan Curtis, direction

Ariodante (Händel)

Superbe version de concert dans un TCE plein à craquer pour cet Ariodante. L'effectif orchestral est plutôt réduit. Au centre, un clavecin. À gauche, les violons (5+2). À droite, les deux violoncelles, le théorbe, la contrebasse et les deux altos. Au fond, les deux hautbois, les deux cors (naturels, donc buggés...) et le basson (formidable). Alan Curtis, le chef d'Il Complesso Barocco, a l'air de diriger des musiciens qui savent ce qu'ils ont à faire. Dans le fond, les altos se synchronisent par sourires interposés. Dans le style très reconnaissable de Händel, on entend néanmoins quelques effets qui m'étaient jusqu'alors inconnus.

Ariodante doit épouser Ginevra, la fille du roi, mais Polinesso, qui l'aime aussi, complote avec le complicité innocente de sa suivante Dalinda qui passe les habits de Ginevra. Tout le monde croit que Ginevra trompe Ariodante. On annonce qu'il s'est suicidé. Ginevra clame son innocence et veut se suicider aussi. En fait, personne n'est mort, sauf le méchant qui est tué et tout finit par s'arranger.

Absolument tous les chanteurs me font une bonne impression. Parmi eux, on trouve notamment Karina Gauvin (Ginevra) que j'entends pour la première fois. Si les chanteurs ont tous été copieusement applaudis, les suffrages du public se concentrent sur les interprètes des deux rôles travestis. Pour bien montrer qu'elle a un rôle de méchant, Marie-Nicole Lemieux (Polinesso) violente quelque peu les pupitres et sa partition. Elle m'a davantage convaincu ce soir que les deux autres fois que l'ai entendue.

La Reine de la soirée est incontestablement Joyce DiDonato (Ariodante). Comme sur la pochette de son dernier CD Diva Divo, elle a joué le jeu du travestissement en portant un costume masculin. D'un bout à l'autre de l'opéra, elle a réalisé prouesses vocales sur prouesses vocales. Mais comment fait-elle pour respirer ? Certains choix audacieux de dynamiques sont tenus sans accroc jusqu'au bout des phrases. Les stupéfiantes vocalises si typiquement händeliennes sont lancées avec autant de conviction que si elles véhiculaient un sens. J'avais déjà une opinion très-favorable de cette chanteuse (septième fois que je l'entends en concert) et me demandais où elle pourrait encore nous entraîner. Je crois qu'on n'a pas fini d'en entendre parler !

Je ne pense pas avoir précédemment vu le public réagir de façon aussi chaleureuse lors d'un opéra (que ce soit en version scénique ou en version de concert). Les applaudissements et bravos lancés après les airs de Joyce DiDonato correspondent bien à l'idée que je me fais du mot triomphe.

(Le minutage 2×1h20 était quelque peu optimiste, puisque le concert programmé à 20h s'est terminé vers 23h45...)

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Les Noces de Figaro à Bastille

2011-05-14 16:31+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-05-13

Christopher Maltman, Il Conte d'Almaviva

Dorothea Röschmann, La Contesse d'Almaviva

Julia Kleiter, Susanna

Erwin Schrott, Figaro

Isabel Leonard, Cherubino

Ann Murray, Marcellina

Maurizio Muraro, Bartolo

Robin Leggate, Don Basilio

Antoine Normand, Don Curzio

Christian Tréguier, Antonio

Zoe Nicolaidou, Barbarina

Olivia Doray, Carol García, Due Donne

Dan Ettinger, direction musicale

Giorgio Strehler, mise en scène et lumières

Humbert Camerlo, réalisation de la mise en scène et des lumières

Marise Flach, collaboration aux mouvements

Ezio Frigerio, décors

Ezio Frigerio, Franca Squarciapino, costumes

Vinicio Cheli, lumières

Jean Guizerix, chorégraphie

Alessandro Di Stefano, chef du chœur

Denis Dubois, clavecin

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Les Noces de Figaro, Mozart

Les jours de grève des transports semblent coïncider avec mes tentatives pour aller voir Les Noces de Figaro à Bastille. En septembre/octobre, j'avais renoncé à aller une représentation sans les décors, faute de savoir si je pourrais rentrer chez moi après le spectacle. Hier, j'y suis allé malgré ce risque, et effectivement je ne suis arrivé à rentrer chez moi qu'à 5h15 (après deux heures d'attentes infructueuses à Denfert où j'ai vu passer trois noctiliens complets ; j'ai pris un noctilien d'une autre ligne qui me déposait à une dizaine de kilomètres de chez moi et il a bien fallu finir le trajet à pieds).

La mise en scène de Giorgio Strehler a été créée en 1973. La deuxième série de représentations commencée hier en constitue la vingtième reprise. C'est la première fois que je la vois. Il est évident qu'elle fonctionne bien. Les costumes sont traditionnels. Les décors d'Ezio Frigerio aussi. Les changements de décors après le premier et le troisième acte ont été interminables (on comprend que ce n'est pas simple à faire, mais à Bastille, on est tellement habitué à voir la scène se transformer complètement en quelques dizaines de secondes...). Une partie non négligeable du public a alors cru pouvoir sortir de la salle et revenir. Les premiers airs ont été systématiquement applaudis, ce qui a un peu cassé le rythme de la représentation, mais on est heureusement devenu un peu plus raisonnable. On a également entendu un spectateur pourrir complètement un des airs de Susanna en émettant des bruits de toux invraisemblablement forts.

Je ne suis pas des plus ardents admirateurs de Mozart. La musique de la première partie, et tout particulièrement le premier acte, m'a montré ceux des effets stylistiques du compositeur que je n'apprécie pas. Je n'ai pas été très enthousiasmé par cette musique, dirigée par Dan Ettinger, d'autant plus que dans les moments où la musique ne s'efface pas devant le chant ou y répond, l'orchestre, sans couvrir complètement les voix, ne laisse plus entendre grand'chose de distinct de celles-ci. Ce n'est à mon avis pas un problème des chanteurs, mais bien de la direction puisque dans les récitatifs, les chanteurs se font très bien entendre, et comme il m'est déjà arrivé, mais assez rarement, j'aurais parfois presqu'eu envie d'applaudir à la fin d'un récitatif... Après l'entr'acte, il m'a semblé que l'orchestre a joué nettement moins fort que lors de la première partie, ce qui a permis de mieux mettre en valeur les chanteurs, et pas seulement dans les récitatifs.

Même si je n'ai pas entendu la distribution A (octobre/novembre), il est évident que cette distribution B est tout sauf une distribution au rabais. On y trouve ainsi notamment Erwin Schrott (Figaro), Julia Kleiter (Susanna), Christopher Maltman (Almaviva), Dorothea Röschmann (La Contesse d'Almaviva), Isabel Leonard (Cherubino). Dans les petits rôles, on trouve quelques jeunes chanteuses de l'Atelier lyrique : Olivia Doray et Carol García dans un duo, et surtout Zoe Nicolaidou (qui m'avait impressionné dans le concert donné samedi dernier au Studio Bastille pour l'opération Tous à l'opéra) dans le rôle de Barbarina (qui a plusieurs récitatifs et un air en ouverture du quatrième acte).

Pour le reste, à propos de la production, on a manifestement voulu accentuer dans l'éclairage le déroulement de cette folle journée. Ainsi, au premier acte, la pièce où évoluent les personnages est dans la pénombre. Dans le deuxième, la chambre de la contesse est éclairée par la gauche, tout comme le décor tout en profondeur du troisième acte. On retrouve la pénombre dans le quatrième acte. Cela fait quand même deux actes où on distingue à peine les chanteurs... On dira que je ne suis jamais content parce que j'ai trouvé très bizarre que l'on ait éclairé brutalement l'avant de la scène le temps où Figaro s'y est posté pour son air. (Parmi les effets lumineux involontairement étranges, on peut noter que les musiciens de l'orchestre et le chef ont éteint les lumières de leur pupitre au début au quatrième acte, ce afin que l'on comprenne bien qu'il faisait nuit. Mais quand le pupitre du chef d'orchestre est rallumé, l'œil du spectateur est comme agressé par le changement soudain d'intensité lumineuse...)

Mis à part ces bizarreries de lumières, j'ai vraiment adoré ce quatrième acte, où les personnages se jouent des tours les uns aux autres grâce au travestissement.

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Didon & Énée à l'Athénée

2011-05-08 20:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Athénée Théâtre Louis-Jouvet — 2011-05-08

Isabelle Druet, Didon

Arnaud Guillou, Énée

Camille Poul, Belinda

Edwige Parat, La seconde suivante

Anna Wall, L'enchanteresse

Agathe Boudet, Fiona Mc Gown, Les sorcières

François Rougier, Le marin

Antoine Strub, L'esprit

Sébastien d'Hérin, direction musicale

Bernard Lévy, mise en scène

Bérangère Gros, assistante à la mise en scène

Giulio Lichtner, scénographie

Christian Pinaud, lumières

Romain Vuillet, Jérôme Tuncer, vidéo

Fabienne Robineau, maquillages et coiffures

Atelier du Théâtre musical de Besançon, réalisation des décors

Pascal Doudement, réalisation de l'écorce de l'arbre

Atelier du Théâtre musical de Besançon, Atelier Lilas en scène, réalisation des costumes

Chœur AEdES

Les Nouveaux Caractères

Didon et Énée, Purcell

Deuxième spectacle pour moi à l'Athénée après le concert Humour noir. Cette fois-ci, la salle est pleine pour l'opéra de Purcell Didon et Énée. Vu le minimalisme de la mise en scène et des décors (à l'exception d'un tronc d'arbre qui descend des cintres pour la deuxième scène du deuxième acte), je pense que j'aurais autant préféré assister à une version de concert. Une traduction du texte est projeté au fond du décor, intégré à des animations vidéos.

La musique qui sort de la fosse est absolument superbe. Elle est jouée par un tout petit effectif musical (Les Nouveaux Caractères, sept musiciens). Le chef Sébastien d'Hérin (qui dirige depuis le clavecin) semble très attentif dans sa direction du chœur AEdES qui est sur le côté droit de la fosse. Certains rôles sont d'ailleurs interprétés par des membres du chœur, qui reviennent dans la fosse une fois leur rôle terminé.

Si les chanteurs m'ont semblé bons, vu la brièveté de l'œuvre, c'est surtout la musique qui m'a frappé. Isabelle Druet, qui interprétait le rôle de Didon, fera un récital le 21 mai à 15h dans le même théâtre (et vu la réduction qui était proposée aux spectateurs de cette représentation, il doit rester des places...).

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Orphée et Eurydice à la MC93 Bobigny

2011-05-05 01:19+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

MC93 Bobigny — 2011-05-04

Alisa Kolosova, Orphée

Ilona Krzywicka, Eurydice

Olivia Doray, Amour

Geoffroy Jourdain, direction musicale

Dominique Pitoiset, Stephen Taylor, mise en scène

Dominique Pitoiset, scénographie

Axel Aust, costumes

Christophe Pitoiset, lumières

Cécile Kretschmar, création des maquillages

Franck Guillemain, réalisation et montage vidéo

Orchestre-Atelier Ostinato

Le Jeune Chœur de Paris

Orphée et Eurydice, Gluck (version Berlioz)

Je me suis rendu pour la première fois à la MC93 Bobigny pour assister à la deuxième production scénique de la saison pour l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris après Street Scene. La MC93 est accessible en métro, il n'y a qu'à marcher cinq minutes (fléchage indiscutablement spectaculaire) pour accéder à cette salle située boulevard Lénine. On y trouve une restauration à bas coût, une librairie et en entrant dans la salle de spectacle (environ 600 places), on est saisi par son côté monumental : des gradins à la pente prononcée, un décor brut et noir d'où débordent des tuyaux. La fosse d'orchestre est très profonde. C'est une gorge dont l'accès est protégé par une sorte de parapet dont la partie supérieure n'est qu'un épais câble métallique torsadé. La beauté de la salle n'est pas en mesure d'interférer avec la beauté de ce qui se passera sur scène !

La version de l'Orphée et Eurydice de Gluck jouée ce soir est celle adaptée par Berlioz, en français. L'absence de surtitrage se fait malheureusement sentir, que ce soit pour les trois chanteurs solistes ou pour le chœur. Cependant, chacun aura l'occasion de chanter des passages (notamment ceux qui se rapprochent du récitatif) dans lesquels le texte, quelque peu suranné, se fait entendre. Ayant déjà vu une version allemande, j'aimerais bien un jour voir une production scénique de la version d'origine en italien...

La mise en scène de Dominique Pitoiset et Stephen Taylor m'a paru assez intelligente. Le décor, unique, présente l'intérieur très-moderne d'un appartement. Des fauteuils, des armoires, des tiroirs, un réfrigérateur, un coin bar avec évier (fonctionnel !). La profession d'Orphée est signalée par la présence d'un pupitre et d'une harpe. Dans la première scène, les membres du chœur (habillés en noir et portant chacun une rose rouge) viennent présenter leurs condoléances à Orphée dont l'épouse est morte. Une rotation du décor permet ensuite de montrer son autre face : la salle de bain et la chambre à coucher. On comprend qu'Eurydice s'est suicidée. Des constatations légales sont en train de se faire.

Amour (jeune femme dynamique en perruque blonde, mais personnage plus sombre que dans d'autres versions) vient apporter quelque réconfort à Orphée. La solution pour lui semble être de partir dans un enfer artificiel (mélange alcool-drogues aidant). Le reste de l'histoire est connu...

Contrairement à certaines versions de l'opéra de Gluck, cette version-ci, je l'ai découvert au cours de la représentation, mais vu le parti pris de mise en scène, comment eût-il pu en aller autrement ? cette version-ci, disais-je, se finit très mal. Si j'ai bien compté, Eurydice sera morte trois fois et Orphée réussit à se suicider.

Au-delà du décor et des idées, le travail de mise en scène proprement dit est remarquable : le placement, les mouvements et l'attitude des membres du chœur sont saisissants (le genre de choses que je n'ai pas souvent le loisir de mesurer en vision directe, ce que j'ai pu apprécier ici depuis mon placement au quatrième rang !). Cela vaut aussi pour les trois solistes, mais vu son importance, c'est le plus frappant pour le rôle d'Orphée.

Du côté de la musique, cette version Berlioz semble contenir quelque fantaisie quasi-rossinienne, et en même temps tellement française, à la fin du premier acte. Passage a capella, vocalises redoutables pour Alisa Kolosova qui s'en sort plus que bien. (Après vérification, il s'agit de l'air Amour, viens rendre à mon âme.)

Malgré le petit bémol concernant le texte pas toujours intelligible, je suis plus que très agréablement surpris par la qualité de ce spectacle ! Et malgré un commencement à 20h30 (légèrement retardé), j'ai été tout étonné d'être rentré à Orsay dès 23h30.

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The Second Woman aux Bouffes du Nord

2011-04-27 01:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre des Bouffes du Nord — 2011-04-26

Jean-Yves Aizic, Le pianiste et répétiteur

Jean-Sébastien Bou, Le baryton

Elizabeth Calleo, La cantatrice

Jeanne Cherhal, La chanteuse

Marie-Ève Munger, La colorature

Philippe Smith, Le metteur en scène

Frédéric Verrières, idée, musique

Bastien Gallet, livret

Guillaume Vincent, mise en scène

Marion Stoufflet, dramaturgie

James Brandily, scénographie

Sébastien Michaud, lumières

Fanny Brouste, costumes

Olivier Pasquet, musique électronique

Jean Deroyer, direction musicale

Ensemble Court Circuit

The Second Woman, Frédéric Verrières (création)

Je reviens de la création de l'opéra The Second Woman du jeune compositeur Frédéric Verrières au Théâtre des Bouffes du Nord.

Je suis assez partagé, puisque la première partie m'a beaucoup fait rire, mais ce n'était pas un opéra, en fait, c'était plutôt un anti-opéra. La deuxième partie était davantage musicale, mais il s'agit de musique zarbi pendant lequel le temps est un peu long (pourtant, au total la représentation, sans entr'acte, ne fait qu'un peu plus d'une heure et demie).

L'idée de l'opéra est inspirée du film Opening Night de John Cassavetes (que je n'ai pas vu) et dans lequel Gena Rowlands joue dans une pièce intitulée The Second Woman. Dans la première partie, on assiste à des répétitions d'un opéra. La cantatrice Elizabeth (prénom de la chanteuse qui interprète le rôle) est en retard, du coup, c'est la chanteuse sympa Jeanne (Jeanne Cherhal) qui commence le spectacle en interprétant une sorte de lamentation (qui reviendra de nombreuses fois). Le metteur en scène sans idées entre. Elizabeth commence la chanson et l'interprète de façon caricaturalement lyrique. On lui reproche son vibrato, etc. Tout semble aller contre le genre de l'opéra. On croit l'entendre chanter un air de Tosca (en tout cas, il semble qu'on entende distinctement Scarpia à un moment), puis c'est la scène de la folie de Lucia di Lammermoor qui est pastichée. La musique citée est cependant rendue assez méconnaissable (mais au moins dans ce cas précis, l'orchestration est amusante). Le texte fait référence à une sœur, Yelena. Une troisième chanteuse (la colorature, qui ne s'appelle pas Yelena mais Marie-Ève) entre. On entend un peu du duo des fleurs de Lakmé. Ah, et puis bien sûr, des vocalises de Zerbinetta dans Ariadne auf Naxos !

Il y a en effet un raprochement évident à faire avec cet opéra de Strauss, puisque comme dans ce dernier, on trouve des réflexions sur l'opéra, la voix, la mise en scène, dans une première partie en forme de prologue qui comporte des parties parlées, avant que la musique prenne le dessus dans la deuxième.

L'histoire devient alors à moitié surréaliste. On ne sait plus très bien si on est pendant la répétition, dans le rêve de la cantatrice, etc. On est peut-être même dans une bobine de film puisque par exemple à un moment, un effet de lumières stroboscopiques fait voir un mouvement saccadé des personnages qui avancent, et qui se mettent à reculer, puis à avancer à nouveau en répétant leur texte...

Pendant que la cantatrice est ailleurs, Jeanne s'amuse à répéter une chanson avec un baryton un peu coincé. Il est amusant de la voir pasticher le style de Brigitte Bardot, de Britney Spears, de citer une émission de Taratata avec Yannick Noah... Toutes idées que le personnage du metteur en scène approuve.

C'est un curieux spectacle, certainement amusant et déroutant, avec une scénographie très réussie (qu'il est sans doute préférable de suivre depuis des places centrées au parterre). (Je dis déroutant, mais pas volontairement incompréhensible comme l'était la Passion de Pascal Dusapin, qui assistait à cette création.)

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Opéra de Paris 2011/2012 (suite)

2011-04-21 16:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Ce n'était pas sans éprouver quelques contrariétés que j'avais rempli mon formulaire d'abonnement à l'Opéra pour l'année prochaine. J'avais coché tous les ballets (sauf le Roméo et Juliette de Sasha Waltz) et étais même allé jusqu'à sélectionner quelques opéras (notamment un Tannhäuser à Bastille).

Aujourd'hui, j'ai reçu mon récapitulatif de réservation. J'avais demandé, comme les années précédentes à être prioritairement aux troisièmes ou quatrièmes loges à Garnier, et que l'amphithéâtre ne soit envisagé qu'en tout dernier recours. Pour cette année, ces préférences avaient été prises en compte. Je n'ai eu qu'une place d'abonnement à l'amphithéâtre, pour Giulio Cesare où je m'étais en plus retrouvé derrière un grand chevelu. Un petit mot sur le récapitulatif de l'année dernière s'était excusé par avance du désagrément de ne pas voir tous mes vœux de placement satisfaits.

Sur le récapitulatif reçu aujourd'hui, pas moins de huit billets réservés étaient à l'amphithéâtre. Une fois ou deux par an, cela peut aller, mais à ce niveau, le déplaisir serait trop grand. Heureusement, il faut confirmer son abonnement avant qu'il soit validé. Avant, cela permettait aussi de faire d'éventuelles retouches et cela se passait plutôt bien. Là, au téléphone, quand j'ai demandé s'il était possible de revoir le placement, on m'a dit à peu près que La direction de l'Opéra a toujours été très claire. Les préférences de placement ne sont respectées que dans la mesure des disponibilités. Si cela n'a pas été le cas, c'est que c'était vraiment impossible.. L'impossibilité ainsi constatée d'évoquer des retouches aux réservations cache plus certainement une volonté d'efficacité (traitement plus rapide des dossiers, moins de temps passé au téléphone avec ces enquiquineurs) qu'un souci de la satisfaction des désirs du spectateur (satisfaits fin juin plutôt que fin avril dans mes souvenirs des années précédentes, ce qui permettait aussi de commencer à payer l'abonnement un peu plus tard). En effet, comment expliquer sinon que les dates retenues fussent systématiquement la première des trois que j'avais données alors qu'il était évident que j'avais mis une priorité sur le placement. (Je passe sur le fait que les billets qui m'avaient été réservés à Bastille étaient absolument tous vers le fond du parterre, où jusqu'à cette année ces places étaient vendues trois fois moins chères.)

Heureusement, j'avais établi ma stratégie avant d'appeler. C'était soit négociation soit annulation. J'ai donc décidé d'annuler mon abonnement 2011/2012 à l'Opéra. Mes finances ne vont que s'en mieux porter ! Et tant pis si j'arrive pas à aller voir tous les ballets que je voudrais à 9€ ou 12€...

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Pelléas et Mélisande au TCE

2011-04-16 02:11+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre des Champs-Élysées — 2011-04-15

Natalie Dessay, Mélisande

Simon Keenlyside, Pelléas

Marie-Nicole Lemieux, Geneviève

Laurent Naouri, Golaud

Alain Vernhes, Arkel

Khatouna Gadelia, Yniold

Nahuel di Pierro, Un médecin

Chœur de l'Orchestre de Paris

Orchestre de Paris

Louis Langrée, direction

Pelléas et Mélisande, Claude Debussy

Après la belle production présentée à l'Opéra Comique l'année dernière, c'était ce soir mon deuxième Pelléas et Mélisande, cette fois-ci en version de concert. J'étais dans des conditions de confort à peu près semblables à celles d'hier pour Parsifal, mais j'ai payé bien plus cher cette place d'abonnement...

La salle du TCE est pleine comme elle l'est rarement. Le deuxième balcon de côté est très bien rempli et il semble que quelques personnes se cachent derrière les meurtrières situées dans les hauteurs du théâtre.

Par rapport au Parsifal d'hier, les entrées et sorties sont un peu mieux gérées et les expressions faciales et les attitudes expriment davantage le sentiment particulier de chaque situation. Conformément à la tradition du TCE, pas de surtitres pour les opéras en français, mais le texte est presque tout le temps parfaitement intelligible. Il y a cependant des moments où le volume de l'orchestre fait que l'on entend encore le son des voix mais plus le sens des paroles.

Sur le papier, on a une distribution de rêve : Natalie Dessay (Mélisande), Simon Keenlyside (Pelléas), Laurent Naouri (Golaud), Marie-Nicole Lemieux (Geneviève), Alain Vernhes (Arkel). Les promesses sont bien tenues. J'ai été particulièrement content d'entendre pour la première fois Simon Keenlyside, qui avait une attelle au coude gauche. Le chanteur qui m'a fait la meilleure impression a été Laurent Naouri, phénoménal Golaud (voix puissante, belles dynamiques, texte parfaitement compréhensible, un jeu idéal compte tenu des limites de la version d'un concert). Dans le rôle de Mélisande, Natalie Dessay a fait une bonne prestation, notamment dans la première scène du troisième acte avec Simon Keenlyside. Il y a cependant des moments, en particulier au début de certaines phrases, où le timbre de sa voix est comme altéré, mais je suis néanmoins content de n'avoir à aucun moment éprouvé la désagréable tension ressentie lors de précédents concerts de cette chanteuse (Giulio Cesare, La Sonnambula) : la crainte que la voix exploserait en plein vol. Espérons que cela continue ! Alain Vernhes et Marie-Nicole Lemieux ont également été très bons, tout comme Nahuel di Pierro dans le rôle du médecin (et du berger) et Khatouna Gadelia dans celui d'Yniold.

À force de voir l'Orchestre de Paris, il y a des visages qui tendent à devenir comme familiers. J'ai été très impressionné par les cordes, dont j'ai apprécié la variété des ambiances sonores produites. Je n'ai pas été immédiatement emballé par les instruments à vents lors de la première apparition d'un motif caractéristique (dans les toutes premières mesures), je ne saurais pas exactement dire pourquoi, mais par la suite, je les ai appréciés aussi, et mon impression sur l'orchestre en général s'est encore fortifiée à mesure que les actes se succédaient. Le chef Louis Langrée avait l'air assez attentif aux chanteurs, se tournant parfois vers eux en faisant du lip sync. Les quelques moments forts vocaux sont bien mis en valeur, mais il est quelque peu dommage que l'enthousiasme communiqué à l'orchestre ait parfois nui à l'intelligibilité du texte. Mais dans l'ensemble, j'ai passé un très bon concert !

Ailleurs : Klari, Palpatine.

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Parsifal au TCE

2011-04-15 02:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre des Champs-Élysées — 2011-04-14

Michael Volle, Amfortas

Steven Humes, Titurel

Kwangchul Youn, Gurnemanz

Nikolai Schukoff, Parsifal

John Wegner, Klingsor

Angela Denoke, Kundry, une voix du ciel

Kevin Conners, Premier chevalier

Levente Molnár, Second chevalier

Ulrich Reß, Kenneth Roberson, Ecuyers

Solistes du Tölzer Knabenchor, Ecuyers

Hanna-Elisabeth Müller, Laura Tatulescu, Gabriela Scherer, Evgeniya Sotnikova, Tara Erraught, Okka von der Damerau, Filles-fleurs de Klingsor

Orchestre de la Staatsoper de Munich

Chœur de la Staatsoper de Munich

Kent Nagano, direction

Parsifal (Wagner)

Je n'avais pas prévu d'aller écouter ce Parsifal au TCE, mais la possibilité d'obtenir des places de première catégorie (en l'occurrence, un premier rang de première loge de face) à 30€ m'avait décidé. Faute de temps, je m'y étais préparé plus sommairement que pour Siegfried, mémorisant quelques motifs parmi les plus importants comme La Cène, Le Graal, La Foi, La Lance, Kundry, Le baume, Parsifal...

Il vaut mieux avoir quelques points de repère pour pouvoir maintenir une activité intérieure et défier la fatigue pendant le concert, très long (début à 18h, fin de la standing ovation vers 23h30), le tempo étant d'ailleurs presque tout le temps très lent.

La grande surprise que j'ai eue lors du premier acte est venu du rôle de Gurnemanz qui y a une fonction qui fait penser à celle de l'Évangéliste dans les Passions de Bach. L'excellente basse Kwangchul Youn arrive à maintenir un intérêt constant pour ce rôle qui n'est a priori pas le plus flatteur (je garde également un très bon souvenir de la performance de ce chanteur dans le rôle de Wurm dans Luisa Miller en 2008). Kundry (Angela Denoke) sert les chevaliers du Graal et le premier d'entre eux (Amfortas) à qui elle administre un baume. Nous sommes en situation de crise : du fait de sa souffrance, il ne peut plus célébrer comme il faut le Graal, touché qu'il a été par la Lance (tout comme le Christ) après que Klingsor l'avait détourné de son vœu de chasteté. On annonce qu'un être innocent pourra récupérer cette Lance, c'est bien sûr Parsifal qui se fait remarquer lors de son entrée parce qu'il commet le sacrilège de tuer un cygne. De façon amusante, Wagner utilise le même motif que dans Lohengrin pour évoquer le cygne. Nikolai Schukoff n'est pas très convaincant dans son rôle au cours de ce premier acte. Il le sera bien davantage dans le deuxième où il va conquérir la Lance. Entretemps, il aura été tenté par les Filles-fleurs, puis par Kundry qui est maintenant sous l'emprise de Klingsor. Angela Denoke est tout aussi impressionnante dans ce rôle que dans Kátia Kabanová. Au troisième acte, on se retrouve au même endroit qu'au premier acte. Gurnemanz reconnaît en Parsifal celui qui va les sauver, Parsifal puis Kundry sont baptisés. Alors qu'Amfortas (remarquable Michael Volle) rappelle qu'il voudrait mourir pour ne plus souffrir de sa blessure, Parsifal entre pour le soigner en mettant la Lance en contact avec son flanc. Parsifal peut alors succéder à Amfortas en maître de cérémonie.

Par rapport à une version scénique, on y perd un peu en cohérence. Dans ce troisième acte, Angela Denoke ne reparaît que pour répéter le mot Dienen (servir) alors qu'à plusieurs reprises, on s'adresse à Kundry alors qu'elle n'est plus en scène. De même, au premier acte, l'interprète de Parsifal est sorti de scène après ses dernières paroles. Pourtant, il est censé assister silencieusement à la cérémonie qui se tient jusqu'à la fin de l'acte, où Gurnemanz lui dit d'aller voir ailleurs.

L'orchestre de l'opéra d'état de Munich dirigé par Kent Nagano a été remarquable. J'ai bien du mal à détailler tant j'étais comme hypnotisé par la musique. Comme je l'ai dit, à part Nikolai Schukoff en demi-teinte, les chanteurs ont tous été excellents. Par ailleurs, chose appréciable, et assez inhabituelle chez Wagner, l'œuvre comporte plusieurs chœurs (certains étant chantés depuis les coulisses) et fait aussi entendre six solistes en filles-fleurs lors du deuxième acte. Bref, cela a été un plus qu'excellent concert !

Ailleurs : Palpatine, David.

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Le Freischütz à l'Opéra Comique

2011-04-10 02:57+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Comique — 2011-04-09

Sophie Karthäuser, Agathe

Andrew Kennedy, Max

Virginie Pochon, Annette

Gidon Saks, Gaspard

Matthew Brook, Kouno

Samuel Evans, Kilian

Robert Davies, Ottokar

Luc Bertin-Hugault, L'Ermite

Christian Pélissier, Samiel

Charmian Bedford, Katy Hill, Lucy Roberts, Louise Le Boutillier, Kate Symonds Joy, Vanessa Heine, Les demoiselles d'honneur

The Monteverdi Choir

Orchestre Révolutionnaire et Romantique

Sir John Eliot Gardiner, direction musicale

Dan Jemmett, mise en scène

Dick Bird, décors

Sylvie Martin-Hyszka, costumes

Arnaud Jung, lumières

Cécile Bon, chorégraphie

Philipp von Steinaecker, assistant musical

Meriam Korichi, collaboratrice à la mise en scène

Laetitia Mateos, assistante décors

Magali Perrin-Toinin, assistante costumes

Nathalie Steinberg, Martin Surot, chefs de chant

Le Freischütz, Weber (version Berlioz)

Je ne m'étais pas préparé particulièrement à ce Freischütz. J'en avais lu le livret il y a quelques mois. Je n'avais pas voulu écouter la musique pour en avoir l'entière surprise le soir de la représentation.

Je connaissais seulement l'ouverture. En fait, cette ouverture appartient à la catégorie des ouvertures best-of. On réentendra donc assez souvent des développements de passages déjà entendus dans l'ouverture. (Depuis ma place, je n'avais pendant l'ouverture vue que sur le timbalier qui avait tout juste le temps de régler ses timbales entre deux interventions.)

Il y a à peu près un an, j'avais entendu un extrait de cet opéra à la radio et cela m'avait beaucoup donné envie de l'entendre. J'avais donc de grandes attentes du côté musical. Je m'attendais à trouver quelque chose qui serait à tout moment hybride entre Mozart et les compositeurs allemands ultérieurs. En fait, pendant un acte et demi, j'ai un peu eu l'impression d'entendre du Mozart, et du Weber pour l'autre moitié du deuxième acte et le troisième.

Au premier acte, on apprend qu'Agathe, la fille de Kouno épousera le gagnant du concours de tir qui aura lieu le lendemain, le gagnant obtenant aussi la fonction héréditaire de Kouno auprès d'Ottokar. Max, l'amoureux d'Agathe, vient de subir sa première défaite contre le villageois Kilian. S'il commettait une aussi grande erreur le lendemain, il ne pourrait s'unir à Agathe. Pour augmenter ses chances, il se laisse influencer par Gaspard qui lui promet de lui fournir des balles enchantées. C'est en fait un agent du démon Samiel qui vient réclamer à Gaspard quelqu'offrande. La septième et dernière balle atteindra Agathe, sacrifiée pour lui. Au début du deuxième acte, Agathe discute avec son amie Annette qui essaie, sans bien convaincre, de lui remonter le moral suite aux mauvais présages qui se produisent. Contre l'avis d'Agathe, Max s'en va nuitamment à la Gorge-aux-Loups où Gaspard va fondre les sept balles enchantées. Elles seront gaspillées au début du troisième acte de sorte qu'il n'en restera plus qu'une à Max au moment où il devra faire preuve de son habileté. Au moment de tirer sur la colombe indiquée par Ottokar, Agathe viendra crier que la colombe, c'est elle (comme elle l'aura vu en rêve). Finalement, la balle atteint Gaspard. Tout le monde apprend que Max a pactisé avec le Diable. Suite à l'intervention d'un pieux ermite, Ottokar accepte que Max et Agathe se marient quand même, mais un an plus tard.

Il y a donc un certain contraste entre les situations mélodramatiques du début et l'atmosphère fantastique qui apparaît lors de la scène de la Gorge-aux-Loups. Cette scène m'a semblé très réussie. Gidon Saks (Gaspard) qui paraissait un peu brouillon dans le premier acte y était beaucoup plus convaincant, y compris dans les passages parlés, presque chuchotés de cette scène. Le démonique Samiel apparaît sur scène, joué par Christian Pélissier, le plus souvent silencieux lors des invocations de Gaspard, mais quand il répète en écho Une, Deux, etc, à chaque fois qu'une nouvelle balle est fondue, on peut entendre son impressionnante voix caverneuse. J'ai bien aimé tous les autres chanteurs. La chanteuse qui m'a fait la plus forte impression est Virgine Pochon (Annette) qui a véritablement incarné son rôle (quelle présence scénique ! quel jeu !) et sa partie vocale n'a pas l'air d'être des plus faciles ! Dans le rôle d'Agathe, j'ai retrouvé Sophie Karthäuser qui avait été pour moi une des rares consolations d'un Fidelio de sinistre mémoire. La mise en scène a apparemment accentué le côté très sage de ce personnage, ce qui ne donne pas à la chanteuse l'occasion de briller.

Pour décrire brièvement cette production, il suffit de dire qu'elle a été transposée dans le monde de la fête foraine. Kouno est à la tête d'un stand de tir. Agathe et Annette discutent devant leur roulotte ou à l'intérieur de celle-ci. Cela fait un tout petit peu peur au début de l'opéra, très vif, mais cela me semble une bonne idée. Mis à part l'affadissement du personnage d'Agathe, la mise en scène m'a semblé réussie. Il y a quelques passages étonnants, comme lorsque dans la scène de la Gorge-aux-Loups Max voit des apparitions de sa mère et d'Agathe, il est face au public et ces deux personnages traversent le fond de la scène, dans son dos ! Quand Max tire de son fusil au troisième acte, à sa droite Agathe et à sa gauche Gaspard tombent tous les deux alors que Max visait dans d'autres directions ! Sur le coup, on ne comprend pas bien l'influence de l'ermite qui est censé avoir protégé Agathe. Ce que j'ai trouvé assez frappant, c'est la façon dont on laisse mourir Gaspard sans se préoccuper le moins du monde de son sort. On se réjouit joyeusement qu'Agathe n'ait pas été touchée par le coup de fusil tandis que l'autre est en train de mourir ; on se réjouit même de ce que le diabolique soit puni.

À un moment, j'ai un peu buggé parce que j'ai eu l'impression d'entendre une musique que je connaissais déjà, ce qui était bizarre vu que je n'ai que l'ouverture dans ma discographie... En fait, très vite, j'ai reconnu L'Invitation à la valse du même Weber que je connaissais parce que c'est la musique du ballet Le spectre de la rose présenté à Garnier dans le programme Ballets russes en décembre 2009. Le programme explique que la tradition française voulant que les opéras inclussent des scènes de ballets, Berlioz avait inséré cette pièce de Weber (originellement pour piano et qu'il avait donc dû orchestrer). En dehors des applaudissements accompagnant la fin de quelques airs, du fait de la transformation (et réduction) des parties parlées en récitatifs par Berlioz, la musique se déroule presque sans interruption dans chacun des trois actes. Dans cette version française de l'opéra, on arrive à comprendre ce que chantent la plupart des chanteurs !

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Akhmatova à Bastille

2011-03-31 07:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures

Opéra Bastille — 2011-03-28

Janina Baechle, Anna Akhmatova

Atilla Kiss-B, Lev Goumilev

Lionel Peintre, Nikolai Pounine

Varduhi Abrahamyan, Lydia Tchoukovskaia

Valérie Condoluci, Faina Ranevskaia

Christophe Dumaux, Le Représentant de l'Union des écrivains

Marie-Adeline Henry, Olga

Paul Crémazy, Un sculpteur, un universitaire anglais

Vladimir Kapshuk, Un étudiant, deuxième universitaire

Ugo Rabec, Un agent

Sophie Claisse, Une femme du peuple

Laura Agnoloni, Une vieille femme du peuple

Emanuel Mendes, Solo ténor

Slawomir Szychowiak, Solo baryton

Pascal Rophé, direction musicale

Christophe Ghristi, livret

Nicolas Joel, mise en scène

Wolfgang Gussmann, décors

Wolfgang Gussmann et Susana Mendoza, costumes

Hans Toelstede, lumières

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Marguerite Borie, collaboration à la mise en scène

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Akhmatova, Bruno Mantovani (création)

J'ai assisté lundi dernier à la création d'Akhmatova (Mantovani) à Bastille. Mes impressions sont sur le Biblioblog.

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Kátia Kabanová à Garnier

2011-03-13 00:36+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2011-03-12

Angela Denoke, Kátia

Vincent Le Texier, Saviol Dikoy

Jane Henschel, Kabanicha

Donald Kaasch, Tichon Kabanov

Jorma Silvasti, Boris Grigorievitch

Ales Briscein, Kudriach

Andrea Hill, Varvara

Michal Partyka, Kouliguine

Virginia Leva-Poncet, Glacha

Sylvia Delaunay, Fekloucha

Marie-Cécile Chevassus, Une femme

Ulrich Voss, Un homme

Tomas Netopil, direction musicale

Christoph Marthaler, mise en scène

Joachim Rathke, co-metteur en scène

Anna Viebrock, décors et costumes

Olaf Winter, lumières

Thomas Stache, chorégraphie

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Orchestre et chœur de l'Opéra national de Paris

Pierre Lénert, viole d'amour

Kátia Kabanová, Leoš Janáček

La production de l'opéra Kátia Kabanová qui passe actuellement à Garnier est une très belle réussite. Si mon impression était un peu mitigée après la répétition générale une semaine plus tôt, celle-ci s'est très nettement bonifiée lors de cette deuxième représentation. Il faut bien dire que lors du premier acte, il n'est pas évident de bien comprendre qui est qui, les chanteurs interprétant les rôles du mari et de l'amant de Kátia ne paraissant pas très jeunes (Janáček ayant projeté une partie de lui-même sur l'amant, cela ne choque pas pour ce rôle, mais pour le mari, tyrannisé par sa mère, cela passe un peu moins bien).

Le décor représente une cour avec fontaine bordée par un angle entre immeubles ayant un nombre visiblement variables d'étages (zéro depuis ma place de la générale, un lors de cette représentation ; en vrai, il y en a deux). Dans un recoin aveugle depuis ma troisième loge impaire est incrustée la chambre de Kabanicha, la belle-mère de Kátia. Les immeubles sont délabrés, si le couple Kabanicha-Saviol est censé être d'un statut social un peu élevé, on n'est visiblement pas dans la plus haute bourgeoisie.

Lors de cette représentation, la plus grande émotion est procurée par l'orchestre (dirigé par le jeune Tomáš Netopil), en très grande forme (tout comme hier quand je suis retourné voir Siegfried). L'impression a été toute autre que lors de la générale lors de laquelle il fallait compter avec les clic-clic des photographes. Certes, à certains pupitres, on papote et on somnole pendant les longues périodes de silence, mais je n'aurais pas remarqué ces choses si la beauté de la musique (extrêmement variée) n'avait été telle que j'ai souvent laissé s'égarer mon regard sur la fosse de façon prolongée. Les peu souvent sollicités trombones à coulisse font plaisir à entendre, tout comme la harpe, les instruments à vent, les cordes (quelques beaux moments avec les violoncelles et les contrebasses), les percussions, les cors, sans oublier la viole d'amour jouée depuis le premier étage du décor par Pierre Lénert (que je n'avais pas pu apercevoir lors de la générale depuis ma quatrième loge). De loin, on pourrait prendre l'instrument pour un violon, mais vu nombre invraisemblable de chevilles, cela ne peut être qu'une viole.

À propos de l'intrigue, c'est une histoire d'adultère. Kátia trompe son mari parti en voyage d'affaires. Lors d'un orage (c'est le titre de la pièce d'origine), elle avoue à tout le monde la chose. Nostalgique de sa jeunesse et du temps passé à l'église, elle est torturée par son péché. Devenue quasiment aliénée, elle se jette dans la Volga.

Deux autres couples jouissent sans complexe. Un des deux unit des vieux : la veuve Kabanicha et Saviol, l'oncle de le Boris (l'amant de Kátia). L'autre est beaucoup plus frais et insouciant : Varvara, la confidente de Kátia, et l'instituteur Kudriach.

Sans être absolument géniale, la mise en scène de Marthaler m'a beaucoup plu (surtout au deuxième passage, quand j'ai un peu mieux compris l'histoire). Lors de cette reprise, on peut constater avec plaisir qu'un plus que très honnête travail a été fait dans la direction des comédiens-chanteurs. Cet opéra tient en effet presque du théâtre vu qu'à la musique s'adjoint les intonations si particulièrement de la langue tchèque. C'est aussi une démonstration que l'on peut faire un bel opéra sans chercher la virtuosité vocale à tout prix. L'équilibre entre l'orchestre et les voix est parfait (alors que précédemment dans La petite renarde rusée du même Janáček, j'avais été gêné par la faiblesse relative du volume sonore des voix ; mais c'était à Bastille...). Cependant, parmi les rôles, il y en a un qui paraît très exigeant, c'est celui de Kátia. Angela Denoke y paraît épatante. (Il m'est impossible de détailler mes impressions sur les autres chanteurs ; je noterai simplement que j'ai aimé revoir un des jeunes membres de l'Atelier Lyrique, Michal Partyka, dans le rôle de Kouligine, un ami de Kudriach.)

Pour revenir à la mise en scène, tout le monde aura noté le sens pornographique du jet d'eau de la fontaine quand les couples s'échappent aux regards des spectateurs (ou non, suivant le placement pour le cas Kabanicha-Saviol). Lors du tableau de l'orage au troisième acte, les ruines dans lesquelles l'action est censée se passer sont signifiées par un comédien incarnant un fou furieux (alcoolique comme d'autres des personnages) qui casse un peu tout sur le plateau en criant des paroles incompréhensibles (couvrant largement le son du chœur qui se chante alors). Elle est aussi marquées par l'invasion de la scène par des détritus apportés par le vent.

Le plus surprenant dans cette mise en scène, c'est la façon dont les personnages se tournent vers le décor, dos au public, abandonnant Kátia qui va finir par se suicider. Cela donne l'impression très forte que c'est la société toute entière (nous, les spectateurs) qui constituons le tribunal où elle est jugée. Cela peut surprendre aussi, mais la façon dont Kátia se suicide est tout sauf spectaculaire : elle s'allonge tout simplement dans la fontaine (où se trouve déjà depuis le début un très-symbolique cygne blanc mort).

Ce n'est certainement pas le spectacle d'opéra le plus facile d'accès qui soit, mais c'est de la qualité ! La salle était particulièrement pleine et a ovationné les interprètes. (Comme lors de la générale, il y a eu un bug-flottement lors des saluts, cette fois-ci provoqué par un rideau coincé d'un côté à trois-quart de la hauteur.)

Ailleurs : David.

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Opéra de Paris 2011/2012

2011-03-11 01:32+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je ne vais pas commenter en détail la programmation de l'Opéra de Paris ; d'autres, bien plus connaisseurs que moi, s'en sont déjà chargés : Rameau (Opéra, Danse), David.

S'il était peut-être encore permis d'en douter, il ne fait maintenant plus aucun doute que la direction de l'Opéra est de droite, hypocrite et décomplexée.

Depuis avant-hier, sur le site Internet de l'Opéra, on peut lire La mission de l'Opéra national de Paris est d'amener la musique au plus grand nombre. L'année prochaine, le plus grand nombre ne pourra pas s'abonner pour voir des opéras puisque le seuil tarifaire pour l'abonnement libre qui était jusques alors de 35€ par opéra (en tarif R) passe à 55€ (et au risque de se retrouver au tout dernier rang du parterre, l'horreur absolue). Comme l'a noté David dans l'article cité ci-dessus, sans donner l'impression d'augmenter les tarifs au niveau de la grille, on les a quand même augmentés mécaniquement parce qu'un certain nombre de places glissent d'une catégorie à l'autre (des places à 20€ passent ainsi à 35€, 55€ ou 75€ !). On savait le système de réservation opaque ; il le devient encore plus. Les quelques places à peu près raisonnables à 15€, on ne sait pas encore vraiment comment on pourra se les procurer de façon sûre. Jusqu'à présent, la méthode standard était d'aller à la file d'attente puisque ces places n'étaient vendues qu'aux guichets. Maintenant, on lit Les places de septième catégorie sont vendues notamment aux guichets. (Par ailleurs, le nombre de places debout à 5€ est à peu près divisé par deux et ces places sont délocalisées dans les plus hautes galeries.)

Dans les deux doubles-pages (p. 122—125) de Legalese présentes dans la brochure que je viens de recevoir, on ne voit pratiquement qu'une énumération d'obligations s'imposant aux clients (vous avez bien lu, nous ne sommes apparemment plus des spectateurs mais des clients) et d'exonérations de responsabilités pour l'Opéra. Il y en a une dont il n'est pas exclu que l'on entende parler : En cas d'annulation d'un spectacle du fait de l'Opéra national de Paris, sauf cas de force majeure auxquels sont expressément assimilés les cas de réquisition de l'Opéra par toute autorité publique pour quelque motif que ce soit, et cas de grève nationale, la valeur du prix facial du billet payé par le client à l'Opéra national de Paris sera remboursée.... Fin de la spécificité parisienne des opéras sans décor mais avec costumes (dans une mise en scène improvisée parfois meilleure que l'originale) ? Pas sûr, parce qu'une phrase un peu plus haut nous dit que c'est un cas expressément prévu. Ouf, on est rassuré.

On aura beau écrire de telles inepties dans des Conditions générales de vente, si de telles clauses sont illégales, elles sont nulles. Parmi les autres clauses, on en trouve de manifestement illégales et se parant pourtant des vertus de la loi du 27 juin 1919 puisque ce que cette loi interdit, ce n'est pas de revendre des billets, mais de les revendre à un prix supérieur au prix initial.

Les hausses et bouleversements de prix sont nettement moins choquants à Garnier qu'à Bastille. Vu les intentions présidant à la contruction de l'Opéra Bastille il y a plus de vingt ans, c'est un retournement assez paradoxal...

Plus de détails chez Rameau.

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Cendrillon à l'Opéra Comique

2011-03-08 02:08+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Comique — 2011-03-07

Blandine Staskiewicz, Cendrillon

Michèle Losier, Le Prince Charmant

Eglise Gutiérrez, La Fée

Ewa Podleś, Mme de la Haltière

Laurent Alvaro, Pandolfe

Aurélia Legay, Noémie

Salomé Haller, Dorothée

Laurent Herbaut, Le Roi

Vincent de Rooster, Le Doyen de la Faculté

Julien Neyer, Le Surintendant des plaisirs

Paul-Henri Vila, Le Premier Ministre

Elizabeth Calleo, Sylvaine Davené, Leila Zlassi, Claire Delgaro-Boge, Caroline ChampyTursun, Sophie Van de Woestyne, Six Esprits

Luciana Dariano, Alex Sander Dos Santos, Ana Mariolani, Danila Massara, Gudrun Skamletz, Danseurs

Orchestre et Chœur des Musiciens du Louvre-Grenoble

Marc Minkowski, direction musicale

Benjamin Lazar, mise en scène

Louise Moaty, collaboration à la mise en scène

Cécile Roussat et Julien Lubeck, chorégraphie

Adeline Caron, scénographie

Alain Blanchot, costumes

Christophe Naillet, lumières

Mathilde Benmoussa, maquillage

Thierry Collet, effets spéciaux

Micholas Jenkins, assistant musical et chef de chœur

Malanda Loumouamou, assistante scénographie

Nathalie Dang et Marine Thoreau La Salle, chefs de chant

Cendrillon, Massenet

J'espère que je n'assisterai pas de sitôt à une représentation d'un opéra aussi mauvais que ce Cendrillon de Massenet. Par rapport à Werther et Manon, la musique est franchement mauvaise. Le livret n'est pas mieux. C'est d'un niveau de niaiserie que je n'imaginais pas voir sur une scène d'opéra. Les effets manquent de finesse et de subtilité. Certes, il est évident que tout a été conçu spécialement pour le public de 1899 afin de déclencher des rires avec le personnage ridicule de Madame de la Haltière, des larmes lors d'une lamentation pathétique façon bondieuserie, l'admiration pour les vocalises insensées et complètement gratuites de la Fée.

Heureusement que la scénographie est féérique, avec de jolis effets spéciaux tournant autour des lumières électriques (qui étaient une nouveauté à l'époque de la création). Par exemple, j'ai bien aimé la scène du Chêne des Fées où Cendrillon et le Prince Charmant sont séparés par un rideau semi-opaque sur lequel un réseau de lumières représente l'arbre.

Fuyant le cirque général, les seuls personnages en lesquels je pouvais trouver refuge lors du premier acte étaient ceux de Cendrillon (Blandine Staskiewicz) et du Prince Charmant (chanté par la soprano Michèle Losier). Puis au troisième acte, je me régalerai avec le Pandolfe semi-incestueux de Laurent Alvaro, qui a d'ailleurs à un moment donné un passage parlé accompagné par l'orchestre, dépareillant avec les plus usuels récitatifs chantés. J'ai vu avec plaisir Blandine Staskiewicz pour la première fois dans un premier rôle manifestement très exigeant. (Je ne doute pas que son interprétation est très différente de celle de Judith Gauthier, les deux chanteuses alternant.)

Malgré l'aspect visuel féérique (les mouvements chorégraphiques et les scènes véritablement dansées, avec même des pointes !) et des chanteurs enthousiasmants, je suis très déçu par cet opéra qui ne m'a procuré aucune émotion. Bref, sur des sujets voisins, je préfère très largement The Fairy Queen (Purcell) et La Cenerentola (Rossini).

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Siegfried à Bastille

2011-03-02 10:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2011-03-01

Torsten Kerl, Siegfried

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Mime

Juha Uusitalo, Der Wanderer

Peter Sidhom, Alberich

Stephen Milling, Fafner

Qiu Lin Zhang, Erda

Elena Tsallagova, Waldvogel

Katarina Dalayman, Brünnhilde

Philippe Jordan, direction musicale

Günter Krämer, mise en scène

Jürgen Bäckmann, décors

Falk Bauer, costumes

Diego Leetz, lumières

Otto Pichler, chorégraphie

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Vladimir Dubois, cor solo

Siegfried, Wagner

Cette soirée de première avait plutôt mal commencé. Il y a eu un embouteillage à l'entrée de la porte 15. On a éteint les lumières alors qu'il restait une bonne vingtaine de personnes à placer (et ce n'étaient pas des retardataires : cela a bouchonné bien vingt minutes avant le lever de rideau). Avec le bruit de tous les fantômes qui cherchaient leurs sièges, je n'ai pas vraiment pu apprécier dans de bonnes conditions les premières minutes de musique qui évoquent notamment le Dragon.

Depuis L'Or du Rhin, le géant Fafner a en effet pris cette forme et veille sur le trésor qu'il a récupéré. Lors de La Walkyrie, Siegfried a été conçu par Siegmund et Sieglinde et il pu vivre grâce à l'aide prodiguée par Brünnhilde qui avait suivi l'ordre d'aider Siegmund que Wotan avait pourtant retiré. Elle en avait été punie ainsi : elle sommeillerait dans un endroit inaccessible aux peureux jusqu'à ce que Siegfried vienne la libérer.

C'est ainsi que va se conclure Siegfried. Avant cela, on aura eu un aperçu de son enfance avec Mime qui l'a recueilli dans le but de l'utiliser pour s'octroyer l'Anneau. Le jeune homme, vif, n'est pas très heureux avec lui. À la fin du premier acte, il forge Notung, l'épée de Siegmund que Wotan avait brisée et que Mime avait été incapable de reconstituer jusque là.

Au deuxième acte, il tue Fafner. En léchant quelques gouttes de sang du géant restées sur l'épée, il obtient la connaissance du langage des oiseaux. L'un d'entre eux lui fait un résumé de la tétralogie et lui explique que c'est le moment d'aller rejoindre sa future épouse.

Enfin, au troisième acte, il l'a réveille. Il l'a prend d'abord pour sa mère. Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il a peur. Il l'aime. Brünnhilde lui fait la suite du résumé, puis hésite à accepter son amour. Quand elle a renoncé à son statut d'autrefois pour celui de simple mortelle, les deux amoureux peuvent enfin être unis.

(J'ai résumé très grossièrement l'intrigue. Parmi les personnages principaux, il faut aussi mentionner Wotan qui est Le Voyageur qui vient mettre son grain de sel un peu partout. Il vient fichtre les jetons à Mime au premier acte. Il embête Alberich et Fafner au deuxième. Au troisième, il réveille Erda de son sommeil infini, décide de laisser Siegfried accomplir son destin, mais trouve quand même le moyen de le contrarier en lui barrant provisoirement le chemin menant au séjour de Brünnhilde ; il est vrai que Siegfried se comportait avec lui de façon un peu fruste.)

Si je n'avais vraiment pas aimé les deux premiers volets de cette production Günter Krämer, je suis plus enthousiasmé par celui-ci. (Cela dit, je m'inquiète un peu sur la cohérence de l'ensemble des opéras de la tétralogie. Si pour le moment, on retrouve des éléments communs (l'escalier conduisant au Walhalla, les lettres Fraktur, le grand miroir), au niveau des costumes, on aura un peu tout vu. Peut-être faut-il y voir une dégradation progressive du statut des personnages (et des dieux en particulier) au fur et à mesure qu'on avance ?)

Le décor du premier acte représente l'endroit où vivent Mime et Siegfried. Comme nous sommes chez les Nibelungen, on voit sur la gauche une sorte de village de nains de jardins. Les deux semblent vivre en marge du monde. Mime n'inspire pas confiance, le look de Siegfried fait un peu junkie. On voit d'ailleurs une plantation de cannabis sur la droite. Quand Wotan vient voir Mime pour lui demander l'hospitalité en l'échange de la réponse à trois questions, il est habillé en clochard et à l'attitude de Mime, il est manifeste qu'il sent très mauvais. Quand Wotan se sera fait reconnaître, il enlèvera son pardessus pour laisser paraître un costume grisâtre et un pantalon crotté. Plus tard, il paraîtra en noir avec chapeau. Dans ce décor, il y a aussi un ascenseur par lequel descend l'ours ami de Siegfried pour venir sur scène. On voit aussi un écran de télévision noir et blanc, qui lorsque Mime voudra apprendre la peur à Siegfried (parce que dans la malédiction de brâhm...^W^W^Wprédiction funeste de Wotan, la tête de Mime sera prise par celui qui ne connaît pas la peur), ceux qui ont de bons yeux ou des jumelles verront un film mettant en scène quelque reptile. À la fin de l'acte, le décor va se surélever pour laisser paraître la magnifique forge située en-dessous. Le chant des soufflets est facile à reconnaître puisqu'on voit Siegfried actionner un soufflet avec le pied ! On entend un très joli motif joué par les cordes quand l'acier fond : des notes détachées alternent, puis les notes deviennent liées. (On le réentend au deuxième acte, je ne sais plus dans quel contexte, joué par des instruments à vents.) Petit incident de mise en scène quand Siegfried travaille le métal sur l'enclume en rythme comme le demande la partition : il a cassé le marteau. Torsten Kerl en a saisi un autre, mais il ne faisait plus du tout le même bruit !

Lors du deuxième acte, le sol est recouvert de feuilles. Des petits hommes verts (complètement nus) trimbalent le trésor de l'Or du Rhin en procession. Quand ils ouvrent les caisses, ce sont en fait des armes qu'ils sortent. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris tous ce qui se passait au niveau du décor, mais c'était certainement très-esthétique. Il m'a paru plausible que la sorte de dais un peu gris que l'on voit onduler au début de l'acte sur toute la largeur de la scène représente le dragon, mais je n'en suis pas sûr. Quand Fafner est tué et que Siegfried lèche son épée, on ne voit pas de sang ; je trouve que c'est un peu dommage. Je n'ai pas trouvé très convaincante la façon dont on a fait jouer le rôle de l'oiseau à un enfant (qui essaie de se faire comprendre de Siegfried en faisant des gestes des mains). Pourquoi n'avoir pas fait jouer ce rôle par la chanteuse Elena Tsallagova ? Quand les flammes qui entourent Brünnhilde sont évoquées, on les voit projetées sur un écran.

Visuellement, le début du troisième acte était très beau. Les nornes parées de voiles sont installées à des tables comme dans une bibliothèque (lumières vertes, la couleur qui domine cet opéra, jusqu'à avoir été choisie pour être la couleur du programme, après l'or et le rouge pour les deux précédents) et lisent ce qui doit être le livre de l'avenir. La scène entre Siegfried et Wotan se passe à l'avant-scène, rideau baissé, ce qui permet la mise en place du décor de la dernière scène. Il y a à ce moment-là un temps mort dans la mise en scène : on a l'impression qu'il n'y a pas que Brünnhilde qui doit être réveillée, mais aussi Siegfried. On retrouve l'escalier qui conduisait au Walhalla aperçu dans les opéras précédents. Le feu est visible sur les trois grosses lettres Ger qui jonchent l'escalier. Brünnhilde est installée à mi-hauteur sur une petite plate-forme posée sur une marche. Il n'y a pas de cohérence avec le moment où on l'a quittée dans La Walkyrie puisqu'elle s'était alors réfugiée sous une table (un mouvement que je n'avais pas compris dans l'instant...) Étant entendu que c'est un escalier qui relie la terre aux nuées, qu'elle soit alors dans une position intermédiaire et que, devenue résolument une simple mortelle, elle finisse, à la fin de l'opéra, en bas de l'escalier avec Siegfried n'est pas si mal trouvé que ça.

Si je me suis plus facilement laissé convaincre par cette production, outre ses qualités, c'est peut-être aussi parce que l'essentiel de mon attention était tournée vers la musique. Je m'y étais préparé depuis janvier, voir notamment cette entrée. En lisant Le Voyage Artistique à Bayreuth, je me suis familiarisé avec les motifs principaux que l'on entend dans la tétralogie 1. La difficulté par rapport à un opéra isolé est que beaucoup de motifs ont déjà été introduits lors des opéras précédents et que Wagner en réutilise évidemment beaucoup !

Bien que lors des deux volets précédents je m'étais préparé aussi un tout petit peu en les visionnant en DVD, cette préparation plus poussée a complètement changé mon expérience de spectateur. C'est un contentement d'une nature très différente de ceux, plus immédiats, que peut me procurer l'écoute d'autres musiques, c'est plus contenu, mais c'est au moins aussi bon ! Quand on a le dictionnaire en tête, presqu'à chaque instant, quand l'orchestre s'anime, on comprend l'idée que le compositeur veut évoquer. Quand Mime et Wotan se posent à l'un et à l'autre des questions au premier acte, la réponse est déjà dans la musique au moment où la question est posée ! Quand on veut nous faire comprendre que le Voyageur est Wotan, on entend le motif du Walhalla (qui me semble dans Siegfried évoquer plus souvent Wotan que le Walhalla). Le motif qui traverse tout l'opéra et qui a été annoncé dès la fin de La Walkyrie, c'est le motif de Siegfried, gardien de l'épée :

Siegfried, gardien de l'épée

Il y en a tant d'autres qui sont beaux qu'il n'y aurait aucun intérêt à les citer tous. Parfois, on entend un déluge de motifs où l'on ne sait pas très bien quand celui-ci ou celui-là commence ou finit. D'autres fois, on sent que le compositeur s'est amusé à en dévoyer quelques uns : ce qui m'a frappé lors de cette écoute, c'est l'aspect peu glorieux que prend à un moment donné du premier acte le motif de la Compassion (qui s'est surtout appliqué à Sieglinde vis-à-vis de Siegmund lors de La Walkyrie) : façon de nous dire que Mime n'était pas sans arrière-pensées quand il a recueilli Siegfried.

Sur l'interprétation de l'orchestre, j'ai été parfois un peu dubitatif lors du premier acte (par exemple, du côté des cuivres lors de la première mention du Walhalla). Lors des deux derniers actes, je me suis régalé comme jamais ! (Ceux qui doutent que Philippe Jordan puisse faire jouer l'orchestre ff seront peut-être surpris par le superbe crescendo qui accompagne le Salut au monde de Brünnhilde.)

Du côté du chant, cela a semblé assez inégal. J'ai été tout particulièrement impressionné par Stephen Milling (Fafner) et Katarina Dalayman (Brünnhilde). J'ai bien aimé Elena Tsallagova (L'oiseau), Qiu Lin Zhang (Erda) et Peter Sidhom (Alberich). Le Mime de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke était plus que convaincant, mais il y a par exemple quelques moment du premier acte où les choix ou les impératifs d'interprétation m'ont un peu déplu (c'est parfaitement subjectif). À propos de Torsten Kerl (Siegfried) et Juha Uusitalo (Der Wanderer), si leur chant était intéressant à écouter quand l'orchestre était silencieux ou presque, quand le volume de l'orchestre se faisait plus fort, je ne les entendais pratiquement pas.

Les huées qui ont accompagné l'arrivée de l'équipe de production lors des saluts m'ont vraiment fait mal au cœur. C'est un peu tard pour acheter des places pour les représentations qui vont suivre (sur Internet, il n'en reste qu'à 160€ et 180€), mais cela vaut peut-être le coup de tenter les places à 5€.

PS: (Après la représentation du 11 mars où j'ai eu une place debout puis un strapontin au parterre.) La mise en scène paraît beaucoup plus belle et convaincante depuis le parterre. Ainsi, on n'est pas gêné par les quelques baissers de rideaux réduisant la profondeur lors de plusieurs scènes puisque celle-ci se fait moins sentir en vue rasante. Par ailleurs, le décor du deuxième acte, juste beau, devient intelligent : la sorte de dais représente la forêt, le bas flottant de ce dais délimite horizontalement la forêt et le monde souterrain, l'antre du dragon. Torsten Kerl (Siegfried) et surtout Juha Uusitalo (Der Wanderer) étaient en meilleure forme que lors de la première.

Ailleurs : David, Palpatine, Zvezdo, Paris — Broadway, Klari.

[1] Rétrospectivement, je pense que la méthode la plus simple pour ce faire serait de visionner un DVD ou d'écouter des CD en (re)lisant simultanément l'analyse musicale des opéras qui est faite dans Le Voyage Artistique à Bayreuth : tout apparaît clairement. Au besoin, on peut s'aider de l'aide-mémoire que je me suis fait. Retrouver en quelques secondes un motif dans le livre n'est pas très facile (que ce soit avec un vieux livre de 1903 ou un long fichier PDF). Par ailleurs, dans la réduction pour piano et voix de ce livre, si comme moi on est pas doué, on ne voit pas forcément immédiatement où est la substantifique moëlle du motif. J'ai essayé de ne garder que ce qui est important. Il n'est pas exclu que je me sois parfois trompé.

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Carmen à Nancy

2011-02-28 01:13+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra national de Lorraine, Nancy — 2011-02-27

Isabelle Druet, Carmen

Chad Shelton, Don José

Changham Lim, Escamillo

Claudia Galli, Micaëla

Pascale Beaudin, Frasquita

Sylvia de La Muela, Mercédès

Jean-Vincent Blot, Zuniga

Philippe-Nicolas Martin, Moralès

Olivier Grand, La Dancaïre

Julien Dran, Le Remendado

Sandra Stauch, Denis Pigot, figurants

Claude Schnitzler, direction musicale

Carlos Wagner, mise en scène

Rifail Ajdarpasic, décors

Patrick Dutertre, costumes

Ana Garcia, chorégraphie

Fabrice Kebour, lumières

Orchestre symphonique et lyrique de Nancy

Chœur de l'Opéra national de Lorraine

Chœur de l'Opéra-Théâtre de Metz Métropole

Jeune ensemble vocal du Conservatoire régional du Grand Nancy

Carmen, Georges Bizet

L'Opéra national de Lorraine

Ce week-end, pour la première fois, j'ai pris un TGV pour aller assister à une représentation d'opéra. J'aurais sans doute mieux fait de faire l'aller-retour dans la journée, mais j'avais l'ambition de visiter un peu la ville. Le mauvais temps du samedi a limité mon ardeur exploratrice et je me suis contenté de visiter le musée des Beaux-Arts et quelques librairies, où j'ai presque réussi à me retenir d'acheter quoi que ce soit vu que je n'ai ajouté à mon bagage que sept gnossiennes (dont je découvre avec surprise que c'est de la musique essentiellement non mesurée !).

Ceci n'est pas une cathédrale

Dimanche après-midi, après avoir fait bombance (samedi soir, je m'étais déjà régalé dans dans un restaurant pakistanais où j'ai pu faire l'expérience que si on a l'audace de demander un biryani assez épicé, on peut manger un plat qui ramone la gorge et les voies respiratoires ; aucun problème de toux à prévoir pour la représentation !), après avoir mangé, disais-je donc, je me suis rendu à l'Opéra de Lorraine, situé Place Stanislas, et dont l'architecture extérieure, comme pour bon nombre de bâtiments aperçus, est désespérément carrée. (Dans la ville, dans l'ensemble, on voit des rues se croisant à angles droits entourées d'immeubles de faible hauteur. Un nombre invraisemblable d'édifices religieux est à signaler.)

En arrivant, première bonne surprise : le programme ne coûte que 2€. Si quelques institutions parisiennes pouvaient adopter de tels tarifs (quitte à renoncer au papier glacé malodorant), je ne pense pas que quiconque s'en plandrait.

Si dès septembre dernier, j'avais décidé de venir, c'était pour assister à une des représentations de la série (à Metz et à Nancy) au cours de laquelle Isabelle Druet ferait sa prise du rôle de Carmen. (Je ne l'avais alors vue que dans Armide. Depuis, je l'ai vue dans Cadmus et Hermione et en récital.) Quelques commentaires lus ces derniers jours à propos de la mise en scène, de l'orchestre et des chanteurs (hors rôles de Carmen et Don José) avaient de quoi m'alarmer, mais mon impression a été toute contraire puisque j'ai été véritablement ravi par cette représentation.

Foyer de l'Opéra national de Lorraine

Le fond de la salle et le rideau sont rouges, comme pour nous préparer aux grandes émotions qui vont suivre. Les sièges sont confortables (à peu près le modèle de ceux du parterre du TCE, si ce n'est qu'ils sont rabattables). À première vue, il semblerait qu'à moins peut-être d'être tout en haut, on a toutes les chances d'avoir une bonne visibilité.

La loge de Monsieur le Préfet

Ce qui me frappe le plus dans cette production, c'est le noir qui se décline dans tous ses aspects. L'atmosphère est très obscure. Pour une fois, je ne me plaindrai pas d'un manque de luminosité puisque j'y voyais très bien (premier balcon de côté, avec vue sur la moitié gauche de l'orchestre, sur la harpe installée dans la loge de la préfète, si j'ose ainsi appeler la loge qui se trouve en face de la loge réservée à Monsieur le préfet (cf. photo ci-contre).

Si des décalages se font parfois sentir, il m'a malgré tout semblé que l'orchestre symphonique et lyrique de Nancy a fait une prestation plus qu'honorable. J'ai entendu quelques détails dans la musique que je n'avais encore jamais soupçonné. Le jeu des choristes, comédiens, chanteurs et danseurs m'a aussi paru très bien réglé (on ne saurait reprocher aux plus jeunes enfants leurs hésitations dans le placement). À Paris, on ne voit pas toujours des productions dont les détails de mise en scène soient aussi fignolés... (Exemples qui viennent à l'esprit : Luisa Miller et La Fiancée vendue par Gilbert Deflo, Francesca Da Rimini par Giancarlo Del Monaco, La donna del lago par Lluís Pasqual.)

Visuellement, c'est donc le noir qui domine (même si à l'exception de Carmen, les cigarières sont en blanc, et les militaires sont en bleu). La structure du décor, unique, semble à tout moment appropriée. Au premier acte, les cigarières et les militaires sont séparés par une barrière métallique coulissante. Plus tard, au quatrième acte, un pan de décor viendra tourner et réaliser une autre séparation entre la corrida d'Escamillo (dont on n'entend que la clameur) et la scène de la mise à mort de Carmen, absolument inoubliable, comme le dit le directeur de l'Opéra de Metz Métropole dans l'intéressant reportage vidéo ci-lié (qui permet aussi d'admirer les lumières, mieux que je ne le pouvais depuis ma place situé sur le côté opposé). La cruauté est également au centre de cette production. Au troisième acte, les contrebandiers ne trafiquent pas de la marchandise ordinaire, puisque ce sont des passeurs. On voit ainsi avec effroi des familles prendre place dans de grandes caisses en bois. La cruauté prend aussi la forme d'un authentique feu lors de l'immolation du lieutenant à la fin du deuxième acte (mes souvenirs se brouillent, je ne suis pas tout à fait sur de l'identité de la victime). On voit aussi les contrebandiers traiter de façon peu amène trois malheureux douaniers.

Pour apprécier cette mise en scène, il faut cependant être capable d'accepter l'utilisation de quelques arrêts sur images fixant certains personnages tandis que d'autres font évoluer l'action par ailleurs et ne pas craindre l'intrusion de quelques éléments anachroniques sur scène. L'amour de Don José au deuxième acte est ainsi représenté par des ballons en forme de cœur. Lors de l'entrée d'Escamillo, on voit des flashs d'appareils-photos modernes. Les caisses des contrebandiers sont poussées par des transpalettes (la version intelligente de ce qui s'est vu dans le Giulio Cesare passé à Garnier récemment). Dans le duo puis trio des cartes, quand Frasquita et Mercédès disent à leur cartes Parlez, mes belles de l'avenir... Dites-nous qui nous trahira, elles portent le jeu de cartes à leurs oreilles comme elles feraient d'un téléphone portable.

Bref, c'est peu dire que j'ai adoré cette mise en scène, du début à la fin, où Don José, transformé en boucher puis en taureau, gagne son duel contre une Carmen qui a passé le costume d'un torero. Pour ma part, je pardonnerai volontiers à Carlos Wagner d'avoir remplacé la fleur jetée par Carmen à Don José par un cigare ! (Cela dit, un cigare, c'est 100% végétal, non ?)

Lors de ces deux heures et demie de musique qui ne sont pas interrompues par des passages parlés, puisqu'on a choisi la version avec récitatifs chantés, j'ai apprécié la prestation de tous les chanteurs. Pour celle d'Isabelle Druet, c'est une évidence. L'ayant vue dans des rôles ou situations plus joyeux, j'attendais avidemment de la voir incarner ce rôle qui change dramatiquement dès la fin du deuxième acte. Certes, dans cette production, on a construit une Carmen beaucoup moins sexy que celles incarnées par Anna Caterina Antonacci à Londres ou à l'Opéra Comique. S'il est aussi vrai que la gestique et les poses que la mise en scène lui font prendre paraissent parfois un peu forcées (quoique moins que ce à quoi se laisse souvent aller Natalie Dessay), cela reste on ne peut plus convaincant. En Don José, Chad Shelton l'est également. À la fin de son air La fleur que tu m'avais jetée, il réalise un aigu cristallin sur Et j'étais une chose à toi, un si bémol aigu [...] en falsetto explique le chef Claude Schnitzler dans la vidéo sus-liée. Ce qui m'a aussi marqué, à la toute fin de cet air sur la syllabe t'ai de Carmen, je t'aime (qu'on entend à 11:30 dans le reportage), c'est la ressemblance avec l'harmonie du Cygne de Lohengrin. (Quand je vous dis que la wagnérite, c'est une véritable maladie, il faut me croire.) L'Escamillo de Changham Lim n'est pas du tout catastrophique comme je le craignais. Sa diction est tout ce qu'il y a de plus intelligible et si sa voix était un peu couverte lors de son premier air, c'était tout simplement parce que l'orchestre impétueux a joué un peu trop fort. J'ai aussi été scotché par l'interprétation de Claudia Galli dans le rôle de Micaëla. Il est vrai que sa voix a mis un petit moment à s'échauffer et que les mouvements que lui imposait la mise en scène faisaient parfois faiblir sa voix. Pourtant, au troisième acte, lors de l'air Je dis que rien ne m'épouvante, elle a été sen-sa-tion-nelle. L'émotion du personnage s'est traduite dans son interprétation sans nuire en rien à la justesse et à l'intelligibilité du chant. Elle détrônerait presque dans mon panthéon personnel Anna Moffo dont je chéris l'interprétation de cet air. (Le récitatif qui se trouve au début de cet air a malheureusement été complètement gâché par un odieux chœur de tousseurs.)

Saluts après Carmen

C'est flou, mais c'est la moins pire des photographies prises lors des saluts.

Place Stanislas

Sur la Place Stanislas, c'est tout comme s'il ne s'était rien passé au cours de l'après-midi !

(Les quelques autres photographies sont .)

PS: Dans ce compte-rendu déjà trop long, j'ai oublié de préciser que les airs de Carmen avaient été interprétés dans des tempi plutôt lents.

PS2: De belles photographies du spectacle sur le site du décorateur.

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Wagner, la musique qui rend fou !

2011-02-22 21:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne

Cela fait un peu plus d'un mois que je me prépare aux représentations des opéras Siegfried et Götterdämmerung auxquelles je vais assister en mars et en juin. J'ai lu Le Voyage Artistique à Bayreuth. Pour avoir en tête le décodeur, je réécoute chacun des opéras de la tétralogie et note l'endroit où les motifs principaux apparaissent (que ce soit dans l'enregistrement dont je dispose ou dans la partition d'orchestre), et puis en tire un petit aide-mémoire (source Lilypond) pas encore tout à fait fini.

Ensuite, imaginez que pour me changer les idées, je sorte de sa pochette le CD de la musique du génial film Sita sings the Blues. Il s'y trouve une musique qui n'a absolument rien à voir avec Wagner, normalement, n'est-ce pas ? On y entend en alternance des chansons d'Annette Hanshaw (c'est d'abord pour ça que j'ai commandé le CD) et des titres plus modernes. J'écoute le CD et patatras, dans le morceau qui apparaît à l'entr'acte du film (Intermission, Nik Phelps & the Sprocket Ensemble), la musique a priori la plus innocente qui soit, il me semble entendre très distinctement les cinq premières notes de ça :

Motif de la soumission de Brünnhilde

Dans le contexte du film (avec un bruit de fond supplémentaire), cela apparaît vers 4:03 dans cet extrait quand Sita passe devant l'écran. Dans la bande originale écoutable sur Deezer, cela paraît au bout de vingt secondes.

Halluciné-je ? Veut-on nous faire comprendre qu'à ce moment-là du film, Sita est soumise à son époux Rama ?

Bon, je retourne visionner le deuxième acte de Siegfried...

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Francesca Da Rimini à Bastille

2011-02-10 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Opéra

Opéra Bastille — 2011-02-09

Svetla Vassileva, Francesca

Louise Callinan, Samaritana

Wojtek Smilek, Ostasio

George Gagnidze, Giovanni Lo Sciancato

Roberto Alagna, Paolo il Bello

William Joyner, Malatestino dall'ochio

Grazia Lee, Biancofiore

Manuela Bisceglie, Garsenda

Carol Garcia, Adonella

Andrea Hill, Altichiara

Cornelia Oncioiu, La Schiava

Alexandre Kravets, Ser Toldo Berardengo

Yuri Kissin, Il Giullare

Alexandre Duhamel, Il Torrigiano

Nicolas Marie, Il Balestriere

Ook Chung, La Voce del prigioniero

Cyrille Lacrouts, violoncelle solo

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Daniel Oren, direction musicale

Giancarlo Del Monaco, mise en scène

Carlo Centolavigna, décors

Maria Filippi, costumes

Hans-Rudolf Kunz, lumières

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Francesca Da Rimini, Zandonai

Est-il possible de s'ennuyer davantage à l'opéra qu'avec la Francesca Da Rimini qui passe actuellement à l'Opéra Bastille ?

Rien qu'à lire le synopsis de l'opéra, il y a de quoi être affligé. Il ne se passe rigoureusement rien pendant le premier acte. Le décor est fleuri-mignon. La mise en scène inexistante. Les chanteurs (et tout particulièrement Roberto Alagna) ne jouent pas du tout la comédie. La musique est assez originale. C'est parfois un peu dégoulinant de sentiments, mais on trouve quelques beaux passages symphoniques, comme lors de la fin de ce premier acte.

Je ne sais pas qui a eu l'idée imbécile de faire deux entr'actes pour aboutir à ce découpage absurde : 35 minutes, 25 minutes, 90 minutes. Un entr'acte à la fin d'un acte où il ne s'est rien passé, ce n'est pas terrible. On ne peut même pas commenter la voix du grand Roberto, puisqu'il n'a pas encore ouvert la bouche (mais un spectateur heureusement resté unique a applaudi son entrée en scène).

Le deuxième acte manque de lisibilité. On est au milieu d'une bataille, mais on ne comprend pas vraiment ce qui se passe, si ce n'est que Francesca et sa suivante se prennent pour Isolde et Brangäne, puisque Franscesca remet à Paolo il Bello une coupe (de vin de Grèce). (Je suppose que si le frère de Paolo débarque littéralement d'un bateau, c'est pour appuyer la référence à Tristan. Ah, ah, trop drôle !) Dans le troisième acte, on découvre que Paolo n'est peut-être pas un Tristan mais plutôt un Lancelot : les deux sont inspirés par la lecture d'un livre relatant les amours de ce dernier. Ils finissent par se faire embrocher par les frères de Paolo. C'est que Franscesca était mariée avec l'un d'entre eux et qu'ils sont plutôt violents.

Il reste un peu de bonne musique, plusieurs duos entre Roberto Alagna (Paolo) et Svetla Vassileva (Francesca). Je suis plus enthousiasmé par cette dernière (et, dans les rôles plus secondaires, par Grazia Lee). Sans avoir démérité (par son chant), même s'il était parfois un peu couvert par l'orchestre (qui m'a bien plu, chapeau à Daniel Oren), Alagna ne m'a pas fait une impression absolument éblouissante. Il faudrait le voir dans un opéra plus connu...

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Cleopatra à Garnier

2011-02-02 02:12+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2011-02-01

Lawrence Zazzo, Giulio Cesare

Christophe Dumaux, Tolomeo

Varduhi Abrahamyan, Cornelia

Isabel Leonard, Sesto

Natalie Dessay, Cleopatra

Nathan Berg, Achilla

Dominique Visse, Nireno

Aimery Lefèvre, Curio

Emmanuelle Haïm, direction musicale

Laurent Pelly, mise en scène et costumes

Chantal Thomas, décors

Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène

Joël Adam, lumières

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Chœur de l'Opéra national de Paris

Orchestre du Concert d'Astrée

Giulio Cesare, Händel

Je reviens de la sixième représentation de la nouvelle production de Giulio Cesare in Egitto, la troisième consécutive pour moi (j'y suis retourné samedi après y être déjà allé jeudi) et la troisième et deux tiers interprétée par Natalie Dessay.

Je suis à une place quasi-symétrique de celle de samedi : première loge 11, place 5, une place d'où l'on voit très bien si l'on consent à se tenir debout. La représentation est filmée (est-ce pour une captation DVD ? des essais pour la retransmission du 7 février ?).

Pas plus cette fois-ci que les précédentes je n'ai eu le sentiment que que la mise en scène fonctionnait (j'ai repéré un truc rigolo non remarqué les deux fois précédentes : parmi les musiciennes de scène habillées en robe à paniers se cache Atsushi Sakaï, un excellent gambiste rendu méconnaissable par le déguisement !). Natalie Dessay et Jane Archibald ont des façons bien différentes d'incarner le rôle de Cleopatra. Jane Archibald jouait le rôle de façon plutôt sérieuse tout du long. Chez Natalie Dessay, qui en rajoute un peu beaucoup, le rôle d'abord léger devient plus sérieux à mesure qu'on avance dans l'opéra. Les plus fins observateurs des premières représentations avaient remarqué que Natalie Dessay portait une poitrine postiche, qui est par moments découverte (il s'agit en fait d'un costume ayant la couleur de la peau) ; Jane Archibald n'a apparemment pas utilisé de tels artifices.

Du côté des voix, j'ai toujours autant apprécié Isabel Leonard (Sesto), Varduhi Abrahamyan (Cornelia) et Lawrence Zazzo (Giulio Cesare). Restait l'inconnue Natalie Dessay. Pendant le premier acte, une petite gêne dans sa voix se laissait souvent percevoir en début de vers. Cependant, même un peu modifiée et malgré la tension de tout le monde, je trouve toujours que c'est un plaisir unique que de l'entendre chanter. Si comme je dis plus haut, elle en rajoute un peu du côté de son jeu, quand elle chante, c'est pour de bonnes raisons qu'elle capte toute l'attention ! Au deuxième acte, elle s'est apparemment un peu plus lâchée : son Venere Bella fut très beau. Bizarrement, Emmanuelle Haïm a semblé faire signe au public d'arrêter d'applaudir à la fin de cet air (pourtant, c'était safe, Giulio Cesare était derrière la porte, attendant de faire son entrée). Plus loin, son Se pietà a été absolument superbe. (Mais il faudrait enfermer le spectateur qui a crié Bravo ! beaucoup trop tôt lors du baisser de rideau.) Au troisième acte, son Da tempeste a été un peu hésitant au début, mais cela s'est très bien fini avec un très beau duo avec Lawrence Zazzo.

Le public m'a semblé carrément frigorifié. À la fin de plusieurs airs du premier acte qui eussent pourtant mérité un tel hommage, il n'y eu aucune interruption pour des applaudissements. À la fin de la représentation, le nombre de baissers/levers de rideau a été moindre que d'ordinaire et les lumières ont été rallumées très vite. Cela dit, quand Emmanuelle Haïm a rejoint les chanteurs pour saluer, Natalie Dessay et elle n'ont plus arrêté de discuter, se désintéressant totalement des saluts.

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Giulio Cesare in Egitto à Garnier

2011-01-28 02:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2011-01-27

Lawrence Zazzo, Giulio Cesare

Christophe Dumaux, Tolomeo

Varduhi Abrahamyan, Cornelia

Isabel Leonard, Sesto

Jane Archibald, Cleopatra

Nathan Berg, Achilla

Dominique Visse, Nireno

Aimery Lefèvre, Curio

Emmanuelle Haïm, direction musicale

Laurent Pelly, mise en scène et costumes

Chantal Thomas, décors

Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène

Joël Adam, lumières

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Chœur de l'Opéra national de Paris

Orchestre du Concert d'Astrée

Giulio Cesare, Händel

Je reviens d'une représentation de Giulio Cesare in Egitto (Händel) à l'Opéra Garnier. Ce fut particulièrement fatigant du fait de mon placement à l'amphithéâtre. Mon strapontin s'avère plus confortable que le siège voisin vacant, quoiqu'on y voie moins bien. (Place d'abonnement payée 45€, je suis sûr que je serai plus à l'aise lors des deux prochaines représentations dans des petites places à 10€, même en restant assis...)

La mise en scène est ratée. Elle est de Laurent Pelly, il y a donc quelques idées rigolotes, mais pour le reste, on a une mise en scène et des décors qui sont presque sans rapport avec l'intrigue. Cela se passe dans un musée, manifestement en Égypte. Les personnages de l'opéra investissent la réserve. Ils sont parfois encadrés ou encagés (dans une boîte en verre avec une légende écrite en arabe en-dessous). Quand ils ont besoin d'accessoires (comme un couteau), ils se servent dans le bric-à-brac. Les manutentionnaires du musée prennent parfois part à l'action. Cela ne me convainc pas terriblement. Gros point noir du côté des lumières. J'en ai rarement vu d'aussi mauvaises. Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu parfois des images non désagréables à voir, mais pour la nième fois, quand je vais à l'opéra, j'aime que les chanteurs ne soient pas constamment dans la pénombre.

La soirée est heureusement rachetée par la musique ! Écoutant pas mal de Wagner ces jours-ci, j'ai cependant du mal à ne pas trouver qu'il y a beaucoup de répétitions, dans le texte, et dans la musique, avec cette forme de l'aria de capo. Certains airs me paraissent donc quelque peu interminables, mais c'est apparemment la loi du genre et ce n'est pas désagréable quand ce qui se fait entendre plaît à mes oreilles. La musique est interprétée par Le Concert d'Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm qui fait ses débuts à l'Opéra. Dans le rôle de Jules César, Lawrence Zazzo que je n'avais pas revu depuis cinq ans est très bien (certains commentateurs regrettent un manque de projection ; je n'ai pour ma part ressenti aucune gêne pour l'entendre). Dans celui de Cléopatre, Jane Archibald a remplacé Natalie Dessay (elle la remplacera aussi le 29 janvier). Quelques hurluberlus l'ont huée lors des saluts alors qu'elle a fait une excellente prestation. Dans le rôle secondaire de Nireno, Dominique Visse ne chante pas beaucoup, et ne fait heureusement pas trop de pitreries, parce que c'est d'un fatigant... Christophe Dumaux s'en sort très bien dans le rôle de Tolomeo. Si Varduhi Abrahamyan est très convaincante en Cornelia (épouse de Pompée dont la tête a été offerte en cadeau à César au début de l'opéra), la révélation de la soirée vient d'Isabel Leonard dans le rôle de Sesto (le fils de Pompée).

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Bilan 2010

2010-12-31 23:59+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Lectures — Culture indienne

Cette année, sauf erreur de comptage, j'ai vu environ 107 spectacles (dont 26 à l'Opéra Garnier, 20 à l'Opéra Bastille, 14 Salle Pleyel, 10 au Théâtre des Champs-Élysées et 8 au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore...). Sur l'ensemble, j'en ai chroniqué 77. Comme il ne serait pas très raisonnable d'augmenter encore ces nombres, à l'avenir, il faudra bien faire des choix.

Du côté des spectacles en rapport avec l'Inde, j'ai eu l'occasion de diversifier un peu les genres et les lieux. Voir des spectacles en Inde pendant de courts séjours demande un peu d'organisation et un peu de chance. Pour ce qui est du bharatanatyam, le spectacle de Srithika Kasturi Rangam vu à Chennai a été énorme choc pour moi : c'est le récital qui m'a fait comprendre que cette danse pouvait être véritablement narrative. Les nombreux autres récitals vus m'ont un peu mieux familiarisé avec le langage de cette danse. Pour ce qui est du kuchipudi, j'ai vu deux très beaux récitals cette année : Smt. Radha Prasanna à Chennai et Shantala Shivalingappa aux Abbesses. Mon dernier séjour à Kolkata m'a donné l'occasion d'entendre la jeune Gaayatri Kaundinya interpréter le Raga Maru Bihag, ma première rencontre vraiment réussie avec la musique vocale du Nord de l'Inde. À Mumbai, j'ai pu entendre Aruna Sairam dans un superbe programme de musique carnatique. Certes, j'ai aussi vu Amitabh Bachchan au TCE, mais comme ce spectacle ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, cela ne pourra plus guère que me servir à impressionner d'éventuels Indiens qui me demanderaient si j'ai entendu parler d'Amitabh Bachchan...

Du côté de l'opéra, je retiendrai notamment les productions suivantes qui m'ont fait découvrir quelques œuvres du répertoire : Norma mise en scène par Peter Mussbach, Les Contes d'Hoffmann mis en scène par Robert Carsen, Pelléas et Mélisande à l'Opéra Comique, Don Giovanni au TCE, Eugène Onéguine à Bastille, Ariadne auf Naxos à Bastille. Cette année, j'ai également pu voir le prologue et la première journée de la Tétralogie de Wagner : Das Rheingold à Bastille, Die Walküre à Bastille. J'espère avoir le temps de mieux me préparer aux deux derniers opéras pour mieux en apprécier la musique de Wagner et la mise en scène de Günter Krämer. S'ils ne sont pas les plus intéressants qui soient dans l'absolu, deux opéras m'ont enthousiasmé parce qu'ils ont confirmé mon goût pour la voix de Natalie Dessay (La Sonnambula à Bastille, id. (deuxième)) ou éveillé mon intérêt pour celle de Joyce DiDonato (La donna del lago à Garnier, id. (suite)), une chanteuse que j'ai aussi eu l'occasion d'entendre deux fois au TCE en récital. Si je n'ai pas pu entendre Jonas Kaufmann dans Werther, j'ai beaucoup apprécié son interprétation de La Belle Meunière. Une production aux dimensions modestes m'a particulièrement enthousiasmé : Une Flûte Enchantée aux Bouffes du Nord.

Mon goût pour le ballet s'est confirmé. Parmi les moments forts de cette année, il y a eu Le spectacle de l'école de danse de l'Opéra (dans lequel j'ai particulièrement apprécié Piège de lumière de John Taras), Dorothée Gilbert dans Le Concert de Jerome Robbins, La Bayadère à Garnier, Kaguyahime à Bastille (où j'ai préféré Alice Renavand à Agnès Letestu dans le rôle de la princesse), Le défilé du ballet et Roland Petit à Garnier (Nicolas Le Riche dans Le Jeune Homme et la Mort, la musique de Dutilleux dans Le Loup, Isabelle Ciaravola dans Le Rendez-Vous), Parzival à Garnier (où j'ai découvert Harmonielehre de John Adams), Le Lac des cygnes à Bastille et enfin Le Sacre du Printemps à Garnier.

Pour ce qui est de mes lectures, les bilans sont sur le Biblioblog. Cette année, contrairement à l'année dernière, je n'ai lu que 62 livres. Il faut dire que depuis un peu plus de six mois, cette activité est concurrencée par un début d'apprentissage du piano, qui avance tout doucement...

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Street Scene à l'Amphithéâtre Bastille

2010-12-23 01:11+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Amphithéâtre de l'Opéra Bastille — 2010-12-22

Jeff Cohen, direction des études musicales

Irène Bonnaud, mise en scène

Claire Le Gal, scénographie

Nathalie Prats, costumes

Daniel Lévy, lumières

Jean-Marie Piquemal, chorégraphie

Sophie-Aude Picon, assistante à la mise en scène

Olivia Doray, Rose Maurrant, Une Lycéenne

Ilona Krzywicka, Mrs Maurrant

Zoe Nicolaidou, Mae Jones, Une Lycéenne, La Première Nurse

Chenxing Yuan, Mrs Fiorentino

Marianne Crebassa, Mrs Olsen

Carol García, Jenny Hildebrand

Letitia Singleton, Mrs Jones, La Seconde Nurse

Manuel Muñez Camelino, Abraham Kaplan, Lippo Fiorentino

Cyrille Dubois, Sam Kaplan, Daniel Buchanan

Alexandre Duhamel, Mr Olsen

Michal Partyka, Henry Davis

Damien Pass, Mr Maurrant, Dick McCann

Florian Sempey, Harry Easter, Mr Jones

Chloé Ghisalberti, Alphonse Cemin, piano

Lorenzo Di Toro, Ygo Mahieux, pianistes-chefs de chant

Songs from Street Scene: An American Opera, Kurt Weill

Aujourd'hui, c'était seulement la deuxième fois que j'allais à l'amphithéâtre Bastille. Je ne me souvenais même plus comment on y accédait. À peu près au même moment, les retardataires de la représentation d'Ariadne auf Naxos arrivaient (et certain se mit encore plus en retard en se trompant de file...). En fait, c'était tout simple, on y descend par le hall où j'ai le temps de dire bonjour à d'autres qui vont au même spectacle que moi. Je n'aurais probablement pas sélectionné ce spectacle si la place ne m'avait pas été proposée gratuitement comme dédommagement pour une place de spectacle qui m'avait déjà été remboursée (la représentation des Noces de Figaro qui se fit sans décors et pour laquelle j'avais craint de ne pas trouver de RER à l'heure du retour, du fait des grèves d'alors). Ce n'est que la cinquième fois que je vais à l'Opéra en quatre jours (voir ici, , sans oublier une séance de rattrapage de Balanchine/Brown/Bausch avec notamment Jérémie Bélingard en Apollon et Alice Renavand en Élue).

Le programme a de quoi faire un peu peur a priori puisqu'il s'agit d'un opéra de Kurt Weill, un compositeur de la première moitié du vingtième siècle, dont je connaissais l'existence, mais auquel je n'avais jamais été confronté en concert. Si c'est parfois un peu dissonnant, c'est en fait très accessible. J'ignore si on a eu l'opéra en entier ou seulement des extraits, le titre du spectacle étant Songs from Street Scene: An American Opera. Cela se passe à New York, dans un immeuble d'un quartier pauvre. Commérages, amourettes, rêveries, pauvreté, alcoolisme, violence, on trouve un peu de tout (il y a même une référence au communisme, pas franchement bienvenu aux États-Unis d'Amérique). Les scènes se suivent, mais l'ensemble est très cohérent, avec en fil conducteur la relation entre Sam (Cyrille Dubois) et Rose (Olivia Doray). Sam va peut-être s'en sortir grâce aux études, Rose est confrontée à des parents qui se déchirent, Mrs Maurrant (Ilona Krzywicka) et Mr Maurrant (Damien Pass). Cela se termine en crime passionnel. L'histoire commence un soir et se finit le lendemain matin. Au cours de la nuit, un accouchement aura aussi eu lieu dans l'immeuble et une famille sera expulsée.

C'était un fort beau spectacle (cette représentation était la quatrième et dernière). Le décor est une estrade en bois qui se termine par le mur de l'immeuble (en bois et les détails, comme l'entrée, sont tracés en blanc à la craie) auquel conduisent quelques marches et dont dépassent deux balcons. Les chanteurs sont jeunes, pour la plupart en cours de formation à l'atelier lyrique de l'Opéra. Non seulement ils chantent bien et jouent leurs rôles de manière convaincante dans cette mise en scène d'Irène Bonnaud, mais ils dansent aussi parfois sur une chorégraphie de Jean-Marc Piquemal. La voix parlée est aussi travaillée dans les dialogues (en français) qui ont été manifestement un peu adaptés (le rôle d'une étrangère étant interprété par Chenxing Yuan, on a ajouté un peu de chinois !).

Bien que je ne sois pas arrivé parmi les premiers et malgré le placement libre, j'ai trouvé à m'installer légèrement de côté, au premier rang ! Un coup d'œil à gauche et je pouvais voir la chef de chant Chloé Ghisalberti interpréter la musique au piano, à quatre mains avec Alphonse Cemin pendant certains morceaux. J'ai été impressionné la diversité des différents morceaux qui composent ce spectacle et par la faculté de la pianiste à les rendre. C'est très américain. À un moment, je crois reconnaître dans la musique une référence à Summertime.

Bien sûr, ce n'est pas aussi bouleversant qu'une excellente représentation d'opéra grandeur nature, mais cela fait quand même bien plaisir de voir ces jeunes chanteurs communiquer leur enthousiasme au public.

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Ariadne auf Naxos à Bastille (le retour)

2010-12-21 01:42+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-12-20

Franz Mazura, Der Haushofmeister

Martin Gantner, Ein Musiklehrer

Sophie Koch, Der Komponist

Stefan Vinke, Der Tenor (Bacchus)

Xavier Mas, Ein Tanzmeister

Vladimir Kapshuk, Ein Perückenmacher

Vincent Delhoume, Ein Offizier

Yuri Kissin, Ein Lakai

Jane Archibald, Zerbinetta

Ricarda Merbeth, Primadonna (Ariadne)

Elena Tsallagova, Najade

Diana Axentii, Dryade

Yun Jung Choi, Echo

Edwin Crossley-Mercer, Harlekin

François Piolino, Scaramuccio

François Lis, Truffaldino

Michael Laurenz, Brighella

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Philippe Jordan, direction musicale

Laurent Pelly, mise en scène et costumes

Michel Jankeliowitch, réalisation de la mise en scène

Chantal Thomas, décors

Joël Adam, lumières

Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène

Franziska Roth, responsable des études musicales

Ariadne auf Naxos, Richard Strauss

Si j'avais passé un bon moment pendant la première représentation de la série, c'était très peu en comparaison de la représentation d'Ariadne auf Naxos d'hier soir. Ce n'est pas ça qui va faire baisser le niveau de mon addiction pour l'opéra.

Si j'avais eu quelques moments de fatigue la première fois, cette fois-ci j'étais concentré tout du long. Quelle musique merveilleuse, c'est un enchantement absolu du début à la fin. Je n'ai rien à redire sur le prologue dans lequel Sophie Koch était formidable. Le début de l'opéra proprement dit m'a plu encore davantage. Le chœur de Nayade, Dryade et de l'Écho fonctionne très bien. Cela ne m'avait pas frappé la première fois, mais quel beau rôle que celui de l'Écho (Yun Jung Choi) qui reprend souvent des mélodies en vocalises. Ce n'était pas visible depuis ma place impaire, mais cette fois-ci, depuis le côté pair, j'ai pu voir l'Écho dans un coin en train de tricoter de la laine ! Plus loin, l'air de Zerbinetta (Jane Archibald) m'a semblé encore mieux assuré que lors de la première ; je ne l'avais pas remarqué la première fois, mais on la voit à un moment sortir de la scène pour draguer un des personnages du prologue. Les tousseurs sont toujours aussi pénibles, mais je ne sais par quel mystère je ne les ai plus du tout entendus à partir du milieu de l'opéra, je devais être complètement sous l'empire de la remarquable tragédienne qu'est Ricarda Merbeth (Ariane).

Ma seule crainte venait de la prestation de Stefan Vinke dans le rôle de Bacchus. Il me semble que cela n'a pas été parfait, mais qu'est-ce que cela a été mieux que le soir de la première ! La mise en scène du personnage a un air un peu vieillot (je plante mes pieds, je brandis un bras, je chante fort), mais c'est sans doute fait exprès. L'équilibre entre les voix de Bacchus et d'Ariane était excellent dans le final, un sommet musico-émotionnel. Dans cette mise en scène, Ariane finit seule ; ce Bacchus n'était qu'une illusion...

L'orchestre est sagement resté dans la fosse pendant les applaudissements finaux et a même applaudi son chef Philippe Jordan. Cela fait plaisir de voir qu'il y a aurait une certaine entente entre les uns et les autres.

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Ariadne auf Naxos à Bastille

2010-12-13 20:41+0100 (Oberwolfach) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-12-11

Franz Mazura, Der Haushofmeister

Martin Gantner, Ein Musiklehrer

Sophie Koch, Der Komponist

Stefan Vinke, Der Tenor (Bacchus)

Xavier Mas, Ein Tanzmeister

Vladimir Kapshuk, Ein Perückenmacher

Vincent Delhoume, Ein Offizier

Yuri Kissin, Ein Lakai

Jane Archibald, Zerbinetta

Ricarda Merbeth, Primadonna (Ariadne)

Elena Tsallagova, Najade

Diana Axentii, Dryade

Yun Jung Choi, Echo

Edwin Crossley-Mercer, Harlekin

François Piolino, Scaramuccio

François Lis, Truffaldino

Michael Laurenz, Brighella

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Philippe Jordan, direction musicale

Laurent Pelly, mise en scène et costumes

Michel Jankeliowitch, réalisation de la mise en scène

Chantal Thomas, décors

Joël Adam, lumières

Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène

Franziska Roth, responsable des études musicales

Ariadne auf Naxos, Richard Strauss

J'étais avant hier soir à la première représentation de la reprise d'Ariadne auf Naxos à l'Opéra Bastille. Je connaissais l'histoire d'Ariane à Naxos (pour avoir lu récemment une traduction d'un extrait des Noces de Thétis et de Pélée de Catulle), mais je découvrais la structure de l'opéra le soir même.

Au cours de cet opéra, trois grandes chanteuses vont s'illustrer. Dans le prologue, Sophie Koch va jouer le rôle du Komponist qui a composé un opéra Ariadne auf Naxos tout spécialement pour les festivités organisées par l'homme le plus riche de Vienne. On voit passer la prima donna, mais on découvre aussi Zerbinetta qui a aussi été invitée à jouer son propre rôle pour un baisser-de-rideau qui racontera ses amours multiples. Le compositeur est horrifié que son art jouxte de telles niaiseries. À la fin du prologue, dans un coup de théâtre, le majordome annonce que le comte a décidé un changement de programme : la pièce bouffone ne sera jouée ni avant ni après l'opéra, mais en même temps. Consternation, mais il faut bien obéir au maître. Des tensions naissent : ni le ténor qui chante Bacchus ni la prima donna qui chante le rôle d'Ariane ne veulent voir les airs coupés.

Après l'entr'acte, le rideau se lève sur un décor qui pourrait être le décor précédent en cours de construction (ou de destruction). Deux chanteuses vont s'illustrer de fort belles façons, opposées autant sur la forme que sur le fond. Ariane est la femme d'un seul homme, Thésée, qui l'a abandonnée sur l'île. Elle se lamente sur son sort ; Naïade, Dryade et l'Echo ne peuvent que le constater. Zerbinetta débarque en bikini et paréo, accompagnée de quatre galants. Ils essayent d'attirer l'attention d'Ariane, mais celle-ci est ailleurs. Elles ne peuvent de toute façon pas se comprendre, Zerbinetta changeant sans cesse d'homme (quoiqu'elle admette en avoir parfois deux en même temps). Les vocalises de Jane Archibald dans ce rôle sont très spectaculaires. Dans le rôle beaucoup plus dramatique d'Ariane, Ricarda Merbeth est également éblouissante. Son air Es gibt ein Reich contient déjà un bon nombre de passages musicaux qui reviennent au cours de l'opéra, dont la musique n'est pas sans rappeler parfois Salomé. L'orchestre que dirige Philippe Jordan est très réduit et l'orchestration distingue nettement les passages dramatiques et ceux bouffe de Zerbinetta et ses quatre compagnons (notamment par l'utilisation des instruments à clavier).

La mise en scène n'est pas inintéressante, mais ce n'est pas ma préférée parmi celles de Laurent Pelly (dont j'avais adoré la mise en scène du Roi malgré lui). Les lumières de Joël Adam, elles sont très belles (ce qui compense avec le décor en parpaings).

Le grand drame de cette représentation d'opéra a été la prestation de Stefan Vinke dans le rôle de Bacchus (et au premier acte celui du ténor). Bien que je découvrisse l'opéra en direct, il m'a semblé qu'il y avait un problème et jamais cela ne m'avait semblé aussi flagrant lors d'une représentation d'opéra. Cependant, il y a eu quelques passages où il était tout sauf ridicule, espérons que cela s'améliorera lors des prochaines représentations (je vais y retourner deux fois...). Pour reprendre le fil de cette Ariane..., Bacchus débarque après avoir fui Circé. Ariane le prend pour Thésée ou pour la mort. Elle accepte son étreinte et s'en retrouve métamorphosée, comme soulagée. Enfin, Zerbinetta revient pour rappeller ce qu'elle avait déjà dit : Lorsqu'un nouveau dieu arrive, nous nous abandonnons sans un mot !.

Malgré le problème avec l'interprète du ténor (et aussi un peu avec le Tanzmeister), j'ai apprécié ce spectacle. L'idée de faire coexister deux types de personnages de mondes opposés est assez amusante. Je ne trouve cependant pas que ce soit le chef d'œuvre absolu comme je l'ai lu dans les textes très-enthousiastes du programme. L'intrigue de la partie mythologique est vraiment très réduite et l'intervention de Zerbinetta est faite dans une unique élan. Après son premier passage (mais quel passage !), la mise en scène nous la montre en train de conduire le minibus pour sortir du décor (et ne plus revenir qu'à la toute fin). Cependant, au cours de la soirée, on aura été rassasié par les performances de trois chanteuses dans des styles très différents, ce qui est en soi assez exceptionnel. Dans le prologue, on pouvait également apprécier d'autres personnages, comme celui, parlé, du majordome (Franz Mazura), ou celui du Musiklehrer (Martin Gantner). Très belles prestations aussi des trois chanteuses jouant les rôles de Najade (Elena Tsallagova), Dryade (Diana Axentii) et de l'Echo (Yun Jung Choi).

Le volume sonore peu imposant et la beauté de la musique faisaient que la présence de tousseurs dans la salle était particulièrement pénible, tout comme l'individu (probablement unique) qui a crié Bouh ! à la toute fin juste avant la première salve d'applaudissements.

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La Fiancée vendue à Garnier

2010-12-08 01:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Garnier — 2010-12-08

Oleg Bryjak, Krušina

Isabelle Vernet, Ludmilla

Inva Mula, Mařenka

Michael Druiett, Mícha

Marie-Thérèse Keller, Háta

Andreas Conrad, Vašek

Piotr Beczala, Jeník

Jean-Philippe Lafont, Kecal

Heinz Zednik, Le Maître de manège

Valérie Condoluci, Esmeralda

Ugo Rabec, L'Indien

Gilbert Deflo, mise en scène

William Orlandi, décors et costumes

Roberto Venturi, lumières

Micha Van Hoecke, chorégraphie

Guy De Bock, réalisation de la chorégraphie

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Constantin Trinks, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

La Fiancée vendue, Smetana

Je ne sors pas franchement enchanté de la deuxième représentation de La Fiancée vendue de Smetana (apparemment le premier opéra en langue tchèque). L'histoire est mignonne. Mařenka (Inva Mula) et Jeník (Piotr Beczala) s'aiment, mais les parents de Mařenka ont accepté de la donner en mariage arrangé à l'idiot Vašek (Andreas Conrad), fils de Mícha (Michael Druiett). C'est Kecal (Jean-Philippe Lafont) qui s'occupe des négociations pour le compte de la mère de Vašek, Háta (Marie-Thérèse Keller). Il faut convaincre Jeník de renoncer à Mařenka. Contre de l'argent, il accepte de signer un papier comme quoi il laisse Mařenka au fils de Mícha. C'est une ruse, parce qu'il est rigoureusement exact qu'il est le fils de Mícha : il a été chassé de la maison par Háta quand elle a épousé Mícha devenu veuf. Tout se termine bien. Cependant, la pauvre Mařenka a longtemps cru qu'elle avait été trahie, vendue par Jeník. On a aussi beaucoup ri au dépens de Vašek, qui s'est aussi ridiculisé en se faisant embobiner par une Esmeralda (Valérie Condoluci) pour jouer le rôle d'un ours dans un cirque, dans lequel on trouve aussi un faux amérindien (Ugo Rabec) et un directeur qui parle trop (Heinz Zednik).

La musique est belle, très rythmée. Depuis ma troisième loge excentrée, j'avais une vue plongeante sur l'orchestre. Je ne pouvais donc pas ignorer qu'une des violonistes était sur une autre planète pendant l'ouverture, complètement décalée (coups d'archets pas très synchro ni dans le même sens que les voisins), manifestant toujours de la surprise quand elle voyait les autres violonistes se préparer à se remettre à jouer ; et elle en riait avec sa voisine !

Si le décor (unique) et le rideau de scène faits dans un style naïf coloré sont mignons, si les mouvements du chœur sont bien maîtrisés et les danses rigolotes (les chorégraphies de Micha Van Hoecke ont une grande importance dans ce spectacle), je reste déçu par la mise en scène de Gilbert Deflo (qui avait déjà sévi dans Un bal masqué et dans Luisa Miller) dans cette production, reprise de l'ère Mortier (dans le programme, on a gardé la mise en page d'origine, mauvaise odeur du nouveau papier en plus). Dans la première partie (deux premiers actes), c'est particulièrement frappant. Malgré une sincérité évidente, les gestes des chanteurs sont souvent hésitants, maladroits. Quand ils chantent, ils restent debouts, immobiles. Tout repose sur charisme et le jeu un rien exagéré d'Inva Mula (chanteuse fétiche du nouveau directeur : en deux ans, c'est le quatrième opéra dans lequel je la vois à l'Opéra après Mireille, La Bohème et Les Contes d'Hoffmann, j'en ai peut-être raté). Cela s'appuie aussi sur le personnage de Kecal, mais si les grimaces et la présence scénique y sont manifestes, je suis moins convaincu par la voix de Jean-Philippe Lafont. À cette exception près, j'ai aimé les prestations vocales de la plupart des autres chanteurs, tout particulièrement Inva Mula, Piotr Beczala et Andreas Conrad pour les rôles principaux, mais aussi Marie-Thérèse Keller et Valérie Condoluci pour les autres.

Un des plus beaux numéros musicaux de l'opéra intervient au troisième acte quand Kecal et les parents de Mařenka et de Vašek annoncent à Mařenka qu'elle a été trahie par Jeník. Il se trouve là un chœur a cappella de toute beauté, tout comme la scène de désespoir subséquente de Mařenka.

Bref, c'est un spectacle un peu paradoxal, avec pas mal d'aspects enthousiasmants (au point qu'une partie du public va pousser des cris lors des saluts) mais aussi un désagréable arrière goût du fait de la mise en scène.

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Cadmus et Hermione à l'Opéra Comique

2010-12-04 18:55+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Comique — 2010-12-04

André Morsch, Cadmus

Claire Lefilliâtre, Hermione

Arnaud Marzorati, Arbas, Pan

Jean-François Lombard, Nourrice, Dieu champêtre

Isabelle Druet, Charite, Mélisse

Arnaud Richard, Draco, Mars

Camille Paul, Amour, Palès

Geoffroy Buffière, Le Grand Sacrificateur, Jupiter

David Ghilardi, Le Soleil, Premier Prince Tirien

Romain Champion, Premier Africain, Envie

Vincent Vantyghem, Second Prince Tirien

Luanda Siqueira, Junon, Aglante

Eugénie Warnier, Pallas

Tarik Bousselma, Second Africain

Jeroen Bredewold, Échion

Eugénie Lefebvre, L'Hymen

Catherine Padaut, Vénus

Le Poème Harmonique, Danseurs, chœur et orchestre

Vincent Dumestre, direction musicale

Benjamin Lazar, mise en scène

Gudrun Skamletz, chorégraphie

Louise Moaty, collaboration à la mise en scène

Adeline Caron, scénographie

Alain Blanchot, costumes

Christophe Naillet, lumières

Mathilde Benmoussa, maquillage

Antoine Fontaine, réalisation des toiles peintes

Daniel Bargier, chef de chœur

Cadmus et Hermione, Jean-Baptiste Lully

Cette année, je vais très peu fréquenter l'Opéra Comique à cause de l'opacité de leur système de réservation. Comme leur site Internet s'était débloqué au bout de quelques semaines, j'avais quand même réussi à réserver une ou deux places de plus. Je ne sais pas comment cela se fait, mais pour 40€, je tombe presque tout le temps sur un troisième rang de premières loges de face (18.5), ce qui est presqu'idéal si les têtes de devant ne sont pas trop hautes, ce qui était le cas hier soir lors d'une représentation de Cadmus et Hermione de Lully, le premier opéra de l'histoire de la musique française.

Depuis ma place, j'ai une vue frontale sur la scène et peut voir les écrans latéraux où parait le texte de Quinault, qui, nous dit le programme, a pas mal modifié le mythe raconté par Ovide. Sur ces écrans, l'orthographe est moderne. La prononciation, elle, ne l'est pas ! Les s, x ou z finaux sont prononcés, tout comme certains ent finaux qui d'ordinaire sont muets, oi est souvent prononcé ouè, la nasalisation des voyelles est quelque peu différente de ce qu'on entend d'habitude. Par exemple Et c'est pour obéir / aux oracles des dieux / Qu'il faut m'arrester en ces lieux. sera prononcé Et c'est pour obéir / aux oracles des dieusses / Qu'il faut m'arrêter en ces lieusses., ou Chantons la gloire de son cours. prononcé Chantons la glouère de son cource.. Cela surprend au début, mais on finit par s'y habituer. Sans être limpide comme dans un Pelléas et Mélisande, le texte est relativement intelligible, en tout cas davantage que dans mes expériences précédentes avec des tragédies lyriques de Lully.

Il y a relativement peu de parties musicales que l'on pourrait qualifier d'airs. Ce qu'on entend est plus proche du récitatif. Au cours du prologue et des cinq actes, on assiste aussi à de nombreuses scènes dansées. Tout ceci est tellement français... La distribution vocale est assez homogène. On entend notamment André Morsch (Cadmus), Claire Lefilliâtre (Hermione) dans les deux premiers rôles, et aussi Arnaud Marzorati (Arbas, Pan) et Isabelle Druet (Charite, Mélisse). Arbas est un suivant de Cadmus, fier mais couard ; les scènes comiques de l'opéra reposent sur lui. Charite est une compagne d'Hermione, et c'est me semble-t-il le seul rôle ayant à chanter plusieurs airs. Il va sans dire que je suis content d'y avoir entendu Isabelle Druet. Comme Arnaud Marzorati, elle joue extrêmement bien. Parfois, alors qu'elle est muette, elle parvient à exprimer la pensée de son personnage par des mouvements presqu'imperceptibles.

Si la prononciation a apparemment été pensée dans l'idée d'une recréation de l'œuvre en essayant de se placer dans le contexte de l'époque (1673), c'est aussi le cas pour le reste. Les musiciens du Poème harmonique dirigés par Vincent Dumestre (que je ne pouvais voir depuis ma place) utilisent des instruments qui ont été faits aux dimensions appropriées. L'éclairage est assez original aussi. Là encore, de ma place, je ne voyais pas tous les artifices, mais les comédiens, chanteurs et danseurs étaient situés derrière une ouverture cachée par un panneau de bois d'où s'échappait de la lumière. Le programme n'est pas très explicite sur le sujet, mais il n'est pas impossible que cet éclairage ait été réalisé à la bougie... Ce qui est certain, c'est que l'éclairement du décor vacillait parfois de façon irrégulière. Du coup, afin qu'ils soient bien visibles, les chanteurs sont toujours de face, au centre de la scène. Cependant, il ne s'agit pas d'une négation du théâtre : les mouvements expressifs des bras notamment empêchent la représentation de tomber dans la monotonie. Par ailleurs, les costumes sont très colorés et tous les chanteurs ont des coiffes et autres ornements capillaires extravagants.

Bref, c'est un charmant spectacle qu'icelui. Curieusement, alors que la fin du spectacle était programmée pour 22h15, la deuxième partie reprend à 22h10 après l'entr'acte, pour une toute petite demi-heure. Bizarre découpage !

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Mathis der Maler à Bastille

2010-11-17 22:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-11-16

Scott Macallister, Albrecht von Brandenburg

Matthias Goerne, Mathis

Thorsten Grümbel, Lorenz von Pommersfelden

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Wolfgang Capito

Gregory Reinhart, Riedinger

Michael Weinius, Hans Schwalb

Antoine Garcin, Truchsess von Waldburg

Eric Huchet, Sylvester von Schaumberg

Melanie Diener, Ursula

Martina Welschenbach, Regina

Nadine Weissmann, Die Gräfin von Helfenstein

Vincent Delhoume, Der Pfeifer des Grafen

Orchestre et chœur de l'Opéra national de Paris

Christophe Eschenbach, direction musicale

Olivier Py, mise en scène

Pierre-André Weitz, décors et costumes

Bertrand Killy, lumières

Joseph Hanimann, dramaturgie

Wissam Arbache, collaborateur à la mise en scène

Jochen Rieder, maestro suggeritore

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Mathis der Maler, Hindemith

J'ai assisté hier soir à la première de Mathis der Maler de Hindemith à Bastille. Cet opéra, dont Hindemith a rédigé lui-même le livret, est inspiré par la vie du peintre du Retable d'Issenheim exposé à Colmar (je cite la Wikipédia germanophone puisque c'est la seule que j'aie vue qui montre les trois vues possibles sur le retable). Pendant les trois heures que dure cet opéra, je me suis parfois désintéressé des surtitres. J'ai donc dû manquer quelques subtilités. D'après ce que j'en ai compris sur le moment et des extraits que j'ai eu le temps de lire depuis, cela m'a semblé un texte beau et riche.

Les décors étant de Pierre-André Weitz comme pour L'Orestie que j'avais vu à l'Odéon, je m'attendais certes à un décor tout en transformations, mais pas à quelque chose d'aussi impressionnant ! Pourtant, cela avait commencé assez sobrement. En effet, pendant tout le spectacle, on voit à l'avant-scène un simple lit à gauche, un tas de gros livres au milieu et un chevalet à droite. Mathis (Matthias Goerne) entre sur le plateau de scène qui est essentiellement vide en portant une lumière qu'il pose au centre. (Il y a eu un cafouillage au tout début de la représentation, peut-être un problème d'éclairage dans la fosse d'orchestre qui a fait que la représentation s'est interrompue au bout de quelques dizaines de secondes. Mathis a reculé vers l'arrière de la scène et la représentation a recommencé depuis le début ; c'est la première fois que je vois un tel bug dans un spectacle.) Il s'installe sur son lit et commence à avoir des visions : une structure de décor ayant la forme du retable apparaît (un grand panneau central, deux sur les côtés et une partie basse) et des comédiens prennent une pose figurant une des vues possibles sur le retable que l'on aperçoit en ombres chinoises. Cette vue évoque principalement la Crucifixion (dans la partie basse, le corps du Christ en slip est amené au tombeau). Il est dommage que dans le programme (12€) qui fait plus de 200 pages, s'il est vrai que l'on trouve quelques reproductions de bonne qualité de quelques parties du retable, pour certaines d'entre elles, seuls certains détails sont montrés (parfois trop agrandis au point de paraître pixelisés), alors même que des textes du programme font référence à d'autres détails...

L'histoire que raconte cet opéra mêle des éléments très différents. Une des directions est celle de la révolte des paysans contre le pouvoir de leurs maîtres et du clergé. Mathis accepte que Schwalb, le chef des paysans, et sa fille Regina se réfugient chez lui avant de repartir. Dans un autre tableau (le quatrième), il s'opposera au contraire aux excès de ces batailles en sauvant la comtesse Helfenstein qui était un peu plus que violentée par les combattants. Il n'est pas étonnant de voir des drapeaux rouges brandis par les paysans dans cette révolte. Ce qui ne paraît pas choquant non plus dans cette mise en scène, vu la période où Mathis le Peintre a été composé et les problèmes qu'eut Hindemith avec le régime national-socialiste, c'est que le pouvoir qui réprime la révolte soit en uniformes nazis (on voit même un tank ! et dans le fond, on aperçoit parfois l'image d'une ville en ruines, s'agirait-il de photographies ayant suivi les bombardements de Mayence lors de la deuxième guerre mondiale ?). Ce sont les mêmes qui organisent des autodafés de livres luthériens. En effet, la ville de Mayence est alors divisées entre papistes et luthériens. Le riche bourgeois Riedinger, luthérien convaincu, voudrait voir le luthérianisme se développer. Il tente de convaincre Capito, le conseiller du cardinal Albrecht, de l'intérêt qu'il y aurait à faire en sorte que celui-ci se convertisse et se marie avec sa fille Ursula. Il n'est alors question que de politique et d'argent, puisque le cardinal manquant de liquidités, un riche mariage le sauverait financièrement parlant. Celui-ci ne voit d'abord que l'intérêt du gain éventuel, mais si ce personnage semble un catholique plutôt progressiste (il aime sincèrement l'art par dessus tout : quand il commande un tableau, il veut que le peuple soit ému et que celui-ci ne se demande pas si c'est par la scène religieuse qu'il représente ou par le talent de l'artiste), un mariage, ce serait aller trop loin. Dans le grand moment vocal de cet opéra, Ursula (Melanie Dieter) va néanmoins convertir Albrecht à sa foi et celui-ci va décider d'abandonner les richesses pour vivre austèrement (on voit une très intelligente transformation du décor au moment de cette conversion : l'imposant décor doré symbolisant le catholicisme se retourne pour devenir noirâtre). La duplicité de Riedinger apparaît explicitement dans le texte puisqu'il n'était pas tant intéressé par le fait de convertir le cardinal que par celui de lui faire accepter sa fille et son argent de sorte que les luthériens eussent un symbole qui pût faire progresser la Réforme.

Les décors de ce spectacle sont spectaculaires. Dans le deuxième tableau, on voit apparaître de grands éléments de décors. Ils sont très mobiles, y compris verticalement, puisqu'à certains moments, le décor a jusques à trois étages ! Dans le troisième tableau (celui de l'autodafé), on voit ainsi apparaître les caves de Riedinger (à qui on a promis qu'on ne fouillerait pas sa bibliothèque trop en profondeur), alors que les nazis sont à l'extérieur, à l'étage du dessus. Certains décors ne sont pas faits pour être réalistes, comme celui qui voit le cardinal déposer une relique dans un reliquaire doré dans un mur concave tout aurant doré. Ils ne sont pas tous très pratiques, puisque dans les scènes où apparaît le décor du premier tableau, les personnages ayant à se déplacer de l'avant par l'arrière ou réciproquement doivent pas mal se baisser pour traverser ce qui correspond à la partie basse du retable.

Au cours de la soirée, de nombreuses images du retable sont évoquées. Outre celles déjà mentionnées, on trouve le Concert des Anges qui est représenté, entre autres, par une comédienne prenant une pose semblable à celle que l'on peut voir sur le tableau. La fenêtre que l'on aperçoit au fond de l'Annonciation est utilisé comme motif dans la façade des décors dorés. Depuis le deuxième balcon, je ne voyais pas toujours toute la partie supérieure de la scène, mais dans le décor conceptuel doré (où a été déposé le reliquaire), il m'a semblé apercevoir une moyenne boule dorée installée en haut comme une lumière : cela fait beaucoup penser à celle que l'on voit dans la Résurrection. À un moment, un des gardiens romains (détail de cette Résurrection) est représenté par un homme en armure, de façon assez peu convaincante par rapport à d'autres images vues dans ce spectacle (mais cependant très au-dessus du niveau de ce qui était fait dans La donna del lago !).

L'image la plus frappante de cet opéra (qui est celle utilisée en couverture du programme et sur le site de l'Opéra) représente La Tentation de Saint Antoine. Mathis est identifié à ce personnage. Diverses créatures monstrueuses viennent le hanter. D'autres douées de parole viennent le tenter en utilisant divers arguments (dont trois jeunes comédiennes en petite tenue). Elles sont identifiées à certains personnages rencontrés au cours de l'opéra. La plus présente est Ursula (dont je n'ai pas dit qu'elle était amoureuse de Mathis, qui s'en est détourné pour Regina). Dans la foulée, le livret évoque la visite de Saint Antoine à Saint Paul (identifié au cardinal, qui a abandonné la vie sociale).

Le dernier tableau commence par une très belle scène entre Ursula et Regina. Il y est entre autres question d'un ruban. Au début de l'opéra, Ursula avait donné un ruban à Mathis. Quand Regina avait débarqué chez lui avec son père, elle avait chanté pour Mathis une chanson Un chevalier s'en vint à cheval à la fontaine, auprès de la jeune fille.... Le chevalier lui offrit un ruban de soie.... Pas insensible, Mathis avait rendu son geste conforme au texte de la chanson. À l'approche de la mort des personnages, Regina souhaite pouvoir reconnaître Mathis au royaume des morts. Elle donne le ruban à Ursula (qui reste silencieuse à la nouvelle de cette trahison) pour qu'elle le lui donne comme un signe qui le distinguera des autres.

Ensuite, cela traîne un peu en longueur. À la fin, Mathis range sa chambre, emporte quelques symboles (un livre, le ruban, un drapeau rouge, etc.) et s'approche d'une ouverture au centre de la scène. Le texte dit En route donc pour ce dernier bout de chemin, je veux franchir le seuil avec légèreté. Tout comme mes fruits se sont détachés de moi, je veux donner à la terre cette dernière feuille de l'automne mûr.. Je me dis alors irrésistiblement qu'il va les lancer à travers l'ouverture avant d'y sauter lui-même. La suite me donnera raison sur le premier point, mais l'extinction des lumières aura lieu sans qu'eût lieu le saut qui eût constitué le climax de cet opéra. Curieusement, quand Matthias Goerne est venu saluer, il boitait. Je me demande ce qui a bien pu se passer.

Au premier visionnage, il est difficile de se concentrer sur tous les aspects de l'opéra en même temps. Vocalement, le chanteur qui m'a le plus enthousiasmé est Melanie Diener (Ursula), notamment dans la scène de la conversion d'Albrecht. C'était la première fois que je voyais Matthias Goerne. Ma première impression dégagée dans le premier tableau où j'avais du mal à simplement l'entendre est plus mitigée ; dans les passages où l'orchestre était silencieux ou presque, il a cependant eu indéniablement de très beaux passages. Lors d'un de ses airs, Scott Macallister (Albrecht) m'a semblé laisser un peu trop éclater les émotions de son personnage au détriment de son chant. Pour le reste, je ne sais pas trop que dire sur les voix en général puisqu'entre la lecture des surtitres, l'éclairage un peu sombre et le grand nombre de personnages sur scène, à pas mal de moments, je ne voyais pas qui chantait (même avec les jumelles...).

Si cet opéra date du XXe, il n'y a vraiment aucune raison d'avoir peur en se disant que ce sera bizarre... Cette œuvre de Hindemith n'est pas plus difficile à entendre que d'autres œuvres de styles plus classiques (certes, ce n'est pas du Rossini !). Certains passages empruntent d'ailleurs à d'autres styles, comme la chanson populaire (cf. la chanson du ruban) ou le chant grégorien.

Ce que j'ai le plus aimé dans ce spectacle, c'est la manière de mettre en scène des images du retable d'Issenheim. Le tour de force de machinerie autour des décors fait aussi fort impression. Parmi les points négatifs, je noterais l'éclairage de la scène de l'attaque du chateau de Königshofen par les paysans. Certes, là encore, les éléments de décors mobiles représentant le château bien amoché sont spectaculaires, mais les paysans sont éclairés comme des fugitifs le seraient par des projecteurs. Le problème, c'est qu'il y a une multitude de tels projecteurs, que les zones éclairées n'arrêtent pas de bouger ad nauseam et surtout qu'il en est ainsi pendant toute la scène. La mise en scène, si elle est toujours cohérente avec le livret, n'est pas non plus parfaite de mon point de vue puisque j'ai parfois eu du mal à voir qui chantait. C'est que pendant leurs passages chantés, les chanteurs sont souvent assez statiques. Le positionnement du chœur dans certaines scènes m'a aussi semblé étrange aussi, comme dans la scène de l'autodafé. Cela dit, globalement, j'ai trouvé cette production vraiment très intéressante (ce n'est sans doute pas étranger au fait que ce soit mon plus long billet de blog sur une représentation d'opéra).

Ailleurs : David, Zvezdo, Palpatine, Gilda.

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Une Flûte Enchantée aux Bouffes du Nord

2010-11-10 02:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Théâtre

Théâtre des Bouffes du Nord — 2010-11-09

Franck Krawczyk, piano

Antonio Figueroa, Tamino

Agnieszka Slawinska, Pamina

Leila Benhamza, La Reine de la Nuit

Betsabée Haas, Papagena

Virgile Frannais, Papageno

Patrick Bolleire, Sarastro

Jean-Christophe Born, Monostatos

William Nadylam, Abdou Ouologuem, comédiens

Peter Brook, mise en scène

Peter Brook, Franck Krawczyk, Marie-Hélène Estienne, adaptation

Christophe Capacci, conseiller artistique

Philippe Vialatte, lumières

Une Flûte Enchantée, librement adaptée d'après la partition de Mozart et le livret de Emanuel Schikaneder

Je reviens absolument enchanté du Théâtre des Bouffes du Nord où avait lieu ce soir la première d'Une Flûte Enchantée mise en scène par Peter Brook. Cet homme est un génie !

L'opéra de Mozart a été adapté par Peter Brook, Marie-Hélène Estienne et par Franck Krawczyk qui a adapté la partition qu'il interprète au piano. Cela commence ainsi par quelques accords de l'Ouverture, puis très vite on entend l'appel à l'aide de Tamino (Antonio Figueroa). Point de trois dames pour le secourir : c'est Papageno (Virgile Frannais) qui entre en scène...

Si j'ai eu quelques frayeurs à propos du niveau des chanteurs au tout début, j'ai très vite été rassuré. Les jeunes chanteurs qui composent la distribution sont aussi d'excellents comédiens. Il y a une fraîcheur et une espièglerie dans l'attitude de Tamina, qui est interprétée par Agnieszka Slawinska qui décèle un délicieux accent à la Romy Schneider pendant les passages parlés (en français). Après l'air (impeccable) de la Reine de la Nuit (Leila Benhamza), on la voit évoluer. Ce n'est plus une enfant. On la verra ensuite avec une cape rouge. Parmi les nuances intéressantes apportées par cette version, j'ai aimé l'attitude de séduction plus qu'ambiguë de la Reine de la Nuit envers Tamino. Sarastro (Patrick Bolleire) apparaît comme un sage bienveillant et sympathique. L'interprète fait entendre de très beaux graves. Les deux scènes où apparaissent ensemble Papageno et Papagena (Betsabée Haas) sont délicieuses. Des idées qui par d'autres metteurs en scène eussent peut-être paru vulgaires passent ici très bien. Il faut en effet noter que quelques pincées d'humour ont été ajoutées au livret...

Ce qui surprend le plus au début de ce spectacle, c'est le rôle multiple voué au comédien William Nadylam. C'est un personnage qui parle autant au public qu'il interagit avec les autres personnages. Une sorte de récitant qui n'interromprait pas l'action dramatique. C'est aussi un magicien, un machiniste. Bref, un homme bien mystérieux. La distribution est complétée par un autre comédien, Abdou Ouologuem, dont le rôle est plus secondaire, et par Jean-Christophe Born (Monostatos).

En m'installant à ma place et en regardant vers le fond rugueux-rougeâtre du plateau de scène, je remarquais que l'espace vide ne comportait que quelques tiges de bambou dressées verticalement, chacune sur un petit support. Je me demandais ce que le metteur en scène en ferait. Elles constituent un des rares éléments de décor de cette production. Suivant l'arrangement qu'elles font, elles peuvent en fait représenter des colonnes, des portes que Tamino n'arrive pas à franchir, les montants du lit de Pamina et bien d'autres choses encore. C'est très convaincant. L'impression faite est rehaussée par les lumières très cohérentes de Philippe Vialatte. Par exemple, quand Tamino et Papageno sont dans le noir, l'obscurité quasi-complète est faite dans le théâtre ! Les lumières appuient aussi des effets de mise en scène quasi-cinématographique, en flash-back, comme lorsque Pamina fait sa première apparition.

J'ai rarement été autant saisi par un spectacle d'opéra. Le fait que les chanteurs-comédiens soient aussi près des spectateurs y est sans doute pour quelque chose (quoiqu'à l'échelle du théâtre, j'étais plutôt loin puisqu'au sixième rang), mais ce ne serait rien sans l'exceptionnel travail de mise en scène.

Pas moins de quarante-cinq représentations sont programmées jusqu'au 31 décembre (plusieurs distributions tournent). Il reste des places dans la dernière catégorie pour pas mal de dates ; pour en avoir de meilleures, il semble qu'il faille plutôt viser les dates à la fin du mois de décembre.

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Le Triptyque à Bastille

2010-10-19 23:58+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-10-16

Philippe Jordan, direction musicale

Luca Ronconi, mise en scène

Ugo Tessitore, collaboration artistique

Margherita Palli, décors

Silvia Aymonino, costumes

Gianni Mantovanini, lumières

Alessandro Di Stefano, chef du chœur

Orchestre et chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Il Trittico, Puccini

Juan Pons, Michele

Marco Berti, Luigi

Eric Huchet, Il Tinca

Mario Luperi, Il Talpa

Sylvie Valayre, Giorgetta

Marta Moretto, La Frugola

Hyung-Jong Roh, Venditore di canzonntte

Anne-Sophie Ducret, Un'amante / Una Voce interna

Gregorz Staskiewiecz, Un'amante / Una Voce interna

Il Tabarro

Tamar Iveri, Suor Angelica

Luciana D'Intino, La Zia Principessa

Barbara Morihien, La Badessa

Louise Callinan, La Suor Zelatrice

Marie-Thérèse Keller, La Maestra della novize

Amel Brahim-Djelloul, Suor Genovieffa

Claudia Galli, Suor Osmina

Olivia Doray, Suor Dolcina

Zoe Nicolaidou, Prima Cercatrice

Carol García, Seconda Cercatrice

Cornelia Oncioiu, La Suor Infermiera

Chenxing Yuan, Una novizia

Anne-Sophie Ducret, Prima conversa

Marina Haller, Seconda conversa

Suor Angelica

Juan Pons, Giannia Schicchi

Ekaterina Syurina, Lauretta

Marta Moretto, Zita

Saimir Pirgu, Rinuccio

Eric Huchet, Gherardo

Barbara Morihien, Nella

Alain Vernhes, Betto

Mario Luperi, Simone

Roberto Accurso, Marco

Marie-Thérèse Keller, La Ciesca

Yuri Kissin, Maestro Spinelloccio

Christian Helmer, Amantio di Nicolao

Ugo Rabec, Pinellino

Alexandra Duhamel, Guccio

Gianni Schicchi

Samedi dernier, alors que des troubles autour de la manifestation débordait paraît-il jusque dans le hall de l'Opéra Bastille, j'assistais à une représentation du Triptyque de Puccini. Je dis paraît-il parce que je n'ai remarqué de casse ni en entrant peu avant 19h ni en me baladant lors les entr'actes ni en sortant.

D'après les informations lues dans le programme, le projet de Puccini semble avoir évolué puisque seul le dernier des trois opéras présentés au cours de la soirée rentre dans le cadre du projet initial autour de l'œuvre de Dante.

Comme les deux autres, le premier opéra Il Tabarro dure un peu moins d'une heure. Il est situé sur une péniche amarrée à Paris. C'est un drame de la jalousie : la femme (Giorgetta) du patron aime un des marins (Luigi), le mari (Michele) le tue. Un niveau supplémentaire de profondeur psychologique vient du fait que le couple avait perdu un enfant. J'avais fait la connaissance de quelques admirateurs de Sylvie Valayre un peu avant la représentation. De mon côté, c'était la première fois que je l'entendais. Si elle m'a fait bonne impression, c'est Marco Berti (Luigi) qui m'a le plus impressionné. J'ai aussi apprécié Marta Moretto dans un des rôles secondaires.

Le deuxième opéra commence par un son de cloche. Suor Angelica est une histoire autour de la perte d'un enfant (illégitime), mais il est surtout question de religion. La question de la damnation en cas de suicide, c'est un sujet que je trouve assez peu intéressant. Le rôle éponyme était chanté par Tamar Iveri, dont je ne fais pas partie des admirateurs. La seule scène qui m'ait intéressé est celle où la tante de Sœur Angelica vient lui rendre visite pour ordonner à celle qui a déshonoré sa famille d'abandonner sa part d'héritage. Les dialogues témoignent une violence verbale assez sophistiquée. La mezzo-soprano Luciana D'Intino incarne de façon très convaincante ce rôle de méchante. Dans les rôles des sœurs, il est difficile de reconnaître quelques chanteuses comme Amel Brahim-Djelloul ou Cornelia Oncioiu tant les costumes sont uniformes et couvrants. C'est la première fois qu'au moment des saluts on se sent obligé d'applaudir continûment puisque les chanteuses qui défilent un peu trop vite sont pratiquement indistinguables.

Bien sûr, si ce deuxième opéra est décevant, la musique de Puccini et l'orchestre de l'Opéra de Paris dirigé par Philippe Jordan parviennent heureusement à retenir l'attention.

À mon goût, le meilleur des trois opéras est le troisième Gianni Schicchi. C'est très certainement l'opéra le plus drôle que j'aie vu. Buoso Donati est mort et tous les membres de sa famille espèrent s'approprier la meilleure part de l'héritage. Mais le défunt l'aurait léguée à des moines... On trouve le facheux testament. Gianni Schicchi, d'un niveau social moindre, entre en scène et finit par proposer une solution : à l'extérieur, tout le monde ignore que Donati est mort, qu'il se fasse passer pour le mort, dicte un nouveau testament devant un notaire et le tour sera joué. Ce qu'ils ne savent pas encore, c'est qu'il va se léguer la meilleure part à lui-même. Il s'agit d'une sorte de vengeance, puisque la famille avait considéré que sa fille Lauretta n'était pas d'une assez bonne famille pour épouser le jeune Rinuccio.

Le texte, la façon dont il est mis en musique, les mimiques des chanteurs, la mise en scène, la voix contrefaite de Gianni Schicchi quand il imite celle du mort, tout concourt au caractère comique de cette pièce. Le temps ne se suspend que pour l'air de Lauretta O mio babbino caro, chanté par Ekaterina Syurina. D'ailleurs, la façon dont cet air intervient abruptement est presque parodique. À la fin, Gianni Schicchi s'adresse directement au public. Conscient qu'il va aller en enfer, il espère finir par obtenir des ménagements. Dans ce rôle-là, Juan Pons était beaucoup plus enthousiasmant que dans son rôle de Michele dans Il Tabarro !

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Passion au TCE

2010-10-06 23:18+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Théâtre des Champs-Élysées — 2010-10-06

Barbara Hannigan, Lei

Georg Nigl, Lui

Sasha Waltz, création chorégraphique, mise en scène, décors

Franck Ollu, direction musicale

Thilo Reuther, décors, lumières

Hussein Chalayan, costumes

Thierry Coduys, dispositif électroacoustique

Ilka Seifert, dramaturgie

Sasha Waltz & Guests

Vocalconsort Berlin

Ensemble Modern

Passion, Pascal Dusapin.

La création chorégraphique de l'opéra Passion de Pascal Dusapin par Sacha Waltz & Guests est certainement le spectacle au cours duquel je me suis le plus ennuyé et qui me laisse la plus grande impression d'incompréhension.

L'opéra met en jeu deux personnages Lei (Barbara Hannigan) et Lui (Georg Nigl). La seule chose que l'on comprend, mais c'était annoncé, c'est que cela a un rapport avec Orphée et Eurydice. Il y a quelques autres personnages, mais ils ont une fonction non déterminée.

Du point de vue musical, c'est assez heurté. On entend des effets spéciaux électroacoustiques, la musique étant parfois amplifiée et spatialisée. Des micros servent à donner parfois beaucoup de volume aux respirations saccadées des personnages. Quelques courts passages choraux ravivent parfois mon attention.

Cette Passion, c'est à peu près comme assister à un spectacle de danse contemporaine avec une bande-son qui serait jouée en direct. Ce n'est pas exactement ce que j'attends d'un opéra, d'autant plus que la chorégraphie de Sasha Waltz ne me parle pas du tout.

Le spectacle était annoncé chanté en italien, surtitré en français. En arrivant dans la salle, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de dispositif de surtitrage. La représentation n'a donc pas été surtitrée, ce qui n'a évidemment pas aidé à la compréhension. En sortant, je déplie la feuillette avec la distribution que j'avais rangée sans la lire, et j'y lis avec effroi que c'était fait exprès :

Pour que votre attention ne soit pas dérangée et que vous puissiez pénétrer totalement dans le monde d'émotions créé par Sasha Waltz, nous avons décidé, en accord avec Pascal Dusapin, de ne pas surtitrer Passion, dont le texte en italien vous sera aisément compréhensible.

Ben voyons !

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L'Italienne à Alger à Garnier

2010-10-01 02:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2010-09-30

Marco Vinco, Mustafà

Jaël Azzaretti, Elvira

Cornelia Oncioiu, Zulma

Riccardo Novaro, Haly

Lawrence Brownlee, Lindoro

Vivica Genaux, Isabella

Alessandro Corbelli, Taddeo

Denis Dubois, clavecin

Andrei Serban, mise en scène

Marina Draghici, décors et costumes

Andrei Serban, Jacques Giovanangeli, lumières

Niky Wolcz, chorégraphie

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Maurizio Benini, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

L'Italienne à Alger, Rossini

Sans les décors et dans une mise en scène improvisée, c'était mieux.

Ce soir et jeudi de la semaine dernière, je suis allé voir L'Italienne à Alger de Rossini à l'Opéra. Jeudi 23, jour de grève, la production s'était jouée essentiellement sans décors. Les solistes et un tout petit nombre de figurantes évoluaient devant un rideau de scène. Le chœur (exclusivement masculin) venait parfois se mettre en rangs au fond. Peu de changements de costumes pour les chanteurs et quelques accessoires tout au plus. J'ai cependant trouvé que c'était mieux qu'avec la mise en scène originale d'Andrei Serban dans les décors et costumes de Marina Draghici. Lors de cette version semi-scénique, on avait en effet droit à une sorte de théâtre chanté sans trop d'effets spéciaux, la musique faisant le spectacle, le texte réservant quelques surprises comiques. À noter aussi, ce soir-là, il y avait eu des ratés de sur-titrage, le début étant complètement massacré, avec un effet comique involontaire : alors que Lindoro entrait en scène, se souvenant d'Isabella, Languir pour une belle, c'est le texte du personnage de Mustafà J'en ai assez de cette femme qui parut ! J'avais aussi pu voir de très près les chanteurs puisqu'à l'entr'acte, j'avais migré avec une camarade d'opéra à la loge de l'Impératrice.

Pour situer l'histoire, une Italienne, Isabella (Vivica Genaux), débarque à Alger pour délivrer Lindoro (Lawrence Brownlee), qui a été fait esclave par le bey Mustafà (Marco Vinco). Ce dernier n'a plus dans son sérail de femme qui le satisfasse. En particulier, il veut se débarrasser de son épouse Elvira (Jaël Azzaretti) en la remariant avec Lindoro (irrésistible texte : Ma come ? Ei non è Turco. — Che importa a me ? — Ma di Maometto la legge non permette un tal pasticcio. — Altra legge io non ho, che il mio capriccio.). Il demande à son capitaine Haly (Riccardo Novaro) de lui trouver une Italienne. Isabella et un soupirant, Taddeo (Alessandro Corbelli), sont fait prisonniers. S'ensuivent diverses intrigues, promotions fantoches (Taddeo est fait Kaïmakan et Mustafà Pappataci), au bout desquelles Isabella repart avec Lindoro, Elvira avec Mustafà et Zulma (Cornelia Oncioiu), la servante d'Elvira, avec Haly.

Je disais donc que le spectacle que j'ai vu ce soir n'a vraiment rien à voir avec celui de la semaine dernière. Autant visuellement (costumes des eunuques et des naufragés, décors) que dans les mouvements sur scène des chanteurs. Certes, le but d'Andrei Serban (dont je n'avais pas trop aimé la Lucia di Lammermoor en septembre 2006) semble avoir été de faire rire, mais il en a fait un peu trop. En résumé, le film, c'est King Kong rencontre le Titanic dans un Harem. J'allais oublier, il y a aussi des chimères Rambo/Capitaine Crochet. L'intrus, c'est évidemment King Kong... On se demande bien ce qui est passé par la tête du metteur en scène.

Au début, Mustafà est représenté en émir, fantaisistement dictatorial. On verra quelques jeunes femmes chargées de ses plaisirs, et d'autres habillées tout en noir, voilées. Au cours de l'opéra, il se métamorphose, change sans cesse de turban et à la fin, on oublierait presqu'on assiste à une turquerie. Le personnage a perdu sa colère quand il se rend compte qu'on s'est moqué de lui en le faisant Pappataci (Mange et tais-toi) à grand renfort de figurants dansants habillés aux couleurs de l'Italie (dont trois ont des costumes/accessoires comme des excroissances représentant un Chianti, une Pizza, un lit à la mode romaine. On lui a en effet fait accroire qu'être réduit aux trois fonctions manger, boire, dormir étaient une grande distinction en Italie.

Vocalement, j'ai aussi préféré la représentation du 23. Lawrence Brownlee était particulièrement épatant dans son air Languir per una bella, quoiqu'il le chantât d'un bout à l'autre sans bouger d'un centimètre son pied posé sur une marque au sol ! Tous les chanteurs m'avaient fait une bonne impression. À propos de Vivica Genaux, j'apprécie la façon dont elle s'incarne visiblement dans ses personnages (que ce soit Angelina, Juno/Ino ou Isabella). J'aime comme elle chante, mais le timbre de sa voix malheureusement me déplaît. Ce soir, la plupart des chanteurs m'ont semblé en petite forme.

Le passage le plus étonnant musicalement et théâtralement de ce drame joyeux se trouve à la fin du premier acte. Les sept personnages ont subitement l'impression de devenir fous et ils le disent en utilisant des onomatopées din din, crà crà, bum bum ou tac tà. Dans le même temps, ils font des gestes mécaniques (mention spéciale pour Lawrence Brownlee et son marteau qui fait tac tà), tandis qu'Elvira, qui se met à faire des vocalises en se donnant des airs de Castafiore est interrompue par Taddeo.

La mise en scène utilise les parties excentrées du plateau... Du coup, pendant certains airs, j'ai dirigé mon regard vers la fosse pour observer la battue de Maurizio Benini et ses indications de nuance. Visiblement, quand leur bouche n'est pas vouée à leur instrument, les deux clarinettistes du fond se racontent des blagues (vu les gestes associés, cela devait avoir un rapport avec l'extravagant turban que portait Alessandro Corbelli une fois qu'il a été fait grand Kaïmakan).

Côté public, ce soir a été une drôle de soirée. Des grandes entreprises ont réservé des soupers dans le grand foyer. Les bars, et subséquemment le champagne, envahissent les environs immédiats des premières loges (où mon fond de loge à 10€ s'est transformé en deuxième rang). Plus de robes de soirée que d'ordinaire. De loin, la Rotonde du Glacier avait l'air d'être privatisée pour quelque cocktail. À l'entr'acte, j'ai préféré aller me dégourdir les jambes à l'étage du dessus...

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Eugène Onéguine à Bastille

2010-09-18 03:24+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-09-17

Nadine Denize, Madame Larina

Olga Guryakova, Tatiana

Alisa Kolosova, Olga

Nona Javakhidze, Filipievna

Ludovic Tézier, Eugène Onéguine

Joseph Kaiser, Lenski

Gleb Nikolski, Le Prince Grémine

Jean-Paul Fouchécourt, Monsieur Triquet

Ugo Rabec, Zaretski

Yves Cochois, Le lieutenant

Vincent Morell, Solo ténor

Orchestre, chœur de l'Opéra national de Paris

Vasily Petrenko, direction musicale

Willy Decker, mise en scène

Wolfgang Gussmann, décors et costumes

Hans Toelstede, lumières

Athol Farmer, chorégraphie

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Monica Waitzfelder, réalisation de la mise en scène

Евгений Онегин (Eugène Onéguine), Tchaikovski

Le programme annonce que ce n'est pas un opéra, mais des scènes lyriques en trois actes et sept tableaux. Pourtant, pour un spectacle qui n'en est soi-disant pas un, je trouve que c'est un fort bel opéra que cet Eugène Onéguine dont la production qui est reprise depuis ce soir à l'Opéra Bastille m'a enthousiasmé.

Avant toutes choses, on ne saurait trop recommander la lecture du roman en vers de Pouchkine dont cet opéra tire son sujet (et un certain nombre de vers). J'espère avoir le temps de le relire avant de retourner voir une autre représentation...

Le spectacle ne m'a pas plu instantanément. Lors des premières minutes, il faut se faire à une langue russe chantée sans trébuchement ; les lumières sont alors comme trop souvent sombres ; le décor semi-unique recèle des pentes peinturlurées dans des tons voisins du jaune.

Mon intérêt est monté à partir du deuxième tableau, celui où Tatiana écrit sa lettre à Onéguine. Dès lors, j'ai commencé à apprécier le travail du metteur en scène Willy Decker, le chant et surtout la musique de Tchaikovsky (dirigée par Vasily Petrenko). À l'exception de la célèbre Polonaise, je ne connaissais aucun des numéros musicaux. J'ai particulièrement aimé l'orchestration qui offre une place de choix aux instruments à vents et qui se fait amusante en présentant des phrases musicales découpées en petits morceaux répartis à différents instruments qui se répondent.

La mise en scène a ceci d'intéressant qu'elle tend à se faire oublier. On est pris dans les actions, les paroles ou les pensées des personnages. C'est presque sans qu'on s'en rende compte que des accessoires (tables, chaises, etc.) se trouvent installés dans le décor. Le fait que les transitions entre les différents tableaux soient réalisées dans un flot continu d'action contribue à cette illusion. Ainsi, à peine Tatiana a-t-elle fini de rédiger sa lettre que la gouvernante vient la lever et qu'elle se retrouve en face d'Onéguine qui la repousse. Curieusement, je m'attendais à ce que l'entr'acte intervînt à la fin du deuxième acte, c'est-à-dire après la mort de Lenski, conséquence absurde de la décision d'Onéguine de l'embêter en séduisant Olga lors d'un bal. En fait, le cinquième tableau représentant le duel entre Onéguine et Lenski arrive après la pause, dans un décor dont la couleur est dorénavant grisâtre. Quand Lenski est tombé, je m'imaginais qu'Olga viendrait se lamenter sur son corps comme dans le ballet de Cranko, mais non, la femme que l'on voit arriver dans une sorte de fondu enchaîné théâtral est Tatiana, alors que se fait entendre la Polonaise. Des femmes habillées en noir entrent en scène. Sont-elles en deuil ? C'est l'impression première. En fait, sans l'avoir remarqué, nous sommes maintenant à Saint Pétersbourg, chez le vieux Prince Grémine qui a épousé Tatiana. Quelques années se sont écoulées, Onéguine a erré, il est maintenant dans la demeure d'un ami dont il ignore le mariage...

Trois chanteurs se distinguent tout particulièrement. Pour moi, la plus forte impression est venue de la basse Gleb Nikolski (Le Prince Grémine), qui n'a qu'un air, mais quel air ! Dans le rôle de Tatiana, j'ai apprécié la soprano Olga Guryakova. Hormis Ugo Rabec qui avait le rôle du témoin de Lenski, le seul chanteur que j'avais déjà entendu était Ludovic Tézier, il était comme toujours excellent. Je viens d'ailleurs de m'apercevoir que c'était l'artiste lyrique que j'avais vu et entendu le plus souvent en concert : dix fois (devant Natalie Dessay et Anna Caterina Antonacci que j'ai vues chacune huit fois).

Si j'ai été impressioné par ces trois-là, les autres sont très loin d'avoir démérité. Il y avait aussi Joseph Kaiser en Lenski (je me disais bien que sa tête me disait quelque chose : il interprétait Tamino dans la version filmée de La flûte enchantée de Kenneth Branagh), Jean-Paul Fouchécourt en irrésistible Monsieur Triquet, la jeune Alisa Kolosova (Olga), Nona Javakhidze (Filipievna) et Nadine Denize (Madame Larina).

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La Petite Renarde rusée à Bastille

2010-07-12 23:34+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-07-12

Jean-Philippe Lafont, Le garde-chasse (baryton)

Michèle Lagrange, Sa femme, la chouette (soprano)

Luca Lombardo, L'instituteur (ténor)

Gregory Reinhart, Le prêtre (basse)

Paul Gay, Harašta (baryton-basse)

Adrina Kucerova, La renarde (soprano)

Hannah Esther Minutillo, Le renard (mezzo-soprano)

Nicolas Marie, L'aubergiste (ténor)

Anne-Sophie Ducret, La femme de l'aubergiste (soprano)

Letitia Singleton, Le chien (soprano)

Elisa Cenni, Le coq, le geai (soprano)

Natacha Finette Constantin, La poule huppée (soprano)

Ghislaine Roux, Le pivert (mezzo-soprano)

Paul Crémazy, Le moustique (ténor)

Slawomir Szychowiak, Le blaireau (baryton)

Michael Schǿnwandt, direction musicale

André Engel, mise en scène

Nicky Rieti, décors

Elizabeth Neumuller, costumes

André Diot, lumières

Françoise Grès, chorégraphie

Dominique Muller, dramaturgie

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Orchestre, chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine

Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Příhody Lišky Bystroušky (La Petite Renarde rusée), Leoš Janáček

Je reviens de la dernière représentation de La Petite Renarde rusée (Příhody Lišky Bystroušky) de Janáček à l'Opéra Bastille. J'avais déjà vu cette production d'opéra l'année dernière, dans une distribution légèrement différente.

Cela raconte l'histoire d'une renarde qui est capturée par un garde-chasse et qui lui joue des tours. Elle veut semer la zizanie dans le poulailler contre le pouvoir du coq. Les prolétaires poules étant trop bêtes, elle décide de les massacrer. Plus tard, elle rencontre un renard. À leur mariage, toutes sortes d'animaux viennent les féliciter. Au dernier acte, on découvre leur progéniture. La renarde qui pensait être plus rusée qu'un braconnier se fera tuer d'un coup de fusil. À la fin, un cycle de la nature s'est écoulé : c'est une descendante de la renarde qui vient se chamailler avec le garde-chasse. (J'ai simplifié au peu, il y a d'autres personnages humains et une multitude de personnages animaliers.)

Cette production d'opéra est très belle. Il est dommage que cela ne soit pas davantage connu : un vendeur de programmes m'a confié qu'il resterait 1400 places de libres. S'il est vrai que je ne pratique pas ce sport très souvent, je n'ai pas hésité une seule seconde à l'idée de me replacer au centre du parterre (ma place au deuxième balcon étant très excentrée). Les décors (notamment le rideau de scène), les costumes, les lumières sont magnifiques. La musique est superbe (et parfois amusante quand elle imite le bruit des animaux). Le jeu des chanteurs-comédiens (dont un certain nombre d'enfants) est très bon. Cependant, la faiblesse des voix est une très grosse déception, comme l'année dernière. Il ne s'agit que d'un problème de volume sonore. Alors que l'orchestre ne joue pas particulièrement fort, les voix des chanteurs sont le plus souvent tout à fait inaudibles. Le problème se pose autant avec Adriana Kucerova (La Renarde) cette année que l'année dernière avec Elena Tsallagova (qui m'avait aussi semblé meilleure comédienne). Jean-Philippe Lafont (Le Garde-chasse), appréciable aussi par sa présence scénique, est un des rares à arriver à se faire entendre.

Pour moi, c'était le dernier spectacle avant les vacances. Cette année, l'Opéra de Paris aura été mon plus grand pourvoyeur de divertissement : trente-huit spectacles !

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La Donna del lago à Garnier (dernière)

2010-07-11 00:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2010-07-10

Javier Camarena, Giacomo V (Uberto di Snowdon)

Simon Orfila, Duglas d'Angus

Colin Lee, Rodrigo di Dhu

Karine Deshayes, Elena

Daniela Barcellona, Malcolm Groeme

Diana Axentii, Albina

Jason Bridges, Serano

Philippe Talbot, Bertram

Lluís Pasqual, mise en scène

Ezio Frigerio, décors

Franca Squarciapino, costumes

Vinicio Cheli, lumières

Montse Colomé, chorégraphie

Alessandro Di Stefano, chef du chœur

Roberto Abbado, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

La donna del lago, Rossini

Avant la représentation précédente de La Donna del lago, j'étais passé à la billeterie afin de m'acheter une place à 7€ pour la dernière représentation. Le billet comportait la mention Scène non visible, ce qui était heureusement inexact. Depuis la plus mauvaise place de cette première loge 14, je voyais un petit coin de la scène, entre les têtes de devant et d'en biais. J'ai donc passé l'essentiel du premier acte en position debout, une alternative à la chaise qui me permettait de voir bien.

À l'entr'acte, je rencontre une amie de files d'attente qui m'informe qu'il reste un peu de place à la loge impératrice... J'ai pu m'y installer confortablement sur un coin de banquette. On y est invraisemblablement proche des chanteurs. Dans le champ de vision, j'avais aussi un peu des coulisses, ce qui m'a permis d'éclaircir le mystère de la musique jouée des coulisses. Ce qui m'avait surpris était que le chef arrêtait ses mouvements quand elle se faisait entendre. Depuis ma place, j'ai pu observer furtivement un groupe de musiciens qui semblait obéir aux mouvements d'une autre personne physique. Pendant les chœurs, je voyais aussi des bras s'agiter dans un coin...

Lors de cette dernière représentation, un petit groupe de fans de Karine Deshayes était dans cette loge impératrice. Lors des saluts, l'un d'entre eux lui a même jeté un bouquet de fleurs !

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La donna del lago à Garnier (troisième)

2010-07-08 01:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2010-07-07

Javier Camarena, Giacomo V (Uberto di Snowdon)

Simon Orfila, Duglas d'Angus

Colin Lee, Rodrigo di Dhu

Karine Deshayes, Elena

Daniela Barcellona, Malcolm Groeme

Diana Axentii, Albina

Jason Bridges, Serano

Philippe Talbot, Bertram

Lluís Pasqual, mise en scène

Ezio Frigerio, décors

Franca Squarciapino, costumes

Vinicio Cheli, lumières

Montse Colomé, chorégraphie

Alessandro Di Stefano, chef du chœur

Roberto Abbado, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

La donna del lago, Rossini

Neuvième représentation de La Dame du lac à l'Opéra Garnier. J'y suis allé une troisième fois après les représentations des 14 et 21 juin, non pas pour apprécier encore davantage la mise en scène, mais pour entendre Karine Deshayes et Javier Camarena dans les rôles d'Elena et Giacomo/Uberto.

Cette fois-ci, j'ai un deuxième rang de troisièmes loges de côté impair. C'est un peu excentré, mais pas trop. Je vois la moitié droite de la scène.

Je retrouve les lumières vraiment lamentables de ce spectacle. On n'y voit rien. J'avais noté la non-différentiation visuelle de Rodrigo du personnage secondaire Serano. Comme Javier Camarena apparaît barbu comme les deux autres dans cette deuxième série de représentations, il y a en fait trois personnages (Giacomo, Rodrigo et Serano) que ni les costumes ni la pilosité ne distinguent clairement (Giacomo porte souvent une cape bleuâtre, mais ce critère n'est pas infaillible).

J'ai été très content de réentendre Javier Camarena (déjà entendu dans le rôle d'Elvino dans La Sonnambula et dans celui du conte d'Almaviva dans Il Barbiere di Siviglia). Par ailleurs, c'était la première fois que j'entendais Karine Deshayes, qui si elle ne m'a pas autant impressionné que Joyce DiDonato, m'a cependant fait une excellente impression. Je n'ai pas regretté de m'être levé pour mieux voir la dernière scène qui se passe à la cour du roi Giacomo. Le trio du deuxième acte entre Javier Camarena, Karine Deshayes et Colin Lee a été un autre moment fort de la soirée, de même que l'air de Daniela Barcellona au deuxième acte.

À part ça, je ne sais pas ce qui s'est passé, mais au cours du premier acte (1h40), la loge où je me trouvais (j'étais au deuxième rang, avec deux néerlandophones devant) a vu paraître trois fois des personnes seules ou accompagnées venues voir si on y voyait quelque chose. J'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi on laisse rentrer ainsi des gens n'importe quand et n'importe comment. Si je trouve un peu pénible qu'il faille se faire ouvrir sa loge avant le spectacle, qu'elles soient fermées de l'extérieur, cela devrait au moins permettre de n'être plus dérangé une fois le spectacle commencé. Apparemment, je me trompais.

Il y a un dernier mystère à propos de cette production. Au cours du deuxième acte, arrivée au palais du roi, Elena s'écrie Quel beau concert tandis qu'elle entend de la musique, et en particulier la voix de Giacomo, qui vient des coulisses. Ce que je me demande, c'est si la musique que l'on entend est pré-enregistrée. En effet, lors des saluts, on ne voit pas de musiciens de scène paraître, et surtout, pendant ces phrases musicales, le chef d'orchestre s'arrête de diriger, alors qu'il pourrait très bien diriger des musiciens cachés via un écran de contrôle.

Pendant l'entr'acte, il m'a semblé que plusieurs portes qui sont d'ordinaires fermées étaient ouvertes. J'ai pu déambuler dans une zone dont j'avais remarqué la forme arrondie depuis l'extérieur, côté rue Halévy, mais sans jamais pouvoir y entrer : la rotonde du Glacier, qui abrite notamment des bustes et des tapisseries.

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Semele au TCE

2010-07-01 03:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre des Champs-Élysées — 2010-06-30

Richard Croft, Jupiter

Peter Rose, Cadmus, Somnus

Danielle de Niese, Semele

Vivica Genaux, Juno, Ino

Sébastien Droy, Apollo

Jaël Azzaretti, Iris

Stephen Wallace, Athamas

Claire Debono, Cupid

Christophe Rousset, direction musicale

David McVicar, mise en scène

Tanya McCallin, décors

Brigitte Reiffenstuel, costumes

Paule Constable, lumières

Andrew George, chorégraphie

Les Talens Lyriques

Chœur du Théâtre des Champs-Élysées

Semele, Händel.

Je reviens de la première de la reprise de Semele de Händel au TCE. Ce n'est que le deuxième opéra de ce compositeur que je voie après Agrippina en 2003. De ce compositeur, je suis en effet plus accoutumé aux oratorios et œuvres assimilées : Messiah (5 fois), Israel in Egypt, Athalia, Ode for Saint Cecilia's Day, Dixit Dominus, Acis and Galatea, Solomon. À vrai dire, le programme annonce qu'il s'agit d'un opéra en trois actes à la manière d'un oratorio. Cela se fait très lourdement sentir pendant le premier acte où il ne se passe essentiellement rien. Le contexte de l'opéra est que Sémélé (Danielle de Niese) est forcée par son père Cadmus (Peter Rose) à épouser Athamas (Stephen Wallace) qui est convoité par sa sœur Ino (Vivica Genaux). La cérémonie est interrompue. On apprend que Jupiter (Richard Croft) a pris l'apparence d'un aigle pour enlever Sémélé. Jusque là, les personnages se sont comportés comme des autistes, en particulier Athamas qui mésinterprète les réactions de Sémélé et Ino. Ils s'écoutent chanter et restent impassibles aux paroles des autres. C'est déroutant. À ce stade, je me demande bien pourquoi on appelle ça opéra !

Jusque là, j'aurais été assez déçu s'il n'y avait pas eu le plaisir de l'oreille (et aussi des yeux, il faut bien le dire) pour l'air The morning lark to mine accords his note interprété par Danielle de Niese seule devant un rideau et mimant de ses mains les mouvements d'une alouette. Viendra ensuite le superbe récitatif accompagné de Peter Rose Wing'd with our fears and pious haste.

Je commence à me dire que l'on entre véritablement dans l'opéra à la toute fin du premier acte quand Claire Debono chante dans son air Endless pleasure, endless love les plaisirs célestes de Sémélé.

Viendront ensuite les deuxième et troisième acte, toujours dans le même décors, dont le rond central a été incliné et dont l'éclairage a changé la couleur. Junon (Vivica Genaux, qui interprète deux rôles) et Iris (Jaël Azzaretti) conspirent contre Sémélé. Pour rejoindre ses appartements, il faut endormir ses gardes. C'est là qu'intervient Somnus, le Sommeil, superbement interprété par la basse Peter Rose (qui joue aussi deux rôles), qui s'endormirait bien tout en chantant ses airs si Iris et Junon baissaient leur vigilance. Ayant pris l'apparence d'Ino (l'illusion est parfaite vu que Vivica Genaux joue les deux rôles, quoiqu'avec des maquillages différents), Junon flatte les envies de Sémélé qui se verrait bien immortelle. Qu'elle se mire dans un miroir embellissant (Myself I shall adore, voir une interprétation par Carolyn Sampson du tube de cet opéra) et qu'elle demande à Jupiter de se montrer sous sa forme divine. Ce que Sémélé découvrira trop tard, c'est qu'elle ne peut être que réduite en cendres dans l'opération.

De retour au monde humain, Ino apprend aux autres que par la volonté de Jupiter, c'est elle qui doit épouser Athamas tandis qu'Apollon (Sébastien Droy) descend annoncer que des cendres de Sémélé et de la cuisse de Jupiter naîtra Bacchus. Le chœur du TCE qui s'est montré excellent se lance alors dans une bacchanale...

Du côté des voix, ma seule déception vient du contre-ténor Stephen Wallace, dont la voix ne monte guère jusqu'au dernier rang du deuxième balcon et qui n'est pas très convaincant scéniquement parlant. On ne l'entend que pendant le premier acte et à la fin du troisième. Les autres m'ont tous fait une très bonne impression. Même si elle ne chante pas beaucoup, Claire Debono est beaucoup présente sur scène depuis la fin du premier acte jusqu'au bout : elle tient une canne et avance à tâtons, et quand Sémélé s'abstente un moment, Jupiter en profite pour l'assaillir...

Du point de vue de la mise en scène, en dehors du premier acte, le seul passage qui m'a un peu déplu ou en tout cas beaucoup étonné est la mort de Sémélé ou plutôt l'apparition que j'imaginais indiscutablement spectaculaire de Jupiter. Les éclairs interrompant le mariage au premier acte étaient beaucoup plus impressionnants. Là, on le voit dans le même habit de nuit quelque peu ridicule et Sémélé descend dans une trappe dont on voit sortir des vapeurs.

Globalement, je suis assez enthousiasmé par ce spectacle, qui doit aussi beaucoup à la musique interprétée par Les Talens Lyriques dirigés par Christophe Rousset. Le public a d'ailleurs applaudi chaleureusement tous les artistes, y compris le metteur en scène David McVicar (la dernière fois que je l'avais vu, en 2004, sa mise en scène du Couronnement de Poppée avait reçu un accueil assez houleux).

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Pelléas et Mélisande à l'Opéra Comique

2010-06-28 11:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Comique — 2010-06-27

Phillip Addis, Pelléas

Karen Vourc'h, Mélisande

Marc Barrard, Golaud

Markus Hollop, Arkel

Nathalie Stutzmann, Geneviève

Dima Bawab, Yniold

Luc Bertin-Hugault, Un médecin

Pierrick Boisseau, Un berger

Max Delor, Agnès Aubé, Martine Demaret, Sophie Dumont, Figurants

Chœur accentus

Orchestre Révolutionnaire et Romantique

Sir John Eliot Gardiner, direction musicale

Stéphane Braunschweig, mise en scène et scénographie

Thibault Vancraenenbroeck, costumes

Marion Hewlett, lumières

Pieter Jelle de Boer, chef du chœur

Pelléas et Mélisande, Claude Debussy

Dernier passage à l'Opéra Comique de la saison et avant longtemps. Il fait horriblement chaud à l'intérieur de la salle. Des éventails en plastique sont cependant gracieusement mis à la disposition du public par le cabinat d'avocats Orrick Rambaud Martel.

Les sur-titres ne sont pas visibles de ma place en loge de face ; regarder les écrans latéraux impose de détourner le regard de la scène. Ce n'est sans doute pas seulement que j'aie visionné un Pelléas et Mélisande en DVD au cours de la semaine si je n'éprouve aucun besoin de lire le texte au fur et à mesure qu'il est prononcé par les chanteurs. Quel choc ! Il s'agit du premier opéra à l'écoute duquel on n'a aucun effort à faire pour entendre ce que disent les interprètes (auquel le compositeur, Debussy, demandait lors de la création d'oublier qu'ils étaient chanteurs). C'est en effet véritablement à du théâtre mis en musique que l'on assiste.

En très court, Golaud (Marc Barrard) épouse Mélisande (Karen Vourc'h) après l'avoir rencontrée dans une forêt où ils se sont tous les deux perdus. Quand ils sont arrivés chez Arkel (Markus Hollop), le grand-père de Golaud, un amour naît entre Mélisande et Pelléas (Phillip Addis), le demi-frère de Golaud. Mais, ils mourront tous les deux : Pelléas au quatrième acte quand Golaud les aura surpris, Mélisande au cinquième après qu'elle aura mis au monde une fille dont la paternité est douteuse.

Les décors existent en deux versions : en grand format, et en petit format, façon jouet pour le petit Yniold. Ils sont constitués de sortes d'anneaux de Saturne en pente et excentrés. Au centre est inséré soit un phare soit rien. C'est très cohérent avec le livret qui évoque la lampe au sommet de la tour qui regarde la mer que Golaud demande dans une lettre, lue par Geneviève (Nathalie Stutzmann), qu'on allume pour lui afin qu'il sache s'il est bienvenu ou non (il a désobéi en épousant Mélisande). La tour apparaît ensuite plusieurs fois dans le livret. C'est aussi à travers une fenêtre de ce phare qu'à la fin du troisième acte, Yniold (Dima Bawab), installé(e) sur les épaules de Golaud, espionnera à sa demande ce que font Pelléas et Mélisande à l'intérieur de la chambre. C'est avec une grande surprise qu'on découvre au deuxième acte, dans la scène de la fontaine (où en jouant avec Pelléas, Mélisande égare son anneau de mariage), que cette fontaine est un trou au milieu de ce même dispositif scénique en pente. Golaud, qui s'est blessé à la chasse pendant ce temps, se retrouve impuissant, les bras bandés au torse, quand il remarque que Mélisande a perdu son anneau. Quelques accessoires (fauteuil roulant, perfusion, couveuse) conformes à l'environnement hospitalier contemporain sont utilisés pour représenter cette blessure de Golaud, mais aussi l'infirmité d'Arkel et plus tard la maternité de Mélisande. Par ailleurs, le fond et les côtés de la scène sont constitués de grands volets, dont une des rares ouvertures possibles est très en hauteur. Cela appuie le sentiment de claustration et de manque de lumière qu'éprouve Mélisande. Les lumières de ce spectacle (Marion Hewlett) sont d'ailleurs excellentes (alors même que l'univers est sombre, on a trouvé le moyen de varier l'éclairage avec cette contrainte tout en faisant en sorte que je distingue toujours très bien les chanteurs, alors même que j'ai oublié de prendre mes jumelles).

Tout est fait dans cette mise en scène de Stéphane Braunschweig pour rendre l'histoire intelligible ; c'est très réussi. Le seul aspect qui m'ait un peu déplu est l'utilisation peut-être excessive du procédé théâtral consistant à faire regarder les personnages vers des objets fictifs qui ne sont pas dans le décor (il doit y avoir un mot grec savant pour dire ça, mais je ne m'en souviens plus). C'est d'ailleurs ainsi que commence l'opéra, alors que Mélisande et Golaud se rencontrent devant le rideau de scène baissé. Golaud remarque un objet qui brille ainsi au fond de l'eau. Il s'agit de la couronne de Mélisande. On n'en saura pas plus. Les deux personnages regardent alors vers la fosse d'orchestre. C'est à la limite de me faire un peu peur pour la suite dans le sens d'une mise en image conceptuelle, mais pour ce passage-là, c'est une idée très bien trouvée. À d'autres moments, je serai un peu moins convaincu. Cela dit, alors même que cette production respecte presqu'autant que possible le texte, il est raisonnable de considérer que l'on peut se passer de quelques éléments de décor que le texte ne mentionne qu'une seule fois.

Cet opéra est tellement différent de tous les autres qu'il est difficile d'avoir une opinion sur les voix. Le fait que les sur-titres m'aient semblé tout à fait superflus et que je ne me sois pas du tout ennuyé est le signe que cela devait être plus que bien. Je dirai juste que Philip Addis (Pelléas) était étincelant et que Karen Vourc'h rendait bien la fragilité juvénile de Mélisande.

D'après le programme, cela devait durer 2h50 entr'acte comprise. Compter plutôt 3h30. Si la musique ne s'arrête jamais à l'intérieur d'un acte, les coupures entre les cinq actes étaient un peu interminables. Peut-être que les instruments de l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique de John Eliot Gardiner devaient absolument être réaccordés toutes les demi-heures ? En tout cas, je n'ai pas été frappé par la continuité scénique qui était annoncée. Si le découpage des trois premiers actes correspond sans doute à celui de la pièce de Maurice Maeterlinck, les nombreux changements de décors à l'intérieur de chaque acte font que s'il n'y avait pas de pause à la fin du premier et du deuxième acte, on ne se rendrait pas compte de ce découpage interne et la continuité serait plus frappante.

Ailleurs : Zvezdo, David.

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La donna del lago à Garnier (suite)

2010-06-22 02:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2010-06-21

Juan Diego Flórez, Giacomo V (Uberto di Snowdon)

Simon Orfila, Duglas d'Angus

Colin Lee, Rodrigo di Dhu

Joyce DiDonato, Elena

Daniela Barcellona, Malcolm Groeme

Diana Axentii, Albina

Jason Bridges, Serano

Philippe Talbot, Bertram

Lluís Pasqual, mise en scène

Ezio Frigerio, décors

Franca Squarciapino, costumes

Vinicio Cheli, lumières

Montse Colomé, chorégraphie

Alessandro Di Stefano, chef du chœur

Roberto Abbado, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

La donna del lago, Rossini

Troisième représentation de La donna del lago à Garnier, la deuxième à laquelle j'assiste après la première.

Au guichet, la semaine dernière, un panneau annonçait que toutes les dates de ce spectacle étaient complètes. C'était pour décourager ceux qui n'étaient pas venus à Opéra exprès pour tenter le coup, les autres auront essayé d'amadouer le guichetier Il ne vous reste vraiment plus rien pour La Dame du lac. Il s'avèra que tiens, donc, curieusement, on en a encore, et même qu'il y avait l'embarras du choix sur les dates possibles. (Lors de la représentation, je n'ai pas pensé à regarder si les stalles sans visibilité avaient trouvé preneurs.)

En arrivant à la station Auber, j'entends une voix chanter, plutôt pas mal du tout, l'air de Violetta Attendo, attendo du troisième acte de La Traviata. Je pense à sortir exceptionnellement une pièce quand je me rends compte qu'il n'y a pas de sébile et que c'est aujourd'hui la Fête de la Musique.

Ma place à 21€ en fond de premières loges (de trois-quarts) a vu sa valeur augmenter de 233% quand à 19h31, je me suis dit que le premier rang de la loge semblait rester vacant et qu'il convenait que j'invitasse les deux spectatrices qui n'osaient pas le faire d'elles-mêmes d'avancer d'un rang, afin que je pusse faire de même. Une balletomane japonaise nous a rejoint et a été ravie de voir la qualité de sa place enfler dans les mêmes proportions que la mienne.

Je n'ai pas grand'chose à ajouter à ce que j'ai déjà dit sur cette production. Cela fait peut être un peu moins mal à voir la deuxième fois. Placé côté jardin (impair) plutôt que côté cour, je peux observer ce que je n'avais pas pu voir :

  • le brumeux décor montagneux en fond de scène qui est curieusement troué, froissé et déchiré en bas (accident de transport ?) ;
  • l'armure qui reste suspendue côté cour pour qu'Uberto puisse dire Quelle armure vois-je ! ;
  • le cortège funéraire et le défilé de quelque estropié après les combats au fond de la scène (une sorte de mur en brique fissuré) ;
  • le détriplement d'Elena : la chanteuse n'est pas doublée par une comédienne, mais par deux ;
  • les effets de téléportation plus saisissants vus de face que de côté : à un moment, alors que la grande Joyce chante, une comédienne habillée à peu près comme elle marche au deuxième étage de la galerie côté cour, elle disparaît derrière une colonne (dont le style ressemble beaucoup à celles de la salle du Palais Garnier), et dans la galerie côté jardin, sortie de derrière une autre colonne, une troisième Elena paraît !
  • le miroir du fond lors de la dernière scène (ce qui double le nombre de lustres royaux) ;
  • la non-différentiation visuelle de Rodrigo du personnage secondaire Serano (quand ce dernier reparaît au deuxième acte, si l'autre n'était pas censé être mort — ce qui n'a pas été représenté sur scène — on pourrait facilement s'y perdre) ;
  • le très mauvais éclairage (je sais, c'est un reproche récurrent que je fais à presque toutes les lumières) qui était curieusement moins gênant depuis ma place haute et excentrée.

Du côté des voix, je suis toujours enchanté par les trois mêmes : Joyce DiDonato, Juan Diego Flórez, Daniela Barcellona. Dans le rôle de Rodrigo, Colin Lee se donne manifestement à fond, mais sa voix est vraiment trop distordue quand il monte dans les aigus pour que ce soit agréable à écouter (cela ressemble alors plus à de la vocalise qu'à du chant, je ne sais pas ce que la partition dit que cela doit être).

Contrairement à ceux de la première, et paraît-il de la deuxième, les spectateurs de cette troisième représentation n'ont hué personne.

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La donna del lago à Garnier

2010-06-15 03:08+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2010-06-14

Juan Diego Flórez, Giacomo V (Uberto di Snowdon)

Simon Orfila, Duglas d'Angus

Colin Lee, Rodrigo di Dhu

Joyce DiDonato, Elena

Daniela Barcellona, Malcolm Groeme

Diana Axentii, Albina

Jason Bridges, Serano

Philippe Talbot, Bertram

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Lluís Pasqual, mise en scène

Ezio Frigerio, décors

Franca Squarciapino, costumes

Vinicio Cheli, lumières

Montse Colomé, chorégraphie

Alessandro Di Stefano, chef du chœur

Roberto Abbado, direction musicale

La donna del lago, Rossini

La Dame du lac était avec La Somnambule un des spectacles d'opéra de la saison que j'attendais le plus. Par chance, je me suis vu attribuer un ticket pour la première, le jour où cet opéra de Rossini entre au répertoire de l'Opéra de Paris. Ma place est cependant excentrée : troisième loge nº6, juste à côté d'un pilier, vue plongeante sur la fosse d'orchestre. Les places sans visibilité de derrière sont occupées par des touristes japonaises, dont les contorsions pour essayer d'y voir quelque chose font un peu de bruit. Puis, plongé dans l'opéra, je n'y fait plus attention. En fait, elles se sont éclipsées au cours du premier acte. Grave erreur, car c'était bien un spectacle d'opéra où les voix étaient tellement belles qu'il n'y aurait pas grand dommage à se contenter d'entendre le spectacle, sa partie visuelle étant par ailleurs assez ringarde...

Le décor principal représente une porte avec une voûte étroite donnant sur des marches descendant sur ce qu'on imagine être le lac Katrine. (La vue d'ensemble ressemble très vaguement à celle de la porte Tilon-ki-Pol à Jaisalmer qui donne sur un lac de bien moindre étendue que celui du poème de Walter Scott.) Le décor en deux parties peut s'ouvrir par le milieu. Il renferme des galeries sur plusieurs étages, des escaliers. Au niveau le plus bas, des portes permettant au chœur d'entrer. Mon point de vue ne me permettait pas de voir le décor du fond de la scène. Les costumes des protagonistes principaux ont l'air recouverts de dorures, on dirait des brocarts.

Voilà pour les côtés positifs du visuel. Le reste fait assez mal à voir. Des projections vidéo sur l'ovale délimité par les marches figurent les eaux ondulantes du lac. Une trappe située au centre de la scène permet de faire monter et descendre des accessoires et des protagonistes. On verra ainsi ce qui est censé représenter la vue de face d'une barque apparaître. Pourquoi pas, mais très vite, on comprend que le but n'est pas de créer l'illusion d'une action réaliste vu qu'un personnage s'éloignera sans hésitation de la barque pour marcher sur l'eau. Cette trappe sera beaucoup utilisée, à des fins donc essentiellement symboliques, telle une apparition mystérieuse d'une harpe vers la fin du deuxième acte. Ce n'était pas un signe que l'action se passait en Irlande (on est en Écosse), mais cela annonçeait un numéro musical où la harpe aurait une grande importance (la place de la harpiste était restée vide jusque là), et était probablement aussi une référence au premier mot harp du poème.

Avant d'aller plus loin, un bref aperçu de l'histoire. Le roi James V d'Écosse se perd lors d'une partie de chasse. Enfin, c'est ce qu'il feint lorsqu'il aperçoit Elena, la fille de Douglas, dont il est immédiatement épris. Incognito, il prend le nom d'Uberto. Il ignore qu'il a deux rivaux : Roderick, qui mène une rébellion contre le roi et qui s'est fait promettre la main d'Elena par son père, et Malcolm qui a l'avantage d'être aimé d'Elena en retour. À la fin du premier acte, Elena ne semble pas très enthousiaste à l'idée de se marier avec Roderick, alors qu'une bataille se prépare contre les troupes royale. Au deuxième acte, alors qu'Elena est réfugiée dans un lieu isolé pendant les combats, le roi, toujours déguisé, vient déclarer son amour. Elle lui répond qu'elle en aime un autre. Alors, Roderick débarque et se montre très jaloux. Un duel entre Roderick et Uberto aura lieu ; Roderick sera tué. Pendant ce temps, Douglas a été vaincu. Elena vient retrouver Uberto pour lui demander de l'introduire auprès du roi pourqu'elle obtienne la grâce de son père. Elle est évidemment très surprise quand elle comprend qu'Uberto est le roi et très heureuse quand il pardonne tout le monde pour la rébellion et accorde à Malcolm d'épouser Elena.

Si aucun des chanteurs n'a démérité, trois d'entre eux ont été absolument magnifiques : Joyce DiDonato (Elena), Juan Diego Flórez (Giacomo V/Uberto), Daniela Barcellona (Malcolm). Dans tous les opéras que j'ai vus avec Joyce DiDonato, il y a toujours un rôle travesti (Romeo, Idamante). Pour une fois, elle avait un rôle féminin, et quel rôle ! Elle a de nombreux passages très virtuoses tout au long de l'opéra, et le final est absolument incroyable, effervescent. Pendant une bonne partie du premier acte, il y a des échanges de virtuosités avec Juan Diego Flórez que j'entendais pour la première fois et dont j'ai aimé la voix chaleureuse. Dans le rôle travesti, Daniela Barcellona montre un timbre de voix vraiment agréable. J'ai cru que les applaudissements après son air au premier acte ne s'arrêteraient jamais !

Enfin, quelques mots sur la mise en scène de Lluís Pasqual. J'ai trouvé que c'était principalement de l'opéra à l'ancienne, avec des chanteurs faisant face au parterre, également répartis sur la largeur de la scène. Cela ressemble un peu trop à un opéra en version de concert. D'ailleurs, les membres masculins du chœur étaient en smoking... alors qu'a priori, ce sont des guerriers. Il y avait bien une poignée de figurants muets en habits de guerre au premier plan, mais c'était essentiellement décoratif. De même, on verra quelques danseurs mettre un peu d'animation là-dedans, mais on se demande bien pourquoi. Autre curiosité, en regardant le spectacle d'un œil distrait, on pourrait penser que Joyce DiDonato a des dons d'ubiquité ou de téléportation. On voit en effet à plusieurs reprises apparaître sur scène, en particulier dans les galeries, une femme portant un costume très-semblable au sien et ce, un instant après que la chanteuse a descendu par la trappe, ou alors même qu'elle est aussi sur scène. Il me semble qu'Uberto avait aussi un double, mais je ne suis pas très sûr. La façon dont se termine le duo entre Roderick et Uberto (arbitré par Elena qui défaille) n'est pas non plus convaincante. Ils se défient en duel. On donne une épée à Uberto pour qu'il puisse se défendre, et à la fin de l'air, ils courent tous les deux vers le fond de la scène pour se mettre à l'abri de nos regards, peut-être par souci de bienséance ? Je n'ai pas très bien vu ce qui se passait ensuite au fond de la scène quand les guerriers de Douglas est mise en déroute. Une dernière source d'amusement : quand les bardes chantent à la fin du premier acte Un rayon annonciateur d'une immense splendeur montre déjà le chemin..., on voit un lustre descendre des cintres. Ce lustre, et d'autres, reparaîtront dans la scène finale dans le palais du roi.

Bref, je ne suis pas du tout convaincu par cette mise en scène, qui s'est fait huer lors des saluts. Néanmoins, à part les quelques curiosités susceptibles d'engendrer quelque distraction, rien n'empêche vraiment de ce concentrer sur le chant et la musique, et de les apprécier. C'est déjà ça.

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Don Giovanni au TCE

2010-06-08 02:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre des Champs-Élysées — 2010-06-07

Nicolas Rivenq, Don Giovanni

François Lis, Il Commendatore

Sandrine Piau, Donna Anna

Donát Havár, Don Ottavio

Véronique Gens, Donna Elvira

Laurent Naouri, Leporello

Christian Helmer, Masetto

Ingrid Perruche, Zerlina

Jean-Claude Malgoire, direction musicale

Pierre Constant, mise en scène

Grégory Voillemet, assistant à la mise en scène

Roberto Platé, décors

Jacques Rouveyrollis, lumières

Jacques Schmidt, Emmanuel Peduzzi, costumes

Béatrice Massin, chorégraphie

Ensemble vocal de l'Atelier Lyrique de Tourcoing

La Grande Écurie et la Chambre du Roy

Don Giovanni, Mozart.

Je reviens du TCE où se jouait la première de la reprise de la production de Don Giovanni de Pierre Constant, décor unique de Roberto Platé, direction musicale par Jean-Claude Malgoire de La Grande Écurie et la Chambre du Roy, avec l'Ensemble vocal de l'Atelier Lyrique de Tourcoing et quelques solistes enthousiasmants.

N'étant pas un très grand admirateur de Mozart, je ne vais que très-occasionnellement voir ses opéras. Don Giovanni n'est que le troisième après Die Zauberflöte et Idomeneo.

Je profite pour l'avant-dernière fois du placement que j'ai eu la plupart du temps au TCE cette année : au dernier rang du deuxième balcon, plein centre. Le décor unique, qui est apparemment utilisé pour les trois opéras de la trilogie Da Ponte présentée ces jours-ci, est multi-usages. Une porte escamotable au fond, des ouvertures sur les côtés, une fenêtre, un dalle au centre de la scène permettant d'accueillir la tombe d'Il Commendatore (François Lis). L'opéra est situé à Séville. Les costumes y font penser, sans pour autant que ce fait passe écrase tout.

À part ça, l'action est rondement bien menée dans cet opéra... Don Giovanni (Nicolas Rivenq) veut toutes les femmes. Il en convoite au moins quatre : Donna Anna (Sandrine Piau) et sa servante, Donna Elvira (Véronique Gens), Zerlina (Ingrid Perruche). Leporello (Laurent Naouri) participe, quelque peu désabusé, aux intrigues ourdies par son maître.

Hormis Laurent Naouri et François Lis que j'avais déjà vus dans ces conditions, c'est la première fois que je voyais les autres dans un opéra en version scénique. Si j'ai aimé les prestations de tous ces chanteurs, j'ai été tout particulièrement été impressionné par les qualités de Véronique Gens, son chant, son attitude (malgré l'austère robe noire qu'elle porte à la fin, peu pratique pour venir saluer...). Elle joue vraiment bien celle qui, malgré toutes les tromperies, voudra toujours croire que Don Giovanni peut l'aimer sincèrement. Sandrine Piau me fait aussi une très bonne impression, notamment dans son grand air au deuxième acte. Ingrid Perruche incarne la belle paysanne pas si naïve que ça et qui pourtant échangerait bien des faveurs contre une promotion sociale.

Le duo de comédiens-chanteurs de Laurent Naouri et Nicolas Rivenq est très vivant. En vérité, leurs personnages conduisent l'action de tous les autres et ces artistes-là le font très bien, et parfois de façon très spectaculaire.

Ce ne peut-être pas mon spectacle lyrique préféré de la saison (c'est qu'il y a de la concurrence avec notamment La Bohème, Platée, The Fairy Queen, Norma, La Sonnambula, La Cenerentola, Les Contes d'Hoffmann), mais je trouve qu'il est quand même sacrément bien...

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Die Walküre à Bastille

2010-06-06 02:33+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-06-05

Robert Dean Smith, Siegmund

Günther Groissböck, Hunding

Thomas Johannes Mayer, Wotan

Ricarda Merbeth, Sieglinde

Katarina Dalayman, Brünnhilde

Yvonne Naef, Fricka

Marjorie Owens, Gerhilde

Gertrud Wittinger, Ortlinde

Silvia Hablowetz, Waltraute

Wiebke Lehmkuhl, Schwertleite

Barbara Morihien, Helmwige

Helene Ranada, Siegrune

Nicole Piccolomini, Grumgerde

Atala Schöck, Rossweisse

Philippe Jordan, direction musicale

Günter Krämer, mise en scène

Jürgen Bäckmann, décors

Falk Bauer, costumes

Diego Leetz, lumières

Otto Pichler, mouvements chorégraphiques

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Die Walküre, Wagner

Avant de passer à Bastille (où les forces de l'ordre occupent les marches de l'Opéra, les sans-papiers étant sur le trottoir), je suis allé faire un dernier tour à l'exposition Miniatures et peintures indiennes à la BnF (dernier jour : ce dimanche).

À 18h, début de la deuxième représentation de La Walkyrie dans la nouvelle production de Günter Krämer. Les commentaires sur la mise en scène à propos de la première étaient très-unanimement négatifs. La mise en scène et les décors ne m'ont pas du tout plu. Il faut attendre la toute fin de l'opéra pour voir une belle image, encore qu'elle soit gâchée par un dernier soubresaut de la mise en scène...

Sieglinde a été contrainte d'épouser Hunding. Un jour, elle accueille un homme, qu'elle va aimer et qui va s'avérer être son frère jumeau Siegmund. Hunding est le premier à remarquer la ressemblance entre les deux. Il défie l'importun en duel. Les règles de l'hospitalité exigent que les hostilités ne commencent que le lendemain. À la fin du premier acte se trouve mon passage préféré de cet opéra : le long duo entre Sieglinde et Siegmund. Elle lui révèle l'existence d'une épée (qui sera nommée Nothung), durablement plantée dans un arbre, mais que personne n'a jusques à maintenant réussi à enlever. Cette arme est celle qui devrait permettre à Siegmund de vaincre Hunding.

Au Walhalla, Wotan confie à la Walkyrie Brünnhilde la mission d'aider Siegmund dans ce combat, mais son épouse Fricka le force à changer son ordre : Siegmund et Sieglinde ont bafoué le lien sacré du mariage dont elle est la protectrice (que Wotan, qui tel Jupiter ou Zeus est le premier à enfreindre). En expliquant sa nouvelle mission à Brünnhilde, il fait au passage un résumé du prologue (L'Or du Rhin). Brünnhilde vient expliquer à Siegmund qu'il va mourir parce que Wotan a désenchanté l'épée. Abasourdie par son attachement à Sieglinde, elle décide de les aider (respectant ainsi l'ordre que lui avait donné Wotan avant qu'il ne change d'avis). Siegmund sera effectivement tué au combat contre Hunding (Wotan étant intervenu pour briser l'épée), mais Brünnhilde s'en est allée avec Sieglinde.

Le troisième acte commence avec la Chevauchée des Walkyries. Dans cette production, les Walkyries purifient et raniment des guerriers morts au combat (ils sont nus et ensanglantés). Brünnhilde les rejoint avec Sieglinde. Elle demande de l'aide pour que Sieglinde puisse s'enfuir. Comme il s'agit d'aller contre les volontés du père (Wotan), aucune ne veut donner son cheval. Quand Brünnhilde annonce que Sieglinde est enceinte, l'opposition se fait un tout petit peu moins forte : on indique à Sieglinde dans quelle direction elle doit s'en aller, vite avant que Wotan n'arrive. Celui-ci maudit Brünnhilde. Elle est déchue de son statut de Walkyrie. Il va l'endormir et elle devra épouser et obéir à celui qui la découvrira. En insistant beaucoup, Brünnhilde arrive à obtenir que celui-là ne soit pas un lâche : son sommeil sera gardé par les flammes.

J'ai particulièrement aimé les prestations vocales de Ricarda Merbeth (Sieglinde) et Robert Dean Smith (Siegmund), notamment à la fin du premier acte. Dans les autres rôles principaux, j'ai été impressionné par Katarina Dalayman (Brünnhilde) et Thomas Johannes Mayer (Wotan). Il y avait aussi Yvonne Naef (Fricka), Günther Groissböck (Hunding) et huit Walkyries. Le chef d'orchestre Philippe Jordan et l'orchestre de l'Opéra de Paris ont été applaudis comme jamais (en fait, des Bravo se sont fait entendre avant-même que la musique ait commencé).

Si musicalement, c'était très beau, visuellement, cela l'était beaucoup moins. Cela commence par une scène de massacre (où des guerriers s'acharnent particulièrement sur une femme) pendant l'ouverture. Les morts vont rester là pendant tout le premier acte. Autant je peux comprendre qu'on ait envie d'évoquer la violence passée entre les différents clans qui s'affrontent, autant cela fait bizarre de voir par exemple Sieglinde enjamber des cadavres. En outre, à titre d'exemple d'une des manières les plus grossières qui se puissent concevoir pour desservir la musique, on verra, et surtout on entendra, dans la deuxième moitié de ce premier acte de l'eau ruisseler sur une surface faisant toute la largeur du plateau de scène.

Au deuxième acte, on se goinfre de pommes au Walhalla. On est loin de la délicatesse avec laquelle Freia les amassait dans l'Or du Rhin. Dans son long duo avec Siegmund, Brünnhilde aligne des pommes au sol pour faire un grand cercle... La façon dont Siegmund (et Hunding) meurt est très confuse. Il se fait entourer par les hommes de Hunding en habits militaires. Wotan vient toucher sa lance qui est plantée à l'avant-scène. Les militaires desserrent les rangs. On voit Siegmund allongé avec ce qui pourrait être un fusil à baïonnette planté dans le ventre. Ce n'est vraiment pas convaincant. En effet, on ne voit pas Hunding combattre et l'intervention de Wotan n'est suggérée que par un contact avec sa lance à l'écart de l'action.

À propos du troisième acte, je n'ai rien contre la séance de remise en état de marche des guerriers par les walkyries. Néanmoins, à l'arrière de la scène, derrière un rideau semi-transparent (où l'on verra quelques lignes d'une écriture manuscrite indéchiffrable par moi), on aperçoit des figurants portant des masques évoquant apparemment des chevaux en train d'exécuter des mouvements chorégraphiques un peu ridicules (je pense qu'on n'en aurait pas voulu au metteur en scène de ne pas rappeler qu'il s'agissait d'une chevauchée). Plus tard, on voit Wotan poser un corps entouré d'une couverture sur une table. Qui est-ce ? Siegmund ? Mystère. Passons. De façon incompréhensible, le rideau est baissé pour un interlude musical au terme duquel on retrouve en scène les mêmes protagonistes : Wotan, Brünnhilde et la table. À la fin de l'opéra, Brünnhilde s'allonge sur la table et semble s'endormir. Le lieu difficile d'accès où elle va reposer se dévoile progressivement dans un tableau vraiment superbe, mais, alors qu'en principe, tout est accompli, Brünnhilde descend de la table et finalement, se dit que c'est mieux de s'allonger dessous.

Cela dure 3h45 sans compter les deux entr'actes de 45 et 30 minutes. Vu que le spectacle commence à 18h, on sort presque à une heure raisonnable.

PS: Il ne s'agit là que de mon avis subjectif sur cette représentation. Je découvre les opéras de la tétralogie au fur et à mesure (je vais essayer d'intercaler quelques lectures avant de voir Siegfried l'année prochaine) et n'ai pas beaucoup d'éléments de comparaison. D'autres plus expérimentés ont vraiment aimé. Pour ma part, peut-être ai-je été tellement déçu par la mise en scène du premier acte que je n'ai ensuite plus vu que les défauts. (À propos de cet premier acte, le décor me semble difficile à lire depuis le deuxième balcon : peut-être ma vue baisse-t-elle, mais même avec les jumelles, je ne parvenais pas à bien voir les empilements façon trophée de chasse du décor qui se passe chez Hunding. A posteriori, il me semble évident qu'il s'agissait de casques de guerriers tués lors de conflits précédents.).

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De l'opacité de la mise en vente des places de spectacles...

2010-06-02 12:35+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Ou pourquoi on ne trouvera guère ici de comptes-rendus de spectacles de l'Opéra Comique l'an prochain...

La vente de places de spectacles est un jeu qui peut parfois être un peu compliqué, plus sophistiqué que le principe du premier arrivé, premier servi.

Dans mon expérience, la palme du système le plus compliqué est remportée haut la main par l'Opéra de Paris. En simplifiant un peu, les différentes manières d'y réserver une place sont, dans un ordre correspondant essentiellement à la chronologie et aux priorités :

  • par abonnement :
    • formules fixes (quelques sélections d'opéras/ballets avec des dates bloquées) ;
    • formules plus libres : on choisit les spectacles et les dates ;
  • par Internet ;
  • par téléphone (0892899090) ;
  • aux guichets (en général, le seul moyen d'avoir des places dans les deux dernières catégories de places assises).
  • le jour-même : places debout à l'Opéra Bastille.

L'avantage que je tire de ce système est que si je n'inclus pas un spectacle dans mon abonnement, je sais que j'aurai encore la possibilité d'acheter des places plus tard. Si je n'ai pas envie de payer trop cher (par exemple, parce qu'il ne restera plus de places dans la catégorie la moins chère vendue sur Internet), il me reste encore la possibilité d'aller faire la queue au guichet le jour de la mise en vente.

Le jeu est très compliqué, mais pourtant, ses règles sont compréhensibles pour le lecteur attentif de la brochure de l'Opéra de Paris (toutes les informations ne sont pas sur le site Internet, voyez ici pour le calendrier de mise en vente sur Internet et aux guichets pour la saison 2010/2011). Bien sûr, on ne vous dira pas dans la brochure que si la vente aux guichets commence bien à 10h30, les portes auront ouvert à 9h30 et que des fous auront attendu dans le froid depuis 6h ou bien avant...

Les systèmes de vente du Théâtre des Champs-Élysées, de la Salle Pleyel et du Théâtre du Châtelet sont apparemment moins compliqués. En gros, il y a les abonnements (qui ne donnent droit qu'à un certain sous-ensemble des catégories de places), et puis il y a une date de mise en vente des places de toutes les catégories : premier arrivé, premier servi.

Il me semble que jusques à l'année dernière, l'Opéra Comique rentrait dans ce groupe de maisons qui à partir d'une certaine date (vers juin) mettent en vente leurs billets à l'unité, notamment sur Internet. C'est par ce moyen que j'ai acheté toutes mes places à l'Opéra Comique. À la lecture de la brochure de cette année (très alléchante : j'étais presque tenté par un abonnement Tutti 8 pour voir tous les opéras programmés, quitte à ce que ce soit dans une catégorie de prix supérieure à celle que je pratique habituellement, hausse de prix en partie compensée par les réductions accordées), il me semble que rien ne laissait présager que cela changerait. Or, hier, à 11h, la réservation n'était pas proposée pour tous les opéras et rumeurs, quand cela a été possible, il y a eu des messages d'erreurs, et quand ceux-ci se sont dissipés, il apparut clairement que seules les trois premières catégories de places étaient proposées à la vente sur Internet. Bref, les règles du jeu ont été modifiées sans avis préalable (et a posteriori, on ne trouve aucun message sur le site Internet de l'Opéra Comique disant que les places de catégories 4, 5, 6, ce n'est pas sur Internet qu'on les trouve). Si cela avait été annoncé, et clairement, je n'aurais rien trouvé à redire : je n'aurais juste pas pu aller à faire la queue hier à l'Opéra Comique, j'aurais peut-être trouvé une autre solution, ou je me serais tout simplement résolu à payer plus cher. Je veux bien que le système de vente soit complexe, pourvu que la règle du jeu soit publique. Cette année, cela n'a pas été le cas, et je trouve que c'est une attitude tout à fait méprisable de la part de cette institution que je trouvais jusque là des plus sympathiques (bonne programmation, accueil bienveillant, un beau design et un contenu intéressant pour les brochures de programme, un site Internet non bridé).

J'aurais sans doute boycotté totalement l'Opéra Comique l'année prochaine pour cette raison s'ils n'avaient pas programmé Le Freischütz, mais j'ai tellement envie d'entendre cet opéra (même chanté en français et avec des passages parlés dans la tradition française de l'Opéra Comique plutôt qu'avec des récitatifs) que je ferai une petite exception (ajout du 29 juin : un tout petit peu plus, ayant découvert par hasard que le site avait été débridé).

Du coup, cela me libère un peu de budget pour les Concerts Philippe Maillard (que j'ai un peu délaissés ces dernières années puisque leur brochure est une des dernières à sortir), dont la programmation vient d'être annoncée.

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John Malkovich à Garnier

2010-05-14 19:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Théâtre

Opéra Garnier — 2010-05-13

Martin Haselböck, direction musicale

John Malkovich/Michael Sturminger, mise en scène

Birgit Hutter, costumes

Christoph Willibald Gluck, Luigi Boccherini, Wolfgang Amadeus Mozart, Joseph Haydn, Ludwig van Beethoven, Carl Maria von Weber, musique

John Malkovich, comédien

Bernarda Bobro, soprano

Aleksandra Zamojska, soprano

Orchester Wiener Akademie

La comédie infernale, confessions d'un seriel killer, théâtre musical de Michael Sturminger et Martin Haselböck

Il est des spectacles de l'Opéra qui sont bien cachés dans le programme. Les aurait-on repérés dans la brochure que, la campagne d'abonnements passée, il faudrait encore s'en souvenir le moment venu pour faire une réservation. Ce n'était pas mon cas en ce qui concerne le spectacle La comédie infernale, confessions d'un serial killer. Lors d'une visite récente sur le site de l'Opéra, le titre aura sans doute paru dans la liste des spectacles pour lesquels des billets étaient mis en vente et par curiosité, j'aurai cliqué et saisi ainsi l'occasion de voir depuis les premières loges John Malkovich sur la scène du Palais Garnier.

Il s'agit d'un spectacle de théâtre musical inspiré par la vie et la mort de Jack Unterweger, un serial-killer autrichien ayant été condamné vers 1974, qui fut gracié et relâché en 1990 à la suite de pétitions en faveur d'un homme qui était devenu écrivain en prison. Quand des meurtres semblables aux précédents — prostituées étranglées dans leurs soutiens-gorge — surviendront, il sera à nouveau condamné en 1994. S'étant suicidé avant d'avoir pu faire un éventuel appel de cette condamnation, il jouit de la présomption d'innocence...

Alors qu'il a menti toute sa vie et qu'il est aux Enfers depuis une quinzaine d'année, Jack Unterweger décide d'écrire la vérité dans un livre Confessions d'un serial-killer et, suivant la recommandation de ses éditeurs, il se donne en spectacle pour vanter les mérites de son livre. Différentes femmes ayant gravité autour de lui s'incarnent sur scène à ses côtés en interprétant des airs d'opéra de Gluck, Boccherini, Vivalvi, Mozart, Beethoven, Haydn et Weber correspondant à la situation dramatique. La partie musicale est assurée par l'Orchester Wiener Akademie dirigé par Martin Haselböck (qui a une drôle de manière de diriger ses cuivres : il lance très-ostensiblement sa main dans la direction de celui qui doit jouer) et les deux sopranos Bernarda Bobro et Aleksandra Zamojska. Si la voix de la deuxième m'a paru manquer un peu de puissance dans son premier air, l'autre m'a bien plu, notamment dans la scène de Bérénice Berenice, che fai de Haydn.

Le personnage qu'interprète John Malkovich est drôle, dans un genre très cynique. Les rires sont parfois un peu à contretemps, vu que le texte parlé de Michael Sturminger est en anglais the international language of love, surtitré en français. À un moment donné, il s'énerve contre son ordinateur (un Mac donné par son éditeur ; il préférerait un PC) alors qu'il va lire des extraits de la page Wikipédia le concernant et ironiser à propos des erreurs qu'elle contiendrait. Je ne suis pas mécontent d'avoir assisté à ce spectacle de théâtre lyrique d'un peu moins de deux heures.

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Les Contes d'Hoffmann à Bastille

2010-05-08 02:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-05-07

Laura Aikin, Olympia

Inva Mula, Antonia

Béatrice Uria-Monzon, Giulietta

Ekaterina Gubanova, La Muse/Nicklausse

Giuseppe Filianoti, Hoffmann

Cornelia Oncioiu, Une Voix

Rodolphe Briand, Spalanzani

Jason Bridges, Nathanaël

Alain Vernhes, Luther, Crespel

Léonard Pezzino, Andres, Cochenille, Frantz, Pitichinacio

Franck Ferrari, Lindorf, Coppélius, Dr Miracle, Dapertutto

Vladimir Kapshuk, Hermann

Yuri Kissin, Schlemil

Jesus Lopez-Cobos, direction musicale

Robert Carsen, mise en scène

Michael Levine, décors et costumes

Jean Kalman, lumières

Philippe Giraudeau, mouvements chorégraphiques

Patrick Marie Aubert, chef de chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Les Contes d'Hoffmann, Offenbach

Je n'avais encore jamais vu la production du dernier opéra d'Offenbach qui repasse ce mois-ci à l'Opéra Bastille. La mise en scène de Robert Carsen des Contes d'Hoffmann est absolument superbe. C'est assurément un des tout meilleurs spectacles d'opéra que j'aie vu.

L'opéra se passe pendant une représentation de Don Giovanni dans laquelle chante Stella, la femme dont est éprise Hoffmann. Ainsi, tout naturellement, les décors font de l'opéra dans l'opéra. Durant le prologue, on voit ainsi le décor de l'opéra de Mozart faire un travelling latéral. Quand il en sort, on voit les coulisses, ainsi que Hoffmann et ses amis en train de bien boire. Alors qu'il leur raconte l'histoire de Kleinzach à la cour d'Eisenach, son esprit se fixe sur trois femmes qu'il a aimées : Olympia, Antonia, Giulietta. Chacune est évoquée pendant un acte. Pour nous accompagner ainsi qu'Hoffmann dans ce retour en arrière, la Muse d'Hoffmann a pris l'apparence de Nicklausse, un ami d'Hoffmann.

Dans l'acte d'Olympia, le monde de l'opéra sera présent via des musiciens et un chef côté cour tandis que les invités de Spalanzani dansent dans de riches costumes. Hoffmann tombe amoureux de l'automate Olympia, une authentique poupée.

Dans celui d'Antonia, les personnages évoluent dans un décor de fosse d'orchestre et de scène d'opéra. La défunte mère d'Antonia était cantatrice : sa voix se fera entendre depuis cette scène alors qu'elle porte une robe à crinoline. Comme elle, Antonia mourra d'avoir trop chanté.

Enfin, dans celui de la vénale Giulietta, nous voyons la scène par l'arrière, avec des rangées de fauteuils dans le fond. Ces rangées peuvent osciller latéralement de façon à faire penser aux gondoles de Venise. À un moment, les chanteurs chantent pour nous, puis ils se tournent pour saluer les faux spectateurs. Les fauteuils étant de couleur rouge, on se croirait presque à un concert Salle Pleyel.

L'épilogue referme l'opéra conformément aux commencements. Ainsi, Hoffmann reprend où il en était de l'histoire de Kleinzach, la Muse remet ses habits antiquisants (et sa lyre). Elle s'en va avec Hoffmann sur la scène nue.

Tout ceci est servi avec d'excellents chanteurs. J'ai tout particulièrement apprécié Giuseppe Filianoti (Hoffmann), Ekaterina Gubanova (La Muse/Nicklausse), Laura Aikin (Olympia), Inva Mula (Antonia) et Franck Ferrari (Lindorf, Coppélius, Dr Miracle, Dapertutto).

L'opéra fantastique ayant été créé après la mort du compositeur, de nombreux remaniements ayant été faits en préparation de la création et l'orchestration ayant dû être terminée par Ernest Guiraud, les commentaires que j'avais déjà lus sur cet opéra ainsi que ceux du programme donnent l'impression que l'ensemble est un sacré plat de spaghettis qui doit être recomposé pour chaque production de cet opéra, au fil des différentes traditions d'interprétations et de découvertes nouvelles de documents de l'époque. Parmi les différentes curiosités, on peut noter qu'il existe des versions avec passages parlés alors que dans d'autres (comme dans cette production), ceux-ci sont transformés en récitatifs. Par ailleurs, la longueur de l'acte d'Antonia est très variable : lors de la création, il avait carrément été supprimé. Il souffre de la comparaison avec les actes d'Olympia et d'Antonia ; musicalement, on a néanmoins la Barcarolle et l'air de Dapertutto Scintille diamant (dont j'avais entendu parler comme n'étant pas authentique, mais que j'ai découvert avec surprise au cours de la représentation). De même, je ne connaissais pas le sextuor qui commence par Hélas ! mon cœur s'égare encore (tiens, en fait peut-être que si, mais avec d'autres paroles...).

Parmi mes morceaux préférés dans cet opéra, il y a l'air de Nicklausse Vois sous l'archer frémissant. Si j'ai aimé le chant d'Ekaterina Gubanova, j'ai été très surpris, voire traumatisé, par les choix de direction du chef d'orchestre (Jesus Lopez-Cobos) : les violons se retrouvaient parfois escamotés par le volume sonore d'autres instruments.

Une nouvelle fois, le public scolaire s'est montré pénible. Une bonne proportion des derniers rangs étaient occupés par des élèves. Sur ma droite, il a fallu une petite remarque chuchotée bien sentie pour que je n'entende plus le commentaire en direct de l'opéra. Par-devant moi, un écran de téléphone portable est allumé : une fille y joue à un casse-briques. Au moins, elle le fait silencieusement... Dans les catégories d'âge plus évoluées, derrière moi, à propos de Nicklausse, j'entends notamment On dirait que c'est une femme, non ?. À ma gauche, un couple devise sans trop faire de bruit, mais quand la demoiselle a besoin d'un mouchoir, j'ai droit à l'attrapage de sac à main, l'ouverture de fermeture éclair, le fouillage de sac... la fermeture éclair qui se clôt, etc. Au secours !

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Billy Budd à Bastille

2010-04-30 12:23+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-04-29

Kim Begley, Edward Fairfax Vere

Lucas Meachem, Billy Budd

Gidon Saks, John Claggart

Michael Druiett, Mr Redburn

Paul Gay, Mr Flint

Scott Wilde, Lieutenant Ratcliffe

Andreas Jäggi, Red Whiskers

Igor Gnidii, Donald

Yuri Kissin, Dansker

François Piolino, The Novice

John Easterlin, Squeak

Franck Leguérinel, Bosun

Chae Wook Lim, First Mate

Jian-Hong Zhao, Second Mate

Paul Crémazy, Maintop

Vladimir Kapshuk, The Novice's Friend

Guillaume Petitot-Bellavène, Arthur Jones

David Fernandez Gainza, Gunner's Mate

Christian-Rodrigue Moungoungou, Voice Answering from the Distant Boat

Andrea Nelli, Sailor

Robert Catania, Solo ténor

Lucio Prete, Solo baryton

Shin Jae Kim, Solo basse

Jeffrey Tate, direction musicale

Francesca Zambello, mise en scène

Alison Chitty, décors et costumes

Alan Burrett, lumières

Patrick Marie Aubert, chef de chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Billy Budd, Britten

L'Opéra de Paris a semble-t-il eu du mal à remplir la salle de Bastille pour les représentations de Billy Budd de Britten. C'est dommage, car si la musique de Britten est certes parfois quelque peu déroutante, c'est une belle production d'opéra.

Adapté d'une nouvelle de Melville, cet opéra raconte un épisode de la vie à bord de L'indomptable, en guerre contre les Français. Des années après, le capitaine Edward Fairfax Vere (Kim Begley, Loge dans Das Rheingold récemment) se souvient de 1797. Le jeune, beau, loyal et bon Billy Budd avait été enrôlé sur le navire ; son seul défaut est qu'en cas d'émotions fortes, il se met à bégayer. À l'opposé, le Mal est représenté par le maître d'armes John Claggart. Il est attiré par lui, mais il affirme vouloir détruire l'incarnation de ces qualités qui lui sont étrangères dans le très beau passage du premier acte Handsome... O beauty, o handsomeness, goodness! Would that I ne'er encountered you!. Il conspire contre Billy Budd en essayant de le faire passer pour un déloyal, susceptible de lancer une mutinerie.

La proximité d'un navire français empêche temporairement à Claggart de dénoncer Budd au capitaine. L'équipage se prépare au combat. Les canons n'ont pas la portée suffisante pour atteindre l'ennemi et le vent insuffisant empêche de le rattraper. Aucun Français ne sera maltraité dans cet opéra. Claggart est maintenant libre de lancer son foudre sur Billy Budd. Le capitaine ne peut croire à ses contes. Quand Budd doit écouter en sa présence les fausses accusations du maître d'armes, son bégayement l'empêche de répondre. Ce qu'il aurait voulu dire en mots, il l'exprime de son poing. Claggart s'effrondre raide mort sous le coup. Alors qu'il sait Billy Budd innocent, il laisse son procès se faire. Budd sera pendu. Alors que Vere se reproche son attitude, Billy Budd le bénit. À sa mort, la confusion règne dans l'équipage. Dès années plus tard, Vere se dit qu'il aurait pu le sauver.

Contrairement au deuxième acte pendant lequel je n'ai pas vu le temps passer, le premier acte m'a semblé un petit peu long. Le décor unique est un carré de parquet incliné dont un angle est dirigé vers la salle. Sur la droite, un mat dont la forme fait penser à une Croix de Lorraine. La référence au christianisme est assez évidente. Les lumières, très belles, accentuent explicitement la forme de croix en la projetant en ombre sur le sol ; au milieu de son torse nu, une ligne verticale et une autre horizontale inscrivent une forme de croix sur le corps du héros. Au deuxième acte, on découvre qu'une subdivision du carré de parquet le long d'une diagonale permet de modifier l'inclinaison de la partie dirigée vers la fosse. Quand elle est relevée, les hommes d'équipage peuvent s'y préparer au combat. Cela permet aussi à la scène de la confrontation entre Claggart et Budd de se tenir dans un espace plus confiné. La réduction de l'espace scénique pour les besoins des différentes scènes est en fait réalisé de diverses manières : un rideau de scène peut être descendu pour ne laisser qu'un petit coin pour l'air de Claggart du premier acte, les lumières peuvent laisser dans l'obscurité tout sauf ce même coin à un autre moment. Bref, la mise en scène (de Francesca Zambello) s'inscrit très intelligemment dans le décor et les lumières, ce qui donne un cadre visuellement beau pour ces deux fois 1h20 de musique continue.

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Le compositeur mystérieux

2010-04-25 12:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Bien que n'ayant aucune formation musicale, je constate qu'à force d'aller à des concerts, il m'est devenu assez facile de reconnaître le style de quelques compositeurs. Quand je branche la radio sur France Musique et que je tombe au milieu d'un extrait, je ne peux donc m'empêcher, si je ne reconnais pas le morceau directement, d'essayer de déterminer le compositeur ou au moins la période. Souvent, ça marche.

Parfois, le détecteur bugge complètement, comme avec l'extrait d'opéra sur lequel je suis tombé hier. Par certaines fioritures, ça me fait penser que ç'a été écrit à l'époque de Mozart, sinon par lui-même. Je me rends compte que c'est chanté en allemand : les possibilités sont réduites. La tournure que prend l'extrait me ferait plutôt penser à Wagner. Je me retrouve ainsi à attendre compulsivement que l'extrait se termine pour savoir quel est ce compositeur qui m'a mis dans une contradiction assez opposant lamentablement Mozart et Wagner...

Conclusion : il s'agissait d'un extrait (chanté par Karita Mattila) d'un opéra créé en 1821 : Der Freischütz de Weber. Je ne connaissais que L'invitation à la valse (utilisée dans le ballet Le spectre de la rose) et l'ouverture de cet opéra, qui sera joué à l'Opéra-Comique l'année prochaine dans l'adaptation française de Berlioz.

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Mignon à l'Opéra Comique

2010-04-13 02:59+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Comique — 2010-04-13

Marie Lenormand, Mignon

Ismael Jordi, Wilhelm Meister

Malia Bendi-Merad, Philine

Nicolas Cavallier, Lothario

Blandine Staskiewicz, Frédérick

Christophe Mortagne, Laërte

Frédéric Goncalves, Jarno

Laurent Delvert, Un serveur

Chœur accentus

Orchestre Philharmonique de Radio France

François-Xavier Roth, direction musicale

Jean-Louis Benoit, mise en scène

Laurent Peduzzi, décors

Thibaut Welchlin, costumes

Dominique Bruguière, lumières

Laure Talazac, maquillage

Christophe Grapperon, chef de chœur

Mignon, Ambroise Thomas

Deux-mille-soixante-troisième représentation de Mignon à l'Opéra Comique. Bien que les chanteurs sur scène se fussent écriés que le théâtre prenait feu, il était évident que c'était pour de faux, contrairement à la soirée du 25 mai 1887 au cours de laquelle la deuxième salle Favart fut détruite.

Quand on regarde le passé, il est toujours étonnant de voir que des spectacles qui furent populaires au point que la millième d'un opéra fut jouée du vivant de son compositeur, que la deux-millième eut lieu en 1955 et qu'entretemps, il est presque devenu une rareté.

Le personnage de Wilhelm Meister (adapté de Goethe) hésite entre deux femmes. L'une est Mignon, un jeune enfant qui a oublié ses origines. Elle est l'esclave de Jarno. Elle rapporte quelque revenu en exécutant la danse des œufs. Elle se rebelle. Wilhelm passe par là, rachète sa liberté. Elle devient son page. Ainsi accoutrée, elle l'accompagne à une représentation donnée par la comédienne Philine. Le cœur de Wilhelm balance entre les deux, quand il voit pour la première fois Mignon dans une robe empruntée à sa rivale. Philine triomphe sur scène. Mignon en est jalouse. Elle la maudit. Alors que le théâtre commence à brûler, Philine envoie Mignon rechercher un bouquet de fleurs. Wilhelm vient sauver Mignon et les deux s'en vont. Mignon retrouve le lieu où elle a véçu, son père et, happy ending, épouse Wilhelm.

Vu son caractère androgyne, le rôle de Mignon, surtout au début, n'est pas des plus brillants. Le tube de cet opéra, c'est l'air de Philine Je suis Titania (on joue Shakespeare sur scène...). On en entend d'ailleurs la musique assez longuement dès l'ouverture. Néanmoins, on a l'occasion de bien apprécier le chant des principaux chanteurs : Malia Bendi-Merad (Philine), Marie Lenormand (Mignon), Ismael Jordi (Wilhelm Meister), Nicolas Cavallier (Lothario), Blandine Staskiewicz (Frédérick). Ces deux derniers sont les seuls de la distribution que j'avais déjà entendu. Nicolas Cavallier, déjà vu en Escamillo (Carmen), interprétait ainsi le père de Mignon, parcourant les routes à la recherche de celle qu'il ne peut plus reconnaître vu qu'il a perdu la mémoire. Blandine Staskiewicz, vue dans Norma, jouait le rôle travesti d'un amant jaloux de Philine. Ces chanteurs furent tous très bons. Un petit bémol cependant pour Ismael Jordi dont la prononciation du français n'était pas toujours parfaite.

Du point de vue musical, c'était très bien. Dans la fosse, se trouvait en effet l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par François-Xavier Roth. J'avais déjà vu ce chef, de dos, diriger la musique d'Altre Stelle dont je n'avais pas vraiment apprécié le son. Dans cette production, revenant semble-t-il à des traditions françaises oubliées en matière de direction, il dirige face au parterre, les musiciens jouant pour la scène.

La mise en scène, très classique (cela se passe à l'époque où c'est censé se passer, les didascalies du livret sont respectées, la robe blanche est blanche, etc.) est très belle à regarder pendant les passages les plus animés de l'opéra, comme les danses bohémiennes du premier acte et la représentation du Songe d'une nuit d'été insérée dans le deuxième acte.

Bref, un beau spectacle. J'étais exactement à la même place que lorsque j'avais vu L'Amant jaloux, à savoir un troisième rang de loge de face. Comme la dernière fois, quelques spectateurs bruissant, telle la spectatrice ancienne qui prend un temps fou à enlever le plastique autour d'un bonbon pour la gorge, quelques dizaines de secondes à peine après l'entr'acte (mieux vaut préférer un bruit pas discret mais bref à un long bruit qui ne s'avèrera pas plus discret...). Ma voisine de gauche ne trouvera pas mieux non plus que d'ouvrir la porte de la loge quand le chœur (accentus) se mettra à chanter depuis l'extérieur de la salle au troisième acte. D'ailleurs, il était amusant de voir le chef continuer à diriger, probablement pour la caméra qui devait fournir un visuel au chœur (on ne me fera pas croire qu'on procédait ainsi au XIXe !). Parmi les autres bruits parasites, notons aussi le remplissage et le déplacement des sacs-poubelles du bar voisin.

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Treemonisha au Châtelet

2010-04-05 01:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Théâtre du Châtelet — 2010-04-04

Adina Aaron, Treemonisha

Christin-Marie Hill, Monisha

Xolela Sixaba, Ned

Stanley Jackson, Remus

Stephen Salters, Zodzetrick

Jacques-Greg Belobo, Simon

Jean-Pierre Cadignan, Luddud

Janinah Burnett, Lucy

Loïc Félix, Cephus

Mlamli Lalapantsi, Andy

Krister St. Hill, Parson Alltalk

Joël O'cangha, Le contremaître

Ensemble Orchestral de Paris

Chœur du Châtelet

Kazem Abdullah, direction musicale

Sergei Pavlov, chef de chœur

Roland Roure, conception scénographique, dramaturgie, décors et costumes

Blanca Li, mise en scène et chorégraphie

Jacques Rouveyrollis, lumières

Robert Nortik, réalisation vidéo

Treemonisha, Scott Joplin (orchestration de Gunther Schuller)

Impossible de rentrer chez soi sans garder en tête le chœur Aunt Dinah has blowed de horn.

S'il est difficile d'avoir vécu au vingtième siècle sans avoir entendu le Maple Leaf Rag ou The Entertainer, il est moins connu que leur auteur Scott Joplin mourût sans avoir pu faire représenter son deuxième opéra Treemonisha (la partition de son premier opéra A Guest of Honor a été perdue).

Le clavier à écran ayant très bien marché, je me suis précipité au lendemain de la première sur le site Internet du théâtre du Châtelet pour acheter des places. Ce soir, j'étais donc à l'avant-dernier rang du parterre pour assister à ce spectacle, dont, fait rare sur les scènes d'opéra, les chanteurs produisent plus de mélanine que la moyenne.

Si l'ouvrage paraît inégal, il s'agit d'un très bon spectacle, qui est sans doute plus susceptible que les autres spectacles lyriques de plaire au plus grand nombre. Le compositeur utilise des rythmes très différents, des récitatifs, de longs airs et de superbes chœurs.

Visuellement, c'est superbe d'un bout à l'autre, grâce aux décors, aux projections vidéo et aux numéros dansés. Au centre du décor du premier acte se trouve un arbre. Celui auprès duquel s'apprête à cueillir des feuilles pour se faire une couronne comme les autres filles. Sa mère adoptive Monisha l'en défend : elle lui révèle que, bébé, elle avait été trouvée auprès de cet arbre et adoptée par elle et son mari Ned. Elle doit aller dans la forêt pour trouver un autre arbre. Elle est enlevée par Zodzetrick, un sorcier abusant de la crédulité de la communauté en vendant des gri-gris. Elle est malmenée lors de la Danse des ours maléfiques, mais elle est sauvée par son ami Remus qui en ayant pris l'apparence d'un épouvantail a été confondu avec le diable. Les cueilleurs de coton se réjouissent de la fin de leur journée. Le retour de Treemonisha fait la joie de ses parents (au fond de la scène, on aperçoit une projection d'une animation très colorée d'une maison). Alors que Zodzetrick se ferait presque lyncher par les villageois, elle demande qu'on lui pardonne. On désigne triomphalement Treemonisha comme chef de la communauté, elle qui a gagné la sagesse par l'éducation (qu'elle avait reçue enfant de la famille qui employait sa mère).

Le livret (du compositeur) n'est pas un sommet de poésie. Cela se fait sentir assez lourdement dans l'air de Remus Wrong is never right. Cela dit, on a déjà vu bien pire (Un ballo in maschera). Au moins, pendant cet air, nul besoin de sur-titres ! Les voix solistes ne sont pas utilisées de façon très spectaculaire dans les deux premiers actes (le plus bel air du premier acte est la sorte de sermon que fait le bien-nommé Parson Alltalk interprété par Krister St. Hill). Cependant, sur la fin, Monisha, Ned, Andy et Treemonisha auront chacun l'occasion de bien faire entendre leur voix. Dans la distribution de ce soir, il y avait Adina Aaron (Treemonisha), Stanley Jackson (Remus), Xolela Sixaba (Ned) qui sont très bons. Dans le rôle de Monisha, Christin-Marie Hill est beaucoup moins convaincante. D'après mon informatrice, Grace Bumbry chante ce rôle mardi soir...

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L'Amant jaloux à l'Opéra Comique

2010-03-18 00:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Comique — 2010-03-17

Magali Léger, Léonore

Daphné Touchais, Isabelle

Maryline Fallot, Jacinte

Brad Cooper, Don Alonze

Frédéric Antoun, Florival

Vincent Billier, Don Lopez

Le Cercle de l'Harmonie

Jérémie Rhorer, direction musicale

Pierre-Emmanuel Rousseau, mise en scène et costumes

Thibaut Welchin, décors

Claudine Crauland, costumes

Gilles Gentner, lumières

Atsushi Sakaï, assistant musical

Charlotte Rousseau, assistante mise en scène

Christophe Manien, chef de chant

L'amant jaloux ou les fausses apparences, André Ernest Modeste Grétry

Après avoir vu Zoroastre, Le Roi malgré lui, Carmen et The Fairy Queen, j'ai encore vu ce soir un formidable spectacle à l'Opéra Comique. J'avais sélectionné L'Amant jaloux ou les fausses apparences d'André Grétry sur la seule foi du nom d'une interprète (Magali Léger, précédemment entendue dans le rôle de Minka dans Le Roi malgré lui).

Créé à Versailles en 1778, L'Amant jaloux se passe à Cadix. À vingt ans Léonore (Magali Léger) est veuve et pour des raisons financières son père Don Lopez (Vincent Billier) ne voudrait pas la voir se remarier. Elle voit en cachette Don Alonze (Brad Cooper) qui est très jaloux. La sœur de celui-ci, Isabelle (Daphné Touchais), est la meilleure amie de Léonore. Elle est sauvé des assauts de brigants par Florival (Frédéric Antoun), un Français qui va faire la guerre au Portugal. Ils se donnent rendez-vous, mais suite à un malentendu avec Jacinte (Maryline Fallot), la femme de chambre, il croit qu'elle est la fille de Don Lopez et qu'elle s'appelle Léonore. La suite est par conséquent un tout petit peu quiproquée. Don Alonze doute de la constance de Léonore. Celle-ci décide de renoncer l'amour et de lui jouer une leçon, mais bien sûr, à la fin, ils se réconcilieront ; Don Alonze d'abord désargenté héritera et pourra épouser la fille de l'avare Don Lopez sans dot.

Pour la première fois, je me suis retrouvé au troisième rang des baignoires de face. Vu la taille plutôt réduite de la salle, c'est presque comme si on était à l'orchestre, n'étaient les étroits piliers et l'étage du dessus qui empêche de voir la partie supérieure de la scène, mais pas les sur-titres, puisqu'ils sont aussi diffusés sur des écrans latéraux. La diction des chanteurs fait que le texte est intelligible, très distinctement dans les passages parlés (sans musique), mais aussi les passages chantés. Toutefois, l'accent australien de Brad Cooper (Don Alonze) déshomogénéise quelque peu la distribution vocale, mais sa prononciation du texte reste très-honorable (il s'est cependant un peu oublié sur le premier on de D'une ardeur si constante / Voilà donc le retour.).

Interprétée par Le Cercle de l'Harmonie dirigé par Jérémie Rhorer, la musique de Grétry fait penser à celle de Haydn, donc j'aime. Le texte, s'il contient quelques rimes un peu faciles sans doute destinées à détendre l'atmosphère, comme moi qui rime avec foi, se laisse entendre sans aucun déplaisir.

Dans les prestations vocales, deux airs se distinguent. On entend ainsi à la fin du deuxième acte la belle sérénade de Florival Tandis que tout sommeille / Dans l'ombre de la nuit. Le plus enthousiasmant est néanmoins celui du début du deuxième acte, chanté par Léonore : Je romps la chaîne qui m'engage. À côté, l'air de la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée semblerait presqu'une partie de plaisir. Ce qui rehausse encore la difficulté de cet air magnifiquement interprété par Magali Léger réside dans la mise en scène. En effet, en chantant cet air, la chanteuse s'installe dans une baignoire. Au début, je me suis dit qu'elle ne devait pas contenir d'eau... mais si, quand elle s'en est aspergée les épaules, le doute n'était plus permis. J'espère au moins qu'elle était chaude.

La mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau ne va pas contre l'atmosphère espiègle créée par la musique et le texte. Cela commence dès l'ouverture. On y voit d'abord d'éblouissants projecteurs sur la scène vide. Tout doucement, les décors descendent des cintres. Puis, après que le public a pu apprécier les dessous du théâtre, le rideau tombe (ce qui ne manque pas d'amuser le public) avant de remonter pour la première scène. Les décors tout comme les costumes renvoient au XVIIIe, à l'exception d'un voile de style indien qui masque Isabelle aux regards de son frère Don Alonze.

Pour une fois, je n'ai pas stressé pour rejoindre la station Opéra et ma correspondance de RER, vu que le spectacle ne dure que 1h20.

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Das Rheingold à Bastille

2010-03-14 03:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-03-13

Falk Struckmann, Wotan

Samuel Youn, Donner

Marcel Reijans, Froh

Kim Begley, Loge

Peter Sidhom, Alberich

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Mime

Iain Paterson, Fasolt

Günther Groissböck, Fafner

Sophie Koch, Fricka

Ann Petersen, Freia

Qiu Lin Zhang, Erda

Caroline Stein, Woglinde

Daniela Sindram, Wellgunde

Nicole Piccolomini, Flosshilde

Philippe Jordan, direction musicale

Günter Krämer, mise en scène

Jürgen Bäckmann, décors

Falk Bauer, costumes

Diego Leetz, lumières

Otto Pichler, mouvements chorégraphiques

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Das Rheingold, Wagner

Je reviens de la troisième représentation de l'opéra Das Rheingold de Wagner dans la nouvelle production proposée par l'Opéra de Paris. Après Lohengrin et Tristan und Isolde, Das Rheingold est le troisième opéra de Wagner dont j'assite à une représentation. J'ai acheté récemment les DVD de la production du centenaire du Ring des Nibelungen de Boulez/Chéreau au festival Bayreuth afin de me préparer à la tétralogie dont la première moitié est présentée cette saison.

L'histoire ne ressemble guère à une histoire habituelle d'opéra ! Dans ce prologue du festival scénique du Ring, on assiste à 2h20 de musique continue. Après un étonnant prélude représentant les mouvantes eaux du Rhin, les filles de ce fleuve se moquent du Nibelung Alberich qui voudrait les séduire. Elles laissent entendre que le trésor qu'elles gardent ne peut être gagné que par un homme qui aurait renoncé à l'amour et qu'avec cet or, un anneau aux pouvoirs universels pourrait être forgé, ce que s'empresse de faire Alberich. Dans la deuxième scène, Wotan, son épouse Fricka et d'autres dieux pensent au palais que viennent de leur construire les géants. Ceux-ci doivent recevoir Freia, la sœur de Fricka, en rétribution. Fricka s'y oppose. Il faut trouver un substitut qui satisfasse les géants. Loge arrive alors pour dire qu'en parcourant le monde, il n'a rien trouvé de satisfaisant, mais qu'on pourrait voler le voleur Alberich. Wotan et Loge descendent dans le monde des Nibelungen dominé par Alberich pour ce faire. Pendant ce temps, Alberich a fait fabriquer par Mime un heaume lui permettant de changer d'apparence selon sa volonté. Loge obtient de lui qu'il en fasse la démonstration. Il apparaît d'abord en dragon, puis en crapaud. Sous cette dernière forme, Wotan et Loge n'ont guère de mal à le capturer. Dans la dernière scène, le captif est forcé d'abandonner son or, son heaume et son anneau. Les géants arrivent ensuite pour se faire payer. Ils rendent Freia à condition que l'or en cache complètement la vue. Pour boucher les interstices, Wotan est obligé de céder non seulement l'or, mais aussi le heaume et l'anneau, ce qu'il n'aurait pas fait sans les insistances de Fricka et l'intervention d'Erda qui annonce le crépuscule des dieux. Les dieux se dirigent enfin vers le palais, le Walhalla, tandis que Loge refuse de les suivre.

Si pour le moment Lohengrin reste l'opéra de Wagner que j'aie le plus apprécié, la musique du Rheingold ne m'a pas déplu et hormis certains leitmotivs, j'ai particulièrement aimé les passages avec les trois filles du Rhin. Si j'ai trouvé que parfois, Peter Sidhom (Alberich) avait quelque mal à se faire entendre jusqu'au tout dernier rang du deuxième balcon où j'étais assis, j'ai plutôt apprécié les différentes prestations vocales, en particulier celle de Kim Begley (Loge).

Il n'en va pas de même des autres aspects de la production à propos desquels mon impression est plus mitigée. Si le travail de mise en scène à proprement parler me semble plutôt très bon, et les décors inégaux, les costumes paraissent à première vue complètement ratés.

Le ratage des costumes commence par ceux des filles du Rhin, roses avec en surimpression des marques pour les tétons, le nombril et le pubis. Les faire paraître sur des balançoires n'est pas une idée très convaincante. On est loin des souvenirs de Bayreuth de Camille Saint-Saëns lus dans le programme (15€, je plaisante avec le vendeur pour me plaindre qu'à ce prix-là, on pourrait espérer trouver une belle photographie en couverture) : Elles se poursuivent en nageant, car nous sommes au fond du Rhin ; et rien ne peut faire comprendre comment elles sont suspendues au milieu de l'eau : c'est le triomphe de l'illusion scénique.. Plus tard, on voit les dieux paraître avec un couche de costumes imitant la nudité de la partie supérieure du corps, ce qui les fait paraître plus musclés. Les géants et leurs serviteurs sont habillés en tenue de commando (peut-être que cette bizzarerie trouvera sa cohérence dans les trois opéras qui suivront) ; leur entrée en scène est indiscutablement spectaculaire. La plus grotesque tenue est celle de Loge qui est habillé et maquillé en clown. Certes, il a un rôle un peu à part et n'hésite pas à dénigrer Wotan et les autres, mais en faire un clown semble un peu exagéré.

La mise en scène de la troisième scène est assez intéressante par la façon de représenter le monde ouvrier des Nibelungen, qui travaillent la boule d'or qu'Alberich avait volée dans la première scène. Les influences sont alors à chercher dans Metropolis de Fritz Lang dont le programme rappelle des images (évidemment, en noir et blanc, ce qui montre l'absurdité de la hausse du prix du programme pour ce spectacle). Malheureusement, cette scène est un peu gâchée par les transformations d'Alberich. Il doit en effet se transformer en dragon et en crapaud, ce qui est un défi au metteur en scène. Günter Krämer a choisi de représenter le dragon et le crapaud par des dizaines de figurants en costumes lumineux. Le timing n'est pas terrible : les figurants-crapauds continuent à défiler vers la sortie pendant encore longtemps après qu'Alberich, visible sur scène, a été capturé.

Le programme donne une deuxième source probable d'inspiration iconographique : Les dieux du stade de Leni Riefenstahl... Peut-être est-ce l'explication pour le costume des dieux. Si Wagner a fasciné Hitler et si Wagner était ouvertement antisémite, n'est-il pas permis de représenter cet Anneau du Nibelung sans faire des références aussi intempestives à la période nazie ? Dans cet ordre d'idées, on verra apparaître à deux reprises Germania écrit dans une fonte imitant les formes des caractères gothiques (mais sans être de l'alphabet gothique pour autant, sinon les spectateurs français ne déchiffreraient pas).

Parmi les bons points, j'ai apprécié le traitement scénique des fruits que Freia a l'habitude de cueillir et qui permettent aux dieux de préserver leur corps des atteintes du temps. On la voit ainsi rassembler les fruits. Plus tard, quand les dieux ressentent le manque, on les voit se battre pour prendre possession des quelques spécimens, un signe annonciateur de leur crépuscule.

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Calendrier des ouvertures de réservations de l'Opéra

2010-03-11 19:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

L'information n'étant apparemment pas trouvable sur le site de l'Opéra de Paris, je reproduis ici le calendrier des ouvertures de réservation sur Internet et aux guichets qui apparaît page 127 de la brochure.

SpectacleInternetGuichets
Concerts, récitals21 juin2 juillet
Le Vaisseau fantôme21 juin2 juillet
L'Italienne à Alger21 juin5 juillet
Eugène Onéguine21 juin2 juillet
Roland Petit21 juin12 juillet
Le Triptyque30 août10 septembre
Paquita30 août13 septembre
Les Noces de Figaro30 août24 septembre
Ballet de Hambourg30 août27 septembre
Mathis le peintre30 août1er octobre
Le Lac des cygnes11 octobre22 octobre
La Fiancée vendue11 octobre18 octobre
Balanchine/Brown/Bausch11 octobre25 octobre
Ariane à Naxos11 octobre19 novembre
Madame Butterfly8 novembre26 novembre
Giulio Cesare8 novembre22 novembre
Francesca Da Rimini8 novembre10 décembre
Caligula8 novembre6 décembre
Siegfried8 novembre14 janvier
Le Crépuscule des Dieux8 novembre14 janvier
Luisa Miller13 décembre21 janvier
Kátia Kabanová13 décembre24 janvier
Coppélia13 décembre31 janvier
Akhmatova13 décembre21 janvier
Spectacle de l'école de danse13 décembre7 février
Roméo et Juliette3 janvier18 mars
Tosca3 janvier25 mars
Mats Ek3 janvier28 mars
Ballet du Théâtre Bolchoï (Flammes de Paris, Don Quichotte)3 janvier4 avril
Rain3 janvier28 mars
Otello7 mars13 mai
Così Fan Tutte7 mars16 mai
L'Anatomie de la sensation7 mars20 mai
Les enfants du paradis7 mars23 mai

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Nouvelles saisons

2010-03-10 20:20+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je suis allé hier à la présentation de la nouvelle saison de la Salle Pleyel. On montre son carton d'invitation à l'entrée et on peut récupérer les brochures. À part ça, la séance présente peu d'intérêt : les responsables de la salle, de l'Orchestre de Paris et de l'Orchestre philharmonique de Radio-France discutent de leur programmation, des nouveaux-chefs, etc. Heureusement que les éclairages sont suffisants pour faire passer le temps en feuilletant les brochures. Une heure plus tard, un moment musical, le trio pour clarinette, violoncelle et piano de Fauré par Paul Meyer, François Salque (qui est devenu père quelques heures avant) et Eric Le Sage. Je me suis plutôt ennuyé, la faute à fatigue et à Fauré. Croisé Palpatine et Mimy qui se sont laissés entraîner dans un restaurant indien. Je n'ai pas assez de recul pour commenter la programmation en général. Je note juste que le ballet royal du Cambodge viendra donner deux représentations de La légende de l'Apsara Méra.

La programmation de l'Opéra de Paris vient de tomber aussi. Ma première impression, c'est qu'en dehors des deux productions de Luisa Miller et de Tosca que j'ai déjà vues, j'irai bien voir absolument tous les spectacles d'opéra et de danse... Au niveau prix, je vois une petite inflation dans les tarifs des ballet (mes chères places à 21€ passent à 23€), une grosse inflation pour les places à 10€ qui passent à 15€ (on en entendra parler dans les files d'attente), mais les places à 20€ et 35€/40€ ne bougent heureusement pas. Apparemment, il n'y a que les places les plus chères qui baissent : création d'une catégorie Optima à Bastille plus chère que l'ancienne première catégorie, mais baisse assez significative des tarifs des catégories 1—5.

En ce qui me concerne, avant de bloquer des dates, j'attends la programmation du TCE qui sera annoncée samedi, mais le 15 ou le 17 avril 2011 est déjà réservé puisqu'on verra Louis Langrée diriger l'Orchestre de Paris pour un Pélleas et Mélisande en version de concert avec une distribution de rêve (Dessay, Keenlyside, Lemieux, Naouri, Vernhes).

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Je hais le site Internet de l'Opéra de Paris

2010-03-08 18:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

C'était mieux avant.

À la fin de la saison 2008/2009, après que j'avais envoyé mon formulaire d'abonnement, l'enthousiasme déclenché par La fille mal gardée me fit me dire que finalement, j'irai voir tous les spectacles de ballet de l'Opéra de Paris cette année. Il restait quelques spectacles à réserver. Comme je vise les places à 21€, la seule option raisonnable pour ce faire était d'attendre les ouvertures de réservations sur Internet.

Les fois précédentes, à savoir le 9 novembre et le 11 janvier, j'avais déjà constaté que le site de l'Opéra malfonctionnait. Aujourd'hui encore, cela m'a exaspéré. Ce n'est écrit nulle part, mais apparemment, l'ouverture des réservation commence à 9h. Dès cette heure-là, le site est inutilisable. Un système rudimentaire de queue a été mis en place. On nous demande de répondre à une question Captcha et on nous indique un temps d'attente qui s'écoule et oscille.

À la première tentative, deux minutes d'attente, mais la connexion est interrompue constamment. Un peu plus tard, le temps d'attente annoncé d'une vingtaine de minute se trouvera multiplié par deux à l'arrivée. Je me retrouve alors avec un accès précaire au site de l'Opéra, dont l'essentiel de la mise en forme a disparu, ce qui rend certaines opérations impossibles. De fait, quand je tape mon numéro de spectateur, puis demande l'accès à la billetterie et sélectionne ballet (ce qui est un marathon en soi, vu que la connexion peut être interrompue à tout moment, ce qui impose de cliquer sur le bouton Retry jusqu'à ce que ça tombe en marche : si on ne fait rien pendant cinq minutes, le site considère qu'on a abandonné...), je peux voir apparaître La petite danseuse de Degas. Là, l'erreur serait de cliquer sur le titre, cela ne ferait en effet qu'afficher la description du spectacle, et il faudrait tout recommencer pour réserver un billet. Non, je ne suis pas un bleu et je clique sur le bouton Réserver. Et là, au lieu de me proposer de choisir entre les différentes dates, on me demande à nouveau de rentrer mon numéro de spectateur. Au bout de la sixième fois que le site m'a demandé mon numéro de spectateur, je me dis que cela ne pouvait pas être moi qui fusse buggé. Le site a planté encore un peu plus et je me suis retrouvé dans la queue. Après le déjeuner, j'ai réessayé et cela a fini par fonctionner.

C'est la troisième fois de suite que la vente sur Internet se passe vraiment mal. Avant le changement de système, ce n'était pas aussi pire. Il faudrait vraiment que quelque chose soit fait. Si ce n'est qu'un problème de charge des serveurs, il suffirait d'espacer un peu plus dans le temps les mise en vente, à savoir ne pas mettre en vente huit séries de spectacles en même temps comme ce fut le cas le 11 janvier.

L'interface est malpratique au possible. Dans l'ancien système, quand on avait sélectionné un spectacle, pour chaque date, on voyait l'intervalle de prix des places encore disponibles. Actuellement, cela affiche de 21.00€ à 87.00€, même s'il ne reste plus que des places de première catégorie. Vu le temps que prend le chargement d'une misérable page Web sur le site, cela fait perdre un temps fou. Une fois la date et la catégorie sélectionnée, on voit normalement une liste des différentes zones dans lesquelles il reste des places, comme Quatrièmes loges de côté, Amphithéâtre, etc. Souvent, rien ne s'affiche et on est obligé de valider pour voir le placement, ce qui bloque temporairement la place et fait encore perdre du temps. Corriger ces défauts de conception de l'interface réduirait sans doute un peu la charge du site...

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La Cenerentola au TCE

2010-02-01 15:09+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Opéra — Voyage en Inde VIII

Théâtre des Champs-Élysées — 2010-01-30

Antonino Siragusa, Don Ramiro, ténor

Stéphane Degout, Dandini, baryton

Pietro Spagnoli, Don Magnifico, baryton

Carla Di Censo, Clorinda, soprano

Nidia Palacios, Tisbe, mezzo-soprano

Vivica Genaux, Angelina, mezzo-soprano

Ildebrando D'Arcangelo, Alidoro, basse

Michael Güttler, direction musicale

Irina Brook, mise en scène

Noëlle Ginefri, décors

Sylvie Martin-Hyszka, costumes

Arnaud Jung, lumières

Cécile Bon, chorégraphie

Concerto Köln

Chœur du Théâtre des Champs-Élysées (Stephen Betteridge)

La Cenerentola, Rossini.

Samedi soir, quelques heures avant de prendre un Noctambus^Wbus de nuit^W^W^WNoctilien pour l'aéroport CDG, je suis allé au Théâtre des Champs-Élysées pour assister à la première représentation de La Cenerentola dans la production mise en scène par Irina Brook (fille de Peter Brook) qui est reprise à nouveau.

Il s'agit indiscutablement du plus drôle spectacle d'opéra que j'aie vu. Bien sûr, cet opéra est un des opéras comiques de Rossini, mais le début de la représentation fait craindre d'assister à un opéra d'esthétique deschiesne, le décor figurant le Bar Magnifico où Angelina (Vivica Genaux) en miss Ugly fait tout le travail, méprisée qu'elle est par son (beau ?)-père et ses deux demi-sœurs Clorinda (Carla Di Censo) et Tisbe (Nidia Palacios). Don Magnifico (Pietro Spagnoli) porte un maillot de foot (de la Lazio), son jeu est très exagéré, on dirait un acteur de film muet... La beaufitude et le look Deschiens ne seront pas les seules cibles de la farce, on s'amusera aussi aux dépens des jet-setteurs, du cultureux branché, de l'art contemporain, de la presse people, etc. Le lieu est très flou lui aussi, on est à Rome (en tout cas en Italie), à Paris, à New-York.

Contrairement à certaines transpositions pas toujours très cohérentes, ici, tout colle très bien à l'histoire, à la lettre du livret, avec quelques gags supplémentaires, comme celui qui consiste à faire accroire qu'un personnage chanté par un chauve (Antonino Siragusa) se fait passer pour un autre d'apparence chevelue (Stéphane Degout). En effet, Don Ramiro veut épouser une femme qui ne se soucierait pas de son argent. C'est donc le valet Dandini qui vient sonder l'âme des filles de Magnifico. La seule scène qui m'ait paru étrange est celle où Dandini et Magnifico sont en chaise longue, une serviette blanche lacée à la ceinture. Sans doute un clin d'œil à la scène du Barbier de Séville où Figaro fait son office de barbier.

Du conte original de Cendrillon, il ne reste plus beaucoup de la partie magique. Cet élément est incarné par le curieux personnage d'Alidoro (Ildebrando D'Arcangelo). En remercîment de l'aumône accordée par Angelina, il œuvre pour que Don Ramiro la choisisse et punisse ses sœurs. Son intervention muette pendant le sextuor du deuxième acte est à hurler de rire. Les six autres personnages sont figés pendant le sextuor, comme des somnambules. Très espiègle, il leur fait faire des gestes ridicules avec leurs mains.

Pour ce qui est de la musique, le Concerto Köln est dirigé par le jeune chef Michael Güttler. À propos des voix, j'ai trouvé que Vivica Genaux manquait un peu de puissance pendant les premières scènes chez Magnifico quand l'orchestre jouait forte (sans que ce soit très gênant : dans la plupart des passages, l'orchestre n'est qu'un accompagnement du chant). Cependant, elle a été formidable dans sa longue séquence à la fin (qui ressemble beaucoup à son homologue du Barbier de Séville). Grand rossinien, Antonino Siragusa est un Don Ramiro enthousiasmant, tout particulièrement pendant ses airs du deuxième acte, très applaudis.

Voilà un très beau spectacle. Malgré une histoire mettant en scène sept personnages principaux (dont deux certes, ceux des sœurs d'Angelina, sont quasi-confondus), ce n'est pas cérébral comme un Wagner ou un Strauss et on aurait presque des scrupules à se laisser aller à une cette facilité (encore plus axée sur le chant que ne l'est Bellini), mais c'est cela aussi l'opéra. En sortant, j'entends dire Ç'aurait plu aux gosses..

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La Sonnambula à Bastille (deuxième)

2010-01-29 01:02+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-01-28

Michele Pertusi, Il Conte Rodolfo

Cornelia Oncioiu, Teresa

Natalie Dessay, Amina

Marie-Adeline Henry, Lisa

Javier Camarena, Elvino

Nahuel Di Pierro, Alessio

Jian-Hong Zhao, Un Notaro

Evelino Pidò, direction musicale

Marco Arturo Marelli, mise en scène, décors et lumières

Darmar Niefind, costumes

Patrick Marie Aubert, chef de chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

La Sonnambula, Bellini

Jeudi soir, deuxième de La Sonnambula. Place d'abonnement dans la catégorie juste au-dessus de celle de lundi. Bout de rang 8 du deuxième balcon de côté (jardin). Un angle de vue comparable à celui que j'avais lundi, sans balcon au-dessus et personne derrière (il y a une cloison).

L'annonce que Natalie Dessay est toujours souffrante n'engendre que des applaudissements, la phrase prononcée ayant commençé par une locution suggérant qu'elle se finirait bien. De l'art d'annoncer une mauvaise nouvelle à 2700 personnes. Contrairement à lundi où cette difficulté passait presqu'inaperçue, ce soir, elle était souffrante et cela s'entendait. Pas tant dans les parties les plus virtuoses de ses airs, que dans les récitatifs, chantés bien sûr, que comporte l'opéra.

Qu'il doit être difficile de choisir entre renoncer à chanter au risque de décevoir les nombreux spectateurs et chanter tout de même en désespérant de ne pas être au meilleur de soi.

Quoique les autres chanteurs fussent très bons, ces imperfections eussent fait que cette soirée n'eût été qu'en demi-teinte s'il ne se fît ouïr l'air final Ah ! non giunge uman pensiero, où après avoir rapidement passé une robe rouge en coulisses, la chanteuse se place seule en scène devant un rideau imitant celui de l'Opéra Garnier (où, parfois, comme ce soir, les étoiles sont applaudies à leur entrée en scène). Cela a été plus court, mais je me suis retrouvé à peu près dans le même état que lundi.

Je ne sais pas depuis combien de temps le réglage des oculaires correspondant aux deux yeux s'était défait, mais au début du deuxième acte, ce n'était plus tenable, j'ai identifié le problème et en prenant soin de faire le réglage œil après œil, j'ai retrouvé une image très nette, me permettant de voir vraiment très bien le visage des chanteurs. Ces jumelles, achetées environ 25€ il y a un an et demi, furent un très bon choix d'équipement.

Dans Le Monde, Renaud Machart moque gentîment la mise en scène :

Pour cette production louée à l'Opéra de Vienne, le metteur en scène Marco Arturo Marelli a transposé l'action, sise dans un village, dans un sanatorium de luxe en montagne. Ce qui est assez piquant quand le Comte Rodolfo, revenu au bercail après une longue absence, s'exclame, alors qu'il est devant un bar et des tabourets Art déco : Le moulin ! La fontaine ! Le bois ! (...) Je vous reconnais, lieux charmants.

Il oublie malicieusement de préciser qu'au moment où Rodolfo le dit, il ne regarde pas le bar, mais le tableau qui se trouve accroché au-dessus et représente un paysage villageois.

À propos de cette mise en scène, j'avais remarqué qu'un détail avait été changé par rapport au livret, à savoir que l'objet qui trahit Lisa et ses jeux folâtres avec le comte n'était pas un fichu mais un soulier (elle a aussi égaré un bas...). N'entendant pas l'italien, je ne sais pas si le mot vel a été changé. En tout cas, pour l'amateur français d'opéra italien qui se soucierait encore des paroles, on a pris garde à l'Opéra de Paris de faire paraître le mot soulier dans les sur-titres (c'est à peu près le seul moment de la soirée où j'ai formé le dessein de les lire).

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La Sonnambula à Bastille

2010-01-26 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2010-01-25

Michele Pertusi, Il Conte Rodolfo

Cornelia Oncioiu, Teresa

Natalie Dessay, Amina

Marie-Adeline Henry, Lisa

Javier Camarena, Elvino

Nahuel Di Pierro, Alessio

Jian-Hong Zhao, Un Notaro

Evelino Pidò, direction musicale

Marco Arturo Marelli, mise en scène, décors et lumières

Darmar Niefind, costumes

Patrick Marie Aubert, chef de chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

La Sonnambula, Bellini

Ce lundi, lors de la première de La Sonnambula à l'Opéra Bastille (véritable première : c'est l'entrée au répertoire de l'Opéra de cette œuvre de Bellini créée en 1831), on annonce que Natalie Dessay est souffrante depuis quelques jours, brouhaha dans la salle, mais qu'elle assurera son rôle. L'opinion générale est qu'elle a fait un peu mieux qu'assurer. C'est carrément l'extase !

C'était le moment de la saison opératique que j'attendais le plus avidement. Le moins que je puisse dire est que je n'ai pas été déçu par ce spectacle d'opéra, parmi les plus belles choses qui se puissent entendre. J'ai déjà eu l'occasion de discuter de l'intrigue et des œuvres qui par transpositions successives ont conduit à cet opéra 1. Je n'y reviens plus.

La mise en scène de Marco Arturo Marelli n'est pas désagréable à regarder. Le décor (unique) est une vaste salle d'un hôtel dans les Alpes suisses. C'est cohérent avec le livret qui fait de Lisa une aubergiste. Ce qui l'est moins, dans cette approche visuellement réaliste, c'est de n'avoir pas suggéré la chambre de Rodolfo où, après sa première crise de somnambulisme, Amina s'endort. On la voit ici s'allonger dans la salle de banquet. Lors des apparitions d'Amina, les témoins chantent parfois en regardant dans la direction opposée, ce qui produit un effet peu crédible. Comme il l'explique dans le programme, une des idées du metteur en scène est de rapprocher ce séjour suisse d'une retraite effectuée par le compositeur quelques mois avant de composer son ouvrage (il pensait alors écrire un (H)Ernani). Ce n'est que marginalement visible dans la mise en scène, mais il faudrait imaginer que Rodolfo est un compositeur. Bref, si elle n'est pas génialissime, cette mise en scène n'est en rien déplaisante (pas de quoi justifier les huées, quelqu'éparses qu'elle fussent, qui accompagnèrent l'arrivée de l'équipe de production lors des saluts).

Ce n'est je crois que la deuxième fois qu'un opéra me met dans des états pareils. La première fois, c'était lors de la première de Padmâvatî au Châtelet. La jouissance était alors davantage visuelle que musicale, même si l'impressionnisme de Roussel exacerbait mon sentiment général à propos de cet opéra-ballet. Ce soir, c'était avant tout la voix de Natalie Dessay qui détenait la faculté de déclencher des réactions jubilatoires. Lors de la retransmission du Met, cela ne m'avait tout à fait atteint que lors de l'avant-dernier air Ah ! no credea mirarti (j'avais même été plus impressionné par le rôle d'Elvino chanté par Juan Diego Flórez). Dans la salle de l'Opéra Bastille, l'effet de la voix de Natalie Dessay a été immédiat, dès les premiers airs du premier acte, dont je perçois enfin l'immense beauté. S'il n'est sans doute pas aussi enthousiasmant qu'un Flórez ou un Meli, Javier Camarena fait un bon Elvino. Les autres chanteurs, notamment Michele Pertusi (Rodolfo), assurent très-convenablement leur rôle aussi bien par leur chant que par leur jeu.

À voir, à revoir. (Cette production sera filmée. Une retransmission radiophonique est prévue le 27 février sur France Musique.)

[1] Un des textes du programme (tiré des mémoires de l'épouse du librettiste Felice Romani) confirme d'ailleurs que l'idée de faire de Rodolfo le père d'Amina était bien de lui, qu'il avait écrit une scène où Rodolfo révélait sa paternité à la présumée orpheline. Le seul vestige de cet ajout envisagé à l'intrigue se trouve allusivement dans les paroles de Rodolfo :

Elle est fort gentille et gracieuse
Laisse-moi te regarder. Oh, quel joli minois !
Tu ne sais pas combien ces beaux yeux
Font doucement battre mon cœur,
Comme tu rappelles à mes pensées
Une adorable beauté.
Elle était, ah ! telle que tu es,
Au matin de sa vie.

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Une Norma colorisée au Châtelet

2010-01-23 01:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre du Châtelet — 2010-01-22

Lina Tetriani, Norma

Paulina Pfeiffer, Adalgisa

Nikolai Schukoff, Pollione

Nicolas Testé, Oroveso

Blandine Staskiewicz, Clotilde

Luciano Botelho, Flavio

Ensemble Matheus

Chœur du Châtelet

Jean-Christophe Spinosi, direction musicale

Nicholas Jenkins, chef de chœur et assistant du chef d'orchestre

Peter Mussbach, mise en scène et décors

Daniela Juckel, décors

Andrea Schmidt-Futterer, costumes

Alexander Koppelmann, lumières

Axel Bott, dramaturgie

Norma, Bellini

Je n'étais pas retourné au théâtre du Châtelet depuis un an et demi. La dernière fois, c'était pour un concert du dimanche matin avec Le Concert français dirigé par Pierre Hantaï et la fois précédente, c'était pour Padmâvatî de Roussel.

Cette fois-ci, c'est pour Norma de Bellini, qui, hasard du calendrier intervient presqu'en même temps que la production de La Sonnambula du même compositeur à l'Opéra Bastille.

Les décors du metteur en scène Peter Mussbach et de Daniela Juckel sont conceptuels. Un grand vide bordé de trois murs. Une grande boule, représentation d'une divinité lunaire, est un totem que déplacent les Gaulois. Les membres du chœur, des comédiens et une acrobate restent sur scène en permanence. Ils portent des costumes ternes. Les couleurs changeantes des murs, des éléments de décor, des costumes, sont presqu'entièrement le fruit des lumières. La scène sera ainsi toute verte, toute rouge, bleue, etc, suivant la situation. Ce procédé est d'autant plus éclatant quand une tâche de lumière colorée suit un personnage, en l'occurrence Oroveso (Nicolas Testé), le chef des druides. C'est le père de Norma (Lina Tetriani), sorcière-prêtresse censée annoncer l'oracle aux Gaulois. Elle a eu deux enfants (interprétés par des sortes de poupées !) du proconsul romain Pollione (Nikolai Schukoff) dont la moitié haute du corps est dorée par le maquillage. Celui-ci doit rentrer à Rome, et plutôt que Norma, c'est la jeune Adalgisa (Paulina Pfeiffer) qu'il aimerait emmener. Norma est jalouse, elle veut mener sa vengeance à son terme en se servant du pouvoir que sa religion lui donne sur les Gaulois. Norma envisagera de sacrifier ses enfants (comme Médée...), puis annoncera à son peuple qu'il faut non seulement sacrifier à leur divinité le profanateur Pollione, mais aussi une jeune fille qui s'est compromise avec lui. Jusqu'au dernier moment, elle hésitera. Finalement, elle se dénoncera elle-même pour rejoindre Pollione dans la mort. Ce dernier loue une femme qu'il perd. Je me demande un moment s'il pense à Adalgisa ou à Norma, mais il semble bien qu'il s'agisse de Norma, bien plus forte qu'il l'avait pensée.

Musicalement, c'est très beau. Autant je n'avais pas du tout été convaincu par l'Ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi dans L'Oratorio de Noël, autant dans Bellini, cela rend bien. Les chanteurs des trois ou quatre rôles principaux sont bons. Bien sûr, quand le public a entendu des centaines de fois l'air Casta Diva chanté par Maria Callas (le nombre de films qui l'utilisent dans leur bande son est assez invraisemblable), il est difficile que la comparaison ne paraisse pas défavorable (simplement parce que les détails d'interprétation sont différents, et qu'on pourrait attribuer à une faute ou une faiblesse ce qui n'est qu'un choix, pas forcément moins pertinent). Lina Tetriani, qui a été annoncée souffrante à l'entr'acte, s'en est très bien sortie. Dans ses airs, Nikolai Schukoff montre ses talents de bel cantiste. La première scène du deuxième acte met en scène un superbe duo entre Norma et Adalgisa, cette dernière étant prête à sacrifier son amour de Pollione pour son aînée.

Une partie du public a lancé des huées à la fin du premier acte et lors des saluts. Je ne sais pas si cela visait Spinosi ou bien le metteur en scène qui n'était pas là pour saluer. Pour ma part, j'ai trouvé que cette production était réussie.

PS: L'utilisation de toute la profondeur du plateau fait qu'il vaut mieux être au centre pour bien profiter de cette mise en scène, ce qui était mon cas vu que j'étais au premier balcon, plein centre, avec néanmoins devant moi un pilier, qui n'est pas très gênant : à un moment, Norma et Adalgisa étaient toutes les deux côté cour dans l'axe du pilier, mais par vision stéréoscopique, Adalgisa de l'œil gauche, Norma de l'œil droit (à moins que ce ne soit le contraire), je les voyais toutes les deux simultanément (cela marche bien sûr aussi derrière des jumelles).

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The Fairy Queen à l'Opéra Comique

2010-01-22 02:05+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Opéra Comique — 2010-01-21

Lucy Crowe, Soprano, Juno

Andrew Foster-Williams, Bass, Coridon, Winter, Hymen, Sleep

Claire Debono, Mystery, First Fairy, Nymph, Spring

Miriam Allan, Anna Devin, Claire Debono, Maud Gnidzaz, Fairies

Ed Lyon, Tenor, Adam, Secrecy

Sean Clayton, Tenor, Summer

Callum Thorpe, Bass

Emmanuelle de Negri, Soprano, Night, The Plaint

Robert Burt, Mopsa

Andrew Davies, Phoebus

David Webb, Autumn

Helen Jane Howells, Eve

William Gaunt, Theseus

Robert East, Egeus

Alice Haig, Hermia

Nicholas Shaw, Lysander

Gwilym Lee, Demetrius

Jo Herbert, Helena

Roger Sloman, Starveling

Robert Burt, Flute

Desmond Barrit, Bottom

Paul Mc Cleary, Quince

Brian Pettifer, Snug

Jack Chissick, Snout

Sally Dexter, Titania

Jotham Annan, Puck

Finbar Lunch, Oberon

Laura Caldow, Omar Gordon, Samuel Guy, Anthony Kurt-Gabel, Jarkko Lehmus, Caroline Lynn, Maurizio Montis, Sarah Storer, Danseurs

Adel Aïssani, Riad Ghelazi, Lucien Pech, Indian Boy (en alternance)

Les Arts Florissants

William Christie, direction musicale

Jonathan Kent, mise en scène

Paul Brown, décors et costumes

Mark Henderson, lumières

Kim Brandstrup, chorégraphie

Francesca Giplin, assistante mise en scène

Joanna O'Keeffe, assistante chorégraphie

François Bazola, chef de chœur

Sophie Decaudaveine, conseillère linguistique

The Fairy Queen, Purcell

Les spectacles à l'Opéra Comique qu'il m'a été donné de voir rivalisent d'adresse à m'enthousiasmer. Le dernier en date est The Fairy Queen, semi-opéra de Purcell, dont la partition a été perdue pendant deux siècles ! Je ne m'étais pas renseigné sur cette œuvre. Je découvre ainsi qu'un semi-opéra est un spectacle intermédiaire entre le théâtre et l'opéra. À vrai dire, les musiciens, les comédiens et les chanteurs ne sont pas les seuls à rassasier les sens du spectateur puisqu'on verra aussi évoluer des danseurs !

Le livret est inspiré (vaguement nous dit le metteur en scène Jonathan Kent) de la pièce de Shakespeare Le songe d'une nuit d'été. Tout se passe dans un décor unique mais multiforme. Il commence par figurer l'intérieur du duc Theseus, puis il se déstructure pour représenter la forêt où les amoureux Lysander et Hermia ont promis de se rejoindre, suivis de près par Helena qui n'est point aimée de Demetrius en retour. La reine des fées et Oberon se disputent. Puck, le serviteur d'Oberon, se trompe de destinataire pour les charmes que lui suggère son maître, ce qui fait que la reine des fées se trouvera en amour avec le tisserand Bottom transformé en âne et que Lysander et Demetrius vont fuir Hermia pour se disputer Helena. Quand le jour paraîtra, tout sera rentré dans l'ordre et les personnages auront eu l'impression de faire un songe.

Tout ce spectacle est so British. Par exemple, les artisans jouent une pièce de théâtre inspirée de la légende de Pyrame et Thisbé racontée par Ovide. Les artisans jouent tellement mal leur pièce à l'intérieur de la pièce que c'en est à hurler de rire. Le comédien qui interprète Bottom (Desmond Barrit) est très impressionnant.

Le décor est unique, mais cela bouge beaucoup. Une trappe permet de rapides et multiples apparitions-disparitions de personnages. On a presque peur pour les danseurs qui arrivent à ne pas tomber dans le trou. Certains, comme Phoebus et Juno sont suspendus dans les cieux.

Le spectacle est très long : cela commence à 20h et finit peu avant minuit, avec un seul entr'acte d'une demi-heure. Bref, il ne s'en ai pas fallu de beaucoup pour que j'arrive à prendre le dernier RER B (qui, n'étant omnibus qu'à partir de Massy-Palaiseau, est plus rapide que ceux qui précèdent). Long, mais en rien ennuyeux.

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Werther sans Kaufmann

2010-01-21 01:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures

Opéra Bastille — 2010-01-20

Andrew Richards, Werther

Ludovic Tézier, Albert

Alain Vernhes, Le Bailli

Andreas Jäggi, Schmidt

Christian Tréguier, Johann

Sophie Koch, Charlotte

Anne-Catherine Gillet, Sophie

Alexandre Duhamel, Brühlmann

Olivia Doray, Kätchen

Michel Plasson, direction musicale

Benoît Jacquot, mise en scène

Charles Edwards, décors et lumières originales

Christian Gasc, costumes

André Diot, lumières

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Werther, Massenet

L'opéra Bastille voit se succéder les Werther maudits. L'an dernier, Villazón avait annulé la première. Cette année, pour la représentation de ce soir, Jonas Kaufmann a été remplacé par Andrew Richards qui a interprété fort honorablement le rôle de Werther dans l'opéra éponyme de Massenet.

J'avais plutôt apprécié la production de Jürgen Rose. Celle dont l'Opéra a fait l'acquisition, mise en scène par Benoît Jacquot au Royal Opera House (2004), m'a enthousiasmé bien au-delà. Le seul faux pas me semble résider dans le port de lunettes teintées par Werther lors de son entrée en scène. Bagatelle.

Les quatre décors (un par acte) sont en pente. Le mur d'enceinte et la porte d'entrée sur le domaine du bailli, les abords du temple (que l'on ne voit pas), le salon de Charlotte, la chambre de Werther. Les costumes sont classiques. Albert est en rouge, Werther en bleu, Charlotte en blanc, Sophie en violet. Si on excepte le début du troisième acte, trop sombre, j'ai trouvé que l'utilisation des lumières était extrêmement pertinente.

Depuis la dernière fois, j'ai pris le temps de lire le roman épistolaire de Goethe, Les souffrances du jeune Werther, que j'ai lu dans la sublime version française que constitue la traduction de Charles-Louis de Sévelinges, rendue plus élégante par Pierre Leroux qui n'entendait pas l'allemand et revue récemment par Christian Helmreich, Le Livre de Poche, collection Les Classiques de Poche. À ma surprise, Sophie, la sœur cadette de Charlotte, est un personnage qui n'apparaît que dans l'opéra. Elle est interprétée par Anne-Catherine Gillet, qui m'avait impressionné dans l'air de Micaëla de Carmen. C'est d'ailleurs dans cette Carmen que j'avais entr'aperçu Andrew Richards. Il n'avait pu assurer son rôle de Don José que pendant les deux premiers actes et avait été remplacé par un ténor brésilien anonyme.

Son interprétation du rôle de Werther est tout à fait convaincante. Toutefois, la prononciation de certaines voyelles lui pose occasionnellement quelques problèmes. Charlotte est interprétée par Sophie Koch que je n'avais entendue qu'une seule fois, dans le final de la neuvième symphonie de Beethoven en 2005 au TCE avec l'Orchestre Lamoureux. La tension dramatique et l'importance de ce rôle augmentent à chaque acte jusqu'à la scène finale, très lyrique.

Dans le rôle d'Albert, on trouvera cette année aussi Ludovic Tézier. Par rapport au roman, Albert est plus en retrait. On ne saura pas grand'chose de lui si ce n'est qu'il est l'homme que Charlotte avait promis d'épouser à sa mère sur son lit de morte. Dans le roman, on le voit volontiers philosopher avec Werther, qui est fasciné par le suicide... Dans cette version toutefois, un détail dans l'attitude d'Albert laisse à penser qu'il est parfaitement conscient de l'usage que Werther entend faire des pistolets qu'il lui prête pour un prétendu voyage. Dans le roman, seule Charlotte semblait envisager la fatale issue.

Les amateurs du son de la harpe seront comblés dans les derniers actes. Le directeur musical Michel Plasson (76 ans !) a manifestement plus de mal à marcher qu'à diriger l'orchestre de l'Opéra. En tout cas, il fait de la musique de Massenet un délice de musique continue, seulement interrompu par les deux entr'actes.

La représentation du 26 janvier sera retransmise en direct sur Arte et sur Internet (ArteLiveWeb).

PS: Il m'a semblé que le surtitrage a été remonté, le rendant seulement à moitié visible depuis le rang 7 du premier balcon de côté. Cela paraît curieux par rapport à l'utilisation de l'espace scénique : seule la moitié de la hauteur disponible était utilisée, de sorte qu'il n'eût résulté aucune gêne de ce qu'on descendît légèrement l'appareil.

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Andrea Chénier à Bastille

2009-12-19 02:35+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Bastille — 2009-12-18

Marcelo Alvarez, Andrea Chénier

Sergei Murzaev, Carlo Gérard

Micaela Carosi, Maddalena di Coigny

Francesca Franci, La Mulatta Bersi

Stefania Toczyska, La Contessa di Coigny

Maria José Montiel, Madelon

André Heyboer, Roucher

Igor Gnidii, Il Romanziero (Pietro Fléville)

Antoine Garcin, Fouquier-Tinville

David Bizic, Il Sanculotto Mathieu

Carlo Bosi, Un Incredibile

Bruno Lazzaretti, L'Abate

Ugo Rabec, Schmidt

Lucio Prete, Il Maestro di Casa

Guillaume Antoine, Dumas

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Giancarlo Del Monaco, mise en scène

Carlo Centolavigna, décors

Maria Filippi, costumes

Wolfgang von Zoubek, lumières

Laurence Fanon, chorégraphie

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Daniel Oren, direction musicale

Andrea Chénier, Umberto Giordano

C'est un très beau spectacle d'opéra que la production d'Andrea Chénier d'Umberto Giordano qui passe actuellement à l'Opéra Bastille. Le style de la musique de Giordano fait parfois penser à celle de Puccini. Ceux qui aiment le son de la harpe seront servis.

Les décors sont superbes. Le premier tableau représente une fête chez la comtesse de Coigny en 1789. Un sofa est déplacé par des serviteurs (au passage, dans la traduction du livret que j'ai lue, ce mot était orthographié sopha). Les lumières du lustre sont allumées. La fille de la comtesse, Maddalena, entre avec sa servante, la mulâtre Bersi. Elle doit s'habiller avant que les invités arrivent. Ceux-ci ont des costumes d'époque et des coiffures extravagantes. Un mini-spectacle de ballet et de musique se déroule sur une petite scène au fond de la scène. Considérant son sort et celui de son père, le serviteur Gérard se désole du caractère héréditaire de sa condition. Des pauvres viennent manifester leur faim et le décor commence à se disloquer. Entretemps, le poète André de Chénier aura séduit Maddalena par ses vers, qui outre son inclination pour elle décèlent des critiques de la noblesse et du clergé. L'atmosphère révolutionnaire se met en place.

Au cours du deuxième tableau, autant Maddalena que Chénier sont menacés. Nous sommes en 1794, c'est la Terreur. De grands mouvements de foule, des têtes défilent sur des piques, des drapeaux tricolores flottent, plus tard on entendra la Carmagnole et la Marseillaise. Gérard est devenu un leader révolutionnaire. Chénier est trop modéré. Maddalena tente d'entrer en contact avec lui, alors que celui-ci envisage de quitter le pays. Ils sont surpris par un espion. Dans le feu de l'action, Chénier blesse Gérard, qui ne le dénonce pas.

Au troisième tableau, Gérard change d'attitude. Il est lui aussi épris de Maddalena. Il pense à se débarasser de Chénier. Il écrit des accusations pour le tribunal révolutionnaire. Au cours de ce tableau, le bel air de Madelon qui fait enrôler son petit-fils contre les contre-révolutionnaires et les autres ennemis de la Révolution. Marie-Aude Roux, dans Le Monde, semble déplorer que cet air soit statique. Pourtant, Madelon étant censée vivre ses derniers jours, il n'est pas aberrant qu'on la fasse asseoir. Cela dit, que Gérard soit assis pendant son grand air dans ce tableau est plus gênant (certes, il est blessé, mais il tient sur ses jambes). Vient ensuite les procès. Les juges ont les spectateurs dans le dos. Ils font face au chœur qui s'est installé dans une sorte de théâtre à l'italienne (j'aimerais bien savoir quel est le modèle de ce décor ; à moins que les tribunaux révolutionnaires eussent réquisitionnés des lieux insolites, cela paraît curieux). Gérard a été rejoint par Maddalena. Il a encore changé d'avis. Il va prendre la défense de Chénier qui a pour sa part réussi, contrairement à la tradition de 1794, à prendre la parole lors de son propre procès. Le grand'inquisiteur^Waccusateur public Fouquier-Tinville reprend les accusations qu'avaient faites Gérard à son compte. Chénier est condamné à mort malgré les protestations du public.

La fin est un sommet de lyrisme. Maddalena décide de rejoindre Chénier dans la mort. En corrompant son gardien, elle se substitue à une femme condamnée à mort en même temps que Chénier. Après un superbe duo d'amour, il courent littéralement à la mort ensemble.

Cela doit être unde des premières fois que je vois une production d'opéra qui propose des images conforment au cadre historique de l'intrigue (l'autre exception serait Don Carlo). Si cela serait ridicule pour une opéra-comique comme Le Roi malgré lui, pour un sujet aussi unique que celui de la Révolution française, même si ce n'est sans doute pas la seule option (j'ai cru comprendre que ce n'est pas ce qui avait été fait pour la dernière production de Fidelio à l'Opéra de Paris), cela semble un choix tout à fait défendable. Bref, je suis très content du travail de mise en scène de Giancarlo Del Monaco et des décors de Carlo Centolavigna.

Du côté des voix, on est bien servi avec les trois rôles principaux : Andrea Chénier (Marcelo Alvarez), Maddalena di Coigny (Micaela Carosi) et Carlo Gérard (Sergei Murzaev). Je n'ai pas d'éléments de comparaison vu que j'entendais cet opéra pour la première fois. Pour une raison qui m'échappe, le chef d'orchestre Daniel Oren a été la cible de quelques huées, heureusement couvertes par les applaudissements.

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Platée à Garnier

2009-12-09 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Garnier — 2009-12-08

Xavier Mas, Thespis

Marc Labonnette, Un Satyre

Aimery Lefèvre, Momus

Mireille Delunsch, Thalie, La Folie

Judith Gauthier, L'Amour, Clarine

Paul Agnew, Platée

Alain Vernhes, Cithéron

François Lis, Jupiter

Yann Beuron, Mercure

Doris Lamprecht, Junon

Laurent Pelly, mise en scène, costumes

Chantal Thomas, décors

Laura Scozzi, chorégraphie

Joël Adam, lumières

Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène

Nicholas Jenkins, chef du chœur

Jory Vinikour, responsable des études musicales

Marc Minkowski, direction musicale

Chœur et musiciens du Louvre-Grenoble

Platée, Jean-Philippe Rameau

Je reviens de l'Opéra Garnier où avait lieu ce soir la troisième représentation de la reprise de la production de la comédie lyrique Platée de Rameau mise en scène par Laurent Pelly.

Pour la première fois, je me retrouve à l'amphithéâtre. Si on fait plus d'un mètre soixante, on n'a pas de place pour les genoux. Si on en fait moins, les pieds ne touchent pas le sol. On en ressort tout cabossé. Bref, à éviter. Le seul avantage est que l'on a un des meilleurs rapport visibilité/prix. Depuis le centre de l'avant-dernier rang, j'avais vue sur toute la scène. Ce qui était ennuyeux, c'est que l'écran des surtitres était situé juste derrière le grand panneau supérieur de la scène (où est écrit la date de la fondation de l'Académie Royale de Musique). De là, on ne pouvait lire que la ligne du bas. Seul un effet de parallaxe permettait peut-être aux spectateurs des étages inférieurs de lire les surtitres. Je trouve ce genre de bugs d'organisation tout à fait ahurissants.

Heureusement, je connaissais déjà l'histoire (ayant reçu il y a quelque temps un DVD de cette production en prêt) et les chanteurs arrivaient vraiment à se bien faire entendre. Les décors de Chantal Thomas (à ne pas confondre avec ses quasi-homonymes) sont faits de rangées de sièges de théâtre (peut-être est-ce en relation avec Thespis, un précurseur du théâtre, qui intervient dans le prologue). Platée, interprétée par Paul Agnew, est une grenouille à qui on fait accroire que Jupiter s'est épris d'elle. Celui-ci voit là un moyen de s'amuser de la jalousie excessive de Junon. À la fin, tout le monde aura ri au détriment de la grenouille.

Les costumes de Laurent Pelly sont charmants. Le plus étonnant est celui du personnage de la Folie (Mireille Delunsch) : une robe couverte de partitions plus ou moins flottantes. En pleine folie créatrice, elle en déchirera même quelques unes. Les costumes de la grenouille sont intéressants aussi ; le visage de Paul Agnew est complètement fardé. Jupiter (François Lis) et Junon (Doris Lamprecht) brillent en mauve.

L'ouvrage comporte de nombreuses et variées parties dansées (chorégraphie de Laura Scozzi). Le vent est ainsi figuré par une scène de danse où des danseuses ont les cheveux qui tombent à l'horizontale. On verra aussi des couples faire de la danse assez acrobatique. Les nombreuses suivantes de la Folie ont aussi plusieurs scènes de danse amusantes.

Tout est motif à l'amusement. La musique, le texte et tout le reste. Ainsi, entre le deuxième et le troisième acte, une grenouille descendra d'une baignoire pour rejoindre l'orchestre, embêter les musiciens et même diriger l'orchestre du Louvre-Grenoble ordinairement dirigé par Marc Minkowski.

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Salomé à Bastille

2009-11-14 17:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Bastille — 2009-11-13

Thomas Moser, Herodes

Julia Juon, Herodias

Camilla Nylund, Salomé

Vincent Le Texier, Jochanaan

Xavier Mas, Narraboth

Varduhi Abrahamyan, Page der Herodias

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Erster Jude

Eric Huchet, Zweiter Jude

Vincent Delhoume, Dritter Jude

Andreas Jäggi, Vierter Jude

Gregory Reinhart, Fünfter Jude

Nahuel Di Pierro, Erster Nazarener

Ugo Rabec, Zweiter Nazarener

Nicolas Courjal, Erster Soldat

Scott Wilde, Zweiter Soldat

Antoine Garcin, Ein Cappadocier

Grzegorz Staskiewicz, Ein Sklave

Alain Altinoglu, direction musicale

Lev Dodin, mise en scène

David Borovsky, décors et costumes

Jean Kalman, lumières

Yury Visalkov, chorégraphie

Mikhail Stronine, dramaturgie

Valery Galendeev, collaboration à la mise en scène

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Salomé, Richard Strauss

Je viens de relire le texte de la pièce d'Oscar Wilde, Salomé, écrite directement en français. On le trouve sur Gallica et dans le programme de la production présentée à l'Opéra Bastille, en face de la traduction de Hedwig Lachmann. En effet, à quelques modifications et coupes près, c'était essentiellement le texte de l'opéra de Strauss qui j'ai lu en surtitres pendant de la représentation d'hier.

L'opéra raconte l'amour de Salomé pour Jochanaan (Jean le Baptiste), qui la repousse, lui qui est obnubilé par l'arrivée du Messie. Hérode, son beau-père doublement incestueux la fait danser après avoir juré lui donner ce qu'elle voudrait après. Salomé insiste pour obtenir la tête de Jochanaan dans un bassin d'argent. Avant cela, il faut la lui couper, ce que Hérode n'est pas près à faire, craignant le saint homme qu'il a enfermé afin de le protéger des Juifs (qui n'ont l'air d'accord sur rien si ce n'est qu'il faut le leur remettre). Une fois qu'elle a récupéré la tête, Salomé délire et peut faire ce que Jochanaan vivant lui refusait, à savoir l'embrasser. Finalement, Hérode ordonne que l'on tue aussi Salomé.

La musique de cet opéra, avec ses motifs à la Wagner, est envoûtante. Si je ne connais pas suffisamment la langue allemande pour vraiment suivre ce qui se dit, je me suis surpris à en comprendre parfois quelques expressions.

Avant de voir l'opéra, sachant que la voix du jeune syrien (Narraboth) intervient seulement quelques secondes après que la musique a retenti pour dire Wie schön ist die Prinzessin, je me demandais comment l'entrée en scène aurait lieu. En effet, dans beaucoup de productions d'opéra en général, on entend une ouverture, rideau baissé, et quand celle-ci se termine, le rideau est levé, le décor et les personnages apparaissent en pleine lumière. Ce n'était évidemment pas possible ici. Dans cette production, on a coupé toutes les lumières du théâtre pour permettre aux chanteurs de se positionner dans le décor qui sinon était visible. Ainsi, la musique, les lumières et le chant se sont mis en route en même temps. En ce qui concerne les lumières, davantage de luminosité n'aurait pas été un mal : pendant la première demi-heure, entre les personnages secondaires que sont Narraboth, le page de Hérodias (qui comme tous les pages est chanté par une femme) et les soldats, il n'était pas évident de voir qui chantait, même avec les jumelles...

Alors que la Lune auquel le texte fait référence se meut au fond du décor (qui comporte côté jardin un escalier et la cellule métallique escamotable où Jochanaan est enfermé), la situation dramatique se clarifie quand elle se recentre sur Jochanaan et Salomé, puis les mêmes, Hérode et Hérodias. La danse des sept voiles tombe à plat (au passage, la mention des sept voiles apparaît dans le texte de Wilde, mais pas dans le livret de l'opéra). Si un effet comique est créé par le côté lubrique de Hérode et Hérodias qui tente de masquer sa fille à sa vue, la danse de Camilla Nylund n'est guère convaincante.

Les tergiversations qui conduisent à la décapitation de Jochanaan sont peut être un peu longues, Hérodias qualifie même Hérode de ridicule avec les paons qu'il se propose d'offrir à Salomé en remplacement de la tête qu'elle demande qu'on coupe. Cela ne crée qu'une encore plus grande attente pour l'impressionnante scène finale où Salomé soliloque face à la tête inerte.

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Une Bohème pas grisette du tout

2009-11-13 01:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2009-11-12

Massimo Giordano, Rodolfo

David Bizic, Schaunard

Inva Mula, Mimi

Wojtek Smilek, Colline

Ludovic Tézier, Marcello

Matteo Peirone, Benoît

Rémy Corazza, Alcindoro

Natalie Dessay, Musetta

Pascal Meslé, Parpignol

Andrea Nelli, Sergente dei doganieri

Marc Chapron, Un doganiere

Myoung-Chang Kwon, Un venditore ambulante

Daniel Oren, direction musicale

Jonathan Miller, mise en scène

Dante Ferretti, décors

Gabriella Pescucci, costumes

Guido Levi, lumières

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

La Bohème, Puccini

Je suis retourné ce soir voir La Bohème, ce qui m'a aussi donné l'occasion de finir de lire le programme. Cette fois-ci, je suis au deuxième balcon, dernier rang légèrement de côté.

C'est loin, il faut les jumelles pour distinguer quelqu'expression sur le visage des chanteurs. Malgré cela, c'est un vrai plaisir d'être là. Les conditions d'écoute sont merveilleuses. La musique paraît beaucoup plus claire. Je n'ai vraiment pas entendu la même chose que la semaine dernière où j'étais au premier balcon. Bravo à l'orchestre de l'Opéra et à Daniel Oren.

Si j'y suis allé deux fois, c'est qu'il y avait essentiellement deux distributions différentes dans les deux premiers rôles. Si j'avais apprécié Stefano Secco et été un peu déçu par Tamar Iveri, les solistes de ce soir ont fait une très forte impression. A priori, je pouvais craindre de n'entendre pas un volume sonore suffisant depuis les places les plus éloignées du théâtre. Quand Massimo Giordano (Rodolfo) a commencé à chanter, cette crainte s'est évanouie. Il faisait ses débuts à l'Opéra de Paris avec cette production. Quels débuts ! Dans le rôle de Mimi, Inva Mula que j'avais déjà entendue dans Mireille était magnifique. C'était la dernière de Ludovic Tézier dans le rôle de Marcello pour ce passage ; les prochaines représentations seront assurées par Dalibor Jenis. Natalie Dessay a été une bonne actrice qui chante :

Musette : (Maintenant il s'agit de me débarasser du vieux)
(feignant d'éprouver une vive douleur)
Aïe !

Alcindoro : Qu'est-ce ?

Musette : Une douleur ! Une brûlure !

Alcindoro : Où cela ?

Musette : Au pied !

S'il y a un seul détail que je n'aime pas dans les prestations de Natalie Dessay, c'est que, parfois, quand le rôle fait qu'elle doit crier, un affreux bruit strident sort de sa bouche (le cas a dû se présenter au moins dans Lucia di Lammermoor et dans La fille du régiment). Le Aïe d'il y a une semaine rentrait dans cette catégorie. Celui de ce soir était nettement moins déplaisant. L'effet comique de la situation était peut-être mieux rendu aussi.

C'était une des plus belles soirées d'opéra que j'ai eues. Il est rare d'entendre quatre chanteurs aussi irréprochables dans les quatre rôles principaux d'un opéra, évoluer dans d'aussi beaux décors et une aussi belle musique.

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La Bohème à Bastille

2009-11-04 17:20+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2009-11-03

Stefano Secco, Rodolfo

David Bizic, Schaunard

Tamar Iveri, Mimi

Giovanni Battista Parodi, Colline

Ludovic Tézier, Marcello

Matteo Peirone, Benoît

Rémy Corazza, Alcindoro

Natalie Dessay, Musetta

Pascal Meslé, Parpignol

Andrea Nelli, Sergente dei doganieri

Marc Chapron, Un doganiere

Myoung-Chang Kwon, Un venditore ambulante

Daniel Oren, direction musicale

Jonathan Miller, mise en scène

Dante Ferretti, décors

Gabriella Pescucci, costumes

Guido Levi, lumières

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

La Bohème, Puccini

J'étais hier soir à l'Opéra Bastille pour voir La Bohème de Puccini. C'était la troisième représentation de cette saison, et au total la quatre-vingt-troisième dans cette mise en scène de Jonathan Miller à l'Opéra de Paris. J'ai été rejoint quelques minutes avant le début par Akynou. Depuis le milieu du rang 7 du premier balcon de côté, nous voyons les surtitres sans avoir à nous affaler sur nos sièges : l'information qu'un vendeur m'avait donnée selon laquelle le surtitrage avait été baissé un petit peu s'avère exacte.

Les chanteurs des quatre rôles principaux étaient Stefano Secco (Rodolfo), Tamar Iveri (Mimi), Ludovic Tézier (Marcello) et Natalie Dessay (Musetta). C'était la quatrième fois que j'entendais le ténor Stefano Secco. Comme toujours, il a été excellent. De même pour Ludovic Tézier à ceci près que je le voyais pour la septième fois. Lors du premier acte, la soprano Tamar Iveri n'était pas très enthousiasmante ; elle le fut davantage par la suite. Le deuxième acte est superbe. C'est aussi celui où le rôle de Musetta dans lequel Natalie Dessay faisait ses débuts était le plus consistant. Sans compter les CD, DVD et retransmission sur écrans de cinéma, c'est seulement le deuxième rôle d'opéra dans lequel je l'entends. Même si le rôle de Musetta est bien plus petit que celui de Lucia di Lammermoor qu'elle incarnait sur la même scène il y a trois ans, c'est toujours un plaisir de l'entendre.

Grâce à la musique de Puccini, aux chanteurs, aux superbes décors de Dante Ferretti, voilà une très belle production d'opéra.

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La Fnac Bastille fermera

2009-11-02 20:29+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je viens d'apprendre que la Fnac Bastille fermera fin décembre. Qu'après ce genre d'opérations on ne s'étonne pas que les gens n'achètent plus de disques.

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Die tote Stadt à Bastille

2009-10-25 02:03+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2009-10-24

Robert Dean Smith, Paul

Ricarda Merbeth, Marietta

Stéphane Degout, Frank/Fritz

Doris Lamprecht, Brigitta

Alexander Kravets, Graf Albert

Elisa Cenni, Juliette

Letitia Singleton, Lucienne

Alain Gabriel, Victorin

Serge Luchini, Gaston

Pinchas Steinberg, direction musicale

Willy Decker, mise en scène

Meisje Barbara Hummel, réalisation de la mise en scène

Wolfgang Gussmann, décors, costumes

Wolfgang Goebbel, lumières

Athol Farmer, chorégraphie

Patrick Marie Aubert, chef des chœurs

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Die tote Stadt, Erich Korngold

Je reviens de l'Opéra Bastille, où je n'avais mis les pieds pour assister à une représentation depuis cinq mois.

J'ai donc vu Die tote Stadt, opéra d'Erich Korngold. Le nom du compositeur ne dit peut-être pas grand'chose à grand'monde. Pourtant, on lui doit la musique de quelques films classiques comme Les aventures de Robin des bois (avec Errol Flynn).

L'histoire est un peu compliquée. À vrai dire, il ne se passe pas grand'chose de réel. On est en plein onirisme. Presque tout se passe dans un rêve (plutôt un cauchemar) de Paul. Il habite Bruges et a consacré une pièce de sa maison à la mémoire de sa défunte épouse. En apercevant une femme qui lui ressemble beaucoup, il croit avoir l'impression qu'elle revit. Cette femme, une danseuse, envahit son rêve. Ils se désirent, mais il n'est attirée par elle que parce qu'elle ressemble à sa femme, ce qu'elle ne peut accepter : elle se moque de lui. À la fin, il l'étrangle... Finalement, tout se termine bien : il se réveille, la danseuse revient le voir, comme si de rien n'était. Il finit par abandonner sa maison (il y a d'ailleurs un vrai suspense à la toute fin de l'opéra : de quel côté de la porte finira-t-il ?).

La mise en scène du premier acte est très statique. Aux deuxième et troisième, elle devient beaucoup plus intéressante. Le décor principal représente une pièce dans la maison de Paul. Un portrait de sa femme est visible. Quand il se met à rêver, une reproduction de cette pièce apparaît au fond de la scène. Malheureusement pour les spectateurs du deuxième balcon dont je faisais partie, on ne voyait de là que la moitié basse de cet élément du décor où évoluaient des personnages, puisqu'un rideau opaque situé en haut de la scène réduisait l'angle solide de visibilité. Pour souligner le flou onirique, le plafond et les murs étaient quelque peu déstructurés, en particulier, le plafond blanc de la pièce bougeait dans tous les sens, cachant aussi un peu ce qu'il y avait derrière. Je ne comprends pas comment on peut faire aussi peu de cas des spectateurs, comment est-il possible que personne n'ait dit : Stop ! Si on persiste à faire ça, on gâche le spectacle pour 20-25% des spectateurs. Remontons ces machins dans les cintres..

Ce point noir est compensé par la qualité des autres aspects de la mise en scène, et bien sûr par la musique. La musique est agréable à écouter. Elle fait souvent penser à Strauss et à Wagner, c'est dire si cela peut être exigeant pour les chanteurs. Les deux interprètes principaux (Robert Dean Smith, Ricarda Merbeth) faisaient leurs débuts à l'Opéra avec cette production et ils ont été formidables.

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Je n'achèterai pas le prochain CD de Natalie Dessay

2009-10-15 06:47+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Qu'il est décevant de recevoir une annonce Natalie Dessay : J-6 avant le nouvel album pour découvrir, à la lecture de la liste des titres, qu'il n'y a rien de nouveau dans ce disque, toutes ces scènes de la folie figurant dans des disques que les dessayöphiles ont déjà dans leur discothèque. La scène de la folie de Lucia di Lammermoor et d'I puritani (Elvira) sont dans Airs d'opéras italiens. La version française extraite de Lucie de Lammermoor est dans Le miracle d'une voix (et dans l'enregistrement intégral de cet opéra), tout comme Glitter and be gay (Cunégonde) et Ombre légère (Dinorah). La scène de la folie d'Ophélie est dans Airs d'opéras français.

Vu les noms des chefs d'orchestre, il semble qu'il s'agisse bien des mêmes enregistrements que ceux déjà publiés. Comment recycler du (pas si) vieux pour faire du soi-disant neuf.

Bien sûr, ce n'est pas ça qui me fera commencer à détester Natalie Dessay. Je me réjouis de l'entendre bientôt dans La Bohème, Das Weihnachts-Oratorium et La Sonnambula (œuvres que j'apprécie, pas comme Ein deutsches Requiem). Que ceux qui ne connaissent pas Natalie Dessay la découvrent avec ce disque, c'est tant mieux, mais il eût été plus élégant de ne pas prendre les autres pour des c....

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Un opéra provençal

2009-09-27 02:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2009-09-26

Inva Mula, Mireille

Charles Castronovo, Vincent

Franck Ferrari, Ourrias

Alain Vernhes, Maître Ramon

Sylvie Brunet, Taven

Sébastien Droy, Andreloun

Nicolas Cavallier, Maître Ambroise

Amel Brahim-Djelloul, Clémence

Anne-Catherine Gillet, Vincenette

Ugo Rabec, Le Passeur

Christian Rodrigue Moungoungou, Un Arlésien

Sophie Claisse, Une Voix d'en-haut

Alexandre Duhamel, L'Écho

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Nicolas Joel, mise en scène

Ezio Frigerio, décors

Franca Squarciapino, costumes

Vinicio Cheli, éclairages

Patrick Segot, chorégraphie

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Marc Minkowski, direction musicale

Mireille, Charles Gounod

Après avoir vu l'exposition, je suis allé ce soir voir une représentation de Mireille, opéra méconnu de Gounod, qui s'installe pour la première fois à l'Opéra. Il n'était pas gagné que je puisse entrer, vu que je n'ai pas encore payé mes places. Pourtant, ce n'est pas faute d'y avoir mis de la bonne volonté et du temps. Un formulaire d'abonnement envoyé fin mars/début avril, traité en juin. Entretemps, aucune somme n'a été débitée sur mon compte. Quelques coups de téléphone en septembre pour s'en étonner. À mon arrivée à Garnier, la queue pour retirer des billets est étonnamment longue. Je ne suis manifestement pas le seul dans ce cas. Le duplicata de billet est écrit à la main sur un tout petit bout de papier, numéroté 49979. Aimant bien utiliser mes billets d'opéra comme marque-pages, j'ai perdu une occasion de me ravitailler.

Je ne connais pas du tout Gounod. Dans ma discothèque, je n'ai que la valse Je veux vivre de Roméo et Juliette chantée par Natalie Dessay et l'air des bijoux de Faust (cf. Castafiore) par Anna Moffo. A fortiori, je découvrais cet opéra Mireille dont j'avais cependant eu le temps de lire le livret. Une histoire apparemment typique d'opéra où la soprano et le ténor s'aiment mais où le baryton veut les en empêcher.

La particularité de cet opéra est que l'action est située en Provence. Il s'agit d'une adaptation d'un poême de Frédéric Mistral. Mireille et Vincent s'aiment, mais Vincent est de moindre niveau social, il n'est que vannier. Ils jurent de faire le pèlerinage aux Saintes-Maries si l'un d'eux venait à souffrir. Lors d'une fête à Arles, Ourrias obtient la main de Mireille de son père, mais Mireille refuse. Ourrias et Vincent se battent. Vincent est blessé. Ourrias veut fuir en traversant une rivière, mais le bateau coule. Effrayée par la relation que lui fait Vincenette (la sœur de Vincent) de la blessure de Vincent, Mireille entreprend le pèlerinage. Elle est frappée par le Soleil dans le désert de la Crau. Lorsqu'elle arrive à l'église, Vincent l'attend, elle se met à délirer, son père tente de se faire pardonner et la donne à Vincent, mais il est trop tard.

Je suis plutôt content de ce spectacle. J'ai apprécié la musique fleurie de Gounod. Une petite déception avec le décor du deuxième acte. Je m'attendais à voir les arênes d'Arles comme il est prévu que ce deuxième acte se passe. Dans cette production, le décor champêtre ne change pas entre le premier et le deuxième acte (l'opéra en compte cinq). Au troisième acte, le tableau de la noyade d'Ourrias est sombre et de jolis mouvements de lumières donnent l'illusion que l'eau peinte du décor est recouverte de mouvantes vagues. J'imaginais cependant que cette scène serait plus effrayante (un chœur chante Les trépassés sortent glacés du gouffre sombre !), comme une traversée du Styx.

Malgré un français imparfait, la soprano Inva Mula a fait une très belle performance, notamment dans la scène de la Crau. J'ai entendu pour la première fois le ténor Charles Castronovo ; il m'a fait une très bonne impression. J'ai réentendu Sylvie Brunet dans un rôle sombre, celui de la sorcière Taven, qui fait ce qu'elle peut pour protéger Mireille et Vincent ; charmant air Voici la saison, mignonne, où les galants font leur choix. Après Padmâvatî, il y avait là une occasion de la voir à nouveau manipuler un trident (la scène où Padmâvatî embrochait son époux Ratan-Sen était assez spectaculaire). Amel Brahim-Djelloul (Clémence) a un trop petit rôle. J'apprécie toujours autant le timbre de la voix d'Anne-Catherine Gillet (Vincenette) que j'avais beaucoup aimée dans l'air air Je dis que rien ne m'épouvante dans Carmen. Toutes les deux faisaient leurs débuts à l'Opéra de Paris. J'en oublie quelques autres, comme l'éternel Alain Vernhes, qui a la voix la plus puissante du lot.

Conseil de placement à Garnier : éviter les deuxièmes rangs de loges. Si j'y avais fait davantage attention, j'aurais fait changer cette place pour ne pas être au deuxième rang d'une troisième loge : on ne voit pas toute la scène et même pour le milieu de la scène, il faut compter sur une configuration compatible des têtes des personnes situées devant. Pour voir mieux, mieux vaut être placé devant quitte à ce que ce soit un peu plus haut.

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Exposition Gounod, Mireille et l'Opéra

2009-09-11 20:45+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Expositions — Lectures

Profitant d'un petit déplacement à Paris, je suis passé à l'Opéra dans le but de voir l'exposition Gounod, Mireille et l'Opéra organisée conjointement par l'Opéra de Paris et la BnF. L'opéra Mireille de Gounod est en effet programmé pour l'ouverture de la saison, et ceux qui ont encore la télévision pourront le constater en direct sur France 3 lundi prochain.

Vu que je n'étais jamais allé à l'Opéra Garnier qu'à l'occasion de représentations, je ne savais pas trop quel chemin prendre. La Bibliothèque-musée de l'Opéra (rattachée à la BnF) étant le lieu putatif de l'exposition, je suis entré par la façade occidentale vu que celle-ci se trouve dans le pavillon de l'Empereur. À l'accueil et au contrôle de sécurité, on ne semble pas franchement au courant de l'existence de l'exposition, mais la carte de la BnF semble valoir sésame pour entrer (comme pour les autres expositions organisées par la BnF), et je me retrouve laché dans les escaliers latéraux de l'Opéra, avec pour indication qu'il faudrait aller au deuxième étage.

Je me retrouve ainsi devant une exposition permanente, où je vois notamment un portrait d'Albert Roussel, mais point de Gounod. Plus loin une belle porte en bois peu accueillante. Par chance, un employé en sort. Le temps de discuter avec lui de l'emplacement de l'exposition (première personne rencontrée qui semble au courant), j'aperçois l'intérieur, assez impersonnel, de la bibliothèque. L'exposition commence à l'étage d'en-dessous.

L'exposition n'intéressera sans doute que les passionnés d'opéra. On y trouve quelques affiches de différentes reprises de Mireille, quelques documents autographes de Gounod (peu lisibles !), un buste, un laissez-passer de l'Empereur pour Gounod, des photographies d'interprètes d'opéras de Gounod, des esquisses ou maquettes de décors, etc. et une pipe.

Si l'entrée fut gratuite, la sortie ne l'a pas été. On est en effet obligé de passer par la boutique, et si j'ai ainsi eu l'occasion d'acheter en avance le programme de Mireille (dans lequel on trouve un catalogue des documents présentés dans l'exposition, avec quelques reproductions en pleine ou double page), ce qui est neutre pour moi, je suis tombé par malheur pour ma bourse devant un DVD de L'Amour de loin de Saariaho, dont j'avais lu le livret par hasard il y a quelques mois après l'avoir acheté dans une gare. Comme on m'a adressé deux fois la parole en anglais comme si cela allait de soi, je suppose que la proportion de clients étrangers est assez élevée.

Le programme (12€, 200 pages en papier glacé !) de Mireille revient longuement sur les nombreuses modifications dont la partition a été la cible, afin, selon ses instigateurs de proposer une fin qui plût davantage au public et de rajouter du brillant (et un commentateur glose en disant que cela permettait surtout à l'épouse du directeur de théâtre, Marie Caroline Miolan-Carvalho de mieux briller...). Contrairement à ce qui se fait d'habitude, on ne trouve aucun document relatif à cette nouvelle production, hormis un texte du chef d'orchestre Marc Minkowski. Globalement, cela donne envie de se plonger dans le poème de Mistral, Mirèio. Aussi, cela me rappelle que je réentendrai avec plaisir Anne-Catherine Gillet (qui fera ses débuts à l'Opéra), Amel Brahim-Djelloul (idem), Sylvie Brunet, Nicolas Cavallier et d'autres.

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Carmen à l'Opéra Comique

2009-06-23 03:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Comique — 2009-06-19

Anna Caterina Antonacci, Carmen

Andrew Richards, Don José (actes 1 & 2)

Fabiano Cordero, Don José (actes 3 & 4)

Anne-Catherine Gillet, Micaëla

Nicolas Cavallier, Escamillo

Virginie Pochon, Frasquita

Annie Gill, Mercédès

Françis Dudziak, La Dancaïre

Vincent Ordonneau, Le Remendado

Matthew Brook, Zuniga

Riccardo Novaro, Moralès

Simon Davies, Lillas Pastia

Lawrence Wallington, Un guide

Sir John Eliot Gardiner, direction musicale

Adrian Noble, mise en scène

Mark Thompson, décors et costumes

Jean Kalman, lumières

Orchestre Révolutionnaire et Romantique

The Monteverdi Choir

Maîtrise des Hauts-de-Seine

Carmen, Georges Bizet

Je suis allé ce soir à l'Opéra Comique pour assister à une représentation de Carmen. Après Zoroastre et Le Roi malgré lui, cet opéra complète la série des trois opéras que j'avais décidé d'aller voir cette année à l'Opéra Comique. Les trois ont été de grandes réussites. J'y retournerai un peu plus souvent l'an prochain.

Avec La flûte enchantée, Armide et Werther, Carmen était un des opéras de la saison que j'attendais le plus. N'ayant alors pas trop d'idées sur les qualités respectives des places de la Salle Favart, j'avais pris à l'ouverture des réservations l'an dernier une place dans une très bonne catégorie afin d'être tranquille. Un premier rang de loge de côté (en fait presque de trois-quarts) au deuxième balcon (qui serait le premier balcon si le premier balcon avait été appelé corbeille).

Bien sûr, je voulais voir Anna Caterina Antonacci dans ce rôle. Depuis Agrippina en 2003, c'est probablement la chanteuse que j'aie le plus souvent entendue en concert : sept fois. Dès que Sir John Eliot Gardiner a posé le pied devant son pupitre, il commence à diriger le prélude sans même attendre que les applaudissements se soient dissipés. Après que le rideau sur lequel est écrit Carmen en lettres rouge sang s'est levé, le premier acte commence avec le chœur Sur la place, chacun passe dont j'aime particulièrement la sonorité des premières notes. Puis, après l'apparition de Micaëla à la recherche de José viendra le chœur des gamins, qui, contrairement à ce que j'avais noté, n'est pas interprété par le chœur Sotto Voce, dont je parlais dès le début de ce weblog, mais par la Maîtrise des Hauts-de-Seine. Les costumes, les loques, que portent les enfants nous transportent dans un quartier pauvre de Séville, où les luisantes cigarières en tenue décontractée s'affairent en sous-sol. Quand la cloche aura sonné, Carmen finira par paraître et l'ardent jeu de la séduction pourra commencer avec l'air L'amour est un oiseau rebelle, etc.

Le décor est en forme de fer à cheval rouge, placé à l'étage. On peut se figurer qu'il s'agit de l'enceinte d'une arène, ce en quoi le décor se transformera effectivement au quatrième acte (même si l'arène où brillera Escamillo sera en réalité hors-scène). La mise en scène d'Adrian Noble est excellente. On y trouve de superbes mouvements d'ensemble des chœurs. Dans ce genre, la scène qui suit le moment où Carmen a blessé au visage le Manuelita est impressionnante. Le combat d'Escamillo et de José à l'arme blanche est très bien chorégraphié, Nicolas Cavallier (Escamillo) ferait presque penser à Jean Marais. Sa façon de chanter ce rôle d'Escamillo, torero matamore, est parfaitement adaptée. Un petit bémol au sujet des souliers des choristes : en frappant le sol, ils faisaient vraiment trop de bruit, au point de gêner certains passages musicaux, fussent-ils secondaires.

Anna Caterina Antonacci m'enthousiasme toujours autant. Sa diction française est impeccable. Elle joue aussi très bien la comédie. Elle est secondée par Andrew Richards (Don José), qui sera remplacé pour les deux derniers actes par un ténor brésilien dont je n'ai pas retenu le nom. C'est dommage qu'il ait dû renoncer, je l'aimais bien. Toutefois, il aura un peu manqué de puissance pendant son duo avec Micaëla (Anne-Catherine Gillet). Dès le début de l'opéra, cette dernière me fait une très bonne impression. Mais le meilleur est à attendre : au troisième acte, elle est éblouissante dans Je dis que rien ne m'épouvante, le plus bel air de l'opéra. Une voix puissance capable d'exprimer de riches émotions.

Bref, un formidable spectacle, qui passera dans certains cinémas le 25 juin et sera diffusé sur France Musique le 30 juin.

Ailleurs : Akynou.

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Tosca à Bastille

2009-05-23 01:19+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2009-05-22

Adina Nitescu, Tosca

Aleksandrs Antonenko, Mario Cavaradossi

James Morris, Scarpia

Wojtek Smilek, Cesare Angelotti

Christian Jean, Spoletta

Matteo Peirone, Il Sagrestano

Yuri Kissin, Sciarrone

Christian Tréguier, Un Carceriere

Stefan Solyom, direction musicale

Werner Schroeter, mise en scène

Alberte Barsacq, décors et costumes

André Diot, lumières

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Monica Weitzfzelder, assistante à la mise en scène

Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Tosca, Giacomo Puccini

Comme Yohan, j'avais manqué Tosca l'année dernière du fait d'une grève, de RER en ce qui me concerne, alors que l'Opéra de Paris était lui aussi perturbé par un mouvement social. Cette production étant reprise pour la nième fois avec n grand cette année, j'avais inclus cet opéra à mon abonnement.

La représentation de ce soir était donc ma première occasion de voir un opéra de Puccini. J'avais déjà écouté Tosca au disque en préparation de la représentation à laquelle j'avais prévu d'assister l'année dernière, et avais aussi, plus récemment, écouté Madama Butterfly et visionné La Bohème. Ces trois opéras permettent de s'habituer au son particulier de Puccini.

Depuis mon dernier rang de premier balcon, au centre, j'ai besoin des jumelles pour distinguer quelqu'expression sur le visage des interprètes. La mise en scène et le décor ont peut être une part de responsabilité dans le fait qu'ils paraissent si petits. J'avais apprécié l'idée de réduire l'espace scénique dans Macbeth. Ici, les chanteurs évoluent dans un vaste espace sombre et austère, dépourvu d'inutile. Toutefois, le feuilletage du programme permet d'observer que la peinture de Marie-Madeleine (premier acte) est plus jolie que dans certains passages précédents de cette production !

Le drame se passe au moment de la bataille de Marengo. Scarpia lutte contre les républicains, comme Angelotti, que Cavaradossi a caché (pas pour longtemps, il se suicidera quand il sera découvert), mais il est en fait plus intéressé par Tosca, l'amante de Cavaradossi, et il fera pression sur elle en le torturant puis en la poussant à lui offrir son corps pour qu'il épargne Cavaradossi. Après lui avoir fait signer un laissez-passer, elle le poignarde. Le lendemain, à l'aube, un simulacre d'exécution de Cavaradossi doit avoir lieu. En fait, les balles sont réelles, Cavaradossi ne se relève pas ; Tosca, qui est maintenant recherchée pour le meurtre de Scarpia, se suicide.

Les trois rôles principaux de Tosca sont Floria Tosca (Adina Nitescu), Mario Cavaradossi (Aleksandrs Antonenko) et Scarpia (James Morris). J'ai apprécié les trois chanteurs et parmi eux tout particulièrement Adina Nitescu. Peut-être davantage encore que le chant, j'ai aimé la musique de Tosca, une continuité parsemée de leitmotivs.

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King Arthur au TCE

2009-05-12 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre des Champs-Élysées — 2009-05-11

Susan Gritton, soprano (Philidel, Nereid, Venus)

Deborah York, soprano (Philidel, Cupid, Nereid, She)

Mélodie Ruvio, mezzo-soprano

Anders J. Dahlin, haute-contre

James Gilchrist, ténor (Comus)

Andrew Foster-Williams, basse (Grimbald, Genius, Aeolus, Pan, He)

Le Concert Spirituel

Hervé Niquet, direction

King Arthur, Henry Purcell.

Je reviens du Théâtre des Champs-Élysées où avait lieu ce soir une représentation du King Arthur de Purcell, avec le Concert Spirituel dirigé par Hervé Niquet, dont j'avais apprécié l'interprétation de la Messe en si mineur l'année dernière Salle Pleyel.

La terminologie de semi-opera semble très bien choisie. Comme les passages parlés de l'œuvre originale ne sont pas représentés, il ne reste plus grand'chose qui ait un rapport avec l'épopée du roi Arthur. Dans les passages musicaux qui restent, ce thème ne semble plus qu'un prétexte pour invoquer Woden et Thor, dieux des Saxons et quelques divinités classiques comme Amour, Pan ou Éole, et surtout pour glorifier l'Angleterre, d'une façon qui frise parfois le ridicule :

Quoique la réputation de la Toison de Jason soit ancienne,
La laine anglaise vaut son pesant d'or ;
Aucune mine ne regorge davantage de richesses.
Elle protège les paysans du froid
Et procure ainsi la pourpre de Tyraux rois.
(Traduction Yvette Gogue, Erato)

Les solistes Susan Gritton, Deborah York, Anders J. Dahlin (qui fut Zoroastre récemment), James Gilchrist, Andrew Foster-Williams et Mélodie Ruvio (soliste du chœur) sont tous spécialistes de la période baroque. C'était un plaisir de les entendre et leur visage trahissait le plaisir de chanter cette œuvre. Certains passages font penser à de beaux oratorios anglais, mais parfois, on pourrait aussi bien s'imaginer à Versailes.

Parmi les moments inoubliables, le Génie du froid, initialement grelotant, réchauffé par Cupidon au troisième acte, ou la chanson à boire du cinquième acte (les membres du chœurs goûtant alors ostensiblement quelque breuvage). Une autre plaisanterie du même genre, au début du quatrième acte : avant que deux sirènes ne commencent à chanter quelque air marin, un drôle d'instrument manipulé par le percussionniste fait un bruit qui évoque sans doute le vent, le son enregistré d'un goéland se fait entendre et Hervé Niquet fait mine d'essuyer une déjection sur son costume.

Je ne connaissais pas cette œuvre de Purcell. Je l'ai beaucoup appréciée. Le public, très nombreux, aussi, apparemment.

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Le Roi malgré lui à l'Opéra Comique

2009-04-30 03:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Comique — 2009-04-29

Jean-Sébastien Bou, Henri de Valois, roi de Pologne

Magali Léger, Minka

Franck Leguérinel, Le duc de Fritelli

Sophie Marin-Degor, Alexina, duchesse de Fritelli

Gordon Gietz, Le comte de Nangis

Nabil Suliman, Laski, grand palatin

Didier Roussel, Basile, aubergiste / Liancourt

Brian Bruce, Elbeuf

Paolo Stupenengo, Maugiron

Jean-François Gay, Le comte de Caylus

Grégoire Guérin, Le marquis de Villequier

Jacques Gomez, Un soldat

Olivier Sferlazza, Bruno Andrieux, Jean-Benoît Terral, Comédiens

William Lacey, direction musicale

Laurent Pelly, mise en scène et costumes

Agathe Mélinand, dramaturgie et remise en forme du livret

Bernard Legoux, décors

Joël Adam, lumières

Lionel Hoche, collaborateur aux mouvements

Alan Woodbridge, chef de chœur

Chœurs de l'Opéra de Lyon

Orchestre de Paris

Le Roi malgré lui, Emmanuel Chabrier

Ah, si cela pouvait toujours être ainsi. Le Roi malgré lui est un très beau spectacle d'opéra, qui passe ces jours-ci à l'Opéra Comique. Merci à Kozlika de m'avoir suggéré d'y aller.

Il s'agit d'un opéra d'Emmanuel Chabrier sur un livret d'Émile de Najac et de Paul Burani, inspiré de la pièce de théâtre du même nom d'Ancelot. Le programme du spectacle indique que cette pièce était de Marguerite-Louise-Virginie Ancelot, alors que sur le microfilm d'une édition à la BnF, le nom de l'auteur indiqué est M. Ancelot et conformément catalogué au nom de Jacques-Arsène-François-Polycarpe Ancelot, son mari. C'est curieux.

Afin de me préparer à cette représentation, lors de précédentes visites à la BnF, j'avais lu le livret de cet opéra puis le texte de la pièce. Je ne comprends pas pourquoi ce livet est critiqué (jusque dans le programme). L'opéra est très quiproqué. Voici deux passages que j'avais trouvé très drôles ; le deuxième a été remis en forme par Agathe Mélinand pour cette production :

Nangis

Nangis ! Mais c'est...

Henri, s'avançant et l'interrompant

La ruse est subtile
De passer pour moi !
Mais ruse inutile,
C'est moi, Nangis ! C'est vous, le roi !

Minka

Tout à l'heure, ici même, madame la duchesse de Fritelli croyait que le roi était mort.

Nangis

Que dis-tu là ! Grand Dieu... qu'est-il arrivé. (Haut.) Courons Minka. Il me faut la preuve que c'est là une erreur...

Minka

Mais la preuve, monseigneur, je l'ai, puisque vous êtes vivant !

Petit résumé : Henri de Valois a été choisi par les Polonais pour devenir leur roi. Il y va à reculons. Un complot est ourdi par le grand palatin Laski pour le chasser et mettre je ne sais plus quel archiduc sur le trône. Sa nièce Alexina fut l'amante du roi incognito à Venise et il l'abandonna. Elle veut se venger de lui, bien qu'elle l'aime encore. Elle embrigade son mari dans le complot, c'est Fritelli, le grand chambellan d'Henri. Nangis, l'ami le plus fidèle d'Henri, s'est épris de Minka, l'esclave de Laski, qui vient au séjour du roi pour dénoncer le complot. C'est Henri, qui doit rester incognito jusqu'au sacre, qui la reçoit. L'idée d'un complot contre lui lui plaît, il décide de rejoindre les conjurés en se faisant passer pour Nangis, qu'il emprisonne. Nangis, le vrai, s'évadera et les conjurés réunis chez Laski se retrouveront avec deux personnes prétendant être Nangis. Les rôles sont inversés. Nangis prend son nouveau rôle de roi très au sérieux. Les conjurés ont peur des représailles d'un Henri qui reviendrait en Pologne avec une armée, ils préfèrent le tuer. Henri promet de se tuer lui-même. Nangis s'échappe encore une fois grâce à Minka qui le prend pour le roi. Le lendemain, Henri croit qu'il peut s'en aller avec le carosse qui avait été réservé par les conjurés. La réservation a été annulée quand il fut décidé de tuer Henri. Alexina, dont l'amour pour Henri, a repris le dessus, a fait en sorte que l'archiduc reparte en lui annonçant que le complot avait été mis au jour. Rien ne s'oppose plus à ce que Henri soit couronné, mais on le croit mort assassiné par Nangis (enfin Henri). Alexina essaie de fuir avec son cher assassin, mais tout est découvert. Vive le roi de Pologne ! Minka et Nangis sont mariés. Henri invite Fritelli, et donc son épouse, à le rejoindre à la cour.

C'est peut-être un peu compliqué, mais tellement drôle et vaudevillier. Le livret est bien supérieur au texte de la pièce de théâtre, dont la fin en queue de poisson était bâclée. Dans l'opéra, la fin s'étend sur un troisième acte supplémentaire. Quelques éléments ont de plus été ajoutés dans l'intrigue de façon à créer des situations bien plus amusantes. Ainsi, dans la pièce, Alexina était une orpheline, dont le tuteur, noble, avait été proscrit par les Médicis. Elle n'avait jamais été en amour avec Henri ; au contraire, le combat entre sa haine et son amour fait d'Alexina un beau personnage d'opéra. Le chambellan de Henri était français, aucunement lié à Alexina. En faire un personnage italien ajoute encore une dose de comique, d'autant plus qu'il doit gérer des intérêts contradictoires : le complot, la liaison entre Alexina et Henri, les Français, les Polonais.

Ma place au troisième balcon, très légèrement de côté, me permettait de voir toute la scène. Les sièges sont serrés et inconfortables. Le seul problème était que je ne voyais pas les surtitres, mais comme je connaissais déjà bien le livret, je n'ai pas eu de souci pour suivre. Je ne l'avais pas remarqué la dernière fois, mais en dehors du premier balcon, les couloirs sont recouverts de motifs en forme de croix gammées (qui sont inversées à l'orchestre). La construction date d'une autre époque... À l'entr'acte, on croise pas mal de gens ornés de décorations civiles, y compris un ancien ministre de l'économie. Pour voir davantage de ministres, il faut aller au rang 15...

La mise en scène de Laurent Pelly est en accord avec la légèreté de cet opéra. C'est très dynamique, à des années lumières d'un Deflo. Plein de très bonnes idées. Un peu de mise en abyme. Des costumes de Polonais emmitouflés comme des ours. Des chariots tractés qui évoquent les gondoles de Venise. Des éléments de décors qui apparaissent subitement lors de quelque évocation de lieu ou d'un besoin scénique : tiens, il faut que Minka entre en trombe, faisons apparaître une grande porte. Quelques plaisanteries, des mousquetaires évoqués, une pancarte Amour qui passe pendant un air où Minka chante C'est l'amour qui passe, etc. Pendant ces presque trois heures de spectacle, on ne s'ennuie pas !

Hormis Sophie Marin-Degor que j'avais un tout petit peu entendue, mais à peine entr'aperçue dans Le Martyre de Saint Sébastien, je voyais pour la première fois la plupart des chanteurs, plutôt jeunes, dynamiques et enthousiasmants : Jean-Sébastien Bou (Henri), Magali Léger (Minka), Franck Leguérinel (Fritelli), Sophie Marin-Degor (Alexina), Gordon Gietz (Nangis), Nabi Suliman (Laski). Je ne connaissais que l'air de Minka Il est un vieux chant de Bohème, je l'ai aimé, comme tous les airs de Minka. Le duo Minka-Alexina du troisième acte, chacune s'inquiétant pour son bien-aimé, est celui que j'ai préféré. J'ai apprécié le chœur de l'Opéra de Lyon, qui a eu plusieurs belles occasions de se mettre en valeur. Je connais très mal la musique de Chabrier. Elle s'écoute très bien. C'est souvent un peu dégoulinant et parfois à la limite de la fanfare (sans oublier le triangle hystérique), mais cela ne gâche rien.

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Altre Stelle au TCE

2009-04-28 00:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre des Champs-Élysées — 2009-04-27

Anna Caterina Antonacci, soprano

Pier et Jules Fack, les enfants

François-Xavier Roth, direction musicale

Juliette Deschamps, mise en scène

Nelson Wilmotte, décors

Macha Makeïeff, costumes

Andrea Santini, maquillage, coiffure

Joël Hourbeigt, lumières

Orchestre Les Siècles

Altre Stelle

  • Andante de la Symphonie nº2 (Étienne Nicolas Méhul)
  • La mort d'Ophélie, première partie (Berlioz)
  • Sicienne extraite d'Armide (Gluck)
  • Cruelle mère des amours (air de Phèdre, Hippolyte & Aricie, acte III) (Rameau)
  • Enfin il est en ma puissance (Armide, acte II, Gluck)
  • Ballet des Ombres heureuses, extrait (Orphée et Eurydice, Gluck)
  • Renaud, ciel me fuit ! Mortelle peine, Le perfide Renaud me fuit..., Quand le barbare était en ma puissance... (Armide, acte V, Gluck)
  • Ouverture de l'acte III, Du trouble affreux qui me dévore (Médée, Luigi Cherubini)
  • Air des Furies (Orphée et Eurydice, Gluck)
  • En mer, voyez, six vaisseaux, Ah, je vais mourir, Adieu, fière Cité (Les Troyens, acte V)
  • La mort d'Ophélie, deuxième partie (Berlioz)

Je vis mon premier opéra, Agrippina de Händel, en 2003, dans une très belle mise en scène de David McVicar. Agrippina était chantée par Anna Caterina Antonacci. Depuis, j'évite de manquer les occasions de la voir à Paris. Les programmes annuels du Théâtre des Champs-Élysées ayant un index par interprète, j'y trouvai sans peine le spectacle Altre Stelle où Anna Caterina Antonacci interprète cinq rôles de femmes en colère, trompées ou anéanties. Il ne s'agit pas d'un récital, puisque, mis en scène par Juliette Deschamps, la chanteuse et deux enfants portent des costumes de Macha Makeïeff et évoluent dans un sombre décor de Nelson Wilmotte.

Le théâtre avait convié des spectateurs à venir écouter une présentation de ce spectacle samedi dernier, à la Comédie des Champs-Élysées. La moyenne d'âge des présents était plus élevée que la moyenne habituelle de la salle, ce qui est difficile, vu la réputation du lieu en la matière ; j'ai longtemps craint d'être le plus jeune présent. Ce fut l'occasion de mettre une tête sur le directeur Dominique Meyer (qui s'en ira bientôt diriger l'Opéra de Vienne), sur Juliette Deschamps et surtout de voir de près Anna Caterina Antonacci en costume de ville s'exprimant dans un charmant français avec un petit accent italien qui disparaît quand elle chante.

Pendant l'ouverture (Méhul), deux enfants viennent écrire à la craie Altre Stelle et Autres étoiles, en majuscules accentuées, sur les murs asymétriques du décor (des deux côtés ! merci ! il est rare que les metteurs en scène pensent aux spectateurs placés de côté et non ubiquistes ; pour ma part, j'étais au premier balcon, assez près du centre), puis, une femme, présomptivement leur mère, ouvre un livre pour leur raconter une histoire. C'est le début de la mort d'Ophélie (Berlioz). La femme s'éloigne, change de costume, elle reparaît en Phèdre (Rameau), puis en Armide (de Gluck, à ne pas confondre avec celle de Lully, bien que ces deux opéras soient sur le même livret). En mesure de tuer Renaud, Enfin il est en ma puissance, elle cède du fait de son amour naissant pour lui. Plus tard, une lettre lui apprendra sa trahison... Quand le barbare était en ma puissance. Les ombres projetées du fait des lumières de Joël Hourbeigt illustrent bien le fait qu'Armide est une sorcière.

Nous aurons ensuite le droit d'entendre deux sortes de tempêtes musicales, alors que sur la scène sévit une tempête de neige. Médée (Cherubini) va s'en prendre à ses enfants. Au sujet des tempêtes, je suis étonné de n'avoir pas reconnu l'air des Furies d'Orphée et Eurydice (Gluck) ; il faudra que je regarde si cet air ne serait pas spécifique à une des versions de cette œuvre.

Abandonnée par le fils de Vénus, c'est au tour de Didon des Troyens (Berlioz) de s'illustrer par sa superbe mort. Antonacci ayant une inclination particulière pour Berlioz, il n'est pas étonnant que ces airs soient mes préférés de ce spectacle. (Que je regrette qu'en 2003/2004, je n'allasse pas encore régulièrement voir des opéras, j'eusse pu l'entendre dans le rôle de Cassandre ; ah, il semble que cela soit sorti en DVD...). C'est tellement bien que lorsque les lumières réalisent un fondu au noir, le public se met à applaudir. Ce n'est pas tout à fait terminé. Hors scène, la chanteuse referme la boucle avec la deuxième partie de la mort d'Ophélie.

De l'orchestre Les Siècles dirigé par François-Xavier Roth, j'ai trouvé que les instruments à vent avaient un son quelque peu bizarre. Malgré ce bémol, apparemment subjectif, puisqu'une dame italienne qui m'expliquera dans le métro n'avoir pas compris le concept du spectacle me fera au contraire l'éloge de l'orchestre, ce fut un très beau spectacle, qui repasse jeudi prochain, et sera diffusé sur France Musique le jeudi 21 mai à 20h.

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Un bal masqué à Bastille

2009-04-25 00:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2009-04-24

Ramon Vargas, Riccardo

Ludovic Tézier, Renato

Angela Brown, Amelia

Elena Manistina, Ulrica

Anna Christy, Oscar

Etienne Dupuis, Silvano

Mischa Schelomianski, Sam

Scott Wilde, Tom

Giudice, Giudice

Nicolas Marie, Servo d'Amelia

Renato Palumbo, direction musicale

Gilbert Deflo, mise en scène

William Orlandi, décors, costumes

Joël Hourbeigt, lumières

Micha van Hoecke, chorégraphie

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris

Un bal masqué, Guiseppe Verdi

Je reviens de l'Opéra Bastille où j'ai vu une représentation d'Un bal masqué de Verdi. Première déception en entrant : Deborah Voigt est remplacée par Angela Brown dans le rôle d'Amelia. Je n'avais vu aucune de ces deux sopranos américaines auparavant et n'avais pas d'autre inclination que celle, a priori, liée à la plus grande notoriété de Deborah Voigt. Comme j'avais prévu de voir l'une dans un mois et l'autre ce soir, ce remplacement fait échouer mes plans. Une surprise agréable, néanmoins : en Renato, la brochure de l'Opéra de Paris avait annoncé Frank Ferrari, mais c'est Ludovic Tézier qui est venu.

Lors de mon opéra précédent, j'avais été un peu déçu du grossissement de mes jumelles (3×), ce qui n'est pas terrible quand on est au deuxième balcon. Je rachetai donc une autre paire, d'une vingtaine d'euros, de masse semblable et surtout ayant un grossissement triple. Elle se tient un peu mieux en mains, ce qui est heureux parce qu'avec ce grossissement, il ne vaut mieux pas trop bouger. J'avais hâte de l'essayer.

Ma place était à la galerie nº3, premier rang, place une. Cette galerie, ainsi que la symétrique, doit être le meilleur endroit pour se faire une vue d'ensemble du théâtre. Acoustiquement, c'est aussi un endroit privilégié pour entendre les toussotements, d'où qu'ils viennent. Les barreaux du rebord gênent cependant la vue sur une bonne partie de la scène. On peut soit regarder à travers la quadrillage (en profitant de sa vision stéréoscopique pour voir à travers les barreaux), soit se mettre une cale dans le dos pour s'installer sur l'avant du siège et regarder par dessus la rambarde. Globalement, je trouve que c'est plutôt une bonne place.

Ayant eu le temps de lire le synopsis en quatrième vitesse, j'ai pu délaisser les surtitres et profiter de ce que mes jumelles me permettaient de voir les chanteurs en beaucoup plus gros qu'avec les précédentes ! Ramon Vargas occupait presqu'entièrement l'angle de vue. Leur utilisation depuis les places que j'occupe habituellement et sensiblement plus éloignées devrait s'avérer très confortable.

Les chanteurs des rôles principaux sont très bons. Ramon Vargas en Riccardo, Angela Brown en Amelia et surtout Ludovic Tézier en Renato, le meilleur ami du gouverneur Riccardo, qui se joint aux conjurés pour l'assassiner quand il découvre son idylle avec Amelia, qui est son épouse. Un beau tableau met en scène séparément Amelia, Riccardo (et un marin) auprès de la sorcière Ulrica (Elena Manistina) qui leur révèle à chacun leur futur. Dans le rôle travesti d'Oscar, le page de Riccardo, Anna Christy, que j'avais déjà eu l'occasion d'entendre dans le rôle de Cunegonde dans Candide, pétille.

Suite à des problèmes avec la censure, le livret situe l'action aux États-Unis d'Amérique, auxquels font penser certains décors et costumes. Très bien. Le problème est que la mise en scène est de Gilbert Deflo. Ce n'est cependant pas aussi pire que dans Luisa Miller. En dehors du tableau avec la sorcière et du dernier, les chanteurs sont trop souvent droits, immobiles face à la salle. Je ne sais pas ce qui a pris à une partie du public d'applaudir au dernier tableau quand le rideau s'est ouvert sur la scène du bal masqué. Il y avait là une belle mise en place et une gracieuse chorégraphie qui commençait, mais de là à applaudir alors que l'orchestre joue, cela devient vraiment n'importe quoi ; ce n'est pas comme si le public avait été préparé à une extase collective par une préalable succession de tableaux superbement mis en scène.

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Macbeth à Bastille

2009-04-14 02:41+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2009-04-13

Dimitris Tiliakos, Macbeth

Ferruccio Furlanetto, Banco

Violeta Urmana, Lady Macbeth

Letitia Singleton, Dama di Lady Macbeth

Stefano Secco, Macduff

Alfredo Nigro, Malcolm

Yuri Kissin, Medico / Domestico

Jian-Hong Zhao, Un sicario

Soliste de la Maîtrise des Hauts-de-Seine, Apparizione I

Denis Aubry, Apparizione II

Vania Boneva, Apparizione III

Jean-Christophe Bouvet, Duncan

Teodor Currentzis, direction musicale

Dmitri Tcherniakov, mise en scène, décors, costumes

Gleb Filshtinsky, lumières

Elena Zaytseva, co-costumière

Leonid Zalessky / Ninja Films, Réalisation de la vidéo

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Macbeth, Guiseppe Verdi

Je reviens d'une représentation de Macbeth à Bastille. Des cinq opéras de Verdi dont j'ai assisté à une représentation, c'est celui que j'ai le moins apprécié. Dans les extraits de lettres du compositeur que contient le programme, on le trouve presque plus préoccupé par la tragédie que par la musique.

Depuis l'avant-dernier rang du deuxième balcon, je n'entends guère Dimitris Tiliakos (Macbeth). J'apprécie davantage Violeta Urmana (Lady Macbeth). Hormis les sorcières sur lesquelles je reviens plus bas, les autres personnages sont secondaires. Par exemple, Stefano Secco (Macduff) ne chantera malheureusement qu'un seul air.

Deux décors sont utilisés. Le premier occupe tout l'espace scénique disponible, contient un réverbère et est entouré d'une douzaine de maisonnettes qui ne diffèrent que par la disposition des fenêtres. C'est dans cet espace que Macbeth et Banco entendent les oracles qui les concernent et qui conduiront Macbeth à commettre plusieurs assassinats pour obtenir la couronne d'Écosse et tenter de s'y maintenir. Dans cette production, le rôle des trois sorcières est chanté par le chœur. En voyant cette première scène, je me suis demandé comment le décorateur aurait envisagé le lieu plus intime de la résidence de Macbeth : je n'imaginais pas la planification de l'assassinat de Duncan dans un aussi grand espace. La transition avec le deuxième décor se fait à la manière d'Hitchcock, revue par Google Earth. Un petit mouvement de souris, on se déplace, on zomme sur la maison de Macbeth, on en fait le tour et on s'approche enfin de la fenêtre du salon. Quand la lumière est faite, le salon occupe la moitié de la largeur de la scène. On espionne chez Macbeth par la fenêtre. On ne surprend pas des amants, mais Lady Macbeth qui commence à avoir des pensées criminelles. D'après le livret, Lady Macbeth lit au début de cette scène la lettre de son mari ; ici, je ne sais pas exactement qui la lit, mais c'était parfaitement inaudible.

Ces interventions de personnages ou d'instruments depuis les coulisses se sont répétées jusqu'à la fin. J'ai trouvé cela dommage, cela donne un peu l'impression qu'on ne savait pas où les mettre, et que par défaut, on les a laissés en coulisses ; si ce procédé n'était pas toujours injustifié, j'ai trouvé qu'il était un peu trop utilisé. L'idée de passer de trois sorcières à un chœur plus volumineux est intéressante, mais ces séquences où tout l'espace de la scène était occupée m'ont déstabilisé : quand un personnage non anonyme intervient, la mise en scène devrait nous le faire ressortir de la masse d'une manière ou d'une autre ; ici, à plusieurs reprises, je ne savais pas trop où regarder pour le voir.

Cela dit, globablement, j'ai plutôt apprécié cette mise en scène et ces décors. Parmi les choses qui m'ont plu : la scène mimée où l'on voit le roi Duncan (peut-être un peu trop méprisant pour ses hôtes), la chanson à boire où Lady Macbeth réalise des tours de magie tandis que Macbeth voit des apparitions. Il y a aussi une surprise que je ne dévoilerai pas ici.

S'il n'y avait la chanson à boire, cet opéra serait uniformément sinistre. Le compositeur ayant décidé d'éviter tout ce qui était dramatiquement superflu, on ne trouve pas moult airs agréables à écouter. Je connaissais mal cet opéra, n'ayant qu'un enregistrement techniquement nul avec la Callas. Je ne sais donc pas à quoi doit ressembler une bonne interprétation de cette œuvre ; toujours est-il que pendant le premier acte, j'ai trouvé le son de l'orchestre assez brouillon. En revanche, le syndrome de l'hydr'avion était parfaitement maîtrisé.

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La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur

2009-04-05 11:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Dans une entrée précédente, je discutais de mes impressions au sujet d'une retransmission d'une représentation de La Sonnambula, opéra de Bellini, et d'une perplexité qui avait refait surface à propos des liens familiaux supposés ou non entre Amina et le Comte Rodolfo. Entretemps, j'ai retrouvé ce que je cherchais dans les textes d'introduction de la production dont j'ai un enregistrement (Evelino Pidò, Opéra national de Lyon, avec Natalie Dessay, 2007) : la mention du fait qu'Amina était la fille naturelle de Rodolfo se serait trouvée dans une version préliminaire du livret de l'opéra.

Après avoir lu sur Gallica le texte du ballet de Scribe et Aumer, je suis allé hier à la BnF pour consulter d'autres sources littéraires. Ce fut l'occasion d'utiliser pour la première fois un lecteur de microfiches ; un livre tient sur une ou plusieurs fiches (mesurant environ 10 × 15 cm²) que l'on projète sur un écran ; c'est assez confortable à lire, en blanc sur fond noir. J'ai ainsi lu d'une part une analyse du ballet par un certain M. H. (de moindre qualité que le texte de Scribe et Aumer qui décrivait succintement chaque scène) et d'autre part le texte de la pièce de Scribe et Delavigne dont le ballet est inspiré (il est à noter que la pièce contenait des passages chantés). Voici un tableau récapitulatif des correspondances :

Titre La Somnambule La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur La Sonnambula
Genre Comédie-vaudeville Ballet-pantomime Opéra
Auteurs Eugène Scribe et Germain Delavigne Eugène Scribe et Jean-Pierre Aumer, musique de M. Hérold Felice Romani, musique de Vincenzo Bellini
Création 1819, Théâtre du Vaudeville, Paris 1827, Opéra de Paris 1831, Teatro Carcano, Milan
Lieu de l'action (Non précisé) En Provence, dans l'île de la Camargue, auprès d'Arles Un village suisse
La Somnambule Cécile Thérèse Amina
Son parent M. Dormeuil, son père Mme Michaud, meunière, sa mère adoptive Teresa, meunière, sa mère adoptive
Son fiancé Frédéric de Luzy Edmond Elvino
L'étranger Gustave de Mauleon M. Saint-Rambert Le comte Rodolfo
L'aubergiste ― (Mauleon est logé dans le pavillon de Dormeuil) Mme Gertrude Lisa

(Je renonce à comprendre la logique des changements de noms d'une œuvre à l'autre, et aussi l'helvétotropisme.)

L'intrigue de l'opéra est presqu'identique à celle du ballet, mais elle diffère de façon très-significative de celle de la pièce. Dans le ballet et l'opéra, un mariage se prépare entre une jeune fille dont on découvrira qu'elle souffre de somnambulisme et un jeune homme. Le contrat de mariage est signé ; la cérémonie religieuse est prévue pour le lendemain. Un étranger arrive au village où il a l'intention de passer la nuit avant de continuer sa route. Il rejoint la chambre qu'il a louée. Il flirte avec l'aubergiste qui laisse tomber son fichu et s'enfuit quand elle entend des bruits de pas. La somnambule rejoint l'étranger qu'elle prend pour son futur mari, ce qui trouble bien sûr l'étranger. La somnambule finit par s'endormir dans sa chambre. Pendant ce temps, au village, on a découvert que l'étranger était en fait le nouveau seigneur et on vient à son réveil lui manifester un joyeux accueil digne de son rang. Le scandale éclate quand on trouve la mariée dans sa chambre. L'étranger défend sa vertu en expliquant qu'elle souffre de somnambulisme. À d'autres. Son fiancé refuse de se marier avec elle et pour se venger, décide aussitôt d'épouser l'aubergiste (qui a un faible pour lui). Alors que la cérémonie se prépare, la mère de la somnambule intervient en brandissant le fichu de l'aubergiste qu'elle avait trouvé dans la chambre de l'étranger. Nouvel émoi, vite surpassé par l'arrivée de la jeune fille en état de somnambulisme. Elle se lamente sur son sort, clame son innocence et pourtant souhaite le bonheur à son ex-futur mari. Ce dernier est ému et quand elle se réveille, il lui dit qu'elle ne rêve pas et qu'elle est bien en train de voir son époux.

Dans la pièce, le personnage de l'aubergiste n'existe pas. Mauleon est hébergé dans un pavillon par Dormeuil. Mauleon est un ancien ami de Frédéric et un ancien prétendant à la main de Cécile. Elle avait refusé sa proposition le lendemain d'un bal où il avait passé la soirée à danser avec une autre ; pourtant ces deux-là s'aimaient sincèrement. Par dépit, elle avait accepté la demande en mariage de Frédéric. Quand elle voit Mauleon débarquer le jour de son mariage (il est là par hasard), elle est troublée. Quand elle le rejoint dans le pavillon en état de somnambulisme, elle semble essayer de dialoguer avec lui et d'apaiser sa conscience à propos du malentendu qui conduisit à ce qu'elle repoussât sa proposition ; bref, elle l'aime et regrette de n'avoir alors pas accepté.

Quand Frédéric entre dans le pavillon au matin, Mauleon essaie d'éviter qu'il ne regarde de l'autre côté du paravent où Cécile s'est endormie. Quand cela se produit enfin, elle a disparu : il ne reste plus que son schall. [...] La deuxième scène de somnambulisme dévoile l'amour de Cécile pour Mauleon. Frédéric, qui a déjà vu quatre de ses projets de mariage échouer, renonce à épouser Cécile et la donne en mariage à son ami. (On peut noter que dans le ballet, une renonciation hétérologue est exprimée par Mme Gertrude qui laisse Edmond épouser Thérèse ; dans l'opéra, Lisa se fait tout simplement oublier.)

Faire de Rodolfo le père d'Amina semblait être une bonne idée, puisque, de même que la passion liant Cécile à Mauleon expliquait que ses rêves et donc son somnambulisme la fît tendre vers lui, cette filiation rendait plausible qu'elle fût attirée vers lui. Cela eût aussi été cohérent avec la nostalgie qu'exprime Rodolfo dans la première scène. Cela dit, on imagine mal comment insérer cette révélation à la fin de l'opéra sans casser l'ambiance et tomber dans le ridicule qu'évoque Beaumarchais en imaginant comment écrire un Barbier de Séville qui plût à la critique :

Ce Figaro, qui pour toute famille avait jadis connu sa mère, est fils naturel de Bartholo. Le médecin, dans sa jeunesse, eut cet enfant d'une personne en condition, que les suites de son imprudence firent passer du service au plus affreux abandon.

Mais avant de le quitter, le désolé Bartholo, Frater alors, a fait rougir sa spatule ; il en a timbré son fils à l'occiput, pour le reconnaître un jour, si jamais le sort les rassemble. [...]

À l'instant, la plus touchante reconnaissance a lieu entre le médecin, la vieille et Figaro : C'est vous ! c'est lui ! c'est toi ! c'est moi ! Quel coup de théâtre.

Dans le genre, Palpatine avait relevé le ridicule des retrouvailles entre Idomeneo et Idamante dans Idomeneo de Mozart.

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Zoroastre à l'Opéra Comique

2009-03-26 08:31+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Comique — 2009-03-25

Anders J. Dahlin, Zoroastre

Evgueniy Alexiev, Abramane

Sine Bundgaard, Amélite

Anna Maria Panzarella, Érinice

Lars Arvidson, Zopire, La Vengeance

Jakob Högström, Narbanor

Gérard Théruel, Oromasès, Une voix souterraine

Ditte Andersen, Céphie

Christophe Rousset, direction musicale

Pierre Audi, mise en scène

Amir Hosseinpour, chorégraphie

Patrick Kinmonth, décors, costumes

Peter Van Praet, lumières

Bo Wannefors, chef des chœurs

Chœur et danseurs du Drottningholms Slottsteater

Les Talens Lyriques

Zoroastre (seconde version), Rameau

Je suis allé hier soir pour la première fois à l'Opéra Comique. Le théâtre est de dimension relativement modeste par rapport à pas mal d'autres salles parisiennes. Les toilettes sont appelées lavabos et sont mixtes, ce qui ne laisse d'étonner (depuis l'École normale, je n'ai pas souvenir d'avoir vu d'autre lieu où ce soit le cas) ; robinets malpratiques (oui, je sais, ce mot n'existe pas, mais depuis que j'ai vu le Figaro qualifier les personnalités issues de l'Outremer d'ultramarines, je ne crains plus rien ; dit-on que les Américains sont ultra-atlantiques ? je dois confondre avec ultra-atlantistes).

Je m'installe à ma place. Troisième et dernier rang de trois quarts du deuxième balcon. Malgré les têtes des deux rangs précédents, l'ensemble de la scène est dans mon champ de vision. Je n'ai qu'une vue partielle sur Les Talens lyriques et il me faut me lever pour apercevoir le chef Christophe Rousset qui va diriger Zoroastre (seconde version) de Jean-Philippe Rameau.

L'opéra compte quatre personnages principaux : Zoroastre (ténor), Amélite (soprano) qui s'aiment, mais qui sont menacés par l'alliance des deux amoureux déçus Abramane (baryton) et Érinice (soprano). Les deux camps font usage de la magie et de pouvoirs divins pour contrer les attaques de l'autre. Happy ending. La divinité invoquée par Zoroastre anéantit ses adversaires aux pratiques sacrificielles.

On apprend dans le programme (élégamment mis en page, avec seulement trois pages de pub'), on apprend que Zarathushtra ne doit pas être traduit en étoile d'or (comme le fait penser Zoroastre, qui est une francisation du nom grec), mais en celui qui a de vieux chameaux.

Les chanteurs, nonobstant l'origine scandinave de la plupart, donnent l'impression d'avoir parlé français toute leur vie tant la diction est correcte et le texte ainsi rendu intelligible, les sur-titres sont presqu'inutiles. Comme toujours avec Rameau, la musique est très belle et on a plaisir à écouter l'orchestre.

J'ai beaucoup apprécié la mise en scène de Pierre Audi, à laquelle la chorégraphie des parties dansées concourt harmonieusement. On l'apprécie d'autant plus que le décor est très dépouillé, à tel point que dans le dernier acte, le théâtre est nu, on se serait cru dans un film de Lars von Trier.

Ayant commencé à 20h et entrecoupée de deux entr'actes, la représentation de cet opéra en cinq actes se termine à 23h30 ; avec le RER A et la correspondance triviale à Châtelet pour le RER B, je suis chez moi à peine une heure plus tard.

Une diffusion en direct est prévue sur Radio classique le 27 mars.

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Quand je lis ça...

2009-03-23 19:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Quand je lis ça, je me dis qu'il sera difficile de résister à l'envie de prendre un abonnement pantagruélique à l'Opéra de Paris l'an prochain...

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La Sonnambula au Met, à la Géode

2009-03-22 01:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

La Géode, en direct du Met — 2009-03-21

Natalie Dessay, Amina

Juan Diego Flórez, Elvino

Michele Pertusi, Il conte Rodolfo

Jennifer Black, Lisa

Jane Bunnell, Teresa

Bernard Fitch, Un notaro

Jeremy Galyon, Alessio

Chœur, ballet et orchestre du Metropolitan Opera

Evelino Pidò, direction musicale

Mary Zimmermann, mise en scène

La Sonnambula, Bellini

J'étais en fin d'après-midi à la Géode pour assister en direct (ou plutôt en léger différé) du Metropolitan Opera (New-York) à une représentation de l'opéra La Sonnambula de Bellini.

Si c'était à refaire, je choisirais peut-être un cinéma ayant un écran plat, plutôt qu'un écran sphérique. La liste des cinémas français participant à ces retransmissions en direct est trouvable sur le site de CielÉcran ; le prochain opéra ainsi diffusé sera La Cenerentola de Rossini, le 9 mai ; la programmation de l'année prochaine contient quelques opéras qui promettent (Les Contes d'Offmann (sic) avec Villazón, Netrebko notamment, Hamlet avec Natalie Dessay, Simon Keenlyside).

20€, c'est bien plus cher qu'une place de cinéma. Pour ce prix-là, on peut aussi aller à l'opéra de Paris, mais il faut s'être levé tôt, pas pour aller travailler, mais pour aller faire la queue. Bref, a priori, c'est peut-être un tantinet cher.

La mise en scène de Mary Zimmermann est une mise en abyme. Le décor est celui d'une salle de répétition où on prépare une représentation de La Sonnambula. Natalie Dessay (Amina) descend les marches pour entrer sur le parquet dans un costume de star et se fait habiller. Après que la scène des fiançailles avec Juan Diego Flórez (Elvino) a été répétée, les chanteurs se mettent à l'écart du reste de la troupe et un duo d'amour lie les deux chanteurs, qui ne sont plus les Amina et Elvino de l'opéra mis en abyme. Le principe de cette mise en scène marche très bien pendant l'essentiel du premier acte. Cela se gâte à la fin de cet acte et pendant le deuxième, puisqu'on ne peut plus alors dire qu'il y ait deux histoires imbriquées l'une dans l'autre, mais seulement l'opéra de Bellini, joué dans des costumes et un décor new-yorkais plutôt que tyroliens.

La manière de filmer privilégie les gros plans sur les chanteurs, de préférence en contre-plongée depuis une caméra mouvante. Jamais sur une scène d'opéra, on ne verra les chanteurs en si grand. Même depuis les tous premiers rangs, ce n'est pas si impressionnant. Un gros couac dans la réalisation quand la caméra s'attarde interminablement sur la mère d'Amina (Jane Bunnell) alors qu'il faudrait nous montrer Lisa (la très dynamique Jennifer Black), qui ne sourit plus après que sa duplicité a été mise au jour.

Si on aime écouter de belles voix, cet opéra est un pur plaisir. Celle qui a le plus d'occasions de se mettre en valeur est celle du personnage d'Elvino, élégamment interprété par Juan Diego Flórez, qui livre prouesses sur prouesses vocales. Il occupe le devant de la scène pendant la quasi-totalité de l'opéra. De très beaux duos avec Natalie Dessay. Cependant, il faudra attendre les tout derniers numéros de l'opéra pour entendre son talent s'exprimer pleinement.

Elvino voudrait qu'on lui prouve qu'Amina ne l'a pas trompé avec le Comte Rodolfo. Amina entre sur scène. Somnambule, elle est inconsciente de la présence des autres. Elle chante son amour pour Elvino. Pendant le superbe air Ah ! no credea mirarti, une bande de parquet s'est avancée au-dessus de la fosse avec Natalie Dessay dessus ; comme cet air est plus émouvant sur scène qu'au disque ! Quand elle se réveille, Elvino, qui s'était détourné d'elle, se présente à elle en se déclarant son époux. Le chœur a revêtu des costumes tyroliens. Le ballet de l'opéra réalise des mouvements de danse de circonstance. On habille rapidement Amina et Elvino conformément au nouveau dressing code ; Amina peut se réjouir et faire partager sa joie avec l'air Ah ! non giunge uman pensiero.

Il me semblait que l'on découvrait à la fin de l'opéra que Rodolfo était le père d'Amina, ce qui expliquait qu'elle fût attirée vers lui pendant sa crise de somnambulisme. Pour essayer de trouver une explication, je suis allé lire le texte du ballet-pantomime de Scribe et Aumer intitulé La Somnambule ou l'arrivée d'un nouveau seigneur sur Gallica. Rien. Rodolfo (Saint-Rambet) est trop jeune pour avoir eu une fille en âge de se marier. J'avais probablement lu cette explication dans le texte d'introduction à l'opéra dans le coffret de CD de l'enregistrement que j'en possède.

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Werther à Bastille

2009-03-07 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2009-03-06

Rolando Villazón, Werther

Ludovic Tézier, Albert

Alain Vernhes, Le Bailli

Christian Jean, Schmidt

Christian Tréguier, Johann

Susan Graham, Charlotte

Adriana Kucerova, Sophie

Vincent Delhoume, Brühlmann

Letitia Singleton, Kätchen

Kent Nagano, direction musicale

Jürgen Rose, mise en scène, décors, costumes, lumières

Michael Bauer, lumières

David Coleman, études musicales

Martina Weber, assistante à la mise en scène

Gaël Darchen, chef des chœurs

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Werther, Massenet

Ah, donc, vous voulez voir Villazón ? Voilà ce que me demandait au téléphone un employé de l'Opéra de Paris au moment de finaliser mon abonnement. Je répondis par l'affirmative et au lieu de la raisonnable sixième catégorie, je dus donc me résoudre à prendre une onéreuse place en quatrième catégorie.

L'opéra de Massenet est une adaptation du roman épistolaire Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Ce roman est dans ma bibliothèque depuis plusieurs mois, mais je n'ai pas encore pris le temps de le lire.

J'ai trouvée que la mise en scène de Jürgen Rose était très réussie. En particulier, j'ai apprécié l'idée permettant d'évoquer avec le plus d'acuité le tourment du héros et sa solitude. En effet, même quand il ne prend pas part à la scène, il reste assis à sa table de travail, qui est fixée sur un rocher situé au milieu du décor qui tourne, au sens propre, autour de lui. J'ai un peu plus modérément aimé le fait de recouvrir le décor de fragments de lettres, mais pourquoi pas. Quelques curiosités : même au plus fort de ses face-à-face avec Charlotte, Werther, debout, continue à écrire dans ses carnets ; quand Charlotte s'exclame Werther en se rendant compte de sa présence, elle lui tourne le dos !

Suivant les dates, deux versions de l'œuvre sont présentées. Dans la version pour baryton, c'est Ludovic Tézier qui joue Werther ; c'est d'ailleurs ce qui est arrivé pour la première où Rolando Villazón s'est fait remplacer. Dans la version originale pour ténor, Werther est joué par Rolando Villazón, Charlotte par Susan Graham, Sophie par Adriana Kucerova et Albert par Ludovic Tézier. J'avais déjà eu l'occasion d'entendre ce dernier dans Falstaff et dans Lucia di Lammermoor, inutile de dire qu'il est toujours aussi bon. Je n'avais jamais entendu Susan Graham ni Adriana Kucerova. Le rôle de la jeune Sophie semble fait pour Adriana Kucerova. Susan Graham est impressionnante, autant par la voix que par son jeu. Reste Rolando Villazón. Vu son remplacement lors de la première et les craintes au sujet de sa voix, il y avait de quoi avoir peur pour lui. Le premier acte ne mettant que modérément son talent en valeur, j'ai attendu le deuxième acte pour m'enthousiasmer en l'écoutant chanter l'air Un autre est son époux !. Les scènes en duo avec Susan Graham sont bouleversantes de lyrisme, avec une progression entre le deuxième acte où Charlotte ne paraît pas excessivement affligée et la déchirante mort du héros au quatrième acte, en passant par le troisième acte où elle est torturée par ses sentiments.

Renaud Machart, du Monde, n'a pas du tout aimé cette production. C'est plutôt bon signe. En revanche, Marie-Aude Roux, malheureusement trahie par le typographe, dresse un portrait sensible du ténor français et s'interroge sur sa voix menacée.

Ailleurs : Palpatine 1, 2.

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Idomeneo à Garnier

2009-02-28 01:56+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Garnier — 2009-02-27

Paul Groves, Idomeneo

Joyce DiDonato, Idamante

Camilla Tilling, Ilia

Mireille Delunsch, Elettra

Johan Weigel, Arbace

Xavier Mas, Il gran sacerdote

Ilya Bannik, La voce

Yun-Jung Choi, Anna Wall, Due Cretesi

Jason Bridges, Bartlomiej Misiuda, Due Troiani

Luc Bondy, mise en scène

Erich Wonder, décors

Rudy Sabounghi, costumes

Dominique Bruguière, lumières

Geoffrey Layton, dramaturgie

Arco Renz, chorégraphie

Catherine Friedlang, styliste des coiffures

Winfried Maczewski, chef des chœurs

Iñaki Encina Oyón, assistant à la direction musicale

Thomas Hengelbrock, direction musicale

Idomeneo, Wolfgang Amadeus Mozart

Je suis allé ce soir à la première représentation de la reprise d'Idomeneo. Je ne sais plus très bien pourquoi j'avais inscrit cet opéra de Mozart à mon abonnement ; peut-être parce que Joyce DiDonato était dans la distribution ? L'opéra m'a semblé moins ennuyeux que je ne l'avais ressenti en en écoutant un enregistrement. Cela dit, le troisième acte est nettement plus enthousiasmant que les deux premiers.

L'histoire est abracadabrantesque. Idoménée, roi de Crète, manque mourir en mer. Il n'est épargné par Neptune que parce qu'il a promis de sacrifier la première personne qu'il rencontrera après avoir débarqué. Le problème, c'est qu'il voit Idamante, son propre fils. Pour le protéger, il l'éloigne, mais Neptune fait apparaître un monstre marin meurtrier. Idamante, déçu de la volonté de son père de l'éloigner, cherche la mort en allant combattre le monstre, mais il parvient à le vaincre. Idoménée révèle que la victime sacrificielle que Neptune attend est Idamante. Celui-ci s'offre en sacrifice sous le fer d'Idoménée, mais au dernier moment, une voix caverneuse s'élève pour satisfaire Neptune, il suffit qu'Idamante abdique en faveur de son fils. Sur cette histoire, se greffe une rivalité amoureuse entre Ilia et Électre pour Idamante. Ilia est tourmentée par la contradiction entre d'une part l'honneur de Troie dont elle est issue et d'autre part son amour pour Idamante. Idamante l'aime aussi, mais il méconnait les sentiments d'Ilia. Électre est un personnage qui ne semble exister ici que pour faire obstacle à l'amour entre Ilia et Idamante.

Une fois que l'on a en tête le résumé, j'ai l'impression que l'on ne perd pas grand'chose en ne regardant que très distraitement les sur-titres afin de viser les solistes avec les jumelles. Les chanteurs des rôles principaux sont tous très bons : Paul Groves (Idoménée), Joyce DiDonato (Idamante), Camilla Tilling (Ilia) et Mireille Delunsch (Électre). Par contre, le décor est un peu trop minimal et est revêtu de bien curieuses couleurs. Je n'ai pas aimé les lumières non plus, puisque comme trop souvent, les ténèbres envahissent la scène de sorte que le seul moment pour vraiment bien voir les chanteurs est à la fin du spectacle, quand ils viennent saluer...

À part ça, le deuxième rang des troisièmes loges de côté, c'est horrible ; je préfère très nettement le premier rang des quatrièmes. De là, à moins de se tordre dans tous les sens, une bonne partie de la scène n'est pas visible et pour les parties visibles, il faut compter sur l'absence de conjonction avec les têtes des spectateurs du premier rang. Je n'ose imaginer ce que ça doit être pour ceux du troisième rang, qui devaient carrément se lever pour y voir quelque chose.

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Slumdog Crorepati

2009-01-27 12:32+0530 (சென்னை) — Culture — Opéra — Voyage en Inde VI

Hier, je suis retourné aux cinémas Satyam pour faire usage du ticket que j'avais acheté la veille pour une séance de Slumdog Crorepati. Je ne suis pas arrivé suffisament en avance pour déjeuner au restaurant avant d'entrer, j'ai donc mangé debout dans une dhaba en face. J'ai demandé des samosas, mais à peine l'homme les avait-il saisis qu'ils se sont retrouvés en miettes, mélangés à une sauce et saupoudrés de quelques autres ingrédients. C'était plutôt bon. En fait, il y avait un restaurant à l'intérieur du cinéma, peut-être pour une prochaine fois.

Contrairement à la plupart des cinémas indiens qui diffusent un unique film trois ou quatre fois par jour, ce cinéma est un grand édifice avec six salles, des guichets de réservation informatisés très modernes (la fréquence de défilement des écrans annonçant les disponibilités de chaque film est quasi-stroboscopique...).

Je monte dans la salle Santham, qui est complètement remplie et m'installe à ma place (un peu chère payée pour un cinéma en Inde : cent roupies alors que d'habitude, je paye plutôt autour de quarante ou cinquante roupies). Divers écrans publicitaires et bandes-annonces toujours précédées d'un écran montrant le visa de la censure. Le film d'aujourd'hui serait dans la catégorie (A), bref, interdit aux moins de dix-huit ans.

Le film est en double flash-back. Jamal Malik est interrogé par la police après avoir répondu brillamment aux questions du jeu Who wants to be a millionaire? ; on le soupçonne d'avoir triché. On est soit au poste de police, soit dans le jeu télévisé, soit dans des scènes de l'enfance du personnage qui, tout en montrant l'horreur de sa vie dans son slum, expliquent pourquoi il sait qui est l'acteur de tel ou tel film ou bien ignore ce que Rama tient dans sa main droite dans l'iconographie hindoue.

C'est un très beau film, montrant un envers invisible de situations bien observables en Inde. Si ce n'est quelques images du Taj Mahal ou du slum, peu de plans larges dans ce film, ce qui nous immerge dans le cœur de l'action (mais heureusement pas de l'olfaction !).

Comme l'a noté Palpatine, on trouve dans ce film un clin d'œil musical à Orphée et Eurydice de Gluck (en français ! par l'orchestre Lamoureux). Cela fait bien sûr écho à l'histoire de Jamal et Latika depuis leur enfance. Si ma mémoire est bonne, le film se termine comme dans cet opéra (ce n'est pas vraiment un spoiler, ça, si ?).

Le public indien ne boude pas ce film, bien au contraire. Contrairement à ce que j'ai observé plusieurs fois, le public est resté parfaitement silencieux pendant le film et certains ont même applaudi à la fin. Ce week-end, l'équipe du film participait à un débat pas inintéressant sur NDTV (la seule chaîne d'information convenable en Inde). En dehors des questiosn importantes, on se demandait si Shahrukh Khan avait été approché pour le rôle joué par Anil Kapoor. Les réponses ont plutôt été discordantes : Anil Kapoor remerciait SRK pour lui avoir laissé l'opportunité de faire ce rôle vu les honneurs que ce film reçoit tandis qu'une personne de la production disait en substance que faire jouer à SRK ou à Amitabh Bachchan plus ou moins leur propre rôle, vu qu'ils ont présenté KBC (Kaun Banega Crorepati), aurait nui à leur image, étant entendu que le présentateur du film est hautain et méprisant alors qu'eux deux avaient bénéficié d'un regain de popularité grâce à cette émission.

Les dialogues du film ont gardé une petite contribution d'Amitabh Bachchan : quand le héros jour son joker 50/50 (à moins que ce ne soit à un autre moment du film), le présentateur commence sa phrase par Computerji, bref, il s'adresse cérémonieusement à l'ordinateur pour qu'il enlève deux mauvaises réponses. En revanche, pas de clin d'œil à SRK et son Freeze karõ.

Je suppose que la version que j'ai vue est la version originale. L'essentiel était en anglais, mais quelques passages étaient en hindi (avec des sous-titres en anglais, quoique non systématiques).

Quelques autres avis sur le film : Palpatine, Yohan, Agnès, Naina.

J'avais encore un peu faim après avoir vu le film. Je suis donc allé dans un des restaurants de la chaîne de fast-food haut de gamme Saravana Bhavan spécialisée dans la cuisine du Sud. C'était en fait plutôt la version très haut de gamme appelée Swathi.

J'ai été dépaysé par les premières pages du menu, mais j'ai été rassuré en voyant la toute dernière page, puisqu'elle seule mentionnait les spécialités du Sud. J'ai choisi un South Indian Parota : deux parotas de taille moyenne accompagnés d'un curry dans lequel nageaient quelques petits morceaux de paneer, juste de la bonne taille pour que l'on ait pas l'impression de manger du caoutchouc. C'était vraiment excellent.

Je me suis ensuite dirigé vers la mer. Face à la baie du Bengale, près de Besant Road, se trouve la rose Ice House (du nom de la fonction qu'elle occupait autrefois dans l'importation de glace en Inde). Swami Vivekananda y a passé quelques jours en février 1897 ; c'est maintenant un musée qui lui est dédié. Une statue du moine accueille le visiteur avant qu'il n'entre dans la maison et ne s'acquitte du modeste pécule de deux roupies.

L'accueil est très sympathique ; on m'a même octroyé le privilège d'une petite visite guidée, dont les explications les plus triviales m'ont été épargnées après que j'eus dit que j'avais déjà visité Kanyakumari et Belur Math (Kolkata). À l'étage, on trouve une galerie de peintures assez réussies sur l'Inde, son histoire, ses religions. La seule véritable entorse au bon goût est celle qui consiste à avoir représenté l'avatar du poisson (Matsya) par un authentique aquarium (avec des vrais poissons dedans). Un peu plus haut, les murs s'ornent de photographies. La plupart d'entre elles sont des portraits du moine.

J'avais lu dans le journal qu'un concours de portraits de Swami Vivekananda avait été organisé, mais je n'avais pas trop fait attention au lieu. Bien sûr, c'était au musée qui lui est consacré. Les moins de vingt ans pouvaient participer et ils l'ont fait en nombre puisqu'il y avait pas moins de vint mille participants !

Les premiers prix sont les portraits les mieux réalisés techniquement, mais pas forcément les plus originaux dans la conception. On trouve néanmoins une sorte de Trimurti Swami Vivekananda, Shri Ramakrishna, Sharada Devi (les trois figures importantes dans le mouvement initié par Ramakrishna). Les vainqueurs sont exposés en haut de la maison, dans l'antichambre de la salle de méditation. Les autres le sont sur les murs circulant tout autour. En dehours de nombreux dessins ordinaires, on trouve un portrait réalisé avec le pied, un autre avec la bouche, un autre dessiné avec vingt millilitres de sang. Voilà pour les excentriques. Plus intéressant, on trouve aussi quelques dessins assez hofstadteriens. Un portrait a été réalisé en écrivant de nombreuses fois le nom du moine en tamoul, ce sont les lignes d'écritures (courbes) qui, dans leur globalité, font apparaître la figure du moine. Un autre, malheureusement achevé trop tard pour le concours, a été obtenu en écrivant environ deux cents pages d'une biographie tamoule en tout petits caractères ; deux loupes sont fournies.

J'ai fini la journée par une petite balade sur Marina Beach. Le vent tendait la ficelle de nombreux cerfs-volants.

Aujourd'hui, le Chennai Mathematical Institute est ouvert ; je vais pouvoir commencer à faire des mathématiques.

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Lady Macbeth de Mzensk, de Chostakovitch

2009-01-18 02:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2009-01-17

Vladimir Vaneev, Boris Timofeevitch, un vieux bagnard

Ludovit Ludha, Zinovy Borisovitch Ismailov

Eva-Maria Westbroek, Katerina Lvovna Ismailova

Michael König, Serguei

Carole Wilson, Aksinya, une bagnarde

Alexander Kravets, Le Balourd miteux

Lani Poulson, Sonietka

Valetin Jar, Un maître d'école

Alexander Vassiliev, Un pope, un gardien

Nikita Storojev, Le chef de la policer, un officier

Shin Jae Kim, Un régisseur

Marc Chapron, Un portier

Hyoung-Min Oh, Se-Jin Hwang, Slawomir Szychowiak, Contremaîtres

Chae-Wook Lim, Un meunier

Fernando Velasquez, Un cocher

Andrea Nelli, Un policier

Pascal Mesle, Un invité ivre

Hartmut Haenchen, direction musicale

Martin Kušej, mise en scène

Martin Zehetgruber, décors

Heide Kastler, costumes

Reinhard Traub, lumières

Louba Orfenova, études musicales

Winfried Maczewski, chef des chœurs

Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris

Lady Macbeth de Mzensk, Dimitri Chostakovitch

Ce soir, c'était la première de Lady Macbeth de Mzensk, de Chostakovitch, à l'Opéra Bastille. L'opéra n'est pas une adaptation de la pièce de Shakespeare, mais d'une nouvelle de Nikolai Leskov. Pas de sorcières, pas de soldats déguisés en arbres. Si Macbeth apparaît dans le titre, c'est que l'héroïne 1, Katerina Lvovna Ismailova, a des penchants meurtriers.

Au premier acte, pour tromper son ennui, elle se laisse séduire par Serguei, un ouvrier qui travaille pour son mari, alors que ce dernier est parti réparer un moulin. Le beau-père lubrique profiterait bien de sa bru, mais il surprend Serguei et le bat. Katerina l'empoisonne. Ensuite, au retour de son mari, de peur d'être abandonnée par son amant, elle tue son mari avec la complicité de Serguei. Ils cachent le corps dans le cellier et s'en vont se marier.

Prévenue par un ouvrier ayant découvert le corps, la police fait une apparition spectaculaire pendant le mariage. Ils sont tous les deux arrêtés et envoyés au bagne. Serguei se détourne de Katerina et séduit une autre détenue, Sonietka. Trompée, Katerina étrange sa rivale et meurt elle aussi dans la confusion, apparemment lynchée par les autres détenus (dans le livret, elles sont toutes les deux noyées).

L'opéra dure presque trois heures. Ignorant la durée de l'opéra en entrant, le temps passant, j'ai cru qu'il n'y aurait pas d'entr'acte. Il est finalement intervenu au bout d'environ deux heures. L'opéra est découpé en neuf tableaux répartis en quatre actes. L'entr'acte survint à un drôle d'endroit. Après la reprise, un tableau, puis le spectacle s'est interrompu pendant de longues minutes nécessaires à l'installation du superbe décor carcéral. Ce long changement de décor eût vraisemblablement gagné à coïncider avec un entr'acte, quitte à ce qu'il y en eût un de plus.

Pendant les deux premiers actes, le décor est constitué d'un sol terreux (salissant) encadré par de hautes palissades, avec au milieu, une grande pièce dépouillée aux murs transparents ; c'est le domaine de Katerina, brillamment interprétée par Eva-Maria Westbroek. Les scènes crues de son intimité avec Serguei sont terriblement violentes, ceci étant encore accentué par la musique et les lumières.

On ne peut pas vraiment dire que j'aie été séduit par la musique de Chostakovitch. L'action violente, crue, laisse très peu d'espace pour que les personnages, et en particulier Katerina, puissent exprimer leurs sentiments, leurs motifs et leurs éventuelles hésitations alors qu'ils s'apprêtent à commettre des méfaits. Bref, des personnages on ne peut plus antipathiques.

[1] Le français est vraiment une langue de fous : comment expliquer que le h de héros soit aspiré et que celui de héroïne ne le soit pas ?

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100%

2008-12-19 00:03+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures

Il y a quelque temps, je parlais de la quarantaine d'heures de musique qu'il me restait à écouter après que j'eus finis de découvrir mon intégrale de Mozart. Cela fait au moins cinq ans que ça ne m'est pas arrivé, mais aujourd'hui, il n'y a pas dans ma collection de disques une minute de musique que je n'aie pas écoutée.

Parmi les opéras écoutés dernièrement, Fidelio de Beethoven m'a beaucoup impressionné. Rarement, au disque, je n'ai autant été ému par un opéra, alors même qu'aucun personnage ne meurt ! Si le premier acte ne m'a pas particulièrement enthousiasmé, le deuxième est vraiment superbe. J'avais acheté cet enregistrement (Sir Colin Davis, London Symphony Orchestra, 2006) pour me préparer à la représentation que je me disposais à voir cette année ; un grain de sable a dû compromettre la saisie de mon formulaire d'abonnement par les services de l'Opéra de Paris puisque de la production présentée cette année, je n'ai reçu nul billet. Quel dommage !

Là, tout de suite, je viens de visionner un DVD conseillé par Madame Abricot : Carmen avec Anna Caterina Antonacci et Jonas Kaufmann à l'Opéra royal de Londres. De cet opéra, je n'avais écouté que les suites pour orchestre qui en sont extraites. Avec d'excellents chanteurs et une bonne mise en scène, c'est tellement mieux ! Je me réjouis d'avoir pris une place pour la production de l'Opéra Comique en juin 2009, avec ladite Anna Caterina Antonacci. En regardant à nouveau la distribution, je viens de remarquer que le chœur d'enfants sera le chœur Sotto Voce. Tant mieux.

Mon mois de janvier s'annonçant chargé et celui de février indien, j'attendrai sans doute mars avant de me livrer à quelque nouvelle dilapidation (une semi-intégrale Haydn ?).

Côté livres, cette situation ne risque pas se produire de sitôt. À mon rythme actuel de lecture (environ quatre-vints livres cette année), j'ai de la réserve pour plus d'une année, étant entendu qu'en dernier recours, il me restera toujours une Bible (Segond).

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Malfaçons

2008-11-24 20:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

J'ai déjà parlé d'actes anodins de disquaires pouvant nuire à leur commerce. Le parcours du discolique est parsemé d'un autre type d'embûches : les malfaçons.

Ces dernières années, j'ai rencontré ce type de problèmes à plusieurs reprises. Dans mon intégrale Hänssler de Bach, un disque était en double et un autre était manquant. La plupart de ces disques, peut-être tous, étaient aussi en vente à l'unité et j'en possédais déjà quelques uns que j'ai donnés ici ou là. Par une chance inouïe, le disque qui était manquant faisait déjà partie de ma collection.

Les trois autres problèmes qui m'ont fait souffrir quelques désagréments sont dus à divers problèmes avec EMI Classics. Un des premiers opéras que j'ai acheté était Norma de Bellini (avec Maria Callas, 1960). Commandé sur Amazon.fr, le boîtier de trois CD contenait le CD nº1, deux exemplaires du CD nº2, mais pas de CD nº3. Retour à l'envoyeur, qui me réexpédie un nouveau coffret, souffrant du même défaut. Deuxième retour ; la troisième expédition sera la bonne.

J'ai déjà parlé du caractère bâclé de certain livret fourni par cet éditeur. Hier, en écoutant pour la première fois Orphée aux enfers d'Offenbach, dirigé par Marc Minkowski, avec notamment Natalie Dessay (Eurydice), Yann Beuron (Orphée), Laurent Naouri (Jupiter), j'ai été tout perturbé que la page 73 du livret succède à la page 96. Bref, une vingtaine de pages manquent au livret, ce qui m'a pas mal déstabilisé dans mon écoute des troisième et le quatrième tableaux. Heureusement que l'opéra est en français ! Bien sûr, le livret complet n'est pas disponible sur le site Internet de l'éditeur. Comme Offenbach a proposé deux versions de son œuvre et que Laurent Pelly et Marc Minkowski ont retenu plutôt la première avec quelques éléments de la seconde, une version du livret trouvée sur Internet s'est avérée assez différente de ce que j'entendais. Cet incident m'a un peu gâché cette première écoute de ce bien charmant opéra-bouffe, qui cite parfois pour plaisanter Orfeo ed Euridice de Gluck (dont je ne me lasse pas non plus d'écouter un enregistrement avec Bernarda Fink dans le rôle d'Orfeo).

On voit là un des dangers de l'achat compulsif de disques pour une consommation non immédiate. Si j'écoutais mes disques aussitôt après les avoir achetés, je saurais vers qui me retourner pour obtenir remplacement d'objets défectueux (encore que dans le dernier cas envisagé ici, il ne me semble pas aller de soi que le commerçant accepte de procéder à un échange). Pour Orphée aux enfers, je n'ai absolument aucun souvenir de l'achat, qu'il se réalisât par Internet ou en magasin.

Les organisateurs de concerts proposant à la vente des programmes ne sont pas toujours irréprochables non plus. Je me souviens d'une Johannes-Passion au TCE pour lequel le livret apparaissant dans le programme commençait par O Mensch, bewein dein Sünde groß. Dans les versions usuelles des Passions de Bach, ce chœur apparaît à la fin de la première partie de la Matthäus-Passion, mais c'était aussi et avant tout le chœur introductif d'une des versions de la Johannes-Passion, mais qui n'est pas la version canonique jouée actuellement. Pendant les minutes précédant le concert, je me réjouissais donc par avance de l'écoute prochaine d'une version non standard de cette œuvre. Ce ne fut donc pas sans une certaine déception que j'entendis le concert débuter par le traditionnel chœur Herr, unser Herrscher.

Je n'ignore s'il y a lieu d'y voir un changement de politique de l'Opéra de Paris, mais je constate avec réjouissance que les trois programmes d'opéra que j'y ai achetés depuis le début de la saison comportent une version française du livret alors que ce cas était plutôt l'exception les années précédentes (sur les huit programmes précédemment achetés, seul celui de Luisa Miller incluait un livret).

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Une Flûte pas si horrible que ça

2008-11-23 01:16+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2008-11-22

Shawn Mathey, Tamino (ténor)

Iwona Sobotka, Erste Dame (soprano)

Katija Dragojevic, Zweite Dame (mezzo-soprano)

Cornelia Oncioiu, Dritte Dame (mezzo-soprano)

Russell Braun, Papageno (baryton)

Maria Virginia Savastano, Pagagena (soprano)

Kristinn Sigmundsson, Sarastro (basse)

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Monostatos (ténor)

Maria Bengtsson, Pamina (soprano)

Erika Miklosa, Königin der Nacht (soprano)

José Van Dam, Der Sprecher (baryton)

Jon Ketilsson, Erster Geharnischter (ténor)

Rúni Brattaberg, Zweiter Geharnischter (basse)

Solistes de la Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris, Drei Knaben

Thomas Hengelbrock, direction musicale

La Fura dels Baus / Alex Ollé et Carlos Padrissa, conception, mise en scène

Jaume Plensa, conception, décors et costumes

Valentina Carrasco, collaboratrice à la mise en scène

Franc Aleu, vidéo

Albert Faura, lumières

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris

Die Zauberflöte, Wolfgang Amadeus Mozart

J'avais entendu beaucoup de mal de la production de La Flûte enchantée qui est reprise en ce moment à l'Opéra Bastille. J'étais à la représentation d'hier. Un placement plutôt bon : deuxième balcon, plein centre.

Je suis horrifié par le début. Les costumes sont d'une laideur et d'un mauvais goût incroyables à ce niveau (avec une mention spéciale pour les trois Dames et la Reine de la Nuit). Des vidéos de mauvais économiseurs d'écrans sont projetées en surimpression.

Au bout d'un moment, j'arrive à surmonter mon premier sentiment. Les chanteurs des rôles principaux, Tamino, Pamina, La Reine de la Nuit, Sarastro, Papageno et Papagena sont bons. Monostatos me paraît un peu plus limite. Le chœur est planqué sous la scène et il ne sera pas donné au public d'apercevoir José Van Dam qui a le rôle parlé de la Voix. Je profite de mon placement pour observer l'orchestre.

Si on laisse de côté les costumes affreux et l'essentiel des vidéos, ce qu'il reste de la mise en scène se laisse bien regarder. Le décor est constitué de douze matelas géants gonflables (et dégonflables). Ces éléments bougent beaucoup et se transforment aussi bien en temple, en pyramide ou en les terribles lieux des épreuves d'initiation que subissent Tamino et Pamina.

D'autres aspects de la mise en scène laissent perplexes, comme la pluie de boules noires et blanches dans un grand récipient, constituant une sorte de piscine dans laquelle Monostatos, Pamina puis Papageno plongent. Le bout de phrase quand j'ai placé les pièces dans la bouche de Sarastro donne lieu à un grand n'importe quoi au deuxième acte où un grand échiquier est projeté sur scène ; des figurants viennent s'y placer, Sarastro en échange trois ou quatre ; une très courte partie d'échecs grandeur nature se déroule. On assiste à deux tours de magie classiques : Sarastro est coupé en trois morceaux et plus loin est transpercé d'épées avec en plus du sang qui coule de la boîte dans laquelle il se trouve, sang, qui vidéo aidant, se répand sur toute la scène. Ce deuxième tour me paraît assez incohérent avec l'histoire : dans la version du livret que j'avais lue, après que la Reine de la Nuit a exprimé sa colère terrible en demandant à Pamina de tuer Sarastro, Pamina ne semble pas le moins du monde disposée à lui obéir (elle n'a de toute façon pas le temps d'y penser, vu que Monostatos revient la harceler). Ce soir, elle plantait des épées dans Sarastro, sans le tuer pourtant. L'utilisation des clochettes par Papageno est curieuse. Parfois, il actionne son attirail, parfois, on entend leur son mais il ne fait même pas semblant de s'en préoccuper, ayant autre chose à faire. Les trois enfants apparaissent avec des consoles de jeux portables en mains. Bref, l'onirisme décomplexé des concepteurs ne s'est pas exprimé sans quelques débordements.

Malgré tout, ce spectacle est tout à fait regardable et écoutable. Le public, constitué d'un nombre inhabituellement élevé d'enfants, semble avoir apprécié ; je n'ai pas entendu de sifflets.

Ailleurs : l'avis de Palpatine.

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Tristan und Isolde à Bastille

2008-11-22 14:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Opéra Bastille — 2008-11-21

Clifton Forbis, Tristan (ténor)

Matti Salminen, König Marke (basse)

Waltraud Meier, Isolde (soprano)

Alexander Marco-Buhrmester, Kurwenal (baryton)

Ekaterina Gubanova, Brangäne (mezzo-soprano)

Ralf Lukas, Melot (baryton-basse)

Bernard Richter, Ein Hirt, Ein junger Seemann (ténor)

Robert Gleadow, Der Steuermann (ténor)

Semyon Bychkov, direction musicale

Peter Sellars, mise en scène

Bill Viola, vidéo

Martin Pakledinaz, costumes

James F. Ingalls, lumières

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris

Tristan und Isolde, Richard Wagner

Hier, je suis allé pour la deuxième fois à l'Opéra Bastille pour assister à une représentation d'un opéra de Wagner. En mai 2007, j'avais plutôt aimé Lohengrin (mis en scène par Robert Carsen) et une Waltraud Meier terriblement convaincante en Ortrud. Qu'elle incarne Isolde a été ma principale motivation pour inscrire cet opéra à mon abonnement. Ce qui est ennuyeux avec les abonnements, c'est qu'on ne peut réserver que des places dans les six premières catégories de prix. Faute de place disponible en sixième, j'avais dû opter pour une place de cinquième catégorie. À mon humble avis, le prix des places et le plaisir de spectateur en résultant est complètement décorrélé. Je préfère être au premier balcon avec vue plongeante sur l'orchestre, la vision des sur-titres en fût-elle mise en péril que d'être à l'avant-dernier rang du parterre, en ayant payé ma place à quadruple prix : on ne voit que la tête du chef dépasser, les chanteurs sont très loin et la santé et la fortune ne s'accordant guère, on tousse bien davantage au parterre que dans les hauteurs. Bon, je me console en me disant que les personnages du rang situé juste devant moi eurent à payer encore 26€ de plus !

L'opéra commenca vers 18h, les opéras normaux commençant plutôt vers 19h30. Tristan dure 4h, également divisé en trois actes. Des entr'actes de 45 et 30 minutes ayant été prévues, pour que l'œuvre finît à une heure raisonnable, il fallait commencer tôt.

Globalement, je suis déçu par cette représentation. Quelques prosélytes lyriques ont même abandonné après le premier ou le deuxième acte. Le seul élément de décor était une toute petite plate-forme où les personnages pouvaient s'asseoir ou s'allonger. Les costumes étaient trop sobrement noirs. À part peut-être au troisième acte où il y avait un peu de couleur, les lumières n'éclairaient pas grand'chose. Non, le spectacle visuel n'était pas sur scène, mais sur l'écran situé entre les chanteurs et le sur-titrage. Pendant quatre heures ou presque, nous avons été abreuvés des vidéos de Bill Viola. Le premier acte a représenté des rites de purification. Du fait d'un petit coup de barre, j'ai un souvenir plus confus du deuxième acte. Lumières dans un bois pendant une partie de chasse, coucher de Lune, lever de Soleil. Vidéos accélérées ou ralenties représentant la nature, des effets d'optique plus ou moins naturels. Bravo au directeur de la photographie, l'esthétique et la qualité des images était impressionnante. C'est bien beau, mais cela distrait le spectateur de ce qui se passe sur scène. Il ne m'a pas été possible de me détourner de ces images, puisque, n'entendant guère l'allemand, j'ai besoin des sur-titres pour suivre. Il n'est pas évident de suivre simultanément l'action qui se passe en bas et en même temps ces sur-titres situés tout en haut, deux éléments sobres, quand le centre est accaparé par d'ondoyantes images (cela empêche aussi de s'endormir complètement, la luminosité étant importante, surtout si on est situé à proximité de la cabine de projection). Ajouter à cela que les textes sont largement métaphoriques, de sorte qu'une ligne de sur-titres de perdue engendre bien dix lignes d'incompréhension.

La mise en scène est très statique. À plusieurs reprises, des personnages se retrouvent à rester immobiles pendant de longues minutes. Certains personnages semblent avoir des yeux dans le dos ; Isolde fait même à distance et de dos un diagnostic de Tristan mourrant. Pour tenter de faire oublier ces limitations, certains personnages (Brangäne, le berger) apparaissent non plus sur scène mais dans dans les hauteurs du théâtre (invisibles depuis ma place). On fait aussi entrer un chœur d'hommes par le fond du parterre (tout près de moi, donc). Bref, ce n'est pas très convaincant.

Heureusement, il reste la musique. Si je suis partagé sur les parties chorales, très limitées et assez peu intéressantes, aussi bien l'orchestre que les solistes lui font honneur. L'ouverture de l'œuvre est belle ; on réentend ensuite avec plaisir quelques leitmotivs.

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Armide au TCE

2008-10-14 21:12+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Théâtre des Champs-Élysées — 2008-10-12

Claire Debono, La Gloire, Phénice, Lucinde (dessus)

Isabelle Druet, La Sagesse, Sidonie, Mélisse (bas-dessus)

Stéphanie d'Oustrac, Armide (bas-dessus)

Nathan Berg, Hidraot (basse)

Marc Mauillon, Aronte, Ubalde (basse)

Marc Callahan, Artémidore (haute-contre)

Paul Agnew, Renaud (haute-contre)

Laurent Naouri, La Haine (basse)

Andrew Tortise, Le Chevalier danois (haute-contre)

Anders J. Dahlin, Un amant fortuné (haute-contre)

Francesca Boncompagni, La Nymphe (dessus)

Violaine Lucas, La bergère héroïque (dessus)

Virginie Thomas, La bergère (dessus)

William Christie, direction musicale

Robert Carsen, mise en scène

Gideon Davey, décors et costumes

Jean-Claude Gallotta, chorégraphie

Robert Carsen et Peter Van Praet, lumières

Les Arts Florissants

Danseurs du Centre Chorégraphique National de Grenoble / Groupe Émile Dubois

Armide, Jean-Baptiste Lully.

Dimanche dernier, j'étais au Théâtre des Champs-Élysées pour une représentation d'Armide, opéra en un prologue et cinq actes de Lully.

Le prologue, panégyrique de Louis XIV et annonce du thème de l'opéra, est interprété par William Christie et les Arts florissants pendant que les choristes déguisés en touristes envahissent la salle par diverses portes. La scène ressemble à l'entrée d'une exposition. On annonce Prochaine visite à 17h. La Gloire et la Sagesse (Claire Debono et Isabelle Druet) entrent sur scène en guides touristiques munies de baguettes et de télécommande pour vidéoprojecteur pour faire défiler des images du Roi-Soleil sur la grande toile située au milieu de la scène. On voit un film d'un groupe de touristes à Versailles, écoutant dans un premier temps sagement leur guide, puis se mettant à danser en entrant dans la galerie des Glaces. Ce prologue joyeusement animé par écran interposé par les danseurs du Centre chorégraphique national de Grenoble (groupe Émile Dubois) et par nos deux guides et les choristes installés dans la salle me fait me demander si j'ai bien lu le programme : cela ne ressemble guère à du Robert Carsen.

Quand le premier acte commence, je retrouve une mise en scène et des décors d'un style plus familier. Un joli fondu enchaîné entre la fin du film projeté et la première scène où Armide, Stéphanie d'Oustrac, se réveille dans un lit à baldaquin. On vante les victoires de la magicienne sur les croisés, mais un guerrier, Renaud (Paul Agnew), lui résiste, il vient d'ailleurs de libérer les prisonniers. Elle promet de se venger.

Au deuxième acte, Armide et son oncle Hidraot convoquent des charmes pour enchanter Renaud. Des nymphes vêtues en rouge et portant des fleurs entourent Renaud qui s'assoupit au milieu de la scène, couverte de fleurs. Par le pouvoir des machinistes, il se trouve surélevé de quelques dizaines de centimètres. Armide arrive avec un poignard pour le tuer, commence l'air Enfin, il est en ma puissance. Quand elle le voit, elle en tombe amoureuse et renonce à le tuer.

Entr'acte. Armide ne pense pas être aimée de Renaud. Elle croit ne pouvoir le divertir de ce sentiment que par magie. Elle convoque la Haine (Laurent Naouri) pour se défaire de son amour pour lui. La Haine et sa suite, vêtus de rouge, interviennent. Au dernier moment, Armide renonce aux pouvoirs de la Haine et prend refuge dans l'Amour. Les membres de la suite de la Haine embrassent goulûment l'héroïne.

Le quatrième acte est très curieux. Ubalde et le Chevalier danois sont chacun à son tour perturbés dans leur recherche de Renaud par l'apparition d'une nymphe enjôleuse. Pendant que l'un est charmé, l'autre utilise une arme magique pour défaire la nymphe de son pouvoir charmeur.

Au dernier acte, Armide et Renaud sont devenus amants. Armide craint que Renaud ne lui préfère la Gloire et le laisse sous le charme des plaisirs. Les deux compères du quatrièmes actes retrouvent Renaud et le libèrent du pouvoir d'Armide. Renaud s'habille (en rouge) et répond à l'appel de la guerre. Armide revient (en gris) et le maudit.

Si j'ai toujours un peu de mal avec les opéras baroques en français, j'ai passé un bon moment. J'ai revu avec plaisir Paul Agnew et Laurent Naouri. Après vérifications dans mes archives, si j'avais déjà entendu Stéphanie d'Oustrac dans plusieurs rôles secondaires d'Alceste (en version oratorio), je ne l'avais jamais vue dans un rôle principal. J'ai particulièrement apprécié son jeu et son chant dans l'air final du deuxième acte.

La dernière est samedi prochain. Elle sera diffusée en direct sur France Musique.

En rentrant, mon RER B est bloqué à Laplace en raison d'un accident grave de voyageur (en clair : un suicide). Je continue à pieds. Trois stations plus loin, à Bourg-la-Reine, je trouve un RER pour Massy-Palaiseau, puis un autre pour Orsay.

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Intégrale Brilliant de Mozart

2008-10-09 23:05+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra

Je viens enfin de finir d'écouter mon intégrale Brilliant de Wolfgang Amadeus Mozart. Il m'aura fallu 1074 jours pour cela, c'est-à-dire un peu moins de trois ans. Voici le graphique de ma lente progression (le nombre de jours depuis l'acquisition en abscisse et en ordonnée le pourcentage écouté à cette date) :

[Progression de mon écoute de l'intégrale Brilliant de Mozart]

Je l'ai écoutée essentiellement dans l'ordre chronologique de composition, à savoir dans l'ordre du catalogue Köchel. Ce qui m'a beaucoup ralenti, voire bloqué, surtout au début, étaient les opéras, franchement pas très intéressants. J'ai un peu accéléré le rythme d'écoute il y a un an, et il y a quelques semaines, pressé d'arriver au bout, je me suis presque infligé une sorte d'anti-traitement Ludovico. À partir des Noces de Figaro, les opéras de Mozart deviennent tout à fait supportables à mon goût ; j'ai hâte de voir une représentation de La Flûte enchantée.

Comme je le disais il y a trois ans, je n'ai pas acheté cette intégrale par goût. J'avais juste envie de connaître un peu mieux ce compositeur. J'estimais alors qu'il était moins ruineux d'acheter l'intégrale qui venait de sortir que d'acheter isolément tels ou tels symphonies, concertos ou opéras. À la fin de cette écoute, je suis toujours très loin de considérer Mozart comme un de mes compositeurs préférés.

J'ai encore en réserve une bonne quarantaine d'heures de CD non écoutés, parmi lesquels quelques opéras et oratorios :

  • Médée de Charpentier ;
  • Solomon de Händel ;
  • Sémélé de Marais ;
  • Dido & Aeneas de Purcell ;
  • L'Orfeo de Monteverdi ;
  • Die Schöpfung de Haydn ;
  • Fidelio de Beethoven ;
  • Orphée aux enfers d'Offenbach ;
  • Madama Butterfly de Puccini ;
  • Macbeth de Verdi ;
  • Tristan und Isolde de Wagner.

Il paraît que je suis discolique.

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Deux Verdi

2008-06-28 02:59+0200 (Orsay) — Culture — Opéra

Opéra Bastille — 2008-06-26

James Morris, Filippo II

Stefano Secco, Don Carlo

Dmitri Hvorostovsky, Rodrigo

Mikhail Petrenko, Il Grande Inquisitore

Paul Gay, Un frate

Tamar Iveri, Elisabetta Di Valois

Yvonne Naef, La Principessa Eboli

Elisa Cenni, Tebaldo

Jason Bridges, Il Conte Di Lerma

Elena Tsallagova, Voce Dal Cielo

Igor Gnidii, Luc Bertin-Hugault, Michal Kowalik, Marc Fouquet, Patrice Lamure, Marcos Pujol, Deputati Fiamminghi

Christian-Rodrigue Moungoungou, Slawomir Szychowiak, Vadim Artamonov, Enzo Coro, Constantin Ghircau, Shin Jae Kim, Sei Frati

Teodor Currentzis, direction musicale

Graham Vick, mise en scène

Tobias Hoheisel, décors et costumes

Matthez Richardson, lumières

Winfried Maczewski, chef des chœurs

Brad Moore, assistant à la direction musicale

Kevin Murphy, responsable des études musicales

Orchestre et chœurs de l'Opéra National de Paris

Don Carlo, Giuseppe Verdi

Théâtre des Champs-Élysées — 2008-06-27

Alessandro Corbelli, Falstaff

Anna Caterina Antonacci, Alice Ford

Francesco Meli, Fenton

Caitlin Hulcup, Meg Page

Amel Brahim-Djelloul, Nannetta

Federico Sacchi, Pistola

Marie-Nicole Lemieux, Mrs Quickly

Ludovic Tézier, Ford

Enrico Facini, Dr Cajus

Patrizio Saudelli, Bardolfo

Alain Altinoglu, direction musicale

Mario Martone, mise en scène

Sergio Tramonti, décors

Ursula Patzak, costumes

Pasquale Mari, lumières

Orchestre de Paris

Chœur du Théâtre des Champs-Élysées

Falstaff, Giuseppe Verdi.

Cette semaine, j'ai vu deux opéras de Verdi. Jeudi soir, Don Carlo à l'Opéra Bastille. Vendredi, Falstaff au Théâtre des Champs-Élysées.

Don Carlo était bien, mais globalement pas très enthousiasmant. Falstaff, le dernier opéra que Verdi a fini, est un opéra très différent de Don Carlo, et de tous ses autres opéras que j'aie vus ou entendus. Tout d'abord, il ne commence pas par une ouverture. On entre aussitôt dans l'histoire, qui est une comédie. Le très bedonnant Falstaff envoie deux lettres d'amour identiques à Alice Ford et à Meg Page. Celles-ci s'en aperçoivent et décident de rire à ses dépens. Monsieur Ford manigance aussi quelque chose (quoique l'opération soit d'un intérêt douteux, au moins pécunièrement : il donne incognito une valise de billets à Falstaff pour séduire sa femme). Alice Ford met en scène la venue de Falstaff chez elle. Quand son mari débarque fou de rage pour massacrer l'intrus, on le cache dans un panier à linge. On finit par le jeter dans la Tamise par la fenêtre. L'opéra pourrait presque se terminer sur ce plouf final. Dans le troisième acte, on va encore se moquer un peu de Falstaff, mais il ne sera plus le seul à en recevoir les éclaboussures. Depuis le premier acte, on avait découvert la romance entre Nanetta, la fille des Ford, et Fenton, mais Ford veut la marier avec le pédant Dr Cajus. Au cours de la cérémonie nocturne du troisième acte, Ford va célébrer simultanément deux mariages : Dr Cajus avec la reine des fées (il s'agit en fait d'un partisan de Falstaff déguisé) et, rendus méconnaissables par leurs déguisements, Nanetta et Fenton.

Les raisons qui m'avaient poussé à inscrire cet opéra à mon abonnement étaient la présence d'Anna Caterina Antonacci (Alice Ford) et le fait qu'il s'agisse d'un opéra de Verdi. Comme toujours, j'ai aimé son chant et son jeu. Parmi les autres interprètes féminins, Caitlin Hulcup (Meg Page) était assez en retrait. J'ai été plutôt agréablement surpris par Marie-Nicole Lemieux (Mrs Quickly ; elle avait le bras en écharpe suite à une chute pendant les répétitions). Il y a un ou deux ans, le mensuel Cadences m'avait offert son disque L'heure exquise : je l'avais trouvé d'un ennui profond. Dans le rôle de Nanetta, Amel Brahim-Djelloul était très bien. Falstaff était interprété par l'impressionnant Alessandro Corbelli, que j'avais vu en DVD dans le rôle de Sulpice (La fille du régiment). J'ai pu apprécier à nouveau Ludovic Tézier (Ford) et entendre Francesco Meli (Fenton) dans le très bel air Dal labbro il canto estasiato vola.

Dans cet opéra, les personnages entrent et sortent de scène très rapidement, et on voit beaucoup de dialogues (mettant en relation parfois beaucoup de personnages), ce qui donne un résultat très vivant (tout particulièrement quand les quatre personnages féminins sont réunis), sans temps mort. La dernière partie du troisième acte est incroyable. Bien qu'elle l'ait fait jeter dans la Tamise, Mrs Quickly a réussi à faire croire à Falstaff qu'Alice Ford l'aime et qu'elle lui donne rendez-vous près du chêne de Herne, théâtre de la légende du Chasseur Noir, pourvu de cornes. À minuit, Falstaff est au lieu dit, déguisé comme on lui a demandé de le faire... Tous les autres vont concourir à sa mystification. L'idée est de lui faire croire que des créatures célestes réprouvent sa conduite. Elles l'intimident, le maltraitent physiquement et le forcent à se repentir. Cela commence par la mouvante apparition de la reine des fées (Nanetta), qui se balance sur une balançoire à la verticale de Falstaff ; après Natalie Dessay (Lucia di Lammermoor) et Sylvie Brunet (Padmâvatî), c'est la troisième chanteuse que je vois utiliser cet accessoire dans un opéra. Les fées vont bientôt céder la place à des créatures plus maléfiques, avançant masquées. La mise en scène de ce passage est extrêmement bien réussie ; le fond lumineux représentant un arbre peint en style impressionniste était un très seyant élément de décor. Le pauvre Falstaff en voit vraiment de toutes les couleurs. Dans la cohue, le masque de Bardolfo, un de ses partisans putatifs, tombe. Les créatures qui le tourmentent n'avaient donc rien de céleste. Vient le temps de la célébration des noces de Nanetta et du Dr Cajus, se dit Ford. Comme indiqué plus haut, il est trompé à son tour par les femmes. On se dispute un peu pour savoir qui a gagné et qui a perdu, et finalement, on se réconcilie.

Avec cette histoire et cette belle musique, il y avait de quoi faire un spectacle enthousiasmant. À mon avis, c'est une réussite, autant par la mise en scène que par les voix.

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I Capuleti e I Montecchi à Bastille

2008-06-06 01:23+0200 (Orsay) — Culture — Opéra

Opéra Bastille — 2008-06-02

Giovanni Battista Parodi, Capellio

Anna Netrebko, Giulietta

Joyce DiDonato, Romeo

Matthew Polenzani, Tebaldo

Mikhail Petrenko, Lorenzo

Evelino Pidò, direction musicale

Robert Carsen, mise en scène

Michael Levine, décors et costumes

Davy Cunningham, lumières

Alessandro Di Stefano, chef des chœurs

Alessandro Galoppini, assistant à la direction musicale

Bernard Chabin, maître d'armes

Orchestre et chœurs de l'Opéra National de Paris

I Capuleti e i Montecchi, Vincenzo Bellini

À Vérone, deux groupes s'affrontent : les Guelfes et les Ghibellines. On s'y retrouve mieux si on oublie ces noms et qu'on les appelle respectivement Capulet et Montaigu. Un émissaire des Montaigu vient offrir la paix à Capellio en l'échange du mariage de Giulietta et Roméo. Bien entendu, les Capulet refusent ; Giulietta a déjà été promise à Tebaldo, qui a juré de venger la mort du frère de Giulietta que Roméo a tué au combat. En vérité, cet émissaire n'est autre que Roméo. Il rencontre Giulietta en cachette. Les noces de Tebaldo et de Giulietta, que Capellio a précipitées, sont interrompues par une attaque surprise des Montaigu. La bataille entre les deux clans va pouvoir éclater au moment de l'entr'acte.

Au deuxième acte, Lorenzo, le médecin et confident de Giulietta lui propose de feindre la mort en buvant un philtre. Elle finit par accepter. On l'enterre tandis que Tebaldo et Roméo se battent. Lorenzo ayant été découvert, Roméo n'a pas été averti du subterfuge. Quand il voit le corps sans vie de Giulietta, de désespoir, il avale un poison. Après que Giulietta s'est réveillée et a compris ce qui s'était passé, elle se donne elle aussi la mort.

J'ai assisté à une représentation de cet opéra de Bellini lundi dernier à l'Opéra Bastille. Avant que le spectacle commence, on pouvait voir des sabres plantés dans l'avant-scène. Je demandai alors à ma voisine si elle pensait qu'on allait avoir des scènes d'escrime. Si j'avais regardé de plus près la distribution, j'eusse vu qu'elle comprenait la mention d'un maître d'armes... Je n'ai pas été déçu.

Le décor manquait singulièrement de fantaisie : il était essentiellement formé de grands murs quadrillés en rouge. Un passage secret pour faire rentrer Roméo dans la chambre de Giulietta (avec un joli effet d'ombres chinoises portées sur le mur du milieu). Des costumes assez austères : le chœur des Capulet en rouge, Roméo en vert et noir sauf quand il est déguisé en Capulet, Giulietta en blanc, les Montaigu en bleu. J'ai trouvé la scène de l'église particulièrement réussie. Les rouges et les bleus ont commencé à se battre tout d'abord au ralenti avec leurs armes alors que les murs centraux tournaient avec le décor autour d'un axe, et puis le combat s'est fait de plus en plus spectaculaire.

Quelques détails m'ont fait tiquer dans cette mise en scène de Robert Carsen. Après qu'elle s'est écroulée et que tout le monde l'imagine déjà morte (certes pour de faux) depuis quelques secondes, pourquoi diable Lorenzo remet-il sur pieds Giulietta pour finalement la laisser retomber et mourir à nouveau ? Pourquoi les missels ont-ils disparu à la fin des combats ? Pourquoi donc faire se relever quelques secondes avant le tomber du rideau les combattants que l'on imagine morts depuis le début de l'acte ? Au sujet des lumières, pourquoi les avoir autant réduites lors du deuxième acte ? Quand on va à l'Opéra ou au Théâtre, c'est pour voir des artistes en pleine lumière, non ? Par moments, depuis le premier balcon, même avec les jumelles, on n'y voyait goutte.

Dans cet opéra, l'action est très resserrée. Dans le programme, on peut lire un commentaire de Berlioz qui, après avoir vu cet opéra, se plaignit notamment de n'y avoir pas vu de nombreuses scènes de la pièce de Shakespeare. Trois moments forts : les airs de Giulietta lors de l'entrevue avec Roméo, ses airs avec Lorenzo et son père au début du deuxième acte, la scène finale. Bref, le rôle principal est celui de Giulietta, qui été interprétée lundi soir par Anna Netrebko qui fait ses débuts à l'Opéra de Paris avec cette production (enceinte de cinq mois, elle est remplacée pour quelques dates par Patricia Ciofi). Je n'ai pas été ému aux larmes par le grand air de Giulietta du premier acte. La version enregistrée par Natalie Dessay de cet air est nettement plus émouvante, mais je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai détesté la prestation d'Anna Netrebko.

Par la beauté et le nombre des airs, Giulietta est suivie de peu par le rôle de Roméo, qui a été écrit pour mezzo-soprano. Ce rôle a aussi été adapté pour ténor, comme sur l'enregistrement techniquement nul que j'ai (enregistré le 7 octobre 1967 à la Scala). Pour notre plus grand plaisir, ce rôle a été confié à Joyce DiDonato dont j'ai autant apprécié le chant que le jeu.

Pour d'autres critiques, voir chez Kozlika.

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Annulations de spectacles : mauvaise série

2008-04-11 08:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne

Je ne sais pas ce qui se passe cette année, mais par rapport aux années précédentes, j'observe un inquiétant nombre de spectacles annulés parmi ceux que j'avais réservés.

Au Théâtre du Châtelet, sur les cinq spectacles de mon abonnement, deux ont été annulés, pour des raisons en apparence assez futiles d'après les lettres envoyées par le Théâtre pour informer ses abonnés. Je n'ai donc pas pu voir Howard Shore diriger la suite pour orchestre Le Seigneur des Anneaux en raison de la création mondiale de l'opéra The Fly du même compositeur. Où donc ? Au théâtre du Châtelet ! La Flûte enchantée dirigée par Jean-Christophe Spinosi est annulée parce que l'enregistrement des concerts qui était prévu initialement a été annulé.

J'ai lu hier dans Le Monde que, souffrant, Ravi Shankar a annulé les deux concerts programmés à Paris. Ce matin, je vois un mail de la Salle Pleyel m'informant qu'Anna Caterina Antonacci sera remplacée par Marguerite Krull pour le concert rossinien de dimanche prochain ; bien sûr, j'avais réservé ce concert parce que c'était A. C. Antonacci qui avait le rôle d'Elisabetta...

Je ne compte pas les grève à l'Opéra de Paris et à la RATP qui m'ont empêché de voir l'opéra Tosca, fût-il en version de concert. Je ne compte pas non plus les quelques modifications de distributions survenues inopinément sans que la qualité du spectacle en souffrît. Malgré deux solistes remplacés au dernier moment, la représentation de La messe en si mineur par le Concert Spirituel dirigée Hervé Niquet que j'ai vue à la Salle Pleyel cette année est celle que j'ai préférée.

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Padmâvatî au Châtelet

2008-03-15 16:49+0100 (Orsay) — Culture — Opéra — Cinéma — Culture indienne

Théâtre du Châtelet — 2008-03-14

Sylvie Brunet, Padmâvatî

Finnur Bjarnason, Ratan-Sen

Alain Fondary, Alaouddin

Yann Beuron, Le Brâhmane

Blandine Folio Peres, Nakamti

François Piolino, Badal

Lauvent Alvaro, Gora

Alain Gabriel, Le Veilleur

Jean-Vincent Blot, Un Prêtre

Orchestre Philharmonique de Radio France

Chœur du Châtelet

Sanjay Leela Bhansali, mise en scène

Omung Kumar Bhandula, scénographie

Tanushree Shankar, chorégraphie

Rajesh Pratap Singh, costumes

Somak Mukherjee, lumières

Lawrence Foster, direction

Stephen Betteridge, chef de chœur

Padmâvatî, opéra-ballet d'Albert Roussel

Hier soir, j'étais à la première de l'opéra-ballet Padmâvatî au théâtre du Châtelet. Je n'avais jamais été autant ému par un opéra. Le thème de cet opéra-ballet est inspiré de l'histoire d'une rani rajpoute de Chittor (Rajasthan) qui s'est sacrifiée avec de nombreuses autres femmes de la citadelle avant qu'un sultan ne prenne possession du palais après avoir vaincu l'armée conduite par le raja. Dans l'adaptation de cette histoire par Louis Laloy, Padmâvatî tue son mari Ratan-Sen qui veut céder à la demande du sultan mogol (sic) Alaouddin de lui donner la belle Padmâvatî en échange de la paix.

Je n'ai pas de goût marqué pour la musique vingtième siècle de Roussel. Pourtant, cette musique symphonique a la faculté de déclencher des impressions et des émotions fortes. En dehors de la musique et du chant (chœur du Châtelet et orchestre philharmonique de Radio France dirigé par Lawrence Foster), l'essentiel de la production a été confié à des indiens. La mise en scène de Sanjay Leela Bhansali (qui a notamment réalisé le film Devdas) et les décors semblent avoir pleinement utilisé les possibilités techniques du théâtre : Ganesh surgissant du ciel, décors escamotés par en haut au milieu d'un acte, rideau venant cacher l'arrière-scène pour mettre en valeur la scène tendue entre Ratan-Sen et Padmâvatî au deuxième acte.

Au premier acte, après une gracieuse entrée en scène du chœur par les allées de l'orchestre et un prologue, Alaouddin entre à dos d'éléphant, parlemente avec Ratan-Sen et sollicite des spectacles de plus en plus merveilleux jusqu'à demander explicitement Padmâvatî dont le nom évoque le lotus. Ceci permet de mettre en scène des danses de plus en plus gracieuses : guerriers, femmes esclaves, femmes du palais. Bien que la musique soit assez différente des musiques indiennes, Tanushree Shankar a merveilleusement bien chorégraphié ces danses.

Au début du deuxième acte, la bataille a commencé. Dans le temple de Śiva (de part et d'autre de la scène se trouvent un lingam/yoni et le buffle Nandi), les prêtres invitent Padmâvatî à se préparer à suivre son mari sur le bûcher. Muni de certains de ses attributs (trident, tambour, croissant de lune dans le chignon tressé), Śiva fait une apparition et prend la position Nataraja du seigneur de la danse. Pendant une trêve, Ratan-Sen entre dans le palais. Quand il demande à son épouse de se donner à Alaouddin pour épargner les autres femmes de son peuple, à l'évocation de leur mariage, quelques aspects du rite du mariage hindou sont mimés. Elle l'embroche avec le trident de Śiva. Les déesses Kali et Dourga surgissent. Lors de son entrée sur scène, Dourga est accompagnée d'un tigre ! À première vue, cela peut sembler inutile, mais dans cette production, les aspects indiens de l'œuvre sont respectés aussi authentiquement que possible. Les turbans des hommes du commun du premier acte sont ceux des rajasthanis, la barbe d'Alaouddin a la couleur orangée commune à celle que produit le henné sur la chevelure de nombreux hommes indiens, etc. Ici, le tigre est justifié par le fait que Dourga est traditionnellement représentée assise sur un félin (le plus souvent un tigre, parfois un lion). On voit une Kali avide de sang tirer la langue. Dans ce deuxième acte, l'évocation de Dourga et Kali (et d'autres divinités voisines et qui leur sont parfois identifiées) par les prêtres procure l'occasion de magnifiques scènes dansées. À un moment, les deux groupes de danseuses entourant Kali et Dourga se sont regroupées derrière leur divinité tutélaire, et ont positionné leurs bras de façon à suggérer les multiples paires de bras de l'iconographie hindoue (nécessaires pour représenter les nombreux attributs des divinités). Sous un meilleur angle que le mien, l'effet devait être saisissant.

Finalement, Padmâvatî rejoint son époux sur le bûcher. Quand Alaouddin victorieux force la porte du palais, il est trop tard. Depuis le devant de la scène, il se retourne et voit Padmâvatî et Ratan-Sen enlacés rejoindre leur séjour céleste. Tomber de rideau. Applaudissements enthousiastes de la salle pour l'ensemble des artistes qui viennent saluer.

PS : Une fois n'est pas coutume, Renaud Machart, du Monde, n'a pas détesté.

Pour me préparer à ce magnifique spectacle (auquel je vais essayer de retourner), j'avais écouté l'enregistrement par l'orchestre du Capitole de Toulouse (Michel Plasson) avec notamment Marilyn Horne (Padmâvatî), Nicolai Gedda (Ratan-Sen) et José Van Dam (Alaouddin). Par le même orchestre, Lakmé de Delibes avec Natalie Dessay (Lakmé), José Van Dam (Nilakantha), Gregory Kunde (Gerald) est aussi hautement recommandable. Contrairement à d'autres opéras édités par EMI classics, le livret n'était pas inclus dans le coffret. Je ne comprends pas sous quel prétexte économique fallacieux on peut se dispenser de publier un opéra avec son livret, de préférence traduit aussi dans d'autres langues (le plus souvent, les textes joints avec les disques de musique classique apparaissent en italien, allemand, français et anglais). La quatrième de couverture du coffret invite à consulter full libretto and translations at www.theoperaseries.com and www.emiclassics.com. En allant sur ces sites, je n'ai trouvé qu'un indigne fichier PDF. Tout d'abord, le livret est uniquement présenté en français, donc sans les traductions promises dans les autres principales langues européennes. Ceci ne m'émeut guère dans ce cas particulier, mais ce fichier n'est qu'un grotesque brouillon qui n'a manifestement été relu par quiconque entendrait le français ni même quiconque apte à déchiffrer l'alphabet latin. Certains mots manquent, des groupes de lettres sont absents, remplacés par d'autres à la graphie voisine. On y peut lire par exemple Elle découvrent le cadavre et en vent (sic) ecantées (sic) par les prêtres.. Manifestement, le texte est le résultat brut d'une entreprise de reconnaissance automatique de caractères (OCR) sur un scan d'un livret imprimé ; pour qu'il présente mieux vu de loin, on a cependant bien voulu rendre les didascalies en italique et le nom des personnages en gras. Le format PDF permettant d'inclure des images, il aurait été préférable d'inclure un livret correct dans un format bitmap, quitte à ce que fichier soit plus gros. Les lecteurs s'en trouveraient moins incommodés.

Lors de mon dernier séjour en Inde, je ne suis pas passé loin de Chittor. Depuis Pushkar, j'avais pris un petit bus matinal avec des écoliers allant à l'école dans la ville voisine d'Ajmer. Je voulais continuer vers la citadelle de Chittor en bus, mais j'eusse dû attendre cinq heures pour le prochain bus. N'ayant alors plus que trois jours à consacrer au Rajasthan pour ce séjour, je pris un bus en partance pour la très belle ville d'Udaipur. Ce sera pour une prochaine fois...

Albert Roussel avait visité cette citadelle lors d'un voyage en Orient quelques années avant de composer cet opéra. Le programme vendu au théâtre du Châtelet contient un extrait du journal de voyage du compositeur. Ce journal a d'ailleurs été publié dans Albert Roussel, Lettres et Écrits, Flammarion Harmoniques.

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Orphée et Eurydice à Garnier

2008-02-10 13:56+0100 (Orsay) — Culture — Opéra

Opéra Garnier — 2008-02-07

Elisabeth Kulman, Yann Bridard, Orphée

Svetlana Doneva, Marie-Agnès Gillot, Eurydice

Hélène Guilmette, Miteki Kudo, Amour

Balthasar-Neumann Ensemble & Chor

Ballet de l'Opéra

Pina Bausch, chorégraphie, mise en scène

Rolf Borzik, décors, costumes, lumières

Thomas Hengelbrock, direction musicale

Orphée et Eurydice, Gluck

Jeudi dernier, je suis allé pour la première fois au Palais Garnier. Je n'avais jusqu'alors qu'aperçu ce bâtiment depuis l'avenue de l'Opéra en sortant de la station de métro Pyramides, soit pour aller assister à des concerts à l'église Saint-Roch soit pour manger dans un restaurant japonais tenu par des japonais rue Saint-Anne. De plus près, le Palais Garnier est très beau (malgré les travaux en cours à proximité). L'intérieur est magnifique, il faut le voir pour le croire.

J'avais cassé ma tire-lire pour acheter une place pour Orphée et Eurydice de Gluck mis en scène et chorégraphié par Pina Bausch (version créée en 1975). Ma place était meilleure que ne le laissait suggérer la fonction du site de réservation permettant de prévisualiser la scène telle qu'on la voit depuis le siège. Tout ce que je savais, c'est que j'avais un strapontin à l'orchestre. En entrant, je découvre que je suis au milieu, au deuxième rang, juste derrière la fosse. Acoustiquement, une place aussi proche de l'orchestre n'est pas forcément extraordinaire : bien que l'effectif d'un orchestre baroque soit relativement réduit, depuis ma place, le chant des solistes était bien souvent couvert par l'orchestre. J'espère que depuis une place plus reculée, la balance était meilleure. Ce bémol est largement compensé, l'angle aidant, par la possibilité de voir de très près les instrumentistes et le chef ou et de profiter pleinement du son de la harpe. J'ai aussi remarqué que depuis leur siège les flûtistes devaient naturellement avoir un bon angle de vue sur la scène pour pouvoir ainsi à leurs yeux offrir régulièrement les splendeurs du ballet. J'ai d'ailleurs repéré Marc Hantaï dans ce Balthasar-Neuman Ensemble. La musique de cet opéra de Gluck est remarquable, j'en ai bien profité. Par exemple, la danse des Furies (Chi mai dell'Erebo dans la version italienne), au début du deuxième acte, est impressionnante.

Contrairement à ce que l'on voit souvent dans les mises en scène d'opéra (je ne sais pas ce qu'il en est en général pour les opéras-ballets, c'était le premier que je voyais), le chœur n'était pas sur la scène, mais dans la fosse avec l'orchestre. Contrairement aux chœurs dans les représentations de concert, il chantait sans l'aide de la partition. L'opéra étant chanté en allemand (l'original était en italien), mais les spectateurs ne pouvaient pas bénéficier de surtitres (de toute façon, depuis le deuxième rang, je n'aurais pas pu en voir grand chose). De toute façon, je connaissais bien sûr déjà le mythe d'Orphée et Eurydice et avait écouté un enregistrement de cet opéra de Gluck quelques jours avant de venir ; je n'étais donc pas trop perdu.

Dans cette version en quatre tableaux, chacun des trois personnages (Orphée, Eurydice, Amour) est incarné sur scène par un danseur et une chanteuse. Le rôle d'Orphée était dansé par Yann Bridard, ceux d'Eurydice et Amour par Marie-Agnès Gillot et Miteki Kudo. Ils pouvaient donc danser librement en même temps que, habillées dans une robe sobre de couleur sombre, Elisabeth Kulman, Svetlana Doneva ou Hélène Guilmette chantaient (ce qui serait impossible si chaque rôle était interprêté par une seule personne).

Dans chacun des quatre tableaux, la chorégraphie était très belle. La tristesse des lamentations sur la mort d'Eurydice dans le premier, l'atmosphère oppressante des Enfers dans le second, l'harmonie du Jardin des bienheureux dans le troisième et la sobriété du tableau final où évidemment Orphée ne parvient pas à se retenir de regarder Eurydice, qui meurt (en soi, chorégraphier de nombreuses minutes de danse de couple où les deux danseurs ne doivent pas se regarder me paraît assez remarquable). Dans la version originale de l'opéra de Gluck, satisfait d'Orphée, Amour finissait par rendre Eurydice à la vie, ce qui donnait une fin heureuse ; ici, la fin était conforme au mythe.

Les décors étaient plutôt sobres, surprenants sans être extravagants.

La chaîne de télévision Arte diffusera une représentation de cet opéra en direct le samedi 16 février à 19h30. Si j'avais un poste, je sais ce que je ferais ce soir-là.

Je suis entré dans une boutique de disques harmonia mundi. Les étiquettes étaient d'un format ancien, je n'en avais pas revu de telles depuis mon enfance de cette sorte : toutes petites étiquettes arrondies où il n'y a que le prix (pas de code-barre). Elles ne couvraient pas les informations importantes. Je suis sorti de ce lieu de perdition avec sept articles (dont deux offerts) : 9 CD et 1 DVD musical... Trois opéras baroques (Charpentier, Marais, Monteverdi), des quattuors parisiens de Telemann, trois disques de musique classique indienne.

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Le Messie à Gaveau

2008-01-13 15:58+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures

Gaveau — 2008-01-11

Cornelia Samuelis, Soprano

Carlos Mena, Alto

Markus Schäfer, Ténor

Thomas Bauer, Basse

Orchestre Baroque de Séville

Chœur Arsys Bourgogne

Pierre Cao, direction

Le Messie, HWV 56, Händel.

Avant-Hier avant l'aube, queue à Bastille après une trop courte nuit pour acheter ma place pour une représentation de Luisa Miller en compagnie de quelques prosélytes lyriques et en bénéficiant des fruits secs de Madame Abricot. À midi, un bon biryani pour me remettre d'aplomb pour travailler en bibliothèque. Le soir, je me rends à la salle Gaveau pour un concert. Je croyais que celui commençait à 19h30. Arrivé à 19h, le hall était ouvert, mais personne en vue, ce qui était bizarre. Je vois alors passer quelques petits groupes : des chanteurs solistes que je reconnais, un chef d'orchestre (qui dirige aussi le chœur) sortent du bâtiment, j'entends parler espagnol, français, allemand. Étrange pour une formation qui est censée être sur scène dans moins d'une demi-heure.

Je vérifie mon billet : le spectacle ne commence qu'à 20h30. Je me replonge dans Les Hauts de Hurle-Vent pour quelques dizaines de minutes et m'installe à ma place dès que les organisateurs des concerts Philippe Maillard et le contrôle se sont mis en place. Un jeune homme accorde le clavecin avec application. C'est ensuite au tour des deux violoncelles et de la contrebasse de faire de même. La salle se remplit. Quand c'est l'heure, l'orchestre baroque de Séville puis le chœur Arsys Bourgogne prennent place. Le chef Pierre Cao, sobrement habillé de noir prend place devant son pupitre et commence à diriger Le Messie de Händel.

C'était hier la quatrième fois que j'assistais à une représentation de cette œuvre, et c'est celle qui m'a le plus enthousiasmé. Les conditions d'écoute étaient particulièrement bonnes pour moi. Vers le centre du deuxième rang, j'étais suffisamment loin pour n'avoir pas besoin de parapluie pendant les airs de solistes, mais suffisamment près pour pouvoir presque entendre individuellement chaque instrument (l'effectif de l'orchestre étant plutôt modéré), chaque voix de l'ensemble, et pénétrer les moindres mouvements respiratoires du premier violon.

Je ne suis en général pas un grand admirateur des voix d'altos masculines, à part peut-être celle de Philippe Jaroussky. Je préfère largement les voix féminines pour les cantates de Bach. Pour les oratorios anglais, je ne sais pas pourquoi, mais cela me choque moins. Hier, l'alto était Carlos Mena. Quand il se positionnait à la gauche du chef pour ses airs, j'avais une vue contre-plongeante de cet homme situé juste en face de moi. J'ai beaucoup apprécié sa voix claire (bien que je n'eusse pas réécouté Le Messie depuis près d'un an, le texte anglais m'était parfaitement intelligible quand il chantait). La basse Thomas Bauer, que j'ai souvent eu l'occasion d'entendre dans des cantates de Bach était dans un très bon jour. Je découvrais la soprano Cornelia Samuelis, dont l'air I know that my Redeemer liveth au début de la troisième partie était merveilleux ; je n'avais jamais vu un visage se rosir autant par l'afflux de sang déclenché par le chant. J'ai un peu moins aimé le ténor Markus Schäfer. Concernant le chœur Arsys Bourgogne, parmi lequel je reconnaît quelques visages d'une fois sur l'autre, ce n'est pas demain que je cesserai de l'apprécier.

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Retour du Maroc

2007-11-20 19:17+0100 (Orsay) — Culture — Opéra — Mathématiques — Photographies

Je suis rentré du Maroc dimanche soir. Vendredi et samedi matin, j'ai visité Marrakech avec ma collègue dont la mère nous a hébergés dans sa maison située dans la médina (elle nous a aussi fait la cuisine...). Entre deux discussions mathématiques, nous avons vus rapidement quelques sites intéressants de Marrakech : le palais de la Bahia, le palais El Badi, les tombeaux saadiens, la place Djemaa-El-Fna, la médersa Ben Youssef et la mosquée Koutoubia. Je mettrai prochainement en ligne quelques photos (principalement celles de ma visite de la mosquée Hassan II à Casablanca).

À l'aéroport Charles-De-Gaulle, aucun train en raison de la grève. En utilisant un bus Air France puis un taxi, j'ai pu rejoindre Orsay en début de soirée.

Ce soir, je ne pourrai pas aller voir Tosca à l'Opéra comme je l'aurais souhaité.

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Une longue journée

2007-09-22 19:27+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures — Culture indienne — Mathématiques

Hier, réveil à 4h pour prendre un des premiers RER pour Paris et faire la queue à l'opéra Bastille en compagnie de quelques autres prosélytes lyriques.

Je m'étais promis de ne pas entrer dans une librairie avant d'avoir réduit significativement la taille de ma PAL (63 livres), mais je suis ensuite allé chez Gibert, et suis reparti avec le Paperback Oxford English Dictionary et La maison et le monde de Tagore auquel il est fait référence dans le nouveau roman d'Ananda Devi, Indian Tango, ma lecture du moment.

J'ai passé mon après-midi à la bibliothèque de l'École normale supérieure, à laquelle j'ai encore accès. Je n'étais entré dans les nouveaux locaux de celle-ci qu'il y a un an pour renouveler ma carte de lecteur. Malgré les échos négatifs que j'avais entendus à son sujet, j'ai trouvé ce nouvel espace très agréable pour travailler.

Dans la soirée, je me suis rendu au Théâtre des Champs-Élysées pour écouter un concert du Staatskapelle de Dresde. Cet orchestre a interprèté le concerto pour piano nº5 de Beethoven avec Hélène Grimaud, puis le poème symphonique Une vie de héros de Richard Strauss. J'aime beaucoup ce concerto de Beethoven, et l'entendre pour la première fois en vrai était un vrai plaisir. Le poème symphonique de Strauss me faisait un peu plus peur, et les dix premières minutes (l'œuvre dure environ 45 minutes) n'ont pas altéré ce sentiment. Cette musique m'a semblé extrêmement saccadée, stressante et presqu'oppressante (le volume sonore émis par cet orchestre était important). Puis, vers le milieu, le style m'a semblé se rapprocher de ce que j'arrive à apprécier dans la musique de Strauss que j'ai écoutée jusqu'à présent (pas grand chose en dehors de Ainsi parlait Zarathoustra et Vier letzte Lieder), ce qui m'a soulagé.

Pour le retour, des relents d'alcool dans la RER B, la présence de supporters de l'équipe d'Irlande aidant...

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Sept cents

2007-05-30 19:58+0200 (Grigny) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne

Ma collection de disques vient de franchir un nouveau cap dans la démesure : 700 CD. Le sept-centième est le dernier album de Keren Ann. Les prochains, en cours d'acheminement, devraient être une version de l'opéra-ballet Padmâvatî de Roussel (qui sera mis en scène l'an prochain au théâtre du Châtelet par Sanjay Leela Bhansali) et puis un enregistrement de l'opéra Lakmé de Delibes dirigé par Michel Plasson, avec Natalie Dessay.

Quelques statistiques :

  • Sur les 11086 fichiers musicaux issus de cette collection, je n'en ai écouté que 9137, ce qui signifie que parmi les disques de ma collection, il y a en environ 125 que je n'ai pas encore écouté (essentiellement du Mozart).
  • Depuis le 1er janvier 2006, j'ai écouté chaque jour en moyenne 111 minutes de musique sur mon ordinateur.
  • La piste que j'ai le plus écoutée est le Inflammatus et accensus du Stabat Mater de Pergolesi (126 fois).
  • J'écoute en moyenne 2,8 nouveaux disques par semaine.

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Candide

2006-12-12 01:25+0100 (Grigny) — Culture — Opéra

Théâtre du Châtelet — 2006-12-11

Lambert Wilson (Voltaire, Pangloss, Martin)

William Burden (Candide)

Anna Christy (Cunegonde)

Kim Criswell (Old Lady)

John Daszak (The Grand Inquisitor, Captain, Governor, Vanderdendur, Ragotski)

Jeni Bern (Paquette)

David Adam Moore (Maximilian)

Ferlyn Brass (Cacambo)

Ensemble Orchestral de Paris

Chœur du Théâtre du Châtelet

John Axelrod, direction musicale

Stephen Betteridge, chef de chœur

Robert Carsen, mise en scène et lumières

Rob Ashfort, chorégraphie

Michael Levine, décors

Buki Shiff, costumes

Peter Van Praet, lumières

Ian Burton, dramaturgie

Candide, Bernstein.

Je reviens de la première de Candide, une opérette de Bernstein, au Théâtre du Châtelet. C'était absolument excellent, et relativement fidèle au texte de Voltaire. J'avais écouté un autre enregistrement de cette opérette, mais sans les parties parlées ; cela m'avait donné l'impression que l'histoire avait été chamboulée ; je me trompais. Avec les passages parlés (en français), il était beaucoup plus aisé de voir la cohérence et les correspondances avec le conte. Le chateau de Thunder-ten-tronckh en Vestphalie est remplacé par la Maison Blanche en West-failure. On pend des juifs communistes pour un auto-da-fé. Le grand inquisiteur et le juif Issachar sont transformés en impresarios et Cunégonde en chanteuse (la scène de l'air Glitter and be gay avec Cunégonde habillée en Marylin était assez énorme). Le bateau transatlantique est le Titanic. Le gouverneur don Fernando d'Ibaraa, y Figueora, y Mascarenes, y Lampourdos, y Souza était remplacé par un officier de l'immigration véreux. L'Eldorado est riche pour son pétrole. Les rois déchus que Candide rencontre à Venise sont Jacques Chirac, Tony Blair, Vladimir Poutine, Silvio Berlusconi et George Bush ! Et il faut toujours cultiver son jardin.

Merci à Flo pour le thé Pu Er et les places, à Kozlika et à Marion pour le chocolat, et coucou à ceux que j'ai pu voir ou revoir.

Bon, il faudrait que je pense à dîner.

PS : Cela passera à la télévision le 20 janvier 2007 à 22h30 sur Arte.

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Semaine chargée

2006-03-24 00:17+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Opéra — Mathématiques

Vingtième théâtre — 2006-03-22

Chœur d'enfants Sotto Voce

Ellina Akimova, piano

Matthieu Septier, assistant chef de chœur

Scott Alan Prouty, direction

Paris-New York !

Mardi dernier, concert du chœur d'enfants Sotto Voce. Je les avais déjà entendus en première partie lors d'un concert de negro spirituals ; j'avais vraiment adoré. Cette fois-ci, c'était dans un théâtre plus petit (du côté de Ménilmontant), avec un public essentiellement familial, et ils faisaient un concert à eux tous seuls. Il y avait une joie de chanter assez ostensible parmi ces jeunes chanteurs dirigés par Scott Alan Prouty et accompagnés de Ellina Akimova au piano. Les chansons était principalement issues du répertoire américain, mais il y avait aussi quelques chansons françaises et quelques morceaux religieux (en latin) ; ces dernières œuvres swingaient autant que les autres ! L'ensemble était divisé en deux : un chœur de jeunes enfants et un ensemble plus restreint de moins jeunes qui nous ont gratifiés de quelques extraits de comédies musicales chorégraphiés avec un certain humour. Vraiment réjouissant. En sortant de là, j'ai testé un restaurant indien du quartier. :-)

Théâtre des Champs-Élysées — 2006-03-23

Nicolas Rivenq, Alcide

Véronique Gens, Alceste

Simon Edwards, Admète

Judith Gauthier, La Gloire, Céphise, première ombre

James Oxley, Lychas, Alecton, Apollon, premier Triton

Renaud Delaigue, Straton

Bernard Deletre, Lycomède, Caron

Alain Buet, Pluton, Éole, homme désolé, Cléante

Jean Delescluse, Phérès, deuxième Triton

Hjördis Thebault, Proserpine, Nymphe de la Marne, Nymphe des Tuileries, troisième ombre, Petit chœur

Stéphanie d'Oustrac, Femme affligée, Nymphe de la Seine, Nymphe de la mer, Diane, Thétis, deuxième ombre, Petit chœur

Chœur de chambre de Namur

Jean Tubery, direction

La grande écurie et la chambre du Roy

Jean-Claude Malgoire, direction

Alceste, Jean-Baptiste Lully.

Hier soir, mon premier Lully, Alceste au Théâtre des Champs-Élysées, en version oratorio. Je n'avais pas révisé ma mythologie grecque (juste le temps de lire le synopsis avant le début du concert), il y avait une foule de chanteurs solistes (onze !) dont certains interprétaient plusieurs rôles, comme en plus j'étais un peu fatigué (et il faisait horriblement chaud à l'intérieur de la salle) et le texte français, bien que très beau, m'était insuffisamment intelligible : bref, j'ai pas mal souffert pendant les deux premiers actes. Pendant l'entr'acte, j'ai refait surface et potassé la distribution pour faire la correspondance entre les chanteurs et les personnages. J'ai donc pu apprécier bien davantage les trois derniers actes (l'œuvre doit bien faire trois heures) ; il y avait des passages carrément comiques, comme le moment où Charon, le passeur des Enfers, demande des pièces sonnantes et trébuchantes aux candidats à la traversée. Au niveau de style musical, je ne suis pas absolument fan, mais il y avait des passages que j'ai beaucoup aimés.

Théâtre des Champs-Élysées — 2006-03-24

Anna Caterina Antonacci, mezzo-soprano

Chœur de femmes de Radio France

Ken-David Masur, chef de chœur

Orchestre National de France

Sir Colin Davis, direction

Les Nuits d'été, Hector Berlioz.

Les Planètes, Gustav Holst et Colin Matthews.

Là, je rentre encore du TCE. Cette fois-ci, c'était pour un concert de l'Orchestre National de France dirigé par Sir Colin Davis. La première œuvre au programme était Les Nuits d'été de Berlioz, six mélodies sur des poèmes de Théophile Gautier. Il n'y a nul besoin de décrire le plaisir que constitue l'écoute des ces chants interprétés par Anna Caterina Antonacci. En deuxième partie, il y avait Les Planètes de Holst, et semble-t-il aussi Pluton de Colon Matthews bien que je ne l'aie pas distinguée de Neptune ; il semble que ce soit fait exprès...

À part ça, j'ai fait tout-à-l'heure un exposé au séminaire des thésards de mon institut ; mon directeur de thèse a fini de relire la dernière version de ma thèse, le jour J approche...

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Bhâratî

2006-03-05 01:20+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne

Palais des Congrès — 2006-03-04

Bhavna Pani, Bharati

Gagan Malik, Siddharta

Rahul Vohra, Le narrateur

Nikam Mangesh, Domraja

Yusuf Kinnu Khan, Raj

Jojo Khan, mise en scène, chorégraphie

Shirili Deshe, mise en scène

Roni Sinai, mise en scène

Kamlesh Pandey, histoire

Gashash Deshe, conception

Bhâratî, il était une fois l'Inde

Je reviens du spectacle Bhâratî (site). Ce n'était pas mal du tout, les danses étaient plutôt réussies (une bonne soixantaine de danseurs en tout). Je regrette cependant que ce fut essentiellement une juxtaposition de passages dansés (ou seulement chantés) sans réelle organisation. En fait, c'était comme un opéra baroque : récitatif, air, récitatif, air... Le récitant était plutôt sympathique, il parlait de quelques coutumes indiennes et de la pseudo-histoire, expédiée en quelques phrases : Bharati rencontre un charmant indien ayant vécu à l'étranger : Siddharta, mais son père Domraja la fiance avec un autre, Raj ; puis Siddharta va voir Domraja, et finalement il se marie avec Bharati.

Ce n'était pas désagréable, mais j'hésiterais à conseiller ce spectacle : le prix était très élevé (les places les moins chères étaient à 50 €) et puis le programme du spectacle avait un prix absolument indécent (15 €, là où en des endroits chics au possible comme le Théâtre des Champs-Élysées on se contente le plus souvent de nous faire payer au maximum 5 ou 6 €).

Les chansons étaient issues de films indiens (dont le programme n'indique pas les titres, grrr...). J'ai au moins reconnu des chansons des films suivants :

Bref, je préfère donc voir une danseuse exceptionnelle plutôt que de voir des dizaines de personnes faire de la danse synchronisée autour de danseurs leaders. Cependant, je ne regrette nullement d'avoir fait le déplacement, ces occasions étant trop rares.

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Rigoletto

2006-02-27 10:50+0100 (Courcouronnes) — Culture — Opéra

Théâtre des Champs-Élysées — 2006-02-25

Lisa Larsson, Soprano

Bogna Bartosz, Alto

Christoph Genz, Ténor

Klaus Mertens, Basse

The Amsterdam Baroque Orchestra and Choir

Ton Koopman, direction

Messe en si mineur, BWV 232, Johann Sebastian Bach.

J'ai pu assister aux deux concerts que j'avais prévus ce week-end. La Messe en si mineur de Jean-Sébastien Bach samedi : c'est bizarre, plus j'ai écouté souvent une œuvre, plus le concert semble se passer vite. Parmi les solistes, Klaus Mertens est toujours aussi bon à mon goût.

Opéra Bastille — 2006-02-26

Laura Claycomb, Gilda (soprano)

Natacha Constantin, La Contessa (soprano)

Martine Mahé, Giovanna (mezzo-soprano)

Dagmar Pecková, Maddalena (mezzo-soprano)

Letitia Singleton, Paggio della Duchessa (mezzo-soprano)

Ain Anger, Sparafucile (basse)

Mihajlo Arsenski, Matteo Borsa (ténor)

Andrzej Dobber, Rigoletto (baryton)

Philippe Fourcade, Il Conte di Monterone (baryton-basse)

Yuri Kissin, Il Conte di Ceprano (basse)

Bülent Külekci, Il Duca di Mantova (ténor)

Sergei Stilmachenko, Marullo (baryton)

Jian-Hong Zhao, Usciere di corte

Renato Palumbo, direction musicale

Jérôme Savary, mise en scène

Michel Lebois, décors

Jacques Schmidt, costumes

Emmanuel Peduzzi, costumes

Alain Poisson, lumières

Peter Burian, chef des chœurs

Rigoletto, Guiseppe Verdi

Hier, c'était mon premier opéra romantique : Rigoletto, en compagnie d'autres blogueurs. J'ai eu un peu peur au début en voyant défiler des acrobates (la mise en scène était de Jérôme Savary...), mais les chanteurs (surtout ceux qui interprétaient les rôles de Gilda et de Rigoletto) étaient très bons.

L'opéra fini, j'entendis derrière moi une conversation assez surréaliste, approximativement :

— Le Bouffon et le Duc étaient bons.

— Mais le Bouffon, c'est le Duc !

— C'était peut-être le même chanteur, mais ce sont deux personnages différents.

— Mais le Bouffon, c'est le Duc !

— Non, non, en fait, il y avait deux chanteurs.

— Mais le Bouffon, c'est le Duc !

Le sur-titre était pourtant bien visible de là où j'étais, et comme il y avait plusieurs scènes où intervenaient simultanément le Duc et le Bouffon (Rigoletto), je me demande comment on peut être à ce point malcomprenant.

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Folies

2006-01-04 18:49+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Opéra — Lectures

Aujourd'hui, j'ai été pris d'une légère folie consommatrice ; cela ne m'était pas arrivé depuis un certain temps.

J'ai ainsi passé pas moins de quatre commandes par Internet. Tout d'abord deux commandes de DVD, disques, livres. Dans un moment d'égarement, j'ai bêtement essayé d'acheter une version électronique d'un livre. Le site indiquait qu'il suffisait d'avoir Adobe Reader 6 pour accéder au document ; je pensais que tout irait bien, que ce serait un honnête PDF ; mais il s'est avéré que c'était du PDF crypté pour lequel il n'existe apparemment pas de lecteur fonctionnant sous Linux. Je m'en suis gentiment plaint à l'éditeur qui vient de me répondre qu'il acceptait de me dédommager en m'envoyant une version papier. Ouf.

Les deux autres commandes sont des places de concert : une pour Rigoletto, opéra de Verdi, dont j'aurai le privilège d'assister à une représentation en compagnie de quelques autres prosélytes lyriques.

L'autre place de concert, c'est la faute à la publicité que je reçois régulièrement du Théâtre des Champs-Élysées, publicité masquée sous le nom de Carnet de janvier à mars 2006 : j'ai résisté à la tentation jusqu'à l'avant-dernière page, mais à la dernière, j'ai remarqué un concert de l'orchestre national de France au programme duquel figure Les Planètes de Holst ; ce sera aussi l'occasion d'écouter la mezzo-soprano Anna Caterina Antonacci, que j'avais vue pour la première fois dans Agrippina de Händel, dirigé par René Jacobs et mis en scène par David McVicar (d'ailleurs, depuis quelques jours, je me réécoute en boucle un enregistrement de cet opéra, dirigé par Claude Malgoire, avec notamment Véronique Gens, Philippe Jaroussky et Ingrid Perruche comme solistes, en particulier le dernier air Ogni vento du deuxième acte ; tiens, si j'achetais le DVD ; ah, zut, je l'ai déjà !).

Pour d'autres manifestations de ce genre de pathologies, cf. les livroliques anonymes.

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