2012-02-05 13:38+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Klari est formidable. Je me souviens que lorsque je l'ai rencontrée à l'occasion d'un concert Colonne, alors que nous nous installions à nos places, elle me disait qu'elle avait commencé à faire du chant dhrupad. Je ne sais plus très bien ce que je dis alors, mais à l'époque, ma seule expérience du dhrupad était le concert des Gundecha en clôture des vingt-quatre heures du râga et j'en avais plutôt un mauvais souvenir. Peut-être avais-je dit que j'avais cependant eu un gros déclic avec la musique de l'Inde du Nord : le récital de chant Gaayatri Kaundinya à Kolkata quelques mois auparavant m'avait fait apprécier ce type de musique. Il ne s'agissait pas de dhrupad, mais de khyal, qui est une forme de musique vocale plus répandue que le dhrupad.
Et puis, en juin 2011, elle m'a suggéré d'aller écouter Wasifuddin Dagar (cf. nos billets respectifs). Dans la foulée, il y eût le concert de Sayeeduddin Dagar. Après ces deux concerts, il était clair que le dhrupad me plaisait...
⁂
Le temps passe. Parfois, Klari me raconte à quel point le dhrupad lui plaît. Je laisse passer une ou deux occasions d'assister à des concerts. Et puis, elle m'annonce une conjonction favorable : sa prof va commencer un nouveau cours et organiser un stage d'initiation avec sa propre prof le week-end qui suit. Hop, je téléphone et je m'inscris. Quelques semaines se passent...
Mercredi dernier, pendant le premier cours (où nous sommes deux élèves),
nous commençons à étudier le Raga Yaman. Rien qu'à
écouter la prof prononcer des phrases musicales pour nous les faire
répéter, j'ai l'impression d'être comme à un concert... et je suis au
premier rang pour entendre le subtil raffinement de ce chant ! Quand il
s'agit de reproduire, la légère tension d'avoir à chanter (jamais fait ça
de ma vie) ajoutée à la froidure subie fait que je dois souvent reprendre
ma respiration très prématurément. Quand les notes sortent, ce ne sont pas
les bonnes, mais ce n'est pour autant pas complètement faux puisque d'après
la prof, je chante des harmoniques. Elle essaie de me guider vers la note
juste en reproduisant ma note puis en faisant du glissando vers la note
Sa
continuellement répétée par son tampura. Quelques exercices
suivent. Certaines ornementations apparaissent. Tiens, une phrase commencée
bouche ouverte se termine progressivement bouche fermée. Tiens, on répète
trois fois la même note mais elle est chantée différemment. Bref, dès la
première heure de cours, on commence déjà à entrevoir certaines directions
qui peuvent être explorées par les chanteurs de dhrupad.
Cela a continué samedi avec le stage d'initiation dirigé la prof de ma
prof. Avant de venir, j'étais loin de m'imaginer à quel point les quelques
heures de ce stage seraient enrichissantes. La prof du jour remarque
immédiatement que je ne chante pas la bonne note et me fait me rapprocher
du tampura de ma prof du mercredi pour que je l'entende mieux. Les
exercices se suivent. On explore la gamme de différentes manières, puis on
commence à travailler quelques phrases d'Alap (Raga Bhimpalasi).
En écoutant les phrases que nous devons répéter, il semble évident que s'il
est possible de faire plein de choses rien qu'avec une ou deux notes. Après
des essais collectifs, chacun des 7 ou 8 élèves répète la phrase seul et la
prof apporte des corrections. De mon côté, j'essaie de faire ce que je
peux. Il faut en effet préciser que je suis le plus béotien des présents,
tous les autres, s'ils sont certes de niveaux très variables, ont suivi des
cours depuis un an minimum... Je prends les remarques et compliments de la
prof pour la part de vérité qu'ils contiennent et surtout pour des
encouragements. Good technique, but wrong notes!
. Chez les autres,
elle va un peu plus loin en soulignant des détails dans les phrasés, et ce
toujours avec bienveillance, expliquant que toutes les variations
involontaires apportées par les élèves sont belles et pourraient être
utilisées, mais il faudrait pour cela qu'elles correspondent à une
intention.
Ces ornementations, donc, de quoi s'agit-il ? Prenez une suite de notes parfaitement justes :

En abscisse, le temps, en ordonnée la hauteur du son. C'est carré, mais c'est affreux. Typique de certaines horreurs entendues depuis quelques années (la première fois que j'ai entendu ça, c'était dans Believe de Cher). Voyez ce que ça donne sur la voix du Président américain.
En vrai, j'imagine que la courbe d'un chanteur normal serait pas mal plus arrondie. Dans le chant dhrupad, j'ai l'impression que non seulement on arrondit mais on réfléchit à la manière d'arrondir :

De temps en temps, il doit bien y avoir des lignes droites, m'enfin en général tout est courbe et les possibilités sont énormes... et il ne s'agit là que d'un seul des paramètres !
Revenons au déroulé du stage. Nous avons travaillé une composition où ce type de techniques intervenaient. Comme le texte était écrit dans une langue proche du hindi, j'ai pu reconnaître que c'étaient des vers en l'honneur de Krishna. J'en ai eu la confirmation quand la prof a pris le temps d'expliquer le sens de ces vers, un égard que j'ai beaucoup apprécié ! Enfin, le cours s'est achevé paisiblement sur la syllabe ॐ.
À vrai dire, à la fin, j'ai eu un mini-cours particulier, la prof me
faisant travailler toutes les notes de la gamme jusqu'à ce que je les
chante à l'unisson avec elle, et concluant en s'exclamant auprès de la prof
du mercredi : See, the problem is fixed!
. J'ai comme l'impression
qu'il y aura un avant ce samedi 4 février et un après !
⁂
Salle Pleyel — 2012-02-04
Eva-Marie Westbroek, soprano
Orchestre National de Lille
Evelino Pidò, direction
Ouverture des Vêpres siciliennes (Verdi)
Air Tu che le vanità de Don Carlo (Verdi)
Air Ritorna vincitor de Aïda (Verdi)
Ouverture de La Force du destin (Verdi)
Air Pace, pace mio Dio! de La Force du destin (Verdi)
Air Io son l'umile ancella de Adrienne Lecouvreur (Francesco Cilea)
Air Poveri fiori de Adrienne Lecouvreur (Francesco Cilea)
Intermezzo de Manon Lescaut (Puccini)
Air Sola, perduta, abbandonata de Manon Lescaut (Puccini)
Ballet de La Gioconda (Amilcare Ponchielli)
Suicidio! de La Gioconda (Amilcare Ponchielli)
Chanson de Vilja (Lehar)
Air Vissi d'arte de Tosca (Puccini)
J'avais prévu de longue date d'aller ce samedi à la Salle Pleyel pour écouter Eva-Maria Westbroek que j'avais eu l'occasion d'entendre dans Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch (à l'époque où les classes moyennes pouvaient entrer à l'Opéra Bastille au lieu d'avoir à se contenter de retransmissions au cinéma ; rendez-nous Mortier !). Rarement un concert de musique classique m'aura autant indifféré. C'est probablement dû en partie au fait que je ne connaissais pas ou très mal les airs d'opéra interprétés. J'avais également l'impression que le chef était comme un pantin désarticulé. Pas que les musiciens aient démérités, non, simplement je n'étais pas remis des folles émotions musicales de la journée de dhrupad. J'avais une impression de trop. Trop d'effets sans cause. En particulier, la plupart des œuvres jouées pendant la premières partie étaient fortement atteintes du syndrome de l'hydravion... Et surtout, il n'y avait aucune ornementation comme celles entendues tout au long de la journée. Bref, je me sens tout à coup complètement étranger à cet univers de la musique classique. Heureusement, ce n'est qu'un état transitoire puisque la première partie du récital s'est achevée en m'enthousiasmant grâce à l'air Pace, pace mio Dio! de La Force du destin.
En deuxième partie, j'ai une impression très étrange avec les airs joués. Pas d'hydravion, mais c'est du sucré-émouvant à la sauce Puccini (que je ne déteste pas). Par ailleurs, j'ai l'impression d'entendre des fragments d'opéras découpés à la hache : tous les morceaux joués se terminent au moment précis où la chanteuse finit une phrase.
Dans ce concert, mes plus grandes satisfactions viendront de l'orchestre lors des deux extraits instrumentaux. L'Intermezzo de Manon Lescaut me séduit, notamment grâce au début qui met en valeur des solistes chez les violoncelles, altos et violons. L'œuvre qui me procure un effet tout à fait inattendu est le Ballet de La Gioconda (Ponchielli). Quelle délicieuse musique de ballet ! C'est mignon comme tout, très espiègle, mais cette musique est surtout superbement jouée par l'Orchestre National de Lille !
La chanteuse a interprété deux bis. Le premier était en allemand. Le deuxième était l'air Vissi d'arte de Tosca. Si mes sensations lors de ce concert pâtissent de ma méconnaissance de toute une partie du répertoire opératique et de la juxtaposition avec le dhrupad, au moins, les deux parties de concert se sont achevées sur des airs qui m'ont laissé une très bonne impression !
⁂
Ce matin, il me faut écouter par hasard le duo Wir eilen mit schwachen de la cantate BWV 78 de Bach pour me dire que, quand même, la musique classique europénne, ça peut parfois être presque aussi fin et subtil que le dhrupad !
2012-01-28 17:10+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Les personnes suivant l'actualité de l'Opéra Bastille avaient entendu parler d'un projet de modification du dispositif de surtitrage pour que ces surtitres soient visibles de partout. Plus récemment, un article de propagande du Figaro faisait dire au directeur Nicolas Joel (sans tréma) :
Sur le plan tarifaire, depuis trois ans, les places n'augmentent pas. Elles vont même baisser la saison prochaine...
Tant de mauvaise foi en si peu de mots... D'un air désabusé, sur le
forum ODB, j'avais imaginé le pire :
Vu que des travaux pour que les surtitres soient visibles de partout ont
été annoncés, pourquoi ne pas faire disparaître la catégorie 7 (ou ne
laisser à la rigueur que les deuxièmes rangs de galeries et les 4
strapontins du deuxième balcon)...
.
Par curiosité, j'avais demandé il y a quelques semaines à recevoir la brochure pour le Ring 2012/2013 à l'Opéra Bastille (que j'ai déjà vu sur les années 2010 et 2011 : Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried, Götterdämmerung). Je ne l'ai reçue qu'aujourd'hui, et j'ai pu constater que ma prédiction de malheur s'est réalisée.
Voici le plan de salle 2011/2012 :

Et voici celui de 2012/2013 :

Si vous n'avez pas l'habitude de ce plan, vous n'y voyez pas grand'chose, c'est normal... Le code couleur est le même dans les catégories Optima et 1-6. Les catégories 7-8 sont en blanc sur ce deuxième plan parce que ces places ne sont pas proposées par abonnement. Pour y voir plus clair, concentrons-nous sur un détail, le premier balcon de côté :

J'espère ne pas faire d'erreur de comptage, mais à gauche, on a 2 rangs rouges, 3 rangs bleus, 2 rangs bleu ciel, et 3 rangs orange (les hachures violettes correspondent à une tarification différente pour les ballets). Dans chaque colonne de dix rangs, on avait ainsi donc 2 places de catégorie 1, 3 places de catégorie 2, 2 places de catégorie 4 et 4 places de catégorie 7. Au tarif des superproductions (ratées, en général), cela fait 2×170€+3×150€+2×105€+3×15€=1045€.
À droite, il semble qu'il y ait 3 rangs rouges (catégorie 1), 2 rangs bleus (catégorie 2), 1 rang jaune (catégorie 3), 2 rangs bleu ciel (catégorie 4), 1 rang violet (catégorie 5) et 1 rang vert (catégorie 6). Avec le nouveau tarif (avant ristourne spécial Ring), cela nous fait 3×155€+2×135€+1×115€+2×90€+1×70€+1×35€=1135€.
À vrai dire, je m'aperçois du fait que la grille proposée (155€/135€/115€/90€/70€/35€) ressemble beaucoup à la grille du tarif N actuel (celle utilisée cette année pour les reprises de Don Giovanni et Rigoletto). Comme annoncé dans l'article du Figaro mentionné ci-dessus, elle correspond à une baisse de 5€ en catégories 4/5/6 par rapport au tarif N 2011/2012 : 155€/135€/115€/95€/75€/40€ (catégorie optima inchangée à 180€). Si je refais le calcul du prix d'une colonne de premier balcon de côté, j'obtiens 2×155€+3×135€+2×95€+3×15€=950€.
On nous annonce une baisse des tarifs et effectivement on observe une baisse de 5€ dans certaines catégories de places, mais pourtant on passe de 950€ de recettes par colonne de premier balcon de côté à 1135€ (environ 19% de hausse). Vous l'avez deviné depuis le début, il suffisait de changer les couleurs du plan de salle. On a vu le principe avec le premier balcon, mais il y a d'autres glissements de frontières entre catégories à d'autres endroits (en particulier au parterre). La seule bonne nouvelle que je voie est qu'au centre du deuxième balcon, il y a trois rangs qui passent de 75€ à 35€ (48 places).
Les conséquences immédiates, c'est que les gueux qui prenaient des places 15€, après avoir été écartés du parterre lors de la saison 2011/2012, seront écartés du premier balcon en 2012/2013. Il ne leur reste plus que 4 misérables strapontins au deuxième balcon et des places aux galeries. Vertigineux, s'abstenir.
Tant que j'y suis, je vous donne la grille tarifaire du Ring 2012/2013 incluant la remise (en divisant les chiffres par 4 pour garder un prix par représentation plutôt que par cycle) :
| Catégorie de prix | Optima | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 |
| Sans remise | 180€ | 155€ | 135€ | 115€ | 90€ | 70€ | 35€ |
| Avec remise spéciale ring | 144€ | 124€ | 114€¾ | 97€¾ | 81€ | 63€ | 35€ |
| Taux de remise | 20% | 20% | 15% | 15% | 10% | 10% | 0% |
(Précision : ce sont les tarifs pour les cycles s'étendant sur plusieurs mois. Ceux du cycle de juin 2013 sont plus chers (et excluent pour le moment les catégories 5 et 6) : ajouter environ 60% puis 4×15€=60€ de programmes en vente liée.)
La TVA est traditionnellement considérée comme un impôt injuste par la gauche parce que le même taux s'applique à tout le monde, que l'on gagne peu ou beaucoup. Le principe de la redistribution fiscale (qui est plus ou moins celui de l'impôt sur le revenu), c'est d'appliquer un taux d'autant plus élevé que les revenus sont importants. L'Opéra applique une idéologie toute contraire. Si le même taux de réduction avait été appliqué à toutes les catégories, les réductions les plus importantes auraient déjà été accordées aux catégories les plus chères (puisque la réduction aurait été proportionnelle au prix), mais avec ce taux de réduction variant dans le mauvais sens, l'injustice est plus grande encore.
Du point de vue artistique, les rumeurs à propos de la saison 2012/2013 laissent à penser qu'elle sera globalement encore moins intéressante que la saison 2011/2012. Qu'aller à l'Opéra Bastille devienne inabordable fournit une raison de plus pour ne plus trop fréquenter ce lieu. L'herbe est peut-être plus verte ailleurs...
PS: Pour donner une idée de la façon dont les classes moyennes sont éjectées de l'Opéra Bastille, jusqu'à la saison 2010/2011, il y avait environ 335 places à 20€ et moins, en 2011/2012, 165 places (à 15€ et moins, le tarif à 20€ ayant disparu) et a priori, en 2012/2013, il n'en resterait plus qu'à peu près 85. Deux baisses consécutives de 50%, ça fait une baisse de 75%...
2012-01-24 03:47+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2012-01-25
Viktoria Mullova, violon
Roland Daugareil, violon solo
Orchestre de Paris
Paavo Järvi, direction
Symphonie nº83 en sol mineur La Poule
(Haydn)
Concerto pour violon en ré majeur, op. 77 (Brahms)
Symphonie nº2 en ré majeur, Brahms
Décidément, l'Orchestre de Paris me plaît en ce moment. Il y a deux semaines, les musiciens jouaient sublimissimement Une vie de héros de Strauss. La semaine dernière, c'était la Symphonie alpestre, pas aussi extraordinairissime, mais quand même pas mâââl (allez voir chez Klari ou Andante con anima pour plus de détails).
C'est bien sûr pour la symphonie de Haydn La Poule
que j'avais
inclus ce concert à mon abonnement. Toutefois, j'ai un a priori
négatif avec les symphonies parisiennes de Haydn parce que ce sont celles
dont le style me semble le plus proche de celui de Mozart (ce qui n'est pas
un compliment pour moi : je préfère Haydn quand il est lui-même). Si
certains effets m'énervent un peu, globalement cela reste du Haydn, avec
son lot de plaisanteries. Dans le premier mouvement, on a effectivement
l'impression d'être dans une basse-cour. Dans le deuxième, on se prend de
temps en temps de grosses gammes descendantes aussi inattendues que pas
finaudes. Immédiatement après, les cordes répètent la même note sur un
rythme monotone en un decrescendo qui va jusqu'à évanouissement
complet du son. Un peu plus loin, on entendra un effet différent : la note
variera très légèrement et la façon de la jouer me rappelera immédiatement
le début du premier mouvement de l'Hiver de Vivaldi. Bref, comme
d'habitude, Haydn s'amuse pour le plus grand plaisir des auditeurs...
L'effectif orchestral grandit légèrement (on passe de 4 à 6 contrebasses). Entre la violoniste Viktoria Mullova, dans une affriolante robe noire toute en transparences. Je ne sais pas si c'est la faute à Brahms, à l'interprète ou à mon placement à l'arrière-scène, mais je n'ai vraiment pas passé un bon moment pendant l'écoute du concerto pour violon de Brahms. Je ne suis pas un grand admirateur de ce compositeur. Certes, il y a quelques passages orchestraux sympathiques (comme la mini-pièce de musique de chambre pour instruments à vents qui se trouve au début du deuxième mouvement). Toutefois, j'ai eu l'impression que la violoniste devait lutter contre l'orchestre pour se faire entendre, le résultat paraissant moins fignolé qu'on pourrait s'y attendre. Le chef semblait pourtant assez bienveillant, faisant diminuer le volume avant les entrées de la violoniste et libérant à fond les décibels quand elle finissait ses phrases.
Il semblerait que j'aie déjà entendu la deuxième symphonie de Brahms
lors d'un concert de l'orchestre de l'Opéra dirigé par
Georges Prêtre. Après le concert de ce soir, j'ai rétrospectivement
l'impression d'avoir été trompé sur la marchandise (à l'époque, je n'avais
déjà pas été très enthousiaste). L'effectif orchestral s'est encore étoffé
pour l'interprétation de cette œuvre (huit contrebasses). Avant le Haydn,
un couple de spectateurs ayant quelques décennies de plus que moi au
compteur se disputaient à ma droite pour savoir où étaient les clarinettes
et où étaient les hautbois. La dame m'a demandé mon opinion. Cela a sans
doute ragaillardi ma voisine de gauche qui à la fin de l'entr'acte a
sollicité mon expertise à propos des instruments rouges
(qui font
pouët-pouët aurais-je dû compléter), les fameux bassons.
Malgré les nombreux moments adorables dans cette œuvre, je pense qu'il me faudra encore quelques écoutes pour véritablement apprécier cette symphonie de Brahms tant elle m'a parue touffue (surtout le premier mouvement). Le chef Paavo Järvi que je n'avais pas vu depuis novembre et La symphonie fantastique semble avoir manifestement envie de très bien faire. Sans se défaire de sa bonhomie coutumière, il paraît très concentré. Quand le quatrième mouvement s'enchaîne au troisième, les musiciens semblent pris d'une ivresse collective. Chez les altos, David Gaillard (qui jouait lundi dernier aux Bouffes du Nord !) semble communiquer sa bonne humeur à son voisin Nicolas Carles. Partout dans l'orchestre, que ce soient chez les bassons ou les contrebasses, cela respire la joie de jouer. Les épaules se dandinent en rythme, que les musiciens jouent à ce moment précis ou non (pas la peine de nier, on vous a vus ! et on espère bien le revoir !). Cela fait très plaisir de voir l'orchestre dans cet état de volupté collective. Pour cette raison, je pardonne volontiers à Brahms la fin très hydravionesque de cette symphonie.
Ailleurs : Andante con anima.
2012-01-24 00:13+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Bouffes du Nord — 2012-01-23
Alain Planès, piano
David Grimal, violon
Hans Peter Hofmann, violon
David Gaillard, alto
Xavier Phillips, violoncelle
Quatuor nº1 “Sonate à Kreutzer”, Janáček
Pohadka pour violoncelle et piano, Janáček
Dans les brumes (pour piano), Janáček
Sonate pour violon et piano, Janáček
Quatuor nº2 “Lettres intimes”, Janáček
Fantabulissime ! Je n'ai pas d'autre mot. Fantabulissime !
2012-01-22 23:59+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2012-01-22
Anna Caterina Antonacci, soprano
Orchestre Philharmonique de Rotterdam
Yannick Nézet-Séguin, direction
Shéhérazade, trois poèmes pour voix et orchestre sur des vers de Tristan Klingsor (Ravel)
Wiener Singakademie
Daphnis et Chloé, ballet complet (Ravel)
Sublime concert Ravel de l'Orchestre Philharmonique de Rotterdam dirigé par Yannick Nézet-Séguin. Pendant la première partie du concert, on entend Shéhérazade, dont le texte est chanté par Anna Caterina Antonacci (que j'entends pour la douzième fois : elle égalise le score de Natalie Dessay et de Ludovic Tézier). Ce soir, habillée d'une superbe robe rouge (assortie aux très hauts talons) dont elle tient un pan de la main gauche, elle était assurément dans son élément. Le texte n'est pas parfaitement intelligible quand le vaillant orchestre prend le dessus, mais il l'est suffisamment pour que j'arrive à suivre. Si la voix de cette chanteuse que j'admire depuis longtemps m'avait parfois semblé un peu rauque par le passé, ce soir, son timbre de voix m'a paru au contraire très séduisant, parfaitement adapté à cette œuvre d'un exotisme qui peut sembler quelque peu dépassé aujourd'hui (ah, cette évocation de la Chine...).
L'orchestre est impressionnant. Les vigoureux coups d'archet semblent parfaitement synchronisés entre tous les pupitres. Les vents sont fabuleux (les flûtistes !). Le jeune chef dirige l'orchestre en battant la mesure de façon très énergique.
Pour la musique du ballet Daphnis et Chloé, les musiciens sont accompagnés d'un chœur de plus de 80 chanteurs, le Wiener Singakademie. Associé à l'orchestre, le chœur, qui ne chante que des vocalises (parfois bouche fermée) contribue aux atmosphères envoûtantes de l'œuvre.
2012-01-21 23:38+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Ces jours-ci a lieu la biennale de quatuors à cordes à la Cité de la Musique. En 2010, j'étais allé à deux concerts. Cette année, j'en aurai vu cinq. J'ai suivi les conseils de Bladsurb, à savoir de tenter l'amphithéâtre, qui a été le lieu des trois premiers concerts de la série, concentrés le week-end dernier :
Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2012-01-14
Quatuor Thymos
Eiichi Chijiiwa, Gabriel Richard, violons
Nicolas Carles, alto
Valérie Aimard, violoncelle
Quatuor à cordes nº1, opus 77 (Hob. III:81), Haydn
Quatuor à cordes nº9 “Quartettsatz”, Wolfgang Rihm
Quatuor à cordes nº14 (Beethoven)
Globalement, ce concert du Quatuor Thymos (avec un changement de violoncelliste depuis l'année dernière, est-ce temporaire ou permanent ?) a été le plus équilibré des cinq concerts que j'ai vus. Il est à noter que les deux violonistes ont échangé leurs rôles au cours du concert : Gabriel Richard a été violon I dans le Haydn, Eiichi Chijiiwa l'a été dans la suite du programme. Ce concerto de Haydn m'a procuré beaucoup de plaisir. Le quatuor nº9 de Rihm a été l'occasion de faire plus ample connaissance avec ce compositeur (passage quasi-obligé de tous les quatuors pendant la biennale). J'ai beaucoup craint pour l'instrument de Valérie Aimard, qui utilisait son archet comme un marteau pour frapper les cordes. À l'exception du quatuor de Rihm joué par le Borodin quartet, les autres quatuors de Rihm que j'ai entendus ces derniers jours faisaient un certain usage de cette technique, hum, surprenante... Si ces quatuors de Rihm ne m'ont guère passionné, certains moments n'étaient pas inintéressants.
Pour moi, la grande découverte est venue en deuxième partie de concert avec le quatorzième quatuor de Beethoven. Je ne connaissais pas du tout la musique de chambre de ce compositeur. Ce quatuor est absolument sublime. L'ambiance est toute différente de celle des quatuors de Haydn. Écouter Haydn, comme avec ces musiciens, cela devrait être toujours un plaisir (remboursé par la Sécu ?). On imagine que le compositeur utilise tous les stratagèmes pour attirer l'attention de l'auditeur et le divertir. Chez Beethoven, et particulièrement dans ce quatuor, on entre avec recueillement dans un autre monde, beaucoup plus intériorisé.
⁂
Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2012-01-15
Quatuor Zemlinsky
František Souček, Petr Střížek, violons
Petr Holman, alto
Vladimír Fortin, violoncelle
Quatuor à cordes nº3 (Alexander von Zemlinsky)
Quatuor à cordes nº10, Wolfgang Rihm
Quatuor à cordes nº6 (Beethoven)
Cinquième mouvement de Cinq pièces pour quatuor à cordes (Erwin Schulhoff)
Je n'ai que peu de souvenirs du quatuor d'Alexander von Zemlinsky qui donne son nom à cette formation. Ce concert me donne cependant l'occasion de me dire qu'il faudrait accorder aux violonistes et altistes une dispense de porter le nœud papillon. Parmi les musiciens, il semble qu'il y ait deux stratégies. Le plus souvent la mentonnière de l'instrument vient écraser le nœud papillon : les dommages éventuels au tissu restent cachés. Dans de plus rares cas, le musicien applique la mentonnière sur l'autre face du nœud ce qui tend à faire pivoter celui-ci. C'est ce qui s'est passé avec le premier violon du quatuor, dont le nœud finissait systématiquement tourné presque de quatre-vingt-dix degrés à la fin des morceaux...
Un incident s'est produit pendant le très percussifs quatuor de Rihm qui
a été joué. Si le premier mouvement était entièrement pizz. (avec
en outre le curieux mot kata prononcé par les musiciens), la suite
a été percussive. Ainsi maltraité, l'archet de l'altiste a tenté de
s'enfuir en faisant un vol plané. Le musicien a heureusement pu le
récupérer, apparemment pas trop amoché par le crash, et continuer à
jouer. (Il est d'ailleurs à noter que ce musicien avait sur son pupitre la
partition complète du quatuor avec les quatre parties : le
conducteur
).
Le quatuor de Beethoven interprété était très différent de celui entendu la veille. L'atmosphère y était très vivifiante !
Un très bel extrait d'une œuvre d'Erwin Schulhoff a été jouée en bis ! (Cf. Youtube pour voir à quoi cela ressemble.)
Les concerts s'enchaînent, mais j'ai le temps de prendre un café avant celui qui suit :
Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2012-01-15
Quatuor Tetraktys
Giorgos Panayiotidis, Kostas Panayiotidis, violons
Ali Basegmezler, alto
Dimitis Travlos, violoncelle
Quatuor à cordes nº6 “Blaubuch”, Wolfgang Rihm
Quatuor à cordes nº19 en do majeur KV 465 “Les Dissonances” (Mozart)
J'ai survécu à un Rihm de 50 minutes ! J'en ai complètement oublié le
quatuor de Mozart de la deuxième partie du concert. Si cela semble être
l'habitude à la Cité de la Musique d'ajouter les titres des bis sur la page
du concert sur le site Internet, curieusement, cela n'a pas été fait ici.
Je n'ai donc pas été le seul à n'avoir pas compris l'annonce du bis faite
en anglais avec un accent grec fort prononcé. On leur pardonne, ils sont
jeunes et fougueux, un jour ils sauront déclamer un Tchaikovski,
Andante cantabile
dénué de toute ambiguité comme le fera
impérieusement le premier violon du quatuor Borodin quelques jours plus
tard.
⁂
Cité de la musique — 2012-01-20
Quatuor Borodin
Ruben Aharonian, Sergei Lomovsky, violons
Igor Naidin, alto
Vladimir Balshin, violoncelle
Quatuor à cordes nº8 “Razumovski”, Beethoven
Grave — In memoriam Thomas Kakuska, Wolfgang Rihm
Quatuor à cordes nº9 “Razumovski”, Beethoven
Andanta cantabile du Quatuor à cordes nº1, Tchaikovski
Ce concert, comme le suivant, a lieu dans la salle des concerts (modulable). Même si je commence à m'y habituer, je ne fréquente pas si souvent que cela cette salle. En ouvrant ma pochette rouge de billets d'abonnements, je n'imaginais absolument pas que la place nº102 était située vers le milieu du premier rang de face. Est-ce la récompense d'avoir déposé mon formulaire d'abonnement le premier jour ?
L'interprétation du quatuor nº8 m'a modérément plu, même si chacun des musiciens a l'occasion de s'y mettre en valeur. Le Rihm en début de deuxième partie est beaucoup plus classique (par les sonorités) que les autres entendus précédemment. Il est pourtant un rien ennuyeux...
Le point culminant de ces cinq concerts sera atteint pour moi avec le quatuor nº9 de Beethoven. Le deuxième mouvement avec son rythme ternaire inlassablement marqué par les pizz. du violoncelle m'a particulièrement enthousiasmé ! Les fugues dans le troisième ! La virtuosité du quatrième !
La cohésion des musiciens est étonnante bien qu'ils jouent sans véritablement se regarder : je n'ai détecté qu'un œil droit d'altiste qui fixait le premier violon. En outre, mon intérêt est sans cesse ravivé par d'infimes petits détails d'interprétation comme certains changements presque subliminaux de dynamique et le vibrato...
(Ce concert sera retransmis sur France Musique le premier février à 14h.)
Zvezdo assistait également à ce concert, voici un lien vers son billet.
⁂
Cité de la musique — 2012-01-21
Quatuor Takács
Edward Dusinberre, Károly Schranz, violons
Geraldine Walther, alto
András Fejér, violoncelle
Quatuor à cordes nº53 en ré majeur “L'Alouette”, opus 64 nº5 (Hob. III:63), Haydn
Quatuor à cordes nº3, Britten
Marc Coppey, violoncelle
Quintette pour deux violons, alto et deux violoncelles D. 956 (Schubert)
Si j'ai pris un certain plaisir pendant le premier mouvement du quatuor de Haydn, je me suis ennuyé pendant toute la suite. C'est un comble de s'ennuyer pendant un quatuor de Haydn. Si l'attitude souriante du premier violon et celle plus intériorisée du violoncelliste sont séduisantes pour l'œil, les oreilles ne sont pas satisfaites par l'ensemble. Lors des précédents concerts, il s'est toujours trouvé des moments où le tout était indiscutablement meilleur que la somme des parties. Je n'ai pas éprouvé de tel plaisir harmonique au cours de ce concert. Si le Schubert m'a moins déplu que le reste, j'étais comme perdu au milieu de cette œuvre. En outre, étant encore placé au premier rang, mes yeux se prenaient la lumière dirigée vers l'avant-scène ; j'ai dû lutter pour rester éveillé...
2012-01-18 01:36+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre des Bouffes du Nord — 2012-01-17
Nicolas Chesneau, piano
Jérôme Billy, Koudriach
José Canales, Tichon Kabanov
Mathilde Cardon, Glasa
Elena Gabouri, Kabanicha
Paul Gaugler, Boris
Douglas Henderson, Kouliguine
Michel Hermon, Saviol Dikoj
Kelly Hodson, Katia
Céline Laly, Varvara
André Engel, mise en scène
Irène Kudela, direction musicale et études linguistiques
Ruth Orthmann, collaboration artistique
Nicky Rieti, scénographie
Chantal De la Coste-Messelière, costumes
André Diot, création lumières
Pippo Gomez, création son
Guillaume Lepert, régisseur plateau
Gérard Caldas, Grégoire Boucheron, régisseur lumière
Romain Vuillet, régisseur son
Béatrice Boursier, Siegrid Petit-Imbert, couturières
Kátia Kabanová, version de chambre de l'opéra de Leoš Janáček
Je ne sais pas pourquoi Nicolas Joel, le directeur de l'Opéra de Paris avait eu l'idée saugrenue de remonter la production de Salomé mise en scène par André Engel. Cela ne donnait pas très envie d'aller voir d'autres spectacles de ce metteur en scène. Heureusement, j'avais alors déjà acheté ma place pour la première de Kátia Kabanová mise en scène par celui qui avait déjà été l'auteur d'une belle production d'un autre opéra de Janáček : Příhody Lišky Bystroušky.
En m'installant à la corbeille, je peux déjà voir que le décor s'inscrit parfaitement dans le lieu. Ce décor est une terrasse surélevée à laquelle on accède à l'avant par un petit escalier. Un autre escalier est situé à l'arrière (côté jardin). Une porte à l'arrière de la terrasse sert d'entrée pour les rendez-vous nocturnes. La terrasse a la même couleur noire que le sol du théâtre et les surfaces verticales du décor sont en rouge-Bouffes-du-Nord. (Comme j'ai aperçu David, il sera sans doute possible de voir quelques photographies chez lui.)
Quand le personnage de Kátia entre sur scène, on sait immédiatement comment elle se donnera la mort. Elle s'approche en effet dangereusement du parapet de la terasse. Elle répétera plusieurs fois ce mouvement. Que ce geste devienne une évidence permet de mieux distinguer les nombreuses annonces de la mort de l'héroïne qui se trouvent dans le texte. Il n'y a pas d'autre issue possible.
Si la récente superproduction Manon était dénuée de théâtre, cette mise en scène n'en manque pas ! Le tyrannique personnage de Kabanicha mène tout le monde. Amorphe, son fils Tichon obéit sans réfléchir. Elle flagelle son amant Saviol qui ne demande que ça. Quand Kátia est morte, elle s'empare de son alliance et la met à son doigt...
La scène de l'orage est accompagnée de sons enregistrés et d'éclairages qui se propagent dans tout le théâtre pour donner l'illusion de la survenue d'éclairs. Les ruines que Kouliguine et Koudriach explorent et éclairent de leurs lampes au début de ce troisième acte ne sont rien moins que le théâtre lui-même ! Avec le décor, c'est véritablement une production sur mesure pour les Bouffes du Nord !
Une autre originalité de la mise en scène est la façon dont se passe le récit que Kátia fait à son amie Varvara de son rêve d'un amour (qui s'oppose forcément à sa morale chrétienne). La scène devient pour ainsi dire un duo d'amour tant Kátia se comporte comme si Varvara était son amant.
Tout cela est fort bien mené, on ne s'ennuie pas une seconde et on est tout étonné que cela se termine si vite. Les chanteurs (et particulièrement l'interprète du rôle de Kátia : Kelly Hodson) m'ont fait une bonne impression. Par rapport à l'expérience semblable qu'avait été La Flûte enchantée de Peter Brook, s'agissant d'une musique que je connais beaucoup moins, et dont j'ai pourtant pu apprécier l'extrême beauté dans toute sa richesse orchestrale il y a un an à Garnier, la magie opère moins sur moi du fait de la réduction de la musique au piano seul.
2012-01-15 01:56+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2012-01-14
Natalie Dessay, Manon
Giuseppe Filianoti, Le Chevalier Des Grieux
Franck Ferrari, Lescaut
Paul Gay, Le Comte Des Grieux
Luca Lombardo, Guillot de Morfontaine
André Heyboer, de Brétigny
Olivia Doray, Poussette
Carol García, Javotte
Alisa Kolosova, Rosette
Christian Tréguier, L'Hôtelier
Alexandre Duhamel, Ugo Rabec, Deux gardes
Isabelle Escalier, Une vieille dame
Robert Catania, Pascal Meslé, Deux voyageurs
Ghislaine Roux, Catherine Hirt-André, Deux voyageuses
Chae Hoon Baek, Un porteur
Nicolas Marie, Un marchand
Constantin Ghircau, Marc Chapron, Deux croupiers
Olivier Ayault, Jian-Hong Zhao, Deux joueurs
Nicole Monestier, La servante
Michel Derville, Le portier du séminaire
Evelino Pidò, direction musicale
Coline Serreau, mise en scène
Jean-Marc Stehlé, Antoine Fontaine, décors
Elsa Pavanel, costumes
Hervé Gary, lumières
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Manon, Massenet
Nous n'en sommes qu'à la deuxième représentation, pourtant tout le monde a déjà pu lire un nombre invraisemblable de critiques toutes plus violentes les unes que les autres envers la nouvelle production de Manon (Massenet) mise en scène par Coline Serreau à l'Opéra Bastille.
Les décors sont loin d'être ratés. Celui du deuxième acte est même franchement réussi : une façade d'hôtel faisant environ un tiers de la largeur de la scène descend des cintres. Arrivée au sol, elle se penche vers l'avant, et étant maintenant complètement à l'horizontale, elle permet au spectateur de voir la chambre de Manon et du chevalier (le procédé ressemble à ce qu'avait fait Tcherniakov dans Macbeth). Ce qui est ridicule, c'est entre autres de faire paraître une couronne et une écharpe de Miss Arras quand Manon se voit belle (cela me rappelle l'armure qui descendait des cintres dans La Dame du Lac). Un certain nombre de détails du livret seront illustrés par des accessoires ou éléments de décors jetables (aussitôt utilisés aussitôt abandonnés). Il en va de même du cortège de femmes proscrites au cinquième acte : purement décoratif.
Les costumes qui mêlent toutes les époques n'ont rien de scandaleux. Encore faudrait-il en faire quelque chose d'intéressant ou de joli... Que Lescaut habillé en punk se déclare garant de l'honneur de la famille est assez ironique. Les coupes (qui n'étant pas expert ès Massenet je ne pourrai détailler) n'aident pas le spectateur à comprendre ce que la mise en scène ne montre pas. Je me demande ainsi comment on est censé comprendre pourquoi le chevalier se fait tabasser à la fin du deuxième acte.
Sur scène, le mouvement et les gesticulations ne manquent pas. On voit ainsi des patineuses à roulettes à Saint-Sulpice. Le cheval de Guillot est une moto à l'arrière de laquelle Manon grimpe en amazone (comme le font les Indiennes en sari...). Comme pour les décors et les costumes, je ne pense pas que ce soit cela qu'il faille moquer ou critiquer. À mon avis, le plus gros problème de cette production, c'est qu'il n'y a pas de théâtre. Les chanteurs, le dos bien droit, comme des piquets, chantent face au public. Un coup de foudre se déclare à vingt mètres de distance sans qu'un regard soit échangé. C'est d'un ennui glaçant.
J'avais un meilleur souvenir de l'œuvre de Massenet (que je ne connaissais que par le DVD de la production de David McVicar avec Dessay/Villazón). La musique contient trois ou quatre motifs (qui ne manquent pas de beauté). Ils reviennent dans l'œuvre comme des rappels d'un certain passé dans le point de vue du héros (qui est plutôt le chevalier Des Grieux que Manon). Peut-être que je fais maintenant davantage attention à ce genre de choses ? En tout cas, j'ai trouvé que la musique se répétait beaucoup.
L'orchestre et le chœur m'ont semblé très bons, tout comme les trois chanteuses issues de l'atelier lyrique : Olivia Doray (Poussette), Carol García (Javotte) et Alisa Kolosova (Rosette). Franck Ferrari (Lescaut) est le soliste que j'ai pris le plus de plaisir à écouter. Giuseppe Filianoti (Le chevalier Des Grieux) m'a paru moins à l'aise que dans les Contes d'Hoffmann. Il en impose trop. Ce serait mieux s'il chantait moins fort, sans crier. Il reste le cas Dessay (Manon). Sa voix est beaucoup critiquée. Je pense qu'elle a encore les moyens d'émouvoir par son chant. Cependant, ce soir, il y a eu une poignée de couacs. Le timbre s'altère parfois inopinément et une fois, la voix s'est éteinte au milieu d'une phrase musicale. Les notes aigues n'ont pas l'air de lui poser de problème, même si elles sont moins éblouissantes que dans le passé. Ce qui m'a le plus gêné, c'est le manque de volume pendant de nombreux passages de récitatifs chantés. Il fallait vraiment tendre l'oreille pour entendre le son de sa voix, alors même que l'orchestre ne semblait pas jouer particulièrement fort. Le duo de Saint-Sulpice tenait la route, mais il a manqué d'émotions, comme la production dans son ensemble.
À la fin des actes, le public se met bizaremment à applaudir quelques secondes avant que la musique se termine. Une fois l'opéra exécuté, on a très vite rallumé les lumières, laissant très peu de temps aux chanteurs pour recueillir des applaudissements. Formidable ambiance. Encore une nouvelle production ratée ! Quand on pense que ces productions auront vocation à être reprises dans les années qui viennent... Je rappelle que pour le moment la seule nouvelle production de l'ère Nicolas Joel qui tienne la route est celle de Mathis der Maler.
Ailleurs : David, Paris Broadway, Gilda.
2012-01-13 01:13+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2012-01-12
Till Fellner, piano
Roland Daugareil, violon solo
Orchestre de Paris
Herbert Blomstedt, direction
Concerto pour piano nº4 (Beethoven)
Une Vie de héros, poème symphonique, Richard Strauss
Les concerts de l'Orchestre de Paris se suivent et continuent à me plaire. La symphonie fantastique et La nuit transfigurée sont encore bien en mémoire et pourtant il faut déjà faire une petite place pour le concert de ce soir.
La première œuvre au programme est le quatrième concerto pour piano de Beethoven que j'ai déjà eu l'occasion d'entendre plusieurs fois en concert (la dernière fois avec Rafal Blechacz et le même orchestre). Au piano, Till Fellner, que je vois passer sur les programmes de concert depuis pas mal d'années déjà, mais que je n'étais malheureusement jamais allé écouter. Rarement une pianiste ne m'aura autant émerveillé par son jeu. La variété des sons produits, des différences de technique très marquées d'un passage à l'autre sont un régal pour les oreilles autant que pour les yeux, depuis ma place d'arrière-scène. Les cadences (qui ne sont semble-t-il pas les mêmes que celles dont je me rappelais) m'ont semblé particulièrement belles. C'est en homme plein de bonté que Herbert Blomstedt (84 ans) dirige l'orchestre. Il étire jusqu'à l'extrême lenteur le tempo du deuxième mouvement. L'attaque du troisième mouvement n'en est que plus brillante.
Pendant l'entr'acte, la scène est un champ de bataille. On n'arrive pas à faire sortir le piano. Un autre ascenseur semble bloqué en position basse à l'arrière de la scène où prendront place les percussionnistes et des cornistes. Après quelques minutes, une voix annonce ce que tout le monde pouvait constater, à savoir qu'il y avait un problème. Au bout d'un moment, les ascenseurs se remettent à fonctionner, ce qui permet notamment d'escamoter le piano et de replacer les chaises, en très grand nombre, puisque de quatre contrebasses pendant la première partie, on passe à huit contrebasses. Neuf cors, trois bassons et un contrebasson, etc.
Comme La symphonie fantastique (Berlioz), Une vie de héros (Strauss) est une œuvre symphonique autobiographique. Dans la première partie, le thème du héros (un tantinet pompeux) se fait entendre. Plus loin, les instruments à vents singent les ridicules critiques qui n'aiment pas Strauss. Ensuite, dans un mini-concerto pour violon (superbe Roland Daugareil), c'est la compagne du héros qui est évoquée. Après la présentation des personnages, c'est un déferlement orchestral qui intervient (Le Champ de bataille du héros). C'est d'une beauté insoutenable. Après un tel sentiment de plénitude, les deux dernières parties très apaisantes permettent de revenir sur terre.
Les applaudissements ont été particulièrement nourris et les claquements de pieds des musiciens pour féliciter le chef l'ont été tout autant. Celui-ci est allé serrer des mains un peu partout dans l'orchestre. En partant, il a fait un signe sympathique en direction de mon contrebassiste préféré. Je ne suis pas mécontent de savoir qu'il reviendra diriger l'orchestre en septembre 2012 et en janvier 2013.
2012-01-11 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2012-01-10
Ballet royal du Danemark
Orchestre Colonne
David Levi, direction musicale
Sorella Englund, Nikolaj Hübbe, chorégraphie et mise en scène d'après August Bournonville (Napoli ou le Pêcheur et sa Femme)
Edvard Helsted, Holger Simon Paulli, Hans Christian Lumbye, musique des actes I & III
Louise Alenius, musique de l'acte II
Maja Ravn, scénographie et costumes
Mikki Kunttu, lumières
Camilla Hübbe, adaptation dramaturgique
Anne Marie Vessel Schlüter, Claire Still, assistantes à la mise en scène
Ulrik Birkkjær, Gennaro, un jeune pêcheur
Mette Bødtcher, Veronica, une veuve
Susanne Grinder, Teresina, sa fille
Andrew Bowman, Golfo, mauvais génie des eaux marines
Napoli, ballet en trois actes
Je sors peu enthousiaste de la dernière représentation de la compagnie du Ballet royal du Danemark à Garnier dans le ballet Napoli, créé en 1842 par August Bournonville et présenté ici dans une version remaniée en 2009 (avec en particulier une musique nouvelle dans le deuxième acte).
Au premier acte, on ne danse pratiquement pas. À part quelques petits
passages à deux entre les personnages de Teresina et Gennaro et d'autres
pour des petits groupes de danseuses ou de danseurs, il n'y a que de la
pantomime. (J'ai pensé comme Jean-Pierre Papin il y a quelques décennies
dans les Guignols : Mais quand est-ce qu'ils chantent ?
.) La mère de
Teresina n'apprécie guère que Gennaro s'approche de sa fille, qui se
chamaille parfois avec lui quand il semble intéressé par une autre jeune
femme. Les gestes des danseurs paraissent artificiels, exagérés. Les
quelques pas de danse manquent souvent de fluidité. Le peu de variété dans
les petits sauts effectués par les danseurs devient rapidement lassante.
Heureusement, mon intérêt est ranimé vers le milieu de l'acte par
l'insertion dans la musique d'un extrait du Barbier de Séville de
Rossini (l'air de la calomnie).
L'ambiance change radicalement au deuxième acte. À la fin du premier acte, Teresina s'était noyée (je n'ai pas vu comment, c'était dans un angle mort) et encouragé par une passante énigmatique Gennaro s'était décidé à plonger pour la sauver. La jeune femme se retrouve inanimée au centre de la scène vaporeuse où résident les naïades. On ne sait pas très bien si on est dans Giselle, Orphée et Eurydice, Le Sacre du printemps ou au Venusberg. La jeune femme est en effet entourée de naïades qu'elle va peut-être devoir rejoindre, un monstre marin ayant prévu d'en faire sa créature. Bien sûr, Gennaro arrive (guitare à la main) et sort son amie de là. Pour cela, il lui suffit de donner à Teresina son amulette pour qu'elle reprenne ses esprits et décide de repartir avec lui. Le monstre marin ne proteste même pas ! Très esthétique, ce deuxième acte se laisse bien regarder, même si la chorégraphie du personnage du monstre marin ne me convainc guère. La musique, jouée par l'Orchestre Colonne, m'a en revanche beaucoup plu (avec des voix spatialisées pour représenter les grognements du montre).
Au troisième acte, de nombreux solos et ensembles accompagneront les
célébrations du retour des amoureux. Du point de vue de la danse, c'est
plus intéressant que tout ce qui aura été vu jusque là, mais le
divertissement semble très artificiel (comme cela peut être aussi le cas
dans d'autres ballets, comme Paquita). Il ne s'agit que de
danse pure
qui n'exprime rien d'autre que la joie.
Bref, du point de vue narratif, c'est assez léger et naïf (comme le sont les projections animées utilisées comme décor de fond de scène). Aucune réelle émotion ne se fait ressentir, et à part peut-être au troisième acte, aucun passage n'est véritablement éblouissant techniquement. Heureusement, il y avait l'Orchestre Colonne !
Ailleurs : Le petit rat, Danses avec la plume, Blog à petits pas, Musica Sola, Palpatine, Mimy la souris.
2012-01-08 23:04+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Auditorium de Dijon — 2012-01-07
Irina Lungu, Violetta Valéry
Jesús León, Alfredo Germont
Dimitris Tiliakos, Giorgio Germont
Silvia De La Muela, Flora Belvoix
Anne Mason, Annina
Manuel Nuñez Camelino, Gastone, visconte de Létorières
Laurent Alvaro, Baron Douphol
Jean-Gabriel Saint-Martin, Marchese d'Orbigny
Maurizio Lo Piccolo, Dottor Grenvil
Rachid Zanouda, Servo
Yu Chen, Giuseppe, servo di Violetta
Zakaria Elbahri, Commissionario
Rainer Vilu, Domestico di Flora
Roberto Rizzi Brignoli, direction musicale
Jean-François Sivadier, mise en scène
Véronique Timsit, collaboratrice à la mise en scène
Alexandre de Dardel, scénographie
Virgine Gervaise, créatrice costumes
Philippe Berthomé, assistant lumières
Grégoire de Lafond, assistant lumières
Cécile Kretschmar, créatrice maquillage & coiffure
Salvo Sgrò, chef de chœur
Nathalie Steinberg, chef de chant
Maurizio Prosperi, pianiste accompagnateur
Patrick Dutertre, costumes
Ana Garcia, chorégraphie
Fabrice Kebour, lumières
Béatrice Arnal, créateur des surtitres
Kalmus, éditeur de la partition
Orchestre Dijon Bourgogne
Chœur de l'Opéra de Dijon
Estonian Philharmonic Chamber Choir
La Traviata, Verdi
Au début d'un concert, il suffit parfois de quelques secondes pour savoir si la soirée sera à mettre aux oubliettes (cf. la Cenerentola à Garnier). À l'inverse, une petite gamme vocalisée par le chanteur pour se chauffer la voix peut suffire à se décider qu'on va assister à un grand concert (cf. Wasifuddin Dagar). La représentation de La Traviata de ce samedi à Dijon appartient à cette deuxième catégorie. Après avoir entendu les toutes premières secondes du Prélude, je savais que ç'allait être un grand moment d'opéra pour moi. J'en avais déjà les larmes aux yeux. J'étais complètement liquéfié quand Irina Lungu (Violetta) a commencé à chanter.
Il faut dire aussi que j'étais dans de très bonnes dispositions. Je n'avais jamais eu l'occasion de voir La Traviata. Je m'étais décidé à m'abonner quand j'avais su que cet opéra était programmé. Par ailleurs, je faisais partie de la petite douzaine de spectateurs qui avaient assisté à la rencontre avec le metteur en scène Jean-François Sivadier (c'est la même production que celle du dernier festival d'Aix-en-Provence). Une rencontre ? plutôt une discussion à bâtons rompus qu'il a fallu interrompre quand les autres spectateurs ont afflué autour du bar et qu'on ne s'entendait plus. Il est dommage que la rencontre n'ait pas été annoncée plus largement... On peut penser que plus de 1% des spectateurs auraient été intéressés ! Il est par ailleurs dommage que cette rencontre fût apparemment réservée à ceux qui assistaient à cette représentation. Ah, en fait, j'ai compris : sur le site, la rencontre était annoncée pour le samedi 7 décembre...
L'auditorium a une drôle d'architecture (en forme de piano à
queue
). Il faut montrer patte blanche à l'entrée en bas d'un escalator
qui conduit à un no man's land au deuxième étage enjambant le
boulevard de Champagne avant de prendre d'autres escaliers mécaniques pour
redescendre au rez-de-chaussée... Cela me rappelle la BnF et les malls indiens.
Au bout du foyer, je m'installe donc pour la rencontre avec
Jean-François Sivadier. Sa façon de parler du théâtre et de la mise en
scène d'opéra m'a bien plu. En préambule, il avait commencé par dire
L'économie de l'opéra, c'est complètement absurde !
. Il a ensuite
expliqué qu'une grande partie de son travail était de faire que la
technique vocale soit partie intégrante du jeu d'acteur. Un violoniste
ne joue pas qu'il joue du violon.
Le point de départ de la mise en
scène est donc constitué des mouvements que doivent faire les chanteurs
pour interpréter la musique telle qu'elle a été conçue par Verdi. Il doit
aussi aller contre les clichés et idées préconçues que pourraient avoir les
chanteurs sur la façon de jouer. Il explique que l'axe de l'opéra oppose le
mot Jouir
que répète inlassablement Violetta au premier acte et
l'Amour que lui porte Alfredo. Avec cette idée en tête, pendant la
représentation, il est évident que pour Violetta, tout bascule dans la
dernière scène du premier acte : peu après qu'elle a dit gioir!...
gioir!...
, elle entend Alfredo chantant Amor, amor à palpito
depuis les coulisses.
Il explique aussi aimer diriger les chanteurs comme des danseurs et être fasciné par Pina Bausch. On peut d'ailleurs déceler une évidente référence à son univers dans sa mise en scène : à un moment, Violetta avance sans prendre garde aux chaises noires qui font obstacle devant elle et qu'un homme se précipite pour les écarter de son chemin (cf. Café Müller).
L'idée principale de la mise en scène est de concevoir que se déroule sur scène une énorme fête au début de laquelle un homme, qui pourrait être un spectateur, décide de déclarer son amour à Violetta, qui se prend à rêver que c'est vrai. Quelques chanteurs-comédiens sont déjà sur scène (à fumer) quand les spectateurs s'installent à leur place. Certains chanteurs entreront via les allées du parterre (où je suis impérialement placé ; c'est un petit plaisir bien plus abordable à Dijon qu'à l'Opéra Bastille !). Un rideau tiré d'un côté à l'autre de la scène (parfois à moitié) semble plus ou moins séparer deux univers : le réel et le rêve. Au cours de cette fête s'insère un épisode à la campagne : des panneaux descendus des cintres et représentant une végétation bucolique et un ciel transpercé de nuages viennent créer cette ambiance visuelle tout en cloisonnant l'espace scénique que l'on peut concevoir comme étant une maison de campagne divisée en plusieurs pièces.
Tous les chanteurs et choristes m'ont donné une impression de
vérité
dans leur jeu. J'ai rarement vu une telle cohésion et autant
de conviction partagée par tous sur une scène d'opéra. L'orchestre quand il
a de quoi se mettre en valeur (comme au début des premier et troisième
actes) le fait très bien. Malheureusement, le début du troisième a été
pourri par les tousseurs (dont un en particulier qui n'arrêtait pas à
quelques mètres derrière moi et qu'une de ses voisines suppliait de
sortir). L'orchestration n'est pas de Prokofiev ou de Britten, mais il y a
néanmoins de quoi prendre un certain plaisir à découvrir des détails
insoupçonnés lors de précédentes écoutes au disque (ou au DVD). Le chef
fait un remarquable usage du rubato, qui sert ici particulièrement
bien le drame. Du côté des voix, les trois rôles principaux sont
remarquablement bien interprétés. Irina Lungu (Violetta) était annoncée
souffrante, mais je n'ai rien remarqué de particulier, à part un timbre
légèrement altéré pendant les aigus du premier acte. Jesús León (Alfredo) a
été parfait. J'ai eu un tout petit peu peur lors de la première
intervention un peu criée de Dimitris Tiliakos (Germont), mais son volume
de voix s'est vite équilibré. On peut également noter un excellent Laurent
Alvaro dans le rôle de Douphol. Un seul petit maillon faible vocal est à
signaler dans le rôle d'Annina.
Standing-ovation méritée !
2012-01-05 20:22+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Je suis loin d'être d'accord avec tout ce qu'écrit Renaud Machart dans Le Monde, mais j'approuve le paragraphe suivant à propos de l'Opéra de Paris (dirigé par Nicolas Joel), extrait de l'article intitulé L'institution lyonnaise tient la dragée haute à la parisienne paru dans l'édition du 6 janvier 2012 du Monde :
Nicolas Joel dit volontiers qu'il préfère une production éprouvée à une nouvelle mise en scène ratée. L'ennui est que les productions venues d'ailleurs le sont aussi (ratées) le plus souvent et que les nouvelles productions ne le sont pas moins.
2011-12-25 22:22+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Lectures — Culture indienne
L'année dernière, après en avoir vu 107 au cours de l'année, je m'étais dit qu'il ne serait pas raisonnable d'augmenter encore la dose de spectacles et qu'il faudrait bien faire des choix. C'est bien entendu le contraire qui s'est produit : j'ai vu davantage de spectacles cette année. J'ai passé plus d'une soirée sur trois à assister à un spectacle, mais moins d'une sur deux...
L'opéra reste un des piliers de ces spectacles. J'ai assisté à 42
représentations d'opéra (j'inclus dans ce total les opéras en version de
concert) correspondant à environ 30 opéras, parmi lesquels se sont trouvés
22 opéras que je n'avais encore jamais vus. Parmi ceux-là, deux créations :
The Second Woman (Frédéric Verrières) et Akhmatova (Bruno Mantovani). Si le sujet du
deuxième m'a intéressé davantage, le plaisir procuré par le premier a été
supérieur. Cette année, j'ai diversifié quelque peu les lieux pour assister
à des opéras. J'ai ainsi vu une de bonnes productions d'Orphée et Eurydice à la MC93 Bobigny et de Carmen à Nancy. Plus près de l'Opéra, j'ai fait
deux belles découvertes
à l'Athénée ‒ Louis Jouvet : Didon & Énée (Purcell) et The
Turn of Screw (Britten). Ce lieu m'a également offert une des plus
détestables soirées d'opéra de ma vie : L'Egisto
(Marazzoli/Mazzochi). La musique était loin d'être inintéressante, mais le
théâtre était sclérosé (je sais gré à Peter Brook d'avoir introduit cette
notion il y a plus de quarante ans dans L'espace
vide). Du théâtre sclérosé, il y en a également eu une certaine
dose à l'Opéra de Paris : Francesca Da Rimini,
Salomé, Faust, La
Cenerentola. À l'inverse, il y eut en ces lieux une production
tout-à-fait honorable de La Clémence de Titus et
d'excellentes productions de Lulu, de Tannhäuser et de Kátia
Kabanová. Au TCE, j'ai eu l'occasion de voir quelques opéras en
version de concert. Il y eut ainsi un Ariodante
avec une formidable Joyce DiDonato, un Pelléas et
Mélisande avec un superbe Laurent Naouri et un lamentable Fidelio.
Parmi mes bonnes résolutions de l'année dernière, il y avait celle de mieux comprendre la musique de Wagner pour ne pas passer à côté des Siegfried et Götterdämmerung que j'avais prévu de voir à l'Opéra Bastille. Au début du mois de janvier, j'acquis ainsi une édition de 1903 du Voyage artistique à Bayreuth d'Albert Lavignac. Après quelques semaines d'efforts, je réussis à me mettre en tête la plupart des leitmotivs de la Tétralogie, devenant par la-même ringopathe. Mon expérience de spectateur en a été complètement transformée et le plaisir renouvelé avec Parsifal au TCE, le programme Wagner de l'Orchestre Colonne, Tannhäuser à Bastille, le Ring Saga à la Cité de la musique (et la Citéscopie parallèle) et dernièrement avec Le Ring sans paroles, suite symphonique jouée par le Philharmonique de Radio France. J'ai comme l'impression que je n'en ai pas fini avec Wagner...
Par rapport aux années précédentes, j'ai augmenté sensiblement la proportion de concerts Pleyel dans mes choix. Je vois donc un peu plus de concerts symphoniques que précédemment. Un des plus fabuleux concerts auxquels j'aie assisté cette année a été le programme Rameau orchestral du Concert des Nations dirigé par Jordi Savall. Pour ce qui est du baroque, j'ai également passé de très bons moments à écouter Damien Guillon et Pierre Hantaï. J'ai par contre dû remettre en cause mes standards de qualité en réécoutant La Passion selon Saint Jean dirigée par Ton Koopman. En revanche, avec Haydn, aucun problème avec Le Concert Spirituel pour Die Schöpfung, L'Orchestre de Paris et le Quatuor Thymos à l'Athénée. Ce dernier concert était un programme de musique de chambre. Les autres concerts de musique de chambre auxquels j'aie assisté m'ont procuré un certain plaisir, comme celui de Lisa Batiashvili, François Leleux, Sebastian Klinger, Guy Ben-Ziony, Milana Chernyavska au TCE ou encore celui du Quatuor Pražák et de quelques autres dans un programme Hindemith/Schönberg.
Parmi les concerts symphoniques, je garde un souvenir émerveillé de trois concerts LSO/Gergiev : Le chant de la nuit (Mahler) et Symphonies nº6 et 10 (Chostakovitch). Le concert de l'Orchestre de Paris du 14 octobre à Pleyel m'a procuré des émotions très contrastées puisque j'ai pu d'une part entendre pour la première fois le concerto pour violon de Tchaikovski interprété par Leonidas Kavakos et d'autre part tenter de réprimer des gloussements à l'écoute de la symphonie de Hans Rott. Un autre grand moment pour moi a été la première écoute de La symphonie fantastique. Pour le reste, j'ai eu le plaisir de réentendre du Roussel dans Bacchus et Ariane dirigé par Yutaka Sado. La présence d'œuvres contemporaines aux programmes des concerts Colonne m'a donné l'occasion d'adhérer complètement à une œuvre contemporaine dès la première écoute : Melancolia (Kremski). Un phénomène semblable s'est produit avec La nuit transfigurée de Schönberg lors du concert de l'Orchestre de Paris dirigé par Pierre Boulez.
Pour ce qui est du ballet, je me suis pour ainsi dire limité à la programmation de l'Opéra de Paris. Je retiens la belle création de La Source, la reprise d'Onéguine, de Roméo et Juliette et la Coppélia de Lacotte dansée par les élèves de l'école de danse (tellement plus intéressante que celle dansée par le ballet de l'Opéra). Bien sûr, il reste quelque chose du passage du Bolchoï : Flammes de Paris, Don Quichotte. Enfin, c'est devenu une évidence, mais la grande révélation de la saison, pour moi, c'est Myriam Ould-Braham, formidable Juliette, Naïla et Olga.
Il me reste maintenant à évoquer ce qui n'appartient pas aux formes
classiques européennes
. Pour moi, cela se réduit essentiellement à
l'Inde. Toutefois, de la nuit soufie, c'est bien le chant
du marocain Marouane Hajji que je retiendrai. Maintenant, venons-en à
l'Inde... Depuis le récital de Srithika Kasturi Rangam à
Chennai en 2010, j'ai développé un certain goût pour le
bharatanatyam. J'ai profité de mon séjour dans le Sud de l'Inde
cet été pour voir quelques récitals (à Mumbai, Bangalore et Chennai). Au cours de
l'année, j'en aurai vu une douzaine. Comme il n'y en a plus aux Abbesses,
je me suis déplacé au Musée Guimet pour voir Urmila
Sathyanarayanan et Priyadarshini Govind, deux
récitals relativement décevants (pour des raisons différentes). Comme ce
n'était pas suffisant, je suis également allé au Centre Mandapa ; mes plus grandes
satisfactions sont venues des récitals qui s'y sont déroulés. Parmi les
danseuses vues cette année, je retiendrai deux noms : Lavanya
Ananth, Mallika Thalak. Elles correspondent toutes
les deux à l'idéal que je me fais de ce style de danse.
Je n'ai longtemps entendu la musique carnatique que comme une musique d'accompagnement pour des récitals de bharatanatyam. Lors de mon séjour à Chennai en août, je suis allé plusieurs soirs de suite assister à des concerts de chant carnatique. Le plus remarquable a été celui de Sri Mohan Santhanam au Vani Mahal. À force d'écouter ce type de musique, j'ai commencé à comprendre la forme générale que prenaient les improvisations et compositions. J'espère que le plaisir d'écoute n'en sera que meilleur quand je réentendrai Aruna Sairam au Théâtre de la Ville en avril 2012.
En Inde, les formes les plus raffinées de musique viennent du Nord, il faut bien l'admettre. Au cours de l'année 2011, j'eus l'occasion d'entendre du khyal lors d'un triple-concert au cours duquel s'étaient particulièrement distingués Ustad Ulhas Kashalkar et Pandit Ajoy Chakrabarty. Quelques mois plus tard, j'ai également pu réentendre la fille de ce dernier, Kaushiki Chakrabarty. La grande découverte de l'année, je la dois à Klari grâce à qui j'ai pu découvrir le chant dhrupad avec deux représentants de la dynastie Dagar : Wasifuddin Dagar et Sayeeduddin Dagar. (J'avais déjà entendu les Gundecha en 2008, mais j'en garde un amer souvenir.) Récemment, le concert du sitariste Shahid Parvez au Théâtre de la Ville m'a permis d'entrevoir de façon moins superficielle que je ne le faisais jusque là certaines similitudes formelles entre ces musiques (instrumentales ou vocales). J'espère bien passer suffisamment de temps à Kolkata l'été prochain pour assister à plusieurs concerts !
Bon, maintenant, je peux l'avouer à ceux qui ont lu jusqu'au bout : j'ai assisté à cent soixante-trois spectacles en 2011. L'année prochaine, il faudra donc véritablement songer à faire des choix (réduire un peu l'abonnement Pleyel, continuer à quasi-boycotter le TCE, se limiter à deux représentations d'un même ballet, se limiter à une seule représentation d'un opéra ?).
PS: Pour ce qui est des lectures, le bilan est sur le Biblioblog.
2011-12-24 12:11+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Cinéma
Salle Pleyel — 2011-12-23
Timothy Brock, direction musicale
Orchestre national d'Île de France
Ciné-concert City Lights
Jusqu'à présent, je n'avais pas eu de chance avec l'Orchestre national d'Île de France. Les deux fois que je les avais entendus à Pleyel, c'était lors de concerts d'après-midi lors de dimanches où en raison d'un état de fatigue avancé, j'aurais mieux fait de rester chez moi faire une bonne sieste. J'avais ainsi lamentablement somnolé pendant leur pléthorique Carmina Burana à 150 choristes. Dans les intervalles de lucidité, j'observais néanmoins l'engagement des musiciens et la belle homogénéité des cordes avant de rentrer prendre un sommeil réparateur.
Hier après-midi, un écran avait été installé pour deux séances de ciné-concert City Lights (Les Lumières de la ville) de Chaplin, qui non content d'être un brillant cinéaste et comédien était un estimable compositeur. Sa musique a été restaurée et orchestrée par Timothy Brock qui dirige ce concert. Elle est tournée autour de trois ou quatre motifs qui reviennent régulièrement au cours du film et comporte aussi des passages plus illustratifs de l'ambiance particulière à chaque scène.
Je pensais passer un bon moment, mais pas à ce point-là. Ce n'est pas la première fois que je vois un film muet en entier sur un grand écran, mais lors de cette séance, le plaisir à été total. Le film est excellent. On y rit et on y pleure. On y voit des formes d'humour disparues : du comique de répétition, des situations où on laisse clairement entendre au spectateur qu'il va se passer un gag bien précis, mais au moment où celui-ci croit que cela va arriver, on le fait mariner quelques secondes. Un des plus mémorables moments est la fameuse scène du combat de boxe. On a beau l'avoir déjà vue, cela marche à chaque fois.
L'expérience du visionnage de ce film est rehaussée par la présence de l'orchestre (et peut-être réciproquement suggèrera Klari après la séance). La musique, si elle paraît déjà belle et intéressant sur de vieux enregistrements, paraît ici sublime et extrêmement précise. On entend le moindre détail comme si c'était du Wagner joué d'une façon autant analytique qu'enthousiaste. Cette musique, jouée aussi superbement, semble une très bonne initiation à la musique orchestrale pour les nombreux enfants présents lors de cette séance. Certains, comme mon voisin, étaient un peu dissipés, mais on leur pardonne volontiers.
L'orchestre est malheureusement menacé par une réduction récente de ses subventions. Il est encore temps de signer la pétition.
2011-12-22 23:57+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Basilique Sainte-Clotilde — 2011-12-22
Manna Ito, soprano
Anne-Marie Hellot, alto
Christophe Poncet, ténor
Mark Pancek, baryton
Ensemble baroque
Chœur de Radio France
Matthias Brauer, direction
Oratorio de Noël (cantates 1, 2, 3), BWV 248, Johann Sebastian Bach.
Parmi les œuvres qui m'ont fait apprécier la musique classique, l'Oratorio de Noël de Bach tient une place particulière. Je l'ai entendu huit fois en concert (et presque neuf si on compte un concert de cantates profanes dans lesquelles Bach avait puisé pour constituer son Oratorio). Tous les ans entre 2002 et 2009 (avec une exception en 2008 parce que ce n'était pas programmé), j'allais presque rituellement au Théâtre des Champs-Élysées en décembre, alors que les décorations de Noël scintillaient sur l'avenue Montaigne, afin d'écouter cette œuvre (jamais dans son intégralité puisque le plus souvent, des six cantates qui composent l'oratorio, seules quatre étaient jouées ; je n'ai ainsi jamais entendue la cinquième en concert).
J'avais été assez déçu par la dernière écoute (en
2009), avec la soprano Natalie Dessay et Spinosi à la direction. C'était
cependant sublimissime en comparaison de ce que j'ai entendu ce soir en la
Basilique Sainte-Clotilde. Je dis bien ce que j'ai entendu
, cela n'a
peut-être pas un grand rapport avec ce que les tout premiers rangs
entendaient et ce qu'entendront les auditeurs de France Musique le 10
janvier à 14h. Bien qu'arrivé une vingtaine de minutes avant le début, je
n'ai pu m'installer qu'au fond. Tant qu'à faire, je me suis mis au tout
dernier rang, derrière un enfant qui devait avoir une visibilité de 0% (ce
que même l'Opéra de Paris ne facture pas 12€ !). On avait curieusement
retourné les chaises de façon à ce que la scène et les spectateurs soient
dans la nef. Étant au dernier rang, j'étais au milieu de la croisée du
transept. Au lieu de voir l'autel en arrière-plan, le public voyait donc
l'orgue de l'église (qui n'était bien entendu pas utilisé). C'est
probablement ce qui a fait fuir le Dieu des Chrétiens, s'il existe.
Depuis mon dernier rang, je voyais vaguement le chœur quand il était debout et, à condition de me tenir bien droit, les têtes du chef et des solistes. De là, les conditions acoustiques étaient déplorables. Le genre d'expérience, si c'était la seule, à dégoûter de la musique. C'est simple, dans la bouillie sonore qui me parvenait, seul un groupe d'instrument pouvait ressortir. S'il y avait des cuivres, comme c'était le cas dans le chœur introductif Jauchzet, frohlocket, vu qu'il est impossible de jouer juste avec ces instruments baroques, c'était absolument atroce. Dans de nombreux autres passages, les détails qui font le joyeux raffinement de cette musique étaient noyés, par exemple parce qu'un hautbois ne se faisait pas entendre à côté des cordes. Des chanteurs solistes, quand leur voix me parvenait, je n'entendais que des phrasés d'enterrement (pas aidés par les tempi plutôt lents). Les seuls moments au cours desquels j'aie pris quelque plaisir étaient les chorals, mais de l'accompagnement musical, je n'entendais alors que l'orgue et le violoncelle, tant pis, il fallait bien faire avec, enfin plutôt sans. Le seul numéro musical qui m'ait semblé convaincant a été le chœur Herrscher des Himmels qui est joué au début et à la fin de la troisième cantate. Il a été joué en bis (en fait, plus précisément en ter). M'étant alors rapproché de la sortie, j'ai pu profiter davantage de cette prestation renouvelée. Ce qui a été enregistré par Radio France est sans doute écoutable, mais à entendre depuis les derniers rangs, c'était désespérant.
2011-12-22 02:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-12-21
Bertrand Chamayou, piano
Philippe Aïche, violon solo
Orchestre de Paris
Pierre Boulez, direction
La Nuit transfigurée, op 4, version pour orchestre à cordes de 1943 (Schönberg)
Concerto pour piano nº2 (Bartók)
Concerto pour orchestre (Bartók)
C'était ce soir la deuxième fois que je voyais Pierre Boulez diriger un orchestre. Comme la fois précédente, je suis à l'arrière-scène. Une différence est que cette fois-ci les œuvres jouées ne sont pas de Boulez mais de Schönberg et de Bartók.
Le concert commence en effet par La Nuit transfigurée de
Schönberg, pour cordes. Au fait que l'on entende souvent très distinctement
les altos, aux échanges entre le violon solo et l'altiste solo, on sent
parfois que c'est une réorchestration d'un œuvre de musique de chambre (un
sextuor). Lors d'un test à l'aveugle, je n'aurais certainement pas deviné
que cette œuvre était de Schönberg. Je l'avais écoutée d'une oreille
distraite quelques heures avant le concert : cela m'avait semblé assez
classique
(en blindtest, j'aurais quand même probablement
trouvé le siècle, par chance, vu que le sextuor date de 1899). Cela a donc
été très inattendu, mais j'ai passé un merveilleux moment à écouter cette
œuvre dans les circonstances du concert. D'après Olivier qui était au parterre,
cela se voyait sur mon visage...
Si j'avais déjà vu Boulez, je ne l'avais pas vu diriger une œuvre
classique
. L'étendue de sa gestuelle paraît minimale. Les mains
s'aventurent rarement à plus de 10-15 centimètres de leur position de
repos. (Dans le DVD making-of du Ring de Bayreuth (1976-1980)
qu'il a dirigé, on le voit pendant quelques instants diriger lors de
répétitions : les mouvements y sont d'une tout autre amplitude.). On voit
bien qu'il compte des mesures qui ont le bon nombre de temps, mais comme
l'expliquera Zvezdo (qui était
aussi à l'arrière-scène), c'est qu'il dirige très-très en avance. Cela me
donnera pour ainsi dire l'impression qu'il pourrait presque diriger pour
lui-même, sans musiciens autour. Une forme d'ascèse...
Ceci étant, un petit mouvement d'un ou deux centimètres vers le haut de la main droite ou un mouvement rond vers l'avant de la gauche peut déclencher un ardent crescendo. En tout cas, dans ce Scönberg, cela a formidablement bien fonctionné.
La direction de l'orchestre se fait également à retardement lors des saluts à la fin de cette œuvre (et à la fin du concert). Alors que Boulez revient saluer, il fait signe aux musiciens de se lever, mais ceux-ci restent cloués à leurs sièges, lui laissant le privilège de recevoir les applaudissements. Ce n'est qu'après l'aller-retour en coulisses qui suit que l'orchestre se lève pour prendre sa part des suffrages.
Entre ensuite Bertrand Chamayou, un piano et des instruments autres que des cordes pour le concerto pour piano nº2 de Bartók. Le premier mouvement n'utilise pas les cordes frottées, uniquement le piano (très percussif) et les vents, les cuivres et les percussions. Depuis ma place d'arrière-scène, c'est tout simplement incompréhensible. J'apprécierai bien davantage les mouvements qui suivront, et tout particulièrement le deuxième (aux atmosphères multiples). De la timbalière, je ne vois que le visage concentré-impassible alors que pendant le même temps, ses mains s'activent en mouvements d'une étonnante précision, la synchro avec le pianiste semblant parfaite. Étant du côté des numéros impairs, je ne vois également que le visage du pianiste. La virtuosité de l'œuvre (apparemment surtout pendant le premier mouvement) est telle que pour une fois, le difficulté se lit sur le visage du pianiste qui n'en est rendu que plus humain. Les moments de silence des cordes feront que pour cette demi-heure de musique, certains pupitres de cordes auront à peine six pages à jouer. Cela m'a ainsi beaucoup amusé de voir les altos et violoncelles passer à la page 2 après environ un quart d'heure !
Après l'entr'acte, l'orchestre revient pour le concerto pour orchestre
de Bartók. Je ne pense pas avoir entendu de concerto pour orchestre
en dehors du baroque (en particulier Bach et ses concertos
Brandebourgeois). Les différents groupes d'instruments auront donc ainsi
chacun leurs passages solistes (les bassons ! le tuba !). Je ne sais plus
si c'est dans le quatrième ou le cinquième mouvement, mais il y a eu un
joli passage qui ressemblait plus ou moins à une fugue (à beaucoup de voix,
entre les vents et les cordes...). Dans le Finale, les mouvements
du chef se font plus vifs, plus amples. Cela fait terminer cette deuxième
partie de concert sur une bonne impression, le début m'ayant paru
un peu lent et froid.
Si cela avait été mon dernier concert de l'année, ç'aurait été une belle fin, mais il m'en reste encore...
Ce concert était filmé pour ArteLiveWeb. Quand on est deux mètres derrière un caméraman, on entend le bruit des instructions qu'il reçoit dans son casque... Le matériel en soi ne fait pas de bruit, mais à déplacer des caméras sur roulettes, on prend des risques. Dans un concert de rock, personne ne s'en rendrait compte, mais ce soir, pendant des pp, on a entendu des bruits de chocs des roulettes contre le bois de la scène en gradins. C'est d'autant plus dommage que le public a été particulièrement sage et concentré (au moins pendant la première partie du concert : pas de tousseurs et les retardataires ne sont entrés qu'après la fin de la première œuvre).
2011-12-21 00:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Bastille — 2011-12-20
Sergueï Prokofiev, musique
Rudolf Noureev, adaptation, chorégraphie et mise en scène
Petrika Ionesco, décors
Hanae Mori, costumes
Guido Levi, lumières
Laëtitia Pujol, Cendrillon
Florian Magnenet, L'acteur-vedette
Nolwenn Daniel, Alice Renavand, Les sœurs
Simon Valastro, La marâtre
Alessio Carbone, Le producteur
Mallory Gaudion, Le professeur de danse
Pierre Rétif, Le père
Mattia Sanguineti, Sébastien Surel, Des violonistes
Mélanie Hurel, Printemps
Marie-Solène Boulet, Été
Charlotte Ranson, Automne
Ludmila Pagliero, Hiver
Ballet de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Fayçal Karoui, direction musicale
Cendrillon, ballet en trois actes d'après le conte de Charles Perrault
J'ai vu ce soir le ballet Cendrillon de Noureev pour la
deuxième fois. J'avais aussi assisté à la représentation du 27 novembre
avec Agnès Letestu et Stéphane Bullion dans les deux rôles principaux. Ce
soir, c'était Laëtitia Pujol qui interprétait le rôle de Cendrillon. Cela
commence comme on l'imagine, Cendrillon passant son temps soit près de la
cheminée soit un peu partout à nettoyer tandis que ses deux chipies de
sœurs de disputent. La partie magique est assurée par le producteur
(Alessio Carbone) qui débarque à la maison après un accident dans un engin
non identifié. C'est que Cendrillon aime le cinéma : quand elle en a le
temps, elle regarde des affiches de films ou fait un numéro de claquettes
dans le style de Charlie Chaplin. Un casting va avoir lieu, le producteur y
emmène Cendrillon. Dans les studios de cinéma, on commence par monter un
défilé de mode
au cours duquel les quatre saisons défilent. Ensuite,
les douze heures viennent avertir Cendrillon de l'échéance. Plus tard, on
passera d'un plateau de cinéma à un autre où se tournent trois films :
Trivial Pursuit, Burlesque Parade, King Kong -
Remake. Les deux sœurs de Cendrillon et la marâtre (Simon Valastro)
viennent tenter leur chance. Comme dans le premier tableau où un professeur
de danse venait tenter de leur apprendre à danse, ce même professeur leur
montre des pas et elles se plantent lamentablement. C'est qu'elles ont
l'intention de jouer avec l'acteur-vedette (Florian Magnenet). Celui-ci en
a rapidement marre de ces mauvaises partenaires. C'est alors que Cendrillon
fait une entrée de star, sous les flashs des photographes. Cendrillon est
émerveillée par tout ce qui l'entoure. L'acteur-vedette, évidemment, est
séduit. Cendrillon doit s'en aller avant que sonne minuit. Elle laisse
tomber une chaussure afin que l'acteur-vedette puisse la reconnaître. Tous
s'en vont finir la soirée dans un lieu de pertition, chacun selon ses goûts
et l'acteur-vedette fait la tournée des bars (au galop) pour essayer de
retrouver Cendrillon. La sœur verte (Alice Renavand) s'est échouée dans une
tavergne espagnole. L'acteur s'intéresse a elle mais il l'envoie valser
quand il constate que son pied ne rentre pas dans la chaussure. La scène se
reproduit dans une atmosphère chinoise avec l'autre sœur (Nolwenn Daniel).
Au petit matin, toute la famille (père alcoolique compris) se trouve à la
maison tandis que Cendrillon nettoie le sol. Certains ont l'air de
reconnaître en elle la fille qui la veille a réduit à néant leurs
possibilités de carrière dans le cinéma. Les deux sœurs se remettent à jouer
avec une quadruple testicule rouge. L'acteur-vedette vient armé d'une
chaussure et finalement, c'est Cendrillon qu'il reconnaît quand elle lui
montre l'autre chaussure. Cendrillon ne pense plus alors vraiment au
cinéma, mais seulement à l'acteur-vedette. Quand le producteur veut lui
faire signer un contrat, elle hésite mais finit par accepter. Le premier
tournage du couple d'acteurs peut commencer...
Je pense que j'ai préféré la distribution de ce soir à l'autre que j'ai vue il y a trois semaines. Laëtitia Pujol (que j'ai très peu vue danser) n'avait pas pu créer La Source en raison d'une blessure. J'ai ainsi été content de la voir. Dans son jeu ressortait bien les trois phases dans lesquelles évolue son personnage : dénuement dont elle ne s'évade que par le rêve, émerveillement quand le rêve se réalise, l'amour de l'acteur-vedette. Son partenaire était Florian Magnenet. L'acteur-vedette est un rôle de beau gosse ; il le fait très bien ! Je ne me suis pas ennuyé pendant le pas de deux final (qui m'avait semblé interminable avec Agnès Letestu et Stéphane Bullion). Dans le rôle de la marâtre, j'ai préféré Simon Valastro : Stéphane Phavorin en faisait un peu trop à mon goût dans ce rôle travesti. Dans les rôles où elles devaient souvent faire exprès de mal danser, Nolwenn Daniel et Alice Renavand ont été très très bien. Dans le rôle du producteur, Alessio Carbone m'a fait une meilleure impression que Karl Paquette. Le corps de ballet m'a semblé inégal, surtout chez les messieurs.
C'est un ballet bien sympathique, avec quelques effets à grand spectacle, comme la citrouille qui se transforme à vue en voiture ou encore King Kong qui se frappe les poings contre la poitrine et se dresse. On passe un bon moment et il y a une belle musique de Prokofiev (j'ai préféré celle de Roméo et Juliette). Ceci étant, c'est loin d'être aussi passionnant que peut l'être Onéguine qui se joue en même temps à Garnier...
Ailleurs : Danses avec la plume #1, #2, Blog à petits pas.
2011-12-15 01:57+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-12-11
John Cranko, chorégraphie, mise en scène (1965)
Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique
Kurt-Heinz Stolze, arrangements et orchestration
Jürgen Rose, décors et costumes
Steen Bjarke, lumières
Reid Anderson, Jane Bourne, Tamas Detrich, répétitions
James Tuggle, direction musicale
Evan McKie, Onéguine
Aurélie Dupont, Tatiana
Josua Hoffalt, Lenski
Myriam Ould-Braham, Olga
Karl Paquette, Le Prince Grémine
Ballet de l'Opéra
Orchestre Colonne
Onéguine, ballet en trois actes de John Cranko d'après Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine
Le ballet Onéguine de Cranko que j'avais vu il y a deux ans et demi est un de ceux qui m'ont fait aimer le ballet classique, et incidemment Pouchkine. Le revoir m'a procuré à nouveau un très grand plaisir.
Dimanche dernier, le ballet était interprété par une distribution qui semble idéale... C'était à nouveau Aurélie Dupont qui interprétait le rôle de Tatiana. Nicolas Le Riche blessé a été remplacé par Ewan McKie (ballet de Stuttgart). Je ne saurais trop dire pourquoi cela a marché, mais il me semblait évident que ce partenariat fonctionnait comme jamais je ne l'ai vu chez aucun couple de danseurs ! Dans la scène de la lettre que Tatiana écrit à Onéguine s'insère un rêve où elle voit dans un miroir paraître Onéguine qui le traverse et danse avec elle un pas de deux. Quoique vu depuis le dernier rang de l'amphithéâtre (mal aux genoux !) et sans jumelles, ce pas de deux m'a semblé extrêmement émouvant, tout comme celui de la fin, quand quelques années plus tard, mariée au prince Grémine, Tatiana rencontre à nouveau Onéguine et le congédie. Onéguine avait autrefois tué dans un duel son ami Lenski qui était promis à Olga, la sœur de Tatiana. Ce couple formé par Myriam Ould-Braham (Olga) et Josua Hoffalt (Lenski) fonctionne également à merveille ! De son côté, Karl Paquette (Le Prince Grémine) ne démérite pas, mais quand il danse avec Aurélie Dupont (ce qui dans cette chorégraphie signifie qu'il n'arrête pas de la porter), on ne voit qu'elle tant elle est rayonnante !
Lors du premier entr'acte, Genoveva à qui je fais part de mon misérable placement me dégotte une très bonne place aux premières loges. Certes, je suis debout, mais je n'ai pas à faire de contorsions et je vois toute la scène de pas trop loin, et de face, ce qui me permet d'admirer les décors que je trouve très beaux.
Ce mercredi soir, j'y suis retourné pour voir une autre distribution, qui m'a semblé également très bonne, mais pas aussi enthousiasmante que la précédente. Je pense que c'était la première fois que je voyais Clairemarie Osta dans un grand rôle classique. Sans m'éblouir autant qu'Aurélie Dupont dans ce rôle, elle m'a fait une excellente impression. Son partenariat avec Benjamin Pech m'a bien plu aussi, mais cela m'a un peu moins touché que Dupont-McKie. Comme la fatigue physique était plus visible chez lui, Benjamin Pech a donné du personnage d'Onéguine l'image d'un homme plus fragile.
Un des autres intérêts de cette distribution était le couple Mathilde Froustey/Josua Hoffalt en Olga/Lenski. Je garde un excellent souvenir de la prestation de Mathilde Froustey dans ce rôle (avec Mathias Heymann) en 2009. J'aurais sans doute été aussi enthousiasmé ce soir si je n'avais pas vu Myriam Ould-Braham quelques jours auparavant. Son interprétation du rôle fait du personnage d'Olga une enfant insouciante et souriante. Pendant la quasi-totalité de la durée de sa présence sur scène (scène du duel exceptée), elle sourit ! Si c'est une bonne chose que l'effort physique lié à la danse ne transpire pas sur son visage, il est dommage que les émotions exprimées n'aient pas été un peu plus variées. Pour le reste, sa danse était impeccable !
Pour moi, la révélation de ce soir a été Josua Hoffalt. Si, vu de loin, il semble être évidemment un très bon danseur, quand on le voit de plus près ou quand on zoome grâce aux jumelles, il prend une tout autre dimension... J'ai beaucoup aimé son partenariat avec Mathilde Froustey : sachant être souriant, mais pas tout le temps. Son solo dans la scène qui précède le duel avec Onéguine était également très intéressant.
Enfin, pour en finir avec la distribution, Christophe Duquenne m'a semblé donner un peu plus d'existence au personnage du Prince Grémine.
Ce ballet de Cranko est une très belle chorégraphie. Les danseurs doivent très souvent porter leur partenaire. J'ai déjà dit que les décors étaient jolis. La scénographie n'est pas inintéressante non plus. Si le découpage en trois (relativement courts) actes donne lieu à deux entr'actes, le passage d'un tableau à un autre est géré sans réelle perte de continuité par l'utilisation d'un rideau transparent et d'un autre opaque entre lesquels les danseurs peuvent évoluer latéralement. L'avant-scène est également utilisée, comme au troisième acte lors d'un flashback vers la scène du duel.
Une des qualités de ce ballet est de très bien marier la danse des solistes et les ensembles. C'est particulièrement bien fait dans la scène de l'anniversaire de Tatiana au cours duquel tout le monde danse alors que tout se joue entre les personnages principaux. Certains contrastes sont saisissants entre l'ambiance générale qui est joyeuse et les tourments qui s'emparent des personnages : le rejet que Tatiana subit de la part d'Onéguine, qui commence à séduire Olga, rendant Lenski fou de jalousie...
Cela en a étonné plus d'un, mais si la musique est de Tchaikovski, elle n'est en rien celle de son opéra Eugène Onéguine. D'autres œuvres du compositeur ont été arrangées. En 2009, c'était l'Orchestre de l'Opéra de Paris que dirigeait James Tuggle. Cette fois, c'est l'Orchestre Colonne. Je trouve que cet orchestre a fait une prestation tout à fait honorable. Cependant, j'ai comme l'impression qu'il y a eu des imperfections dans le solo d'alto de la scène où Lenski est seul en scène peu avant le duel.
Ailleurs : Danses avec la plume, Blog à petits pas, Klariscope.
2011-12-10 02:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-12-09
Hélène Collerette, violon solo
Orchestre philharmonique de Radio France
Académie philharmonique
Alan Gilbert, direction
Tasso, Lamento et Trionfo (Liszt)
Barry Douglas, piano
Totentanz (Liszt)
Suite symphonique d'après le Ring (Wagner)
Pour la première fois de la saison, je monte au deuxième balcon de la Salle Pleyel pour assister à un concert du Philharmonique de Radio France. Je pense que cela doit être la première fois que j'étais dans la partie centrale de ce balcon. L'effort de la grimpette jusqu'à ce sommet est récompensé par une très belle vue sur l'ensemble de l'orchestre et par des conditions acoustiques favorables.
La première œuvre jouée est pour moi une révélation. Dans le début de ce Tasso, Lamento et Trionfo, on entend des associations orchestrales qui font beaucoup penser à son contemporain Wagner, notamment dans la façon d'utiliser les vents (la clarinette-basse !) et les cuivres. Quelques beaux passages où une gamme descendante est jouée par les violons, les altos, les violoncelles et enfin les contrebasses. Ce n'est pas forcément très original, mais cela fait plaisir à entendre. Les moments de dialogue entre les violons I et II est très belle à regarder.
L'œuvre suivante suivante Totentanz me plaît un peu moins. On est là plutôt dans des excentricités pianistiques (un petit glissando par ci, des grosses basses par là, une utilisation du piano autant comme instrument mélodique ou harmonique qu'en tant que percussion). C'est à se demander si les pianos hongrois ne s'useraient pas plus vite que ceux installés dans le reste du monde. L'ensemble est très varié, et il y a même des moments où on a presque l'impression d'entendre du Bach contrapuntique. Si je ne suis pas autant aux anges qu'à l'écoute de la première œuvre jouée, mais c'est tout de même très beau.
La deuxième partie est fort logiquement consacrée à Wagner : une suite symphonique Le Ring sans paroles. L'effectif de l'orchestre est vertigineux : 18 violons I, 16 violons II, 14 altos, 10 violoncelles, 9 contrebasses, 6 harpes, 15 vents, 9 cors, 8 trompettes et trombones, un tuba, quatre percussionnistes. Total : 110 musiciens et un chef. Les musiciens ne sont pour autant pas trop serrés puisqu'une rallonge de scène a été installée.
L'exécution de ces extraits de la Tétralogie me procure un grand plaisir. Contrairement aux conditions d'écoute lors d'une représentation d'opéra, le spectacle réside ici uniquement dans l'orchestre. L'engagement des musiciens est manifeste. Certes, les trombones ne seront pas toujours très synchros, mais à part pour quelques occurrences du motif du Sort, les couacs de cuivres me gêneront nettement moins que lors d'autres concerts où ils étaient moins utilisés que dans Wagner.
Une petite frustration viendra pour moi de l'absence des voix. On aurait
pu imaginer, comme dans la Doctor Atomic Symphony de John Adams entendue récemment de remplacer une voix par un instrument.
Ce n'est pas le cas ici, et il me faut un peu d'imagination pour entendre
l'Adieu de Wotan dans la séquence ainsi nommée. Une autre
frustration vient du côté zapping de cette sélection. Les morceaux
sont enchaînés les uns aux autres, et on passe sans transition d'une scène
à une autre, ce qui a fait qu'à plusieurs reprises, je me suis dit : Ah
zut, cette partie-là est déjà finie, on est passé à autre chose...
.
Ainsi, par exemple, j'aurai bien aimé que l'extrait où Siegfried atteint le
rocher de Brünnhilde aille au moins jusqu'au Salut au monde. On
l'entendra cependant peu avant la Trauermarsch dans le récit de
Siegfried qui précède sa mort. À l'inverse, j'ai l'impression qu'on a un
peu trop entendu le motif qui est associé à Brünnhilde dans Le
Crépuscule des Dieux. J'ai même du mal à comprendre où ont été faites
certaines coutures.
Ceci étant dit, certains moments furent particulièrement beaux, comme celui du Voyage de Siegfried sur le Rhin et surtout le finale, un peu avant le moment où dans le texte Hagen dit Zurück vom Ring!. Autant j'avais été déçu par le côté brouillon de l'interprétation par les cordes du motif de la Rédemption par l'Amour par l'Orchestre de l'Opéra de Paris (en juin 2011), autant ici, les quelques apparitions de ce motif dans cette fin m'ont paru belles et très bien mises en valeur. (Klari me soufflait que les musiciens de ce soir n'avaient pas cinq heures de représentations dans les jambes...)
Le concert est disponible à la réécoute sur ArteLiveWeb.
(Vu du deuxième balcon, j'avais eu l'impression que le pianiste Barry
Douglas avait fait quelques glissandi de touches noires, mais la vidéo
permet d'infirmer cette observation
.)
2011-12-06 23:59+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-12-06
Orchestre Colonne
Laurent Petitgirard, direction
Prélude à l'après-midi d'un faune (Debussy)
Jean-Claude Pennetier, piano
Concerto pour piano (Graciane Finzi)
Nuits dans les jardins d'Espagne (Manuel de Falla)
Soirée dans Grenade (Debussy)
España, Chabrier (bissé)
Après un programme russe, c'est un programme espagnol que le Colonne a donné ce soir à Pleyel.
Cela commence curieusement par le Prélude à l'après-midi d'un faune. Cette programmation semble liée à l'arrivée d'une nouvelle flûtiste solo dans l'orchestre. Le tempo m'a paru parfois légèrement lent, mais j'ai apprécié de réentendre cette œuvre que je n'avais pas entendue en concert depuis environ deux ans.
Vient ensuite l'œuvre contemporaine du programme. Je suis d'habitude assez content des choix du Colonne en la matière. Ce soir, j'ai été moins convaincu. Cela semble très bien joué, mais cela faisait quand même beaucoup musique de fin du monde. Une bombe nucléaire vient d'exploser. Les survivants essaient de tenir et rampent sur le sol... Les cordes poussent des cris stridents... Dans les deux premiers mouvements, on oublie presque que c'est un concerto pour piano. Jean-Claude Pennetier joue des suites d'accords plus ou moins brutaux. Cela devient subitement beaucoup plus virtuose dans le troisième mouvement, qui se termine avec un très violent crescendo (pour les spectateurs d'arrière-scène en tout cas...).
Je connais très mal la musique de Falla. Après l'entr'acte étaient
jouées les Nuits dans les jardins d'Espagne. C'est assez varié et
un peu plus moderne
que ce que j'imaginais a priori,
surtout dans le début de l'œuvre. La pièce de Debussy qui a été jouée
ensuite Soirée dans Grenade est tout autant adorable, mais le
style de la pièce me surprend encore plus ; j'ignorais que Debussy avait
écrit une musique aussi ethnique
.
Enfin, pour conclure le concert, España de Chabrier, que je connaissais, mais que je n'avais jamais entendu en concert. La direction est un peu lente la première fois qu'elle a été jouée. Cela m'a permis d'entendre des détails qui sinon resteraient cachées par la vitesse et les décibels, mais, ce morceau ayant été bissé, j'ai quand même préféré la deuxième interprétation, plus vive et plus énergique qui en a été faite quelques minutes plus tard.
Sinon, à signaler : quelques drôles de lascars dans le public. Devant moi, pendant tout le concert, un spectateur n'a pas arrêté de lire un manuel de corporate responsability et de tapoter des messages sur son téléphone portable. À côté de moi, un autre feuilletait un catalogue, toussait et s'est même levé de sa place pendant l'exécution d'une œuvre pour mieux voir ce qui se passait du côté des percussions (qui sont cachées depuis certaines places de l'arrière-scène).
2011-12-04 21:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-12-04
Élisabeth Platel, introduction
Bertrand Barena, professeur
Tristan Lofficial, pianiste
Sixième division garçons
Véronique Doisneau, professeur
Yuko Tsuchiya, pianiste
Sixième division filles
Marc Du Bouaÿs, professeur
Tadeusz Gieysztor, pianiste
Cinquième division garçons
Marie-José Redont, professeur
Isabelle Van Brabant, pianiste
Cinquième division filles
Wilfried Romoli, professeur
Masako Shimura, pianiste
Quatrième division garçons
Fanny Gaïda, professeur
Richard Davis, pianiste
Quatrième division filles
Marie Blaise, professeur et accordéoniste
Sixièmes et cinquièmes divisions filles et
garçons, et stagiaires 1 an folklore
Claire Baulieu, professeur
Tristan Lofficial, pianiste
Deuxièmes divisions filles et garçons
contemporain
Yasmine Piletta, professeur
Cinquièmes divisions et stagiaires 1 an
filles et garçons mime
Jessica Choppe, professeur
Michel Myron Mytrowytch, pianiste
Quatrièmes divisions filles et garçons
danse de caractère
Scott Alan Prouty, professeur
Richard Davis, pianiste
Sixièmes et cinquièmes divisions filles et garçons
expression musicale
Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra.
Opéra Garnier — 2011-12-04
Élisabeth Platel, introduction
Bernard Boucher, professeur
Michèle Linardi, pianiste
Troisième division garçons
Fabienne Cerutti, professeur
Claire Djourado, pianiste
Troisième division filles
Éric Camillo, professeur
Michel Myron Mytrowytch, pianiste
Deuxième division garçons
Francesca Zumbo, professeur
Ellina Akimova, pianiste
Deuxième division filles
Jacques Namont, professeur
Gaëlle Sadaune, pianiste
Première division garçons
Carole Arbo, professeur
Laurent Choukroun, pianiste
Première division filles
Roxana Barbacaru, professeur
Ellina Akimova, pianiste
Troisièmes divisions filles et garçons
danse de caractère
Wilfried Romoli, professeur
Laurent Choukroun, pianiste
Premières divisions filles et garçons
adage
Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra.
Comme l'année dernière, j'ai passé une journée à
l'Opéra Garnier pour assister aux démonstrations de l'école de danse. Le
déroulement de la journée a été globalement assez semblable à celui de
l'année dernière (une différence notable est l'absence de neige cette
année). Je n'ai eu à changer que quelques noms d'enseignants et de
pianistes dans la distribution
ci-dessus, donc à la place d'un
compte-rendu détaillé, voici le sapin de Noël visible dans le Grand Foyer
de l'Opéra :
Sinon, en vrac, que dire :
exercicesa été singulièrement renouvelée cette année puisque chacune des danseuses a présenté une variation !
2011-12-03 01:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Auditorium du Musée Guimet — 2011-12-02
Priyadarshini Govind, bharatanatyam
Élisabeth Petit, voix
Balakrishnan Karipatil Sankaran, nattuvangam
Preethy Maheshwar, chant
Sakthivel Murugananthan Subramaniam, mridangam
Sigamani Natarajan, violon
Murugan Krishnan, lumières
J'ai assisté ce vendredi au premier des deux récitals que Priyadarshini Govind donne au Musée Guimet. J'en sors extrêmement déçu, davantage encore que du programme donné à Mumbai en février 2010 où elle partageait l'affiche avec la sublimissime chanteuse carnatique Aruna Sairam (qui viendra au Théâtre de la Ville en avril).
Après une chanson interprétée par quatre musiciens, dont au moins trois accompagnent régulièrement la danseuse, celle-ci a dansé en quelques sorte des salutations (sans les traditionnelles offrandes de fleurs, qu'elles soient mimées ou réelles). Cette pièce est jouée sur une musique essentiellement rythmique, relativement lente.
Vient ensuite un affreux interlude du violoniste à l'issue duquel la danseuse présente quelques mouvements pouvant aider à la compréhension de la suite, les explications étant données par une voix-off. Cette pièce est censée être narrative, racontant l'histoire d'une jeune femme qui se languit de Shiva. Je n'ai pas réussi à suivre le fil narratif de cette pièce entrecoupée de longs passages rythmiques (dans lesquels la danseuse n'est justement pas tout à fait en rythme comme ce fut le cas dans le premier). Initialement, se sentant abandonnée de Shiva, la jeune femme est très triste et tourmentée par un ardent amour. Étonnamment, une coulée de larmes descend de l'œil gauche de la danseuse et se répand sur sa joue. Après, je vois bien que Shiva entre en scène, mais le détail de l'histoire m'échappe. Je ne saurais trop dire s'il faut prendre au propre ou au figuré l'image qui a été montrée d'un insecte (papillon ou abeille ?) butinant une fleur de lotus...
Les deux pièces suivantes mettent en scène des amours illicites. Je n'en ai pas la totale certitude pour la première, mais il est certain que j'ai vu la deuxième à Mumbai. Dans la première, une dévôte de Shiva est charmée par Krishna. La pièce est assez lente et est surtout faite de pantomime. La danseuse montre la jeune femme à ses rites shivaïtes (on la voit ainsi arroser de lait un lingam). J'ai du mal à comprendre comment cela a pu m'échapper, mais je n'ai pas l'impression d'avoir vu un seul instant Krishna représenté dans la chorégraphie. On ne m'aurait pas dit avant que c'en était un personnage, je n'en aurais aucune idée...
La deuxième de ces pièces met en scène une femme adultère. Son mari s'en va en voyage. Son beau-père est probablement assoupi. Elle convoque son amant. (Tiens, cette fois-ci, on ne nous a pas dit que cet amant était le dieu Venkateshwarar...)
Le programme s'achève par un numéro rythmique. Dans cette pièce, on voit la danseuse exécuter des mouvements avec un ou deux genoux au sol.
En bis, elle a dansé une dernière pièce, la seule que j'ai trouvée
intéressante. Le problème, c'est que je n'ai pas compris l'histoire... Il
était peut-être vaguement question d'une femme exprimant sa dévotion envers
quelque dieu. J'ai cru entendre Muruga
une ou deux fois dans le
texte chanté. Ce ne sont que conjectures...
Si cette danseuse ne manque pas de qualités (par exemple : elle pris à au moins deux reprises la pose Shiva-Nataraja d'une superbe manière), ce récital ne m'a guère plu. Cela a manqué d'un certain nombre d'ingrédients : de la belle danse pure, de l'expression dans le visage, de la narration... Par ailleurs, les annonces faites par la voix-off m'ont semblé trop succintes. Autant rien dire ou distribuer à l'avance un programme résumant les différentes pièces. C'est ce que j'ai trouvé le plus frustrant. D'autres danseuses, par le seul langage chorégraphique, ont déjà réussi à me faire comprendre des histoires plus complexes...
2011-12-02 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2011-12-01
Javier Camarena, Don Ramiro
Riccardo Novaro, Dandini
Carlos Chausson, Don Magnifico
Jeannette Fischer, Clorinda
Anna Wall, Tisbe
Karine Deshayes, Angelina
Alex Esposito, Alidoro
Jean-Pierre Ponnelle, mise en scène, décors et costumes
Grischa Asagaroff, réalisation de la mise en scène
Michael Bauer, lumières
Alessandro Di Stefano, chef de chœur
Bruno Campanella, direction musicale
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
La Cenerentola, Rossini
Je sors peu enthousiaste de la représentation de La Cenerentola qui vient d'avoir lieu à l'Opéra Garnier. La mise en scène est tradi-vieillote. Les décors sont semi-construits, mais il y a beaucoup de toiles peintes (qui ondulent quand un chanteur vient à les toucher). Par rapport à la fraîcheur de la production mise en scène par Irina Brook au TCE il y a quelques années (et que j'ai vue en 2010), c'est tristounet. On n'aurait pas perdu grand'chose à voir une version de concert à la place.
Le plus triste, c'est ce qui se passe dans la fosse. Avant même le début du spectacle, j'avais des craintes en découvrant le nombre réduit de premiers violons (8). L'entame du Sinfonia est très très lente et le volume sonore est très faible. Il y aura bien un petit crescendo et un léger accelerando, mais pas de risque d'hyperacusie ou d'excès de vitesse (non-sequitur : pourquoi ne pas regarder Poiret-Serrault dans le sketch Le permis de conduire un orchestre ?). J'ai des souvenirs bien plus vivifiants d'autres interprétations. La façon qu'a eu le chef Bruno Campanella de se retourner vers le public aussitôt la dernière note jouée pour ne pas laisser d'autre choix aux spectateurs que d'applaudir ce Sinfonia ne m'a pas particulièrement mis de bonne humeur.
Bien que l'effectif de l'orchestre soit réduit, le volume sonore émis par les chanteurs pendant une bonne partie du premier acte est trop faible : l'orchestre les couvre. Le tempo souvent trop lent à mon goût n'aide pas les chanteurs et on s'ennuierait presque, ce qui est tout à fait inattendu pour un opéra de Rossini...
Les chanteurs se libèrent quelque peu dans le deuxième acte. Les airs de Javier Camarena (Don Ramiro), Carlos Chausson (Don Magnifico), Riccardo Novaro (Dandini) et Alex Esposito (Alidoro) me plaisent beaucoup. Pendant l'entr'acte, je pouvais voir les musiciens autour du piccolo s'amuser de ce que la flûtiste répétât les premières notes de l'air Non più mesta. À la fin de l'opéra, son interprétation sera impeccable. La chanteuse Karine Deshayes (Angelina) l'a fort bien chanté (nettement mieux que dans la version DVD que je possède : je déteste ce que fait Cecilia Bartoli dans cet air...).
Si le deuxième acte ne m'a pas déplu, je ne pense pas que cette soirée entrera au Panthéon de mes soirées d'opéra...
2011-12-01 01:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-11-28
London Symphony Orchestra
Valery Gergiev, direction
Hélène Grimaud, piano
Concerto pour piano en la mineur, op. 54 (Schumann)
Symphonie nº10 (Chostakovitch)
Le LSO a donné deux excellents concerts lundi et mardi. Cela avait
pourtant mal commenté. Pendant le concerto pour piano de Schumann, je n'ai
pratiquement entendu que le râle de fin du monde d'un spectateur dont je
n'ai pas réussi à identifier l'origine malgré mon placement à
l'arrière-scène. Le chef Valery Gergiev a également semblé émettre des
bruits assez peu seyants pendant ce concerto. Visuellement, il semblait
assez évident qu'il laissait l'orchestre et la pianiste en pilotage
automatique (il avait aussi l'air de prendre quelque peu ses marques :
Hum, voyons, où sont mes premiers violons ? Il tourne la tête vers la
droite. Tiens, ils ne sont pas là. Il la tourne vers la
gauche. Ah, vous voilà donc, je vous cherchais partout !
). Alors
que j'étais dans de bonnes dispositions vis à vis de cette œuvre (fût-elle
de Schumann) après l'avoir entendue par Dang Thai Son et
l'Orchestre de Paris, j'ai accueilli la fin du dernier mouvement avec
un certain soulagement. Je ne sais pas de qui était le bis joué par Hélène
Grimaud, mais c'était tout ce que je n'aime pas (ou ne sais pas apprécier)
chez certains pianistes : un déluge de notes simultanées dans lesquelles je
me noie (une impression que j'ai eue aussi à certains moments pendant le
concerto). Malgré la virtuosité évidente que cela demande de la part de la
soliste, cela me laisse indifférent.
La deuxième partie du concert est d'une tout autre qualité. Pour la dixième symphonie de Chostakovitch, le chef était beaucoup plus concentré. L'œuvre contient des passages sonnant plutôt agréablement aux oreilles et soudainement une folle furie dissonante peut s'emparer de l'orchestre. J'ai eu moins l'impression d'être perdu dans ce déferlement qu'à l'écoute de la Symphonie nº8 par le Philharmonique de Radio France. Les instruments à vents sont fabuleux : hautbois, bassons, piccolo, flûtes, etc. L'engagement coordonné de tous les musiciens est impressionnant, autant pour les yeux que pour les oreilles. Les graves des contrebasses (8) et des violoncelles (10) réunis sont sidérants. On entend parfois très distinctement les altos (12) ! Sur scène, on a aussi réussi à caser 14 violons II et 16 violons I.
⁂
Salle Pleyel — 2011-11-29
London Symphony Orchestra
Valery Gergiev, direction
Le Lac enchanté (Anatole Liadov)
Anne-Sophie Mutter, violon
Concerto pour violon en ré majeur, op. 35 (Tchaikovski)
Lichtes Spiel (Wolfgang Rihm)
Symphonie nº6 (Chostakovitch)
Le concert du mardi commence par Le Lac enchanté de Liadov. L'œuvre est tout en pianissimi et recèle de très belles atmosphères musicales. Après que les cordes soient passées de la configuration 16/14/12/10/8 à 14/12/10/8/6 (j'apprécie la régularité du nombre de cordes, le nombre total étant obtenu en ajoutant quatre au nombre de contrebasses puis en multipliant par cinq), Anne-Sophie Mutter entre en scène pour interpréter le concerto pour violon de Tchaikovski. Son interprétation est moins superlative que celle de Leonidas Kavakos (avec l'Orchestre de Paris). Cela reste néanmoins superbe. J'ai toutefois eu peu de mal à me faire aux sonorités de l'instrument pendant les premières minutes du concerto. L'interprétation s'accompagne d'un son souvent rêche ; cette âpreté est curieusement contrebalancée par davantage de vibrato. Toutefois, la cadence du premier mouvement m'a énormément plu. Le fait d'être un tout petit peu moins captivé par la soliste fait que j'ai pu apprécier davantage les parties orchestrales et entendre des détails qui m'avaient échappé. J'ai tout particulièrement été étonné de retrouver une technique d'orchestration typiquement tchaikovskienne : des phrases musicales dont les notes successives (groupées par petites grappes) sont jouées par différentes parties. C'est facile à repérer sur une partition d'orchestre :

Cette mesure extraite de la scène de la lettre de Tatiana dans l'opéra Eugène Onéguine (cliquer ici pour entendre ce passage) est la première chose qui me vient à l'esprit quand je pense à Tchaikovski...
Après l'entr'acte, Lichtes Spiel de Rihm (pour violon, vents et cordes en formation 6/6/4/4/2) me plonge dans une semi-léthargie. Je sens néanmoins un petit moment de panique et un silence sans doute involontaire chez la soliste lors d'une tourne récalcitrante.
Comme la veille, la symphonie de Chostakovitch programmée (ici la sixième) a conclu le concert d'une magnifique manière. L'œuvre m'a semblé beaucoup moins dissonante que la dixième symphonie. Le premier mouvement est joué sur un tempo très lent par un orchestre maintenant une sombre tension. L'atmosphère change radicalement lors deux derniers mouvements, plus rapides. La fin a été particulièrement brillante !
Ailleurs : Paris Broadway.
2011-11-26 22:28+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2011-11-26
Shahid Parvez, sitar
Anuradha Pal, tabla
Jhinnan Frank, tampura
Raga Kirwani
Ce n'est que la deuxième fois que j'assiste à un concert centré autour du sitar. L'autre fois, c'était en septembre 2008 pour Ravi & Anoushka Shankar. Je ne me souviens plus de ce concert dans le détail, mais il m'a semblé que le concert de ce soir avait une structure qui se rapprochait davantage de ce qui se fait habituellement lors des concerts de musique du Nord de l'Inde.
Après avoir accordé son instrument (et le tanpura) de façon assez systématique (on dirait un accordeur de clavecin), le sitariste Shahid Parvez commence son récital avec un Alap/Jor dans le Raga Kirwani. Cette partie du concert est lamentablement gâchée par les énormissimes larsens qui sortent périodiquement des enceintes. Est-ce que l'instrument était trop près du micro ? Est-ce que le larsen venait d'un phénomène de résonance qui ne se déclenchait que lors du jeu d'une note particulière ? Toujours est-il qu'il m'est impossible de complètement apprécier une performance, si belle soit-elle, si je sais qu'à n'importe quel moment un bruit affreux peut m'agresser les oreilles. Heureusement, le problème se posera moins dans la suite du concert.
Pour la première fois dans un concert de musique instrumentale, j'ai été frappé par les similitudes formelles qui unissent les différentes musiques du Nord de l'Inde. Bien sûr, cela commence par un Alap au fil duquel les différentes notes de la gamme viennent s'insérer successivement. Le musicien joue sur deux notes, puis trois, etc. Il utilise parfois une technique que j'avais déjà vue à l'œuvre sur un sarod. Une fois actionnée, la corde a semble-t-il la faculté de vibrer très longtemps. Ainsi, avant l'évanouissement complet du son (vers lequel le musicien tend parfois), il aura utilisé un peu de vibrato ou de glissando. Ceci me rappelle certains phrasés et jeux sur la hauteur des notes qui sont utilisés dans le dhrupad.
La tabliste Anuradha Pal accompagne le sitariste pour les trois
compositions prévues. Dans la première, je suis saisi par la façon qu'a le
musicien de se lancer dans des improvisations, avant de finir
systématiquement ses phrases musicales sur la même mélodie de six notes.
Quand on a bien assimilé la mélodie et qu'on a compris le système, on n'a
qu'une envie : réentendre cette mélodie. Les improvisations soutiennent
cette attente, font montrer une tension qui s'apaise quand les notes du
motif mélodique viennent conclure la phrase. Rétrospectivement, je sais que
j'ai entendu ce type de procédés dans des concerts de musique khyal (Gaayatri Kaundinya !) et sans doute aussi dans le dhrupad,
mais peut-être pas de façon aussi systématique. La deuxième composition me
fascine par son rythme qui me donnait l'impression de n'avoir pas un nombre
entier de temps (1+1+½+1=3½ ? peut-être faut-il chasser les dénominateurs
et considérer qu'il y en avait sept ?). La troisième composition a été
absolument sublime, la plus planante
du concert. L'accompagnement
rythmique n'est venu qu'après quelques minutes et il fut très doux. Comme
dans la première composition, le musicien utilise un très beau motif
mélodique (de onze ou douze notes) pour conclure ses phrases musicales.
(Une quatrième composition a été jouée en bis.)
2011-11-26 12:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Centre Mandapa — 2011-11-25
Arnaud Didierjean, chant dhrupad
Raga Malkauns
Ce soir, c'était mon quatrième concert de dhrupad après ceux des Gundecha, de Wasifuddin Dagar et de Sayeeduddin Dagar.
La salle du Centre Mandapa n'est pas très remplie. Il y avait une petite vingtaine de spectateurs. Une bonne surprise est que le concert n'est pas sonorisé. Le chanteur Arnaud Didierjean n'est accompagné que de son tanpura (je persiste à en faire un nom masculin puisque c'est le genre de ce mot en hindi). Il explique que le raga Malkauns comporte cinq notes Sa-Ni-Dha-Ga-Ma (drôle d'ordre) et si j'ai bien compris qu'il est permis de faire varier légèrement la hauteur de la note autour de Ni et de Ga.
J'ai eu une petite frayeur pendant la première minute du concert quand le chanteur a utilisé un peu toutes les notes. Ce n'était qu'une petite prière à Ganesh, et il a ensuite commencé son Alap, qui a duré un peu moins d'une heure (très approximativement). Les phrasés sont relativement variés. Les techniques vocales aussi. Celles-ci peuvent se mélanger dans une même phrase musicale. Le chanteur peut prononcer une voyelle, puis nasaliser avec la bouche fermée, puis revenir à la voyelle, et enfin la faire s'évanouir tout doucement, ce qui s'apprécie d'autant plus du fait de l'absence de sonorisation de la voix et du silence presque complet des spectateurs. Par moments, la voix se fait un peu plus forte. J'ai cependant préféré les moments plus doux, comme lors de la fin très apaisée de cet Alap.
Le chanteur a ensuite répondu à quelques questions des spectateurs. Manifestement, beaucoup d'adeptes du yoga et de la quête de spiritualité... (Cela a failli dégénérer à propos de cette religion qui engendre le système de castes. Je ne sais pas ce qui se serait passé s'il avait été précisé que des interprètes et non des moindres de cette musique sont musulmans, comme les Dagar, dont le chanteur de ce soir a d'ailleurs reçu indirectement des enseignements.)
J'ai quand même réussi l'air de rien à poser la question qui fâche sur l'absence de percussions : comme il venait de Lyon, il était compliqué pour le chanteur de travailler avec un percussionniste à Paris... Si l'Alap était très bien, ne pas entendre la composition et l'improvisation sur le rythme prescrit, c'est quand même un peu comme aller à un enterrement en Bretagne et s'en aller avant le goûter de crêpes qui suit.
2011-11-26 11:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-11-24
Kurt Streit, Jephtha
Kristina Hammarström, Storgè
Katherine Watson, Iphis
David DQ Lee, Hamor
Neal Davies, Zebul
Rachel Redmond, L'Ange
Les Arts Florissants
William Christie, direction
Jephtha, Händel.
Après Armide et The Fairy Queen, c'était jeudi soir la troisième fois que j'entendais Les Arts Florissants dirigés par William Christie.
Il est étonnant qu'on puisse faire une œuvre aussi longue sur une histoire aussi simple. Jephtha s'en va guerroyer. S'il revient vainqueur du combat, il promet de sacrifier à Dieu la première créature qu'il verra. Ce sera sa fille Iphis. Celle-ci accepterait le sacrifice de sa vie. Finalement, un ange annonce la solution : Iphis devra seulement sacrifier son amour pour Hamor et se consacrer à Dieu. Le Happy ending n'est pas dans la version biblique de l'histoire.
Ce n'est pas l'œuvre de Händel qui souffre le plus de ce défaut de fabrication, mais il m'est tout de même assez pénible d'entendre des voyelles prononcées très longuement au milieu d'une phrase avec une hauteur de note qui ne cesse d'osciller. Si les ohohohoho, les ahahahahahah et les ihihihihihi passent encore, les èhèhèhèhèhèh me semblent terriblement disgraciiieux (s'il y avait des moutons dans cette histoire, je comprendrais, mais non, ce n'est pas ça).
Pour un orchestre baroque, l'effectif est plutôt fourni (plus de quarante musiciens). Le chœur l'est également (un peu moins de trente chanteurs). Dans l'orchestre, les vents sont moins sollicités que les cordes. En dehors de leurs quelques passages solistes, ils sont comme couverts par le reste de l'orchestre. J'ai particulièrement aimé la basse continue de Béatrice Martin (orgue et clavecin).
Le chœur m'a énormément plu. Comme les chanteurs solistes, ils chantent de mémoire, sans partition. Entre apprendre par cœur la musique et avoir mal aux bras et aux épaules après trois heures de concert, il est permis de faire un choix !
Les chanteurs m'ont tous plu. Je dois à l'un d'entre eux d'apprendre que rites profane, c'est aussi de l'anglais. le rôle d'Hamor était chanté par un contre-ténor. En règle générale, notamment chez Bach, je préfère entendre des voix de femmes dans cette tessiture (alto). Dans les oratorios de Händel, cela ne me gêne pas du tout. De toute façon, à l'aveugle, je ne pense pas que j'aurais deviné que la voix de David DQ Lee était celle d'un homme. Je réécouterais très volontiers ce chanteur ! Kurt Streit (Jephtha) m'avait plu dans Lulu récemment. Cela a encore été le cas lors de cette représentation, notamment lors du solennel moment où il prononce son vœu. L'interprète qui m'a le plus enthousiasmé a été Katherine Watson (Iphis), dont le personnage est celui qui évolue le plus au cours de l'oratorio (amoureuse de Hamor, jeune femme prête à sacrifier sa vie, puis son amour) et qui devient extrêmement important dans la deuxième moitié du concert (je ne suis pas sûr d'avoir bien compris où se situait précisément la limite entre le deuxième et le troisième acte, l'entr'acte étant intervenu au cours de l'acte du milieu). La soliste issue du chœur Rachel Redmond a été formidable également dans le rôle de l'Ange.
N'ayant pas besoin de porter une partition, les mouvements des chanteurs offraient davantage de possibilités que d'ordinaire pour la représentation d'un oratorio. Leurs déplacements sur la scène, leurs entrées, leurs sorties, leurs regards n'étaient pas loin de constituer une honnête mise en espace.
2011-11-26 11:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-11-23
Lisa Batiashvili, violon
François Leleux, hautbois
Sebastian Klinger, violoncelle
Guy Ben-Ziony, alto
Milana Chernyavska, piano
Quatuor pour hautbois, violon, alto et violoncelle en fa majeur, KV 370 (Mozart)
Sonate pour violon et piano nº1 en fa mineur op.80 (Prokofiev)
Phantasy Quartet pour hautbois et cordes op. 2 (Britten)
Sonate pour violon et piano nº42 en la majeur, KV 526 (Mozart)
Adagio de la Sérénade Gran Partita, KV 361 (Mozart)
Quel beau concert que celui donné au TCE ce mercredi ! Quatre œuvres au programme. Les premières œuvres jouées au début du concert et après l'entr'acte mettent en scène quatre instruments : un violon, un alto, un violoncelle, un hautbois. Le premier quatuor est de Mozart. L'œuvre met nettement plus en valeur le hautbois que les cordes. Cela tombe bien, puisque je bénéficie d'un placement au deuxième rang du parterre avec une indécemment bonne vue sur François Leleux. Quel beau son ! En plus de jouer divinement bien, le hautboïste semble prendre un certain plaisir à écouter ses partenaires.
Après l'entr'acte, l'œuvre jouée par ce même quatuor sera le Phantasy Quartet de Britten. Ce quatuor met également en valeur le hautbois et les autres instruments. Le plaisir d'écoute est d'autant plus grand pour moi ! C'est en effet une chose que François Leleux puisse se mettre davantage en valeur que la première fois que je l'avais entendu, cela en eût été une autre qu'il n'y en eût que pour lui et heureusement, ce ne fut pas le cas ce soir puisque les cinq artistes auront eu tous l'occasion de montrer leur talent.
Avant l'entr'acte et après cette œuvre de Britten furent jouées deux sonates pour violon et piano. La première était de Prokofiev et la deuxième de Mozart. La dernière fois que j'ai écouté une œuvre de musique de chambre de Prokofiev en concert, c'était en 2003 dans un concert amateur, mais j'en garde encore un excellent souvenir. Le moins que l'on puisse dire est que cette œuvre de Prokofiev n'est pas très joyeuse (d'après Wikipedia, deux mouvements de cette œuvre furent joués lors des funérailles du compositeur, qui mourut le même jour que Staline). Le piano qui paraît assez secondaire au début de l'œuvre devient de plus en plus important au fur et à mesure que l'on avance. Le troisième mouvement Andante m'a paru particulièrement beau.
Lisa Batiashvili et Milana Chernyavska reviendront dans la deuxième partie du concert pour la sonate pour violon et piano nº42 de Mozart. Les rôles des deux musiciennes auront pour mes oreilles une importance égale. Cette sonate est beaucoup plus joyeuse que celle de Prokofiev ! Les œuvres de Mozart programmées ce soir me réconcilient quelque peu avec ce compositeur, dont certains tics orchestraux m'énervent (à la différence de Haydn, dont j'aime tout...). Bref, il faudrait que j'écoute plus souvent de la musique de chambre de Mozart...
Les cinq musiciens ont joué en bis une très belle adaptation de
l'Adagio de la Sérénade Gran Partita
que François
Leleux a dédié à Francis Chapochnik, luthier des z'hautboïstes
récemment décédé.
Grands mercis à Klari et Laurent grâce à qui j'ai pu assister à ce fabuleux concert.
Ce concert est disponible à la réécoute sur le site de France Musique.
2011-11-22 22:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-11-19
Orchestre Colonne
Pavel Kogan, direction
Chœur de l'orchestre Colonne
Francis Bardot, chef de chœur
De Profundis, un poème pour chœurs (Monseigneur Archevêque Hilarion Alfeyev)
Xavier Phillips, violoncelle
Variations Rococo pour violoncelle et orchestre (Tchaikovski)
Tableaux d'une exposition (Moussorgsky, orchestration Ravel)
Habituellement, quand je vais voir un concert Colonne à Pleyel, c'est le directeur musical de l'orchestre (Laurent Petitgirard) qui officie. Samedi soir, il fut bien présent, mais seulement dans le public puisque c'est le chef Pavel Kogan qui avait été invité à diriger un programme constitué de musique russe.
Le programme s'ouvre sur De Profundis, un poème pour chœurs de Monseigneur Archevêque Hilarion Alfeyev, théologien orthodoxe mais aussi compositeur (il aurait été bien d'indiquer dans le programme l'année de création). J'ai eu un peu peur de m'ennuyer à l'écoute du premier mouvement orchestral dans lequel un motif descendant joué sur un rythme assez lent passe dans tout l'orchestre. C'est très agréable à l'oreille, mais un tout petit peu répétitif. L'œuvre me plaît davantage à partir du moment où le chœur entre en jeu, et à la fin, je suis assez enthousiasmé par ce que je viens d'entendre.
J'ai moins aimé l'œuvre suivante : Variations Rococo de Tchaikovski que j'ai presque pris comme une joyeuse plaisanterie destinée au pur divertissement. Cependant, cela permet d'entendre le violoncelliste Xavier Phillips faire preuve de sa virtuosité dans les variations successives, ce qu'il fera encore davantage dans le long bis improbable qu'il jouera ensuite et dans lequel il utilisera des techniques très diverses (notamment des glissandis un peu fous).
Après l'entr'acte vient l'œuvre qui est sans doute la plus attendue du programme : Tableaux d'une exposition de Moussorgsky dans l'orchestration de Ravel. Dès le début, il paraît évident que le chef a eu envie de jouer l'œuvre sur un tempo rapide. Pendant les f, le moins que l'on puisse dire est que les musiciens ne font pas semblant de jouer ! Très belle fin de La Grande Porte de Kiev avec l'apparition des cloches, la montée de la tension et le crescendo qui vient ensuite...
2011-11-18 01:31+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Centre Mandapa — 2011-11-17
Laxmi Myriam Quinio, bharatanatyam
Pushpanjali (chorégraphie de Smt. P. Subrahmanyam)
Jatiswaram (chorégraphie de Smt. P. Subrahmanyam)
Jagado Dharana
Shabdam (chorégraphie de V. S. Muttuswamy Pillaï)
Yaro Iver Yaro
Sri Devi Kirthana (chorégraphie de V. S. Muttuswamy Pillaï)
Bho Shambho (chorégraphie de Smt. P. Subrahmanyam)
Thillana Sindhubhairavi (chorégraphie de Dominique Delorme)
Krishna Damodara
Il ne faut pas faire la fine bouche. S'il ne m'a pas autant transporté que celui de Mallika Thalak il y a quelques jours, le récital de bharatanatyam de Laxmi Myriam Quinio m'a semblé assez remarquable.
La jeune danseuse commence son récital par deux pièces très vives : Pushpanjali et Jatiswaram. Elles sont presque trop éblouissantes par la vitesse d'exécution de ce qui dans le Jatiswaram est de la danse pure.
La pièce Jagado Dharana raconte quelques jeux entre Krishna et sa mère adoptive Yashoda. Plus loin, il y aura une pièce mettant en scène la rencontre entre Rama et Sita. Ces deux chorégraphies me décoivent légèrement par la façon un peu superficielle d'aborder ces deux thèmes. La similitude entre les deux conclusions (Yashoda voyant la forme universelle de Krishna, Rama reconnaissant en Sita la déesse Sri-Lakshmi) rend peut-être une des deux pièces redondante dans un même récital. Si l'interprète a été fort heureusement toujours du bon côté, elle n'était pas à mon goût assez loin de la frontière qui distingue une danseuse qui joue un rôle et un personnage incarné par une danseuse. Avant que les chorégraphies ne fassent de la danseuse un personnage, j'aurais aimé voir comme un masque de neutralité qui pourrait ensuite prendre vie subitement.
Entre ces deux pièces narratives étaient intercalée une pièce dans
laquelle une jeune femme se languit de Muruga. Cette pièce m'a semblé la
plus convaincante lors de ce début de récital. On verra ainsi Kama, le dieu
Amour, lui décocher quelques flèches. L'amour pour le dieu lui sera
tellement insupportable que le chant du rossignol lui sera pénible et que
le lait de vache la fera vomir. Il se trouve que dans le Manuel
traditionnel du Bharata-Nâtyam, Le Danseur Cosmographe de Katia
Légeret, je lisais récemment qu'à tel mudra était associé de multiples
sens, parmi lesquels vomir
. Je n'imaginais pas que je le verrais
sitôt utilisé en ce sens ! (Avant chacune des pièces narratives, la
danseuse montrait quelques mouvements en les expliquant de sa douce
voix.)
Les deux pièces suivantes évoquent successivement la dévotion pour la déesse-mère et pour Shiva. Dans la première, on verra l'évocation de différentes formes de la déesse : Parvati, Lakshmi, Saraswati (joueuse de vînâ), Kali (qui tire la langue), etc.
La pièce concernant Shiva m'a enthousiasmé au plus haut point. C'est aussi celle dont la musique me semblait la plus intéressante. Le texte était le typique Bho Shambhu/Shiva Shambhu Svayambhu, mis en musique d'une façon différente de ce que je connaissais déjà. Parmi les images frappantes, celle de Shiva en yogi, et surtout celle représentant Shiva-Nataraja. La façon qu'a eu la danseuse de prendre cette dernière pose est tout à fait unique. La jambe gauche est tendue vers l'avant et opère lentement une rotation vers la droite tandis que les mains prennent les poses habituelles. L'amplitude, la vélocité et la fluidité de certains mouvements de pieds et de jambes trahissent la formation multiple de la danseuse, en particulier dans la technique classique (européenne). Certains passages étaient ainsi très impressionnants.
Après un charmant Thillana qui ne se réduisait pas à de la danse pure (puisque l'on pouvait reconnaître quelques dieux vers la fin), la danseuse a interprété une pièce supplémentaire dont le texte chanté commençait par Krishna Damodara. Cette pièce m'a plu peut-être encore davantage que le Bho Shambhu. On y voyait plusieurs aspects de Krishna. L'enfant volait du beurre et se faisait réprimander. Plus grand, il jouait de la flûte et dansait avec les gopis. La danse avec les gopis était absolument extraordinaire. Par la vitesse d'exécution et une combinaison inédite de mouvements simultanés de toutes les parties du corps, on aurait presque dit que la danseuse se démultipliait comme la tradition explique que Krishna donne l'impression à chacune des nombreuses gopis qu'il ne danse qu'avec elle seule. Il sera également fait référence à Vishnu couché sur le serpent Shesha, et si ce n'est pas la première fois qu'en évoquant cette image je vois une danseuse montrer Lakshmi en train de lui masser les pieds, ce soir ce fut fait de la plus belle des manières.
Plutôt que les multiples pièces de longueur intermédiaire vues dans ce récital intitulé Sringaram (qui a quand même duré presque deux heures !), j'aurais peut-être préféré voir une pièce plus développée (Varnam). Cela dit, je reste très satisfait de ce spectacle.
2011-11-17 02:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-11-16
Ensemble Orchestral de Paris
Douglas Boyd, direction
Lisa Larsson, soprano
A Mind of Winter pour soprano et orchestre, George Benjamin
Stephen Kovacevich, piano
Concerto pour piano nº18 Paradis, KV 456 (Mozart)
Ariane Jacob, piano
Air de concert Ch'io mi scordi di te ?, KV 505 (Mozart)
Symphonie nº31 Paris, KV 297 (Mozart)
Il y a six mois environ, j'étais allé écouter l'Ensemble orchestral de Paris pour Le songe d'une nuit d'été. J'avais assez moyennement aimé, entre autres parce que le chef m'énervait. Suite à des échanges de mails avec la com' de l'orchestre, on m'avait proposé des invitations.
Assister au concert de ce soir me permettait d'entendre à nouveau la soprano Lisa Larsson que j'avais entendue il y a quelques années dans la Messe en si mineur (deux fois) et L'Oratorio de Noël de Bach. Elle a chanté A Mind of Winter, une œuvre d'il y a trente ans de George Benjamin. Le texte parle d'un bonhomme de neige. Comme Deborah Nemtanu, premier violon, l'a expliqué dans L'entrée en musique une heure avant le début du concert, quand elle a ouvert la partition pour décider des coups d'archets (en commençant par la fin des phrases musicales, expliquait-elle), elle a remarqué que le compositeur avait détaillé ses instructions aux interprètes. Celles-ci visent à produire des effets faisant penser au froid qu'évoque le texte.
Alors que la chanteuse est prête et que le chef va commencer à diriger, il doit renoncer à cause d'une arrivée groupée de spectateurs retardataires. N'ayant pas d'yeux dans le dos, il demande aux musiciens de lui faire signe quand il pourra commencer. On nous avait annoncé un début avec des accords parfaits. Oui, mais en poussant l'archet sur toute sa longueur. Impossible donc de confondre avec de la musique ancienne, c'est bien du XXe siècle. L'œuvre n'est pas désagréable du tout à écouter si l'on excepte les conséquences sur les bronches de certains spectateurs du froid de l'atmosphère musicale et de l'atmosphère tout court. C'est sympathique pour un début de concert, mais pas inoubliable non plus.
Entre ensuite le pianiste Stephen Kovacevich pour le concerto pour piano nº18 de Mozart. Je ne suis pas fan de cette interprétation assez austère. Je me sens également frustré parce que pour une fois que j'entends un piano dont le couvercle oriente le son dans ma direction plutôt qu'à l'opposé (cf. arrière-scène de Pleyel...), j'ai l'impression que dès que l'orchestre intervient, il couvre le pianiste. Je me suis un peu réconcilié avec cette musique dans le troisième mouvement.
Le contraste a été saisissant entre la première et la deuxième partie du concert. La soprano Lisa Larsson est revenue vêtue d'une autre robe qu'en première partie pour interpréter un air de concert du même Mozart. Elle a manqué chuter de l'estrade en prenant place. L'air Ch'io mi scordi di te ? comporte une importante partie de piano. Elle est interprétée par Ariane Jacob. C'est le même piano que dans la première partie, mais il ne sonne pas de la même façon ! Même si le couvercle est presque complètement rabattu, le son paraît moins étouffé. La chanteuse, la pianiste, l'orchestre, tous semblent revivifiés après la froideur de la première partie.
Tout le monde est donc bien échauffé pour la symphonie nº31 de Mozart.
L'œuvre m'a beaucoup plu. Certaines nuances et équilibres trouvés par le
chef Douglas Boyd m'ont enthousiasmé. Une chose m'a étonné en revanche : on
ne m'avait pas dit que cette œuvre était un concerto pour violon. Je
pensais déjà beaucoup de bien de Deborah Nemtanu, violon solo
supersoliste
. Elle irradie tout le monde par sa présence, son attention
aux autres et l'attention que les autres lui portent (certains musiciens
des autres pupitres se calent en la prenant comme repère visuel). Rien dans
la partition ne semble distinguer une partie séparée pour le premier
violon. Pourtant, visuellement, c'était comme si elle jouait un concerto et
que les autres violons I se contentaient de faire des Ploum-ploum
. À
y regarder de plus près, quand ils n'avaient pas de parties séparées, tous
avaient cependant l'air de jouer les mêmes notes, mais il y avait comme une
dissonance visuelle, tant les mouvements de Deborah Nemtanu étaient plus
amples que ceux de ses collègues. Bref, avec ce phénomène dans mon champ de
vision, je n'ai pas vu grand'chose de ce qui se passait dans l'orchestre,
si ce n'est qu'un des violoncellistes a dû arracher un certain nombre de
crins à son archet à la fin du premier mouvement.
2011-11-13 21:21+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Centre Mandapa — 2011-11-13
Mallika Thalak, bharatanatyam
Kalikautam (chorégraphie de M. K. Saroja)
Alarippu (chorégraphie de V. S. M. Selvam)
Ardhanarishwara (transmis par Rama Vaidyanathan)
Ashtapadi (transmis par Rama Vaidyanathan)
Tillana (chorégraphie de V. S. M. Selvam)
Comme hier, je suis allé au Centre Mandapa pour assister à un récital de bharatanatyam. Le public a été moins nombreux et c'est bien dommage.
J'avais déjà eu l'occasion de voir danser Mallika Thalak dans le
spectacle Gangâ. J'avais noté qu'elle faisait aussi du
bharatanatyam (et qu'elle avait un port de tête exquisement
gracieux
), mais ce n'est qu'hier que j'ai fait le rapprochement avec
le nom de la danseuse programmée ce soir.
Je resors complètement émerveillé par sa danse. Ma théorie depuis un moment est que chaque danseuse a son style propre. Celui de Mallika Thalak me semble caractérisé par une incroyable beauté dans le geste et l'expression. J'étais déjà transporté avant même qu'elle effectue le moindre pas dans la première pièce en hommage à Kali qui a débuté par des mouvements de la moitié haute du corps. Elle a ensuite développé ce Kalikautam (orthographe incertaine) en évoquant principalement les aspects féroces de la déesse Kali.
La deuxième pièce, Alarippu, était exécutée sur une musique purement rythmique. La danseuse ne cherche pas à faire une démonstration de vitesse. Cela reste résolument fluide et extrêmement beau.
La pièce principale est Ardhanarishwara. Elle évoque cette forme androgyne mi-Shiva mi-Parvati. La danseuse alterne ainsi entre le côté droit (Shiva à l'œil foudroyant) et le côté gauche (la gracieuse Parvati). Sans jamais devenir mécanique ou perdre sa beauté, la danse s'est également faite virtuose dans certains passages rythmiques au très vif tempo.
La pièce suivante Ashtapadi a été assez développée. Elle racontait les jeux amoureux de Radha et de Krishna. Celui-ci, charmant Radha et les autres bouvières par la flûte n'hésitait pas à éclabousser celle qu'on avait précédemment vu se parer et se maquiller.
Le récital s'est conclu sur un charmant Tillana, ni trop long ni trop court, ni trop lent ni trop rapide...
La présentation des différentes pièces était faite par le père de la
danseuse malabare
. C'était un vrai plaisir de l'écouter raconter les
pièces et la philosophie sous-jacente à sa manière, tout en s'amusant de ne
pas être l'impresario de la danseuse, mais seulement son père.
La danseuse et son père ont rendu un hommage particulier aux chorégraphes de ces pièces et encore davantage aux personnes qui les lui ont transmises. Si cela tend à se perdre de nos jours, la transmission orale se fait traditionnellement de guru à disciple...
2011-11-12 23:29+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Centre Mandapa — 2011-11-12
Sabine Pandaredattil et al., bharatanatyam
En Inde, j'ai eu l'occasion de remarquer que le public n'avait pas forcément le même respect pour l'art et la façon de l'exprimer que, disons, des wagnériens. Les nuisances viennent par exemple des téléphones portables : les gens décrochent et répondent comme si de rien n'était.
Il est plus rare que ces nuisances viennent de l'entourage-même de la
danseuse comme ce fut malheureusement le cas ce soir. Tout d'abord, la
première rangée de places était couverte de feuilles où était écrit
réservé
. Ces places resteront vacantes, le clan s'étant installé au
deuxième rang (plus confortable).
Le plus gênant, ce furent les photographies avec flash prises tout au long du spectacle. Comment peut-on mépriser à ce point la personne en charge des lumières et les spectateurs en flashant à tout va, y compris quand la scène est dans la pénombre ? Il faut ajouter à cela les clic-clics hystériques des appareils-photos et la projection de lumière test que ces appareils doivent lancer avant la prise en vue pour se régler.
Il faut aussi tenir compte de la concurrence de la danse réalisée entre le premier rang et la scène par une jeune fille tout aussi inconsciente que ses parents de la gêne que cela pouvait occasionner pour les spectateurs, sans parler des danseurs.
C'est qu'il y avait plusieurs danseurs et c'est là un autre problème
avec ce spectacle. En Inde, j'ai appris à me méfier des spectacles annoncés
comme Bharatanatyam par les disciples de Guru Smt. X
. Je n'ai rien
contre le principe des démonstrations d'une école de danse, j'ai apprécié
celles que j'ai vues à l'Opéra de Paris pour ce qu'elles étaient. Je
n'aurais rien contre le principe pour ce spectacle de danse bharatanatyam,
si cela avait été clairement annoncé.
Je m'attendais à voir un récital de Sabine Pandaredattil (installée en France depuis une vingtaine d'années) et je n'ai vu qu'une succession de pièces courtes (avec deux mini-Varnam) dansées par la guru et ses élèves, et ce dans différentes configurations. Les élèves étaient au nombre de quatre : un jeune homme et trois jeunes filles.
Le jeune homme était tout-à-fait convaincant (notamment en Shiva). C'est la première fois que je vois sur une scène un danseur de bharatanatyam de ce niveau (les autres que j'ai vus étaient beaucoup plus jeunes). Ses frappes de pieds contre le sol étaient un instrument à part entière. Ses passages rythmiques furent ainsi particulièrement spectaculaires, les effets étant en outre amplifiés par sa grande taille. Par ailleurs, ses mouvements de mains et d'yeux m'ont bien plu aussi.
Une des trois jeunes femmes sortait assez nettement du groupe. Outre ses mouvements fluides et en rythme, sa maîtrise de son expression faciale faisait toute la différence. Elle s'est distinguée dans un duo avec une autre élève qui évoquait l'enfance de Krishna, avec bien sûr l'épisode du pot de beurre. Je ne regardais plus qu'elle. Elle ne doit plus être très loin du niveau qui lui permettrait de se produire en solo... J'ignore son nom tant les annonces faites au micro et dans un français trébuchant étaient incompréhensibles.
J'ai accueilli ces prestations d'élèves avec une certaine bienveillance.
Pour le reste, j'ai eu de quoi être déçu par la performance de Sabine
Pandaredattil elle-même. Dans ses solos et autres pièces avec ses élèves,
je n'ai vu que de la danse pure
: une succession de pas qui ne
racontaient pas d'histoire ni n'exprimaient d'émotion que je puisse
déchiffrer. Il n'y avait pratiquement que des passages purement rythmiques.
Entre ceux-ci, certaines séquences de pas étaient curieusement répétées
plusieurs fois. Au bout de la troisième reprise, j'avais vraiment
bien compris que la Ganga descendait du chignon tressé de Shiva ou encore
que du nombril de Vishnu-Padmanabha émergeait un lotus ! Merci, mais une
seule fois, cela m'aurait bien suffi ! Je ne fais pas le détail des pièces
successives (qui évoquèrent principalement Shiva, mais aussi Subhramaniam,
Ganesha et Vishnu). J'ai été également déçu par son Tillana qui était
exécuté sur un rythme étonnamment lent pour une pièce de ce type, en
général bien plus vive.
2011-11-11 21:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-11-09
Dang Thai Son, piano
Philippe Aïche, violon solo
Orchestre de Paris
Paavo Järvi, direction
Les Offrandes oubliées, méditation
symphonique
(Olivier Messiaen)
Concerto pour piano en la mineur, op. 54 (Schumann)
Symphonie fantastique, épisode de la vie d'un artiste (Berlioz)
Mazurka en la mineur, op. 17 (Chopin)
Salle Pleyel — 2011-11-10
Akiko Suwanai, violon
Roland Daugareil, violon solo
Orchestre de Paris
Paavo Järvi, direction
Der Freischütz, ouverture (Weber)
Concerto pour violon nº2 en mi mineur, op. 64 (Mendelssohn)
Symphonie fantastique, épisode de la vie d'un artiste (Berlioz)
Je n'avais jamais entendu la Symphonie fantastique de Berlioz en concert. Comme les premières parties des deux concerts de l'Orchestre de Paris dont elle était le plat de résistance étaient complètement différentes, j'avais décidé de l'aller écouter deux fois.
Le programme du mercredi commence par Les Offrandes oubliées de Messiaen. Bien que les différentes parties soient enchaînées, la division est très apparente. La première partie La Croix ne sonne pas tellement comme du Messiaen ; cela semble assez classique. Dans la deuxième Le Péché, les forces du mal se font entendre de façon violente. Dans la troisième, intitulée L'eucharistie, bien qu'il ne soit plus fait appel qu'aux cordes, je retrouve une atmosphère envoûtante et éthérée très messiaenique qui me rappelle le Jardin du sommeil d'amour de la Turangalîla-Symphonie.
Je ne me serai pas déplacé pour le seul concerto pour piano en la mineur de Schumann. Ç'eût été dommage, car cette œuvre m'a semblé absolument adorable. Le deuxième mouvement, tout particulièrement. Le chef Paavo Järvi exprimait à l'égard de l'orchestre une joyeuse bienveillance. Le contrebassiste Bernard Cazauran semblait de très bonne humeur, je veux dire encore plus que d'habitude. Mon placement à l'arrière-scène n'était pas le plus favorable pour entendre le pianiste Dang Thai Son, mais il m'a permis de bien voir ses mains. J'ai aimé son bis, une Mazurka de Chopin.
Le lendemain, l'ouverture du Freischütz de Weber fait une très bonne entrée en matière. L'interprétation m'a bien plu. Je ne l'avais jamais remarqué jusqu'à ce soir, mais cela m'a bien fait bugger de me rendre compte d'une similitude entre deux mesures de cette ouverture et le ti-tou-tou:-ti-tou-tou:-ti-tou-tou: initial de la quarantième symphonie de Mozart (même rythme, même intervalle : un demi-ton entre le ti et le tou).
Le concerto programmé est le concerto pour violon nº2 de Mendelssohn, interprété par Akiko Suwanai. Le Stradivarius dont elle joue a été l'objet d'un incident de concert. Au cours du premier mouvement, une corde a lâché. Fort heureusement, elle a eu la présence d'esprit d'échanger immédiatement son instrument avec le premier violon. Roland Daugareil, véritable héros du jour, a manipulé pendant quelques minutes l'instrument pour remettre la corde (ou une autre ?). Il a joué pendant quelques instants sur ce Stradivarius ! ce qui lui a permis de vérifier que tout allait bien et puis un nouvel échange a eu lieu à un moment propice avant la fin du premier mouvement. Il faudrait demander aux auditeurs de Radio Classique qui écoutaient ce concert en direct s'ils ont remarqué quelque chose... Je ne pourrais absolument rien dire sur la prestation de l'orchestre pendant ce concerto tant mon regard ne pouvait se détourner de la violoniste, dont le public a réussi à obtenir deux très beaux bis.
Après l'entr'acte, aussi bien mercredi que jeudi, était programmée la Symphonie fantastique de Berlioz. Mercredi, j'étais à l'arrière-scène. Jeudi, j'ai échangé ma place d'arrière-scène avec celle de Klari au premier balcon. Je ne regrette pas du tout d'avoir écouté cette œuvre deux soirs de suite. Pour moi, cela a été une immense découverte. Chacun des mouvements est un programme a lui tout seul. Les atmosphères sont très différentes. La plus saisissante est celle du cinquième et dernier mouvement Songe d'une nuit du Sabbat. Les différents parties de l'orchestre s'y attachent à créer une atmosphère des plus macabres en produisant des sonorités étranges à leurs instruments.
Le concert du mercredi peut être revu sur Cité de la musique live. Attention, gros plans, éloignez-vous de l'écran !
Ailleurs : Palpatine, Klari, andanteconanima.
2011-11-06 00:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Centre Mandapa — 2011-11-05
Shakuntala, bharatanatyam
Muthuswami Pillai, chorégraphie
Bhakti, la lumière du cœur, Poèmes de Rumi
C'est un récital un peu à part auquel j'ai assisté ce samedi au centre Mandapa. Il était intitulé Bhakti, la lumière du cœur, et à la danse bharatanatyam devaient être associés des poèmes de Rumi. L'idée d'associer le bharatanatyam à une autre culture fait penser au programme Bhârata/Bach dansé par Maria-Kiran il y a quelques années, mais la réalisation sera toute différente.
Le récital sera en réalité en trois parties. Après que l'on a fait brûler de l'encens et allumé la lampe, un prélude musical se fait entendre : une invocation de Shiva. La danseuse entre ensuite en scène (elle n'en sortira plus avant la fin du récital, ce qui contribuera à une atmosphère étonnante que personne n'osera troubler par des applaudissements) pour des offrandes de fleurs. J'ai le plaisir d'entendre une guimbarde dans la musique enregistrée, cela faisait longtemps... Le style de la danse comporte beaucoup de tours de la danseuse sur elle-même. Le rythme est très rapide. Cela semble une façon de concevoir le voie de la Bhakti, sous la forme d'une sorte d'adoration joyeuse de la divinité qui permettrait d'atteindre l'Unité. La danse évoque les oreilles de Ganesh et la danse de Shiva-Nataraja.
Avant de danser la pièce suivante, la danseuse dévoile un peu du
dictionnaire de la danse en montrant des mouvements associés à un petit
texte qui résume la pièce. Il sera question d'une dévôte de Subramaniam
(aussi appelé Muruga, Skanda ou Kartikeya) qui s'adresse à lui en disant
Pourquoi tardes-tu à venir me donner ta bénédiction ?
. La narration
et l'illustration est entrecoupée d'assez longs passages de danse pure. La
chorégraphie n'est pas des plus belles que j'aies vues. Elle demande une
très grande rapidité d'exécution. Cependant, les mouvements et poses prises
par les mains sont réalisés avec une grande précision. Dans cette pièce
comme dans la précédente, malgré la vitesse, l'ensemble reste ainsi très
lisible.
Ayant enlevé ses grelots de chevilles et ayant passé une blanche
tunique, le récital prend une toute autre direction. Il ne s'agit plus
véritablement de danse bharatanatyam. La seule musique sera le silence et
un doux accompagnement de flûte. La danseuse se transforme en une
comédienne qui déclame des poèmes du mystique soufi Rumi tout en soulignant
le sens par des mouvements des bras et des mains qui appartiennent au
bharatanatyam. La plupart de ces poèmes sont structurés autour d'un mot ou
d'un groupe de mots qui est repété de nombreuses fois à la fin ou au début
des vers. Ainsi, dans le poème commençant par Toi qui ignores l'amour,
dors !
, toutes les phrases se terminent par la même injonction
Dors !
. Dans le suivant, ce sera Reviens à l'origine de ta propre
origine !
. Ensuite, alors que le poète se demande Qui est à la
porte ?
, il ne cesse de répéter Où m'enfuir ?
. Dans
l'avant-dernier, ce sera Donne quelque chose au derviche !
(qui suit
notamment une autre injonction comme Délivre de son moi celui qui est
attaché à lui-même
). Dans le dernier, divers reproches d'une femme à
son amant seront introduits par Souviens-toi
.
Certains de ces poèmes posent des questions d'une façon suffisamment
large pour n'être absolument pas hors-sujet dans un récital de
bharatanatyam appelé Bhakti
. La forme que cela a pris était à tout
le moins surprenante, mais j'ai trouvé que cela avait été une très bonne
manière de faire entendre ce texte tout en l'accompagnant d'une pantomime
sur un fond musical dépourvu des rythmes habituels de la musique
carnatique. Cela m'a davantage convaincu que ce que j'avais vu faire au
Théâtre des Bouffes du Nord par Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière il y
a deux ans. La performance physique est aussi impressionnante, parce qu'il
doit être bien difficile de ne pas perdre son souffle alors qu'il faut en
même temps réciter les vers et les accompagner d'autant de mouvements !
En troisième partie du récital, la danseuse a remis ses grelots pour
deux pièces de bharatanatyam. Les pièces de la première partie étaient
plutôt rapides. Celles-ci furent plus lentes. En particulier,
l'avant-dernière pièce du récital sera comme un adage évoquant les
différents aspects de la fille du roi des monts (Parvati). Je dis Parvati
parce que c'est le nom qui m'est venu en premier quand avant de se remettre
à danser, l'interprète a fait un résumé de la pièce accompagné de
mouvements chorégraphiques. Les noms qu'elle a employés étaient plutôt
Gauri, Uma, Shankari, Kaumari et Annapurna, mais cela revient au même...
Elle a fait un petit clin d'œil aux connaisseurs en mentionnant que les
seins de la déesse étaient en forme de Kumbha
.
Le récital s'est conclu par une pièce mettant en scène les dieux assistant à la danse cosmique de Shiva. Cette pièce a commencé par un travail chorégraphique centré sur les bras et les mains, et puis les pieds se sont aussi mis en mouvement. J'ai rarement vu ce fait souligné, mais ici, pour évoquer la danse cosmique de Shiva, la danseuse a mis un accent particulier sur les battements du tambour (Damaru).
2011-11-05 01:53+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-11-04
Christine Schäfer, soprano
Hélène Collerette, violon solo
Orchestre philharmonique de Radio France
Jukka-Pekka Saraste, direction
Les Illuminations, op. 18 pour soprano et orchestre à cordes, sur des textes d'Arthur Rimbaud, Britten
Symphonie nº8 en ut mineur op. 65 (Chostakovitch)
L'orchestre de Radio France n'a pas rempli la salle Pleyel, mais il y a une certaine progression par rapport au concert de rentrée où la deuxième balcon avait été fermé. Ce soir, j'ai seulement été encouragé à me replacer à l'orchestre, où il y avait effectivement beaucoup de places libres. Je me suis ainsi retrouvé au rang F près de l'allée. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vu un orchestre de face d'aussi près à Pleyel...
Le programme commence par Les Illuminations de Britten. Comme il est de Rimbaud, le texte chanté est en français. Cette langue n'est manifestement pas celle avec laquelle la chanteuse Christine Schäfer est la plus à l'aise. Musicalement, c'est une très belle découverte. L'orchestre n'est constitué que de cordes. Cela commence par une sorte de combat entre les violons I et les altos, très spectaculaire à voir d'aussi près. C'est très vif et assez illustratif du texte. La variété de sons produits par les musiciens est étonnante : à un moment, j'avais presque l'impression qu'on avait caché une trompette quelque part ! Dans le numéro Being Beauteous, la musique me rappelle le thème de Schéhérazade (Rimski-Korsakov). Le plaisir aurait été encore plus grand si l'excellente chanteuse qu'est Christine Schäfer avait mieux fait entendre le texte...
Après l'entr'acte, le plat de résistance : la huitième symphonie de Chostakovitch. Il ne faudrait pas écouter ce genre de musique trop souvent de peur de finir archi-névrosé, mais une fois de temps en temps (la dernière fois pour moi, c'était en janvier 2011), c'est un plaisir intéressant. J'ai eu peur après quelques minutes de musique d'avoir mal lu le programme tant le début de l'Adagio sonne bien. Et puis, brutalement, l'orchestre est devenu ardemment et violemment dissonnant. Il y a eu quelques accalmies, quelques quasi-interludes sortis dont ne sait où, et puis la symphonie s'est terminée après environ une heure de façon apaisée.
2011-11-04 00:47+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-11-03
Koen Kessels, direction musicale
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Ballet de l'Opéra
Léo Delibes, Ludwig Minkus, musique
Version réalisée par Marc-Olivier Dupin
Livret d'après Charles Nuitter et Arthur Saint-Léon
Jean-Guillaume Bart, chorégraphie
Éric Ruf, décors
Christian Lacroix, costumes
Dominique Bruguière, lumières
Clément Hervieu-Léger, Jean-Guillaume Bart, dramaturgie
Florence Clerc, assistante du chorégraphe
Anne Salmon, répétitrice
Dominique Schmitt, assistante décors
François Thouret, assistant lumière
Myriam Ould-Braham, Naïla, esprit de la Source
Florian Magnenet, Djémil, chasseur
Laura Hecquet, Nouredda, promise au Khan
Aurélien Houette, Mozdock, frère de Nouredda
Alessio Carbone, Zaël, elfe de Naïla
Aurélia Bellet, Dadjé, favorite du Khan
Emmanuel Hoff, Le Khan
La Source
Après avoir vu quatre fois le superbe ballet La Source, il faut se rendre à l'évidence : Naïla, c'est Myriam Ould-Braham. Si Charline Giezendanner est loin d'avoir démérité le 1er novembre, les deux prestations que j'ai vues de Ludmila Pagliero, créatrice du rôle, furent moins convaincantes à mes yeux.
Comme dans le cas du rôle de Juliette (qu'elle n'a interprété qu'une seule fois), on n'a à aucun moment l'impression de voir une jeune femme qui danse certes fort bien. On voit en réalité un personnage, ici Naïla, qui est interprété par une danseuse. Cela fait toute la différence. Dans son rôle de fée, elle flotte sur la scène, elle touche à peine le sol. Outre la fluidité de ses mouvements, son expression rend son rôle passionnant pour le spectateur. Plus que les autres interprètes du rôle, elle donne un sens au sacrifice qui est celui de son personnage. Ainsi, dès la Valse des nymphes, quand Naïla est entourée d'une ronde de nymphes, son visage trahit le fait qu'elle sait qu'elle ne pourra que se sacrifier. Lors du pas de deux avec Djemil, ses tentatives sont désespérées, elle sait que Djemil n'aimera jamais que Nouredda. Enfin, elle se sacrifie après un émouvant pas du talisman.
Malgré quatre visionnages, je n'aurai pas vu toutes les distributions possibles. Il me manque essentiellement le trio Ould-Braham/Hoffalt/Zusperreguy. Clairement, dans ce que j'ai vu, la meilleure combinaison est celle de ce soir (3 novembre). Dans le rôle de Djemil, Florian Magnenet m'a davantage plu que Karl Paquette. Si c'est un beau gosse et qu'il en joue (un peu trop diront certaines), ses sauts et réceptions sont plus propres. Il donne un peu l'impression que Djemil est un gentil idiot (qui ne comprend pas qu'en faisant tomber la fleur à la toute fin, il fait mourir Naïla), alors qu'avec Karl Paquette, on a l'impression que Djemil est un type un peu perdu qui subit les événements.
Du côté des Zael, Mathias Heymann est éblouissant. Il saute très bien, mais au deuxième acte, il sait aussi jouer d'une certaine cruauté quand il vient gâcher la fête de Nouredda et se moquer d'elle quand elle doit s'en aller. Alessio Carbone m'a également beaucoup plu dans ce rôle dont il donne une image un peu plus sympathique et plus émouvante aussi dans la scène finale où il est le seul à être témoin de la souffrance de Naïla. Allister Madin est plus proche de Heymann que de Carbone, mais il donne moins une impression de facilité.
Pour Mozdock, frère de Nouredda, entre Vincent Chaillet et Aurélien Houette, c'est Vincent Chaillet qui m'a fait la plus forte impression, en particulier dans les danses de guerriers caucasiens, très spectaculaires. Avant-hier, Aurélien Houette ne m'avait pas semblé très en forme, mais ce soir, c'était très nettement mieux. Du côté de la pantomime, Aurélien Houette fait impression : on n'a pas envie d'être à la place du personnage qu'il tabasse ! (Cela effacerait presque mon souvenir de la vision d'Aurélien Houette en Monsieur de Charlus se faisant violemment flageller dans Proust ou les intermittences du cœur.)
Je n'ai vu que deux Dadjé : Nolwenn Daniel et Aurélia Bellet. Chez Nolwenn Daniel, j'ai aimé certains gestes qui montrent la cruauté des relations de rivalité entre les femmes du harem, en particulier la façon dont elle se réjouit de la dégradation de la note de Nouredda par le Khan.
Il reste essentiellement le cas du rôle de Nouredda. Lors de la création, j'ai trouvé Isabelle Ciaravola tellement émouvante que pour moi, c'était elle le premier rôle et non Naïla. J'avais tout particulièrement aimé son premier acte et l'attitude qui la caractérisait de jeune femme terrifiée à l'idée d'aller rencontrer le Khan. L'interprétation de Laura Hecquet est toute différente. Elle paraît moins terrifiée au premier acte et adopte au deuxième acte une attitude résolument séductrice envers le Khan. Dans le pas de deux avec Djemil (Florian Magnenet), elle fait monter la tension et presque la violence de ce tumultueux face à face. Ces deux interprètes de Nouredda sont très différentes ; globalement, j'ai du mal à décider laquelle des deux je préfère.
Lors des trois premières représentations que j'ai vues, il m'a semblé que l'orchestre se bonifiait à chaque fois. Ce soir, manifestement, ce n'était pas le même sous-ensemble de l'effectif de l'orchestre qui jouait (en tout cas je suis sûr que ce n'étaient pas les mêmes que les 27 octobre et 1er novembre) et cela s'est malheureusement un peu entendu dans le deuxième acte.
Vivement la prochaine reprise de ce ballet ! (Mais n'achetez pas le futur DVD !)
2011-11-03 01:22+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2011-11-02
Laura Aikin, Lulu
Jennifer Larmore, Gräfin Geschwitz
Andrea Hill, Eine Theatergarderobiere, Ein Gymnasiast, Ein Groom
Johannes Koegel-Dorfs, Der Midizinalrat, Der Professor, Ein Polizeikommissär
Marlin Miller, Der Maler, Der Neger
Wolfgang Schöne, Dr. Schön, Jack
Kurt Streit, Alwa
Scott Wilde, Der Tierbändiger, Der Athlet
Franz Grundheber, Schigolch
Robert Wörle, Der Prinz, Der Kammerdiener, Der Marquis
Victor von Halem, Der Theaterdirektor, Der Bankier
Julie Mathevet, Eine Fünfzehnjährige
Marie-Thérèse Keller, Ihre Mutter
Marianne Crebassa, Die Kunstgewerblerin
Damien Pass, Der Journalist
Ugo Rabec, Ein Diener
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Michael Schønwandt, direction musicale
Willy Decker, mise en scène
Wolfgang Gussmann, décors et costumes
Hans Toelstede, lumières
Lulu, Alban Berg
J'ai assisté aux première et cinquième représentations de la reprise de Lulu de Berg qui passe ces jours-ci à Bastille. Les détails de l'histoire sont assez touffus : lors des saluts, pas moins de seize chanteurs viennent saluer et parmi eux, certains cumulent deux voire trois rôles ! Quelques chanteurs paraissent au troisième acte dans des rôles qui font écho à d'autres vus au premier acte.
La musique est nettement plus accessible que ce à quoi je m'attendais : c'est cent fois plus agréable à l'oreille que le Mantovani d'Akhmatova. Ce qui est un peu gênant avec les deux représentations que j'ai vues, c'est que l'orchestre ne joue pas très fort. Ainsi, l'attention se porte beaucoup plus facilement sur l'action et le texte, au détriment de la musique, dont, à moins de se déconcentrer volontairement de l'action, on ne profite pleinement que pendant les interludes orchestraux. J'ai tout particulièrement apprécié celui qui se trouve au centre de l'œuvre et qui a une structure palindromique avec au milieu le motif de Lulu joué au piano.
Le premier élément de décor que l'on voit est l'escabeau sur lequel se tient Lulu alors que les spectateurs s'installent à leurs places (ou comme moi, à d'autres laissées vacantes). Cet escabeau se présente à l'œil comme un V renversé, avec des barreaux pour monter, mais aussi pour descendre. Visuellement, c'est tout comme le motif ascendant puis descendant de Lulu, et c'est aussi la trajecture de l'héroïne, femme fatale et cynique, dont les amants et maris se succèdent, jusqu'à sa déchéance finale (arrestation, choléra, prostitution, assassinat).
La mise en scène est très bien faite. Elle s'inscrit dans un décor constitué d'une grande pièce entourée d'un mur arrondi où s'alignent onze portes. En arrière-plan, des marches montent en amphithéâtre. De là-haut, on peut descendre par des échelles dans la pièce centrale. On verra même un chanteur sauter ; à peine arrivé, le personnage mourra quelques secondes plus tard ! Parmi les accessoires, un portrait en pied de Lulu, en plusieurs morceaux. Un de ses maris successifs était peintre ; il s'est suicidé.
Parmi les chanteurs, c'est bien sûr Laura Aikin (Lulu) qui fait la plus forte impression. Parmi les autres personnages, les plus émouvants furent pour moi ceux de la comtesse Geschwitz (Jennifer Larmore), lesbienne amoureuse de Lulu et d'Alwa (Kurt Streit), qui tout comme son père avant lui aime Lulu.
Ailleurs : Zvezdo.
2011-10-27 01:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-10-26
The Cleveland Orchestra
Franz Welser-Möst, direction
Symphonie nº3 Écossaise
(Mendelssohn)
Doctor Atomic Symphony (John Adams)
Boléro (Ravel)
Arioso du Concerto en ré majeur Bâle pour orchestre à cordes, Stravinski
Au menu de la première partie de ce concert du Cleveland Orchestra, la
symphonie écossaise
de Mendelssohn. D'après mes archives, je l'ai
écoutée (au disque uniquement) une fois il y a sept ans et une fois il y a
trois ans. Autant dire que c'était comme si je l'entendais pour la première
fois. Pendant le premier mouvement, le chef Franz Welser-Möst a des gestes
crispés, presque mécaniques. J'ai l'impression de voir un dictateur ou un
général commander à des armées (composées chacune d'un nombre impair de
recrues). Une fois lancées les armées jouent ensemble. Le chef les regarde
faire en battant moins nettement la mesure, puis il reprend en main tout le
monde. Le chef contrôle ses troupes comme des corps constitués, mais
parfois, d'un geste courbe de la main gauche, il joue avec comme si
c'étaient des ondes ou des bulles de savon dont il ferait varier les
volumes en soufflant dedans ou en aspirant. Les indications des entrées aux
timbales et aux cuivres sont très précises. À partir du deuxième mouvement,
à part une ou deux rechutes, la direction se fera beaucoup apaisée. Bref,
visuellement, voir ce chef (depuis l'arrière-scène bien sûr) est un
spectacle en soi, quoique légèrement anxiogène.
Pour ce qui est de la musique, les deux premiers mouvements et le début du troisième furent pour moi un plaisir rare (qui a pensé tout bas que j'ai connu d'aussi bonnes voire de meilleurs sensations pas plus tard qu'hier dans le Hindemith ?). Les pizz. à la toute fin du deuxième mouvement étaient mignons comme tout. J'ai également apprécié la façon qu'a eu le chef d'entamer chaque mouvement aussitôt le mouvement précédent terminé, sans laisser le temps aux spectateurs de penser à se racler la gorge (voir chez Klari pour quelques horror-stories liées à des incivilités de spectateurs).
L'œuvre pour laquelle j'avais sélectionné ce concert intervient après l'entr'acte : Doctor Atomic Symphony de John Adams. C'est tiré de l'opéra Doctor Atomic. Heureusement, c'est moins long : je me suis ennuyé à mourir en visionnant en DVD cet opéra (2h40 !). L'ennui ne venait pas tant de la musique que de la manière dont le texte, soit trivial soit quasi-hermétique, est mis en musique (avec l'exception notable du personnage de Kitty Oppenheimer). Certes, on comprend parfaitement les paroles, mais c'est trop parlé pour que je l'apprécie comme du chant. J'ai également peu goûté la façon de traiter le sujet (peut-être intéressant) en faisant reposer une bonne partie de l'action sur la question de la météo dans les heures qui précédèrent le premier essai nucléaire.
J'avais cependant quelqu'espoir que réduite à l'état de symphonie de 24 minutes, cette œuvre pourrait être suffisamment aimable. Cela n'a pas été le cas. Je n'ai entendu des choses pour me plaire que dans les dernières minutes, quand est utilisée la musique du chant d'Oppenheimer Batter my heart, three-person'd God (vers de John Donne) à la fin du premier acte : une partie très spectaculaire des violons alterne avec le chant d'Oppenheimer qui est confié à la trompette. À part ça, rien à signaler.
Enfin, une autre raison indépendante d'assister à ce concert était le Boléro de Ravel programmé en fin de programme. C'est la première fois que je l'entendais en concert. J'ai été tout étonné quand cela s'est terminé. Quoi ? Déjà fini ‽
Une valse inconnue de moi à été jouée en bis. Petit couac à la fin du concert, le chef ayant été trop gourmand en saluts : il faut savoir plier bagage au bon moment, sinon, on se retrouve à revenir sur scène piteusement alors que la moitié du parterre est déjà debout... et ce alors même que les applaudissements ont été plutôt chaleureux.
À voir : Jacques Villeret dans Le Batteur du Boléro, court-métrage de Patrice Leconte (avec le directeur musical de l'Orchestre Colonne et une charmante timbalière en guest-stars).
Ailleurs : Palpatine.
2011-10-26 01:02+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Amphithéâtre de la Cité de la musique — 2011-10-25
Quatuor Pražák
Pavel Hůla, violon, direction
Alda Caeillo, sprechgesang
Vlastimil Holek, violon
Josef Klusoň, alto
Michal Kaňka, violoncelle
Václav Kunt, flûte, piccolo
Milan Polak, clarinette, clarinette basse
Jaromir Klepáč, piano
Quatuor op. 16, Hindemith
Pierrot lunaire, op. 21, Schönberg
Je ne m'étais jamais aventuré au fond de la boutique de disques et de livres de la Cité de la musique. Virage à gauche au fond, descente des marches, traversée le hall, entrée dans l'amphithéâte, par en haut !
Je m'installe à une place excentrée du premier rang. Si de Pavel Hůla, premier violon du quatuor Pražák, je ne vois pratiquement que le bras droit, pour ce qui est de l'altiste Josef Klusoň, il est comme en face de moi, et je le vois jeter quelques coups d'œil à ses partenaires. Entre le dos du premier violon et l'instrument du second (Vlastimil Holek), je vois assez bien le violoncelliste Michal Kaňka, qui pour ses cordes à vide, laisse s'échapper sa main libre qui vient presque toucher son menton, façon Penseur de Rodin.
La première œuvre de ce programme est bien sûr un quatuor à cordes : l'opus 16 de Hindemith. J'ai vraiment adoré ce quatuor dont l'atmosphère générale m'a semblé industriello-urbaine, certains passages pouvant évoquer le bruit mécanique de machines. À un moment, le deuxième violon produisait des sons qui bizarrement semblaient assez proches de ceux d'une flûte. J'étais surtout très bien placé pour voir l'altiste interpréter ses parties, fort jolies (Hindemith était aussi altiste, et c'est lui-même qui a créé ce quatuor à cordes...). Quel plaisir d'écouter une telle œuvre avec de tels interprètes dans les sièges si douillets de l'amphithéâtre !
Après l'entr'acte sont entrés un pianiste, un flûtiste (traversière et
piccolo), un clarinettiste (jonglant aussi entre deux instruments). Pour
les violon et alto, on jongle entre le deuxième violon et l'altiste du
quatuor, ce qui produit un manège amusant (l'altiste par ailleurs tourneur
de pages du pianiste s'asseyant à la place du violoniste qui devient
tourneur de pages et réciproquement). Le premier violon dirige l'ensemble
qui comprend aussi bien sûr une sprech-chanteuse, Alda Caeillo.
C'est qu'on joue Pierrot lunaire de Schönberg. C'est uniquement
par curiosité pour cette œuvre que j'avais choisi ce concert. Je
m'attendais à quelque chose d'assez inécoutable, mais je me suis surpris à
trouver l'ensemble très agréable. Du côté de la voix, cela ne ressemble à
rien de ce que je connaissais. C'est parlé-chanté
. Des phrases se
terminent par des vocalises. Dans d'autres, l'interprète va jusqu'à crier.
C'est presque toujours exacerbé d'une façon ou d'une autre. La façon d'Alda
Caeillo d'interpréter le texte me semblait cohérent avec les côtés quelque
peu glauques et macabres du texte. Bref, ce fut un très beau concert !
Ailleurs : Bladsurb.
2011-10-23 02:16+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-10-22
Koen Kessels, direction musicale
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Ballet de l'Opéra
Léo Delibes, Ludwig Minkus, musique
Version réalisée par Marc-Olivier Dupin
Livret d'après Charles Nuitter et Arthur Saint-Léon
Jean-Guillaume Bart, chorégraphie
Éric Ruf, décors
Christian Lacroix, costumes
Dominique Bruguière, lumières
Clément Hervieu-Léger, Jean-Guillaume Bart, dramaturgie
Florence Clerc, assistante du chorégraphe
Anne Salmon, répétitrice
Dominique Schmitt, assistante décors
François Thouret, assistant lumière
Ludmila Pagliero, Naïla, esprit de la Source
Karl Paquette, Djémil, chasseur
Isabelle Ciaravola, Nouredda, promise au Khan
Vincent Chaillet, Mozdock, frère de Nouredda
Mathias Heymann, Zaël, elfe de Naïla
Nolwenn Daniel, Dadjé, favorite du Khan
Christophe Duquenne, Le Khan
La Source (création)
Ce soir, j'ai assisté pour la première fois à la création d'un ballet classique à l'Opéra. L'événement était attendu des balletomanes. Il s'agit d'une re-création du ballet La Source d'après le livret original de Charles Nuitter et Arthur Saint-Léon et sur une musique de Léo Delibes et, hélas, Ludwig Minkus.
J'en sors très enthousiaste, avec l'impression d'avoir vu le Ballet de
l'Opéra à son meilleur. Le premier acte se place auprès de la source. Elle
n'est qu'indirectement représentée sur scène par la végétation dont elle
favorise le développement. Dans la description du décor d'origine par
Nuitter (citée dans le programme du spectacle, p. 46), on lit : Au fond,
des flancs d'un rocher, s'échappe un filet argentin d'une source ; autour
de la source, des plantes verdoyantes fleurissent ; des lianes grimpantes
s'enroulent aux branches des arbres, d'où elles laissent retomber des
grappes de fleurs
. Ce sont manifestement ces lianes grimpantes qui ont
inspiré le décorateur Éric Ruf. Ces lianes sont des cordages qui rappellent
ceux qui apparaissent sur le rideau en trompe-l'œil de l'Opéra. Auprès de
la source évoluent des nymphes et des elfes. Leurs costumes sont très
brillants ! Parmi ces elfes, Zaël (Mathias Heymann) bouge et saute comme un
marsupilami.
Le chasseur Djémil (Karl Paquette) arrive, puis une caravane de Caucasiens s'arrête. Mozdock (Vincent Chaillet) conduit sa sœur Nouredda (Isabelle Ciaravola) qui est promise au Khan. Elle demande qu'on lui apporte une fleur apparemment inaccessible. Les hommes de Mozdock essayent de grimper, mais n'y arrivent pas. Djémil se propose de l'aller chercher et y parvient. C'est pour ainsi dire par magie que Karl Paquette s'est hissé le long de cette corde (effet spécial très réussi). Dans les épopées indiennes, réussir une telle épreuve aurait immédiatement valu à Djémil d'obtenir la main de Nouredda (ainsi Rama obtint-il Sita et Arjuna Draupadi). Au lieu de cela, après avoir retiré le voile de Nouredda, il a été violenté par Mozdock et ses hommes. C'est alors qu'apparaît la fée de la source, Naïla (Ludmila Pagliero). Elle lui dit que la fleur est un talisman. Son pouvoir lui permettra de se venger de son affront et d'obtenir le cœur de Nouredda. En vérité, elle est amoureuse de Djémil, et ne fait cela que pour lui plaire.
Au deuxième acte, le décor utilise encore des cordes verticales, qui
représentent comme des barreaux de prison enfermant les femmes du Khan
(Christophe Duquenne) dans le zenana. L'atmosphère quasi-carcérale
est amplifiée par les lumières venant du fond de la scène, ce qui donne de
longues ombres en éventail des barreaux traversant toute la profondeur de
la scène. La favorite du Khan, Dadjé (Nolwenn Daniel) ne sait pas encore
qu'elle va perdre son statut en raison de l'arrivée de Nouredda. Quand
celle-ci arrive dans son palanquin, elle met en effet le Khan en émoi.
Pour elle, les femmes du harem dansent le pas des voiles
. C'est le
passage du ballet qui est le plus indianisant, limite bollywoodien (et non
hollywoodien comme il est écrit dans le programme p. 77 !). Ensuite,
arrivent Zaël, quelques autres elfes et Djémil habillés en troubadours. En
fait, ce sont plutôt des magiciens. Ils font paraître des fleurs de la même
espèce que celle que l'on a vu au premier acte. Nouredda reconnaît aussi
ces fleurs, et puis Naïla apparaît. Le Khan est immédiatement séduit, et il
décide de renvoyer Nouredda chez elle. S'ensuit quelque énervement de la
part de Mozdock. Finalement, la caravane repart d'où elle est venue.
Dans le dernier tableau, la scène est vide. Il ne reste pour ainsi dire plus que Djémil, Nouredda et Naïla. Nouredda est inanimée. Au cours du Pas du talisman, Naïla va se sacrifier par amour pour Djémil : elle va transférer son âme vers le corps de Nouredda, qui pourra ainsi continuer à vivre et aimer Djémil. Ainsi meurt Naïla.
J'avais lu le livret d'origine à la BnF il y a quelques mois. Il y a une semaine, lors d'une rencontre au Studio Bastille, le dramaturge Clément Hervieu-Léger avait résumé pour les personnes présentes le synopsis du ballet (de façon plus détaillée que ci-dessus). La différence principale par rapport au livret d'origine était la suppression du personnage de la bohémienne. Elle apparaissait au premier acte, rejoignait la suite de Nouredda et au début de ce qui était alors le troisième acte, elle aidait Nouredda à se venger contre Djémil par la faute de qui le Khan s'intéressait à Naïla et donc se désintéressait d'elle. La bohémienne était en effet capable de jeter des sorts. Ceci donnait a priori une complexité psychologique plus grande au personnage de Nouredda.
J'avais ainsi plusieurs sujets de questionnement avant la création :
Concernant le corps de ballet féminin, le pas des voiles dans le deuxième acte était un moment que j'attendais et je n'ai pas été déçu. À vrai dire, et c'est une agréable surprise, la séquence où le corps de ballet a été le mieux mis en valeur a été à la fin du premier acte : une vingtaine de nymphes saluant quelque lumière (est-ce une évocation du tropisme des plantes envers le Soleil ?) ou prenant diverses configurations géométriques (dans la rencontre mentionnée plus haut, le chorégraphe Jean-Guillaume Bart avait cité Émeraudes de Balanchine parmi ses influences...). Les femmes faisant partie de la caravanes auront aussi quelques danses dans des styles caucasiens à propos duquel le chorégraphe s'est documenté.
Le pas du talisman a beaucoup manqué d'émotions. La Source faisait parfois plus penser à une poupée désarticulée (cf. Coppélia). Plutôt que d'être ému, le public a ri quand elle est entrée par ascenseur à travers une petite ouverture ronde (c'est peut-être le mécanisme employé dans Giselle qui a été réutilisé à l'envers). Cela a été une certaine déception pour moi. J'espère que je l'apprécierai mieux lorsque je le reverrai, dansé par Ludmila Pagliero comme ce soir ou par d'autres interprètes. Pourtant, le pas de deux qui avait précédé avec Djémil m'avait plutôt plu ; la musique utilisait d'ailleurs la musique de l'Entr'acte situé entre les deuxième et troisième actes de Lakmé. Les autres ajouts musicaux sont venus d'œuvres peu connues de Delibes, ce qui permet d'éviter de surcharger une scène dansée par la situation de l'opéra dont les lyricomanes peuvent se souvenir. C'était assez dévastateur par les contresens que cela engendrait dans la Coppélia de Patrice Bart. Ici, l'ajout de cet extrait de Lakmé passe beaucoup mieux. (Plus généralement, dans la musique de ce ballet, j'ai très nettement préféré les parties dues à Delibes à celles dues à Minkus. Ce n'est pas vraiment un test en aveugle puisqu'il est assez facile de deviner qui a écrit quoi !)
Si le rôle de Naïla ne m'a pas complètement comblé, une très bonne surprise est venue de celui de Nouredda. Il fut fabuleusement interprété par Isabelle Ciaravola, aussi bien lors de son solo dans le tableau du Khan que dans son pas de deux avec Karl Paquette dans le dernier tableau. L'interprétation a commencé par une attitude de discrète réserve dans le premier acte, celle d'une jeune femme que l'on conduit à un futur mari inconnu. Le personnage a ensuite été beaucoup plus développé que je ne l'attendais. Sur la base de la représentation de ce soir, j'ai un peu envie de dire que c'est elle, le premier rôle ! De son côté, Karl Paquette a semblé être un très bon partenaire aussi bien pour l'une et que pour l'autre des deux héroïnes.
D'autres satisfactions sont venues des autres danseurs, comme Vincent Chaillet (Mozdock), très convaincant dans le premier acte (danses caucasiennes).
Les costumes de Christian Lacroix sont superbes. Le palanquin décapotable de Nouredda est très joli aussi. Le décor déplaira sans doute à ceux qui ne jurent que par le style tradi. J'ai eu quelques doutes au début, mais j'ai fini par l'apprécier, ce décor, tout comme les lumières, aussi austères qu'elles puissent paraître. Parmi les petits défauts ou choses qui m'ont échappées, je n'ai pas très bien compris comment Nouredda se retrouvait inanimée au début du dernier tableau. Aussi, il y avait peut-être un certain manque de lisibilité dans la promesse faite par Naïla à la fin du premier acte d'aider Djémil à gagner l'amour de Nouredda, et sur le rôle du talisman. Cela dit, le chorégraphe avait prévenu qu'il y aurait peu de pantomime...
Après les déceptions que furent pour moi L'Anatomie de la sensation et Psyché, La Source me semble une grande réussite. Dix-huit représentations sont prévues jusqu'au 12 novembre...
Ailleurs : Blog à petits pas, Musica Sola.
2011-10-22 01:58+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Athénée Théâtre Louis-Jouvet — 2011-10-21
Murial Ferraro, Egisto
Charlotte Plasse, Alvida, Virtu
Anouschka Lara, Eurilla, Volutta
Dagmar Saskova, Moschino, Une Nymphe
Blandine Folio Peres, Rosilda, Silvia, Ozio
Christine Tocci, Lucinda, Une Nymphe
Lucile Richardot, Dorillo, Une Nymphe
Matthieu Chapuis, Zanni
David Witczak, Coviello
Marc Valéro, Narnese, Un berger
Jan Jeroen Bredewold, Silvano
Jérôme Correas, direction musicale
Jean-Denis Monory, mise en scène
Lorenzo Charoy, collaboration artistique
Françoise Denieau, chorégraphie
Gilles Poirier, assistant chorégraphie
Adeline Caron, scénographie et décors
Olivier Oudiou, lumières
Chantal Rousseau, costumes
Mathilde Benmoussa, maquillages et coiffures
Julies Coffinières, masques
Corinne Paccioni, assistante mise en scène
Les Paladins
L'Egisto, Marco Marazzoli et Virgilio Mazzocchi
Bilan très mitigé pour cet Egisto de Marco Marazzoli et Virgilio Mazzocchi présenté à l'Athénée environ trois siècles et demi après sa création à Rome. En 1646, ce fut paraît-il le premier opéra joué en entier au Royaume de France. La partition n'a été retrouvée que très récemment par Barbara Nestola.
La musique a commencé par me plaire. Du côté de la voix, il y a très peu
de numéros qui pourraient s'appeler airs
. Ainsi, on ne trouve pour
ainsi dire pas de répétitions de paroles (tant mieux !). La frontière est
ténue entre la façon de chanter comme dans les airs
, celle propre
aux récitatifs et les passages un peu plus parlés. Bref, en gros, entre les
intermèdès musicaux, c'est un long récitatif chanté qui, sans trop dévier,
se déplace parfois, brièvement, vers une sorte d'air ou vers une sorte de
dialogue.
Musicalement, donc, cela me plaisait franchement jusqu'à l'arrivée des
personnages bouffons, au service du noble désargenté Egisto (qui n'a rien à
voir avec l'Égisthe de
la mythologie Grecque). Le livret est certes comique, mais tout semble
terriblement surjoué. Cela donne un mélange entre Funès, Mr. Bean et
Danyboon. Cette façon de jouer la comédie m'a semblé très déplaisante, tout
particulièrement après l'entr'acte avec l'intermède de la Foire de
Farfa
précédant le troisième acte.
Le décor est pour ainsi dire le même que celui de La Flûte enchantée de Peter Brook, les tiges de bambou verticales étant remplacées par de hautes planches. Le problème, c'est que là où Brook les organisait pour suggérer quelque chose, ici, en dehors de la scène où elles représentent vraisemblablement une forêt, elles ne signifient en général rien.
Il faut ajouter à cela des costumes très très tradi', une mise en scène qui souligne le moindre micro-détail du livret touffu, auquel on a visiblement ajouté quelques gags. Les orchestres baroques passent en général beaucoup de temps à se réaccorder. C'est un fait. Ce soir, l'ensemble s'est accordé encore plus souvent que d'ordinaire, puisque l'action principale faisait partie d'une représentation à l'intérieur de la représentation, introduite par le prologue pendant lequel la Vertu choisit le rôle de la veuve Alvida, qui finira par épouser Egisto, lequel retrouvera sa fortune et la sœur Lucinda dont il avait été séparé. Forcément, au début de cette représentation dans la représentation, l'orchestre se réaccorde...
Pour moi, après un bon début, cette représentation a viré au cauchemar. Quel contraste avec le bonheur qu'avait été The Turn of Screw en ce même lieu la semaine dernière.
2011-10-20 01:59+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2011-10-19
Roberto Alagna, Faust
Paul Gay, Méphistophélès
Inva Mula, Marguerite
Tassis Christoyannis, Valentin
Angélique Noldus, Siebel
Marie-Ange Todorovitch, Dame Marthe
Alexandre Duhamel, Wagner
Rémy Corrazza, Faust II
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Alain Altinoglu, direction musicale
Jean-Louis Martinoty, mise en scène
Johan Engels, décors
Yan Tax, costumes
Fabrice Kebbour, lumières
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Faust, Gounod
Au moins, je n'y aurai pas perdu trop d'argent : 15€ pour une place de
deuxième rang de galerie nº5. Je vois les deux tiers de l'orchestre et
presque toute la scène (à condition de me lever de temps en temps). Tout le
monde l'a déjà dit, la mise en scène, les décors et les costumes sont
abominables (je me contenterai de dire que l'entrée en scène du jeune Faust
m'a fait penser à une scène du Rocky Horror Picture Show). L'œuvre
en elle-même présente peu d'intérêt, au-delà du divertissement musical et
des tubes
qu'elle contient. Cela fait bizarre de se sentir comme
étranger à ce monument national qu'est le grand opéra français, alors que
le public manifeste un enthousiasme particulier à l'issue de cette deux
mille six cent soixantième représentation de Faust à l'Opéra de
Paris.
L'histoire n'est sans me rappeler celle de Yayati qui est racontée dans le Mahābhārata : pour continuer à jouir de ses plaisirs, Yayati demande à un de ses fils de lui prêter sa jeunesse.
J'ai apprécié les moments purements orchestraux (assez variés). Du côté de la distribution, l'ensemble est très bon. Je l'avais déjà entr'entendu dans d'autres rôles, mais ce soir, Paul Gay (Méphistophélès) a été pour moi une très belle découverte. Il passe même à l'applaudimètre devant Roberto Alagna (Faust). Superbes Angélique Noldus (Siebel) et Tassis Christoyannis (Valentin). D'Inva Mula (Marguerite), la chouchou du directeur de l'Opéra Nicolas Joel, j'avais préféré les prestations dans les rôles d'Antonia ou de Mimi.
2011-10-15 02:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Athénée Théâtre Louis-Jouvet — 2011-10-14
David Curry, Le narrateur et Peter Quint
Chantal Santon Jeffery, La gouvernante
Rachel Calloway, Mrs Grose, l'intendante
Liisa Viinanen, Miss Jessel, l'ancienne gouvernante
Matthieu Haering, Miles, le garçon
Agathe Becquart, Flora, la jeune fille
Jean-Luc Tingaud, direction musicale
Olivier Bénézech, mise en scène
Alain Lagarde, scénographie
Xavier Lauwers, lumières
Frédéric Olivier, costumes
Élisabeth Delesalle, maquillages
Sébastien Fèvre, assistant mise en scène
Élisabeth Brusselle, chef de chant
Orchestre-Atelier Ostinato
The Turn of Screw, Britten
Ce fut pour moi une fascinante soirée d'opéra au Théâtre de l'Athénée Louis-Jouvet avec Le Tour d'écrou de Britten. Quelques minutes avant le début de la représentation, un rideau de scène a été baissé puis immédiatement remonté, sans raison, laissant à penser que le Théâtre était hanté...
Après un prologue, de nombreuses scènes se suivent, espacées par des interludes orchestraux. La musique est jouée par l'Orchestre-Atelier Ostinato (que j'avais déjà entendu dans Orphée et Eurydice). L'effectif des musiciens est réduit (13, m'a-t-il semblé), mais l'orchestration est aux petits oignons. Certaines combinaisons d'instruments sont étonnantes ! (Ah, ces voix accompagnées par les timbales !)
Tout concourt à créer une atmosphère mystérieusement oppressante autour du huis-clos de la situation représentée dans cet opéra. Une jeune femme est embauchée comme gouvernante auprès de deux enfants (un garçon et une fille) sur qui ne veille alors que Mrs Grose, l'intendante. Avant, il y avait Mr Quint (responsable du domaine) et Miss Jessel (l'ancienne gouvernante), mais ils sont morts. La nouvelle gouvernante est laissée à elle-même, elle doit gérer la situation quoiqu'il arrive, l'oncle qui l'a embauchée ne voulant en aucun cas être dérangé. Très vite, elle remarque des présences qui troublent aussi les enfants. Ce sont les fantômes de Mr Quint et Miss Jessel. Avant de mourir, leur conduite avait été loin d'être exemplaire...
Les voix ne sont pas du tout sollicitées de la même manière que dans les autres opéras que je connais. Les paroles chantées comportent beaucoup de récits. Parfois, ils s'adressent à un autre personnage. Parfois, ils commentent la situation, s'adressent au personnage lui-même ou informent le spectateur. Les personnages des enfants sont interprétés par de jeunes chanteurs du Chœur maîtrisien du Conservatoire de Wasquehal. Ils ont tous les deux été formidables. Leurs voix forment un charmant mini-chœur au début, comme quand ils récitent leur leçon de latin. Plus loin, les rôles se différenciant, les deux voix prendront chacune son autonomie. Dans le rôle du garçon, j'ai particulièrement aimé la façon de faire s'évanouir le son de certaines syllabes finales en decrescendo. La voix de Rachel Calloway (Mrs Grose) convient parfaitement au rôle. J'ai aussi aimé celles des fantômes, et tout particulièrement celle de David Curry (Quint) dont les vocalises et appels au petit Miles hanteront le théâtre. Le rôle apparemment le plus exigeant est celui de la gouvernante, et Chantal Santon Jeffery m'y a fait une forte impression.
La mise en scène et la scénographie sont relativement simples. On entre et on sort. On fait descendre les lits des enfants depuis les cintres avant que leurs occupants s'y installent. On utilise l'imperméable de la gouvernante et une poupée pour construire une scène au bord de quelque lac. Le décor reste sombre. À cette sobriété s'ajoute un remarquable travail de direction d'acteurs et des lumières bien pensées et réalisées. L'émotion ne vient pas vraiment de prouesses vocales, plutôt des situations et des contrastes qui se créent entre les unes et les autres.
Je n'aurai malheureusement pas beaucoup d'occasions de retourner dans ce théâtre au cours de l'année. D'ailleurs, pour une raison d'agenda, je revends 15€ une place payée 18.40€ (23€ moins 20% de réduction abonné) pour L'histoire du soldat de Stravinski le samedi 16 juin 2012 à 20h. Le billet est au balcon, deuxième rang de face, en bout de rang, ce qui permet de ne pas trop être à l'étroit tout en ayant une bonne vue sur la scène ; la fosse d'orchestre n'est que partiellement visible.
Ailleurs : Zvezdo.
2011-10-14 11:34+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-10-13
Leonidas Kavakos, violon
Roland Daugareil, violon solo
Orchestre de Paris
Paavo Järvi, direction
Symphonie nº11 (Eduard Tubin)
Concerto pour violon en ré majeur, op. 35 (Tchaikovski)
Sarabande, Bach
Symphonie en mi majeur (Hans Rott)
Du mouvement de la symphonie nº11 de Tubin, il ne me reste pas grand'chose. Ensuite, j'ai eu l'impression de (re)découvrir un nouvel instrument, le violon, dans le concerto de Tchaikovski interprété par Leonidas Kavakos. Je ne l'ai pourtant vu pratiquement que de dos puisque j'étais à l'arrière-scène, mais pendant les moments où son instrument restait silencieux, il se retournait vers l'orchestre et donc vers moi. Mêmes les notes suraiguës paraissent belles jouées par ce violoniste qui a également offert un magnifique bis (Bach ?). Une petite frayeur quand à la fin de sa première intervention dans le concerto le violoniste a fait un petit geste brusque vers l'arrière. Un déséquilibre plus grand eût pu être fatal à son Stradivarius. J'ai aimé la façon dont le musicien a joué sans la main gauche pour une petite corde à vide dans le concerto.
Après l'entr'acte, la symphonie en mi majeur de Hans Rott a été pour moi comme une franche rigolade. Cela dit, les premières minutes m'ont paru très belles, l'orchestration faisant souvent penser à Wagner (beaucoup de cuivres, trémolos des cordes, etc.). Et puis, j'ai compris pourquoi cette symphonie est... incroyable. C'est en fait un pot-pourri de diverses ambiances sans lien apparent, dans le genre du premier mouvement de la Cantate des paysans Mer hahn en neue Oberkeet de Bach, BWV 212, mais sans la même ironie. Le compositeur a aussi tendance à étirer le matériau musical. Je ressens ceci notamment pendant la fin très apaisée du deuxième mouvement. Il s'en fallut de peu que je ne gloussasse au début des mouvements suivants. Au troisième, on trouve des danses à trois temps. Au quatrième, ce seront des notes très espacées jouées sauf erreur par la clarinette. Les trilles des flûtes un peu plus loin seront le pompon qui me fera définitivement perdre tout sérieux. Prise isolément, chaque ambiance orchestrale était très belle, mais le passage du coq à l'âne m'empêche de l'apprécier comme une œuvre intéressante et originale (puisqu'elle précède dans le temps le travail de Mahler). Je savais l'œuvre longue (une heure), pourtant je n'ai pas trouvé d'excessives longueurs dans les trois premiers mouvements. Elles sont arrivées dans le quatrième mouvement qui est un long développement qui est le morceau de musique le plus atteint du syndrome de l'hydravion que j'aie eu l'occasion d'entendre. Pendant environ une demi-heure, on cherche à faire amerrir l'hydravion. Les tentatives sont multiples. Le temps mauvais engendre de nombreuses tergiversations. Finalement, après tous les efforts demandés à l'orchestre, une accalmie et un petit arc-en-ciel permet à l'engin de grimper au Walhalla et à la symphonie de s'achever tout comme se termine Das Rheingold (en particulier, même genre de motif des timbales). Quelle énergie tout cela a dû demander aux musiciens pour la mise en place. Indiscutablement, ça valait le déplacement !
2011-10-10 01:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Cité de la musique — 2011-10-07 — 2011-10-09
Ivan Ludlow, Wotan, Wanderer
Fabrice Dalis, Loge, Mime
Nora Petročenko, Fricka, Helmwige
Donatienne Michel-Dansac, Freia, Gutrune
Alexander Knop, Donner, Gunther
Lionel Peintre, Alberich
Johannes Schmidt, Fafner, Hagen
Martin Blasius, Fasolt, Hunding
Mélody Louledjian, Woglinde, Gerhilde, Waldvogel
Jihye Son, Wellgunde, Sieglinde
Louise Callinan, Flosshilde, Erda, Waltraute
Marc Haffner, Siegmund
Cécile De Boever, Brünnhilde
Jeff Martin, Siegfried
Peter Rundel, direction musicale
Antoine Gindt, mise en scène
Remix Ensemble Casa da Música
Élodie Brémaud, collaboration à la mise en scène
Janick Moisan, assistanat à la mise en scène
Aleksi Barrière, Laurent Prost, dramaturgie, traduction, surtitres
Élise Capdenat, assistée de Piia de Compiègne, scénographie
Daniel Levy, lumière
Tomek Jarolim, création numérique
Fanny Brouste, assistée de Peggy Sturm, costumes
Véronique Nguyen, assistée d'Alexandre Bacquet, maquillage et coiffure
Martin Gautron, accessoires
Léo Warynski, conseiller musical et assistant du directeur musical
Fabrice Goubin, copie, corrections et adaptation
Nicolas Chesneau, Christophe Manien, Nicolas Fehrenbach, pianistes répétiteurs
Ring Saga : Das Rheingold, Die Walküre, Siegfried, Götterdämmerung, Wagner (version de Jonathan Dove et Graham Vick, 1990)
Outre les conférences de la Citéscopie “La Tétralogie de Wagner”, j'ai assisté entre vendredi et dimanche à une représentation des quatre opéras dans une version contractée et réduite pour 19 musiciens et 14 chanteurs. J'en sors globalement content, peut-être parce que contrairement à d'autres, je n'avais pas formé de trop hautes espérances. Peut-être aussi parce que j'ai préféré voir les verres à moitié pleins qu'à moitié vides. N'allant voir des opéras que depuis environ huit ans, il faut dire aussi que ce n'est que mon deuxième Ring après celui de l'Opéra Bastille de 2010 et de 2011, très décevant du point de vue scénique (mais fort appréciable musicalement parlant).
La mise en scène n'est pas désagréable à regarder. Les chanteurs jouent raisonnablement bien la comédie. Il n'y a ni trop de chahut ni trop de sur-place. Un placement au septième rang (donc au dernier rang du parterre de la Salle des Concerts dans cette configuration) me permet d'apprécier le jeu et l'expression faciale des uns et des autres, un plaisir qui me demande d'ordinaire de sortir mes jumelles. La scénographie est basée sur l'utilisation d'un plan légèrement incliné percé d'une ouverture transversale (au centre de la scène). Pour passer de gauche à droite et réciproquement, les chanteurs doivent enjamber le fossé. J'espère qu'aucun accident ne sera à déplorer lors les prochaines représentations. Les costumes et accessoires renvoient volontiers aux bandes dessinées de superhéros (notamment pour le costume des Géants). Dans l'ensemble, c'est assez lisible. Cependant, je ne comprends pas pourquoi on a inutilement rendu obscures certaines scènes. Ainsi, plusieurs combats de Siegfried se font à mains nues plutôt qu'avec l'épée. Dans la scène de l'enlèvement dans Le Crépuscule des dieux, Brünnhilde et Siegfried sont assis l'un et l'autre sur des sortes de sièges de bar placés de part et d'autre de l'espace scénique. Dans la scène finale, si on utilise de façon très jolie visuellement un grand drap animé de mouvements pour représenter les flots du Rhin est très esthétique (procédé similaire pour la représentation du géant Fafner dans Siegfried), la tentative ratée de s'emparer de l'anneau par Hagen et sa noyade dans le Rhin sont tout-à-fait illisibles. L'ambiance de chaque scène est rehaussée par l'utilisation d'un grand écran en fond de scène. Pendant l'essentiel du Ring Saga, cela m'a semblé complètement inutile. Cela ne trouve véritablement son utilité que lors de la Marche funèbre en l'honneur de Siegfried pendant laquelle des images tirées de tout ce qui précède sont passées en flashback.
Du côté de l'orchestre (qui d'après plusieurs comptages de spectateurs indépendants, moi y compris, comptait 19 musiciens et non 18 comme on le lit çà et là), il y a de quoi être charmé par les cuivres et les vents. La réduction qui tient la route du côté des cuivres (3 cors au lieu de 8 dans le prélude de l'Or du Rhin) passe moins bien chez les violons (1+1=2 au lieu de 16+16=32). Après avoir passé les trois premiers opéras en ne voyant que la tête du chef, j'ai pu voir l'orchestre lors de la dernière journée, ce qui m'a permis d'avoir un peu plus de bienveillance pour ces musiciens transformés en solistes dont chaque microcouac s'entend. Si la texture orchestrale n'est pas nouvelle dans les passages utilisant surtout les cuivres, les vents et les instruments à cordes les plus graves (violoncelles, contrebasse), il n'en va donc pas de même avec les autres (violons, alto). Le son des cordes devient plus rèche. Cependant, pour certains passages, les sonorités m'ont semblées tout-à-fait plaisantes. Ainsi furent les frémissements des cordes autour de l'apparition de l'Oiseau dans Siegfried. Dans le Salut au monde, cela aurait aussi été le cas si la harpe n'avait émis dans l'ensemble des représentations et cette séquence en particulier des sons particulièrement disgracieux. Je ne sais pas si c'est un problème de sonorisation de la harpe, mais j'avais l'impression que la harpiste devait en permanence forcer pour faire entendre son instrument, dont le son manquait donc beaucoup de délicatesse.
Il faut bien aussi parler des coupes. Si on est reconnaissant aux concepteurs de permettre au public de voir l'ensemble du Ring sur un week-end et qu'il n'est pas déraisonnable de passer sous silence certaines scènes (comme celle des Nornes dans le Prologue du Crépuscule des dieux qui raconte une histoire en dehors du temps principal de l'action, même si on ne peut pas forcément ne retenir d'une épopée que son action principale), certaines coupes engendrent des frustrations. Une d'entre elles est la coupe de certains passages dans la scène lors de laquelle Siegfried reforge Notung. Ainsi disparut le sympathique motif de la Fonte de l'acier qui procède du contraste entre les notes détachées de la deuxième mesure et les notes liées ensuite, comme soudées :

Ceci est bien sûr très anecdotique. Beaucoup moins le sont les coupes intervenues dans le Crépuscule des Dieux. Le plus frustant est la coupe de tout le très beau passage où avant d'être transpercé la lance de Hagen, Siegfried raconte sa vie et ses exploits à ceux qui sont encore ses compagnons de chasse. Ceci permet normalement de réentendre de nombreux motifs et d'apprécier de délicieux moments comme lorsque Siegfried reprend les phrases musicales de l'oiseau... Il ne reste plus que l'évocation de Brünnhilde (rappel du Salut au monde).
Avant cette scène, la rencontre entre Siegfried et les Filles du Rhin avait aussi été considérablement réduite (ce qui n'est pas forcément un mal). Juste après, on entend la Marche funèbre qui, sacrilège, est raccourcie. Heureusement, les cinq dernières minutes de l'ouvrage n'ont pas subi pareil triturage.
Si la mise en scène, l'orchestre et les coupes m'ont causé quelques contrariétés, je suis globalement plutôt content d'avoir assisté à ces représentations. En effet, une grande satisfaction est venue des chanteurs. Comme on peut le voir ci-dessus dans la distribution, certains chanteurs ont assurés deux voire trois rôles différents dans un ou plusieurs des opéras de ce Ring Saga.
Il est intéressant de voir comment une impression sur un chanteur peut évoluer d'un jour sur l'autre. Ainsi, pendant Das Rheingold, entre les deux géants Fasolt et Fafner interprétés respectivement par Martin Blasius et Johannes Schmidt, j'avais une nette préférence pour le premier. Quand il jouèrent séparément les rôles de Hunding, Fafner ou Hagen, je les ai trouvé tous les deux également convaincants. Dans l'ensemble de la distribution, mon coup de cœur va à Ivan Ludlow (Wotan) dont les récits étaient passionnants. La Fricka de Nora Petročenko était merveilleuse aussi, tout comme la Sieglinde de Jihye Son. Sans Cécile De Boever qui a été une formidable Brünnhilde tout du long des trois journées, la représentation du Crépuscule des Dieux eut perdu beaucoup de son intérêt. Dans une des scènes de Die Walküre, elle chantait comme si elle pleurait en même temps. L'effet était saisissant.
Certains chanteurs ont eu souvent du mal à passer l'orchestre. Le problème s'est surtout posé dans les scènes tirées des premier et troisième actes de Siegfried, et marginalement avec certains interprètes dans Götterdämmerung. Ceci a fait que l'opéra qui m'a semblé le mieux réussi et m'a procuré le plus d'émotions a été Die Walküre.
Les représentations de Strasbourg d'il y a une semaine ont été filmées. Elles peuvent être visionnées sur ArteLiveWeb.
Ailleurs : Musica Sola, Paris-Broadway, Palpatine, Bladsurb, Klariscope.
2011-10-10 01:07+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Après Tannhäuser jeudi, j'ai enchaîné de vendredi soir à dimanche soir les quatre opéras de la tétralogie du Ring (cf. entrée suivante). Les matinées de samedi et dimanche étaient par ailleurs occupées par des conférences musicologiques dans le cadre de la Citéscopie proposée en marge de ces concerts à la Cité de la Musique.
Les conférences étaient pour la plupart intéressantes. En voici un très succint résumé. Hélène Cao a discuté samedi des sources littéraires pour le Ring (principalement, l'Edda et les Nibelungen). On a ainsi entendu par exemple un enregistrement vocal avec une musique reconstruite de quelques strophes de l'Edda racontant la rencontre entre Sigurðr et Brynhildr dont le texte ressemblait très fortement à celui du Salut au Monde lors de la rencontre entre Siegfried et Brünnhilde dans Siegfried. Le dimanche, elle a parlé sur le thème Les sons et les sens du Ring. Il fut question bien sûr des motifs. Il aurait sans doute été préférable que cette conférence eût lieu samedi matin de façon à ce que ceci puisse servir de préparation à l'écoute des trois journées du Ring (à défaut du prologue). Il n'était pas question de faire un inventaire exhaustif des motifs, seulement d'expliquer certains mécanismes : motifs construits à partir de celui du Rhin, exemples de transformations de motifs, différents aspects harmoniques, mélodiques, rythmiques. Vu que j'avais déjà fait le travail de mémorisation des motifs, c'est surtout sur l'aspect harmonique des choses que cette conférence a commencé à m'ouvrir un peu les yeux .
Dimanche matin avait lieu une conférence de Philippe Godefroid Mettre
en scène le Ring aujourd'hui ?
. Si l'antisémitisme est une propriété
avérée de Wagner, je ne pense pas qu'il était nécessaire d'y consacrer plus
de la moitié de la durée de la conférence, qui s'est terminée par la
projection de plusieurs films issus de différents productions pour une même
scène de Siegfried : celle où le héros joue du marteau pour forger
l'épée Notung. Cela n'a guère permis que de visualiser différentes
conceptions esthétiques pour le décor et les costumes, puisque dans à peu
près tous les cas, Siegfried interprétait le Chant des soufflets
tout en tapant en rythme avec le marteau, Mime étant en train de préparer
une tambouille empoisonnée dans son coin. Forcément, si la partition
contraint ainsi les mouvements de Siegfried, le metteur en scène ne peut
pas faire grand'chose d'original, le seul cas intéressant montré étant
celui de Chéreau (Bayreuth 1976) où le marteau est hors-scène et le métal
passé dans une machine.
L'autre conférence du samedi, d'Emmanuel Reibel, était centrée sur la
dramaturgie. Elle était en trois parties : Traces du Märchenoper
et du Romantische Oper, le modèle du grand opéra français, et
approfondissement et parachèvement d'une dramaturgie narrative. Pour le
premier, de l'exemple de la Flûte enchantée, on peut remarquer une
similitude entre les Trois dames et les trois Filles du Rhin. Pour le côté
féérique, on remarque dans Siegfried la présence de l'Oiseau
(Waldvogel). La différence, c'est que chez Wagner, ces éléments ne sont pas
décoratifs, mais font avancer l'histoire. Du grand opéra français, Wagner a
gardé l'organisation en tableaux plutôt qu'en numéros musicaux (airs, duos,
etc). Il a aussi gardé les scènes où c'est la parole qui fait l'action
(paroles performatives) comme dans les serments. Dans la troisième partie,
il a expliqué que le livret wagnérien contenait beaucoup de récits (un
personnage raconte ce qu'il a fait). Entendre Die Walküre peu
après cette conférence était particulièrement saisissant puisque dans le
premier acte, Siegmund, Hunding et Sieglinde raconteront chacun leur
histoire. C'est aussi le procédé épique de la narration à l'intérieur de la
narration d'une histoire. L'orchestre joue un rôle de contrepoint
sémantique du texte
(l'orchestre peut ainsi faire allusion à un
personnage qui n'est pas sur scène). La conclusion était une triple
quasi-disparition, des chœurs (remplacés par l'orchestre), des ensembles
vocaux et du final d'acte (gratuitement spectaculaire : l'effet sans
cause
).
Dimanche en début d'après-midi avait lieu une table-ronde présentée par Timothée Picard à propos de l'ouvrage dont il a dirigé l'édition : Dictionnaire encyclopédique Wagner (Actes Sud/Cité de la musique). Il est intervenu avec deux de ses auteurs : Hélène Cao et Jean-François Candoni. Cela donnait bien sûr très envie, m'enfin, c'est quand même 79€ le pavé de 2469 pages.
2011-10-07 01:44+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2011-10-06
Christof Fischesser, Hermann
Christopher Ventris, Tannhäuser
Stéphane Degout, Wolfram von Eschenbach
Stanislas de Barbeyrac, Walther von der Vogelweide
Tomasz Konieczny, Biterolf
Eric Huchet, Heinrich der Schreiber
Wojtek Smilek, Reinmar von Zweter
Nina Stemme, Elisabeth
Sophie Koch, Venus
Sophie Claisse, Anne-Sophie Ducret, Virginia Levia, Xenia D'Ambrosio, Vier Edelknaben
Alix Le Saux/Laure Muller, Ein junger Hirt
Sir Mark Elder, direction musicale
Robert Carsen, mise en scène
Paul Steinberg, décors
Constance Hoffman, costumes
Robert Carsen, Peter Van Praet, lumières
Philippe Giraudeau, chorégraphie
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Tannhäuser, Wagner
Ce soir avait lieu la première de Tannhäuser à l'Opéra Bastille. L'opéra est très-accessible. Il est très facile de s'y retrouver dans les motifs (peu nombreux) et dont le sens est évident (pas comme dans le Ring...).
L'opéra présente l'histoire de Heinrich Tannhäuser qui passe le premier acte auprès de Vénus dans le Venusberg. Cela fait de lui un très mauvais chrétien et il a l'audace de défendre sa vision sensuelle de l'amour au deuxième acte au cours d'un concours dont le lot au vainqueur est Elisabeth. Avant lui, Wolfram en aura défendu une plus chaste image. Tannhäuser est puni. Qu'il fasse le pélerinage à Rome afin d'obtenir l'absolution. Au troisième acte, Elisabeth se languit de lui et, ne voyant pas Tannhäuser rentrer avec les autres pélerins, elle entreprend son dernier voyage. Tannhäuser arrive finalement, mais sans avoir obtenu l'absolution. Il cherche à retrouver Vénus qui vient le tenter à nouveau, mais à la mention du nom d'Elisabeth, il recueille en mourant les mérites du sacrifice d'Elisabeth.
La mise en scène de Robert Carsen est superbe. Au lieu de représenter des chanteurs, elle fait de Tannhäuser, de Wolfram et des autres des peintres. Dans le premier acte, il peint avidement un modèle ayant la tenue traditionnellement attribuée à Vénus. (Il est accompagné dans ses mouvements par un ballet de danseurs sur la musique de la Bacchanale du Venusberg, la version de l'opéra jouée étant celle de Paris, 1861, mais en allemand !) Le deuxième acte se passe dans un musée. Le concours est un vernissage dans lequel on acclame le talent de Wolfram et on dénonce le style de Tannhäuser. Il a pu paraître surprenant que les lumières de la salle ne fussent pas éteintes lors du début de cet acte. Peut-être l'intention du metteur en scène est-elle de donner au public l'opportunité de se mieux mirer comme dans un miroir tant l'aspect mondain costumes, légions d'honneur, petits-fours qui transpirait sur scène peut parfois ressembler au public de l'Opéra (surtout un soir de première). Le refus de la peinture de Tannhäuser trouvera un écho en les ridicules huées qui accompagnèrent les saluts du metteur en scène. Vers la fin de la représentation, je me disais que l'on avait réussi à nous immerger dans l'univers de la peinture sons nous montrer le moindre tableau...
Cette transposition se fait au prix d'une parfois peu honnête traduction
du livret apparaissant en surtitrage, les références au chant étant
remplacées par un mot plus général : Art
.
Du point de vue musical, cela m'a semblé superbe. Le chœur de l'Opéra
était dans un grand jour. C'est qu'il y a plus de chœurs dans cet opéra que
dans tous les autres opéras de Wagner entendus par moi réunis. Les
chanteurs des quatre rôles principaux m'ont tous fait au minimum une très
bonne impression. Ayant eu un petit coup de barre pendant le premier acte,
j'ai été dans l'incapacité de complètement apprécier Sophie Koch (Venus).
Nina Stemme (Elisabeth) faisait ses débuts à l'Opéra. Elle a reçu un
accueil très chaleureux du public. Christopher Ventris a été vaillant du
début à la fin dans le rôle de Tannhäuser. La plus grande satisfaction est
venue pour moi de Stéphane Degout que j'ai trouvé phénoménal dans le rôle
de Wolfram, autant dans son chant du concours
que dans la
Romance de l'Étoile après l'adieu à Elisabeth.
C'était la première étape d'un marathon wagnérien qui va se poursuivre ce week-end avec un Mini-Ring à la Cité de la musique.
2011-10-05 23:59+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Amphithéâtre de l'Opéra Bastille — 2011-10-05
Juliane Banse, soprano
Martin Helmchen, piano
Lieder sur des poèmes d'Eduard Mörike : Begegnung, Nimmersatte Liebe, Lied vom Winde, Nixe Binsefuss, Im Frühling, Er ist's (Hugo Wolf)
Lied sur un poème de Johann Mayrhofer : Geheimnis (Schubert)
Lieder des poèmes de Johann Wolfgang von Goethe : An Mignon, Mignons Gesang “Kennst du das Land”, Mignon I-II-III “Heiß mich nich reden”, “So laßt mich scheinen”, “Nur wer die Sehnsucht kennt” (Schubert)
Lieder des poèmes de Johann Gabriel Seidl (Sehnsucht), Karl Gottlieb Lappe (Der Einsame), Goethe (Der König in Thule, Auf dem See), Johann Gabriel Seidl (Bei dir allein), Schubert
Lieder des poèmes de Johann Wolfgang von Goethe : Heiß mich nich reden, Nur wer die Sehnsucht kennt, So laßt mich scheinen, Kennst du das Land (Hugo Wolf)
Der Schäfer (Hugo Wolf)
Der Musensohn (Schubert)
C'était ce soir une des premières soirées Convergences
à
l'amphithéâtre Bastille, en tout cas la première de la saison pour moi.
Cette programmation est l'œuvre du directeur de la dramaturgie, Christophe
Ghristi, qui donne de sa personne en annonçant avant le concert qu'il est
interdit de prendre des photographies et en donnant en fin de concert le
bouquet de fleurs à la chanteuse Juliane Banse (et rien du tout au pianiste
Martin Helmchen).
Contrairement aux années précédentes, ces concerts à l'amphithéâtre ne sont pas particulièrement conçus pour faire écho aux spectacles programmés dans les deux grandes salles de la maison. La programmation est plutôt alléchante. Je pense que j'essaierai d'y retourner au moins pour le récital de Sophie Karthäuser, la reconstitution du premier tableau de l'acte III des Maîtres Chanteurs de Nuremberg (Wagner) telle qu'il fut représenté à l'Opéra Garnier en 1897 (donc en français) et aussi pour deux opéras inachevés de Debussy d'après Poe. (Pas suffisant pour considérer cette série de plus de dix concerts en mode glouton, Pass Convergences, pour 80€ je prends tout.)
J'ai rarement eu l'occasion d'entendre des Lieder dans une salle de spectacle de taille modérée comme l'est l'amphithéâtre. Les conditions d'écoute eussent été idéales si, l'été finissant pour de bon, les tousseurs parmi lesquels figuraient quelques spécimens de compétition n'avaient produit de trop nombreux bruits parasites et même complètement pourri un des Lieder, pourtant sublime, Im Frühling dans le premier cycle.
Il est difficile de rendre compte des impressions qui se forment au cours d'une telle soirée puisque plus d'une vingtaine de Lieder se succéderont, et pour la plupart, je les entendais pour la première fois, sans en être toujours tout-à-fait sûr, puisque chez Schubert au moins j'avais parfois le sentiment d'entendre quelque chose de connu, si ce n'est quelque mélodie, comme dans Geheimnis, au moins la façon du compositeur.
Ce qui m'a frappé immédiatement lors de ce concert, c'est la grande qualité de l'accompagnateur de Juliane Banse : Martin Helmchen. Les premiers Lieder de Hugo Wolf lui donnent l'occasion de créer des atmosphères musicales toutes différentes (comme dans Im Frühling et Er ist's qui évoquent tous les deux le printemps, mais de bien différentes manières). Cela doit être la première fois aussi que je vois un pianiste utiliser d'autres pédales que celle de droite.
Parmi mes moments préférés du concert, l'interprétation du Chant de
Mignon Kennst du das Land? dont chaque strophe se finit par un
très appuyé Dahin! Dahin
suivi d'un effervescent refrain (Möcht
ich mit dit, o mein Geliebter, ziehn
au premier passage ; il est altéré
dans les strophes suivantes). J'ai tout particulièrement aimé aussi Der
Einsame (Schubert), autour pour le chant que pour la partie de
piano.
Le programme a également permis de faire entendre les mêmes poèmes de Goethe sur Mignon mis en musique par Schubert et Wolf. Dans le cycle de Wolf, mon préféré a été Nur wer die Sehnsucht kennt. J'ai apprécié aussi Kennst du das Land? dont le refrain demande de la chanteuse d'utiliser une technique plus lyrique.
Après ce programme, la chanteuse a interprété deux très beaux bis, Der Schäfer (Wolf) et Der Musensohn (Schubert).
2011-10-02 02:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Cité de la musique — 2011-10-01
Nuit soufie
Ensemble Syubbanul Akhyar (Jakarta, Java, Indonésie)
Yasin Nanang Kurnia, chant
Sakiran Fuad Hasym, hajir
Zainie Ahmad Ihfadz, dumbuk
Tohir Zulkarnain, oud
Mutaqin Engkin Zainal, flûte suling
Firmansyah Heru, hajir
Muhammad Yusup Chaerul, kamanga
Abdul Wahid Muhammad Yusuf, marawis
Chant et musique hajir marawis
Les fakirs de Gorbhanga (Bengale, Inde)
Armaan Fakir, chant, dotara et jhuri
Golam Fakir, chant et dotara
Babu Fakir, chant, harmonium et dotara
Akkas Fakir, chant et duggi
Gopen Debnath, dhol et khol
Chants de l'Homme libre — Poésie mystique et bangla qawwali
Marouane Hajji et l'Ensemble Akhawan El Fane (Fès, Maroc)
Marouane Hajji, chant
Taïeb Ouezzani Chahdi, oud
Hamza Amri Mohammed, kaamnga
Hassan El Khouni, daff
Mohammed Meknassi, nay
Younes Chraaïbi, chœur
Othmane El Ajjani, chœur
Mohammed Adli Hajii, danse
Tarik Saloui, danse
Chants de la confrérie Skallia de Fès
Ce samedi, je me suis rendu pour la première fois de la saison à la Cité
de la musique afin d'assister au concert Nuit soufie
. En réservant
ma place d'abonnement, j'ignorais à quelle heure cela se terminerait. Cela
m'avait d'ailleurs fait hésiter (je veux bien d'une nuit qui se termine
vers l'heure du premier RER, mais pas au milieu de la nuit...). Finalement,
la fin était programmée à 23h30, mais en fait le concert s'est terminé une
demi-heure plus tôt que prévu.
C'est un ensemble indonésien qui a commencé la soirée. Un chanteur est à l'avant de la scène, il est entouré par sept musiciens tous habillés couleur fuchsia. Parmi les instruments, on trouve notamment une flûte, un oud et un violon électrique. C'est résolument agréable à écouter et il y a même quelques fioritures qui dans le premier morceau joué font dangeureusement tendre le style vers celui des chansons des films de Bollywood des années 1950. Les morceaux suivants seront un peu plus sérieux. Cependant, aussi agréables fussent-ils, leur structure et le texte m'a semblé très répétitive, sans variations. Pendant une des chansons, deux jeunes gens de l'ensemble ont dansé une petite chorégraphie, pas ridicule, mais dont on pourrait difficilement dire qu'elle contribue à l'art de chercher le divin en soi...
Après cinquante petites minutes de chants d'Indonésie, la deuxième partie du programme a été assurée par un ensemble originaire du Bengale indien. J'ai plutôt aimé le premier morceau chanté par le plus âgé des musiciens qui s'accompagnait lui-même au dotara (instrument à cinq cordes, qu'il tenait d'une façon un peu étrange, l'instrument reposant sur le poignet complètement replié de la main gauche). À mon avis, le reste de la prestation a été consternant (notamment du fait d'un des chanteurs qui essayait de détourner l'attention vers sa propre personne, quitte à pourrir le chant de ses camarades). Malgré les encouragements du public en délire, cela n'a heureusement pas duré plus longtemps que l'ensemble précédent.
Après l'entr'acte, l'atmosphère a changé avec l'arrivée d'Akhawan El
Fane, un ensemble marocain de Fès. Tous habillés de blanc, ils accompagnent
le jeune chanteur Marouane Hajji. Des trois parties du concert, c'est
évidemment celle-ci qui a été de la meilleure qualité. Dans chaque morceau,
le temps s'étire et la musique a le temps de se développer, mais ce n'est
jamais répétitif et le chanteur fait des merveilles. La forme est plus
austère que celle des deux ensembles précédents (ce qui n'empêche pas
d'interpréter un chant en l'honneur du vin, typique des mystiques soufis),
mais quel plaisir ce fut pourtant à entendre ! Lorsqu'ils ont quitté la
scène, je me suis dit : Comment ! Déjà !
. (Dans l'ensemble, il y
avait un violoniste. Il utilisait son instrument d'une façon tout-à-fait
originale, ni celle de la musique classique occidentale ni celle de la
musique indienne carnatique. Il était assis, son instrument posé
verticalement sur sa cuisse gauche. Les doigts de la mains gauche étaient
positionnés sur les cordes et la main droite actionnait l'archet dans un
mouvement de va-et-vient horizontal. Pour jouer d'une corde plutôt que
d'une autre, plutôt que de changer la trajectoire de l'archet, c'est le
violon qui tournait autour de son axe vertical...)
2011-09-30 01:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-09-29
Koen Kessels, direction musicale
Orchestre national d'Île de France
Ballet de l'Opéra
Georges Auric, musique (1950)
Serge Lifar, action dansée
Jean Cocteau, rideau, décor et costumes
Chorégraphie réglée par Claude Bessy
Marie-Agnès Gillot, Phèdre
Nicolas Le Riche, Thésée
Alice Renavand, Œnone
Karl Paquette, Hippolyte
Myriam Ould-Braham, Aricie
Christine Peltzer, Pasiphaé
Hugo Marchand, Minos
Phèdre
César Franck, musique (1890)
Alexei Ratmansky, chorégraphie
Karen Kilimnik, décors
Adeline André, costumes
Madjid Hakimi, lumières
Chœur de Radio France
Denis Comtet, chef de chœur
Aurélie Dupont, Psyché
Stéphane Bullion, Eros
Amandine Albisson, Vénus
Mélanie Hurel, Géraldine Wiart, Les deux Sœurs
Mallory Gaudion, Daniel Stokes, Simon Valastro, Adrien Couvez, Quatre Zéphirs
Psyché
J'ai été voir trois fois le programme Phèdre/Psyché présenté au Palais Garnier depuis le 22 septembre (et non le 21 comme l'indique encore le site de l'Opéra, cette représentation-gala ayant été annulé en raison d'une grève). Dimanche dernier, j'ai eu une vue de face. Hier, j'étais côté gauche. Ce soir, côté droit. (Cliquer sur les différents liens pour voir les distributions respectives. Celle affichée ci-dessus étant celle de ce soir, le 29 septembre.)
Si aucun des deux ballets ne m'a vraiment enthousiasmé, dans les deux cas, la musique jouée par l'Orchestre national d'Île-de-France m'a semblé d'excellente qualité.
Hier, le chorégraphe Wayne McGregor assistait à la représentation. Ce soir, au centre du premier rang de balcon était assise Claude Bessy. Elle a assisté à la représentation du ballet qu'elle a remonté (Phèdre), mais elle n'a pas reparu après l'entr'acte.
J'étais aujourd'hui dans une première loge de côté. Ayant opté pour la
place nº5 (9€), je suis sans doute le spectateur de la loge qui a le mieux
profité du spectacle. Certes, pour ce type de place, il faut consentir à
rester debout pour voir quelque chose... Au premier rang de la loge, deux
spectatrices ont probablement dû payer 70€ chacune, mais le sans-gêne d'une
spectatrice placée dans la loge voisine a très-certainement pourri leur
soirée. L'attitude de la fautive est davantage digne d'une cour de
récréation que d'une salle de spectacle. On eût dit qu'elle faisait exprès
de se pencher excessivement pour empêcher les spectatrices de la loge
d'à-côté d'y voir (dans le cas général, c'est une raison pour préférer la
place nº1 à la place nº2 pour les loges de côté). La spectatrice du premier
rang de ma loge (rappel : 70€ la place nº2) s'est avisée de lui faire
observer que sa posture n'était pas sans maladresse. Elle l'a même
peut-être effleurée. Plutôt que de lui répondre en chuchotant, la sans-gêne
a gagné son nom en reprenant de plus belle sa position, en allant trouver
une feuille de papier dans son sac pour la plier en deux, la couper par
déchirure (bruits subséquents), y apposer quelques mots et la placer devant
son infortunée voisine. À la fin du spectacle, quand les lumières ont été
rallumées, j'ai pu apercevoir ce message. Je ne pense pas trahir la
propriété intellectuelle de son auteure en le citant intégralement : Je
vous interdit de me toucher. Malpoli ! (sic)
.
Ce n'est que la deuxième fois que j'ai commencé à un peu apprécier ce ballet de Lifar. Les costumes colorés sont extrêmement laids. Moult mouvements chorégraphiques du corps de ballet paraissent ridicules. Heureusement, la musique de Georges Auric qui fait penser à Dutilleux (Le Loup) ou Stravinsky (Le Sacre du printemps) est fort appréciable. Je pense néanmoins qu'elle passerait difficilement l'épreuve d'une exécution en concert.
Phèdre, c'est aussi une question d'interprètes. Avantage à Agnès Letestu par rapport à Marie-Agnès Gillot dans le rôle de Phèdre. Je n'avais pas eu énormément l'occasion de voir Agnès Letestu sur scène : elle m'avait plutôt décu dans Kaguyahime, mais j'avais été ému par son interprétation du rôle de Nikiya (La Bayadère). Là où je ne voyais que de grands mouvements de bras de l'interprétation de Marie-Agnès Gillot, Agnès Letestu m'a paru plus convaincante.
Dans le rôle de Thésée, j'ai vu deux fois Nicolas Le Riche (avec Marie-Agnès Gillot). La première fois, en matinée, il avait paru un peu fatigué et son maquillage était complètement raté (presque comme si sa perruque avait été collée sur son front avec du scotch). Ce soir, il était en très grande forme et son maquillage était beaucoup mieux réussi. Dans ce rôle, j'ai également apprécié Stéphane Bullion (qui dansait avec Agnès Letestu).
Le rôle d'Hippolyte me semble être le rôle masculin le plus important, puisqu'il a un pas de deux aussi bien avec Aricie qu'avec Phèdre. Entre Karl Paquette et Josua Hoffalt, ma préférence va à ce dernier qui a été tout simplement épatant hier. L'interprétation du pas de deux Hippolyte/Aricie a été assez différente entre les deux couples Hoffalt/Froustey et Paquette/Ould-Braham. J'ai préféré l'Aricie de Myriam Ould-Braham, même si j'ai bien aimé la façon tendre et amoureuse qu'avaient Josua Hoffalt et Mathilde Froustey d'interpréter le pas de deux.
Outre la Phèdre d'Agnès Letestu, les plus beaux moments lors de ces représentations sont venus de l'interprétation du rôle d'Œnone par Alice Renavand (qui depuis que je vais à l'Opéra m'a toujours au minimum enchanté).
Le deuxième ballet de la soirée est de Ratmansky (qui a aussi commis Flammes de Paris). Le ballet a été créé le 22 septembre dernier. C'est un beau spectacle, qui flatte le spectateur en ce qu'il est immédiatement accessible, voire simpliste. Les décors sont à peu près inutiles : avec un fond noir (ou bleu), cela aurait été aussi bien. La simplicité de l'argument fait qu'en dehors des passages explicitement narratifs, la chorégraphie ressemble essentiellement à du remplissage. Cela reste mignon comme tout à regarder, mais le balletomane s'ennuie un peu (mais quand même mille fois moins que pendant L'Anatomie de la sensation !).
L'argument est essentiellement le suivant. Psyché est portée par des zéphyrs. Elle rencontre Eros, mais elle ne doit pas chercher à connaître son visage. Manipulée par ses deux sœurs jalouses (elles-mêmes un peu manipulées par Vénus), elle utilise une lampe pour voir son visage. Sa punition est d'être exilée dans un lieu repoussant. Mais tout s'arrange après qu'avec Eros, elle a supplié Vénus de la pardonner.
Pendant les scènes centrales, on doit subir l'attentat au bon goût que constituent les costumes de six couples de danseurs qui en quelque sorte commentent l'action. Les filles sont des filles-fleurs, les garçons ont des costumes faisant penser à des animaux (mais le costume d'un d'entre eux, s'il est peut-être censé évoquer un crapaud, fait plutôt penser à un nageur en combinaison et bonnet de bain).
Si je ne me suis pas excessivement ennuyé pendant ces représentations, c'est grâce à la musique de Franck. Pendant les p, on aurait presqu'envie de chuchoter aux danseurs de réduire le bruit de leurs pas (ce n'est pas le genre de choses qui pourraient arriver avec du Minkus !). Cela dit, on a parfois l'impression d'entendre des thèmes de sa symphonie en ré mineur. Dans Lohengrin (Wagner) il se trouve un motif appelé Le Mystère du nom. Elsa a l'interdiction de chercher à connaître le nom du héros. Bien sûr, elle n'arrivera pas à se retenir de poser la question. J'ai été amusé d'avoir l'impression d'entendre dans la musique de Franck un motif qui semble attaché à la même idée. Ce motif est d'abord chanté par le chœur :
Mais, Psyché, souviens-toi
Que tu ne dois jamais
De ton mystique amant connaître le visage
Le motif sera repris plus loin par l'orchestre.
Chose inhabituelle pour un ballet, il y a en coulisses le Chœur de Radio
France. Le texte n'en reste pas moins presque parfaitement intelligible. Il
y a au moins un moment où il y a une incohérence entre le texte chanté et
ce qui se passe sur scène. Quand le chœur chante Amour, Elle a connu ton
nom.
puis Son châtiment commence...
, Psyché, sur scène, est en
train de se faire manipuler par ses sœurs. Elle n'a pas encore connu le nom
d'Amour...
Du côté des interprètes, même si j'ai toujours un faible pour Dorothée Gilbert, j'ai préféré Aurélie Dupont dans le rôle de Psyché. Je ne sais pas si cela tient au fait que les cheveux de cette dernière étaient attachés dans un soigneux chignon tandis que ceux de Dorothée Gilbert (sauf erreur de ma part) flottaient au vent des zéphyrs. L'interprétation de Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio étaient beaucoup plus légère et insouciante que la plus sérieuse manière qu'avaient Dupont et Bullion de danser.
Dans le rôle de Vénus, Alice Renavand ne m'a pas paru très à l'aise (mais est-il raisonnable de la solliciter à ce point : elle danse tous les soirs dans Phèdre ou dans Psyché...). J'ai donc préféré Amandine Albisson qui m'a tout particulièrement enchanté ce soir.
J'espère que la prochaine création à l'Opéra (La Source) tiendra davantage ses promesses que celle-ci...
2011-09-28 01:03+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-09-27
Barbara Hannigan, soprano
Académie du Festival de Lucerne
Ensemble Intercontemporain
Pierre Boulez, direction
Pli selon pli (Boulez)
Ce soir, beaucoup des habitués de la Salle Pleyel étaient là pour écouter Pli selon pli de Boulez dirigé par Boulez. Il y avait même un peu de people : Pierre Bergé, Pascal Dusapin & consort. Le directeur Laurent Bayle et le ministre Mitterrand retardataire étaient relégués au rang A de côté.
Plutôt plus de musiciens sur scène que ce à quoi je m'attendais. Depuis l'arrière-scène, les cordes sont à droite, les vents et les cuivres à gauche, des harpes au milieu. Derrière, quelques xylophones, vibraphones et des percussions. Quelque piano et quelque célesta sont aussi sur scène (pour une fois, plutôt au centre que sur les côtés). À la gauche du chef qui pendant le premier et cinquième mouvements manipule une énorme partition (format A2 minimum) se tient la soprano Barbara Hannigan, qui porte une robe grise (plutôt sobre pour les standards de cette chanteuse).
Quand il dirige, Pierre Boulez ne laisse transpirer aucune émotion. Les mouvements de ses mains sont de faible amplitude, et on ne peut deviner si son geste va déclencer un délicat pizz. ou un gros boum (comme au tout début). On avance dans l'œuvre sans qu'elle me déplaise. Un petit incident marque la fin du premier mouvement. Le chef ayant commencé à diriger sans lunettes éprouva plus loin le besoin de les porter, puis il se ravisera, finissant ce premier mouvement sans lunettes. Il s'est alors éclipsé pendant quelques minutes en s'excusant et est revenu, les lunettes bien en place.
Le mouvement que j'ai préféré est le troisième (Improvisation II sur Mallarmé). Il ne fait appel qu'aux xylo/vibra-phones, aux harpes, aux instruments à clavier et aux percussions. Je ne saurais dire exactement ce qui m'a plu, mais j'ai aimé fermer les yeux pour éprouver plus fermement la spatialisation (naturelle) du son émanant des différents pupitres. J'ai tout autant aimé les ouvrir pour regarder le chef, qui tête penchée sur la partition (apparemment format A4 standard), lançait des gestes précis en direction de différents musiciens, déclenchant d'étranges jgloing d'une harpe (particulièrement peu mélodique !), et d'autres du pianiste, tandis qu'un semblant de mélodie venait parfois des xylo/vibra-phones. Ce mouvement m'a presque ému.
Dans le cinquième, l'ensemble de l'effectif orchestral a été utilisé. J'ai été amusé par le motif quasi-mélodique de cinq notes qui est répété plusieurs fois vers la fin de ce mouvement.
Ce que le compositeur demande à la soprano Barbara Hannigan était tout simplement invraisemblable. Je n'ai pas compris un seul mot sorti de sa bouche (de dos, cela n'aide pas). De toute façon, le texte de Mallarmé est assez peu intelligible...
Ce n'était pas du tout gagné d'avance, mais je pense que c'est une œuvre que je réécouterais volontiers.
Concert disponible à la réécoute sur Cité de la musique live.
2011-09-18 00:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-09-17
Helena Juntunen, soprano
Sarah Connolly, alto
Paul Groves, ténor
Matthew Rose, basse
London Symphony Orchestra
London Symphony Chorus
Sir Colin Davis, direction
Missa Solemnis (Beethoven)
Contrairement à la veille, la Salle Pleyel était bien pleine ce samedi soir pour la rentrée de la saison du London Symphony Orchestra qui commence avec la Missa Solemnis de Beethoven.
Le chœur comprend environ 120 chanteurs disposés à l'arrière-scène. Quatre solistes sont sur scène, mais par rapport au chœur ils auront un rôle moins important. L'orchestre d'environ 80 ou 90 musiciens est dirigé par Sir Colin Davis, qui est assis tout comme Mikko Franck la veille.
Le texte chanté semble être le texte standard pour la messe en latin.
Pendant le Kyrie, je me sens en confiance parce que le style n'est
pas trop déconcertant par rapport à Bach ou Mozart. Le début du
Gloria est beaucoup plus brutal. Globalement, même s'il est très
bon, j'ai trouvé que le timbalier était un peu trop sollicité (même en
tenant compte du fait que ce soit du Beethoven). Le début du Domine
Deus me fait un peu penser à un passage de Fidelio. Parmi les
moments spectaculaires, l'entrée du chœur pour le Et Resurrexit.
Le chœur se fait particulièrement beau à la fin de la partie Credo
(vers le Et expecto). J'apprécie également beaucoup le(s)
Osanna in excelsis de la partie Sanctus. L'atmosphère
orchestrale devient alors absolument délicieuse avant que commence le
merveilleux Benedictus agrémenté d'un bellissime solo du premier
violon. La fin m'a semblée très bizarre. Contrairement à Bach qui termine
la Messe en si mineur par un mouvement basé sur la seule phrase
Dona nobis pacem
précédé d'un autre sur Agnus Dei qui tollis
peccata mundi, miserere nobis
, Beethoven a mis tout ce texte dans le
même élan. Après avoir entendu une première fois Dona nobis pacem
,
j'ai ainsi été très surpris de réentendre Agnus Dei...
. Pendant les
dernières minutes, je ne voyais pas du tout dans quelle direction allait la
musique. Même si cela eût paru inapproprié, je suis sûr que Beethoven
aurait fait mieux avec une fin hydravionesque.
Le chœur m'a fait un très bonne impression. Dans l'orchestre, j'ai pris un plaisir particulier à écouter les flûtes, dont le son vient parfois se mêler discrètement aux ensembles. J'ai passé un agréable concert qui m'a permis de découvrir cette œuvre. Cela dit, entre la Missa Solemnis (Beethoven) et la Messe en si mineur (Bach), à mon avis, il n'y a pas photo...
2011-09-17 02:44+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-09-16
Hilary Hahn, violon
Orchestre philharmonique de Radio France
Mikko Franck, direction
Concerto pour violon et orchestre (Edgar Meyer)
Symphonie nº5 en si bémol majeur, op. 100 (Prokofiev)
J'entendais ce soir pour la dixième fois le Philharmonique de Radio
France, dont c'était le concert de rentrée. Le programme commence par le
concerto pour violon d'Edgar Meyer composé pour l'interprète de ce soir,
Hilary Hahn, qui a choisi une robe rouge. L'œuvre ne me plaît pas
beaucoup : elle est assez répétitive, presque minimaliste. L'intérêt vient
surtout de la prestation de la violoniste, qui n'est pas désagréable du
tout à écouter ni à regarder (le public n'étant pas tout-à-fait au
rendez-vous, le deuxième balcon a été fermé et j'ai dû me replacer au
parterre). J'ai particulièrement apprécié la technique de double
corde
de la violoniste.
Pour la deuxième partie du concert, avec Klari, nous avons migré à l'arrière-scène (moitié vide lors de la première partie, pleine pendant la deuxième). Ceci permit de mieux voir ce que faisait le jeune chef Mikko Franck, qui dirige en position assise (j'ignore si c'est un choix délibéré, ou bien la conséquence d'une incapacité passagère ou permanente de se tenir debout de façon prolongée). J'entendais la Cinquième Symphonie de Prokofiev pour la première fois. J'ai surtout apprécié les deuxième et quatrième mouvements, ceux pendant lesquels le chef a paru le plus investi (cela dit, il faisait aussi des clins d'œil aux violons I). Dans les autres mouvements, il a semblé se contenter de battre la mesure, tout en donnant l'impression d'être heureux de diriger cet orchestre. Globalement, cette deuxième partie de concert m'a plu, mais j'en suis resorti moins enthousiaste qu'après la Cinquième de Beethoven de la veille.
2011-09-16 02:30+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-09-15
Khatia Buniatishvili, piano
Roland Daugareil, violon solo
Orchestre de Paris
Paavo Järvi, direction
Ouverture du Corsaire, op. 21, H. 101 (Berlioz)
Concerto pour piano nº2 en fa mineur, op. 21 (Chopin)
Liebesträum (Liszt)
Symphonie nº5 en ut mineur, op. 67 (Beethoven)
Presque trois semaines après la rentrée, je retrouve enfin le chemin de
la Salle Pleyel. Avenue Hoche, quelques voitures de méga-riches sont garées
devant le Royal Monceau. Les ouvreuses et ouvreurs de la Salle Pleyel ont
de nouveaux uniformes, sobrement noirs (C'était mieux avant !
). La
café est toujours à 3€ et il faut encore passer par les numéros pairs pour
accéder aux numéros impairs de l'arrière-scène. Quelques habitués
(Palpatine, Christian, Serendipity) ont trouvé de fort bonnes places aux
rangs A et B. L'équipe de direction de l'Orchestre de Paris est au rang des
people au nombre desquels on comptera aujourd'hui Jacques
Toubon.
La première œuvre au programme est l'Ouverture du Corsaire de Berlioz. C'est espiègle et vivifiant. Est-ce une tentative de convertir le public au pastafarisme ? En tout cas, il est suggéré aux enfants de venir déguisés en pirates lors du concert en famille de samedi...
Le piano était déjà sur scène depuis le début du concert. Khatia Buniatishvilii (certes, isolé, son nom est très prononçable, mais quand le cerveau a aussi en mémoire le nom de sa compatriote Lisa Batiashvili, il y a de quoi s'emmêler les pinceaux), la jeune pianiste peut donc s'installer au piano, habillée dans une robe qui pourrait être la même que celle que décrivrait Klari suite à un récent concert à Sceaux (et que l'on peut maintenant voir chez Palpatine). L'œuvre programmée ce soir est le deuxième concerto pour piano de Chopin. Dans les premières minutes, l'orchestre exprime une parole qui semble tourmentée comme peut souvent l'être la musique romantique. Alors que je crois écouter ce concerto pour la première fois, il me semble que les effets liés à l'orchestration sont très prévisibles. Les choses sérieuses commencent quand la pianiste commence à jouer. L'orchestre n'aura dès lors pratiquement plus qu'un rôle décoratif, en arrière-plan. La difficulté de certains passages paraît absolument redoutable. Les sonorités que la pianiste tire du piano sont saisissantes. L'ensemble est plutôt varié. De façon assez amusante, un des mouvements contient un passage qui pourrait être une danse. (Après vérification, une explication possible pour le fait que j'aie trouvé certains passages prévisibles et que certains thèmes me dissent quelque chose est que j'ai en fait déjà entendu ce concerto dans la musique du ballet La Dame aux camélias il y a un an et demi.) À la fin du très beau bis (qui ressemblait à du Chopin, mais c'était du Liszt me dirent les trois camarades de concert rencontrés à l'entr'acte), la pianiste a un petit peu joué avec le public en retirant tout doucement ses mains du clavier, retenant ainsi d'éventuels applaudissements, qui ont déferlé par la suite.
Le clou de la soirée était l'interprétation de la Cinquième symphonie de
Beethoven 1. Pour cette symphonie,
l'effectif de l'orchestre a été augmenté. On est passé de six contrebasses
à huit. (D'après la formule qui veut que pour avoir une estimation du
nombres d'instruments à cordes frottées, il suffit de compter le nombre de
contrabasses, d'ajouter quatre, puis de multiplier par cinq, voir chez Djac pour
les explications, il devait donc y avoir environ 60 cordes). Le chef Paavo
Järvi n'a désormais plus besoin de la partition. Il semble aussi
décontracté que s'il devait diriger du Haydn. Le premier
mouvement est joué d'une façon très vive. La deuxième mouvement n'est pas
si lent que ça. Le chef aurait manifestement aimé enchaîner le troisième
mouvement aussitôt après la fin du deuxième, mais il a renoncé devant le
chœur des tousseurs du public. J'ai beaucoup aimé le troisième mouvement.
Au milieu, on entend en effet un sublime passage fugué. J'apprécie les
regards amusés que se lancent deux contrebassistes (dont Bernard C.) quand
le chef prend la peine de leur indiquer leur pizz. (genre, Eh
oh, on savait très bien quand on devait entrer, mon bon monsieur !
). Le
plus beau en fait, cela a été la fin du mouvement et la transition avec le
quatrième mouvement. La dynamique (indiquée pp ou ppp) a
été descendue très bas (et personne pour tousser !). Cependant, on sent
bien à ce moment-là qu'il y a encore une certaine tension et bien sûr,
l'entrée dans le quatrième mouvement est explosive (ff). À part
peut-être un petit couac des cors, rien n'en venu entacher mon
plaisir !
[1] Pour compléter ma collection de symphonies de Beethoven entendues en concert, il ne me reste plus que la Quatrième et la Sixième, ce qui sera fait en mars avec le Chamber Orchestra of Europe et Bernard Haitink.
2011-09-11 01:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2011-09-10
Klaus Florian Vogt, Tito
Hibla Gerzmava, Vitellia
Amel Brahim-Djelloul, Servilia
Stéphanie d'Oustrac, Sesto
Allyson McHardy, Annio
Bálint Szabó, Publio
Willy Decker, mise en scène
John Macfarlane, décors et costumes
Hans Toelstede, lumières
Alessandro Di Stefano, chef du chœur
Adam Fischer, direction musicale
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
La Clémence de Titus, Mozart
Après la rentrée à Bastille avec Salomé, c'était ce soir la première représentation de la saison à Garnier : La Clémence de Titus.
Les costumes ne font pas référence à l'époque romaine. Ils me rappellent
ceux qu'on pouvait voir dans Andrea Chénier. Bref, ils
renvoient plutôt à l'époque de la composition de l'opéra. Le décor est plus
ou moins conceptuel. Le sol est un rond en imitation marbre. Il est entouré
d'une structure en demi-cylindre penché qui donne l'impression d'être à
l'intérieur de la tour de Pise. Cette structure est en deux morceaux. Ils
peuvent être écartés pour permettre des entrées et sorties par l'arrière.
Au centre, un gros bloc parallélépipédique en marbre qui fait à première
vue penser à celui, noir, de 2001, l'Odyssée de l'espace. Il
s'agit en fait d'un projet de sculpture représentant Titus. Dans la
première scène, on écrit Titus
dessus. À la fin de l'opéra, le bloc
aura été sculpté pour représenter Titus et le nom qui n'était marqué que de
façon éphémère sera gravé en dur (en majuscules, avec un U
en forme
de U
et non de V
...). Entretemps, le bloc sera passé par des
phases intermédiaires. Je suppose qu'il faut comprendre que le caractère de
Titus est en formation et qu'il n'aura fait ses preuves comme souverain que
lorsqu'il aura pardonné à ceux qui avaient voulu sa mort. Alors, sa
sculpture monumentale pourra apparaître dans toute sa splendeur.
Un autre accessoire est manipulé presqu'en permanence : la couronne de Titus. D'autres que lui la voudraient bien. Lui hésite entre le pouvoir d'un côté et de l'autre l'amour et l'amitié. Donner la mort ou pardonner. Plaire au peuple ou persister à aimer Bérénice.
Pour ne pas déplaire aux Romains, il abandonne Bérénice (rôle muet interprétée par une comédienne non créditée) et décide d'épouser Servilia, qui aime Annio. Annio cache ses sentiments à Titus, mais Servilia avoue qu'elle aime déjà quelqu'un. Elle préfère laisser entendre à Titus d'honnêtes paroles déplaisantes plutôt que de lui plaire hypocritement. L'homme bon qu'il l'est l'en remercie. Son troisième choix est Vitellia. Celle-ci n'ayant pas supporté de n'avoir pas figuré dans les deux premiers choix, elle décide de comploter contre lui. Flattant Sesto (par ailleurs frère de Servillia et ami d'Annio), qui l'aime, elle arrive à le pousser à commettre l'irréparable. À la fin du premier acte, on comprend que Sesto n'a pas tué Titus, mais un autre homme qui portait son habit. Dans le deuxième acte, Titus finira par pardonner à tout le monde, Sesto ayant dans un premier temps endossé toute la responsabilité avant que Vitellia n'avoue elle-aussi.
Si c'est le dernier opéra seria de Mozart, l'intrigue est typique de ses opéras de jeunesse avec des histoires d'amour tordues qui se finissent bien façon deus ex machina (voir par exemple Lucio Silla).
Stylistiquement, je n'ai pas l'impression d'avoir découvert un autre Mozart que celui que je connaissais déjà. On retrouve ses effets habituels et la proximité furtive de certains passages avec d'autres déjà connus est assez frappante (notamment il y a un moment qui m'a beaucoup fait penser au tout début du Hm! hm! hm! hm! de La flûte enchantée). Cela dit, cela se laisse bien écouter. Le chef d'orchestre Adam Fischer, qui dirige de mémoire, paraît immédiatement très sympathique. Il bat la mesure de façon très claire, signale les entrées aux musiciens, félicite tel soliste pendant que le public applaudit un air. Le principal, c'est qu'il a réussi à maintenir mon attention pendant la durée de l'opéra, me faisant oublier que mes genoux cognaient contre le rebord du premier rang de l'amphithéâtre (au premier acte, le strapontin le plus à gauche, et la place voisine libérée à l'entr'acte pendant le deuxième).
La mise en scène n'a rien d'extraordinaire, mais elle se laisse regarder. Un point faible est l'usage un peu trop systématique de précipités. Certes, cela fait paraître d'assez jolis rideaux peints dans un style vaguement expressionniste. Je ne sais pas s'il est courant de représenter sur scène une Bérénice muette. En tout cas, j'ai trouvé que cela fonctionnait très bien. Le personnage de Titus passe un certain temps au sommet du bloc de marbre qui deviendra à la fin une statue à son effigie. Chanteurs ayant le vertige s'abstenir. Globalement, sans m'enthousiasmer, cette mise en scène ne m'a pas trop déplu.
Stéphanie d'Oustrac (Sesto) domine assez largement le plateau vocal. La dernière fois que je l'avais entendue, c'était dans Armide de Lully. J'ai été très content de la réentendre ce soir. Lors de son air Parto, parto au premier acte, j'ai eu comme l'impression que la soirée commençait véritablement. J'ai également eu un certain plaisir à réentendre Amel Brahim-Djelloul (Servilia). Dans le rôle secondaire de Publio, la basse Bálint Szabó m'a bien plu. Les trois autres chanteurs m'ont semblés plus inégaux au cours de la soirée, mais ils ont eu tendance à se bonifier après l'entr'acte. Le grand air de Vitellia (Hibla Gerzmava) au deuxième acte a effacé mon impression mitigée du premier acte. Je n'ai pas été complètement convaincu par Klaus Florian Vogt (Tito), mais c'est plus une question de goût personnel (je n'aime pas le timbre de sa voix) qu'autre chose. S'il a moins brillé au premier acte, c'est peut-être aussi tout simplement parce que son personnage y est plus fragile, moins déterminé qu'il ne le sera lors du deuxième acte, en particulier quand il devra prendre une décision à propos de Sesto.
2011-09-09 01:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2011-09-08
Angela Denoke, Salomé
Stig Andersen, Herodes
Doris Soffel, Herodias
Juha Uusitalo, Jochanaan
Stanislas de Barbeyrac, Narraboth
Isabelle Druet, Page der Herodias
Dietmar Kerschbaum, Erster Jude
Eric Huchet, Zweiter Jude
François Piolino, Dritter Jude
Andreas Jäggi, Vierter Jude
Antoine Garcin, Fünfter Jude
Scott Wilde, Erster Nazarener
Damien Pass, Zweiter Nazarener
Gregory Reinhart, Erster Soldat
Ugo Rabes, Zweiter Soldat
Thomas Dear, Ein Cappadocier
Grzegorz Staskiewicz, Ein Sklave
Pinchas Steinberg, direction musicale
André Engel, mise en scène
Nicky Rieti, décors
Elizabeth Neumüller, costumes
André Diot, lumières
Françoise Gres, chorégraphie
Dominique Muller, dramaturgie
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Salomé, Richard Strauss
Ce soir, c'était la rentrée de l'Opéra de Paris, avec la première de Salomé à Bastille. J'avais déjà vu cet opéra dans une autre mise en scène (Lev Dodin). D'Angré Engel, j'avais aimé la mise en scène de La Petite Renarde rusée. Dans Salomé, le travail est beaucoup moins convaincant (et on peut se demander l'intérêt de cette reprise).
Le décorateur avait dû trouver que la scène de Bastille était trop grande. Ainsi, l'espace dans lequel les personnages peuvent évoluer n'est qu'un angle réduit. L'univers et dans une moindre mesure les costumes sont orientalisants.
Le premier problème que j'ai eu avec cette production (dans une moindre mesure aussi avec celle de Lev Dodin) est l'éclairage très réduit. À de nombreuses reprises, je ne voyais tout simplement pas qui chantait (malgré la réduction de l'espace scénique, il y avait un personnage tout à gauche, un autre tout à droite, d'autres au milieu, tous évoluant dans la pénombre). S'il se trouve quelques blafardes lampes, la lumière ne vient essentiellement que du personnage de Jochanaan. De sa prison, mais aussi de lui-même quand Salomé obtient de le voir. À ce moment-là, une porte sur le côté droit s'ouvre et laisse entrer une vive lumière. J'imagine que le metteur en scène a voulu donner en même temps l'impression d'une tempête de sable, mais les artifices utilisés semblent être les mêmes que ceux d'une tempête de neige.
La danse des sept voiles
est inexistante. Tranquillement assise,
Salomé semble attendre que cela se passe. À la fin, elle fait quelque pas
avec Herodes. Entretemps, elle aura enlevé ses chaussures. Dans cette
séquence, la seule idée, symbolique, est de faire venir un personnage (le
page de Herodias ?) pour essuyer avec un tissu blanc le sang qui était
resté après que le corps de Narraboth avait été emmené. C'est un peu
léger.
Bref, ce n'est pas avec les yeux qu'il faut apprécier cette représentation, mais avec les oreilles. L'orchestre dirigé par Pinchas Steinberg est tout simplement sublime. On peut apprécier cette musique dans sa continuité. La tension ne retombe jamais : longs trémolos des cordes, motifs joués par les vents qui s'insèrent très clairement, etc. J'ai presqu'eu l'impression de découvrir un nouvel opéra tant la richesse de cette musique était pour moi inouïe. Je suis donc très content d'avoir pu bénéficier d'un placement favorable du point de vue acoustique au tout dernier rang du deuxième balcon. (Ce placement empêche souvent de voir la partie supérieure des décors. Donc, j'ignore si la Lune, très présente dans le livret, était évoquée dans cette mise en scène.)
Du côté des chanteurs, il y a de quoi être largement satisfait, avec notamment Stanislas de Barbeyrac (Narraboth), Isabelle Druet (Page der Herodias), Juha Uusitalo (Jochanaan), et bien sûr Angela Denoke (Salomé).
2011-08-27 21:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde X
Vani Mahal, Chennai — 2011-08-25
Sri Mohan Santhanam, chant carnatique
Sri S. Varadarajan, violon
Srimushnam V. Rajarao, mridangam
Sri E. M. Subramaniam, ghatam
De tous les concerts auxquels j'ai assistés ces derniers jours à Chennai, celui de Sri Mohan Santhanam jeudi au Vani Mahal a été le plus remarquable. Cela a aussi été le plus long (2h35), d'autant plus que la voix du chanteur était beaucoup sollicitée dans la mesure où les brefs silences de la voix laissaient peu de place au violoniste, pourtant très bon dans les solos qu'il a joués.
Il semble qu'il ne faille pas se fier à la première pièce d'un récital de musique vocale carnatique... Même si le chanteur a commencé par une très belle et caverneuse vocalise pour se chauffer la voix, la première pièce rapide qu'il a chantée m'a semblée assez bordélique.
La deuxième pièce a été de longueur moyenne, sur le shloka Sri Santha
Shiva Kumara
. Il a fait quelques improvisations solfiées sur un rythme
à 8 temps qu'il a clappé très régulièrement (comme pendant tout le reste du
concert). Les phrases musicales faites sur le nom des notes se terminaient
par un des mots du shloka, comme j'avais vu faire par les Chinmaya Sisters.
La suite du concert n'a pratiquement plus comporté que des compositions de longue durée. Il y a en a eu quatre à la suite. Le chanteur a exceptionnellement annoncé avant la première dans quel tal elle serait. C'était le tala Adi. Ne connaissant pas la classification, cela ne me renseignait pas beaucoup. Je saurai maintenant que c'est un rythme à 8 temps (le même que dans la pièce précédente d'ailleurs). Dans ses improvisations solfiées, il a introduit des sortes de repos venant rompre le caractère métronomique des suites de notes improvisées.
Dans la deuxième composition, le chanteur a fait descendre sa voix assez bas dans les graves pendant la partie des questions/réponses avec le violon (qui a eu un rôle mineur). Après le solo de violon, le chanteur a introduit le shloka sur un rythme à 12 temps, puis a improvisé en chantant le nom des notes. Comme avant, il a rallongé certaines notes et a aussi inséré des syllabes issues du shloka entre des noms des notes.
Le rythme à 8 temps de la troisième composition était joué de façon
assez lente. Après le dialogue entre le chanteur et le violon, ce dernier a
eu un solo. Le chanteur a ensuite dit quelques mots en tamoul parmi
lesquels il m'a semblé entendre Thyagaraja Swami
. J'ai pensé qu'il
voulait dire que la composition qui allait suivre était due à ce grand
compositeur de musique carnatique, mais je ne trouve pas de
Rajarajeshwari
dans le catalogue. En tout cas, ce fut un très beau
morceau de musique (à 8 temps) que je garde encore un peu en tête. Au cours
du développement, il y a eu de vraies questions et réponses avec le violon,
des improvisations solfiées et un retour au shloka en conclusion.
La dernière composition commence par des improvisations discrètement
accompagnées par le violon. Le chanteur utilise une succession de syllabes
qui semble un peu passe-partout : Tadarina
. Pendant le solo de
violon, j'entends des réactions indéchiffrables dans le public. Je suis
complètement incapable de dire si c'étaient des signes d'approbation ou
bien le fait de quelques Beckmesser. Le shloka apparemment dédié à Rama a
été chanté sur un rythme à 16 temps. Après le shloka, un trio entre le
violon et les deux percussionnistes. Les deux percussionnistes ont ensuite
joué des solos et un long duo. Les deux musiciens n'étaient pas des plus
jeunes, mais il était évident qu'ils avaient plaisir à jouer. Pendant le
duo, ils se sont fait des questions et réponses. L'un jouant pendant les
quatre temps d'une des divisions du tala, l'autre lui répondant
immédiatement dans la division suivante. Plus loin, ils se répondaient de
façon encore plus vive par segments de deux temps. L'ensemble fut un très
beau moment. Il est à noter qu'il a fallu réaccorder le mridangam en cours
de route... Le shloka a été repris en conclusion par le chanteur juste pour
la forme.
Le concert s'est terminé par deux courtes compositions à 8 temps, toutes les deux dédiées à Krishna. La deuxième était probablement en hindi.
2011-08-25 12:58+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde X
Vani Mahal, Chennai — 2011-08-24
Chinmaya Sisters, chant carnatique
Usha Rajagopalan, violon
Melakkaveri K. Balaji, mridangam
Manganallur S. Swaminathan, ghatam
Ms. Saraswathi, tanpura
Je suis retourné au Vani Mahal pour une autre soirée du festival auquel j'assistais déjà hier. Par hasard, ce sont encore les Chinmaya Sisters que j'ai entendues il y a quelques jours qui chantaient. Uma et Radhika sont dans des saris de couleurs semblables, mais inversées par rapport à la fois précédente. Elles sont accompagnées par la même violoniste, mais ce soir deux percussionnistes jouent avec elles : mridangam et ghatam.
Au bout d'une demi-heure, je commençais à redouter l'ennui parce que ce qu'elles chantaient et la façon dont elles le chantaient ressemblait à ce que j'avais déjà entendu. La différence audible était que les thèmes des chansons étaient liés à Krishna.
La première longue composition commençait par des questions et réponses entre sari vert et le violon, puis un solo de violon est intervenu. À partir d'un shloka sur Krishna, des improvisations solfiées ont été faites par les deux chanteuses sur un rythme à seize temps.
Après un morceau court, sari fuchsia (Uma ? la plus expérimentée des
deux chanteuses) a improvisé en se faisant accompagner du violon. Quelques
notes tenues longtemps et quelques descentes dans les graves. Ensuite, il y
a eu un solo de violon. Enfin, les chanteuses alternant avec le violon ont
produit des improvisations d'un type que je ne connaissais pas. Au lieu
d'utiliser des syllabes extraites d'un vers ou des notes de la gamme, elles
ont utilisé des noms correspondant à la longueur des notes. Apparemment, le
redoublement Tata
est équivalent à un Num
. A priori,
cela pourrait paraître monotone, mais la façon de chanter ces syllabes
était très ornementée.
Une nouvelle longue composition est intervenue ensuite, sur le même rythme que la première (16 temps). Cela a commencé par un shloka et des improvisations solfiées par la chanteuse au sari fuchsia (manifestement très en forme). Cette composition a fait l'objet d'un long développement, entrecoupé de solos de violons et de percussions. Pendant les dialogues entre les percussionnistes, les chanteuses et la violoniste ne s'arrêtaient pas de clapper le tal.
L'avant-dernier morceau était encore en l'honneur de Vishnu
(Srinivasa
, Jagannatha
) et le dernier était un morceau rapide
ressemblant plus ou moins à un Thillana. Le concert a duré environ 2h15.
2011-08-24 14:31+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde X
Vani Mahal, Chennai — 2011-08-23
Kunnakudi Sri R. Balamuralikrishna, chant carnatique
Kumbakonam Sri M. R. Gopinath, violon
Shertalai Sri R. Anantakrishnan, mridangam
Vani Mahal
n'est que le surnom du Sri Chandrasekarendra
Saraswathi Mahaswami Auditorium du Sri Thyaga Brahma Gana Sabha à T. Nagar,
Chennai. C'est plus facile à faire comprendre à un chauffeur de rickshaw...
Il s'agit d'une grande salle d'environ 500 sièges. Je me suis installé au
deuxième rang, le premier étant numéroté VIP
. Le remplissage pour ce
concert de musique carnatique devait être d'environ 10 ou 20%.
Le concert a lieu dans le cadre du deuxième festival de musique Sri Jayanthi à la mémoire de Sri Obul Reddy et Smt. P. Gnanamba. Ces jours-ci, il est apparemment beaucoup plus facile d'assister à des concerts qu'à des récitals de danse.
Le chanteur a mis un peu de temps à rentrer dans le concert. La première
pièce a été un grand mix incohérent. La deuxième chanson a mis en
évidence que le contexte est ici plutôt vishnouïste. En effet, sur la scène
en arrière-plan, on lit le nom du festival écrit sur une grande affiche en
trois panneaux faisant la publicité pour Sri Krishna Sweets tout en
montrant Krishna bouvier/flûtiste et Krishna jouant avec le pot de beurre
dans un cadre bucolique. Le texte renvoie ainsi à Sri Krishna Gopala
ou à Narayana
. Dans le troisième morceau, c'est apparemment de
Rama/Raghu qu'il est question et le chanteur commence à tenir des notes
assez longtemps.
Le concert démarre véritablement avec le développement qui va suivre. Le chanteur joue assez longtemps au jeu des questions et réponses avec le violoniste. Ainsi, le chanteur énonce une phrase musicale, et le violoniste la répète aussitôt, éventuellement légèrement modifiée. Dans ses improvisations, le chanteur n'utilise ni les noms des notes de la gamme ni des syllabes faisant sens. À la suite de cette séquence, un solo de violon. Enfin, le chanteur énonce le shloka, qui me semble encore en l'honneur de Krishna, puis il se remet à improviser, parfois en utilisant le nom des notes, parfois non. Après un duo entre le violon et le mridangam, le shloka est revenu lors de la conclusion.
Le style du chanteur est pas mal plus agressif et brut que celui des Chinmaya Sisters entendues récemment. Cependant, dans la
composition suivante intitulée Sri Balakrishna Bhaje
, il sait aussi
se faire beaucoup plus doux, dans ce lent mouvement commençant sans
accompagnement rythmique. Chaque réapparition du vers introductif a été un
véritable délice pour moi.
Le chanteur a enchaîné avec une composition très rapide et des
improvisations solfiées. Un deuxième long développement est intervenu
ensuite, mais il m'a moins convaincu que le premier. La structure est en
gros la même : questions et réponses avec le violon, solo de violon, shloka
Shri Krishna
, duo mridangam/violon, improvisations solfiées, solo de
mridangam, reprise du shloka. Deux courtes compositions (dont la première
au moins était encore sur le thème de Krishna) ont conclu ce concert de
2h15.
Même si le chanteur clappait le tal de façon très peu lisible, ce concert a été une de mes toutes meilleures expériences de spectateur de musique carnatique.
2011-08-22 19:04+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde X
Narada Gana Sabha, Chennai — 2011-08-19
Chinmaya Sisters, chant carnatique
Dans le cadre du même festival que le spectacle précédent et à la suite de celui-ci, les Chinmaya Sisters ont chanté un programme de musique carnatique. L'une est en sari vert, l'autre en sari fuchsia. Leur chant est accompagné par un percussionniste (mridangam) et une violoniste. Le percussionniste utilisera non seulement un marteau mais aussi une clef pour régler son instrument.
Le programme m'a semblé de bonne qualité. Peut-être un peu long (onze compositions), parce que pendant la troisième heure (en comptant le récital de danse précédent) je commençais à trouver mon siège assez inconfortable.
Les compositions étaient le plus souvent à six temps. Certaines étaient de durées relativement courtes. Deux ont été très développées. Dans ce cas-là, une des deux chanteuses commençait à chanter seule, accompagnée par la violoniste, puis la violoniste jouait un solo. L'autre chanteuse et le percussionniste se mettaient ensuite à jouer, ce dernier improvisant ou non un solo. Enfin, les voix concluaient la pièce en revenant au vers qui avait servi de base au début.
Dans certaines chansons, je n'ai compris qu'un seul mot. Dans deux
chansons différentes, c'était Pashupati
(Shiva, comme gardien du
troupeau), dans une autre, c'était Parthasarathy
(Krishna, comme
cocher de Partha-Arjuna). Une autre fois, c'était Ganesh. Dans deux autres,
c'était Shiva Shankari
.
Dans les improvisations (où elles se passaient le relais l'une à
l'autre, sans vraiment de questions-réponses avec le violon), elles ont
principalement utilisé la technique consistant à chanter le nom des notes.
Cependant, dans une des chansons, chaque phrase musicale improvisée se
concluait néanmoins par le mot Pashupati
.
Malgré les 2h15 du concert, je ne me suis pas ennuyé du tout...
2011-08-22 18:37+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde X
Narada Gana Sabha, Chennai — 2011-08-19
Kumari Sukanya Kumar, bharatanatyam
Vendredi après-midi, je me suis rendu au Narada Gana Sabha Mini-Hall, une salle que je connaissais déjà. Il s'y est tenu un festival de quelques jours : le dixième festival annuel de musique et de danse sur des composition de Dr. Rukmini Ramani. Celle-ci était installée au premier rang. Ayant pris place de l'autre côté de l'allée, je l'ai vue bénir la jeune danseuse qui était venue recueillir sa bénédiction en lui présentant ses grelots de chevilles et en se prosternant à ses pieds.
Le programme interprété sur une musique enregistrée n'a duré qu'une heure, mais la danseuse m'a semblé faire preuve de grandes qualités.
La première pièce évoquait Shiva-Nataraja avec et sans les pieds et dans sa chorégraphie elle a représenté un éléphant de la plus belle des manières.
Dans la deuxième, elle a inséré des passages rythmiques alors même que la musique restait mélodique (contrainte du festival...). La pièce représentait des oiseaux, une jeune femme et a évoqué divers arts : écriture, sculpture, danse (shiva-Nataraja), musique (flûte, vîna). Shiva a aussi été représenté sous la forme du lingam.
Tout ce que je sais du Varnam, la pièce principale, est qu'elle était sur le raga Vasanta. Cette fois-ci, la musique enregistrée contient de vraies parenthèses rythmiques. La pièce semble centrée sur Shiva : son troisième œil, sa puissance, son chignon d'ascète. Élément original de la chorégraphie : une courte suite de pas qui sera répétée quatre fois au cours du Varnam. L'aspect narratif de la pièce m'échappe. À un moment, une femme s'écroule. Est-elle morte ? Se lamente-t-elle ? En tout cas, la pièce se termine avec la danseuse en équilibre dans la pose Shiva-Nataraja.
Dans la pièce suivante, la danseuse évoque l'enfance de Krishna et son
rôle de cocher dans le Mahabharata. Ensuite, dans une pièce au
rythme rapide, elle a évoqué la déesse Devi et notamment ses aspects
furieux
. L'avant-dernière pièce était une sorte de divertissement
dans lequel l'intrigue semblait reposer sur des sortes d'haltères, mais je
n'ai pas compris où cela allait. Enfin, dans son Thillana, la danseuse a
encore une fois évoqué Shiva.
Si la technique de la danseuse m'a plu, je suis déçu d'être autant passé à côté des aspects narratifs des chorégraphies.
2011-08-15 15:32+0530 (திருவண்ணாமலை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde X
Khincha Auditorium, Bharatiya Vidya Bhavan, Bangalore — 2011-08-13
Smt. Subhashini Vasanth, bharatanatyam
Samedi soir, je suis allé au Bharatiya Bidya Bhavan sur Racecourse Road à Bangalore pour assister au récital de bharatanatyam de Smt. Subhashini Vasanth. Ce récital, gratuit, était organisé par l'Indian Council for Cultural Relations. Le thé, le café et les petits gâteaux étaient offerts avant le spectacle.
Étant arrivé en avance, j'ai assisté à la préparation de la scène. On a installé un Shiva-Nataraja doré flanqué de deux servantes sur le côté. On les a décorés de fleurs oranges et blanches et on a allumé la lumière.
Le récital a été précédé d'un petit discours en kannada, puis d'un numéro purement musical : une prière dans laquelle les noms de quelques divinités étaient prononcés.
La danseuse est entrée en scène pour une pièce presqu'uniquement rythmique. Il s'agissait de rendre hommage à Shiva-Nataraja et de lui offrir (au sens propre) des fleurs. Bizarrement, quand elle évoque Shiva-Nataraja, le seigneur de la danse, la danseuse n'utilise que ses mains et ses bras. Ce sera une constante jusqu'à la fin du récital : à aucun moment, elle ne lèvera la jambe gauche au-dessus du genou droit. C'est la première fois que je vois ça.
Le Varnam, la pièce principale, est centré sur une Nayaki, une femme qui se languit de Shiva. Apparemment, elle arrive à ses fins. La danseuse est accompagnée d'un joueur de nattuvangam qui m'a fait une très bonne impression dans les nombreux passages rythmiques de danse pure, le joueur de mridangam m'ayant moins convaincu. La chanteuse et la flûtiste jouaient aussi très harmonieusement. Malheuheureusement, on n'entendait la vîna (un instrument que j'apprécie beaucoup) que dans ses solos du fait d'un mauvais réglage des micros. Lors de ce Varnam, la danseuse va évoquer plusieurs aspects de Shiva. De façon opposée aux passages rythmiques rapides, il y aura aussi une sorte d'adage. Je n'ai pas très bien compris la fin où le texte et la chorégraphie semblaient évoquer l'onde de l'Océan (Sagara).
Ce type de sujets (femme se languissant de Krishna ou de Shiva) n'est pas parmi mes préférés. Tout est centré sur l'attitude de la jeune feme. Il n'y a pas vraiment d'histoire puisque c'est essentiellement du sur-place. Il y a du remplissage avec les passages rythmiques (pas toujours très synchro). Ce n'est ni abstrait ni narratif. Bref, ce n'est pas ma tasse de thé.
Dans la pièce suivante où l'interprète âgée de vîna peut enfin se mettre
en valeur, la danseuse devient une dévôte de Devi qui se plaint auprès de
la Déesse : Ne suis-je qu'une marionnette pour Toi ?
. Beaucoup de
travail au sol dans cette pièce où est représenté le culte ordinaire.
L'avant-dernière pièce présente des scènes du Ramayana sur un Bhajan de Tulsidas. Après un prologue dans lequel le poète Tulsidas est inspiré par Saraswati, la première scène est le Janaki Swayamvaram : l'épreuve que Rama réussit pour obtenir la main de Sita, fille de Janaka. Dans cette épreuve, les prétendants doivent bander l'arc de Shiva. Seul Rama est représenté, et sa réussite est montrée de façon très furtive. Je n'ai pas bien situé la deuxième partie de la pièce où il était question de la croissance d'un enfant et où apparaissait aussi une femme vieille ou bossue. Cela pourrait être Manthara, mais présenter la naissance des fils de Dasharatha après le mariage de Rama serait curieux d'un point de vue chronologique. C'est pourtant cette pièce que j'ai le plus appréciée.
Le récital s'est conclu par un Thillana, de la danse pure rythmée évoquant Krishna joueur de flûte. La musique de cette pièce s'est enchaînée avec celle de Vande Mataram, tandis que la danse passait de la rapidité d'exécution à l'adage.
Ce n'était pas un des meilleurs récitals de bharatanatyam auxquels j'aie assisté. D'une part, le style des pièces n'étaient pas ceux que je préfère. D'autre part, la très-honorable prestation de la danseuse n'était pas exceptionnelle.
⁂
Je suis retourné au même restaurant que la veille. À l'entrée, il est impressionnant de voir plus d'une trentaine de poulets embrochés par cinq en train de rôtir. La veille, juste après le coucher du soleil, la plupart des client étaient manifestement musulmans. Le lendemain, un peu plus tard dans la soirée, il y avait hindous et musulmans. Curieusement, les plats du Sud de l'Inde (dosa, appam, idli, etc) n'y sont pas servis avec du sambhar avec avec d'autres plats (masalas divers).
À la table devant la mienne, un quatuor d'hommes d'apparence ordinaire
mangeaient. Quand ils sont partis, le premier s'est avéré être un nain. Le
deuxième était en béquilles. Le troisième normal
et le quatrième,
qui était le plus souvent dans mon champ de vision s'est déplacé vers le
côté de la banquette. Il m'a paru encore plus petit que le nain. Puis il a
touché le sol. L'explication est venue : il n'avait pas de jambes...
How unexpected!
2011-07-25 14:32+0530 (पुणे) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde X
Dance Theatre Godrej, National Centre for the Performing Arts, Mumbai — 2011-07-23
Gayatri Sriram (disciple de Smt. Minal Prabhu), bharatanatyam
Panchakanya
Avant-hier soir, je suis allé au NCPA pour voir Panchakanya, le récital de bharatanatyam de Gayatri Sriram (chorégraphié par sa guru Smt. Minal Prabhu). La première impression n'a pas été extraordinaire. Il y avait pourtant un effectif musical inhabituellement fourni : mridangam, nattuvangam, voix, flûte, sitar. Mais par ailleurs, on laissait entrer n'importe comment les retardataires. D'autres sortaient, re-rentraient, voire dans un cas, re-sortaient pour ce bon en cours de route. Bref, difficile de se concentrer sur le spectacle.
La pièce introductive est une invocation de la déesse, Devi. Elle s'enchaîne avec la première partie du programme Panchakanya proprement dit. La première des cinq (Panch) jeunes femmes (Kanya) est Ahilya (sic). Les cinq femmes évoquées successivement étant des personnages du Ramayana (quatre) ou du Mahabharata (une seule), je connaissais déjà très bien leur histoire qui a de toute façon été rappelée avant chaque partie. Pourtant, je n'ai à peu près rien saisi de la partie concernant Ahalya (et je ne suis même pas certain d'avoir bien compris où était la transition par rapport à la pièce introductive). J'ai vaguement cru comprendre qu'il y avait une femme dévôte et qu'à la fin elle était en quelque sorte prise en flagrant délit d'adultère (Indra ayant pris la forme de son époux Gautama). A priori, rien sur la malédiction qui l'avait transformée en pierre avant que Rama ne la libère.
Je commençais à avoir de gros doutes et puis est venue la partie
consacrée à Draupadi. Elle comptait deux scènes. La première était celle de
son svayamvar : une cérémonie au cours de laquelle une jeune femme
choisit
son époux. En l'occurrence, le choix devrait se porter sur
celui qui montrerait son adresse à l'arc. C'est Arjuna qui l'emporte. Il me
semble que la danseuse a plusieurs fois souligné le fait que celui-ci était
un brâhmane, en tout cas au moins un deux-fois-né, reonnaissable à son
cordon sacré. Alors en fuite après l'incendie de la maison de laque, Arjuna
se cachait en se faisant passer pour un brâhmane. La deuxième scène est
celle du jeu de dés. Yuddhishthira a tout perdu contre Duryodhana (qui
faisait jouer un tricheur à sa place), y compris lui-même et Draupadi.
Duryodhana envoie Duhshasana la chercher. Elle refuse de se laisser faire,
mais il la traîne de force par les cheveux (c'est beaucoup moins soutenable
que la dernière scène du premier acte du Crépuscule des Dieux où
Siegfried ayant pris les traits de Gunther malmène Brünnhilde). Ensuite, il
tire sur son sari, mais de nouveaux mètres de tissu apparaissent
prodigieusement au fur et à mesure. Elle avait en effet adressé une prière
à Krishna. Cette deuxième scène du jeu de dés était tout particulièrement
bien chorégraphiée et très émouvante.
Comme dans tout le programme, la musique semble le résultat d'un très
bon travail visant à accompagner la dramaturgie. Cela se voit dans le
texte, que je ne comprends pas, mais qui contient suffisamment de
mots-clefs pour qu'il soit évident que les mots employés collent à
l'action. L'utilisation des différents instruments et les choix de
dynamique permettent de souligner les passages importants. De façon assez
originale, les passages purement rythmiques
sont accompagnés non pas
seulement du mridangam et du nattuvangam (auxquels s'ajoutent la voix de la
guru dictant le rythme), mais aussi de la voix du
chanteur, absolument extraordinaire (je n'ai jamais entendu un chant d'une
telle qualité lors d'un récital de bharatanatyam, à part Aruna Sairam, mais
c'était dans un contexte un peu particulier.
Il s'agit donc d'un récital de bharatanatyam dans un style très
narratif, comme j'en ai rarement vu. C'est cependant moins dansant que ne
l'était Srithika Kasturi Rangam. Cela dit, les passages
rythmiques de danse pure
étaient très bien.
Après Draupadi, c'est au tour de Sita. Là encore, l'histoire est parfaitement claire. Elle est découverte dans un sillon de terre par Janaka, qui l'élève. Lors de son svayamvar, Rama l'obtient en bandant l'arc de Shiva. J'avais déjà vu plusieurs fois cette scène particulière lors d'autres récitals. Ici, comme dans l'ensemble du récital, cela pèche un peu par la consision du propos. Il aurait été intéressant (et sans doute plus divertissant) de ne pas montrer seulement Rama en train de réussir l'épreuve, mais aussi de souligner la difficulté de la tâche en montrant quelques autres en train d'échouer plus ou moins lamentablement (le même problème se posait aussi avec l'épreuve réussie par Arjuna). Le plus beau passage de cette partie est intervenu ensuite. Alors qu'elle est dans la forêt avec Rama et Lakshmana, elle aperçoit une antilope dorée (en fait un démon qui a pris cette forme pour la tromper) ; elle demande à Rama de la lui capturer. Lakshmana finit par y aller aussi. Laissée seule, elle est enlevée par Ravana, que la danseuse a caractérisé en suggérant la présence de multiples têtes. Là, il y a eu une brutale ellipse, puisqu'on s'est retrouvé presqu'aussitôt à la fin de la guerre entre les démons d'un côté et Rama et les singes de l'autre. C'est seulement par les lumières qu'a été suggéré l'épreuve du feu que s'inflige Sita pour prouver sa vertu (cela a été presque furtif, pas du tout spectaculaire). Ensuite, la rumeur publique s'empare du bon sens de Rama qui envoie son frère abandonner Sita dans la forêt. Le public mumbaïte a laissé échapper quelques applaudissements lorsque Sita est brièvement sortie de scène (en pensant sans doute que cela signifiait la fin de la pièce) pour revenir aussitôt en ayant donné naissance à ses deux fils jumeaux. La fusion finale de Sita avec la Terre au moment où Rama venait la reprendre n'a été malheureusement suggérée que par les lumières.
C'est Tara, une autre femme du Ramayana, qui a été évoquée ensuite. Cela m'a semblé moins clair, la seule scène bien identifiable a été celle où Rama tue d'une flèche le singe Valin au cours du duel entre Valin et son frère Sugriva.
La dernière femme évoquée est Mandodari, l'épouse de Ravana. Essentiellement, on la voit jouir du luxe de Lanka, puis se lamenter de la mort de Ravana après qu'il a été tué par Rama.
Bien qu'il ne m'ait pas semblé entièrement satisfaisant, j'ai beaucoup apprécié ce récital, qui s'est conclu par les salutations traditionnelles dans un Mangalam.
2011-07-16 01:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-07-15
José Martinez, chorégraphie, adaptation
Marc-Olivier Dupin, musique
François Roussillon, adaptation
Ezio Toffolutti, décors
Agnès Letestu, costumes
André Diot, lumières
Arantxa Sagardoy, assistante du chorégraphe
Jean-François Verdier, direction musicale
Agnès Letestu, Garance
José Martinez, Baptiste
Florian Magnenet, Frédérick Lemaître
Vincent Chaillet, Lacenaire
Clairemarie Osta, Nathalie
Caroline Robert, Madame Hermine
Yann Saïz, Le Comte
Aurélien Houette, Avril, complice de Lacenaire
Arnaud Dreyfus, Jéricho, le marchant d'habits
Takeru Coste, Arlequin
Aurélie Bellet, Rigolette
Christelle Granier, Pamela
Charlotte Ranson, Desdémone
Sarah Kora Dayanova, La Ballerine
Ballet de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Les Enfants du paradis, ballet en deux actes d'après le scénario de Jacques Prévert et le film de Marcel Carné
Approchez Mesdames et Messieurs. Pour la dernière fois ce soir, et
sans majoration du prix des places : Les Adieux de José Martinez
. C'est
ce qu'un des personnages crie lors de la première scène Le boulevard du
Temple. La première de cette reprise ayant été annulée (j'ai déjà reçu
le virement de remboursement !), c'est donc uniquement à cette dernière que
j'assiste. Je l'avais réservée dès qu'il avait été annoncé que José
Martinez y danserait pour la première et dernière fois le personnage de
Baptiste.
Je retrouve un ballet que j'avais aimé lors de sa
création. Entretemps, j'ai vu le film de Marcel Carné (curieusement ;
lors de la création, le ballet était d'après le scénario de Jacques
Prévert
, lors de cette reprise, c'est d'après le scénario de Jacques
Prévert et le film de Marcel Carné
). Tant qu'à faire, on aurait aussi
pu recatégoriser l'ouvrage en ballet-pantomime
, puisque pendant plus
de deux heures, c'est quand même avant tout de pantomime qu'il s'agit. Il
se trouve cependant quelques très beaux moments vraiment dansés.
Les rôles principaux sont tous interprétés de façon enthousiasmante
voire très enthousiasmante. Bien sûr, il y avait le couple principal Agnès
Letestu (Garance) et José Martinez (Baptiste), et les autres, mais ceux qui
m'ont le plus impressionné sont Yann Saïz (Le Comte) et surtout Florian
Magnenet (Frédérick Lemaître), dont on se demande s'il n'a pas été un peu
inspiré par Ivan Vasiliev (en sautant un peu moins haut, certes). Le
passage dansé le plus spectaculaire est le ballet à l'intérieur du ballet
Robert Macaire où, accompagné par le corps de ballet, Frédérick
Lemaître danse avec la Ballerine (Sarah Kora Dayanova). Il était décidément
partout parce qu'à l'entr'acte, il mettait à mort Desdémone (Charlotte
Ranson) au Théâtre du Grand Escalier
, passage que j'ai mieux vu
cette fois-ci, depuis le niveau des deuxièmes loges, même si un éblouissant
chandelier m'a empêché d'apprécier la fin.
Du côté de la musique, on a l'impression d'entendre un remix de tout le
répertoire (il y a par exemple quelques passages très mozartiens dans le
premier acte). C'est indiscutablement agréable à écouter, le rythme est
assez marqué et la musique est suffisamment répétitive pour qu'on soit
entraîné par la musique. On entend quelques emprunts et citations
(notamment le début de la musique de la pub' CNP
: la Valse nº2 de
la Suite pour orchestre de variété nº1 de Chostakovitch).
Cependant, il y a aussi des transitions à la façon des musiques de film
d'horreur qui sont à la limite du vulgaire. Que ce soit pour la musique ou
la danse, on est loin d'assister à un ballet intellectualisant, on est
plutôt dans le grand spectacle.
Les saluts ont été particulièrement émouvants pour cette dernière de
José Martinez (qui reviendra comme étoile invitée l'année prochaine...). On
a vu des lâchers de ballons aux couleurs de l'Espagne. Le danseur a été
très longuement applaudi et il y a eu une énorme standing ovation.
Vers la fin, il est même descendu triompher au milieu du public le long de
l'allée au milieu du parterre (les strapontins n'étant pas utilisés puisque
le personnage de Garance doit emprunter ce même chemin dans le ballet).
Quelques ¡Olé!
...
2011-07-15 00:24+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Théâtre du Châtelet — 2011-07-14
Miami City Ballet
Edward Villella, direction artistique
Orchestre Prométhée
Gary Sheldon, direction musicale
Maurice Ravel, musique (Valses nobles et sentimentales, La Valse)
George Balanchine, chorégraphie (1951)
Karinska, costumes
Jean Rosenthal, lumières
Jennifer Carlynn Kronenberg, Carlos Guerra
Isanusi Garcia-Rodriguez, la mort
La Valse
Frédéric Chopin, musique (quatre nocturnes pour piano, op. 27 nº1, op. 55 nº1 et 2, op. 9 nº2)
Jerome Robbins, chorégraphie (1970)
Anthony Dowell, costumes
Jennifer Tipton, lumières
Francisco Rennó, piano
Tricia Albertson, Didier Bramaz
Mary Carmen Catoya, Reyneris Reyes
Jeannette Delgado, Renato Penteado
In the Night
Igor Stravinski, musique (Symphony in Three movements)
George Balanchine chorégraphie (1972)
Karinska, costumes
John Hall, lumières
Katia Carranza, Carlos Guerra
Tricia Albertson, Daniel Baker, Patricia Delgado, Renan Cerdeiro
Symphony in Three Movements
J'ai décidé au dernier moment d'aller voir le Miami City Ballet au Châtelet : ce soir, il y avait un programme Balanchine/Robbins.
Le premier ballet, sur une musique de Ravel, était un fort agréable divertissement bourgeois. Des couples dansent la valse. Dans le couple principal, la danseuse se fait séduire par un homme en noir qui lui offre des bijoux et de nouveaux vêtements noirs. C'est la mort incarnée. Le ballet est tout juste divertissant, aucunement désagréable à voir, mais la musique interprétée par l'orchestre de jeunes Prométhée me plaît (jolis glissandos des harpes).
Le deuxième ballet est In The Night de Jerome Robbins que j'avais déjà vu dansé par des danseurs du ballet de l'opéra. Je n'ai plus de souvenir précis du décor d'alors. Celui du Miami City Ballet est peut-être un petit peu kitsch : on voit quelques étoiles briller dans le fond. Pour moi, le problème avec cette représentation a été le pianiste. Cela m'a paru très mécanique, sans nuances, bref cela manquait d'interprétation... au point que les deux premiers nocturnes joués m'ont paru presqu'insupportables (en temps normal, je ne suis déjà pas très friand de Chopin, alors là...). Comme la première fois, c'est surtout le pas de deux du troisième couple qui m'a plu, tout comme la quatrième et dernière partie où ils reviennent tous.
Le dernier ballet présenté a été Symphony in Three Movements de Balanchine, sur une musique du même nom de Stravinski. Lors le premier mouvement de cette symphonie, j'ai souvent pensé au Sacre du printemps (un peu plus loin, on trouve aussi un duo de bassons !). Le pianiste de l'orchestre aurait probablement été meilleur que le soliste entendu dans In The Night... Pour ce qui est de la danse, cela m'a fait un peu penser à Rubis (Joyaux) du même chorégraphe. Cela fait assez plaisir de voir les ensembles de danseurs évoluer de façon homogène sur le plateau. Pour le reste, je ne sais pas ce que ce ballet raconte. Vu les costumes, cela pourrait être des jeux plus ou moins sportifs (une sorte d'aérobic) situés sur une plage...
Sans me plaire ou m'étonner autant que d'autres compagnies invitées ici ou là (Ballet du Théâtre Bolchoï, Ballet de Hamburg, Béjart Ballet Lausanne, Ballet national de Chine, Ballet royal du Cambodge), le Miami City Ballet m'a fait passer une bonne soirée et j'ai été content de découvrir deux autres ballets de Balanchine.
2011-07-05 00:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2011-07-04
Aleksandrs Antonenko, Otello
Sergei Murzaev, Jago
Michael Fabiano, Cassio
Francisco Almanza, Roderigo
Carlo Cigni, Lodovico
Roberto Tagliavini, Montano
Tamar Iveri, Desdemona
Nona Javakhidze, Emilia
Chae Wook Lim, Un araldo
Andre Serban, mise en scène
Peter Pabst, décors
Graciela Galan, costumes
Joël Hourbeigt, lumières
Alessandro Di Stefano, chef de chœur
Marco Armiliato, direction musicale
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Otello, Verdi
Je reviens de la première des représentations de cette série d'Otello où Tamar Iveri chante le rôle de Desdemona. J'ai déjà eu l'occasion de dire que je n'appréciais pas spécialement cette chanteuse. Pourtant, lors de la représentation de ce soir, j'ai vraiment apprécié son interprétation (qui semble tendre parfois à rapprocher Verdi de Puccini), nettement meilleure que celle de Renée Fleming... en particulier, dans la chanson du saule et la prière qui suit.
La mise en scène d'Andrei Serban est la meilleure des trois que j'ai vues de ce metteur en scène (après Lucia di Lammermoor et L'Italienne à Alger). Ce n'est pas extraordinaire, mais il y au moins quelques belles images, comme le feu de joie au premier acte. L'idée principale consiste à projeter des vidéos en surimpression sur les décors ou quelque grand voilage quand la situation le suggère ou quand des personnages ont des pensées en flashback. Au début, pendant la tempête, on voit ainsi des images que l'on aurait aussi bien pu voir au début du Tristan et Isolde avec les vidéos de Bill Viola. Cela dit, les feux d'artifice et les ciels bleus, à force, cela lasse un peu. Je ne sais pas exactement pourquoi j'aurais voulu que Otello étouffe Desdemona avec un oreiller, mais ici, il l'étrangle avec un voile blanc. Parmi les images frappantes : le décor de la chambre était complètement blanc, comme le costume de Desdemona lors de ce quatrième acte. La façon dont Otello transperce alors avec son épée des sortes de cloisons faites de voiles blancs encadrés était légèrement ridicule, mais la mise en scène ne m'a paru à aucun moment grotesque.
Grimé en Maure
, Aleksandrs Antonenko est un peu plus crédible
scéniquement que dans la version sans décor et
accessoire. Cela dit, son rôle est assez statique. Vocalement, il m'a
semblé un peu moins à l'aise que la première fois. Le Jago de Sergei
Murzaev n'a tout simplement rien à voir avec celui de Lucio Gallo. Sa
technique est toute différente, plus subtile que celle de Gallo, qui était
cependant meilleur comédien.
Pour ce qui est de l'orchestre, même depuis une place acoustiquement moins favorable que la première fois (mon replacement ninja au fond du premier balcon de face n'a tenu que jusqu'à la fin du premier acte où on a fait entrer des retardataires), cela m'a semblé sublime. Encore une fois bravo au chef Marco Armiliato. Les instruments à vents ont sonné formidablement bien lors de leur ensemble au début du quatrième acte et l'entrée des cordes s'est faite sans rupture. C'est cette même continuité wagnérisante qui m'avait séduit lors de la fois précédente.
2011-07-04 00:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Maison de l'Inde, Cité universitaire — 2011-07-03
Ustad H. Sayeeduddin Dagar, chant dhrupad
Pandit Mohan Shyam Sharma, pakhawaj
Raga Marwa
Raga Lalitha-Gauri
Raga Abhogi
Raga Gumkali
Raga Malkauns
C'est un drôle de concert que celui qui a eu lieu en fin d'après-midi à la Maison de l'Inde et dont j'avais connu l'existence grâce à Klari. Il s'agissait d'un concert de Ustad H. Sayeeduddin Dagar, oncle de Ustad F. Wasifuddin Dagar que j'avais entendu il y a un mois (mais dont j'ai manqué le concert du 21 juin du fait de la grève dans les transports).
Cela a commencé en effet très bizarremment. Alors qu'on s'attendait à un
Alap, le maître (72 ans) a commencé par un śloka dédié à
Ganesh. Il avait dit avant dans un anglais difficilement intelligible qu'il
commençait tous ses récitals ainsi. Il a ensuite repris un programme plus
traditionnel par un raga d'après-midi (Marwa). Le problème, c'est
que le son de sa voix ne portait pas jusqu'au jusqu'au quatrième rang de ce
concert assez confidentiel (une trentaine de spectateurs). Le son des trois
tanpuras était trop amplifié par rapport à la voix du chanteur. Il était
vraiment impossible d'entendre ce que faisait le chanteur. Pendant plus
d'une dizaine de minutes, il y avait vraiment de quoi se dire Au
secours ! Qu'est-ce que je fais ici ?!
.
J'ai été soulagé quand le réglage du son a été corrigé. Il a été
possible de comprendre un peu mieux ce que faisait le chanteur. Cela m'a
paru moins limpide que lors du concert de Wasifuddin Dagar, mais malgré la
voix un peu fatiguée et une gorge parfois capricieuse, le chanteur a fait
un beau développement. Il a parfois fait signe à un de ses étudiants de
chanter un peu. Ce premier raga a duré environ quarante minutes. Il a été
suivi du double raga Lalitha-Gauri, que contrairement au premier,
il a été possible d'apprécier du début à la fin, pendant vingt-cinq
minutes. Pendant cette partie, on a parfois vu le chanteur plaisanter sur
son grand âge, dont résulterait quelques insuffisances, ou, lors d'une
démonstration d'une technique vocale particulière, prononcer un aphorisme
comme The pitch can go against the water.
. On l'a parfois vu en
quelque sorte s'amuser de devoir passer son tour en ratant le train du
rythme imposé par le brillantissime percussionniste (Pandit Mohan Shyam
Sharma, qui accompagnait aussi Wasifuddin Dagar).
Après une pause, la concert a repris. Il a expliqué qu'il était en conflit avec le percussionniste parce que pour jouer certain raga du soir, il lui faudrait davantage d'obscurité (actionner les stores n'y a rien fait, à 20h, c'était comme en plein jour). Le Raga Abhogi qui a été joué sur un rythme très lisible à 5+4+5=14 temps a été absolument sublime. Je n'ai pas vu le temps passer pendant ce développement. En jetant un coup d'œil à l'horloge, j'ai été stupéfié en découvrant qu'il avait duré 40 minutes.
Le rythme à sept temps du Raga suivant, Gumkali, a été plus
difficile à saisir... C'est le seul morceau du concert dont j'aie compris
quelques mots du śloka : Bhaje Damaru
. Il devait donc
probablement s'agir d'un vers dédié à Shiva (comme j'en avais entendu lors
du récital de Gaayatri Kaundinya à Kolkata). Un quart
d'heure plus tard, le public en redemandant, le chanteur a interprété le
Raga Malkauns.
Sans atteindre les sommets du concert de Wasifuddin Dagar et malgré un début raté, cela restera sans doute un fort bon souvenir. Arriver à chanter pendant environ trois heures sans faire naître l'ennui, c'est déjà en soi très remarquable !
2011-07-02 23:51+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Bastille — 2011-07-02
Mark Anthony Turnage, musique (Blood on the Floor, 1994)
Wayne McGregor, chorégraphie
John Pawson, scénographie
Moritz Junge, costumes
Lucy Carter, lumières
Laïla Diallo, assistante du chorégraphe
Jérémie Bélingard, Mathias Heymann, Marie-Agnès Gillot, Dorothée Gilbert, Laurène Lévy, Audric Bezard, Alice Renavand, Josua Hoffalt, Myriam Ould-Braham, Simon Valastro, Aurélie Dupont
Ballet de l'Opéra
Ensemble Intercontemporain
Peter Rundel, direction musicale
John Parricelli, guitare électrique
Peter Erskine, batterie jazz
Martin Roberston, saxophone, clarinette
Michel Benita, guitare basse
Willi Bopp, son
L'Anatomie de la sensation, pour Francis Bacon (création)
Je n'avais pas prévu d'aller à la création de L'Anatomie de la sensation, pour Francis Bacon de Wayne McGregor. Elle devait avoir lieu vendredi dernier, en même temps que la première de la reprise des Enfants du paradis. J'avais choisi cette dernière, mais les deux représentations ont été annulées en raison d'une grève des personnels de l'Opéra à propos de leur régime spécial de retraites.
La deuxième représentation, prévue samedi à 14h30, a également été annulée par manque de répétitions. Mon billet pour cette troisième représentation m'a donc permis, par hasard, d'assister à la création du ballet. Celle-ci a été retardé d'une bonne dizaine de minutes pour faire rentrer les nombreux retardataires (l'entrée dans l'Opéra Bastille n'étant pas facilitée les mesures de sécurité inquisitoriales associées à une manifestation qui avait lieu sur la place de la Bastille à propos de la Côte d'Ivoire).
Ce ballet ne m'a procuré aucune émotion. Ni adhésion, ni rejet. Juste un vide. La musique de Mark Anthony Turnage (1994) n'est pas extraordinaire non plus. Que ce soit dans la musique ou dans la chorégraphie, on ne voit pas du tout où cela mène. Dans la musique, quelques passages pas désagréables du tout grâce à la guitare électrique, mais cela ne fait que deux ou trois numéros sur les neuf parties de la partition et du ballet. La seule chose qui m'ait plu, c'est la scénographie. Le décor est constitué de deux grands panneaux blancs verticaux qui peuvent tourner. Ce serait plus précisément deux éléments comprenant chacun deux panneaux blancs reliés le long d'un côté commun (vertical), les panneaux formant un léger angle (qui est peut-être variable, je ne suis pas sûr d'avoir bien vu). Cela m'a laissé légèrement dubitatif au début, mais par la suite, les lumières et les rotations des panneaux ont créé de très belles configurations, dans lesquelles les danseurs passaient parfois de la lumière à la pénombre.
Autant chez Anna Teresa de Keersmaeker, on peut croire qu'il y a une organisation subtile derrière le désordre apparent, autant ici, tout semble aléatoire, comme passé par un générateur automatique de chorégraphies. Il y a bien eu quelques moments peu déplaisants, mais dans l'ensemble, je trouve que c'est assez mauvais. Comment un chorégraphe peut-il faire en sorte qu'on ait des difficultés à reconnaître Myriam Ould-Braham ?! Parmi les danseuses dont j'arrive à retenir quelques images de ce spectacle, il y a Marie-Agnès Gillot, Alice Renavand et Aurélie Dupont. (J'avais d'ailleurs pris cette place en plus de mon abonnement pour voir Aurélie Dupont qui revient dans cette série de représentation après un congé de maternité. On la voit en tout moins de dix minutes...)
J'avais mal lu la fiche de distribution et pensais que l'œuvre ne comportait que huit parties. Quand Alice Renavand et Josua Hoffalt ont terminé leur partie Crackdow, je pensais que c'était terminé. La neuvième et dernière partie Dispelling the Fears a été un quasi-supplice pour moi, parce que d'une part la musique me déplaisait franchement, et d'autre part il y avait un voile à l'avant-scène qui faisait qu'on ne distinguait plus grand'chose de ce qui se passait sur la scène (qui était faiblement éclairée).
Bref, c'est sans aucune doute ma plus mauvaise expérience de spectateur avec le Ballet de l'Opéra. La seule autre fois où j'étais sorti vraiment peu enthousiaste, c'était pour la soirée Amoveo/Répliques/Genus des chorégraphes Millepied/Paul/McGregor. Pourtant, ce soir-là, j'avais plutôt apprécié Genus...
2011-07-01 02:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2011-06-30
Torsten Kerl, Siegfried
Iain Paterson, Gunther
Peter Sidhom, Alberich
Hans-Peter König, Hagen
Katarina Dalayman, Brünnhilde
Christiane Libor, Gutrune, Dritte Norn
Sophie Koch, Waltraute
Nicole Piccolomini, Erste Norn, Flosshilde
Caroline Stein, Woglinde
Daniela Sindram, Zweite Norn, Wellgunde
Philippe Jordan, direction musicale
Günter Krämer, mise en scène
Jürgen Bäckmann, décors
Falk Bauer, costumes
Diego Leetz, lumières
Otto Pichler, chorégraphie
Stefan Bischoff, création images vidéo
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Götterdämmerung, Wagner
J'ai assisté ce jeudi à la dernière du Crépuscule des dieux à
Bastille. Mon impression a été tout autre que la première
fois. Cela tient peut-être moins à l'interprétation qu'à ma
disposition physique. Lors de la matinée
du 12 juin, j'étais souvent
au seuil de l'endormissement. Ce soir, à la fin, après minuit, j'aurais pu
sans problème enchaîner avec un autre opéra de Wagner.
Lors de cette dernière, je n'avais plus aucune attente vis-à-vis de la mise en scène. J'ai donc pu me concentrer sur la musique, délaissant même les sur-titres, et je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. Du côté des voix, la distribution est sans failles. La Waltraute de Sophie Koch m'a ébloui. Pas de surprises avec Hans-Peter König (Hagen), tout simplement extraordinaire. Très bonnes prestations des autres chanteurs. J'attendais beaucoup de Katarina Dalayman (Brünnhilde). Si cela n'a pas été absolument parfait, je l'ai nettement préférée à Brigitte Pinter. Sa façon d'incarner le rôle m'a paru plus convaincante (dans les limites de la mise en scène de Krämer...). Sa voix m'a également semblé moins fragile. Si la scène finale ne m'a pas ému autant que je l'eusse espéré, il s'est trouvé d'autres moments qui m'ont procuré de bonnes émotions.
Du côté de l'orchestre, je peux retirer quelques uns des griefs qui étaient sans doute liés à une incapacité passagère d'écouter de la musique. Sans être uniformément enthousiaste du début à la fin, j'ai passé une très bonne soirée grâce à l'orchestre. J'ai retrouvé les sublimes clarinettes et hautbois dans l'interlude précédant la rencontre entre Waltraute et Brünnhilde. Le rappel par les violoncelles des adieux de Wotan dans cette scène m'a paru très émouvante. La mort de Siegfried a été superbe, tout comme les réminiscences qui avaient précédé (comme la reprise des motifs associés à l'Oiseau par l'orchestre et Siegfried). Le langage des motifs m'a été intelligible tout du long. Cependant, je n'ai pas été emballé par certains débuts de phrases des cuivres, en particuliers des cors, notamment quand ils ont repris le motif du Rhin. À la fin, les premières apparitions du motif de la Rédemption par l'Amour m'ont semblées un peu disgracieuses (parce qu'à moitié camouflées par le reste de l'orchestre). Toutefois, contrairement à ce qu'il m'avait semblé entendre lors de l'autre représentation à laquelle j'ai assisté, la dernière occurrence de ce motif a été très majestueuse.
Événement rare, le parterre a fait une véritable standing ovation aux artistes.
2011-06-26 21:54+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2011-06-26
Kaushiki Chakrabarty, chant khyal
Subhankar Banerjee, tabla
Gourab Chatterjee, harmonium
Ranjana Gathak, tanpura
Raga Madhuvanti
Raga Kedar
Raga Pilu (Thumri)
Raga Bhairavi (Bhajan)
Je n'avais pas réécouté les enregistrements des concerts de Kaushiki Chakrabarty il y a trois ans lors des Vingt-quatre heures du râga. Ce n'était pas vraiment la peine puisque lorsqu'elle a commencé à chanter cet après-midi, j'ai retrouvé les sensations produites par son style. Au fur et à mesure que l'on avançait dans la première composition (Raga Madhuvanti), quand elle introduisait une nouvelle technique d'ornementation ou d'improvisation, je me sentais comme en terrain connu, quoique déserté depuis trois ans.
Cette première composition a duré un peu moins d'une heure. C'est cette partie du concert que j'ai préférée. Après d'austères vocalises (très ornementées), les percussions sont entrées en douceur. Je n'ai pas du tout compris le vers qui a été chanté et à partir duqeul la chanteuse a improvisé, mais elle a fait preuve d'une technique éblouissante, notamment dans les passages solfiés, où sur un rythme fou, elle prononçeait le nom des notes chantées. Elle a en fait utilisé toutes sortes de techniques différentes, les combinant parfois dans le même mouvement.
Dans cette première pièce, j'ai cependant été plusieurs fois mal à l'aise du fait des multiples incompréhensions qui se sont fait voir et entendre entre la chanteuse et le tabliste.
Après un tel développement, il m'a été difficile de me remettre dans l'atmosphère de la double pièce suivante (Raga Kedar). Après ces pièces de style khyal, Kaushiki Chakrabarty a chanté un thumri (Raga Pilu), une lamentation amoureuse. Au bout d'environ deux heures, le concert s'est terminé par un très beau Bhajan (Raga Bhairavi ?).
2011-06-21 01:18+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre du Châtelet — 2011-06-20
Plácido Domingo, Pablo Neruda
Charles Castronovo, Mario Ruoppolo
Amanda Squitieri, Beatrice Russo
Cristina Gallardo-Domâs, Matilde
Patricia Fernandez, Donna Rosa
Victor Torres, Giorgio
Laurent Alvaro, Di Cosimo
Pepe Martinez, Le Père de Mario
David Robinson, Le Prêtre, Cura
Randy Razafijaonimanana, Pablito
Orchestre Symphonique de Navarre
Chœur du Châtelet
Jean-Yves Ossonce, direction musicale
Alexandre Piquion, chef de chœur
Ron Daniels, mise en scène
Riccardo Hernandez, décors et costumes
Jennifer Tipton, lumières
Jesse Belsky, recréation des lumières
Philip Bussmann, projections vidéo
David Bridel, chorégraphie
Il Postino, Daniel Catán
Je reviens de la première française de l'opéra Il Postino adapté du film du même nom qui était lui-même adapté du livre Ardiente Paciencia d'Antonio Skármeta. Il s'agit d'une fiction imaginée à partir de la vie de Pablo Neruda. Pendant son exil en Italie au début des années 1950, il se serait lié d'amitié avec un postier, Mario, dans lequel il aurait fait naître un intérêt pour la poésie.
Neruda est avec Matilde. Mario séduit Beatrice, mais sa tante Donna Rosa veille. Il vont se marier, mais Mario va mourir lors d'une manifestation communiste qui dégénérera. Pendant ce temps, Neruda sera rentré au Chili, semblant oublier les moments passés avec eux en Italie. Quand il reviendra, il ne retrouvera que Beatrice et son fils, appelé Pablito en hommage au poète. (En trame de fond, il y a aussi un contexte politique de promesses électorales, qui, dans cette localité, tourne autour de la construction d'un réseau d'alimentation en eau digne de ce nom.)
Cette production d'opéra m'a semblé assez peu intéressante. Malgré un
hautbois quelque peu défectueux, on passe plutôt un bon moment avec une
musique douce aux oreilles (nonobstant l'utilisation du piano comme
instrument à percussions). La musique créée une atmosphère, mais elle ne
semble former qu'un arrière-plan pour les voix. La façon dont les voix
chantent (en espagnol) fait beaucoup penser aux opéras de Puccini (en
particulier La Bohème). J'ai trouvé que cela sonnait vraiment trop
à la manière de
, même si ce n'est pas particulièrement désagréable
(je ne snobe pas Puccini !).
Du côté des chanteurs, Plácido Domingo (Neruda) a encore de beaux restes ! et dans le rôle de Mario, Charles Castronovo est véritablement excellent. Je ne l'avais entendu jusqu'à maintenant que dans Mireille. Je suis moins convaincu par les deux sopranos Cristina Gallardo-Domâs (Matilde) et Amanda Squitieri (Beatrice) qui ont des voix puissantes, mais dont j'ai trouvé les aigus assez déplaisants.
La mise en scène est assez triviale. Il y a un certain gâchis dans l'utilisation des décors et accessoires. Toutes les cinq minutes environ, on vient déplacer des accessoires pour en remettre d'autres ou on fait un précipité pour installer un nouveau décor qui servira pendant cinq minutes. L'idée est sans doute de faire quelque chose d'un peu cinématographique (on note quelques travellings avant de décors de l'arrière de la scène vers l'avant). Enfin, bref, ce n'est pas très convaincant.
2011-06-19 23:31+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Au bout de l'Allée des Berges, Sucy-en-Brie — 2011-06-19
Brigitte Chataignier, Hélène Marionneau, Mallika Thalak (Compagnie Prana), danse
Brigitte Chataignier, direction artistique et chorégraphique
Zéno Bianu, texte, voix
Alain Kremski, musique, piano et bols chantants
Denis Gambiez, réalisation sonore
Philippe Lacroix, scénographie
Joe Ikareth, costumes
Sylvain Labrosse, régie plateau
Brigitte Prost, aide dramaturgie
Gangâ
Je suis retourné au festival de l'Oh ce dimanche après-midi. Cette fois-ci, c'est à Sucy-en-Brie, à un kilomètre environ de la station de RER. J'arrive un peu avant une conférence-débat Les paysans indiens face aux techniques modernes avec Esha Shah, ingénieure environnementale et anthropologue, qui s'est intéressée au phénomène du suicide des paysans en Inde. Dans son exposé, elle a présenté quelques aspects de la Révolution verte en Inde, entreprise à partir du milieu des années 1960. Elle a expliqué que paradoxalement, ce ne sont pas les paysans les plus pauvres qui se suicident : ce sont plutôt ceux qui, ayant terrains, machines et main d'œuvre, n'arrivent plus à exporter du fait de la concurrence internationale et ne parviennent plus à rembourser leurs dettes. Des expérimentations prometteuses ont été faites pour retourner à une agriculture sans pesticides, mais cela reste encore très minoritaire.
La dernière représentation du spectacle Gangâ a lieu ensuite. Le décor s'inscrit dans le cadre naturel de ce bord de Marne. Avant la représentation, les danseuses balayent le praticable en bois avec des balais de brindilles typiquement indiens. Au piano électronique, Alain Kremski, dont j'avais tant aimé Melancolia créé à Pleyel il y a un mois, se dégourdit les doigts en jouant quelques mesures de la Première Gymnopédie (Satie).
Le spectacle commence. Il met en scène trois danseuses en kurta-pyjamas (jaune, bleu et rouge) et un récitant-poète. Le texte, quasiment chuchoté, est une poésie rimée évoquant la Gangâ dans un style dépouillé et hermétique. Il ne m'en reste presqu'aucun souvenir, si ce n'est une énumération de villes et villages où passe la Gangâ (ou certains de ses affluents, puisque Kedarnath apparaissait dans cette liste). À de nombreux moments, vu l'extrême lenteur des mouvements, on est vraiment à la limite de la danse. Il faut quand même noter la difficulté qu'il doit y avoir à maintenir certaines postures pendant de longues secondes, alors que le vent s'immisce dans cette représentation en plein air.
La chorégraphe Brigitte Chataignier (que j'avais trouvée plus
convaincante en danseuse de mohiniattam) utilise dans sa
chorégraphie contemporaine
des éléments issus des danses indiennes :
mouvements rythmiques des pieds, langage des mains et des bras (évocation
des poissons, des éléphants, etc). Curieusement, quand elle prend une
posture qui ne peut vraisemblablement être que celle de Shiva-Nataraja, son
bras gauche est orienté vers le bas alors qu'usuellement, il serait être
tourné vers la droite, quasi-flasque, faisant penser à une trompe
d'éléphant. Dans une scène parlée (mais inaudible) dans une langue
indéterminée, il semble que les danseuses reproduisent
une scène de lavandières travaillant au bord de la rivière. Plus loin, on
les verra danser de façon plus enjouée sur une musique enregistrée
Bollywood, circa 1950 ; ce sera le seul passage que l'on pourrait qualifier
de pas de trois
.
Parmi les moments saisissants, celui où la danseuse en bleu Hélène Marionneau trempe sa longue chevelure dans un mini-bassin carré placé au fond de la scène, puis se dresse, projetant ses cheveux vers l'arrière, décochant de multiples gouttelettes. La troisième danseuse (en jaune) Mallika Thalak m'a semblé particulièrement à l'aise avec les éléments de la chorégraphie provenant du bharatanatyam, en commençant par un port de tête exquisement gracieux.
La réalisation sonore de Denis Gambiez reproduit l'ambiance de scènes
réelles enregistrées au bord de la Gangâ. J'ai trouvé que cela avait une
importance un peu trop grande par rapport à la musique interprétée par
Alain Kremski. Celle-ci se termine tout en beauté par l'utilisation de
bols chantants
, des instruments à percussions tout en résonance.
Globalement, le spectacle m'a un peu plu, mais sans m'enthousiasmer au plus haut point.
2011-06-18 18:04+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2011-06-17
Aleksandrs Antonenko, Otello
Lucio Gallo, Jago
Michael Fabiano, Cassio
Francisco Almanza, Roderigo
Carlo Cigni, Lodovico
Roberto Tagliavini, Montano
Renée Fleming, Desdemona
Nona Javakhidze, Emilia
Chae Wook Lim, Un araldo
Andrei Serban, mise en scène
Peter Pabst, décors
Graciela Galan, costumes
Joël Hourbeigt, lumières
Alessandro Di Stefano, chef de chœur
Marco Armiliato, direction musicale
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Otello, Verdi (sans décors ni accessoires)
Une grève à l'Opéra a fait que cette représentation de l'Otello
de Verdi s'est faite sans décors. Le mouvement devait être plus étendu que
d'habitude puisque les chanteurs n'avaient à leur disposition aucun
accessoire. En sus, parmi eux, il y en avait au moins deux qui ne jouaient
pas (Otello et Desdemona). Scéniquement, c'était bien en dessous de ce qui
se voit dans les représentations d'opéras annoncées à l'avance comme étant
en version de concert
. Lors de la dernière série de représentations
de L'Italienne à Alger, j'avais trouvé que la
version sans décors avec mise en scène improvisée était meilleure que la
version normale (mise en scène par Andrei Serban). Je n'ai pas encore vu
sa mise en scène d'Otello, je pourrai comparer plus tard...
Le renoncement d'un certain nombre de spectateurs m'a permis, avec d'autres, de bénéficier d'un replacement de première catégorie au premier rang centré du premier balcon.
Du côté de la musique (l'orchestre de l'Opéra dirigé par Marco Armiliato), j'ai trouvé cette représentation sublime. Les sonorités de l'orchestre passent par de nombreux états au cours de l'opéra, les orchestrations des différents moments étant très variées, chacune convenant aux sentiments ou à la situation particulière. Dans la mise en musique du texte, on trouve peu de passages que l'on pourrait qualifier d'airs. On observe au contraire une grande continuité dans la musique, dont la tension ne retombe jamais. Bref, c'est assez wagnérien... L'atmosphère d'une phrase musicale confiée aux violoncelles me fait d'ailleurs penser à un passage similaire dans le premier acte de La Walkyrie. On trouve même des motifs, en tout cas au moins un, utilisé au dernier acte comme réminiscence de l'amour d'Otello et Desdemona avant que la jalousie n'y fît obstacle. Parmi les moments très forts, j'ai apprécié l'utilisation des contrebasses pour accompagner l'entrée en scène d'Otello alors qu'il va commettre l'irréparable.
S'il avait été un peu plus comédien, j'aurais été totalement convaincu par Aleksandrs Antonenko (Otello). Le jeu de Renée Fleming (Desdemona) a été également très en retrait, mais je n'ai pas beaucoup apprécié sa voix, qui quoique dotée d'un joli timbre, m'a semblée assez inconstante et peu puissante. Mon impression négative sur la première partie de la représentation s'est cependant un peu améliorée dans les deux derniers actes. J'ai lu beaucoup de commentaires assassins sur le baryton Lucio Gallo (Jago). Moi, je l'ai trouvé très bien. C'était aussi le seul à véritablement jouer son rôle, qui est tout en duplicité.
2011-06-15 02:57+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Le Moulin Brûlé, Maisons-Alfort — 2011-06-14
Sanjip Dasgupta, sarod
Raga Desh
Brigitte Chataignier, danse
Deux pièces de Mohiniattam
À la suite de deux exposés épuisants (51 transparents en deux heures) et bien que faisant ainsi je manquais le cocktail de cette école d'été (sic), je me suis précipité à Maisons-Alfort pour aller écouter une conférence à propos de la Ganga comme me l'avait suggéré un des organisateurs, par ailleurs lyricomane.
La conférence a lieu au Moulin Brûlé, situé sur l'île de Charentonneau au bord de la Marne. Elle est précédée par deux programmes culturels.
Cela commence par un Raga de la saison des pluies (la post-traduction en français a été plus que fantaisiste sur ce point-là !) : Raga Desh, interprété au sarod par Sanjip Dasgupta, originaire de Kolkata. Le début fait penser à une traduction dans cet instrument de ce qui se fait dans la musique vocale hindustani. Pendant la première partie, les suites de notes jouées commencent systématiquement par les mêmes deux premières notes (du grave vers l'aigu). Les notes suivantes se compliquent au fur et à mesure que l'on avance. L'interprète utilise une technique élaborée de vibrato. Dans la musique carnatique, j'ai très souvent vu des violonistes jouer une note, puis faire monter le son vers l'aigu ou le grave en faisant glisser amplement le doigt de la main gauche vers le haut ou vers le bas. Il me semble que le geste n'était jamais que dans une seule direction. Ce que fait l'instrumentiste de ce soir est plus évolué : après avoir fait vibrer la corde, il peut déplacer le doigt dans une direction pour faire baisser la hauteur, puis, sans relancer la vibration de la corde, faire repartir son doigt dans l'autre direction. Plus tard, l'interprétation se fait plus virtuose et le musicien est rejoint par un tabliste (que la faible amplification de l'instrument ne permettra pas véritablement d'entendre). La sonorité du sarod (que je n'avais entendu qu'au disque) est une très belle découverte.
Ensuite, la danseuse Brigitte Chataignier entre en scène pour interpréter deux courtes pièces de Mohiniattam, la danse traditionnelle féminine du Kerala (que je n'avais vue qu'une fois lors des vingt-quatre heures du Raga). Comme il m'avait semblé la première fois, les mouvements et posture des mains rappellent ceux du bharatanatyam. Les pieds semblent avoir essentiellement un rôle rythmique (grelots aux chevilles), l'essentiel étant fait par le haut du corps. On est très loin de la recherche d'effets et de vitesse que l'on observe parfois dans le bharatanatyam. De façon amusante, il semble que comme dans la danse/théâtre du Kerala, le kathakali, un effort particulier soit porté sur l'expression faciale, par le contrôle le plus individualisé que possible des muscles faciaux (permettant de faire bouger un sourcil en maintenant le reste du visage impassible...). La première pièce était sur le Raga Cakravaka et se finissait par une prière à Shiva et Parvati, des divinités qui ont été presque furtivement évoquées dans la chorégraphie.
La deuxième pièce est un Padam (Raga Ahari ?). L'annonce du thème m'a presque fait sursauter tant il est typique : une femme se languit de Vishnu auprès de sa confidente (le Dieu est désigné par un nom inconnu de moi, peut-être parce que c'était en malayalam ?). Ce dernier sera évoqué dans la chorégraphie sous la forme où on le voit couché sur l'océan cosmique. Quand le dieu Kama lui lancera des flèches, on se serait cru dans Armide et Renaud, ballet à l'intérieur du ballet Flammes de Paris. La femme se fera ensuite aussi belle que possible pour aller à la rencontre du Dieu. Cette danse étant lente et dépourvue de spectaculaire, il me semble a priori extrêmement délicat de l'interpréter de façon convaincante. Pourtant, j'ai été assez convaincu par cette danseuse.
La conférence, qui devrait être faite par Veer Bhadra Mishra, est faite par un autre responsable de la Sankat Mochan Foundation : Prof. S. N. Upadhyay. Il commencera par expliquer le sens religieux de la Ganga pour les hindous (expliquant curieusement que les habitants de Varanasi n'en sont pas, puisqu'ils pratiqueraient le Sanatana Dharma). Sur les transparents de la présentation, on peut lire un certain nombre de śloka sanskrits avec ou non une traduction en anglais. (Il y avait une traduction simultanée en français sur écouteurs, mais j'ai préféré écouter la VO.) Du côté de la mythologie, il a fait référence à la légende suivante qui est notamment racontée dans le premier livre du Rāmāyaṇa (pour plus de détails, voir mon résumé...) :
Ils se dirigent maintenant vers Mīthilā, le royaume de Janaka. Durant ce trajet, Viśvāmitra raconte de nombreuses histoires, notamment celle de la traversée des mondes de la Gaṅgā pour rejoindre l'océan. Le roi Sagara avait obtenu de Bhṛgu une nombreuse descendance par ses austérités : sa première épouse eut un fils Asamañja et sa deuxième épouse préféra donner naissance à soixante mille fils. Sagara voulut célébrer un sacrifice de cheval, mais Indra vola le cheval, ce qui devait plonger Sagara dans le malheur. Il demanda à ses fils de retrouver le cheval : ils parcoururent la surface de la terre, puis creusèrent, creusèrent, à tel point que la terre (identifiée à l'épouse de Viṣṇu) se mit à crier. Aux extrémités des mondes souterrains, ils rencontrèrent les énormes éléphants gardiens des points cardinaux. Mais Brahmā avait tout prévu : les soixante mille fils de Sagara devaient être brûlés par l'ardeur de Viṣṇu qui avait pris la forme du sage Kapila. Le petit-fils Aṃśumān de Sagara par Asamañja était un homme bon, son grand-père lui donna la mission de retrouver ses soixante mille oncles et de retrouver le cheval du sacrifice. Il fallait procéder aux rites funéraires de ces soixante milles hommes ; la solution fut trouvée par Bhagīratha, le petit-fils d'Aṃśumān : satisfait de son ascétisme, Brahmā fit tomber les eaux de Gaṅgā sur la chevelure de Śiva. Guidée par Bhagīratha, Gaṅgā finit par s'écouler sur la terre et atteindre l'océan et les mondes souterrains pour submerger les cendres des fils de Sagara.
L'embouchure de la Ganga, au Sud de Kolkata, est justement voisine de l'île de Gangasagar. Il s'y trouve un temple qui fait référence à cette légende (mais je n'ai pas encore eu l'occasion d'y aller). C'est aussi pour cette raison qu'une des deux rivières qui confluent à Devprayag pour former la Ganga s'appelle la Bhagirathi.
Il a expliqué l'état désastreux de pollution de la Ganga (et du Varuna
et de l'Assi) autour de Varanasi, la principale source de pollution étant
les nombreuses évacuations d'égoûts directement raccordées au fleuve. Il a
expliqué le projet de sa fondation de construire une canalisation passant
sous les ghats et dans laquelle les égoûts se déverseraient plutôt que dans
le fleuve, cette canalisation acheminant les eaux usées jusque sur un
terrain situé au Nord Est de la ville (au prix peut-être du détournement
d'un petit bras du fleuve, je ne suis pas sûr d'avoir bien compris), ce
terrain (appartenant au gouvenement) pouvant accueillir un certain nombre
de bassins de décantation et de retraitement (par des moyens
naturels
). La raison pour laquelle Veer Bhadra Mishra n'était pas
présent était justement qu'il devait discuter auprès du gouvernement
central de ce projet. Un autre projet-test de retraitement des eaux usées a
également été évoqué : sous-dimensionné, il sera situé en amont du fleuve,
non loin de la Banaras Hindu University.
Le Festival de l'Oh (centré cette année autour de la Ganga) continue ce week-end...
2011-06-13 00:16+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2011-06-12
Torsten Kerl, Siegfried
Iain Paterson, Gunther
Peter Sidhom, Alberich
Hans-Peter König, Hagen
Brigitte Pinter, Brünnhilde
Christiane Libor, Gutrune, Dritte Norn
Sophie Koch, Waltraute
Nicole Piccolomini, Erste Norn, Flosshilde
Caroline Stein, Woglinde
Daniela Sindram, Zweite Norn, Wellgunde
Philippe Jordan, direction musicale
Günter Krämer, mise en scène
Jürgen Bäckmann, décors
Falk Bauer, costumes
Diego Leetz, lumières
Otto Pichler, chorégraphie
Stefan Bischoff, création images vidéo
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Götterdämmerung, Wagner
Épisodes précédents :
Comme je l'avais fait pour le prologue et les deux premières
journées
du festival scénique du Ring, voici un résumé de
la dernière. Dans le prologue du Crépuscule des Dieux, trois
nornes se lamentent sur les fautes commises par Wotan : il a bu à une
source, il a fait tomber le frêne du monde, il a dompté le feu Loge. Elles
annoncent l'incendie du Walhalla. On retrouve ensuite Siegfried et
Brünnhilde là où on les avait laissés à la fin de Siegfried. On
assiste à une scène d'adieux, Siegfried s'en allant pour de nouveaux
exploits. Il laisse à Brünnhilde le soin de conserver l'anneau.
Au début du premier acte, de nouveaux personnages (Gibichungen, vivant au bord du Rhin) préparent un mauvais tour à Siegfried. Hagen, fils d'Alberich, voudrait que Gutrune et Gunther se marient. À Gunther, il vante les mérites de Brünnhilde, mais il dit aussi qu'elle réside dans un lieu inaccessible pour lui. La seule solution est que Siegfried aille l'y prendre pour lui. En échange, on lui donnera la main de Gutrune. (Ce qui intéresse Hagen, c'est bien sûr l'anneau !) Comme par hasard, Siegfried passe par là, on lui sert quelque breuvage enchanté, et il tombe immédiatement sous le charme de Gutrune. Il a complètement oublié Brünnhilde. Il accepte d'aller la chercher en prenant les traits de Gunther grâce au pouvoir du Tarnhelm. De leurs sangs mêlés, Gunther et Siegfried scellent un pacte. Mort à celui qui viendrait à le rompre. Nous sommes de retour au rocher de Brünnhilde, où celle-ci reçoit la visite de Waltraute, une autre Walkyrie. Les deux femmes ne peuvent se comprendre. Waltraute voudrait qu'elle rende l'anneau aux filles du Rhin, mais pour Brünnhilde, ce serait trahir Siegfried. C'est celui-là-même qui vient la trahir, comme il a été manigencé plus haut. Il lui arrache l'anneau des mains. Ils passent la nuit ensemble, mais l'honneur selon Siegfried est sauf puisqu'ils sont séparés l'un de l'autre par l'épée Notung.
Au début du deuxième acte, Alberich vient attiser les désirs de Hagen, l'incitant à tuer Siegfried. Plus tard, Siegfried, précédant Gunther et Brünnhilde revient chez les Gibichungen. Il explique à Hagen et Gutrune ce qui vient de se passer. On s'apprête à célébrer l'union de Gunther et Brünnhilde et de Gutrune et Siegfried. Quand le nom de Siegfried est prononcé, Brünnhilde comprend qu'elle a été trahie (pour l'enlever, Siegfried avait pris la forme de Gunther, elle ne pouvait donc pas le reconnaître, mais d'un autre côté, elle avait la promesse de Wotan que seul un vaillant héros pourrait traverser les flammes pour la rejoindre...). Brünnhilde décide de provoquer la zizanie. Elle s'étonne que ce soit Siegfried qui porte l'anneau à son doigt, vu que c'est Gunther qui est censé l'avoir enlevée. Siegfried est persuadé d'être tout ce qu'il y a de plus honorable, il ne comprend pas ce que dit la femme de Gunther. Ces paroles déclenchent la colère de Gunther, qui est attisée encore davantage par Hagen. Avec Brünnhilde, ils décident de tuer Siegfried. Elle leur indique que la seule manière est de l'atteindre dans le dos. Par égard pour Gutrune, on décide de faire passer le meurtre pour un accident de chasse.
Au troisième acte, lors de la chasse, Siegfried s'est détaché du groupe. Il se retrouve au bord du Rhin et rencontre les trois filles du fleuve. Celles-ci chantaient, espérant voir arriver celui qui leur rendrait l'anneau. Elles lui expliquent que l'anneau est maudit et que la seule manière de lever cette malédiction est qu'il leur donne l'anneau. Lui explique qu'il n'a pas appris la peur. Elles lui annoncent qu'il va mourir le jour-même. À un moment de la discussion, il offrirait bien l'anneau contre l'amour d'une des filles du Rhin, quoique ce soit inconvenant vis-à-vis de Gutrune. Après quelques hésitations, Siegfried garde finalement l'anneau. Hagen, Gunther et les autres chasseurs le rejoignent. On discute, on discute. Siegfried se retrouve à raconter son enfance... Il en vient à expliquer qu'il a obtenu la faculté de comprendre le langage des oiseaux en tuant le dragon Fafner. Il raconte ce que l'oiseau lui avait chanté dans Siegfried. Pour lui faire retrouver encore un peu mieux la mémoire, on lui faire boire un nouveau breuvage. Il prononce avec ardeur le nom fatidique de Brünnhilde. Hagen le tue d'un coup de lance dans le dos. Dans la dernière scène, on rentre de la chasse. Gutrune est inquiète. Serait-il arrivé quelque chose à Siegfried. On n'arrive pas à lui cacher longtemps la vérité. Elle se lamente du malheur apporté par Brünnhilde. Celle-ci demande qu'on dresse un bûcher funéraire. Avant de s'y jeter, elle lance un trait enflammé en direction du Walhalla... Le Rhin envahit les lieux. Les filles du Rhin s'emparent de l'anneau. Devenu fou, Hagen se précipite désespérémment dans le Rhin pour tenter de récupérer l'anneau, en vain.
Du côté de la mise en scène de Günter Krämer, si celles de Das Rheingold et de Die Walküre m'avaient déplu et si celle de Siegfried m'avai semblée assez satisfaisante, il y avait dans tous les cas de la matière (avec laquelle on pouvait ou non être en accord). Dans Götterdämmerung, il n'y a strictement rien et tout est extraordinairement statique. On n'observe aucune cohérence d'ensemble entre les quatre volets de la tétralogie, ou si on avait pu croire qu'il y en avait une, le metteur en scène montre que ce n'était qu'une vaste plaisanterie. Le fameux grand escalier qui reliait la terre au Walhalla reparait ici il me semble deux fois. Une fois quand Waltraute descend pour rencontrer Brünnhilde. C'est normal. Plus loin, le même escalier fait office de gradins pour le chœur en rang d'Oignon qui accueille l'arrivée de Gunther et Brünnhilde. Un troisième lieu de villégiature a été donné à Brünnhilde. Alors qu'on l'avait quittée sous une simple table dans Die Walküre, elle avait reparu couchée sur le grand escalier, légèrement en hauteur. Dans ce dernier volet, on la retrouve dans un nouveau lieu avec néanmoins toujours ladite table. Quand Waltraute viendra la voir, il y aura encore eu des changements, des meubles ayant été ajoutés faisant de Brünnhilde une parfaite bourgeoise.
Les Nornes sont habillées de sobres robes noires. Dans la deuxième partie du prologue, elles restent immobiles au fond de la scène. Vers la fin, elles passent par dessus leur robe le costume hideux des Filles du Rhin vu dans Das Rheingold. Quelques secondes plus tard, elles retrouvent leur costume précédent et font cependant quelques mouvements ondulatoires avec les mains derrière un grand écran vertical transparent où s'animent des images fluviales. Pourquoi pas. Mais pourquoi donc s'en vont-elles à peu près précisément au moment où les motifs présents dans la musique se mettent justement à évoquer le Rhin (Siegfrieds Rheinfahrt). À ce moment-là, un ballet ridicule est exécuté par des hommes habillés en femmes qui disposent des tables et des bancs (dont on ne fera aucun usage plus tard).
Le grand écran électrique transparent devient le principal ingrédient
scénographique de cette production. Cela fait d'ailleurs un peu peur dans
la première partie quand on voit ce haut échafaudage tourner avec tout le
décor autour d'un axe tandis que les nornes s'avancent. À la fin de
l'opéra, avant la réapparition des filles du Rhin, il n'y a en scène que
Brünnhilde, le grand écran et le corps de Siegfried. La scène m'a paru bien
ennuyeuse... Elle se termine en pied de nez : sur l'écran apparaissent des
images d'un jeu vidéo style Doom
où il faut dégommer le maximum de
dieux.
L'autre trouvaille a été de faire de Hagen un personnage en fauteuil
roulant, plus ou moins manipulé par Alberich, qui, scandâââle, prononce les
dernières paroles de l'opéra : Zurück vom Ring!
, alors que ce sont
les derniers mots de Hagen dans le livret.
Il y a peut-être une scène qui est à peu près réussie : celle où Siegfried prend la forme de Gunther grâce au Tarnhelm pour enlever Brünnhilde. Les interprètes de Siegfried et Gunther sont tous les deux en scène, Siegfried posté derrière Gunther en tenant le Tarnhelm devant lui pour dissimuler son visage à la vue de Brünnhilde. On pourrait penser que pour le metteur en scène, seul Siegfried est présent et Gunther n'est qu'une marionnette (incapable de faire du lip synch) apparue par le pouvoir du Tarnhelm, mézalor il est étrange que les interprètes de Brünnhilde et Gunther se retrouvent couchés collés l'un contre l'autre tandis que de l'autre côté de la scène Siegfried jure devant Notung qu'il reste à l'écart de l'épouse de Gunther. Ou bien il faut penser que Gunther est aussi présent avec Siegfried, mézalor on contredit la suite du livret puisque Gunther n'est censée rencontrer Brünnhilde que le lendemain.
Parmi les autres bizarreries, dans les moments qui précèdent le meurtre de Siegfried, celui-ci refuse de prendre le breuvage (du whiski probablement) que lui tend Hagen. Comment retrouve-t-il la mémoire sans ça ?
Pour moi, des quatre mise en scène que l'on a vu dans ce cycle, c'est indiscutablement celle qui est la plus ratée.
Du côté de la musique, alors que j'avais été véritablement enchanté par la prestation de l'orchestre dans Siegfried, je sors de cette représentation relativement déçu. Il s'est trouvé un certain nombre de passages où j'avais l'impression qu'il y avait des hésitations au démarrage et d'autres où des phrases musicales m'ont paru méconnaissables (exemples : motifs des Gibichungen, du meurtre, de la rédemption par l'amour), en tout cas moins claires que ce à quoi je suis habitué. Cette impression générale est peut-être liée au fait qu'il soit beaucoup fait usage des cuivres dans cet opéra. Parmi les bonnes choses, il y a eu les fabuleuses interventions des clarinettes puis des hautbois reprenant le motif de Brünnhilde, repris par l'orchestre et culminant en un rappel du Salut au monde avant l'entrevue de Brünnhilde avec Waltraute. Dans la marche funèbre de Siegfried, on a entendu un fort beau déploiement de décibels. (À noter aussi, cela dure une demi-heure de plus que la version Boulez/Chéreau !)
Du côté des voix, presque tous les rôles me semblent fort bien interprétés. Hans-Peter König est superbe en Hagen, comme Iain Paterson en Gunther. J'ai aussi aimé les Filles du Rhin, les Nornes, Gutrune, Waltraute. Même Torsten Kerl (Siegfried) que j'avais eu du mal à entendre dans Siegfried passe sans souci la rampe.
Mon principal problème avec cette représentation vient de l'interprète de Brünnhilde, Brigitte Pinter, qui a dû remplacer Katarina Dalayman (souffrante). Conditions peu idéales pour une prise de rôle ! J'ai été gêné par la voix un peu fatiguée qui ne tient pas toujours jusqu'au bout des phrases et qui est parfois recouverte par l'orchestre. Cela n'admet pas vraiment d'explication rationnelle et cela ne se commande pas, mais je suis très étonné de n'avoir absolument pas été ému par la scène finale.
PS : Mon avis sur l'orchestre s'est bonifié lors de la dernière représentation.
2011-06-06 00:54+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Institut des Cultures d'Islam — 2011-06-05
Ustad F. Wasifuddin Dagar, chant dhrupad
Pandit Mohan Shyam Sharma, pakhawaj
Raga Multani
Raga Bhupali
Deuxième concert de dhrupad de ma vie après celui des Gundecha Brothers à la fin des Vingt-quatre heures du râga en 2008. C'est grâce à Klari que j'ai eu connaissance de ce concert à l'Institut des Cultures d'Islam. Nous n'avons pas très bien compris comment il eût fallu faire pour réserver. Comme c'était gratuit, on a été suffisamment gentil pour nous laisser entrer et nous installer sur des petits coussins au deuxième rang, le public plutôt fourni s'étant assis comme nous sous le dais transparent abritant la scène ou ayant trouvé un banc ou une chaise auprès des tables situées tout autour. Ce sentiment des minutes précédentes de ne pas savoir si je pourrais assister au concert m'a fait penser aux expériences semblables que j'ai faites en Inde : voir le jour-même l'annonce d'un programme potentiellement intéressant dans un lieu inconnu, noter l'adresse, essayer de trouver un moment au cours de la journée pour aller sur Internet pour récupérer des informations éventuelles sur le lieu, passer des coups de fil pour voir si c'est payant ou non, s'il faut réserver avant de venir, estimer le temps nécessaire (voir large) pour s'y rendre, se perdre en chemin, le retrouver et apprécier un concert inoubliable comme celui de Gaayatri Kaundinya lors de mon dernier séjour à Kolkata.
Le chanteur Ustad F. Wasifuddin Dagar sera accompagné par le percussionniste Pandit Sharma (pakhawaj) et de deux tanpuras actionnés par deux femmes. Je n'ai jamais été aussi près de ces instruments, à l'impressionnante caisse de résonance. De plus, bien que nous soyons en plein air dans une cour, la sonorisation, qui mettra un certain temps à être réglée, est très légère. Ceci fait que l'on a pu entendre très clairement le son des tanpuras lorsque l'Ustad les a accordés. Cela doit d'ailleurs être un des premiers concerts de musique indienne sans tanpuras électroniques auxquels j'assiste.
Le raga interprété pendant la première partie du concert est Multani. Avant de commencer, Wasifuddin Dagar a bredouillé une explication pas très nette sur le sens du vers qu'il utiliserait dans la composition. Bien qu'il soit musulman, le vers utilisé provient de la mythologie hindoue. Je comprends juste qu'il est à la fois question de Hari (nom de Vishnu, souvent attribué à son avatar Krishna, qui est aussi appelé Giridhar, celui qui porte la montagne (pour protéger les bouviers des pluies diluviennes déclenchées par Indra à ceux qui ne voulaient pas lui rendre de culte), voyez cette photographie d'une représentation à Vrindavan) et de Har(a) (nom de Shiva, dont le chignon tressé amortit la descente de la rivière Ganga, voir par exemple le kitschissime jet d'eau vertical qui sort des cheveux de cette statue de Shiva dans le temple Shri Durgiana à Amritsar ou la petite tête qui dépasse du sommet du chignon sur cette photographie prise lors d'une cérémonie du soir au bord de la Ganga à Rishikesh).
Après une présentation de la gamme qui serait utilisée, le concert proprement dit a commencé. Je ne sais pas exactement combien de temps a duré cet Alap ; je dirais au moins une demi-heure ! Avec le seul accompagnement des tanpuras, le chanteur a laissé les différentes notes entrer progressivement dans le système. Le tout a été fait avec une douceur extrême seulement perturbée par quelque bruit de klaxon ou de moteur dans les environs qui ont fait poindre quelque sourire au bord des lèvres du musicien. Il se montre capable de tenir une note pendant une durée invraisemblable tout en faisant un decrescendo poussé jusqu'au complet évanouissement de la note. Il me semble aussi entendre des ornementations dans lesquelles le chanteur fait varier très légèrement la hauteur du son autour de la note juste.
Le percusionniste entre ensuite en action. J'ai été surpris par le rythme frénétique de sa première intervention, se superposant à la pulsation plus modérée du chanteur. Pourtant, les deux musiciens m'ont semblé jouer ensemble en bonne intelligence. Le chanteur passe des vocalises au texte du vers. Dans un premier temps, les phrases musicales paraissent assez régulières. Dans un deuxième temps, le chanteur et le percussionniste laissent se développer leur sens de l'improvisation. Les phrasés sont souvent très fluides, parfois plus hachés. Toutes sortes de techniques vocales sont utilisées, comme la nasalisation bouche fermée. Un silence respectueux accompagne le moment où la dernière note s'éteint, suivi d'applaudissements enthousiastes.
J'ai beaucoup aimé ce raga qui aura été développé sur un peu plus d'une heure. La maîtrise du pppp par le chanteur est stupéfiante. Les techniques d'improvisation m'ont paru moins éblouissantes que celles de la sus-nommée Gaayatri Kaundinya (chant khyal) qui reste ma référence en la matière. Dans la séance de questions-réponses avec le public qui a suivi l'entr'acte, il a notamment expliqué que dans la tradition d'interprétation à laquelle il appartient (Dagarvani), les phrases musicales ressemblent plus à des phrases d'une voix naturelle, par opposition à d'autres styles comme le khyal où ce serait plus découpé. Dans toutes ses réponses, il a fait preuve d'un certain sens de l'humour. Un autre raga, Bhupali, a été joué pour conclure le concert : on est entré beaucoup plus vite en matière et cela a été malheureuseument assez court, faute de temps.
Wasifuddin Dagar chantera au même endroit le 21 juin prochain...
2011-05-29 03:30+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Temple des Batignolles — 2011-05-28
Orchestre des Concerts Gais
Marc Korovitch, direction
Mathieu Rolland, alto
Romance pour alto et orchestre, op. 85 (Max Bruch)
Konzertstück pour 4 cors et orchestre, op. 86 (Schumann)
Christine Dune, soprano
Ich bin der Welt abhanden gekommen (Mahler)
Pavane, op. 50 (Fauré), version orchestrale
Ballade nº4, op. 52 (Chopin), orchestration d'Anthony Girard
Pop-corn (Gershon Kingsley), orchestration de Mathieu Rolland
J'ai assisté samedi soir au temple des Batignolles à un concert de l'Orchestre des Concerts Gais. Full disclosure : que l'orchestre ait parmi ses membres Djac Baweur, Klari et Zvezdo a de quoi tempérer quelque peu mon impartialité. Bien que l'on n'aille évidemment pas voir un orchestre amateur dans le même état d'esprit que l'on va écouter le LSO, mon impression sur ce concert a été très bonne.
Le programme commence par la Romance pour alto et orchestre de
Max Bruch, un
compositeur que je ne connaissais pas. L'œuvre est très agréable à écouter
(et à voir, à moins de deux mètres du soliste...), elle porte bien son nom
romance
. Les spectateurs des premiers rangs avaient été prévenus du
fait que quatre cors prendraient place juste devant eux. En effet, ils sont
maintenant là pour le Konzertstück pour quatre cors et orchestre
de Schumann. Certes, c'est du Schumann, fortement atteint par un syndrome
hydravionesque à la fin du premier mouvement, mais le deuxième mouvement
(lent) est quand même très beau.
Après un entr'acte où spectateurs et musiciens peuvent découvrir une buvette bien plus appétissante que celle de tous les les théâtres parisiens réunis (mais je me suis retenu de goûter à un seul des gâteaux présentés), l'orchestre a repris place pour un Lied de Mahler : Ich bin der Welt abhanden gekommen (Me voilà coupé du monde). Il est chanté par la soprano Christine Dune. Pour moi, cela a été le point culminant de ce concert. Parmi les instruments à vents, on entend un fabuleux hautbois (un cor anglais me précise Klari). Les équilibres trouvés dans la riche orchestration sont superbes. L'interprétation de la chanteuse et de l'orchestre m'a semblé extrêmement émouvante.
La Pavane de Fauré qui suit est manifestement aussi agréable à
écouter pour les spectateurs qu'à jouer pour les musiciens. Le programme se
conclut avec une version orchestrale de la Ballade nº4 de Chopin
dont j'avais quelque souvenir d'un enregistrement au piano. J'ai rarement
eu l'occasion de faire des comparaisons entre des versions orchestrées ou
non d'œuvres, mais en tout cas ici les dynamiques prennent des dimensions
énormes. Vu la présence de quelques silences, on pouvait penser que des
panneaux indicateurs Don't clap!
eussent été nécessaires pour éviter
tout impair, mais il n'en a rien été. Si j'ai cru à plusieurs moments que
l'œuvre se terminait, le public, comme moi, est resté assez concentré pour
n'applaudir que lors de la véritable fin de l'œuvre ! Les bis ont engendré
une amusante petite panique dans certains pupitres pour retrouver les
bonnes partitions à jouer. Outre le bis de la fin du Chopin, on a eu une
version orchestrée de Pop-corn !
Le jeune chef Marc Korovitch, très grand, bat la mesure d'une façon qui, malgré l'absence d'estrade, doit être lisible de partout tant ses mains montent très haut et descendent bas. Il semble qu'il communique aussi par sourires sympathiques. Il paraît évident qu'il prend plaisir à diriger, mais il n'oublie pas pour autant de donner des indications précises, comme lors des entrées du timbalier ou du harpiste.
Ailleurs : Bladsurb.
2011-05-27 00:30+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-05-26
Steve Reich, musique (Music for eighteen musicians pour ensemble avec voix, 1976)
Anne Teresa De Keersmaeker, chorégraphie (2001)
Jan Versweyveld, décors et lumières
Dries Van Noten, costumes
Aouatif Boulaich, Anne-Catherine Kunz, assistante aux costumes
Jakub Truszkowski, responsable des répétitions
Marta Coronado, Cynthia Loemij, Ursula Robb, Clinton Stringer, répétitions
Fumiyo Ikeda, Elizaveta Penkova, Taka Shamoto, Igo Shyshko collaboration aux répétitions
Ensemble Ictus
Synergy Vocals
Georges-Elie Octors, direction musicale
Alex Fostier, ingénieur du son
Florian Magnenet
Amandine Albisson
Sarah Kora Dayanova
Christelle Granier
Laurence Laffon
Marc Moreau
Charlotte Ranson
Caroline Robert
Adrien Couvez
Juliette Hilaire
Rain
Rain est la deuxième pièce d'Anna Teresa de Keersmaeker que je vois après Zeitung au Théâtre de la Ville en 2009. Je ne suis pas excessivement enthousiaste après la deuxième représentation de Rain par le corps de ballet de l'Opéra de Paris. Les dix danseurs sont en effet sujets, coryphées ou quadrille. On voit ainsi de nombreux danseurs qu'on ne voit pas forcément souvent dans des rôles importants. Malheureusement, ce n'est pas aujourd'hui que j'avancerai dans la connaissance du trombinoscope du corps de ballet, n'ayant identifié distinctement que Charlotte Ranson et Florian Magnenet...
C'est une banalité de le dire, mais la musique de Steve Reich est répétitive. Elle met en scène 18 musiciens. (En fait, il y en avait 19 avec le chef qui jouait aussi occasionnellement d'un instrument.) Dans la fosse, on aperçoit quatre pianos et un nombre invraisemblable de xylophones (et quelque vibraphone). Un violon, un violoncelle, des clarinettes, des chanteuses, des maracas. Les pianos ont une utilité mélodique, mais ils servent aussi d'instruments à percussions. On en joue simultanément jusques avec douze mains ! Malgré la sonorisation et un ingénieur du son crédité, on lit dans le programme que la représentation de cette œuvre ne nécessiterait que des instruments acoustiques, ce que j'ai du mal à croire, n'ayant pas compris l'origine de certains effets sonores. La musique est répétitive, mais pourtant on a bien l'impression d'un certain mouvement autour d'un motif rythmique de base, qui au début des sections n'est pas énoncé immédiatement, mais progressivement, chaque répétition développant un peu plus ce qui était laissé en suspens avant. On perçoit à un moment donné un retour au début de l'œuvre...
La chorégraphie mobilise les dix danseurs, qui sont rarement immobiles. Plutôt marcher ou courir que ne rien faire. Ils évoluent sur un décor de forme ovale délimité par réseau de cordes pendues à une armature. Au sol, de nombreuses lignes et points sont marqués en de diverses couleurs. Elles serviraient d'indications de placement pour les danseurs. La danse est très physique (courses, roulades, sauts, mouvements isolés qui semblent inspirés du hip-hop, etc.), elle paraît très compliquée dans son organisation et périlleuse dans les moments d'effleurements ou de contacts entre les danseurs. Je ne sais pas si c'est fait exprès, mais tout a été comme si les fermetures-éclair avaient lâché dans le dos de deux danseuses.
Depuis ma quatrième loge de côté quasiment de trois-quarts, je vois pratiquement toute la scène. Le problème, c'est que c'est une vue d'en-haut. Comme cela avait été mon cas pour Zeitung de cette chorégraphe, je pense qu'il faudrait voir cette pièce depuis un angle rasant pour mieux apprécier le travail des danseurs. Vu d'en-haut, on a parfois l'impression de voir de très loin des sportifs en train de faire de l'exercice dans un gymnase omnisport (avec des marques au sol diverses et variées pour délimiter des zones particulières à différents sports). Impression fausse vu la difficulté des figures exécutées.
À certains moments de la chorégraphie, les dix danseurs se regroupent tous ensemble, agglutinés en quelque lieu de la scène, puis se dispersent pour repartir de plus belle. On ne comprend pas toujours très bien ce qui se passe. Dans les ensembles (où tout paraît le plus souvent asymétrique), on distingue néanmoins au moins deux pas de trois, un mettant en scène les trois danseurs hommes et un autre avec une femme et deux hommes. Dans celui-là, j'ai apprécié la performance de Charlotte Ranson.
Par moments, les mouvements des corps m'ont un peu fait penser à ceux chorégraphiés par Pina Bausch (mais en plus fluide) et à ceux vus plus récemment chez Mats Ek (mais en plus organisé).
Ailleurs : Blog du petit rat, Danses avec la plume, Blog à petits pas.
2011-05-26 13:24+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Cité de la musique — 2011-05-25
Amel Brahim-Djelloul, chant
Rachid Brahim-Djelloul, violon, chant, direction
Nourreddine Aliane, oud, chant
Dahmane Khalfa, derbouka, percussions
Sofia Djemai, mandoline
Achour Oukacha, guitare
Amel Brahim-Djelloul chante la Méditerrannée, Souvenirs d'Al-Andalus
J'en avais déjà eu un aperçu lors d'un concert avec le Pasdeloup au Châtelet ; cette fois-ci, le programme de ce concert de la soprano Amel Brahim-Djelloul est tout entier consacré à des musiques traditionnelles méditerranéennes. Elle est accompagnée par plusieurs musiciens. Par rapport aux chansons qui avaient été chantées au cours du concert au Châtelet, la plus grande différence qui se fait entendre dans les premières chansons est l'importance de la mandoline de Sofia Djemai. Le concert est divisé en quatre suites qui contiennent chacune des chansons de styles différents, des chansons d'Andalousie dans la première, de Turquie dans la deuxième, de Kabylie pour la troisième (où intervient la guitare). Dans la dernière, des mélodies recueillies ou composées par Francisco Salvador-Daniel au XIXe. On n'y entend plus les consonnes inconnues du français présentes dans les autres parties du concert, puisque la plupart de ces mélodies sont en français. Le compositeur a même laissé échapper quelques instants presque lyriques.
La performance vocale est remarquable d'un bout à l'autre du concert, qui est sonorisé, mais je crois bien que c'est la première fois que la sonorisation ne me gêne absolument pas, même si pendant les toutes premières minutes, je trouvais bizarre d'entendre les percussions situées à la droite de la scène venir également de la gauche et de la droite.
2011-05-25 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-05-24
Ensemble Orchestral de Paris
François Leleux, hautbois
Joseph Swensen, direction et violon
Lise Berthaud, alto
Marc Coppey, violoncelle
Concerto luminoso op. 80 nº4 L'été, Nicolas Bacri (création)
Sandrine Piau, soprano
Three Love Songs op. 96 pour soprano et orchestre d'après des fragments poétiques de Rûmî, Nicolas Bacri
Isabelle Druet, mezzo-soprano
Le jeune chœur de Paris
Le songe d'une nuit d'été, Mendelssohn
Contraste d'ambiances au TCE au lendemain d'un superbe Ariodante. Ce soir, le concert commence par une création d'un concerto pour quatre solistes (hautbois, violon, alto, violoncelle) et orchestre de cordes de Nicolas Bacri. Il faudrait sans doute entendre le cycle complet pour comprendre pourquoi ce concerto s'appelle L'Été, puisque s'il est qualifié de luminoso, comme l'explique le compositeur dans le programme à la maquette biscornue ce concerto est en fait très sombre... Joseph Swensen dirige non pas depuis le violon, mais avec violon. Son archet est sa baguette. La main gauche tenant le violon fait la même chose. Je n'ai pas l'impression que c'était la meilleure manière d'entendre le hautboïste François Leleux. Quatre solistes pour un concerto de onze minutes, cela ne permet pas vraiment à chacun de se mettre en valeur. L'œuvre n'est cependant pas désagréable à écouter. Il y a même de quoi s'amuser avec quelques petits passages franchement dissonants. La conclusion est gagesque comme une certaine plaisanterie de Haydn.
Patricia Petibon, que je n'ai encore jamais entendue en concert, est souffrante. Elle est remplacée par Sandrine Piau ! En robe rouge, elle interprète Three Love Songs du même compositeur. Orchestralement parlant, cela me plaît bien plus que le concerto. Lors du premier numéro, l'atmosphère orchestrale fait me penser davantage à un bord de mer qu'à l'Orient, mais cela change un peu avec les deux autres. Dans le premier numéro aussi, il faut vraiment tendre l'oreille pour entendre la voix de Sandrine Piau, tant l'orchestre lui laisse peu de place. C'est peut-être fait exprès, vu que de toute façon le texte anglais, d'après Rûmî, a probablement un sens insaisissable... Par la suite, elle arrivera à véritablement faire entendre son interprétation des deux autres chansons (vu les conditions d'un remplacement au pied levé, c'est un certain exploit !), mais quel sadisme de la part du compositeur pour la voix !
L'exécution du Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn est assez honorable, mais me plaît moindrement que celle de l'Orchestre Colonne à Pleyel en novembre dernier (même si ce n'est pas faire injure au soliste enfant d'alors que je lui ai préféré Sandrine Piau !). Ce qui m'a le plus énervé pendant ce concert, c'est l'attitude quasi-narcissique du chef d'orchestre. Il bat la mesure des deux mains et libère les épaules quand il faut donner du sentiment. Pour le reste, au moins vu de trois-quart dos, on n'a pas l'impression qu'il transmette grand'chose aux musiciens. Heureusement, ceux-ci paraissent se bien diriger eux-mêmes, comme la violon solo super soliste Deborah Nemtanu, qui semble attentive à tout ce qui se passe dans l'orchestre ! J'ai l'impression que si le résultat a été correct, c'est davantage aux musiciens qu'au chef que le crédit en revient. Toutefois, la Marche nuptiale a été le numéro que j'ai trouvé le moins réussi. Chaque musicien faisait peut-être individuellement ce qu'il devait, mais globalement, cela paraissait assez déséquilibré.
L'autre chanteuse soliste pour ce Songe est Isabelle Druet qui est fort bizarremment accoutrée. Je présume que c'est un problème de concertation sur la couleur des robes qui a conduit à ce curieux habillage, mais par-dessus sa robe, elle portait une sorte de kimono trop court pour ne pas déceler cinquante centimètres du bas de la robe, qui était de la même couleur que celle de Sandrine Piau...
Les moments vocaux sont assez brefs, mais Isabelle Druet fait entendre le beau timbre de sa voix. Attention peu surprenante de sa part, elle incarne son rôle d'une fée, dans son attitude comme dans la façon de chanter et d'articuler son texte, seule ou accompagnée par le jeune chœur de Paris installé au dernier rang de la scène.
2011-05-24 02:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-05-23
Joyce DiDonato, Ariodante
Marie-Nicole Lemieux, Polinesso
Karina Gauvin, Ginevra
Sabina Puértolas, Dalinda
Nicholas Phan, Lurcanio
Matthew Brook, Le Roi
Paolo Borgonovo, Odoardo
Il Complesso Barocco
Alan Curtis, direction
Ariodante (Händel)
Superbe version de concert dans un TCE plein à craquer pour cet Ariodante. L'effectif orchestral est plutôt réduit. Au centre, un clavecin. À gauche, les violons (5+2). À droite, les deux violoncelles, le théorbe, la contrebasse et les deux altos. Au fond, les deux hautbois, les deux cors (naturels, donc buggés...) et le basson (formidable). Alan Curtis, le chef d'Il Complesso Barocco, a l'air de diriger des musiciens qui savent ce qu'ils ont à faire. Dans le fond, les altos se synchronisent par sourires interposés. Dans le style très reconnaissable de Händel, on entend néanmoins quelques effets qui m'étaient jusqu'alors inconnus.
Ariodante doit épouser Ginevra, la fille du roi, mais Polinesso, qui l'aime aussi, complote avec le complicité innocente de sa suivante Dalinda qui passe les habits de Ginevra. Tout le monde croit que Ginevra trompe Ariodante. On annonce qu'il s'est suicidé. Ginevra clame son innocence et veut se suicider aussi. En fait, personne n'est mort, sauf le méchant qui est tué et tout finit par s'arranger.
Absolument tous les chanteurs me font une bonne impression. Parmi eux, on trouve notamment Karina Gauvin (Ginevra) que j'entends pour la première fois. Si les chanteurs ont tous été copieusement applaudis, les suffrages du public se concentrent sur les interprètes des deux rôles travestis. Pour bien montrer qu'elle a un rôle de méchant, Marie-Nicole Lemieux (Polinesso) violente quelque peu les pupitres et sa partition. Elle m'a davantage convaincu ce soir que les deux autres fois que l'ai entendue.
La Reine de la soirée est incontestablement Joyce DiDonato (Ariodante). Comme sur la pochette de son dernier CD Diva Divo, elle a joué le jeu du travestissement en portant un costume masculin. D'un bout à l'autre de l'opéra, elle a réalisé prouesses vocales sur prouesses vocales. Mais comment fait-elle pour respirer ? Certains choix audacieux de dynamiques sont tenus sans accroc jusqu'au bout des phrases. Les stupéfiantes vocalises si typiquement händeliennes sont lancées avec autant de conviction que si elles véhiculaient un sens. J'avais déjà une opinion très-favorable de cette chanteuse (septième fois que je l'entends en concert) et me demandais où elle pourrait encore nous entraîner. Je crois qu'on n'a pas fini d'en entendre parler !
Je ne pense pas avoir précédemment vu le public réagir de façon aussi
chaleureuse lors d'un opéra (que ce soit en version scénique ou en version
de concert). Les applaudissements et bravos lancés après les airs de Joyce
DiDonato correspondent bien à l'idée que je me fais du mot
triomphe
.
(Le minutage 2×1h20 était quelque peu optimiste, puisque le concert programmé à 20h s'est terminé vers 23h45...)
2011-05-17 03:28+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-05-16
Orchestre Colonne
Laurent Petitgirard, direction
Cécile Perrin, soprano
Jean-Philippe Lafont, baryton
Ouverture de Tannhäuser (Wagner)
Wesendonck Lieder Im Treibhaus, Schmerzen, Träume (Wagner)
La Ballade du Hollandais Volant (Wagner)
Melancolia, Alain Kremski (création)
Prélude et Mort d'Isolde de Tristan et Isolde (Wagner)
Les Adieux de Wotan (extrait de Die Walküre), Wagner
J'avais aimé le Colonne dans la Première symphonie de
Brahms. Ce soir, j'ai pu l'apprécier dans un programme Wagner. Cela a
commencé par l'Ouverture de Tannhäuser (très beaux cors, gag involontaire
avec la baguette du chef qui après un choc a fini au premier rang du
parterre), puis les trois derniers Wesendonck Lieder chantés par Cécile
Perrin. C'est le dernier qui m'a le plus plu, les deux premiers me semblant
moins aptes à mettre en valeur le timbre de la chanteuse. Un très beau solo
d'alto dans le premier Lied est cependant à signaler. Jean-Philippe Lafont
est ensuite venu chanter la Complainte du Hollandais Volant, un opéra que
je n'ai pas encore étudié
, mais on reconnait cependant ici ou là des
motifs de l'Ouverture.
Après l'entr'acte, replacement à l'arrière-scène de côté, un placement de rêve pour voir ce qui se passe dans l'orchestre. On crée une pièce d'Alain Kremski (frère du chef Laurent Petitgirard), une magnifique œuvre avec une partie de choix pour les timbales, la grosse caisse et autres percussions. Pas da tamtams frénétiques, mais des pulsations entêtantes sans être agressives, un paysage orchestral qui change au fur et à mesure que les musiciens tournent les pages : dissonances des cordes, pizz. rapides pour tous, moments plus apaisants, belles sonorités des vents (qui me font davantage penser à Debussy qu'à Wagner auquel la pièce rend hommage). L'atmosphère générale est bien résumé par le titre de la pièce : Melancolia. Je crois que des quelques créations (douze d'après mon compte) auxquelles j'ai assistées, c'est celle qui m'a le plus enthousiasmé. (Et c'est un fait que plus généralement le choix de programmation de l'orchestre Colonne en matière de musique contemporaine convient parfaitement à mon goût.)
L'apogée du concert intervient ensuite avec le Prélude et la Mort d'Yseult. Via des fans de la soprano qui était initialement programmée, j'avais cru comprendre que l'on n'aurait qu'une version instrumentale (comme avec le Lamoureux en février au TCE). A priori, je trouve qu'il manque quelque chose à la version orchestrale (que l'on peut reconstituer à l'écoute avec un peu d'imagination), mais ce soir, pas de problème puisque ce sera bien la version avec voix. J'ai été fasciné par cette interprétation et par le privilège de pouvoir observer la rotation qui s'opère entre les musiciens des différents pupitres pour jouer les motifs du prélude et leurs développements. La Mort d'Isolde est un morceau extrêmement émouvant. Je pensais avoir identifié le moment où, habituellement, l'émotion me submerge, à savoir quand Isolde chante ceci :
Soll ich schlürfen,
untertauchen?
Süss in Düften
mich verhauchen?
Ce soir, c'est venu beaucoup plus vite. Je n'étais alors plus trop en état de regarder l'orchestre attentivement.
Le temps pour Klari et moi de nous replacer sur la pointe des pieds au cinquième rang du parterre sur le côté, le concert s'est conclu sur le final de La Walkyrie : le chant d'Adieu de Wotan à Brünnhilde. Les motifs qui dominent sont ceux liés au Sommeil de Brünnhilde. On entend aussi furtivement le Walhalla, ou encore un Siegfried presque triomphant (qui viendra délivrer Brünnhilde de son sommeil) et les inquiétants motifs du Sort et du Traité. Bien sûr, le feu Loge est longuement développé pour signifier les flammes qui entourent le séjour de Brünnhilde. Avant cela, Wotan aura notamment chanté Zum letzenmal..., le déchirant chant d'adieu, une phrase qui sera reprise plus loin par l'orchestre. Dans son rôle de Wotan, tout comme le précédent, Jean-Philippe Lafont se montre assez convaincant, davantage à mon goût que dans les clowneries qu'il devait faire dans La Fiancée vendue à Garnier en décembre.
Je suis donc plus que satisfait de ce concert !
Ailleurs : Klari.
2011-05-15 21:56+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Grâce à des échanges de places entre balletomanes et à une place à 8€ achetée jeudi aux guichets (il en restait encore de convenables), j'ai pu revoir les deux programmes proposés par le Bolchoï à Garnier.
J'ai revu Don Quichotte jeudi dernier dans une distribution différente que mardi. C'est une question de goût, mais à l'interprétation de Natalia Osipova dans le rôle de Kitri, j'ai préféré celle d'Ekaterina Shipulina (qui incarnait la Reine des Dryades mardi et que j'ai aussi préférée dans ce rôle à Anna Nikulina qui l'interprétait jeudi). Certes, elle saute moins haut, tourne moins vite sur elle-même que Natalia Osipova, mais hors de la danse pure, elle incarne bien davantage son personnage et lui faisant exprimer bien plus d'émotions. Dans le rôle de Basilio, Alexandr Volchkov est moins impressionnant qu'Ivan Vasiliev : moins de tours dans les sauts. Cependant, si je n'avais pas vu ce dernier avant, j'aurais trouvé cette prestation plus que satisfaisante ! Cependant, il ne donnait pas une impression de facilité dans les portés et on a eu quelques frayeurs lorsqu'il a dû porter sa partenaire d'une seule main ou quand elle saute vers l'avant pour retomber dans ses bras.
Cet après-midi, c'était la dernière des Flammes de Paris, avec encore Osipova/Vasiliev. Vu la proximité de ma première loge de côté, je me suis passé des jumelles. Cette fois-ci, j'ai été moins gêné par les détails de la pantomime que j'avais trouvés exagérés la première fois. Pour le reste, on a encore eu un Vasiliev volant au deuxième acte. Dans les autres rôles, il y avait cette fois-ci Anna Rebetskaya dans le rôle d'Adeline. Son attitude m'a paru un peu plus patricienne que celle de Nina Kaptsova dans le même rôle. Comme le vendredi 6 mai, son amoureux est joué par Viacheslav Lopatin, dont la danse m'a plus passionné vue de près. Bizarremment, je n'ai pas eu le même effet avec le rôle de Mireille de Poitiers/Armide, dansé cet après-midi par Nina Kaptsova. Cela m'a pourtant bien plu, mais il n'y avait plus l'effet de surprise procuré par une technique que je n'avais jamais vu la première fois. La danse des furies est toujours un moment savoureux de ce ballet dans le ballet.
Si j'ai été largement rassasié avec deux places pour chacun des deux programmes de cette tournée, je regrette un peu de n'avoir pas eu l'occasion de voir Maria Alexandrova.
2011-05-14 16:31+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2011-05-13
Christopher Maltman, Il Conte d'Almaviva
Dorothea Röschmann, La Contesse d'Almaviva
Julia Kleiter, Susanna
Erwin Schrott, Figaro
Isabel Leonard, Cherubino
Ann Murray, Marcellina
Maurizio Muraro, Bartolo
Robin Leggate, Don Basilio
Antoine Normand, Don Curzio
Christian Tréguier, Antonio
Zoe Nicolaidou, Barbarina
Olivia Doray, Carol García, Due Donne
Dan Ettinger, direction musicale
Giorgio Strehler, mise en scène et lumières
Humbert Camerlo, réalisation de la mise en scène et des lumières
Marise Flach, collaboration aux mouvements
Ezio Frigerio, décors
Ezio Frigerio, Franca Squarciapino, costumes
Vinicio Cheli, lumières
Jean Guizerix, chorégraphie
Alessandro Di Stefano, chef du chœur
Denis Dubois, clavecin
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Les Noces de Figaro, Mozart
Les jours de grève des transports semblent coïncider avec mes tentatives pour aller voir Les Noces de Figaro à Bastille. En septembre/octobre, j'avais renoncé à aller une représentation sans les décors, faute de savoir si je pourrais rentrer chez moi après le spectacle. Hier, j'y suis allé malgré ce risque, et effectivement je ne suis arrivé à rentrer chez moi qu'à 5h15 (après deux heures d'attentes infructueuses à Denfert où j'ai vu passer trois noctiliens complets ; j'ai pris un noctilien d'une autre ligne qui me déposait à une dizaine de kilomètres de chez moi et il a bien fallu finir le trajet à pieds).
La mise en scène de Giorgio Strehler a été créée en 1973. La deuxième série de représentations commencée hier en constitue la vingtième reprise. C'est la première fois que je la vois. Il est évident qu'elle fonctionne bien. Les costumes sont traditionnels. Les décors d'Ezio Frigerio aussi. Les changements de décors après le premier et le troisième acte ont été interminables (on comprend que ce n'est pas simple à faire, mais à Bastille, on est tellement habitué à voir la scène se transformer complètement en quelques dizaines de secondes...). Une partie non négligeable du public a alors cru pouvoir sortir de la salle et revenir. Les premiers airs ont été systématiquement applaudis, ce qui a un peu cassé le rythme de la représentation, mais on est heureusement devenu un peu plus raisonnable. On a également entendu un spectateur pourrir complètement un des airs de Susanna en émettant des bruits de toux invraisemblablement forts.
Je ne suis pas des plus ardents admirateurs de Mozart. La musique de la première partie, et tout particulièrement le premier acte, m'a montré ceux des effets stylistiques du compositeur que je n'apprécie pas. Je n'ai pas été très enthousiasmé par cette musique, dirigée par Dan Ettinger, d'autant plus que dans les moments où la musique ne s'efface pas devant le chant ou y répond, l'orchestre, sans couvrir complètement les voix, ne laisse plus entendre grand'chose de distinct de celles-ci. Ce n'est à mon avis pas un problème des chanteurs, mais bien de la direction puisque dans les récitatifs, les chanteurs se font très bien entendre, et comme il m'est déjà arrivé, mais assez rarement, j'aurais parfois presqu'eu envie d'applaudir à la fin d'un récitatif... Après l'entr'acte, il m'a semblé que l'orchestre a joué nettement moins fort que lors de la première partie, ce qui a permis de mieux mettre en valeur les chanteurs, et pas seulement dans les récitatifs.
Même si je n'ai pas entendu la distribution A (octobre/novembre), il est
évident que cette distribution B
est tout sauf une distribution au
rabais. On y trouve ainsi notamment Erwin Schrott (Figaro), Julia Kleiter
(Susanna), Christopher Maltman (Almaviva), Dorothea Röschmann (La Contesse
d'Almaviva), Isabel Leonard (Cherubino). Dans les petits rôles, on trouve
quelques jeunes chanteuses de l'Atelier lyrique : Olivia Doray et Carol
García dans un duo, et surtout Zoe Nicolaidou (qui m'avait impressionné
dans le concert donné samedi
dernier au Studio Bastille pour l'opération Tous à l'opéra)
dans le rôle de Barbarina (qui a plusieurs récitatifs et un air en
ouverture du quatrième acte).
Pour le reste, à propos de la production, on a manifestement voulu accentuer dans l'éclairage le déroulement de cette folle journée. Ainsi, au premier acte, la pièce où évoluent les personnages est dans la pénombre. Dans le deuxième, la chambre de la contesse est éclairée par la gauche, tout comme le décor tout en profondeur du troisième acte. On retrouve la pénombre dans le quatrième acte. Cela fait quand même deux actes où on distingue à peine les chanteurs... On dira que je ne suis jamais content parce que j'ai trouvé très bizarre que l'on ait éclairé brutalement l'avant de la scène le temps où Figaro s'y est posté pour son air. (Parmi les effets lumineux involontairement étranges, on peut noter que les musiciens de l'orchestre et le chef ont éteint les lumières de leur pupitre au début au quatrième acte, ce afin que l'on comprenne bien qu'il faisait nuit. Mais quand le pupitre du chef d'orchestre est rallumé, l'œil du spectateur est comme agressé par le changement soudain d'intensité lumineuse...)
Mis à part ces bizarreries de lumières, j'ai vraiment adoré ce quatrième acte, où les personnages se jouent des tours les uns aux autres grâce au travestissement.
2011-05-11 00:52+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-05-10
Ballet du Théâtre du Bolchoï
Orchestre Colonne
Pavel Sorokin, direction musicale
Ludwig Minkus, musique
Marius Petipa et Alexandre Gorski, chorégraphie
Nouvelle version d'Alexeï Fadeyechev (1999)
Mikhaïl Tsivin, assistant du chorégraphe
avec des danses chorégraphiées par Kasyan Goleizovsky, Rostislav Zakharov et Anatoly Simachev
Sergeï Barkhin, décors
Costumes d'après Vasily Diyachkov (1903)
Tatiana Artamonova et Yelena Merkurova, réalisation des costumes
Natalia Osipova, Kitri
Ivan Vasiliev, Basilio
Alexeï Loparevich, Don Quichotte, chevalier errant
Alexandr Petukhov, Sancho Pança, son écuyer
Denis Savin, Gamache, un riche noble
Anna Rebertskaya, Olga Kishneva, Juanita et Piccilia, deux amies de Kitri
Andreï Merkuriev, Espada, un toréador
Anna Leonova, La Danseuse de rue
Kristina Karaseva, Mercedes
Egor Simachev, Lorenzo, aubergiste, le père de Kitri
Anastasia Vinokur, Sa femme
Alexeï Fadeechev, Le Duc
Olga Suvorova, La Duchesse
Roman Simachev, Le Patron de la taverne
Ekaterina Shipulina, La Reine des Dryades
Yulia Grebenshchikova, Olga Marchenkova, Angelina Vlashinets, Trois Dryades
Svetlana Pavlova, Yulia Lunkina, Maria Prorvich, Maria Vinogradova, Quatre Dryades
Nina Kaptsova, Cupidon
Ekaterina Barykina, Liudmila Ermakova, Anna Balukova, Danse espagnole
Anna Antropova, Danseuse gitane
Anna Balukova, Anton Savichev, Boléro
Anna Tikhomirova, Première variations du Grand pas
Anna Nikulina, Seconde variation du Grand pas
Don Quichotte, ballet en un prologue et trois actes d'après le livret de Marius Petipa inspiré du roman El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha de Cervantes
C'était ce soir la première de Don Quichotte par le Bolchoï.
J'en sors avec globalement les mêmes impressions que pour Flammes de Paris. S'il y a une histoire, ce n'est
qu'un prétexte pour faire place à des danses virtuoses. Dans ce ballet-ci,
les costumes sont particulièrement riches et variés. La musique est de
Minkus... L'homologue du ballet dans le ballet est ici un épisode rêvé qui
est une scène en blanc
(avec toutefois un peu de couleur) dans
lequel Don Quichotte rêve de Dulcinée et de dryades (on y voit aussi un
adorable Cupidon). C'est très beau, cela met en valeur davantage de
solistes que Flammes de Paris. Il est impossible pour moi de tous
les retenir. Je retiendrai cependant qu'on a vu à un moment une danseuse
d'une souplesse invraisemblable courber le dos vers l'arrière de façon à ce
que sa tête vienne presque toucher le sol...
Sinon, il y avait bien sûr Natalia Osipova et Ivan Vasiliev, dont les prouesses physiques éclatent cette fois-ci au troisième acte. J'ai même une impression de déjà-vu. On reverra ainsi Osipova refaire des tours sur elle-même assez semblables à ceux qu'elle faisait dans deuxième acte de Flammes de Paris. Mais quand elle s'est jetée quand les airs pour retomber dans les bras d'Ivan Vasiliev ou quand ce dernier a porté sa partenaire d'une seule main (voire sans les mains), le public a été parcouru d'un frisson. Il a été encore une fois émerveillé par ce danseur, très très copieusement applaudi lors des saluts à l'issue de ses variations.
Tout cela serait parfait s'il y avait aussi un peu d'émotion qui ne soit
pas liée uniquement à la danse pure
...
2011-05-08 20:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Athénée Théâtre Louis-Jouvet — 2011-05-08
Isabelle Druet, Didon
Arnaud Guillou, Énée
Camille Poul, Belinda
Edwige Parat, La seconde suivante
Anna Wall, L'enchanteresse
Agathe Boudet, Fiona Mc Gown, Les sorcières
François Rougier, Le marin
Antoine Strub, L'esprit
Sébastien d'Hérin, direction musicale
Bernard Lévy, mise en scène
Bérangère Gros, assistante à la mise en scène
Giulio Lichtner, scénographie
Christian Pinaud, lumières
Romain Vuillet, Jérôme Tuncer, vidéo
Fabienne Robineau, maquillages et coiffures
Atelier du Théâtre musical de Besançon, réalisation des décors
Pascal Doudement, réalisation de l'écorce de l'arbre
Atelier du Théâtre musical de Besançon, Atelier Lilas en scène, réalisation des costumes
Chœur AEdES
Les Nouveaux Caractères
Didon et Énée, Purcell
Deuxième spectacle pour moi à l'Athénée après le concert Humour noir. Cette fois-ci, la salle est pleine pour l'opéra de Purcell Didon et Énée. Vu le minimalisme de la mise en scène et des décors (à l'exception d'un tronc d'arbre qui descend des cintres pour la deuxième scène du deuxième acte), je pense que j'aurais autant préféré assister à une version de concert. Une traduction du texte est projeté au fond du décor, intégré à des animations vidéos.
La musique qui sort de la fosse est absolument superbe. Elle est jouée par un tout petit effectif musical (Les Nouveaux Caractères, sept musiciens). Le chef Sébastien d'Hérin (qui dirige depuis le clavecin) semble très attentif dans sa direction du chœur AEdES qui est sur le côté droit de la fosse. Certains rôles sont d'ailleurs interprétés par des membres du chœur, qui reviennent dans la fosse une fois leur rôle terminé.
Si les chanteurs m'ont semblé bons, vu la brièveté de l'œuvre, c'est surtout la musique qui m'a frappé. Isabelle Druet, qui interprétait le rôle de Didon, fera un récital le 21 mai à 15h dans le même théâtre (et vu la réduction qui était proposée aux spectateurs de cette représentation, il doit rester des places...).
2011-05-07 00:30+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-05-06
Ballet du Théâtre du Bolchoï
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Pavel Sorokin, direction musicale
Boris Asafiev, musique
Alexeï Ratmansky, chorégraphie d'après Vasili Vainonen
Alexandr Belinsky, Alexeï Ratmansky, livret d'après le livret original de Nikolaï Volkov et Vladimir Dmitriev, inspiré du roman historique Les Rouges du Midi de Felix Gras
Ilya Utkin, Evgeny Monakhov, scénographie
Yelena Markovskaya, costumes
Damir Ismagilov, lumière
Iouri Burlaka, dramaturgie musicale
Natalia Osipova, Jeanne, fille de Gaspard et Lucille
Viacheslav Lopatin, Jérôme, son frère
Ivan Vasiliev, Philippe, un Marseillais
Iouri Klevstov, Le Marquis Costa de Beauregard
Nina Kaptsova, Adeline, sa fille
Ekaterina Kryssanova, Mireille de Poitiers, une actrice
Artem Ovcharenko, Antoine Mistral, un acteur
Yulianna Malkhasyants, Jarcasse, une vieille femme
Alexandr Vodopetov, Gilbert, capitaine des Marseillais
Ruslan Skvortsov, Le roi Louis XVI
Olga Suvorova, La reine Marie-Antoinette
Alexandr Petukhov, Gaspard, un paysan
Natalia Novikova, Lucille, sa femme
Chinara Alizade, Amour
Olga Kishneva, L'Apparition de la fiancée
Flammes de Paris, ballet en deux actes et quatre tableaux
Le sentiment d'avoir vu quelque chose d'extraordinaire, mais pas pour autant exempt de reproches.
Dans ce ballet Les Flammes de Paris de Ratmansky (d'après l'original créé en URSS en 1932), l'histoire est extrêmement facile à suivre. Tout est parfaitement clair, et la musique on ne peut plus pompière (contrastes d'ambiances : chants révolutionnaires pour les révolutionnaires, lullysmes pour les nobles). La gestuelle et le visage des danseurs n'expriment que des émotions primitives, exagérées, on se croirait presque dans un film muet... passé en accéléré parce que les mouvements des corps se font à une vitesse folle.
Outre cette rapidité d'éxécution, je suis impressionné par les nombreuses figures que je n'avais je crois jamais vu faire par les danseurs du Ballet de l'Opéra. La technique est différente et elle me semble mettre surtout en valeur les danseuses. Le plus beau passage de ce premier acte se trouve dans le ballet dans le ballet Armide et Renaud (dont je connaissais à peu près l'histoire grâce à mes souvenirs de l'opéra de Lully). L'histoire est très lisible : de ses flèches, l'Amour enflamme le cœur des ennemis Armide et Renaud. Plus tard, quand Renaud essaiera de fuir par la mer, elle le fera périr grâce à sa magie (danse des furies). Outre la gracieuse interprète du rôle d'Amour, cette partie met en valeur Ekaterina Kryssanova (Armide). Elle impressionne par sa technique de rotation sur un pied tendu en pointe jambe fléchie (du jamais-vu pour moi).
Ceci se passait bien sûr chez les nobles. Le deuxième acte montre le début de la Terreur. On guillotine du noble, dont la malheureuse Adeline qui aimait un des combattants, Jérôme, qui n'arrivera pas à la sauver. Le pas de deux entre ces deux personnages est le seul moment vaguement émouvant du spectacle. Pour le reste, on apprécie aussi les danses de caractères du corps de ballet. C'est très vif. Les danseurs-garçons se mettent plus en valeur dans le deuxième acte qu'au premier.
Ce qu'on retiendra surtout de ce deuxième acte, c'est la démonstration de virtuosité des deux principaux solistes de la soirée : Natalia Osipova (Jeanne) et Ivan Vasiliev (Philippe). La première réalise pirouettes et fouettés à très vive allure. Les sauts réalisés au premier acte étaient déjà assez spectaculaires. C'est virtuose, mais cela ne traduit aucunement quelque sentiment que ce soit dans le cœur du personnage. La grande révélation de la soirée, incroyablement applaudi par le public en délire, c'est Ivan Vasiliev. Quel athlète ! Jamais je n'ai vu un danseur sauter aussi haut. Et en plus il tourne sur lui-même de toutes les manières qui soient, retombe gracieusement sur ses pieds, on ne se demande bien comment ! Les clameurs montent du public presque à chaque saut triomphalement exécuté. Une grande prouesse physique, mais pas vraiment au service d'une histoire...
La scénographie est plutôt réussie. Elle comporte plus d'effets que l'on en trouve d'ordinaire dans les ballets représentés à Garnier. Pourtant, malgré tous ces effets, presque tout le rectangle du plateau de scène reste pratiquement en permanence vide de tout accessoire ou élément de décor. Cela donne l'impression que l'on pourrait danser un peu n'importe quoi dans cet espace... Parmi les jolies choses vues, un effet de lumière représentant un quadrillage 3×3 permettait de signifier que le personnage de Jérôme était mis en prison.
2011-05-05 01:19+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
MC93 Bobigny — 2011-05-04
Alisa Kolosova, Orphée
Ilona Krzywicka, Eurydice
Olivia Doray, Amour
Geoffroy Jourdain, direction musicale
Dominique Pitoiset, Stephen Taylor, mise en scène
Dominique Pitoiset, scénographie
Axel Aust, costumes
Christophe Pitoiset, lumières
Cécile Kretschmar, création des maquillages
Franck Guillemain, réalisation et montage vidéo
Orchestre-Atelier Ostinato
Le Jeune Chœur de Paris
Orphée et Eurydice, Gluck (version Berlioz)
Je me suis rendu pour la première fois à la MC93 Bobigny pour assister à la deuxième production scénique de la saison pour l'Atelier lyrique de l'Opéra de Paris après Street Scene. La MC93 est accessible en métro, il n'y a qu'à marcher cinq minutes (fléchage indiscutablement spectaculaire) pour accéder à cette salle située boulevard Lénine. On y trouve une restauration à bas coût, une librairie et en entrant dans la salle de spectacle (environ 600 places), on est saisi par son côté monumental : des gradins à la pente prononcée, un décor brut et noir d'où débordent des tuyaux. La fosse d'orchestre est très profonde. C'est une gorge dont l'accès est protégé par une sorte de parapet dont la partie supérieure n'est qu'un épais câble métallique torsadé. La beauté de la salle n'est pas en mesure d'interférer avec la beauté de ce qui se passera sur scène !
La version de l'Orphée et Eurydice de Gluck jouée ce soir est celle adaptée par Berlioz, en français. L'absence de surtitrage se fait malheureusement sentir, que ce soit pour les trois chanteurs solistes ou pour le chœur. Cependant, chacun aura l'occasion de chanter des passages (notamment ceux qui se rapprochent du récitatif) dans lesquels le texte, quelque peu suranné, se fait entendre. Ayant déjà vu une version allemande, j'aimerais bien un jour voir une production scénique de la version d'origine en italien...
La mise en scène de Dominique Pitoiset et Stephen Taylor m'a paru assez intelligente. Le décor, unique, présente l'intérieur très-moderne d'un appartement. Des fauteuils, des armoires, des tiroirs, un réfrigérateur, un coin bar avec évier (fonctionnel !). La profession d'Orphée est signalée par la présence d'un pupitre et d'une harpe. Dans la première scène, les membres du chœur (habillés en noir et portant chacun une rose rouge) viennent présenter leurs condoléances à Orphée dont l'épouse est morte. Une rotation du décor permet ensuite de montrer son autre face : la salle de bain et la chambre à coucher. On comprend qu'Eurydice s'est suicidée. Des constatations légales sont en train de se faire.
Amour (jeune femme dynamique en perruque blonde, mais personnage plus sombre que dans d'autres versions) vient apporter quelque réconfort à Orphée. La solution pour lui semble être de partir dans un enfer artificiel (mélange alcool-drogues aidant). Le reste de l'histoire est connu...
Contrairement à certaines versions de l'opéra de Gluck, cette version-ci, je l'ai découvert au cours de la représentation, mais vu le parti pris de mise en scène, comment eût-il pu en aller autrement ? cette version-ci, disais-je, se finit très mal. Si j'ai bien compté, Eurydice sera morte trois fois et Orphée réussit à se suicider.
Au-delà du décor et des idées, le travail de mise en scène proprement dit est remarquable : le placement, les mouvements et l'attitude des membres du chœur sont saisissants (le genre de choses que je n'ai pas souvent le loisir de mesurer en vision directe, ce que j'ai pu apprécier ici depuis mon placement au quatrième rang !). Cela vaut aussi pour les trois solistes, mais vu son importance, c'est le plus frappant pour le rôle d'Orphée.
Du côté de la musique, cette version Berlioz semble contenir quelque fantaisie quasi-rossinienne, et en même temps tellement française, à la fin du premier acte. Passage a capella, vocalises redoutables pour Alisa Kolosova qui s'en sort plus que bien. (Après vérification, il s'agit de l'air Amour, viens rendre à mon âme.)
Malgré le petit bémol concernant le texte pas toujours intelligible, je suis plus que très agréablement surpris par la qualité de ce spectacle ! Et malgré un commencement à 20h30 (légèrement retardé), j'ai été tout étonné d'être rentré à Orsay dès 23h30.
2011-05-01 13:19+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Bastille — 2011-04-30
Sergueï Prokofiev, musique
Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène, réglées par Patricia Ruanne et Frederick Jahn
Ezio Frigerio, décors
Ezio Frigerio et Mauro Pagano, costumes
Vinicio Cheli, lumières
Yuri Uchiumi, choréologue
Christophe Duquenne, Roméo
Myriam Ould-Braham, Juliette
Yann Saïz, Tybalt
Marc Moreau, Mercutio
Yannick Bittencourt, Benvolio
Laura Hecquet, Rosaline
Julien Meyzindi, Pâris
Vincent Cordier, Le Seigneur Capulet
Vanessa Legassy, Dame Capulet
Ghyslaine Reichert, La Nourrice
Arnaud Dreyfus, Frère Laurent
Ballet de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Vello Pähn, direction musicale
Roméo et Juliette, ballet en trois actes d'après William Shakespeare
Je n'ai vu que trois des cinq distributions de la série de représentations de Roméo et Juliette à Bastille. Pour le couple Juliette/Roméo, j'avais vu Laëtitia Pujol/Mathieu Ganio lors de la première, puis Agnès Letestu/Florian Magnenet le 16, et enfin samedi après-midi, Myriam Ould-Braham/Christophe Duquenne.
Si le Roméo que j'ai préféré a été celui de Mathieu Ganio, du côté des Juliette, celle qui m'a le plus convaincu a été Myriam Ould-Braham que je voyais pour la première fois dans un grand rôle (ses apparitions dans les pas de trois du Lac des cygnes ou de Paquita et sa participation au même ballet dans le rôle de Rosaline m'avaient déjà fait fort impression).
On ne pourra pas dire qu'elle en a trop fait ou pas assez. Elle a tout simplement été Juliette du premier au troisième acte ! (Dansant d'ailleurs malgré un bug de costume au niveau de la fermeture éclair du dos...) J'ai été particulièrement ému par son solo à la fin de la première scène du troisième acte.
2011-04-30 02:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Cela faisait un peu plus d'un an que je n'avais pas vu de bharatanatyam. Je suis donc allé au musée Guimet pour en voir. Avant cela, je suis allé voir l'exposition Lucknow, une cour royale en Inde (organisée par le Los Angeles Country Museum of Art) qui présente des pièces assez variées (des miniatures, accrochées presque bord à bord sur les murs, ce qui vu l'affluence empêche de les apprécier sereinement, des objets de la vie quotidienne richement ouvragés, des photographies datant d'avant la révolte de 1857-1858, et quelques unes datant d'après, comme la Residency ravagée...). J'ai été surpris de voir Qaisar Bagh, photographié 1864-1865, que je n'ai pas vu lors de mon séjour à Lucknow : forcément, il a été détruit par les Anglais. Quelques photographies ou peintures représentant La Martinière/Constantia. Quelques unes des œuvres montrées avaient été en leur temps commandées par le colonel Polier, qui fut un des premiers occidentaux à avoir connaissance à la littérature indienne ancienne, en particulier le Mahabharata, et sa version de l'épopée a été publiée par Georges Dumézil (Gallimard). Pour ce qui est des miniatures, il était évidemment difficile de faire aussi intéressant que l'exposition à la BnF il y a un an. C'est surtout la diversité des types d'œuvres qui fait l'intérêt de cette exposition. (Par exemple, à un moment j'ai craint qu'on ne montre que Lucknow avant la mutinerie, mais plus loin, on trouve aussi comme je le dis plus haut quelques photographies montrant des monuments détruits.)
⁂
Auditorium du Musée Guimet — 2011-04-29
Urmila Sathyanarayanan, bharatanatyam
Swamimalai Kalidas Suresh, chant et nattuvangam
Dhananjayan, mridangam
J. B. Sruthi Sagar, flûte
Le récital d'Urmila Sathyanarayanan ne m'a convaincu qu'à moitié. La première pièce Pushpanjali évoquait Surya, le dieu du Soleil. Cette pièce semble commencer par un lever du Soleil, lent et solennel, la danseuse étant de dos, presqu'immobile. Par la suite, on voit Surya éclairer successivement diverses directions de l'espace. La pièce se finit élégamment sur la chevauchée du Soleil sur son char céleste.
La pièce qui m'a le plus déçu est la pièce principale du récital, le Varnam, dans lequel une femme se languit de Krishna (sujet on ne peut plus classique dans le bharatanatyam). Dès le début de la première pièce, le style de la danseuse s'était affirmé, sans exubérance, renvoyant assez souvent à l'iconographie, mais plus tournée vers la pantomime que vers la danse. On voit la jeune femme choisir un sari pour se faire belle pour Krishna, reconnaissable à sa flûte. Plus tard, elle se maquille. Je ne suis pas très convaincu par cette pièce dans laquelle s'insèrent quelques passages rythmiques (le premier est arrivé de façon très abrupte quelques secondes seulement après le début du Varnam).
Entre cette pièce et la suivante, le temps pour la danseuse de changer de costume, on a inséré un interminable intermède musical (de flûte). Entre les pièces suivantes, il faudra encore supporter ces intermèdes. Le percussionniste s'est fait extrêmement discret au cours du récital. En revanche, le chanteur et joueur de nattuvangam m'a plu.
Dans la pièce dansée suivante Padam, une courtisane se prépare à accueillir un client. Que ce soit Shiva, Vishnu ou Brahma, qu'il paye 6000 pièces d'or ! Quand elle aura vu Shiva, elle changera d'attitude et se laissera séduire. Dans cette pièce, la danseuse travaille beaucoup au sol, comme on imagine la courtisane confortablement installée sur un sofa.
Une autre pièce suit, Javali, évoquant l'amour d'une héroïne
pour Srinivasa (il eut été sympathique d'expliquer que c'est un des noms de
Vishnu...). Curieusement, le dieu Kama (homologue de Cupidon) est tout
simplement appelé Cupid(on)
dans la présentation. Dans cette pièce,
on verra la représentation de Vishnu couché sur l'océan cosmique et
l'héroïne viendra lui masser les pieds (tout comme le fait Lakshmi dans
l'iconographie). Cependant, j'ai déjà vu plusieurs fois cette même
représentation de Vishnu évoquée de façon plus élégante par d'autres
danseuses (notamment par la courbe du bras pour évoquer les têtes du
serpent Ananta/Shesha). Comme dans la pièce précédente, une part
significative de la danse-pantomime se fait au sol.
La pièce où le talent particulier de la danseuse s'est le mieux exprimé est peut-être le Padam sur un sujet que je n'avais encore jamais rencontré dans le bharatanatyam, celui de l'amour d'une mère pour sa jeune fille. On est encore plus complètement dans la pantomime. Il n'y a pas vraiment de pas de danse et peu de gestes semblent appartenir à quelque codification que ce soit. Très mignon.
Traditionnellement, un récital se finit par un dynamique Thillana. Celui-ci, s'il n'a pas manqué de mérites, était vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup trop long.
Et après la fin, la danseuse vient également présenter ses hommages aux musiciens, à la divinité tutélaire (Shiva-Nataraja) et au public. Cette partie, souvent complètement formelle, a été beaucoup plus développée que d'ordinaire puisqu'on a en vérité assisté à une petite pièce supplémentaire évoquant, sur un chant dévotionnel vishnouïste, le culte ordinaire : prière, offrandes. La danseuse a même eu l'idée amusante d'insérer une apparition d'un Krishna espiègle venant mettre un peu de pagaïe dans la cérémonie.
Le récital a été inhabituellement long : un peu plus de deux heures ! C'est à tempérer par le fait que les intermèdes musicaux ont été trop longs et pas extraordinairement passionnants. Si j'étais très déçu à l'issue du Varnam, les pièces suivantes ont fait remonter mon intérêt et ont eu le mérite de me faire partir sur une bonne impression.
2011-04-27 01:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre des Bouffes du Nord — 2011-04-26
Jean-Yves Aizic, Le pianiste et répétiteur
Jean-Sébastien Bou, Le baryton
Elizabeth Calleo, La cantatrice
Jeanne Cherhal, La chanteuse
Marie-Ève Munger, La colorature
Philippe Smith, Le metteur en scène
Frédéric Verrières, idée, musique
Bastien Gallet, livret
Guillaume Vincent, mise en scène
Marion Stoufflet, dramaturgie
James Brandily, scénographie
Sébastien Michaud, lumières
Fanny Brouste, costumes
Olivier Pasquet, musique électronique
Jean Deroyer, direction musicale
Ensemble Court Circuit
The Second Woman, Frédéric Verrières (création)
Je reviens de la création de l'opéra The Second Woman du jeune compositeur Frédéric Verrières au Théâtre des Bouffes du Nord.
Je suis assez partagé, puisque la première partie m'a beaucoup fait rire, mais ce n'était pas un opéra, en fait, c'était plutôt un anti-opéra. La deuxième partie était davantage musicale, mais il s'agit de musique zarbi pendant lequel le temps est un peu long (pourtant, au total la représentation, sans entr'acte, ne fait qu'un peu plus d'une heure et demie).
L'idée de l'opéra est inspirée du film Opening Night de John
Cassavetes (que je n'ai pas vu) et dans lequel Gena Rowlands joue dans une
pièce intitulée The Second Woman. Dans la première partie, on
assiste à des répétitions d'un opéra. La cantatrice Elizabeth (prénom de la
chanteuse qui interprète le rôle) est en retard, du coup, c'est la
chanteuse sympa Jeanne (Jeanne Cherhal) qui commence le spectacle en
interprétant une sorte de lamentation (qui reviendra de nombreuses fois).
Le metteur en scène sans idées entre. Elizabeth commence la chanson et
l'interprète de façon caricaturalement lyrique. On lui reproche son
vibrato, etc. Tout semble aller contre le genre de l'opéra. On
croit l'entendre chanter un air de Tosca (en tout cas, il semble
qu'on entende distinctement Scarpia
à un moment), puis c'est la
scène de la folie de Lucia di Lammermoor qui est pastichée. La
musique citée est cependant rendue assez méconnaissable (mais au moins dans
ce cas précis, l'orchestration est amusante). Le texte fait référence à une
sœur, Yelena. Une troisième chanteuse (la colorature, qui ne s'appelle pas
Yelena mais Marie-Ève) entre. On entend un peu du duo des fleurs de
Lakmé. Ah, et puis bien sûr, des vocalises de Zerbinetta dans
Ariadne auf Naxos !
Il y a en effet un raprochement évident à faire avec cet opéra de Strauss, puisque comme dans ce dernier, on trouve des réflexions sur l'opéra, la voix, la mise en scène, dans une première partie en forme de prologue qui comporte des parties parlées, avant que la musique prenne le dessus dans la deuxième.
L'histoire devient alors à moitié surréaliste. On ne sait plus très bien si on est pendant la répétition, dans le rêve de la cantatrice, etc. On est peut-être même dans une bobine de film puisque par exemple à un moment, un effet de lumières stroboscopiques fait voir un mouvement saccadé des personnages qui avancent, et qui se mettent à reculer, puis à avancer à nouveau en répétant leur texte...
Pendant que la cantatrice est ailleurs, Jeanne s'amuse à répéter une chanson avec un baryton un peu coincé. Il est amusant de la voir pasticher le style de Brigitte Bardot, de Britney Spears, de citer une émission de Taratata avec Yannick Noah... Toutes idées que le personnage du metteur en scène approuve.
C'est un curieux spectacle, certainement amusant et déroutant, avec une scénographie très réussie (qu'il est sans doute préférable de suivre depuis des places centrées au parterre). (Je dis déroutant, mais pas volontairement incompréhensible comme l'était la Passion de Pascal Dusapin, qui assistait à cette création.)
2011-04-25 23:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-04-25
Mats Ek, chorégraphie (1978)
Johann Sebastian Bach, musique (extraits de pièces pour orgue)
Musiques traditionnelles de guitares espagnoles
Marie-Louise Ekman, décors et costumes
Jörgen Jansson, lumières
Ana Laguna, assistante du chorégraphe
Veli-Pekka Peltokallio, répétitions
Kader Belarbi, Bernarda
Alice Renavand, La Servante
Mélanie Hurel, La Sœur aînée
Laure Muret, La Sœur bossue
Eleonora Abbagnato, La Jeune sœur
Béatrice Martel, La Première jumelle
Christine Peltzer, La Seconde jumelle
Audric Bezard, Un Homme
Andrey Klemm, Un Technicien
La Maison de Bernarda, ballet en un acte d'après la pièce de Federico García Lorca La Maison de Bernarda Alba
Mats Ek, chorégraphie (1997)
Henryk Mikolaj Górecki, musique (Petit requiem pour une polonaise op. 66, Concert pour clavecin et orchestre symphonique op. 40)
Maria Geber, décors et costumes
Ellen Ruge, lumières
Mariko Aoyama, Margareta Lidström, répétitions
Nolwenn Daniel, Nicolas Le Riche, Premier pas de deux
Miteki Kudo, Benjamin Pech, Second pas de deux
Muriel Zusperreguy, Caroline Bance, Christelle Granier, Géraldine Wiart, Amandine Albisson, Letizia Galloni
Aurélien Houette, Nicolas Paul, Simon Valastro, Daniel Stokes, Adrien Couvez, Alexandre Gasse
Une sorte de...
Je suis retourné voir la soirée consacrée au chorégraphe Mats Ek. Dans
La Maison de Bernarda, on a une distribution sans étoile
(curieusement, l'ancien danseur étoile Kader Belarbi apparaît comme
artiste invité
plutôt qu'étoile invitée
, bizarre). Pourtant,
globablement, j'ai préféré cette distribution à celle de la première. C'est peut-être une question de point de vue
(première loge de côté quasi de trois quarts par rapport au même angle
trois étages plus haut). C'est aussi peut-être lié au fait que je revoyais
cette pièce. Toujours est-il que j'ai trouvé que cela fonctionnait un peu
mieux. L'histoire m'a semblé plus intelligible aussi. Lors de la première,
je n'avais même pas remarqué que la sœur bossue était rendue bossue par le
costume. J'avais alors eu quelque mal à m'y retrouver entre les cinq sœurs
et la servante. Là, tout m'a paru plus clair. Le jeu des danseurs m'a parlé
davantage, et par exemple, j'ai mieux compris le sens du coffre rose
(pourtant évident...).
Dans la distribution, ce n'est guère une surprise pour moi, mais la danseuse qui m'a le plus épaté a été Alice Renavand. Parmi les bonus : contrairement à Marie-Agnès Gillot, quand elle hurle des insultes, on comprend ce qu'elle dit ! Dans le rôle de la mère, Kader Belarbi est certes moins athlétique que José Martinez, mais j'ai préféré sa façon de montrer l'empire qu'il a sur les filles. En même temps, son corps un peu plus âgé ajoute à la faiblesse du même personnage dans la scène avec le Christ. Au moment où il le repose sur la croix, on a véritablement l'impression qu'il fait un chemin de croix, la statue du Christ ayant évidemment la même forme que la croix. Mélanie Hurel paraît assez bien distribuée dans le rôle de l'aînée. En sœur bossue, Laure Muret joue très bien la comédie, mais Clairemarie Osta était plus impressionnante dans son solo. Il est difficile de départager les couples Charlotte Ranson/Stéphane Bullion et Eleonora Abbagnato/Audric Bézard tant l'interprétation a été différente, ces derniers étant tout autant sensuels que les premiers, mais de façon un peu plus enflammée.
La deuxième pièce me semble toujours Une sorte de... grand n'importe quoi. Depuis les premières loges, les effets sont plus saisissants et on entend mieux les danseurs crier vers le début. Les petites variations entre les distributions (dans les six couples hors solistes) me permettent de mettre un nom sur un visage (de quadrille). Parmi les autres danseurs, il y en a un que je sais reconnaître depuis longtemps à son crâne, Aurélien Houette, qui est toujours assez impressionnant physiquement parlant. Même son ombre projetée d'éclateur de ballon est impressionnante !
2011-04-23 01:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-04-22
Marlis Petersen, soprano
Maarten Engeltjes, contre-ténor
Tilman Lichdi, ténor
Klaus Mertens, basse
The Amsterdam Baroque Orchestra and Choir
Ton Koopman, direction
La Passion selon Saint Jean, BWV 245, Johann Sebastian Bach.
Je crois que dans mon expérience de dilettante un cycle s'est terminé ce soir. Il y a exactement huit ans (selon le calendrier liturgique), donc le Vendredi Saint de l'an 2003, j'allais écouter au TCE la Passion selon Saint Jean par The Amsterdam Baroque Orchestra and Choir dirigés par Ton Koopman. C'était un des tous premiers concerts de musique classique auquels j'assistais. La deuxième fois au TCE après un Oratorio de Noël le 7 décembre 2002 dont je garde encore un fort bon souvenir.
Ce soir, rebelote, et même plus que ça, puisque c'était la huitième fois que j'assistais à une Passion selon Saint Jean :
Inutile de dire que maintenant, j'ai un peu l'impression de connaître cette œuvre par cœur. C'est un peu le problème, parce que du coup, je n'ai presque plus aucune surprise. Je sais exactement à quel moment m'avancer sur mon siège de balcon pour voir les vigoureux coups d'archets des violoncelles et de la contrebasse évoquant la terre qui tremble au moment de la mort de Jésus.
Si depuis huit ans, j'ai appris à apprécier d'autres œuvres que les
Passions de Bach, et surtout d'autres styles, c'est une musique
que j'apprécie toujours autant, mais comment se fait-il que je sois à ce
point blasé pour que, contrairement au reste du public, très nombreux (et
par ailleurs respectueux des silences, en particulier celui demandé par le
chef à la fin), j'aie été déçu par une prestation qui était au minimum
bien
?
L'orchestre était dans une formation assez réduite : un peu plus de vingt musiciens. Une violoniste et une altiste pouvaient se transformer un violistes lors de deux mouvements de la deuxième partie (le temps que les violes soient accordées, on aurait eu le temps de caser un entr'acte !). Deux orgues sont disposées sur scène, un dans un coin, un autre devant le chef, qui en joue pendant les récitatifs.
La version jouée ce soir est tout à fait standard. Contrairement à la façon qui se répand de réduire au maximum le nombre de chanteurs (huit l'année dernière à Pleyel), ici, en plus des quatre solistes principaux, on entend un chœur d'environ vingt chanteurs (parmi lesquels était cachée une amie d'un collègue mathématicien et violoncelliste, que j'avais d'ailleurs eu plusieurs fois l'occasion d'entendre chanter de la musique ancienne à l'ENS il y a quelques années).
Si j'ai été déçu par cette soirée, c'est d'abord du fait de l'évangéliste Tilman Lichdi que j'avais auparavant apprécié lors d'un Oratorio de Noël pourtant décevant. Est-ce en raison d'une tournée pour jouer cette Passion à tous les coins de l'Europe autour de cette fatidique date ? (C'est une hypothèse : je n'ai pas trouvé un agenda de l'orchestre à jour.) Toujours est-il que cet évangéliste m'a semblé comme fatigué. On sent qu'il a envie de bien faire, certains passages de ses airs sont même très intéressants, mais j'ai trouvé que son interprétation de ce rôle était désincarnée (tout l'inverse de Markus Brutscher l'an dernier à Pleyel). Mais pour qu'une Saint Jean fonctionne, il faut un excellent évangéliste !
Le résultat est que cette interprétation de la Passion me paraît extrêmement austère, dépouillée. Autant j'apprécie la façon dont Ton Koopman fait parfois varier le tempo, autant je suis étonné que bien souvent il ne joue pas sur la dynamique. De nombreux passages qui normalement sont spectaculaires paraissent fades. La façon dont le chœur dit Wohin ?... nach Golgatha m'avait complètement saisi il y a huit ans (oui, je m'en souviens encore). Ce soir, c'était plus égal. Du côté de l'orchestre, vers la fin de l'air d'alto Es ist vollbracht (et non pas Er (sic) ist vollbracht comme il est écrit par deux fois dans le programme du TCE), le frissonomètre reste en berne alors que tout devrait exploser sur Der Held aus Juda siegt mit Macht / Und schließt den Kampf. La soprano Marlis Petersen n'a pas trouvé grâce à mes yeux (pourtant, sa robe rouge a été la seule entorse à l'atmosphère austère de la soirée) : s'il ne me déplairait pas de l'entendre à l'opéra, elle paraît moins à l'aise dans ce répertoire. La basse Klaus Mertens, que j'apprécie beaucoup normalement, n'a pas paru dans une forme éblouissante non plus dans son Betrachte, meine Seel et son Eilt, ihr angefochten Seelen, mais son Mein teurer Heiland, laß dich fragen m'a presque consolé.
Cela me rend triste de relever autant de points négatifs... Du côté des choses positives, j'ai vraiment apprécié le chœur, notamment dans les chorals, ou dans le chœur final Ruht wohl....
2011-04-21 16:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Ce n'était pas sans éprouver quelques contrariétés que j'avais rempli mon formulaire d'abonnement à l'Opéra pour l'année prochaine. J'avais coché tous les ballets (sauf le Roméo et Juliette de Sasha Waltz) et étais même allé jusqu'à sélectionner quelques opéras (notamment un Tannhäuser à Bastille).
Aujourd'hui, j'ai reçu mon récapitulatif de réservation. J'avais demandé, comme les années précédentes à être prioritairement aux troisièmes ou quatrièmes loges à Garnier, et que l'amphithéâtre ne soit envisagé qu'en tout dernier recours. Pour cette année, ces préférences avaient été prises en compte. Je n'ai eu qu'une place d'abonnement à l'amphithéâtre, pour Giulio Cesare où je m'étais en plus retrouvé derrière un grand chevelu. Un petit mot sur le récapitulatif de l'année dernière s'était excusé par avance du désagrément de ne pas voir tous mes vœux de placement satisfaits.
Sur le récapitulatif reçu aujourd'hui, pas moins de huit billets
réservés étaient à l'amphithéâtre. Une fois ou deux par an, cela peut
aller, mais à ce niveau, le déplaisir serait trop grand. Heureusement, il
faut confirmer son abonnement avant qu'il soit validé. Avant, cela
permettait aussi de faire d'éventuelles retouches et cela se passait plutôt
bien. Là, au téléphone, quand j'ai demandé s'il était possible de revoir le
placement, on m'a dit à peu près que La direction de l'Opéra a toujours
été très claire. Les préférences de placement ne sont respectées que dans
la mesure des disponibilités. Si cela n'a pas été le cas, c'est que c'était
vraiment impossible.
. L'impossibilité ainsi constatée d'évoquer des
retouches aux réservations cache plus certainement une volonté
d'efficacité
(traitement plus rapide des dossiers, moins de temps
passé au téléphone avec ces enquiquineurs) qu'un souci de la satisfaction
des désirs du spectateur (satisfaits fin juin plutôt que fin avril dans mes
souvenirs des années précédentes, ce qui permettait aussi de commencer à
payer l'abonnement un peu plus tard). En effet, comment expliquer sinon que
les dates retenues fussent systématiquement la première des trois que
j'avais données alors qu'il était évident que j'avais mis une priorité sur
le placement. (Je passe sur le fait que les billets qui m'avaient été
réservés à Bastille étaient absolument tous vers le fond du parterre, où
jusqu'à cette année ces places étaient vendues trois fois moins
chères.)
Heureusement, j'avais établi ma stratégie avant d'appeler. C'était soit négociation soit annulation. J'ai donc décidé d'annuler mon abonnement 2011/2012 à l'Opéra. Mes finances ne vont que s'en mieux porter ! Et tant pis si j'arrive pas à aller voir tous les ballets que je voudrais à 9€ ou 12€...
2011-04-21 01:58+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-04-20
Mats Ek, chorégraphie (1978)
Johann Sebastian Bach, musique (extraits de pièces pour orgue)
Musiques traditionnelles de guitares espagnoles
Marie-Louise Ekman, décors et costumes
Jörgen Jansson, lumières
Ana Laguna, assistante du chorégraphe
Veli-Pekka Peltokallio, répétitions
José Martinez, Bernarda
Marie-Agnès Gillot, La Servante
Ludmila Pagliero, La Sœur aînée
Clairemarie Osta, La Sœur bossue
Charlotte Ranson, La Jeune sœur
Aurélia Bellet, La Première jumelle
Amélie Lamoureux, La Seconde jumelle
Stéphane Bullion, Un Homme
Andrey Klemm, Un Technicien
La Maison de Bernarda, ballet en un acte d'après la pièce de Federico García Lorca La Maison de Bernarda Alba
Mats Ek, chorégraphie (1997)
Henryk Mikolaj Górecki, musique (Petit requiem pour une polonaise op. 66, Concert pour clavecin et orchestre symphonique op. 40)
Maria Geber, décors et costumes
Ellen Ruge, lumières
Mariko Aoyama, Margareta Lidström, répétitions
Nolwenn Daniel, Nicolas Le Riche, Premier pas de deux
Miteki Kudo, Benjamin Pech, Second pas de deux
Muriel Zusperreguy, Caroline Bance, Christelle Granier, Géraldine Wiart, Peggy Dursort, Ninon Raux
Aurélien Houette, Nicolas Paul, Simon Valastro, Daniel Stokes, Adrien Couvez, Alexandre Gasse
Une sorte de...
La salle s'est remplie plus doucement que d'habitude, mais au final, elle m'a semblé relativement bien garnie alors que la programmation fait que l'on s'aventure en dehors du répertoire le plus traditionnel de la maison.
Le premier ballet au programme La Maison de Bernarda (Mats Ek) raconte un huis-clos dans une maison espagnole où la mère force toute la maisonnée à porter le deuil du père. La chorégraphie est plus proche des styles classiques que je m'y attendais. Certaines scènes sont dansées sans aucun accompagnement musical. Souvent, les danseurs parlent, enfin, plutôt crient, je veux dire, HURLENT. La musique (enregistrée) s'ouvre et se conclut par du Bach pour orgue (avec à la fin, Toccata et Fugue sans la fugue malheureusement). Au milieu, de la guitare espagnole. La chorégraphie se fait parfois presque mécaniste dans des scènes où la famille devient un peu folle (les personnages s'assommant les uns les autres, en rythme avec la musique). Pour revenir à l'histoire, deux des filles, l'aînée (Ludmila Pagliero) et la jeune (Charlotte Ranson) n'ont pas vraiment envie de porter le deuil, d'autant plus qu'elles sont séduites par un homme (Stéphane Bullion). La fin tragique arrive quelque peu abruptement, après un solo de Clairemarie Osta en costume simili-nudité.
José Martinez (Bernarda) est toujours aussi stupéfiant. Tous les autres danseurs m'ont fait une bonne impression, mais j'ai particulièrement aimé Ludmila Pagliero et Charlotte Ranson (coryphée) que je voyais pour la première fois dans un rôle important.
Le deuxième ballet de Mats Ek au programme Une sorte de... est beaucoup plus facile à regarder, mais on n'y comprend rien... On fait exploser des ballons sur les diverses éminences que recelle le corps humain. On se roule par terre. On s'enferme dans des valises. On boit dans la chaussure de sa partenaire, on purifie le corps de l'autre au pistolet à eau. Fait intéressant : le plateau de scène s'étend jusque sur la fosse d'orchestre, ce qui produit une impression de proximité plus grande qu'habituellement, même depuis ma quatrième loge... Pour ce qui est de la musique de Henryk Mikolaj Górecki utilisée pour ce ballet, je ne l'ai pas trouvée désagréable, mais quand même un peu répétitive.
Nolwenn Daniel avait une belle présence scénique pendant son pas de deux avec Nicolas Le Riche (au moins en partie sans accompagnement musical, il me semble). Après l'avoir vue dans le rôle de l'Élue dans Le sacre du printemps, j'ai beaucoup aimé de voir Miteki Kudo dans un rôle important et fort différent.
Ailleurs : Palpatine, Blog à petits pas.
2011-04-20 00:33+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-04-19
Georges Prêtre, direction musicale
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Symphonie nº2 en ré majeur, Brahms
Les Biches, Poulenc
Daphnis et Chloé, suite nº2, Ravel
Barcarolle (Les Contes d'Hoffmann), Offenbach
Au fond, Georges Prêtre (86 ans) est un grand enfant. Pendant la deuxième symphonie de Brahms, il s'amuse avec le grand joujou extra qu'est l'Orchestre de l'Opéra national de Paris.
Sur son estrade, l'absence de rambarde et de pupitre-partition montre qu'il est dans autre chose que la direction d'orchestre au sens habituel. À vrai dire, il réalise un véritable ballet-pantomime pour les musiciens et les spectateurs situés à l'arrière-scène, dont je suis. C'est beau à regarder, mais on aurait quand même envie de lui dire que la musique de ballet n'est programmée qu'après l'entr'acte ! Dans les mouvements lents, il harangue la foule de musiciens à mains nues. Dans les rapides, la baguette devient parfois comme une épée menaçante. Le vénérable chef donne en effet des satisfecits et des remontrances aux différents pupitres. Je ne suis pas fan de Brahms (malgré quelque bon moment avec le Colonne) et cela ne va pas changer avec cette interprétation de la deuxième symphonie. Je suis assez perplexe devant les problèmes de synchronisation des différents pupitres (ça se voit dans les coups d'archets et ça s'entend dans les débuts de phrases musicales). L'effet n'est pas si surprenant tant le chef se dispense de battre la mesure et laisse l'orchestre en pilotage automatique. La fin de la symphonie est fortement atteinte d'une variante du syndrome de l'hydravion, mais j'hésite : était-ce une diligence ou un train à vapeur que l'on voulait arrêter au juste ?
Après l'entr'acte, l'effectif de l'orchestre est augmenté pour la musique du ballet Les Biches de Poulenc. L'œuvre me plaît. On sent que le chef se montre un peu plus sérieux. Pendant la dernière pièce, la deuxième suite de Daphnis et Chloé de Ravel, Georges Prêtre se fait encore beaucoup plus convaincant. Cette œuvre, que je découvre aussi, repose beaucoup sur les instruments à vents (notamment la flûte) et me donne beaucoup de plaisir !
Pour conclure le concert après une vraie standing ovation (même le ministre Mitterrand s'est levé), on donne en bis la Barcarolle des Contes d'Hoffmann d'Offenbach très bien interprétée, sur un tempo un tout petit peu lent.
Ailleurs : Palpatine, Paris Broadway.
2011-04-16 02:11+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-04-15
Natalie Dessay, Mélisande
Simon Keenlyside, Pelléas
Marie-Nicole Lemieux, Geneviève
Laurent Naouri, Golaud
Alain Vernhes, Arkel
Khatouna Gadelia, Yniold
Nahuel di Pierro, Un médecin
Chœur de l'Orchestre de Paris
Orchestre de Paris
Louis Langrée, direction
Pelléas et Mélisande, Claude Debussy
Après la belle production présentée à l'Opéra Comique l'année dernière, c'était ce soir mon deuxième Pelléas et Mélisande, cette fois-ci en version de concert. J'étais dans des conditions de confort à peu près semblables à celles d'hier pour Parsifal, mais j'ai payé bien plus cher cette place d'abonnement...
La salle du TCE est pleine comme elle l'est rarement. Le deuxième balcon de côté est très bien rempli et il semble que quelques personnes se cachent derrière les meurtrières situées dans les hauteurs du théâtre.
Par rapport au Parsifal d'hier, les entrées et sorties sont un peu mieux gérées et les expressions faciales et les attitudes expriment davantage le sentiment particulier de chaque situation. Conformément à la tradition du TCE, pas de surtitres pour les opéras en français, mais le texte est presque tout le temps parfaitement intelligible. Il y a cependant des moments où le volume de l'orchestre fait que l'on entend encore le son des voix mais plus le sens des paroles.
Sur le papier, on a une distribution de rêve : Natalie Dessay (Mélisande), Simon Keenlyside (Pelléas), Laurent Naouri (Golaud), Marie-Nicole Lemieux (Geneviève), Alain Vernhes (Arkel). Les promesses sont bien tenues. J'ai été particulièrement content d'entendre pour la première fois Simon Keenlyside, qui avait une attelle au coude gauche. Le chanteur qui m'a fait la meilleure impression a été Laurent Naouri, phénoménal Golaud (voix puissante, belles dynamiques, texte parfaitement compréhensible, un jeu idéal compte tenu des limites de la version d'un concert). Dans le rôle de Mélisande, Natalie Dessay a fait une bonne prestation, notamment dans la première scène du troisième acte avec Simon Keenlyside. Il y a cependant des moments, en particulier au début de certaines phrases, où le timbre de sa voix est comme altéré, mais je suis néanmoins content de n'avoir à aucun moment éprouvé la désagréable tension ressentie lors de précédents concerts de cette chanteuse (Giulio Cesare, La Sonnambula) : la crainte que la voix exploserait en plein vol. Espérons que cela continue ! Alain Vernhes et Marie-Nicole Lemieux ont également été très bons, tout comme Nahuel di Pierro dans le rôle du médecin (et du berger) et Khatouna Gadelia dans celui d'Yniold.
À force de voir l'Orchestre de Paris, il y a des visages qui tendent à devenir comme familiers. J'ai été très impressionné par les cordes, dont j'ai apprécié la variété des ambiances sonores produites. Je n'ai pas été immédiatement emballé par les instruments à vents lors de la première apparition d'un motif caractéristique (dans les toutes premières mesures), je ne saurais pas exactement dire pourquoi, mais par la suite, je les ai appréciés aussi, et mon impression sur l'orchestre en général s'est encore fortifiée à mesure que les actes se succédaient. Le chef Louis Langrée avait l'air assez attentif aux chanteurs, se tournant parfois vers eux en faisant du lip sync. Les quelques moments forts vocaux sont bien mis en valeur, mais il est quelque peu dommage que l'enthousiasme communiqué à l'orchestre ait parfois nui à l'intelligibilité du texte. Mais dans l'ensemble, j'ai passé un très bon concert !
2011-04-15 02:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-04-14
Michael Volle, Amfortas
Steven Humes, Titurel
Kwangchul Youn, Gurnemanz
Nikolai Schukoff, Parsifal
John Wegner, Klingsor
Angela Denoke, Kundry, une voix du ciel
Kevin Conners, Premier chevalier
Levente Molnár, Second chevalier
Ulrich Reß, Kenneth Roberson, Ecuyers
Solistes du Tölzer Knabenchor, Ecuyers
Hanna-Elisabeth Müller, Laura Tatulescu, Gabriela Scherer, Evgeniya Sotnikova, Tara Erraught, Okka von der Damerau, Filles-fleurs de Klingsor
Orchestre de la Staatsoper de Munich
Chœur de la Staatsoper de Munich
Kent Nagano, direction
Parsifal (Wagner)
Je n'avais pas prévu d'aller écouter ce Parsifal au TCE, mais la possibilité d'obtenir des places de première catégorie (en l'occurrence, un premier rang de première loge de face) à 30€ m'avait décidé. Faute de temps, je m'y étais préparé plus sommairement que pour Siegfried, mémorisant quelques motifs parmi les plus importants comme La Cène, Le Graal, La Foi, La Lance, Kundry, Le baume, Parsifal...
Il vaut mieux avoir quelques points de repère pour pouvoir maintenir une activité intérieure et défier la fatigue pendant le concert, très long (début à 18h, fin de la standing ovation vers 23h30), le tempo étant d'ailleurs presque tout le temps très lent.
La grande surprise que j'ai eue lors du premier acte est venu du rôle de Gurnemanz qui y a une fonction qui fait penser à celle de l'Évangéliste dans les Passions de Bach. L'excellente basse Kwangchul Youn arrive à maintenir un intérêt constant pour ce rôle qui n'est a priori pas le plus flatteur (je garde également un très bon souvenir de la performance de ce chanteur dans le rôle de Wurm dans Luisa Miller en 2008). Kundry (Angela Denoke) sert les chevaliers du Graal et le premier d'entre eux (Amfortas) à qui elle administre un baume. Nous sommes en situation de crise : du fait de sa souffrance, il ne peut plus célébrer comme il faut le Graal, touché qu'il a été par la Lance (tout comme le Christ) après que Klingsor l'avait détourné de son vœu de chasteté. On annonce qu'un être innocent pourra récupérer cette Lance, c'est bien sûr Parsifal qui se fait remarquer lors de son entrée parce qu'il commet le sacrilège de tuer un cygne. De façon amusante, Wagner utilise le même motif que dans Lohengrin pour évoquer le cygne. Nikolai Schukoff n'est pas très convaincant dans son rôle au cours de ce premier acte. Il le sera bien davantage dans le deuxième où il va conquérir la Lance. Entretemps, il aura été tenté par les Filles-fleurs, puis par Kundry qui est maintenant sous l'emprise de Klingsor. Angela Denoke est tout aussi impressionnante dans ce rôle que dans Kátia Kabanová. Au troisième acte, on se retrouve au même endroit qu'au premier acte. Gurnemanz reconnaît en Parsifal celui qui va les sauver, Parsifal puis Kundry sont baptisés. Alors qu'Amfortas (remarquable Michael Volle) rappelle qu'il voudrait mourir pour ne plus souffrir de sa blessure, Parsifal entre pour le soigner en mettant la Lance en contact avec son flanc. Parsifal peut alors succéder à Amfortas en maître de cérémonie.
Par rapport à une version scénique, on y perd un peu en cohérence. Dans ce troisième acte, Angela Denoke ne reparaît que pour répéter le mot Dienen (servir) alors qu'à plusieurs reprises, on s'adresse à Kundry alors qu'elle n'est plus en scène. De même, au premier acte, l'interprète de Parsifal est sorti de scène après ses dernières paroles. Pourtant, il est censé assister silencieusement à la cérémonie qui se tient jusqu'à la fin de l'acte, où Gurnemanz lui dit d'aller voir ailleurs.
L'orchestre de l'opéra d'état de Munich dirigé par Kent Nagano a été remarquable. J'ai bien du mal à détailler tant j'étais comme hypnotisé par la musique. Comme je l'ai dit, à part Nikolai Schukoff en demi-teinte, les chanteurs ont tous été excellents. Par ailleurs, chose appréciable, et assez inhabituelle chez Wagner, l'œuvre comporte plusieurs chœurs (certains étant chantés depuis les coulisses) et fait aussi entendre six solistes en filles-fleurs lors du deuxième acte. Bref, cela a été un plus qu'excellent concert !
2011-04-13 00:54+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-04-12
Élèves de l'école de danse de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Marius Stieghorst, direction musicale
Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique (1882) (Trio pour piano, violon et violoncelle en la mineur, op. 50 : deuxième mouvement, Thème et variations)
John Taras, chorégraphie (1948)
Jean-Yves Sébillotte, piano
Éric Lacrouts, violon
Matthieu Rogué, violoncelle
Alice Catonnet, Caroline Osmont, Clotilde Tran Phat, Claire Trouvé
Natan Bouzy, Germain Louvet
Dessins pour six
Léo Delibes, musique (1870)
Pierre Lacotte, chorégraphie et adaptation (1973) d'après la version d'Arthur Saint-Léon
Charles Nuitter, livret (d'après le conte d'E.T.A. Hoffmann, L'Homme au sable (1816)
Décors d'après les maquettes de Jean-Émile Daran (1875), inspirées de celles de Charles-Antoine Cambon (Actes I et III, 1870) et celles d'Edouard-Désiré Desplechin et Jean-Baptiste Lavastre (Acte II, 1870)
Costumes d'après les maquettes d'Alfred Albert (1870)
Alizée Sicre, Swanilda
Mathieu Contat, Frantz
Julien Guillemard, Coppélius
Raphaël Bouttier, Le Bourgmestre
Éléonore Thomas, La Paysanne
Cyprien Bouvier, Le Persan
Pascal Bayart, Le Chinois
Isaac Lopes-Gomez, Le Cymbalier
Marie Le Révérend, La Poupée
Coppélia ou la fille aux yeux d'émail, ballet en trois actes
Je suis retourné voir le spectacle de l'école de danse sur une place à 8€. Cela devait être une des toutes meilleures places de cette catégorie ! Facile à repérer sur le plan de salle, un fond de deuxièmes loges de côté quasi de trois-quart (déflation du prix parce que derrière un pilier, heureusement non gênant). Assis, j'aurais vu quelque chose, mais debout j'avais à la fois une vue presque frontale sur la scène et une bonne vue sur l'orchestre (je manquais seulement la première rangée de violons). Avec ou sans jumelles, je voyais bien mieux que depuis une place située à peu près exactement deux étages au-dessus le soir de la première.
La distribution de Dessins pour six est changée à moitié. La prestation des élèves ce soir m'a bien davantage plu que lors de la première. Cette fois-ci, pas de sortie sur un porté spectaculaire comme lors de la première, mais l'interprétation a été beaucoup plus propre et maîtrisée. Des disparités entre les niveaux de souplesse et d'aisance des différentes danseuses se font voir, mais la précision de l'ensemble fait que mon impression sur ce ballet a été complètement modifiée. On va dire que je ne le déteste plus.
J'étais donc dans des dispositions encore meilleures que lors de la première pour le deuxième ballet au programme, Coppélia ou la fille aux yeux d'émail. La magie de cette version ne disparaît pas au deuxième visionnage. La distribution des trois rôles principaux est différente que lors de la première. Il m'est difficile de dire laquelle des deux Swanilda j'ai préférée, tant elles ont été toutes les deux fantastiques à la fois comme danseuses et comme comédiennes. Si Alizée Sicre laissait transpirer une légère impression de fatigue dans le troisième acte, elle m'a fait une excellente impression. Très gracieuse et élégante dans sa danse, elle a magnifiquement bien joué la comédie. Son couple avec Mathieu Contat (Frantz) était très harmonieux. Lui aussi a été très convaincant et très charmeur dans son jeu et dès sa variation du premier acte, il a fait preuve de belles qualités de danseur, qui me mettaient en appétit pour le troisième acte, où il a semblé n'éprouver aucune difficulté lors des portés. Très belle pantomime aussi pour Julien Guillemard (Coppélius). Du côté des ensembles, le positionnement m'a paru plus régulier ; il est intéressant de voir que le niveau progresse d'une représentation sur l'autre ! J'ai encore une fois apprécié la musique de ce ballet, qui s'accorde très bien à la chorégraphie, non sans quelques pointes d'humour.
2011-04-12 01:47+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Bastille — 2011-04-11
Sergueï Prokofiev, musique
Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène, réglées par Patricia Ruanne et Frederick Jahn
Ezio Frigerio, décors
Ezio Frigerio et Mauro Pagano, costumes
Vinicio Cheli, lumières
Yuri Uchiumi, choréologue
Mathieu Ganio, Roméo
Laëtitia Pujol, Juliette
Stéphane Bullion, Tybalt
Mathias Heymann, Mercutio
Christophe Duquenne, Benvolio
Myriam Ould-Braham, Rosaline
Julien Meyzindi, Pâris
Vincent Cordier, Le Seigneur Capulet
Delphine Moussin, Dame Capulet
Ghyslaine Reichert, La Nourrice
Arnaud Dreyfus, Frère Laurent
Ballet de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Vello Pähn, direction musicale
Roméo et Juliette, ballet en trois actes d'après William Shakespeare
Ce ballet de Noureev ne m'a pas excessivement enthousiasmé. On retrouve
des caractéristiques de son style, comme des hommes qui dansent ensemble.
Pas mal de vulgarité aussi : on tripote les seins de Rosaline, plus loin,
via un tour de passe-passe, c'est l'entrejambe de Mercutio qu'on frôle.
Mais, ce ballet, c'est surtout du grand spectacle. Vers le début du premier
acte, on assiste à une lutte entre les verts (Montaigu) et les rouges
(Capulet). On est un peu comme dans une cour de récréation ou en marge d'un
match OM-PSG. On se fait des bras d'honneur. On violente quelque fille du
camp adverse. C'est très spectaculaire, mais ce n'est rien par rapport aux
combats à l'épée auxquels on assiste à la fin du deuxième acte. On trouve
quelques effets cinématographiques
, comme lorsque le Frère Laurent,
côté cour, explique à Juliette comment elle va feindre la mort : pendant ce
temps, au centre de la scène, on voit l'action qui devra se dérouler
ensuite. On trouve aussi de belles danses pour Juliette (Laëtitia Pujol),
en solo ou avec Roméo (Mathieu Ganio). J'ai également aimé voir Myriam
Ould-Braham dans le rôle de Rosaline (qui subjugue Roméo avant que celui-ci
voie Juliette). Les autres solistes et le corps de ballet ont bien dansé
aussi, mais globalement je n'ai que moyennement aimé la chorégraphie. (À un
moment, il m'a semblé qu'il y avait un passage bizarre entre deux scènes :
la musique dansante continuait alors que la scène était dans l'obscurité
totale. Au climax du ballet, il y a eu (en coulisse ?) un bruit de fin du
monde qui détonnait un peu, on se serait cru dans une Passion de
Bach quand l'évangéliste raconte que le voile du temple se fend en
deux.)
Pour moi, l'intérêt principal de la soirée était d'entendre la musique absolument extraordinaire de Prokofiev ! Je n'avais jamais rien entendu de tel. On nous dit dans le programme qu'il l'a orchestré au rythme de vingt pages par jour. Des orchestrations comme ça, si je pouvais en avoir plus souvent, je dirais pas non !
(Lors d'un entr'acte, ma voisine feuilletait la brochure de l'année prochaine. Et puis elle a regardé les tarifs des abonnements...)
Ailleurs : Blog à petits pas, Danses avec la plume.
2011-04-10 02:57+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Comique — 2011-04-09
Sophie Karthäuser, Agathe
Andrew Kennedy, Max
Virginie Pochon, Annette
Gidon Saks, Gaspard
Matthew Brook, Kouno
Samuel Evans, Kilian
Robert Davies, Ottokar
Luc Bertin-Hugault, L'Ermite
Christian Pélissier, Samiel
Charmian Bedford, Katy Hill, Lucy Roberts, Louise Le Boutillier, Kate Symonds Joy, Vanessa Heine, Les demoiselles d'honneur
The Monteverdi Choir
Orchestre Révolutionnaire et Romantique
Sir John Eliot Gardiner, direction musicale
Dan Jemmett, mise en scène
Dick Bird, décors
Sylvie Martin-Hyszka, costumes
Arnaud Jung, lumières
Cécile Bon, chorégraphie
Philipp von Steinaecker, assistant musical
Meriam Korichi, collaboratrice à la mise en scène
Laetitia Mateos, assistante décors
Magali Perrin-Toinin, assistante costumes
Nathalie Steinberg, Martin Surot, chefs de chant
Le Freischütz, Weber (version Berlioz)
Je ne m'étais pas préparé particulièrement à ce Freischütz. J'en avais lu le livret il y a quelques mois. Je n'avais pas voulu écouter la musique pour en avoir l'entière surprise le soir de la représentation.
Je connaissais seulement l'ouverture. En fait, cette ouverture appartient à la catégorie des ouvertures best-of. On réentendra donc assez souvent des développements de passages déjà entendus dans l'ouverture. (Depuis ma place, je n'avais pendant l'ouverture vue que sur le timbalier qui avait tout juste le temps de régler ses timbales entre deux interventions.)
Il y a à peu près un an, j'avais entendu un extrait de cet opéra à la radio et cela m'avait beaucoup donné envie de l'entendre. J'avais donc de grandes attentes du côté musical. Je m'attendais à trouver quelque chose qui serait à tout moment hybride entre Mozart et les compositeurs allemands ultérieurs. En fait, pendant un acte et demi, j'ai un peu eu l'impression d'entendre du Mozart, et du Weber pour l'autre moitié du deuxième acte et le troisième.
Au premier acte, on apprend qu'Agathe, la fille de Kouno épousera le gagnant du concours de tir qui aura lieu le lendemain, le gagnant obtenant aussi la fonction héréditaire de Kouno auprès d'Ottokar. Max, l'amoureux d'Agathe, vient de subir sa première défaite contre le villageois Kilian. S'il commettait une aussi grande erreur le lendemain, il ne pourrait s'unir à Agathe. Pour augmenter ses chances, il se laisse influencer par Gaspard qui lui promet de lui fournir des balles enchantées. C'est en fait un agent du démon Samiel qui vient réclamer à Gaspard quelqu'offrande. La septième et dernière balle atteindra Agathe, sacrifiée pour lui. Au début du deuxième acte, Agathe discute avec son amie Annette qui essaie, sans bien convaincre, de lui remonter le moral suite aux mauvais présages qui se produisent. Contre l'avis d'Agathe, Max s'en va nuitamment à la Gorge-aux-Loups où Gaspard va fondre les sept balles enchantées. Elles seront gaspillées au début du troisième acte de sorte qu'il n'en restera plus qu'une à Max au moment où il devra faire preuve de son habileté. Au moment de tirer sur la colombe indiquée par Ottokar, Agathe viendra crier que la colombe, c'est elle (comme elle l'aura vu en rêve). Finalement, la balle atteint Gaspard. Tout le monde apprend que Max a pactisé avec le Diable. Suite à l'intervention d'un pieux ermite, Ottokar accepte que Max et Agathe se marient quand même, mais un an plus tard.
Il y a donc un certain contraste entre les situations mélodramatiques du
début et l'atmosphère fantastique qui apparaît lors de la scène de la
Gorge-aux-Loups. Cette scène m'a semblé très réussie. Gidon Saks (Gaspard)
qui paraissait un peu brouillon dans le premier acte y était beaucoup plus
convaincant, y compris dans les passages parlés, presque chuchotés de cette
scène. Le démonique Samiel apparaît sur scène, joué par Christian
Pélissier, le plus souvent silencieux lors des invocations de Gaspard, mais
quand il répète en écho Une
, Deux
, etc, à chaque fois qu'une
nouvelle balle est fondue, on peut entendre son impressionnante voix
caverneuse. J'ai bien aimé tous les autres chanteurs. La chanteuse qui m'a
fait la plus forte impression est Virgine Pochon (Annette) qui a
véritablement incarné son rôle (quelle présence scénique ! quel jeu !) et
sa partie vocale n'a pas l'air d'être des plus faciles ! Dans le rôle
d'Agathe, j'ai retrouvé Sophie Karthäuser qui avait été pour moi une des
rares consolations d'un Fidelio de sinistre
mémoire. La mise en scène a apparemment accentué le côté très sage de
ce personnage, ce qui ne donne pas à la chanteuse l'occasion de
briller
.
Pour décrire brièvement cette production, il suffit de dire qu'elle a été transposée dans le monde de la fête foraine. Kouno est à la tête d'un stand de tir. Agathe et Annette discutent devant leur roulotte ou à l'intérieur de celle-ci. Cela fait un tout petit peu peur au début de l'opéra, très vif, mais cela me semble une bonne idée. Mis à part l'affadissement du personnage d'Agathe, la mise en scène m'a semblé réussie. Il y a quelques passages étonnants, comme lorsque dans la scène de la Gorge-aux-Loups Max voit des apparitions de sa mère et d'Agathe, il est face au public et ces deux personnages traversent le fond de la scène, dans son dos ! Quand Max tire de son fusil au troisième acte, à sa droite Agathe et à sa gauche Gaspard tombent tous les deux alors que Max visait dans d'autres directions ! Sur le coup, on ne comprend pas bien l'influence de l'ermite qui est censé avoir protégé Agathe. Ce que j'ai trouvé assez frappant, c'est la façon dont on laisse mourir Gaspard sans se préoccuper le moins du monde de son sort. On se réjouit joyeusement qu'Agathe n'ait pas été touchée par le coup de fusil tandis que l'autre est en train de mourir ; on se réjouit même de ce que le diabolique soit puni.
À un moment, j'ai un peu buggé parce que j'ai eu l'impression d'entendre une musique que je connaissais déjà, ce qui était bizarre vu que je n'ai que l'ouverture dans ma discographie... En fait, très vite, j'ai reconnu L'Invitation à la valse du même Weber que je connaissais parce que c'est la musique du ballet Le spectre de la rose présenté à Garnier dans le programme Ballets russes en décembre 2009. Le programme explique que la tradition française voulant que les opéras inclussent des scènes de ballets, Berlioz avait inséré cette pièce de Weber (originellement pour piano et qu'il avait donc dû orchestrer). En dehors des applaudissements accompagnant la fin de quelques airs, du fait de la transformation (et réduction) des parties parlées en récitatifs par Berlioz, la musique se déroule presque sans interruption dans chacun des trois actes. Dans cette version française de l'opéra, on arrive à comprendre ce que chantent la plupart des chanteurs !
2011-04-08 01:26+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-04-07
Élèves de l'école de danse de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Marius Stieghorst, direction musicale
Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique (1882) (Trio pour piano, violon et violoncelle en la mineur, op. 50 : deuxième mouvement, Thème et variations)
John Taras, chorégraphie (1948)
Jean-Yves Sébillotte, piano
Éric Lacrouts, violon
Matthieu Rogué, violoncelle
Alice Catonnet, Caroline Osmont, Clotilde Tran Phat, Roxane Stojanov
Mathieu Contat, Hugo Marchand
Dessins pour six
Léo Delibes, musique (1870)
Pierre Lacotte, chorégraphie et adaptation (1973) d'après la version d'Arthur Saint-Léon
Charles Nuitter, livret (d'après le conte d'E.T.A. Hoffmann, L'Homme au sable (1816)
Décors d'après les maquettes de Jean-Émile Daran (1875), inspirées de celles de Charles-Antoine Cambon (Actes I et III, 1870) et celles d'Edouard-Désiré Desplechin et Jean-Baptiste Lavastre (Acte II, 1870)
Costumes d'après les maquettes d'Alfred Albert (1870)
Marie Varlet, Swanilda
Germain Louvet, Frantz
Natan Bouzy, Coppélius
Raphaël Bouttier, Le Bourgmestre
Éléonore Thomas, La Paysanne
Cyprien Bouvier, Le Persan
Pascal Bayart, Le Chinois
Isaac Lopes-Gomez, Le Cymbalier
Marie Le Révérend, La Poupée
Coppélia ou la fille aux yeux d'émail, ballet en trois actes
Comme l'année dernière, je suis allé voir le spectacle de l'école de danse de l'Opéra. Cela a commencé par une court ballet de John Taras dont j'avais tant aimé Piège de lumière programmé l'année dernière dans le spectacle. Ce ballet pour six danseurs (quatre filles et deux garçons) ne m'a pas beaucoup intéressé. La musique de Tchaikovski est pour une formation de chambre : piano, violon, violoncelle. Le piano commence par énoncer un thème et de nombreuses variations suivent. Cette pièce ne m'a pas enthousiasmé outre mesure, mais ayant un petit faible pour la configuration piano-violoncelle, je ne me suis pas ennuyé pour autant. Sur la scène vide (fond bleu), les six danseurs évoluent, par trois, par deux, par six, etc. Cela ne raconte pas d'histoire et il n'y a pas non plus un déluge d'émotions (il y en a quand même un tout petit peu). Une belle variation pour un couple se termine par une sortie sur un porté acrobatique. Beaucoup de moments où les danseuses font presque du sur place sur pointes en tournant autour de leurs camarades. C'est au mieux mignon, mais dans un genre voisin, je préfère encore Apollon de Balanchine, qui ne m'avait pourtant pas beaucoup plu.
L'essentiel de la soirée est consacré à l'autre ballet au programme, Coppélia ou la fille aux yeux d'émail de Pierre Lacotte, d'après Arthur Saint-Léon (livret de Nuitter d'après Hoffmann). Il s'agit en fait d'une reconstitution du ballet d'origine, où on a cependant confié le rôle de Frantz à un danseur plutôt qu'à une danseuse travestie comme lors de la création de 1870.
La comparaison entre ce spectacle de l'école de danse et la Coppélia de Patrice Bart par le ballet de l'Opéra est cruelle... mais elle est nettement à l'avantage de l'école de danse !
Tout d'abord, dans la fosse, c'est l'Orchestre de l'Opéra de Paris dirigé par Marius Stieghorst qui avait déjà fait des merveilles l'année dernière pour la musique de Piège de lumière (Damase). Par rapport au résultat obtenu par Koen Kessels, il y a une grande différence ! Et pourtant, j'avais été satisfait par l'orchestre Colonne, notamment dans les passages extraits de Lakmé. Ici, à un numéro près, on entend que la musique d'origine de Delibes pour Coppélia. Elle est jouée de façon beaucoup plus vivifiante, enjouée. Le tempo est plus rapide (privilège de la jeunesse ! La chorégraphie est aussi moins tortueuse). Du côté de la dynamique, le chef met apparemment plus volontiers en valeur les p que les f. Quelques instruments à percussion insolites (dans le prélude du début du deuxième acte, je n'ai fait que regarder les deux percussionnistes, qui ne faisaient rien ! mais regardaient beaucoup autour d'eux). Les musiciens ont donné l'impression de prendre un certain plaisir à jouer pour les élèves de l'école de danse, comme le harpiste, qui était apparemment Emmanuel Ceysson ce soir.
Cette version de Coppélia a une histoire beaucoup plus claire que celle de Patrice Bart. Coppélius est bien un vieux pervers. Il veut transférer l'âme de Frantz qu'il a drogué dans Coppélia, la fille aux yeux d'émail dont Frantz s'était amouraché pour l'avoir vue depuis la rue. En fait, quand Swanilda et ses amies avaient été surprises par Coppélius après qu'elles étaient entrées chez lui et avaient vu ses divers automates, elles avaient toutes fui, sauf Swanilda qui avait pris la place de Coppélia. Coppélius croit insufler un souffle vital dans Coppélia, mais c'est Swanilda qui fait semblant de se mouvoir comme un automate, puis progressivement, au fur et à mesure que les doses d'âme successives arrivent, elle se met à se déplacer comme une véritable jeune fille.
Dans la version de Bart, en plus du corps de ballet, la danse reposait sur trois individualités : Swanilda, Frantz, Coppélius. Dans cette version, tout ou presque repose sur les épaules de la seule Swanilda ! au moins dans les deux premiers actes. Le personnage de Frantz n'y a en effet pas beaucoup à danser, et il est heureux que Pierre Lacotte ait ajouté une variation au personnage. Coppélius n'a que de la pantomime, mais elle est très réussie, ce qui rend d'autant plus convaincant le spectacle dans son ensemble. Bien sûr, on trouve aussi de très beaux ensembles au premier acte.
Ce soir, c'était Marie Varlet qui dansait le rôle de Swanilda. Elle a été absolument fantastique. La métamorphose de Coppélia au deuxième acte a été merveilleuse, passant d'un automate désarticulé à une vraie jeune fille, et rapassant sans cesse de ce rôle en métamorphose à son rôle de Swanilda inquiète du sort de Frantz endormi à la table de Coppélius dès que celui-là a le dos tourné.
Le troisième acte s'achève sur les noces de Frantz et de Swanilda. Il permet de mettre en scène une succession d'ensembles. Le rôle de Frantz devient alors résolument dansant et on apprécie l'aisance avec laquelle il porte sa partenaire. Certes, tout n'a pas été absolument parfait, mais quel beau spectacle cela a été !
Pierre Lacotte est venu saluer, et Elisabeth Platel, la directrice de l'école de danse, a eu le temps de quitter son strapontin du dernier rang de l'orchestre pour venir saluer aussi avant de s'écarter pour laisser aux élèves le mérite qui leur revient.
2011-04-05 01:04+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2011-04-04
Shashank, flûte murali
Parupally Phalgun, mridangam
Satyajit Talwalkar, tabla
Je n'étais pas retourné au Théâtre de la Ville (Place du Châtelet)
depuis presque un an (c'est comme y aller pour la première fois, d'ailleurs
je ne m'étais même pas rendu compte que sur la façade on pouvait encore
lire Sarah Bernhardt
; je croyais que ce nom avait été abandonné
depuis longtemps !). La dernière fois, c'était pour un concert Tambours sacrés de
l'Inde assez inintéressant.
Le concert de ce soir est un récital du flûtiste Shashank, que j'avais
déjà entendu lors des vingt-quatre heures du raga. Je
n'ai pas été excessivement enthousiasmé par ce concert. Le flûtiste, qui
lors des silences insérés s'éponge le visage, change de flûte ou boit de
l'eau, est accompagné de deux percussionnistes, l'un du Sud (mridangam),
l'autre du Nord (tablas) (ah oui, j'ai peut-être oublié de le préciser,
mais ils viennent bien sûr tous d'Inde !), ce qui donne un côté un peu
hybride à la formation. Je me serais bien contenté d'un seul des deux, avec
une préférence pour Parupally Phalgun qui avait l'air davantage dans son
élément. Chose inhabituelle pour un musicien du Sud, la première partie est
un Alap annoncé sur une gamme pentatonique. J'entends quelque
spectatrice murmurer Qu'est-ce que c'est que ce truc ?!
. J'aurais
bien eu envie de lui répondre d'attendre un peu... C'est qu'il a plutôt
pris son temps, tenant des notes assez longtemps, insérant des silences,
avant de laisser se développer librement la mélodie, bientôt suivie de
l'entrée des percussionnistes. Après, il a interprété la composition
principale sur le mode Purvi Kalyani. Une deuxième composition est venue
ensuite ; il en a d'abord chanté le śloka en l'honneur de Krishna
(sous le nom de Gopala). Au cours de de cette pièce comme dans la
précédente, on assiste à quelques questions/réponses entre les musiciens,
chose qui semblerait plus courante dans la musique du Sud par rapport à
celle du Nord (en tout cas, dans les récitals de danse bharatanatyam, c'est
systématique !). On assiste à un déluge de virtuosité du flûtiste, mais
c'est carrément trop démonstratif, au point de me faire oublier d'apprécier
la musique... La fin des morceaux est systématiquement atteinte du syndrome
de l'hydravion (il a beaucoup de mal à atterrir le pauvre aéronef, tous
les effets et manœuvres sont essayés, on touche l'eau, mais non, on est
obligé de remettre les gaz et cinq minutes plus loin, on a bien fini
par y arriver, mais complètement épuisé).
Deux dévotionnels sont ensuite joués. Le premier est un duo rythmique
(avec un tout petit peu de flûte à la toute fin) sans intérêt si ce n'est
le petit jeu de questions/réponses entre les percussionnistes, jusqu'à en
arriver à frapper leurs peaux respectives un temps sur deux à tour de rôle.
Le deuxième est intitulé quelque chose comme Indu Bharavi
. Le public
en redemandant, un dernier morceau non prévu est joué pour conclure ces
presque deux heures de musique.
2011-04-03 02:05+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Athénée Théâtre Louis-Jouvet — 2011-04-02
Quatuor Thymos
Eiichi Chijiiwa, Gabriel Richard, violons
Nicolas Carles, alto
Marie Leclercq, violoncelle
Michel Fau, lecteur
Textes d'Olivier Py, Aristote, Copi
Trois pièces pour quatuor à cordes, Stravinski
Quatuor à cordes nº2, opus 33 (Hob. III:38), Haydn
Quatuor à cordes nº2, Charles Ives
Ouverture sur Le Vaisseau Fantôme comme joué à vue par un orchestre de seconde zone à 10h du matin sur la place du village, Hindemith
Quel beau concert que celui de ce quatuor à cordes (Thymos) formé de musiciens de l'Orchestre de Paris au théâtre de l'Athénée — Louis Jouvet. C'est la première fois que j'y mets les pieds, à deux pas de l'Opéra (ne pas confondre avec l'hôtel Plaza Athénée situé tout près du TCE...). J'en avais entendu parler par Klari à propos d'un précédent concert de la série.
Le lieu est tout ce qu'il y a de plus charmant, accueillant et sympathique. Malheureusement, la salle est remplie à peine aux deux tiers (seuls l'orchestre et la corbeille de face sont bien garnis). Un ouvreur m'a fait signe au moment où je commençais à envisager une migration depuis le dernier rang du balcon. Je ne me suis pas fait prier pour saisir l'opportunité qui m'était faite de m'installer au premier rang de corbeille sur l'extrême côté, tout près de la scène.
Je crois que je n'ai jamais été dans d'aussi bonnes conditions autant visuelles qu'acoustiques pour un concert de musique de chambre. Le thème est l'humour noir. En prélude au concert et entre les pièces, le comédien Michel Fau lit remarquablement bien quelques textes très drôles (je me disais bien que sa tête me disait quelque chose : d'après mes archives, je l'avais déjà vu dans L'Orestie à l'Odéon en 2008). On entendra ainsi un sermon du Diable extrait de L'Apocalypse joyeuse d'Olivier Py, un texte attribué à Aristote évoquant six systèmes politiques (royauté, aristocratie, timocratie, tyrannie, oligarchie, démocratie), les trois derniers étant les versions corrompues respectives des trois premiers. Le dernier sera un texte de Copi extrait du Bal des folles où un inverti raconte son histoire d'amour avec un Pierre amouraché à un(e) Marilyn ayant un serpent pour animal de compagnie. Nombreux fous-rires dans la salle.
Venons-en maintenant à la musique. Cela commence par trois courtes pièces de Stravinski utilisant des sonorités très variées. La violoncelliste et le violon II échangent leurs places. Vient ensuite l'œuvre qui m'a le plus enthousiasmé : le quatuor à cordes nº2, opus 33 (Hob. III:38) de Haydn. J'apprécie de voir les musiciens se faire de petits signes, sourires et grimaces. Les deux premiers mouvements sont assez espiègles. Le troisième, lent, est plus sage. Lors du quatrième, je me dis d'abord qu'on est à côté du thème, mais la toute fin me fait comprendre la raison de son insertion au programme : après plusieurs répétitions du thème de ce mouvement, il faut bien terminer le quatuor et c'est fait en introduisant quelques silences à divers endroits des derniers développements de façon à ce qu'à plusieurs reprises on puisse avoir l'impression que le quatuor est terminé. Et cela recommence... encore... une dernière fois... allez, encore une autre... C'est bon, maintenant, vous pouvez applaudir. Si j'ai aimé cette œuvre, je crois que ce n'est pas seulement parce que c'était de Haydn... mais peut-être aussi parce que c'était merveilleusement bien interprété.
La troisième œuvre au programme est un quatuor en trois mouvements de
Charles Ives (dont je ne connaissais le nom que parce qu'il apparaît dans
le titre d'une œuvre de John Adams, jouxtant dans la discographie son
remarquable concerto pour violon électrique The Dharma at Big
Sur). Elle est précédée d'une petite introduction du violoniste
Gabriel Richard qui était jusque là violon II et qui passe violon I, les
musiciens ayant repris la configuration standard du quatuor (de gauche à
droite : violon I & II, alto, violoncelle). Il nous explique que
l'œuvre met en jeu quatre hommes (sic) qui lors du premier mouvement
(Andante emasculata !) vont parler chacun dans leur coin, lors du
deuxième mouvement se disputer ouvertement, et lors du troisième joindre
leurs efforts pour aller à l'assaut d'une montagne jusques auprès du
firmament. (Il indique aussi beaucoup d'emprunts, mais je ne les ai pas
reconnus.) C'est annoncé comme atonal
, mais cela s'écoute finalement
très bien, en tout cas beaucoup plus que l'atonal qui se joue
ces jours-ci à Bastille.
Le concert se termine par l'ouverture du Vaisseau fantôme (Wagner) revisitée par Hindemith (cf. plus haut pour le titre complet...), ce qui donne lieu à un grand n'importe quoi où l'on reconnaît parfois un peu l'œuvre d'origine mais aussi des délires qui semblent singer d'autres genres musicaux. Au début, les musiciens étaient affalés dans des fauteuils et un lit (du décor de la pièce qui se joue ces jours-ci dans ce théâtre). Il faudra toute la persuasion de Michel Fau pour que, apparemment sans conviction, les musiciens voulussent bien se lever, se mettre devant leurs pupitres, mettre la bonne partition devant leurs yeux fatigués et jouer tout en essayant de donner l'impression qu'ils déchiffrent l'œuvre. Dans ce numéro, Gabriel Richard et Nicolas Carles sont plus joueurs que leurs deux collègues.
2011-03-31 07:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures
Opéra Bastille — 2011-03-28
Janina Baechle, Anna Akhmatova
Atilla Kiss-B, Lev Goumilev
Lionel Peintre, Nikolai Pounine
Varduhi Abrahamyan, Lydia Tchoukovskaia
Valérie Condoluci, Faina Ranevskaia
Christophe Dumaux, Le Représentant de l'Union des écrivains
Marie-Adeline Henry, Olga
Paul Crémazy, Un sculpteur, un universitaire anglais
Vladimir Kapshuk, Un étudiant, deuxième universitaire
Ugo Rabec, Un agent
Sophie Claisse, Une femme du peuple
Laura Agnoloni, Une vieille femme du peuple
Emanuel Mendes, Solo ténor
Slawomir Szychowiak, Solo baryton
Pascal Rophé, direction musicale
Christophe Ghristi, livret
Nicolas Joel, mise en scène
Wolfgang Gussmann, décors
Wolfgang Gussmann et Susana Mendoza, costumes
Hans Toelstede, lumières
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Marguerite Borie, collaboration à la mise en scène
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Akhmatova, Bruno Mantovani (création)
J'ai assisté lundi dernier à la création d'Akhmatova (Mantovani) à Bastille. Mes impressions sont sur le Biblioblog.
2011-03-27 01:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-03-26
London Symphony Orchestra
Valery Gergiev, direction
Symphonie nº7 Chant de la nuit (Gustav Mahler)
Ce n'est pas exactement la première fois que j'entends du Mahler en concert, puisque les Kindertotenlieder (et des œuvres d'autres compositeurs) avaient été chantés par Thomas Hampson au TCE il y a deux mois. Cependant, c'est la première fois que j'entends une symphonie de Mahler en concert (dans ma CD-othèque, je n'ai que la dixième symphonie, écoutée une unique fois il y a plus de deux ans). Entendre est un mot bien faible pour décrire l'expérience toute physique dont le corps fait l'objet pendant toute la durée du concert.
Comment ai-je pu me tenir éloigné de cette musique pendant si longtemps ! Jamais un concert ne m'avait fait me sentir autant minuscule devant la grandeur de la musique, qui m'a saisi dès le premier mouvement. Vu les explications amusantes de Klari dont j'ai hérité de ma place à l'arrière-scène, il est évident que l'on ne saisit pas tout ce qui se passe, loin s'en faut ! Il se passe tellement de choses en même temps ! Cela dit, certains thèmes et rythmes, même s'ils passent d'un pupitre à un autre, sont parfois installés de façon assez insistante pour qu'on arrive à suivre, un peu.
C'est aussi ma première fois avec le London Symphony Orchestra. Je me réjouis par avance de la série de concerts de cet orchestre à laquelle je me suis abonné pour l'an prochain. En revanche, j'avais déjà aperçu Valery Gergiev diriger un Lohengrin à Bastille il y a quatre ans. Cette fois-ci, je suis on ne peut mieux placé pour le voir remettre sa mèche de cheveux en place sur le crâne (il l'a par exemple fait à trente secondes de la fin comme pour se faire beau pour les saluts, mais entretemps, la mèche avait déjà repris sa liberté). Passons sur ce détail capillaire. Le style de direction n'est manifestement pas du genre à utiliser avec un orchestre sous-excellent ! Pendant le premier mouvement, et un peu moins par la suite, il avait les yeux constamment rivés sur la partition, regardant cependant un peu de temps en temps les vents et les cuivres, battant la mesure de la main droite et donnant des indications aux premiers violons de la gauche. Tout le reste semble passer par messages subliminaux signifiés par des muscles faciaux d'un micropouillième carré ! Parfois, les indications sont faciles à comprendre pour le béotien que je suis, mais le plus souvent, il fait une drôle de moue en direction de quelques musiciens ; il doit falloir être initié pour comprendre ce que cela signifie... Je ne sais pas si c'était juste pour passer le temps, pour analyser ou simplement pour être sûr de prendre le train en marche, mais il y avait dans mon champ de vision, tout devant moi, un joueur de mandoline (absolument silencieux pendant les trois premiers mouvements) qui suivait sur une édition de poche de la partition d'orchestre ! Comme je dis plus haut, par moments, on est pas trop perdus, mais à d'autres, cela court dans tous les sens. Les cordes ont a un moment, deux ou trois fois de suite, produit un bruit sec avec leurs archets. Malgré la répétition, je n'ai pas réussi à ne serait-ce que voir ce qui se passait. À l'oreille, on aurait dit qu'ils n'avaient vraiment pas peur de casser en deux leurs archets.
Si le premier mouvement est tendu et assez imposant du point de vue du volume sonore, les mouvements centraux contiennent des passages plus apaisés, presqu'amusants (jusqu'à l'utilisation de cloches de vaches). Je ne sais pas comment cela se compare à d'autres interprétations, en tout cas, ce soir, la symphonie a été jouée en 1h15.
(Le concert sera diffusé sur France Musique le lundi 11 avril à 9h07.)
2011-03-27 00:57+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre du Châtelet — 2011-03-26
Amel Brahim-Djelloul, soprano
Gilles Apap, violon
Rachid Brahim-Djelloul, violon
Nourredine Aliane, ud
Dahmane Khalfa, derbouka et percussions
Jason Meyer, violon solo
Orchestre Padeloup
Benoît Girault, direction
Shéhérazade, Rimski-Korsakov
La Serena
Klaa Beni Abbes
Deux Mélodies hébraïques, Maurice Ravel
Concerto pour violon et orchestre (deuxième mouvement), Khatchaturian
Ce samedi après-midi, ma visite semestrielle au Théâtre du Châtelet pour
un concert sélectionné pour la très-charmante soprano Amel Brahim-Djelloul.
L'occasion aussi d'entendre une première fois l'orchestre Pasdeloup. Le
programme n'était pas très clair ; je n'ai compris le déroulé du
concert qu'en cours de route. Au lieu de jouer les quatre mouvements de
Shéhérazade à la suite, on a en effet intercalé diverses œuvres
méditerranéenisantes entre les différents mouvements. Les chansons
originaires d'Espagne ou du Maghreb La Serena et Klaa Beni
Abbes sont jouées au violon par Rachid Brahim-Djelloul, le frère de la
soprano, avec aussi un ud et des percussions. Vu la différence de style par
rapport au lyrique, il fallait être particulièrement audacieux pour chanter
ces chansons sans sonorisation dans un tel théâtre. Cela passe étonnamment
bien ! Du point de vue vocal, j'ai surtout aimé la première mélodie
hébraïque de Ravel (orchestrée). La deuxième est en yiddish ; cela m'a fait
bizarre parce que c'est la première fois que j'entends un chant dans cette
langue que j'eusse prise pour de l'allemand si je ne l'avais pas lu dans le
programme. On a aussi inséré un mouvement du concerto pour violon de
Khatchaturian. Les solos de violons sont joués par Gilles Apap, que ce
soit dans ce concerto que dans Shéhérazade (à part au tout début
où c'était Rachid Brahim-Djelloul). Au lieu de rester à la place
traditionnelle du soliste dans un concerto pour soliste et orchestre, à
savoir à la gauche du chef, il entrait et sortait de scène, passait devant
l'orchestre, derrière le chef, tout en jouant et en gardant un air
décontracté. Cela pouvait se défendre dans Shéhérazade parce que
cela coïncidait toujours avec l'apparition-réapparition du même thème qui
semblait à chaque fois revenir de loin, m'enfin dans le mouvement de
concerto pour violon, cela ne faisait juste pas très sérieux. (J'ai aussi
remarqué une technique violonistique que je n'avais encore jamais vue :
parfois, au lieu de maintenir le violon dans le cou avec le menton sur la
mentonnière, le violon était parfois tourné vers l'avant, dans un plan
presque vertical, la tranche
contre le menton. Cela porte
un nom ?)
Bien que j'aie plutôt passé un bon moment, ce concert s'effacera probablement assez vite de ma mémoire. Comme j'avais du temps devant moi avant le concert qui suivait, je suis resté pour la séance de dédicaces et ai ainsi pu féliciter Amel Brahim-Djelloul pour son interprétation des Quatre poèmes hindous mis en musique par Maurice Delage (dans son album Les 1001 nuits avec la pianiste Anne Le Bozec) ; j'aime tout particulièrement Lahore : Un sapin isolé (pas de lien parce que pas trouvé sur Deezer).
2011-03-27 00:52+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Église des Billettes — 2011-03-25
Christophe Rousset, clavecin
Suite en ré mineur (Prélude, Allemande, Courante, Sarabande, Canaries, Volte, La Pastourelle, Chaconne), Louis Couperin
Dix-septième ordre (La Superbe, ou La Forqueray. Fièrement, sans lenteur, Les Petits Moulins à Vent. Très légèrement, Les Timbres. Rondeau, Courante, Les Petites Chrémières de Bagnolet. Légèrement & coulé), François Couperin
Suite en do mineur (Prélude, Allemande La Précieuse, Courante, Sarabande, Gigue, Chaconne La Bergeronnette), Louis Couperin
Huitième Ordre (La Raphaèle, L'Ausoniène, allemande. Légèrement & marqué, Première Courante, Seconde Courante, Sarabande L'Unique. Gravement, Gavotte. Tendrement, Rondeau. Gayement, Gigue, Passacaille, Rondeau, La Morinète. Légèrement & très lié)
Vendredi soir à l'Église des Billettes : récital Couperin de Christophe
Rousset. Couperin, oui, mais lequel ?
comme le claveciniste dira en
introduction à un bis. Louis et François alternent. Même si un des bis
s'appelle malicieusement Les Amusements (F. Couperin), ce n'est
pas une musique très drôle. C'est très austère surtout chez Louis Couperin,
mais tellement français. Quelques passages très virtuoses dans le
Dix-septième ordre de François Couperin. Une tourne plus rapide
qu'un éclair dans une des pièces qui suivront.
Depuis ma place au deuxième étage du mauvais côté, je pouvais quand même voir le premier clavier et le claveciniste de trois-quarts face. Il faudrait vraiment que les productions Philippe Maillard revoient leur système d'éclairage de la scène en configuration récital de clavecin, parce que le visage de Christophe Rousset n'arrêtait pas de passer de l'ombre à la lumière. Lors du récital de Benjamin Alard auquel j'avais assisté depuis une place à peu près symétrique, la partition était dans l'ombre du claveciniste. Je pense que ce n'est agréable ni pour le public ni pour le soliste...
Malgré le retour dans l'audience du spectateur à moitié fou des Concerts Parisiens que je n'avais pas aperçu depuis des lustres (quand après une petite heure de concert, j'ai entendu dans mon dos les bruyants pas de quelqu'un s'installant au deuxième rang et faisant toutes sortes de bruits, même dans le noir complet, j'étais sûr que c'était lui !), j'ai beaucoup apprécié ce concert. Christophe Rousset rejoint donc Pierre Hantaï au sommet de ma liste de clavecinistes préférés.
2011-03-25 01:32+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-03-24
Jean-Yves Thibaudet, piano
Sarah Nemtanu, violon solo
Orchestre national de France
Yutaka Sado, direction
Air de la troisième suite pour orchestre, BWV 1068 (Bach)
Gwendoline (Ouverture) (Chabrier)
Concerto pour piano et orchestre nº5 L'Égyptien en fajeur opus 103 (Saint-Saëns)
The Shining One, concerto pour piano et orchestre (Guillaume Connesson)
Intermezzo nº2 en la majeur (Brahms)
Bacchus et Ariane (Suites nº1 et 2), Roussel
Un peu plus d'un mois s'est écoulé depuis le catastrophique Fidelio dirigé par Kurt Masur. On reprend ce soir le même orchestre, mais cette fois-ci heureusement dirigé par Yutaka Sado, dont je m'aperçois que je ne l'avais vu que deux fois avant avec l'orchestre Lamoureux.
En hommage aux victimes du tsunami et en présence de l'ambassadeur du Japon, l'orchestre commence par l'Air de la troisième suite pour orchestre de Bach, suivi d'une minute de silence. Oui, le TCE a été parfaitement silencieux une minute, c'est absolument incroyable : les toux maladives n'ont surgi qu'à la toute fin. Vint ensuite l'ouverture de Gwendoline de Chabrier. On a beau dire que c'est wagnérien, comme avec Franck, je préfère de loin l'original. En dehors du Roi malgré lui, il n'y a à peu près rien de Chabrier que je puisse supporter... Je ne dirai rien du concerto pour piano L'Égyptien de Saint-Saëns pendant lequel je n'étais pas loin de m'assoupir (par fatigue plus que par indifférence). Le court concerto pour piano et orchestre de Guillaume Connesson (qui est venu saluer) dédié à et créé en 2009 par Jean-Yves Thibaudet est plutôt agréable à écouter. Le concerto est intitulé The Shining One. C'est raccord avec le bijou brillant et über-bling-bling que le pianiste porte au niveau de la ceinture.
Si je suis venu assister à ce concert, c'est pour la deuxième partie où l'on joue les suites pour orchestres tirées du ballet Bacchus et Ariane d'Albert Roussel, un compositeur que j'ai découvert par son opéra-ballet Padmâvatî et grâce à qui j'ai eu l'idée de visiter Chittorgarh. Si la musique de ce ballet est dans ma CD-othèque, ce n'est pas celle que je connais le mieux : mon rêve serait de voir représenter Le Festin de l'araignée, ce pour quoi il y aurait un petit espoir puisqu'il est au répertoire de l'École de danse de l'Opéra. Fuyant un renifleur que j'ai eu à subir en première partie et profitant de la vacance de nombreux sièges à tous les étages, je me suis replacé au quatrième rang du parterre, un peu sur le côté, du côté des seconds violons. Les premiers violons sont en face de moi, les contrebasses sont visibles entre les rangs des seconds violons. Je vois quelques altos, un flûtiste, et aperçois dans le fond quelques percussionnistes. Bien sûr, je vois le très grand et sautillant Yutaka Sado. Dès les premières secondes, je comprends que je vais passer un très-agréable moment. Quelques thèmes reparaissent épisodiquement. À certains moments, je me dis qu'assurémment, cette œuvre a été composée après Le sacre du printemps... N'ayant pas suffisamment préparé mon écoute, je n'arrive pas à mettre une histoire sur tout ce que j'entends, à part au début de la deuxième suite où il est évident qu'on est au moment où Ariane, abandonnée, va se réveiller.
Avec un bon pilote, l'ONF tient parfaitement la route !
Ce concert est à réécouter sur le site de Radio France.
2011-03-21 00:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-03-20
Solistes des Berliner Philharmoniker
Wenzel Fuchs, clarinette
Guy Braunstein, violon
Christoph Streuli, violon
Amihai Grosz, alto
Ludwig Quandt, violoncelle
Quintette pour clarinette et cordes en la majeur, KV 581 (Mozart)
Guy Braunstein, violon
Amihai Grosz, alto
Olaf Maninger, violoncelle
Janne Saksala, contrebasse
Yuja Wang, piano
Quintette pour piano et cordes La Truite (Schubert)
Quatrième mouvement du Quintette pour piano et cordes La Truite (Schubert)
Première fois avec le Berliner Philharmoniker, enfin un tout petit sous-ensemble de musiciens de cet orchestre pour ce programme de musique de chambre.
Pendant le quintette de Mozart, j'ai eu l'impression que le volume sonore des musiciens était assez sous-dimensionné par rapport à la taille de la salle. Comme avec les voix à l'opéra, l'oreille s'y habitue néanmoins au bout d'un certain temps, mais gare aux bruits parasites provenant des autres spectateurs ! Pendant le premier mouvement Allegro (pas très rapide pourtant), les musiciens semblent donc rivaliser pour être celui qui jouera le moins fort. Encore un peu plus et ils eussent été complètement inaudibles depuis le premier balcon où j'ai pu bonifier ma place située derrière les barrières par quelque petit replacement de l'autre côté de l'escalier. L'impression qui se dégage de cette formation (dont l'effectif est unique dans la production de Mozart) est celle de la douceur qui semble transmise à l'ensemble par le jeu du clarinettiste. Le premier mouvement m'a paru être un véritable délice. Le deuxième m'a semblé à la limite ennuyeux, d'autant plus que le tempo était très lent. Le Menuet du troisième m'a réveillé et arrivé au quatrième mouvement, je me disais que cela allait malheureusement se terminer bientôt... Il est à noter que cette œuvre est totalement exempte de celles des caractéristiques stylistiques habituelles de Mozart qui en général m'exaspèrent !
En deuxième partie de programme, le quintette La Truite de Schubert que j'avais déjà eu l'occasion d'entendre en concert. J'ai nettement préféré cette deuxième écoute en concert, ne serait-ce que pour des raisons acoustiques (l'année dernière, le son du piano de François-Frédéric Guy m'avait paru comme étouffé ; je ne sais pas d'où sort le conte selon lequel l'acoustique de la Cité de la Musique serait exceptionnelle). Parmi les détails qui font plaisir à voir, il y a les petits gestes et mimiques que les musiciens complices se font pour maintenir la cohésion de l'ensemble. Bien sûr, il y a aussi la très belle Yuja Wang que je voyais pour la première fois en concert, dont malgré un placement aux numéros pairs je vois les mains courir sur le clavier à chaque fois que l'altiste se penche un peu en avant. Comme j'avais perdu un peu de mon attention lors de ce mouvement, j'ai été tout particulièrement content que le quatrième mouvement ait été bissé !
Ce fut un programme un petit peu court (faisant toutefois partie d'une série de concerts sur l'ensemble du week-end), mais fort agréable. J'ai été très amusé par la concurrence qui existait entre la distribution gratuite du programme (sur une feuille toute simple) par les ouvreurs de la salle et la vente à la criée du programme des producteurs Piano ****. (Par rapport à d'autres salles, j'apprécie que le programme soit pratiquement tout le temps gratuit Salle Pleyel et le plus souvent téléchargeable sur Internet quelques jours à l'avance. Cela me fait toujours bizarre les rares fois où il y a là-bas un programme payant !)
2011-03-20 01:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2011-03-19
Léo Delibes, musique
Patrice Bart, chorégraphie et mise en scène
Ezio Toffolutti, décors et costumes
Yves Bernard, lumières
Claude de Vulpian, assistante du chorégraphe
Nolwenn Daniel, Swanilda
Karl Paquette, Frantz
Stéphane Phavorin, Coppélius
Aurélien Houette, Spalanzani
Ballet de l'Opéra
Orchestre Colonne
Koen Kessels, direction musicale
Coppélia, ballet en deux actes d'après Arthur Saint-Léon
Ce ballet Coppélia de Patrice Bart ne m'a guère intéressé. Il s'agit d'un remake d'un ballet du même nom d'Arthur Saint-Léon. C'est vaguement inspiré d'Hoffmann, la même source qui inspira l'acte d'Olympia dans Les Contes d'Hoffmann d'Offenbach. Il ne reste en vérité plus grand'chose du conte d'origine. Le jeune homme (Frantz) est tout simplement un amoureux de Swanilda et celle-ci est bien de chair. Certes, il a un peu regardé l'image d'une jeune fille dans le livre de Coppélius, mais cela ne justifie qu'une petite chamaillerie d'amoureux. Celui en lequel la confusion s'installe, l'opium aidant, est Coppélius, qui aimerait faire revivre la jeune fille de son livre (curieusement, Coppélius est habillé en beau jeune homme, ce qui a de quoi induire une confusion entre les rôles de Coppélius et de Spalanzani, que je n'ai pu élucider qu'au fait que je pouvais reconnaître Stéphane Phavorin). Coppélius arrive à attirer Swanilda jusques à chez lui où règnent les automates. En enfilant le costume de la reine du blé, elle est comme désaisie de sa propre personnalité. Heureusement, elle s'en rend compte et parvient à se défaire de cette influence.
Le premier acte m'a paru assez inintéressant. La danse manque
d'émotions. On a essentiellement le droit à un numéro pittoresque,
Mazurka et czardas, et une querelle entre Swanilda et Frantz qui
voudrait lui offrir sa collection de papillons. Pourtant, la musique de
Delibes s'avère plus intéressante que la musique moyenne des ballets,
d'autant plus qu'à la musique du ballet d'origine ont été ajoutées d'autres
compositions de Delibes, et tout particulièrement des numéros de son opéra
Lakmé. Peut-être est-ce parce que je connais très bien cet opéra ?
toujours est-il que les moments les plus marquants musicalement dans ce
ballet m'ont semblé être ceux tirés de cet opéra. (Cela dit, l'à-propos de
l'utilisation des morceaux autres que ceux qui étaient déjà prévus pour des
épisodes dansés dans l'opéra peut paraître douteux. Pour moi, certains
thèmes de cette musique sont lourdement chargés émotionnellement par les
paroles de l'opéra : à un moment, il me semblait pouvoir entendre Il
faut qu'il meure ! Vengeance ! Vengeance !
se superposer à la musique
alors que sur scène, entre Swanilda et Frantz, tout allait pour le mieux et
il n'était pas question de suicide par ingestion de datura !) On notera
cependant que pour les autres numéros, les pas de danse et la musique
s'accordent extrêmement bien et non sans humour.
À la fin du premier acte, Coppélius fait une entrée sur une Coda sans les chœurs extraite de Lakmé, ce qui ranime mon intérêt pour le ballet. Au début du deuxième acte, il n'y aura presque plus de danse, mais j'avoue que j'ai pris un certain plaisir à regarder cette pantomime. Swanilda entre chez Coppélius par une porte située en hauteur et d'où descend un escalier. Elle est accompagnée de ses amies (parmi lesquelles Mathilde Froustey a le rôle le plus important, ce qui me donne pour la première fois l'occasion d'apprécier sa pantomime). On se moque des soldats-automates (de ma place excentrée, je n'en voyais qu'un), on s'amuse à regarder les trois danseuses-automates que Swanilda imite. Un petit numéro de ballet dans le ballet avec les amies de Swanilda qui exécutent un peu mécaniquement des exercices comme des danseuses devant une barre et Swanilda qui vient pointer les défauts. À la fin, on retrouve Swanilda et Frantz dans un pas de deux, à nouveau sur la musique de Lakmé (Ouverture et Entr'acte de l'acte III). Cela permet de finir le ballet sur une bonne impression.
L'orchestre Colonne m'a semblé très bien, autant que je puisse en juger par rapport aux numéros musicaux que je connaissais déjà (qui sont ceux tirés de Lakmé). Bien sûr, le tempo est parfois un peu lent, mais il ne faut pas oublier qu'il y a aussi des danseurs... Compliments particuliers à la hautboïste pour Persian !
En bref, il y a de la belle musique, mais cela manque un peu de danse.
Mes impressions sur la danse ne sont pas très précises vu que j'étais à une
troisième loge excentrée et sans jumelles... Cependant, j'ai bien aimé
Stéphane Phavorin dans le rôle de Coppélius (mais existe-t-il un seul rôle
dans lequel il ne soit pas bon ?). C'était la première fois que je voyais
Nolwenn Daniel dans un premier rôle. Je l'ai trouvée convaincante en
Swanilda. J'ai bien aimé son pas de deux avec Karl Paquette (Frantz). Je ne
connais pas grand'chose dans la technique, mais il me semble que je n'avais
jamais vu certains types de sauts qu'il a réalisés lors du premier acte
dans lesquels on a l'impression qu'il tourne à l'envers
!?
À propos des décors, si on a vu ceux de La petite danseuse de Degas, il paraît évident qu'ils sont du même décorateur !
La représentation du 30 mars à laquelle j'assisterai aussi (visibilité incertaine puisque ce sera sur une place à 8€ !) sera précédée du défilé du ballet à l'occasion des adieux de Patrice Bart.
Ailleurs : Blog à petits pas.
2011-03-19 00:25+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Église des Billettes — 2011-03-18
Damien Guillon, contre-ténor
Eric Bellocq, luth
Isabelle Saint-Yves, viole de gambe
Kevin Manent-Navratil, clavecin
If Musick be the food of Love (Purcell)
Strike the Viol (Purcell)
Alamand — instrumental (Purcell)
Here, let my life (Purcell)
Now, O now, I needs must part (John Dowland)
Sir John's Smith (John Dowland)
What then is Love but mourning (Philip Rosseter)
Can she excuse my wrongs — pour luth (anonyme)
Can she excuse my wrongs (John Dowland)
Tis Nature's voice (Purcell)
Saraband — instrumental (John Blow)
Musick for a while (Purcell)
Gaillarde sur Lachrymae — instrumental (John Dowland)
Flow my tears (John Dowland)
Pavane — instrumental (John Dowland)
Sorrow stay (John Dowland)
Eglantine — pour luth (anonyme)
Awake sweet love (John Dowland)
From Rosie Bowr's (Purcell)
Almand — instrumental (Purcell)
Here the deities approve (Purcell)
Mon passage précédent à l'Église des Billettes m'avait mis assez mal à l'aise. Le concert de ce soir a au contraire plus que satisfait mes attentes et je n'ai manifestement pas été le seul puisque l'applaudimètre m'a semblé atteindre un niveau qu'il ne m'avait jamais été donné d'ouïr depuis que je fréquente ce lieu.
Lors d'un précédent concert, j'avais été enthousiasmé par la voix du contre-ténor Damien Guillon. J'avais donc en début d'année choisi de réserver une place pour ce concert consacré principalement à Henry Purcell et à John Dowland : de la musique baroque pas mal plus ancienne que celle que j'écoute le plus souvent (en clair, plus ancien que Bach).
Depuis la place la plus excentrée des deuxièmes loges
, je peux
voir les trois instrumentistes : Isabelle Saint-Yves à la viole de gambe
(déjà entendue dans L'Art de la Fugue avec l'ensemble Sit Fast), Eric Bellocq au luth et Kevin
Manent-Navratil au clavecin. Lors des nombreux réaccordages, une des cordes
de la viole persistait à ne pas vouloir s'accorder, il fallait de
nombreuses manipulations de la cheville correspondante pour arriver au bon
résultat. Jeu de chaises musicales puisqu'on entendra lors du concert
toutes sortes de configuration : voix seule, voix accompagnée du luth, du
luth et du clavecin, clavecin seul, tous ensemble, etc, jusqu'à des gags
lors des rappels avec quelque musicien qui sort de scène par erreur alors
qu'ils étaient bien à l'effectif de la pièce proposée. Apparemment, le
chanteur est debout pour Purcell, mais reste assis pour les autres
compositeurs. Comme les partitions ont l'air de contenir toutes les voix et
d'être assez espacées, on voit souvent des tournes assez spectaculaires,
surtout pour la violiste qui arrive à jouer cordes à vide de la main droite
tout en se penchant vers le pupitre pour faire glisser la page de
l'autre.
De ma place, disais-je, je vois les musiciens, enfin surtout le claveciniste et la violiste, mais pas tant que cela le luthiste que je vois de dos et de dessus, ce qui est bien dommage. Pour ce qui est du chanteur Damien Guillon, j'en vois le profil droit, mais le principal est que je l'entends très bien (malgré le ruissellement subséquent à la tombée de la pluie qui bruite en arrière-plan). Si le concert m'a ravi du début à la fin, le moment qui m'a le plus ébloui a été lors de la chanson Now, O now, I needs must part de John Dowland (1563-1626). Je crois que je ne vais pas tarder à me procurer son disque Dowland qui vient tout juste de sortir...
2011-03-17 01:12+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-03-16
Rafal Blechacz, piano
Roland Daugareil, violon solo
Orchestre de Paris
Paavo Järvi, direction
Symphonie nº88, Haydn
Concerto pour piano nº4 (Beethoven)
Symphonie en ré mineur, Franck
Je me rends compte que ce n'est que la deuxième fois que j'assiste à un concert de l'Orchestre de Paris dans son lieu de résidence, la Salle Pleyel. La première avait été pour le concert inaugural de la saison de l'Orchestre de Paris, dirigé son directeur musical Paavo Järvi, qui est également aux commandes ce soir et dont on a appris samedi dernier lors de la présentation de la prochaine saison à Pleyel que son contrat était renouvelé (jusqu'en 2016 si j'ai bien entendu). Vu la façon dont j'ai renseigné mon formulaire d'abonnement lundi dernier, j'aurai l'occasion de réentendre cet orchestre au grand minimum une dizaine de fois l'année prochaine.
Le concert commence joyeusement. La meilleure recette pour rendre un orchestre heureux et souriant, c'est de lui faire jouer du Haydn, ici, la Symphonie nº88 très rythmée que je m'étais réécoutée en prévision de ce concert (même à plus d'un an d'intervalle de l'écoute précédente, j'avais l'impression de retrouver un terrain connu). L'orchestre fait très plaisir à voir (depuis l'arrière-scène, j'ai vue sur mon contrebassiste préféré), le chef est également tout sourire et semble glisser quelques plaisanteries dans son style de direction. J'aime bien la façon qu'il a de faire signe de la bouche aux bassons... Il accentue le côté dansant du menuet du troisième mouvement. Je suis aux anges (je crois que je vous ai déjà dit que j'aimais Haydn, qui n'est pas autant joué que je l'aimerais, d'ailleurs mon billet de ce soir est le résultat d'un échange à la billeterie suite au changement de programme puis annulation d'un concert qui devait lui être entièrement consacré puisqu'il s'agissait des Saisons ; j'ai déjà noté qu'il y aura début avril 2012 une semaine avec trois programmes de concerts avec beaucoup de Haydn).
C'est ensuite au tour du quatrième concerto pour piano de Beethoven, interprété par le jeune pianiste Rafal Blechacz. Par certains moments, alors que je retenais de ce concerto (entendu en concert il y a un peu moins de six ans joué par un ensemble amateur) une impression de fraîcheur quasi-espiègle, la teneur donnait presque l'impression d'être tourmentée, plus obscure. Pourquoi pas. N'ayant qu'un seul enregistrement dans ma discographie, je n'étais pas conscient qu'il y avait des cadences... J'ai donc été complètement captivé par celles jouées par l'interprète (dans lesquelles reviennent les thèmes du concerto), une longue lors du premier mouvement, une plus courte au troisième. Le pianiste reviend ensuite pour donner deux bis non identifiés.
Après l'entr'acte, l'effectif musical est augmenté. Je redoutais quelque peu cette symphonie de César Franck. Cela tourne un peu en rond autour de quelques motifs. Le premier mouvement me donne une impression de trop plein orchestral. À la toute fin de ce moment, les altos ne font vraiment pas semblant de jouer fff leurs trémolos ! Je me réconcilie avec l'œuvre avec le deuxième mouvement qui permet aux oreilles de se reposer un peu le temps qu'un thème introduit par la harpe se développe un peu. Le troisième mouvement commence de façon à peu près calme, mais on sent qu'un nouveau déluge va arriver. En effet, les quelques thèmes de la symphonie sont effectivement repris dans un crescendo final. C'est plus qu'un peu wagnérien, mais je préfère l'original...
2011-03-13 00:36+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2011-03-12
Angela Denoke, Kátia
Vincent Le Texier, Saviol Dikoy
Jane Henschel, Kabanicha
Donald Kaasch, Tichon Kabanov
Jorma Silvasti, Boris Grigorievitch
Ales Briscein, Kudriach
Andrea Hill, Varvara
Michal Partyka, Kouliguine
Virginia Leva-Poncet, Glacha
Sylvia Delaunay, Fekloucha
Marie-Cécile Chevassus, Une femme
Ulrich Voss, Un homme
Tomas Netopil, direction musicale
Christoph Marthaler, mise en scène
Joachim Rathke, co-metteur en scène
Anna Viebrock, décors et costumes
Olaf Winter, lumières
Thomas Stache, chorégraphie
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Orchestre et chœur de l'Opéra national de Paris
Pierre Lénert, viole d'amour
Kátia Kabanová, Leoš Janáček
La production de l'opéra Kátia Kabanová qui passe actuellement à Garnier est une très belle réussite. Si mon impression était un peu mitigée après la répétition générale une semaine plus tôt, celle-ci s'est très nettement bonifiée lors de cette deuxième représentation. Il faut bien dire que lors du premier acte, il n'est pas évident de bien comprendre qui est qui, les chanteurs interprétant les rôles du mari et de l'amant de Kátia ne paraissant pas très jeunes (Janáček ayant projeté une partie de lui-même sur l'amant, cela ne choque pas pour ce rôle, mais pour le mari, tyrannisé par sa mère, cela passe un peu moins bien).
Le décor représente une cour avec fontaine bordée par un angle entre immeubles ayant un nombre visiblement variables d'étages (zéro depuis ma place de la générale, un lors de cette représentation ; en vrai, il y en a deux). Dans un recoin aveugle depuis ma troisième loge impaire est incrustée la chambre de Kabanicha, la belle-mère de Kátia. Les immeubles sont délabrés, si le couple Kabanicha-Saviol est censé être d'un statut social un peu élevé, on n'est visiblement pas dans la plus haute bourgeoisie.
Lors de cette représentation, la plus grande émotion est procurée par l'orchestre (dirigé par le jeune Tomáš Netopil), en très grande forme (tout comme hier quand je suis retourné voir Siegfried). L'impression a été toute autre que lors de la générale lors de laquelle il fallait compter avec les clic-clic des photographes. Certes, à certains pupitres, on papote et on somnole pendant les longues périodes de silence, mais je n'aurais pas remarqué ces choses si la beauté de la musique (extrêmement variée) n'avait été telle que j'ai souvent laissé s'égarer mon regard sur la fosse de façon prolongée. Les peu souvent sollicités trombones à coulisse font plaisir à entendre, tout comme la harpe, les instruments à vent, les cordes (quelques beaux moments avec les violoncelles et les contrebasses), les percussions, les cors, sans oublier la viole d'amour jouée depuis le premier étage du décor par Pierre Lénert (que je n'avais pas pu apercevoir lors de la générale depuis ma quatrième loge). De loin, on pourrait prendre l'instrument pour un violon, mais vu nombre invraisemblable de chevilles, cela ne peut être qu'une viole.
À propos de l'intrigue, c'est une histoire d'adultère. Kátia trompe son mari parti en voyage d'affaires. Lors d'un orage (c'est le titre de la pièce d'origine), elle avoue à tout le monde la chose. Nostalgique de sa jeunesse et du temps passé à l'église, elle est torturée par son péché. Devenue quasiment aliénée, elle se jette dans la Volga.
Deux autres couples jouissent sans complexe. Un des deux unit des vieux : la veuve Kabanicha et Saviol, l'oncle de le Boris (l'amant de Kátia). L'autre est beaucoup plus frais et insouciant : Varvara, la confidente de Kátia, et l'instituteur Kudriach.
Sans être absolument géniale, la mise en scène de Marthaler m'a beaucoup plu (surtout au deuxième passage, quand j'ai un peu mieux compris l'histoire). Lors de cette reprise, on peut constater avec plaisir qu'un plus que très honnête travail a été fait dans la direction des comédiens-chanteurs. Cet opéra tient en effet presque du théâtre vu qu'à la musique s'adjoint les intonations si particulièrement de la langue tchèque. C'est aussi une démonstration que l'on peut faire un bel opéra sans chercher la virtuosité vocale à tout prix. L'équilibre entre l'orchestre et les voix est parfait (alors que précédemment dans La petite renarde rusée du même Janáček, j'avais été gêné par la faiblesse relative du volume sonore des voix ; mais c'était à Bastille...). Cependant, parmi les rôles, il y en a un qui paraît très exigeant, c'est celui de Kátia. Angela Denoke y paraît épatante. (Il m'est impossible de détailler mes impressions sur les autres chanteurs ; je noterai simplement que j'ai aimé revoir un des jeunes membres de l'Atelier Lyrique, Michal Partyka, dans le rôle de Kouligine, un ami de Kudriach.)
Pour revenir à la mise en scène, tout le monde aura noté le sens pornographique du jet d'eau de la fontaine quand les couples s'échappent aux regards des spectateurs (ou non, suivant le placement pour le cas Kabanicha-Saviol). Lors du tableau de l'orage au troisième acte, les ruines dans lesquelles l'action est censée se passer sont signifiées par un comédien incarnant un fou furieux (alcoolique comme d'autres des personnages) qui casse un peu tout sur le plateau en criant des paroles incompréhensibles (couvrant largement le son du chœur qui se chante alors). Elle est aussi marquées par l'invasion de la scène par des détritus apportés par le vent.
Le plus surprenant dans cette mise en scène, c'est la façon dont les personnages se tournent vers le décor, dos au public, abandonnant Kátia qui va finir par se suicider. Cela donne l'impression très forte que c'est la société toute entière (nous, les spectateurs) qui constituons le tribunal où elle est jugée. Cela peut surprendre aussi, mais la façon dont Kátia se suicide est tout sauf spectaculaire : elle s'allonge tout simplement dans la fontaine (où se trouve déjà depuis le début un très-symbolique cygne blanc mort).
Ce n'est certainement pas le spectacle d'opéra le plus facile d'accès qui soit, mais c'est de la qualité ! La salle était particulièrement pleine et a ovationné les interprètes. (Comme lors de la générale, il y a eu un bug-flottement lors des saluts, cette fois-ci provoqué par un rideau coincé d'un côté à trois-quart de la hauteur.)
Ailleurs : David.
2011-03-11 01:32+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Je ne vais pas commenter en détail la programmation de l'Opéra de Paris ; d'autres, bien plus connaisseurs que moi, s'en sont déjà chargés : Rameau (Opéra, Danse), David.
S'il était peut-être encore permis d'en douter, il ne fait maintenant plus aucun doute que la direction de l'Opéra est de droite, hypocrite et décomplexée.
Depuis avant-hier, sur le site Internet de l'Opéra, on peut lire La
mission de l'Opéra national de Paris est d'amener la musique au plus grand
nombre
. L'année prochaine, le plus grand nombre ne pourra pas s'abonner
pour voir des opéras puisque le seuil tarifaire pour l'abonnement libre qui
était jusques alors de 35€ par opéra (en tarif R) passe à 55€ (et au risque
de se retrouver au tout dernier rang du parterre, l'horreur absolue). Comme
l'a noté David dans l'article cité ci-dessus, sans donner l'impression
d'augmenter les tarifs au niveau de la grille, on les a quand même
augmentés mécaniquement parce qu'un certain nombre de places glissent d'une
catégorie à l'autre (des places à 20€ passent ainsi à 35€, 55€ ou 75€ !).
On savait le système de réservation opaque ; il le devient encore plus. Les
quelques places à peu près raisonnables à 15€, on ne sait pas encore
vraiment comment on pourra se les procurer de façon sûre. Jusqu'à présent,
la méthode standard était d'aller à la file d'attente puisque ces places
n'étaient vendues qu'aux guichets. Maintenant, on lit Les places de
septième catégorie sont vendues notamment aux guichets
. (Par ailleurs,
le nombre de places debout à 5€ est à peu près divisé par deux et ces
places sont délocalisées dans les plus hautes galeries.)
Dans les deux doubles-pages (p. 122—125) de Legalese présentes
dans la brochure que je viens de recevoir, on ne voit pratiquement qu'une
énumération d'obligations s'imposant aux clients (vous avez bien lu, nous
ne sommes apparemment plus des spectateurs mais des clients) et
d'exonérations de responsabilités pour l'Opéra. Il y en a une dont il n'est
pas exclu que l'on entende parler : En cas d'annulation d'un spectacle
du fait de l'Opéra national de Paris, sauf cas de force majeure auxquels
sont expressément assimilés les cas de réquisition de l'Opéra par toute
autorité publique pour quelque motif que ce soit, et cas de grève
nationale, la valeur du prix facial du billet payé par le client à l'Opéra
national de Paris sera remboursée...
. Fin de la spécificité parisienne
des opéras sans décor mais avec costumes (dans une mise en scène improvisée
parfois meilleure que l'originale) ? Pas sûr, parce
qu'une phrase un peu plus haut nous dit que c'est un cas expressément
prévu. Ouf, on est rassuré.
On aura beau écrire de telles inepties dans des Conditions générales
de vente
, si de telles clauses sont illégales, elles sont nulles. Parmi
les autres clauses, on en trouve de manifestement illégales et se parant
pourtant des vertus de la loi du 27 juin 1919 puisque ce que cette loi
interdit, ce n'est pas de revendre des billets, mais de les revendre à un
prix supérieur au prix initial.
Les hausses et bouleversements de prix sont nettement moins choquants à Garnier qu'à Bastille. Vu les intentions présidant à la contruction de l'Opéra Bastille il y a plus de vingt ans, c'est un retournement assez paradoxal...
Plus de détails chez Rameau.
2011-03-08 02:08+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Comique — 2011-03-07
Blandine Staskiewicz, Cendrillon
Michèle Losier, Le Prince Charmant
Eglise Gutiérrez, La Fée
Ewa Podleś, Mme de la Haltière
Laurent Alvaro, Pandolfe
Aurélia Legay, Noémie
Salomé Haller, Dorothée
Laurent Herbaut, Le Roi
Vincent de Rooster, Le Doyen de la Faculté
Julien Neyer, Le Surintendant des plaisirs
Paul-Henri Vila, Le Premier Ministre
Elizabeth Calleo, Sylvaine Davené, Leila Zlassi, Claire Delgaro-Boge, Caroline ChampyTursun, Sophie Van de Woestyne, Six Esprits
Luciana Dariano, Alex Sander Dos Santos, Ana Mariolani, Danila Massara, Gudrun Skamletz, Danseurs
Orchestre et Chœur des Musiciens du Louvre-Grenoble
Marc Minkowski, direction musicale
Benjamin Lazar, mise en scène
Louise Moaty, collaboration à la mise en scène
Cécile Roussat et Julien Lubeck, chorégraphie
Adeline Caron, scénographie
Alain Blanchot, costumes
Christophe Naillet, lumières
Mathilde Benmoussa, maquillage
Thierry Collet, effets spéciaux
Micholas Jenkins, assistant musical et chef de chœur
Malanda Loumouamou, assistante scénographie
Nathalie Dang et Marine Thoreau La Salle, chefs de chant
Cendrillon, Massenet
J'espère que je n'assisterai pas de sitôt à une représentation d'un opéra aussi mauvais que ce Cendrillon de Massenet. Par rapport à Werther et Manon, la musique est franchement mauvaise. Le livret n'est pas mieux. C'est d'un niveau de niaiserie que je n'imaginais pas voir sur une scène d'opéra. Les effets manquent de finesse et de subtilité. Certes, il est évident que tout a été conçu spécialement pour le public de 1899 afin de déclencher des rires avec le personnage ridicule de Madame de la Haltière, des larmes lors d'une lamentation pathétique façon bondieuserie, l'admiration pour les vocalises insensées et complètement gratuites de la Fée.
Heureusement que la scénographie est féérique, avec de jolis effets spéciaux tournant autour des lumières électriques (qui étaient une nouveauté à l'époque de la création). Par exemple, j'ai bien aimé la scène du Chêne des Fées où Cendrillon et le Prince Charmant sont séparés par un rideau semi-opaque sur lequel un réseau de lumières représente l'arbre.
Fuyant le cirque général, les seuls personnages en lesquels je pouvais trouver refuge lors du premier acte étaient ceux de Cendrillon (Blandine Staskiewicz) et du Prince Charmant (chanté par la soprano Michèle Losier). Puis au troisième acte, je me régalerai avec le Pandolfe semi-incestueux de Laurent Alvaro, qui a d'ailleurs à un moment donné un passage parlé accompagné par l'orchestre, dépareillant avec les plus usuels récitatifs chantés. J'ai vu avec plaisir Blandine Staskiewicz pour la première fois dans un premier rôle manifestement très exigeant. (Je ne doute pas que son interprétation est très différente de celle de Judith Gauthier, les deux chanteuses alternant.)
Malgré l'aspect visuel féérique (les mouvements chorégraphiques et les scènes véritablement dansées, avec même des pointes !) et des chanteurs enthousiasmants, je suis très déçu par cet opéra qui ne m'a procuré aucune émotion. Bref, sur des sujets voisins, je préfère très largement The Fairy Queen (Purcell) et La Cenerentola (Rossini).
2011-03-02 10:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2011-03-01
Torsten Kerl, Siegfried
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Mime
Juha Uusitalo, Der Wanderer
Peter Sidhom, Alberich
Stephen Milling, Fafner
Qiu Lin Zhang, Erda
Elena Tsallagova, Waldvogel
Katarina Dalayman, Brünnhilde
Philippe Jordan, direction musicale
Günter Krämer, mise en scène
Jürgen Bäckmann, décors
Falk Bauer, costumes
Diego Leetz, lumières
Otto Pichler, chorégraphie
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Vladimir Dubois, cor solo
Siegfried, Wagner
Cette soirée de première avait plutôt mal commencé. Il y a eu un embouteillage à l'entrée de la porte 15. On a éteint les lumières alors qu'il restait une bonne vingtaine de personnes à placer (et ce n'étaient pas des retardataires : cela a bouchonné bien vingt minutes avant le lever de rideau). Avec le bruit de tous les fantômes qui cherchaient leurs sièges, je n'ai pas vraiment pu apprécier dans de bonnes conditions les premières minutes de musique qui évoquent notamment le Dragon.
Depuis L'Or du Rhin, le géant Fafner a en effet pris cette forme et veille sur le trésor qu'il a récupéré. Lors de La Walkyrie, Siegfried a été conçu par Siegmund et Sieglinde et il pu vivre grâce à l'aide prodiguée par Brünnhilde qui avait suivi l'ordre d'aider Siegmund que Wotan avait pourtant retiré. Elle en avait été punie ainsi : elle sommeillerait dans un endroit inaccessible aux peureux jusqu'à ce que Siegfried vienne la libérer.
C'est ainsi que va se conclure Siegfried. Avant cela, on aura eu un aperçu de son enfance avec Mime qui l'a recueilli dans le but de l'utiliser pour s'octroyer l'Anneau. Le jeune homme, vif, n'est pas très heureux avec lui. À la fin du premier acte, il forge Notung, l'épée de Siegmund que Wotan avait brisée et que Mime avait été incapable de reconstituer jusque là.
Au deuxième acte, il tue Fafner. En léchant quelques gouttes de sang du géant restées sur l'épée, il obtient la connaissance du langage des oiseaux. L'un d'entre eux lui fait un résumé de la tétralogie et lui explique que c'est le moment d'aller rejoindre sa future épouse.
Enfin, au troisième acte, il l'a réveille. Il l'a prend d'abord pour sa mère. Il ne comprend pas ce qui lui arrive. Il a peur. Il l'aime. Brünnhilde lui fait la suite du résumé, puis hésite à accepter son amour. Quand elle a renoncé à son statut d'autrefois pour celui de simple mortelle, les deux amoureux peuvent enfin être unis.
(J'ai résumé très grossièrement l'intrigue. Parmi les personnages
principaux, il faut aussi mentionner Wotan qui est Le Voyageur
qui
vient mettre son grain de sel un peu partout. Il vient fichtre les jetons à
Mime au premier acte. Il embête Alberich et Fafner au deuxième. Au
troisième, il réveille Erda de son sommeil infini, décide de laisser
Siegfried accomplir son destin, mais trouve quand même le moyen de le
contrarier en lui barrant provisoirement le chemin menant au séjour de
Brünnhilde ; il est vrai que Siegfried se comportait avec lui de façon un
peu fruste.)
Si je n'avais vraiment pas aimé les deux premiers volets de cette production Günter Krämer, je suis plus enthousiasmé par celui-ci. (Cela dit, je m'inquiète un peu sur la cohérence de l'ensemble des opéras de la tétralogie. Si pour le moment, on retrouve des éléments communs (l'escalier conduisant au Walhalla, les lettres Fraktur, le grand miroir), au niveau des costumes, on aura un peu tout vu. Peut-être faut-il y voir une dégradation progressive du statut des personnages (et des dieux en particulier) au fur et à mesure qu'on avance ?)
Le décor du premier acte représente l'endroit où vivent Mime et
Siegfried. Comme nous sommes chez les Nibelungen, on voit sur la gauche une
sorte de village de nains de jardins. Les deux semblent vivre en marge du
monde. Mime n'inspire pas confiance, le look de Siegfried fait un peu
junkie. On voit d'ailleurs une plantation de cannabis sur la
droite. Quand Wotan vient voir Mime pour lui demander l'hospitalité en
l'échange de la réponse à trois questions, il est habillé en clochard et à
l'attitude de Mime, il est manifeste qu'il sent très mauvais. Quand Wotan
se sera fait reconnaître, il enlèvera son pardessus pour laisser paraître
un costume grisâtre et un pantalon crotté. Plus tard, il paraîtra en noir
avec chapeau. Dans ce décor, il y a aussi un ascenseur par lequel descend
l'ours ami de Siegfried pour venir sur scène. On voit aussi un écran de
télévision noir et blanc, qui lorsque Mime voudra apprendre la peur à
Siegfried (parce que dans la malédiction de
brâhm...^W^W^Wprédiction funeste de Wotan, la tête de Mime
sera prise par celui qui ne connaît pas la peur), ceux qui ont de bons yeux
ou des jumelles verront un film mettant en scène quelque reptile. À la fin
de l'acte, le décor va se surélever pour laisser paraître la magnifique
forge située en-dessous. Le chant des soufflets
est facile à
reconnaître puisqu'on voit Siegfried actionner un soufflet avec le pied !
On entend un très joli motif joué par les cordes quand l'acier fond : des
notes détachées alternent, puis les notes deviennent liées. (On le réentend
au deuxième acte, je ne sais plus dans quel contexte, joué par des
instruments à vents.) Petit incident de mise en scène quand Siegfried
travaille le métal sur l'enclume en rythme comme le demande la partition :
il a cassé le marteau. Torsten Kerl en a saisi un autre, mais il ne faisait
plus du tout le même bruit !
Lors du deuxième acte, le sol est recouvert de feuilles. Des petits hommes verts (complètement nus) trimbalent le trésor de l'Or du Rhin en procession. Quand ils ouvrent les caisses, ce sont en fait des armes qu'ils sortent. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris tous ce qui se passait au niveau du décor, mais c'était certainement très-esthétique. Il m'a paru plausible que la sorte de dais un peu gris que l'on voit onduler au début de l'acte sur toute la largeur de la scène représente le dragon, mais je n'en suis pas sûr. Quand Fafner est tué et que Siegfried lèche son épée, on ne voit pas de sang ; je trouve que c'est un peu dommage. Je n'ai pas trouvé très convaincante la façon dont on a fait jouer le rôle de l'oiseau à un enfant (qui essaie de se faire comprendre de Siegfried en faisant des gestes des mains). Pourquoi n'avoir pas fait jouer ce rôle par la chanteuse Elena Tsallagova ? Quand les flammes qui entourent Brünnhilde sont évoquées, on les voit projetées sur un écran.
Visuellement, le début du troisième acte était très beau. Les nornes
parées de voiles sont installées à des tables comme dans une bibliothèque
(lumières vertes, la couleur qui domine cet opéra, jusqu'à avoir été
choisie pour être la couleur du programme, après l'or et le rouge pour les
deux précédents) et lisent ce qui doit être le livre de l'avenir. La scène
entre Siegfried et Wotan se passe à l'avant-scène, rideau baissé, ce qui
permet la mise en place du décor de la dernière scène. Il y a à ce
moment-là un temps mort dans la mise en scène : on a l'impression qu'il n'y
a pas que Brünnhilde qui doit être réveillée, mais aussi Siegfried. On
retrouve l'escalier qui conduisait au Walhalla aperçu dans les opéras
précédents. Le feu est visible sur les trois grosses lettres Ger
qui
jonchent l'escalier. Brünnhilde est installée à mi-hauteur sur une petite
plate-forme posée sur une marche. Il n'y a pas de cohérence avec le moment
où on l'a quittée dans La Walkyrie puisqu'elle s'était alors
réfugiée sous une table (un mouvement que je n'avais pas compris dans
l'instant...) Étant entendu que c'est un escalier qui relie la terre aux
nuées, qu'elle soit alors dans une position intermédiaire et que, devenue
résolument une simple mortelle, elle finisse, à la fin de l'opéra, en bas
de l'escalier avec Siegfried n'est pas si mal trouvé que ça.
Si je me suis plus facilement laissé convaincre par cette production, outre ses qualités, c'est peut-être aussi parce que l'essentiel de mon attention était tournée vers la musique. Je m'y étais préparé depuis janvier, voir notamment cette entrée. En lisant Le Voyage Artistique à Bayreuth, je me suis familiarisé avec les motifs principaux que l'on entend dans la tétralogie 1. La difficulté par rapport à un opéra isolé est que beaucoup de motifs ont déjà été introduits lors des opéras précédents et que Wagner en réutilise évidemment beaucoup !
Bien que lors des deux volets précédents je m'étais préparé aussi un tout petit peu en les visionnant en DVD, cette préparation plus poussée a complètement changé mon expérience de spectateur. C'est un contentement d'une nature très différente de ceux, plus immédiats, que peut me procurer l'écoute d'autres musiques, c'est plus contenu, mais c'est au moins aussi bon ! Quand on a le dictionnaire en tête, presqu'à chaque instant, quand l'orchestre s'anime, on comprend l'idée que le compositeur veut évoquer. Quand Mime et Wotan se posent à l'un et à l'autre des questions au premier acte, la réponse est déjà dans la musique au moment où la question est posée ! Quand on veut nous faire comprendre que le Voyageur est Wotan, on entend le motif du Walhalla (qui me semble dans Siegfried évoquer plus souvent Wotan que le Walhalla). Le motif qui traverse tout l'opéra et qui a été annoncé dès la fin de La Walkyrie, c'est le motif de Siegfried, gardien de l'épée :

Il y en a tant d'autres qui sont beaux qu'il n'y aurait aucun intérêt à les citer tous. Parfois, on entend un déluge de motifs où l'on ne sait pas très bien quand celui-ci ou celui-là commence ou finit. D'autres fois, on sent que le compositeur s'est amusé à en dévoyer quelques uns : ce qui m'a frappé lors de cette écoute, c'est l'aspect peu glorieux que prend à un moment donné du premier acte le motif de la Compassion (qui s'est surtout appliqué à Sieglinde vis-à-vis de Siegmund lors de La Walkyrie) : façon de nous dire que Mime n'était pas sans arrière-pensées quand il a recueilli Siegfried.
Sur l'interprétation de l'orchestre, j'ai été parfois un peu dubitatif lors du premier acte (par exemple, du côté des cuivres lors de la première mention du Walhalla). Lors des deux derniers actes, je me suis régalé comme jamais ! (Ceux qui doutent que Philippe Jordan puisse faire jouer l'orchestre ff seront peut-être surpris par le superbe crescendo qui accompagne le Salut au monde de Brünnhilde.)
Du côté du chant, cela a semblé assez inégal. J'ai été tout particulièrement impressionné par Stephen Milling (Fafner) et Katarina Dalayman (Brünnhilde). J'ai bien aimé Elena Tsallagova (L'oiseau), Qiu Lin Zhang (Erda) et Peter Sidhom (Alberich). Le Mime de Wolfgang Ablinger-Sperrhacke était plus que convaincant, mais il y a par exemple quelques moment du premier acte où les choix ou les impératifs d'interprétation m'ont un peu déplu (c'est parfaitement subjectif). À propos de Torsten Kerl (Siegfried) et Juha Uusitalo (Der Wanderer), si leur chant était intéressant à écouter quand l'orchestre était silencieux ou presque, quand le volume de l'orchestre se faisait plus fort, je ne les entendais pratiquement pas.
Les huées qui ont accompagné l'arrivée de l'équipe de production lors des saluts m'ont vraiment fait mal au cœur. C'est un peu tard pour acheter des places pour les représentations qui vont suivre (sur Internet, il n'en reste qu'à 160€ et 180€), mais cela vaut peut-être le coup de tenter les places à 5€.
PS: (Après la représentation du 11 mars où j'ai eu une place debout puis un strapontin au parterre.) La mise en scène paraît beaucoup plus belle et convaincante depuis le parterre. Ainsi, on n'est pas gêné par les quelques baissers de rideaux réduisant la profondeur lors de plusieurs scènes puisque celle-ci se fait moins sentir en vue rasante. Par ailleurs, le décor du deuxième acte, juste beau, devient intelligent : la sorte de dais représente la forêt, le bas flottant de ce dais délimite horizontalement la forêt et le monde souterrain, l'antre du dragon. Torsten Kerl (Siegfried) et surtout Juha Uusitalo (Der Wanderer) étaient en meilleure forme que lors de la première.
Ailleurs : David, Palpatine, Zvezdo, Paris — Broadway, Klari.
[1] Rétrospectivement, je pense que la méthode la plus simple pour ce faire serait de visionner un DVD ou d'écouter des CD en (re)lisant simultanément l'analyse musicale des opéras qui est faite dans Le Voyage Artistique à Bayreuth : tout apparaît clairement. Au besoin, on peut s'aider de l'aide-mémoire que je me suis fait. Retrouver en quelques secondes un motif dans le livre n'est pas très facile (que ce soit avec un vieux livre de 1903 ou un long fichier PDF). Par ailleurs, dans la réduction pour piano et voix de ce livre, si comme moi on est pas doué, on ne voit pas forcément immédiatement où est la substantifique moëlle du motif. J'ai essayé de ne garder que ce qui est important. Il n'est pas exclu que je me sois parfois trompé.
2011-03-01 01:20+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Bouffes du Nord — 2011-02-28
Gustav Leonhardt, clavecin
Praeludium en do majeur (Johann Christoph Bach)
Adagio en sol majeur, BWV 807 (transcrit de la Sonate pour violon seul, BWV 1005)
Suite en mi mineur pour le Lautenwerk, BWV 996
Sinfonia en sol mineur, BWV 797
Sinfonia en mi bémol majeur, BWV 791
Prélude & fugue en do mineur, BWV 871 (Livre II du Clavier bien tempéré)
Prélude & fugue en mi majeur, BWV 878 (Livre II du Clavier bien tempéré)
Suite française en ut mineur, BWV 813
Aria variata, BWV 989
Deux polonaises (1765), Wilhelm Friedemann Bach
Quand j'avais vu apparaître le nom de Gustav Leonhardt dans la programmation du théâtre des Bouffes du Nord, j'avais eu quelque mal à croire mes yeux. Pourtant, à 82 ans, il allait effectivement donner un récital de clavecin.
En arrivant dans le hall, je vois immédiatement que la famille Hantaï sera bien représentée dans le public puisque j'ai reconnu au moins Marc (flûtiste, dont je ne compte plus les apparitions inattendues dans diverses formations) et Pierre (dont je me délectais encore récemment de son art du clavecin, qu'il a d'ailleurs étudié avec le maître). (Vu où ils se sont installés, ils ont très certainement payé leur place.) Parmi le public se trouve un spectateur bruyant et aussi irresponsable quoiqu'en un sens différent que ses parents qui l'ont amené là. Je n'ai rien contre l'éveil précoce des enfants à la musique, mais le concert de musique baroque à moins d'un an, c'est un peu juste.
Entre le programme annoncé et le programme réel, il n'y a pratiquement rien en commun. Je suis donc un peu déçu de n'avoir pas pu entendre les extraits promis de L'Art de la fugue. Pourtant, je pense que je garderai un très bon souvenir de ce concert. J'ai pris place au parterre du côté pair et ai ainsi vue sur la main droite de Gustav Leonhardt et occasionnellement sur sa main gauche enveloppée dans un gant noir ne découvrant que les doigts. Les partitions posées sur le pupitre sont pour la plupart d'entre elles jaunies, usées par le temps ; quelques unes sont toutes blanches, peut-être fraîchement sorties d'une imprimante.
Le programme est centré sur Bach, Johann Sebastian. Cependant, Johann Christoph (1642-1703) et Wilhelm Friedemann (1710-1784) ouvrent et concluent respectivement le programme (hors bis non-identifié). (Il me semble que le programme s'emmêle les pinceaux entre les différents Johann Christoph de la famille Bach, à moins que l'erreur soit sur Wikipédia, puisque dans la famille Bach, si on se limite à la génération du père de J. S. B., il y a deux Johann Christoph, un dont les dates sont (1642-1703) comme indiqué sur le programme pour le Praeludium en do majeur et un autre (1645-1693) qui était jumeau de Johann Ambrosius, père de Bach. Or, la notice de programme nous dit que le Johann Christoph dont il s'agit était le frère jumeau du père et que même leurs épouses respectives avaient du mal à les reconnaître... Le plus probable est que le bon J. C. ne soit pas le frère du père de Bach mais le cousin de celui-ci et par ailleurs oncle de la première épouse de Bach. C'est pourtant simple.).
S'il est vrai que la prestation instrumentale de ce soir n'a pas été sans imperfections (mais en musique baroque, une fausse note, à moins de connaître la partition par cœur, on peut toujours se dire que c'était peut-être une trille), j'ai été saisi par la beauté de l'interprétation de certains morceaux. J'ai tout particulièrement apprécié l'Allemande de la Suite en mi mineur pour le luth-clavecin (BWV 996), la Suite française en ut mineur (BWV 813) ou encore le Sinfonia en sol mineur, BWV 797. L'autre Sinfonia m'a paru à la limite de la rupture, la main gauche paraissant visiblement moins sous contrôle que la droite.
Ce que j'ai aussi apprécié dans le concert de ce soir (au cours duquel le public a eu la bonne idée de marquer les brèves pauses entre les pièces d'un silence respectueux, pour mieux applaudir à la fin), c'est la dignité et l'immense humilité dont fait preuve Gustav Leonhardt.
(Le gros moins de ce concert, outre le bébé mentionné ci-dessus, c'est le courant d'air parfumé pestilentiellement de fumée tabagique qui s'est engouffré depuis l'extérieur jusqu'à la place où j'étais resté assis à l'entr'acte près de l'allée des numéros pairs.)
2011-02-28 01:13+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra national de Lorraine, Nancy — 2011-02-27
Isabelle Druet, Carmen
Chad Shelton, Don José
Changham Lim, Escamillo
Claudia Galli, Micaëla
Pascale Beaudin, Frasquita
Sylvia de La Muela, Mercédès
Jean-Vincent Blot, Zuniga
Philippe-Nicolas Martin, Moralès
Olivier Grand, La Dancaïre
Julien Dran, Le Remendado
Sandra Stauch, Denis Pigot, figurants
Claude Schnitzler, direction musicale
Carlos Wagner, mise en scène
Rifail Ajdarpasic, décors
Patrick Dutertre, costumes
Ana Garcia, chorégraphie
Fabrice Kebour, lumières
Orchestre symphonique et lyrique de Nancy
Chœur de l'Opéra national de Lorraine
Chœur de l'Opéra-Théâtre de Metz Métropole
Jeune ensemble vocal du Conservatoire régional du Grand Nancy
Carmen, Georges Bizet
Ce week-end, pour la première fois, j'ai pris un TGV pour aller assister à une représentation d'opéra. J'aurais sans doute mieux fait de faire l'aller-retour dans la journée, mais j'avais l'ambition de visiter un peu la ville. Le mauvais temps du samedi a limité mon ardeur exploratrice et je me suis contenté de visiter le musée des Beaux-Arts et quelques librairies, où j'ai presque réussi à me retenir d'acheter quoi que ce soit vu que je n'ai ajouté à mon bagage que sept gnossiennes (dont je découvre avec surprise que c'est de la musique essentiellement non mesurée !).
Dimanche après-midi, après avoir fait bombance (samedi soir, je m'étais
déjà régalé dans dans un restaurant pakistanais où j'ai pu faire
l'expérience que si on a l'audace de demander un biryani assez
épicé
, on peut manger un plat qui ramone la gorge et les voies
respiratoires ; aucun problème de toux à prévoir pour la représentation !),
après avoir mangé, disais-je donc, je me suis rendu à l'Opéra de Lorraine,
situé Place Stanislas, et dont l'architecture extérieure, comme pour bon
nombre de bâtiments aperçus, est désespérément carrée. (Dans la ville, dans
l'ensemble, on voit des rues se croisant à angles droits entourées
d'immeubles de faible hauteur. Un nombre invraisemblable d'édifices
religieux est à signaler.)
En arrivant, première bonne surprise : le programme ne coûte que 2€. Si quelques institutions parisiennes pouvaient adopter de tels tarifs (quitte à renoncer au papier glacé malodorant), je ne pense pas que quiconque s'en plandrait.
Si dès septembre dernier, j'avais décidé de venir, c'était pour assister à une des représentations de la série (à Metz et à Nancy) au cours de laquelle Isabelle Druet ferait sa prise du rôle de Carmen. (Je ne l'avais alors vue que dans Armide. Depuis, je l'ai vue dans Cadmus et Hermione et en récital.) Quelques commentaires lus ces derniers jours à propos de la mise en scène, de l'orchestre et des chanteurs (hors rôles de Carmen et Don José) avaient de quoi m'alarmer, mais mon impression a été toute contraire puisque j'ai été véritablement ravi par cette représentation.
Le fond de la salle et le rideau sont rouges, comme pour nous préparer aux grandes émotions qui vont suivre. Les sièges sont confortables (à peu près le modèle de ceux du parterre du TCE, si ce n'est qu'ils sont rabattables). À première vue, il semblerait qu'à moins peut-être d'être tout en haut, on a toutes les chances d'avoir une bonne visibilité.
Ce qui me frappe le plus dans cette production, c'est le noir qui se
décline dans tous ses aspects. L'atmosphère est très obscure. Pour une
fois, je ne me plaindrai pas d'un manque de luminosité puisque j'y voyais
très bien (premier balcon de côté, avec vue sur la moitié gauche de
l'orchestre, sur la harpe installée dans la loge de la préfète
, si
j'ose ainsi appeler la loge qui se trouve en face de la loge réservée à
Monsieur le préfet (cf. photo ci-contre).
Si des décalages se font parfois sentir, il m'a malgré tout semblé que l'orchestre symphonique et lyrique de Nancy a fait une prestation plus qu'honorable. J'ai entendu quelques détails dans la musique que je n'avais encore jamais soupçonné. Le jeu des choristes, comédiens, chanteurs et danseurs m'a aussi paru très bien réglé (on ne saurait reprocher aux plus jeunes enfants leurs hésitations dans le placement). À Paris, on ne voit pas toujours des productions dont les détails de mise en scène soient aussi fignolés... (Exemples qui viennent à l'esprit : Luisa Miller et La Fiancée vendue par Gilbert Deflo, Francesca Da Rimini par Giancarlo Del Monaco, La donna del lago par Lluís Pasqual.)
Visuellement, c'est donc le noir qui domine (même si à l'exception de Carmen, les cigarières sont en blanc, et les militaires sont en bleu). La structure du décor, unique, semble à tout moment appropriée. Au premier acte, les cigarières et les militaires sont séparés par une barrière métallique coulissante. Plus tard, au quatrième acte, un pan de décor viendra tourner et réaliser une autre séparation entre la corrida d'Escamillo (dont on n'entend que la clameur) et la scène de la mise à mort de Carmen, absolument inoubliable, comme le dit le directeur de l'Opéra de Metz Métropole dans l'intéressant reportage vidéo ci-lié (qui permet aussi d'admirer les lumières, mieux que je ne le pouvais depuis ma place situé sur le côté opposé). La cruauté est également au centre de cette production. Au troisième acte, les contrebandiers ne trafiquent pas de la marchandise ordinaire, puisque ce sont des passeurs. On voit ainsi avec effroi des familles prendre place dans de grandes caisses en bois. La cruauté prend aussi la forme d'un authentique feu lors de l'immolation du lieutenant à la fin du deuxième acte (mes souvenirs se brouillent, je ne suis pas tout à fait sur de l'identité de la victime). On voit aussi les contrebandiers traiter de façon peu amène trois malheureux douaniers.
Pour apprécier cette mise en scène, il faut cependant être capable
d'accepter l'utilisation de quelques arrêts sur images
fixant
certains personnages tandis que d'autres font évoluer l'action par ailleurs
et ne pas craindre l'intrusion de quelques éléments anachroniques sur
scène. L'amour de Don José au deuxième acte est ainsi représenté par des
ballons en forme de cœur. Lors de l'entrée d'Escamillo, on voit des flashs
d'appareils-photos modernes. Les caisses des contrebandiers sont poussées
par des transpalettes (la version intelligente de ce qui s'est vu dans le
Giulio Cesare passé à Garnier récemment). Dans
le duo puis trio des cartes, quand Frasquita et Mercédès disent à leur
cartes Parlez, mes belles de l'avenir... Dites-nous qui nous trahira
,
elles portent le jeu de cartes à leurs oreilles comme elles feraient d'un
téléphone portable.
Bref, c'est peu dire que j'ai adoré cette mise en scène, du début à la fin, où Don José, transformé en boucher puis en taureau, gagne son duel contre une Carmen qui a passé le costume d'un torero. Pour ma part, je pardonnerai volontiers à Carlos Wagner d'avoir remplacé la fleur jetée par Carmen à Don José par un cigare ! (Cela dit, un cigare, c'est 100% végétal, non ?)
Lors de ces deux heures et demie de musique qui ne sont pas interrompues
par des passages parlés, puisqu'on a choisi la version avec récitatifs
chantés, j'ai apprécié la prestation de tous les chanteurs. Pour celle
d'Isabelle Druet, c'est une évidence. L'ayant vue dans des rôles ou
situations plus joyeux
, j'attendais avidemment de la voir incarner
ce rôle qui change dramatiquement dès la fin du deuxième acte. Certes, dans
cette production, on a construit une Carmen beaucoup moins sexy
que celles incarnées par Anna Caterina Antonacci à Londres ou à l'Opéra Comique. S'il est aussi vrai que la gestique et les
poses que la mise en scène lui font prendre paraissent parfois un peu
forcées (quoique moins que ce à quoi se laisse souvent aller Natalie
Dessay), cela reste on ne peut plus convaincant. En Don José, Chad Shelton
l'est également. À la fin de son air La fleur que tu m'avais
jetée, il réalise un aigu cristallin sur Et j'étais une chose à
toi
, un si bémol aigu [...] en falsetto
explique le
chef Claude Schnitzler dans la vidéo sus-liée. Ce qui m'a aussi marqué, à
la toute fin de cet air sur la syllabe t'ai
de Carmen, je
t'aime
(qu'on entend à 11:30 dans le reportage), c'est la ressemblance
avec l'harmonie du Cygne de Lohengrin. (Quand je vous dis que la
wagnérite, c'est une véritable maladie, il faut me
croire.) L'Escamillo de Changham Lim n'est pas du tout catastrophique comme
je le craignais. Sa diction est tout ce qu'il y a de plus intelligible et
si sa voix était un peu couverte lors de son premier air, c'était tout
simplement parce que l'orchestre impétueux a joué un peu trop fort. J'ai
aussi été scotché par l'interprétation de Claudia Galli dans le rôle de
Micaëla. Il est vrai que sa voix a mis un petit moment à s'échauffer et que
les mouvements que lui imposait la mise en scène faisaient parfois
faiblir sa voix. Pourtant, au troisième acte, lors de l'air Je dis que
rien ne m'épouvante, elle a été sen-sa-tion-nelle. L'émotion du
personnage s'est traduite dans son interprétation sans nuire en rien à la
justesse et à l'intelligibilité du chant. Elle détrônerait presque dans mon
panthéon personnel Anna Moffo dont je chéris l'interprétation de cet air.
(Le récitatif qui se trouve au début de cet air a malheureusement été
complètement gâché par un odieux chœur de tousseurs.)
C'est flou, mais c'est la moins pire des photographies prises lors des saluts.
Sur la Place Stanislas, c'est tout comme s'il ne s'était rien passé au cours de l'après-midi !
(Les quelques autres photographies
sont là.)
PS: Dans ce compte-rendu déjà trop long, j'ai oublié de préciser que les airs de Carmen avaient été interprétés dans des tempi plutôt lents.
PS2: De belles photographies du spectacle sur le site du décorateur.
2011-02-22 21:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne
Cela fait un peu plus d'un mois que je me prépare aux représentations des opéras Siegfried et Götterdämmerung auxquelles je vais assister en mars et en juin. J'ai lu Le Voyage Artistique à Bayreuth. Pour avoir en tête le décodeur, je réécoute chacun des opéras de la tétralogie et note l'endroit où les motifs principaux apparaissent (que ce soit dans l'enregistrement dont je dispose ou dans la partition d'orchestre), et puis en tire un petit aide-mémoire (source Lilypond) pas encore tout à fait fini.
Ensuite, imaginez que pour me changer les idées, je sorte de sa pochette le CD de la musique du génial film Sita sings the Blues. Il s'y trouve une musique qui n'a absolument rien à voir avec Wagner, normalement, n'est-ce pas ? On y entend en alternance des chansons d'Annette Hanshaw (c'est d'abord pour ça que j'ai commandé le CD) et des titres plus modernes. J'écoute le CD et patatras, dans le morceau qui apparaît à l'entr'acte du film (Intermission, Nik Phelps & the Sprocket Ensemble), la musique a priori la plus innocente qui soit, il me semble entendre très distinctement les cinq premières notes de ça :

Dans le contexte du film (avec un bruit de fond supplémentaire), cela apparaît vers 4:03 dans cet extrait quand Sita passe devant l'écran. Dans la bande originale écoutable sur Deezer, cela paraît au bout de vingt secondes.
Halluciné-je ? Veut-on nous faire comprendre qu'à ce moment-là du film, Sita est soumise à son époux Rama ?
Bon, je retourne visionner le deuxième acte de Siegfried...
2011-02-22 00:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-02-21
Melanie Diener, Leonore
Buckhard Fritz, Florestan
Matthias Goerne, Pizzaro
Kurt Rydl, Rocco
Sophie Karthäuser, Marzelline
Werner Güra, Jaquino
Bálint Szabó, Fernando
Chœur de Radio France
Orchestre national de France
Kurt Masur, direction
Fidelio (Beethoven)
Que le concert de ce soir au TCE m'a mis mal à l'aise ! J'avais sélectionné ce Fidelio (Beethoven) en version concert parce qu'ayant malencontreusement oublié de réserver une place lors du dernier passage à l'Opéra Garnier, je voulais l'entendre en concert malgré tout. La piètre interprétation de ce soir ne va pas contribuer à revenir sur ma décision de réduire très fortement mes achats pour la saison prochaine au TCE.
De peur de voir mes propos dévier vers un manque de respect à quelqu'un en relation avec un affaiblissement dû à la vieillesse et vraisemblablement aussi à la maladie, je me garderai de faire un compte-rendu un peu détaillé de ce concert...
Cet opéra de Beethoven me semble plus que tout autre opéra un terrible torture test pour les chanteurs, surtout si on les place derrière l'orchestre comme c'était le cas ce soir. À côté, Wagner, c'est de la rigolade.
Dotée d'un très beau timbre, Sophie Karthäuser (que d'après mes archives, j'avais déjà entendue en 2004 dans des cantates de Bach) chante avec fraîcheur le rôle de Marzelline. Mais c'est surtout Melanie Diener (Leonore/Fidelio) que j'avais appréciée dans le rôle d'Ursula dans Mathis der Maler qui par son impressionnante présence sauve ce concert.
Ailleurs : Opera Cake, ConcertoNet, Le petit concertorialiste.
2011-02-20 02:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Salle Pleyel — 2011-02-19
Ustad Ulhas Kashalkar, chant
Suresh Talwalkar, tabla
Ajay Joglekar, harmonium
Kengo Saito, tanpura
Raga Puriya
Raga Bahar
Raga Desh
Ustad Rashid Khan, chant
Prasad Khaparde, chant
Yogesh Samsi, tabla
Ajay Joglekar, harmonium
Kengo Saito, tanpura
Raga Yaman
Pandit Ajoy Chakrabarty, chant
Brajeswar Mukherjee, chant et tanpura
Yogesh Samsi, tabla
Ajay Joglekar, harmonium
Raga Rajeshwari
Je crois que si j'avais été autant ébloui par le récital de musique khyal de Gaayatri Kaundinya, outre le développement de son raga, c'était grâce au jeu de questions-réponses entre elle et le percussionniste qui l'accompagnait ce soir-là. Les improvisations réalisées par les chanteurs du concert marathon (environ 1000 milli Maîtres-Chanteurs de Nuremberg) de ce soir Salle Pleyel étant d'autres types, les satisfactions viendront d'ailleurs et le concert aura tenu au moins deux tiers de ses promesses. Ayant achevé ma lecture d'un extraordinaire premier roman (celui d'Ananda Devi, Rue la Poudrière datant de 1988), j'ai pu renouer avec la technique consistant à rédiger le billet sur le chemin du retour...
J'avais curieusement réservé une place pour ce concert au moment des abonnements il y a environ un an, donc avant même d'être convaincu de l'intérêt et du plaisir que pouvait me procurer cette musique. Ma place est au rang E ! qui est surélevé et où s'installent ordinairement les invités de luxe de la salle (ministres, directeur de Radio France, compositeurs et consorts, etc.). Cependant, je ne suis pas dans la partie centrale (probablement non ouverte à la réservation) puisqu'au lieu d'avoir beaucoup de place pour les jambes, j'ai en fait moins d'espace qu'avec un siège λ. La sonorisation est trop forte ! Les faux-tanpuras utilisés par le premier chanteur résonnent de leur sonorité métallique pendant de longues minutes, le temps que les instruments soient accordés et que quelques coups de marteaux aient heurté les tablas.
Au cours du développement du raga du soir Puriya, Ustad Ulhas Kashalkhar aura fait une impressionnante démonstration de ses talents d'improvisation, avec des ornementations d'un très beau raffinement (accompagnées d'une gestique très parlante et qui ne serait peut-être pas inadaptée à l'utilisation d'un thérémine). J'ai toutefois trouvé que les percussions étaient entrées dans le jeu de façon quelque peu abrupte. Même si le percussionniste semblait prendre un plaisir évident à jouer avec ce chanteur, il n'y a guère eu de dialogue entre les deux musiciens. Ce fut unidirectionnel, tout reposant sur les épaules du maître. Le texte chanté était apparemment en hindi (et par le voculaire utilisé devait être un chant d'amour). Pour conclure son récital, il a interprété deux autres ragas : Bahar et Desh. J'ai surtout aimé ce dernier où après une très belle introduction furent servies de très nombreuses variations vocalisées sur un vers unique (ou presque ?), la même mélodie étant reproduite quasi-continûment par l'harmonium.
Après le premier entr'acte est arrivé Ustad Rashid Khan. Si sa
prestation n'a pas été déplaisante pour les oreilles, elle a semblé moins
intéressante. Le timbre un peu caverneux de sa voix est très flatteur.
Pendant la très belle introduction de son Raga Yaman, que Klari m'interdit d'appeler
Alap, il a ponctué chacune de ses phrases musicales d'un raclement
de gorge. Il était opportunément accompagné d'un jeune chanteur dont la
voix a un timbre plus ingrat. Les tablas sont entrés en jeu de façon moins
brutale que lors du premier récital, mais cette deuxième partie m'a semblé
peu variée, tournant en rond, quasi-soporifique. L'attitude du chanteur a
été très différente de celle d'Ustad Ulhas Kashalkar pour lequel la musique
semblait ressentie de façon beaucoup plus intériorisée. Ustad Rashid Khan a
souvent semblé prendre un air autosatisfait, comme lorsqu'il parvenait à
maintenir une note de façon très prolongée. Pour ce qui est du texte, je
n'ai vraiment aucune idée de ce qui était censé être chanté (hors séquences
solfiées
). Sa deuxième pièce, plus courte était un chant d'amour
puisque quelque vers commençait par मोरे
पिया
(More Piya
, comme dans une des chansons
du film Devdas). (Digression linguistique : si Klari et moi
pouvions nous accorder pour nous dire que मेरे
पिया
(Mere Piya
, Mon bien-aimé
) serait plus
correct en hindi, mon dictionnaire m'apprend que la forme More
serait une variante locale de certaines régions qui se trouvent
actuellement dans l'Uttar Pradesh, dont est originaire le chanteur.)
Après cet intermède quelque peu décevant, reculade de quelques rangs (moins de dB et plus de m2) pour mieux profiter du dernier récital de la soirée.
Je ne peux guère trouver de mots pour décrire l'absolu plaisir que fut pour moi d'audition du Raga Rajeshwari interprété par Pandit Ajoy Chakrabarty. Il y a une grande douceur dans tous les aspects de son attitude, aussi bien dans sa voix, dans sa façon d'avancer dans le raga, dans son respect pour le public (commençant littéralement par présenter ses respects aux spectateurs) et pour les musiciens qui l'accompagnaient, notamment un jeune chanteur qui secondait formidablement bien le maître. Ainsi, à un moment donné, par inadvertance, les deux chanteurs ont commencé rigoureusement en même temps une phrase musicale. Ajoy Chakrabarty a très élégamment laissé la priorité au jeune chanteur après avoir laissé échapper une première note. Dans ses techniques d'improvisation, on reconnaît un peu la façon de sa fille Kaushiki Chakrabarty, entendue lors des Vingt-quatre heures du râga à la Cité de la Musique. Le récital qui avait commencé par une prière adressée au Tout-Puissant s'est terminée dans un état d'esprit semblable (avec des vers sanskrits m'a-t-il semblé) à la fin de la dernière composition.
Ailleurs : Klari.
2011-02-13 01:21+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-02-12
Anna Caterina Antonacci, soprano
Orchestre national de France
Chœur de Radio France
Matthias Brauer, chef de chœur
Sir John Eliot Gardiner, direction
Le Roi Lear, Ouverture opus 4, H.53 (Berlioz)
Cléopâtre, scène lyrique (Berlioz)
Marche funèbre pour la dernière scène d'Hamlet, extrait de Tristia (Berlioz)
Pétrouchka (Stravinski)
Natalie Dessay serait passée devant sans ses deux annulations dans la série des Giulio Cesare, mais c'est bien Anna Caterina Antonacci qui reste l'artiste lyrique que j'aie le plus souvent entendue en concert. Si je n'ai pas toujours estimé que le timbre de sa voix était d'un type qui flatte le plus l'oreille et s'il s'est trouvé un récent malheureux concert pour me faire douter, je pense qu'avec le concert de ce soir, elle m'a définitivement conquis !
La première partie du programme est consacrée à Berlioz, un compositeur que je connais très mal. L'ouverture Le Roi Lear, aux atmosphères variées, ne me déplaît pas. Vient ensuite la scène lyrique Cléopâtre, qui est la raison principale qui m'a fait inclure ce concert dans mon abonnement. J'avais en effet déjà entendu Anna Caterina Antonacci chanter cette œuvre au TCE en 2008. Alors qu'elle avait pu paraître quelque peu tendue lors de ce concert, sa façon de l'interpréter ce soir m'a paru superbe. Quelle conviction, quel engagement ! Son interprétation a été celle de la grande tragédienne que l'on connaît. Au prix d'un peu de concentration, il était tout-à-fait possible d'entendre le texte (sauf peut-être pendant l'unique vers pendant lequel sa voix fut couverte par l'orchestre). J'ai fait cet effort au début, puis me suis laissé entraîner par l'émotion qui jaillissait de ce moment musical. Alors qu'elle paraît d'ordinaire très en retenue lors des saluts, cette fois elle a semblé déceler un peu de sa joie. Après cela, je n'ai pour ainsi dire pas pu me concentrer pour écouter la dernière œuvre berliozienne programmée.
Après l'entr'acte, l'orchestre et le chef sont revenus pour interpréter la musique du ballet Pétrouchka de Stravinski. Je dois avouer n'avoir pas été particulièrement emballé par cette interprétation. Peut-être est-ce la faute d'un micro-climat acoustique au niveau du rang ZZ (que j'ai préféré au rang Z) ? C'est anecdotique, mais j'ai bizaremment eu l'impression d'entendre un peu discret bruit de percussions à un endroit très inapproprié dans les toutes premières mesures ; cela n'a rien à voir, mais l'orchestre a aussi eu à lutter avec une sonnerie de téléphone...
Essentiellement, cette interprétation m'a donné un sentiment d'inouï. Ce fut en effet très différent de mes références (Vello Pähn et l'Orchestre de l'Opéra de Paris en décembre 2009, Iván Fischer et le Budapest Festival Orchestra il y a un an, Isaac Karabtchevsky et l'Orchestre National des Pays de la Loire pour l'enregistrement dont je dispose). Si certains passages m'ont semblé très intéressants et si le pianiste a été excellent, j'ai été déçu par d'autres passages. Celui que j'attendais plus que tout autre était le début du quatrième et dernier tableau. Normalement, cela doit être effervescent et me donner l'impression que l'orchestre est traversé par une onde, mais je n'ai pas du tout ressenti cela ce soir. Plus loin, la Danse des cochers a été très jolie, quoiqu'un peu lente à mon goût. J'ai aussi été quelque peu troublé par la fin, peut-être pas tout-à-fait canonique (dans mes souvenirs et d'après la partition que je n'ai pas consultée sur IMSLP puisque je n'habite pas aux États-Unis d'Amérique, cela se terminait par un gros fff plutôt que par un doux p).
Ce concert sera diffusé sur France Musique le lundi 28 février 2011 à 9h07 ! (Et sera disponible sur le site de la radio pendant un mois, peut-être seulement après la première diffusion ?)
2011-02-12 01:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-02-11
Le Concert Spirituel
Chœur de la Radio flamande
Sandrine Piau, soprano
Topi Lehtipuu, ténor
Andrew Foster-Williams, baryton-basse
Hervé Niquet, direction
Die Schöpfung, Haydn.
Je crois que je l'ai déjà dit ici, mais Haydn est un de mes compositeurs préférés. Un de mes meilleurs souvenirs de concerts provient des Saisons dirigées par Gardiner.
Ce soir, c'était la Création, interprétée par le Concert Spirituel et le Chœur de la Radio flamande. Le chœur est disposé d'une façon un peu originale, en deux groupes situés à gauche et à droite du chef, vers l'avant de la scène. Le premier rang de choristes étant assis, le deuxième debout. Hervé Niquet arrive en ayant l'air très décontracté. Il bouge beaucoup, tourne les bras à vive allure. Il faudrait presque un quadruple garde-fou sur l'estrade où il a pris place pour prévenir à coup sûr un accident. Cela dit, ce qui compte, c'est ce qu'on entend. On est très loin de la version éthérée enregistrée par Karajan ! Ici, tout sera plus vivifiant, et incarné. Le tempo est plutôt rapide aussi. J'ai quelque mal à entendre certains détails dans la Représentation du chaos, et surtout, l'arrivée de la Lumière a été interprétée sans la moindre envie de créer un effet spectaculaire (contrairement à la dernière fois). C'est d'ailleurs que viendra le plaisir de cette nouvelle écoute.
Ce qui m'a le plus frappé ce soir est que j'ai presqu'eu l'impression d'assister à une représentation d'opéra en version de concert, dans un style mozartien. Les chanteurs, et tout particulièrement le baryton-basse Andrew Foster-Williams ont très bien joués leurs rôles respectifs. Il a eu la tendance amusante à rouler les r de façon surexagérée dans certains vers contenant quelqu'allitération. Il a chanté avec Sandrine Piau de très beaux duos quand ils sont réunis dans la troisième partie en tant qu'Adam et Ève.
Du point de vue musical, il y aussi de quoi se délecter avec la figuration des diverses créatures dans le langage orchestral. Pour ma part, j'ai notamment apprécié le rossignol, le lion, le tigre, ou encore les mignonnes petites notes de clarinette lors de l'air de Gabriel Nun beut die Flur das frische Grün, qui comporte également de fort belles vocalises.
C'est une œuvre très réjouissante (malgré le caractère assez naïf du livret) à l'écoute de laquelle on ressort moins fatigué qu'en arrivant...
2011-02-06 22:08+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-02-06
Les jeunes musiciens des Petites Mains
Eric Du Faÿ, direction
Prélude de Carmen (Bizet)
Mes pleurs (Vincent Artaud)
Farandole de L'Arlésienne (Bizet)
Orchestre Lamoureux
Marco Parisotto, direction
Ouverture du Vaisseau fantôme (Wagner)
Symphonie, Olivier Kaspar (création)
Prélude de l'acte III de Lohengrin (Wagner)
Ouverture de Rienzi (Wagner)
Prélude et Mort d'Isolde de Tristan et Isolde (Wagner)
Ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg (Wagner)
Après le Colonne vendredi, c'est un autre des plus vénérables orchestres parisiens que je suis allé écouter : l'orchestre Lamoureux, qui fête son cent-trentième anniversaire.
Comme j'ai pu le découvrir en lisant Le Voyage Artistique à Bayreuth d'Albert Lavignac qui contient une liste des Français étant allés au festival de Bayreuth à la fin du XIXe, Charles Lamoureux a fait plusieurs fois le voyage (tout comme Édouard Colonne). Il n'est donc pas illogique que cet orchestre joue la musique de Wagner lors d'un programme-anniversaire.
En préambule au concert, trois pièces ont été jouées par un orchestre d'enfants (7 à 13 ans), Les Petites Mains dirigées par Eric Du Faÿ. Cela a commencé par un fort honorable Prélude de Carmen (Bizet), puis la création de Mes pleurs de Vincent Artaud et cela a fini sur une Farandole de L'Arlésienne (Bizet) un peu moins maîtrisée.
L'orchestre Lamoureux et le chef Marco Parisotto sont arrivés ensuite. Ma première impression fut de penser qu'il devait être fou pour oser diriger une création sans partition. En fait, dès les toutes premières notes, il fut évident qu'il y avait eu une permutation dans le programme et que l'on commençait par l'Ouverture du Vaisseau fantôme. Intervint ensuite la création de Symphonie d'Olivier Kaspar, très décevante puisqu'on se dit en l'écoutant et en voyant le chef tourner les pages qu'elle aurait très bien pu être composée il y a un siècle, au moins.
Après l'entr'acte, nous n'entendrons plus que du Wagner, en commençant par le Prélude du troisième acte de Lohengrin qui se finit superbement sur le motif du Mystère du nom. L'ouverture de Rienzi qui suit, si elle n'utilisait pas ainsi les cuivres, dans un blindtest, je pense que j'eusse eu bien du mal à l'attribuer à Wagner, mais c'est un charmant morceau.
Le point culminant du concert à été Le Prélude et la Mort d'Isolde de Tristan et Isolde. J'ai rarement été autant transporté par une œuvre orchestrale. D'un point de vue visuel, il est aussi extrêmement fascinant de regarder l'orchestre jouer le prélude. La Mort d'Isolde perd à mes yeux et mes oreilles une partie de son intérêt en l'absence d'une chanteuse pour incarner Isolde. Je ne pouvais m'empêcher d'imaginer la voix de quelque grande chanteuse superposée à ce que j'entendais, et ce sans pour autant gâcher le plaisir d'écouter l'orchestre.
Le concert s'est conclu une œuvre à laquelle je n'ai pris goût que très récemment : l'ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg.
2011-02-05 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-02-04
Orchestre Colonne
Jean-Philippe Collard, piano
Laurent Petitgirard, direction
Gautama Symphonie (Premier mouvement : Naissance et vie de famille), Jean-Philippe Bec
Concerto nº3 pour piano et orchestre, Rachmaninov
Cinquième prélude (op. 32), Rachmaninov
Symphonie nº1, Brahms
Quel charmant concert que celui qu'a donné ce soir l'Orchestre Colonne ! J'avais sélectionné ce concert sur la seule foi du titre de la première pièce au programme : Gautama Symphonie (Premier mouvement : Naissance et vie de famille). Je ne suis pas déçu par cette œuvre à la musique cuivrée envoûtante (un peu japonisante) alors que j'ai pris place dans un siège de côté à l'arrière-scène. Ce placement est très intéressant parce qu'on a une vue d'ensemble sur l'orchestre (et contrairement aux places plus centrales, les pupitres n'occultent pas les instruments). Les cuivres sont suffisamment éloignés pour qu'on les entendent bien sans qu'ils fassent mal aux oreilles. J'ai eu un peu peur en me rendant compte que j'étais juste derrière la grosse caisse, mais l'instrumentiste ne fera que la caresser doucement avec une brosse ! Quand le compositeur Jean-Philippe Bec est venu saluer, il a joint les mains à l'indienne pour remercier le chef Laurent Petitgirard.
On fait ensuite venir un piano pour le concerto pour piano nº3 de Rachmaninov. C'est la première fois que j'entends une œuvre de ce compositeur en concert. J'en ai surtout apprécié le premier mouvement, qui commence sur un charmant thème. Le deuxième mouvement me plaît un peu moins. Il s'y trouve des passages que j'apprécie et d'autres qui m'énervent un peu. C'est sans que je m'en rende compte que nous arrivons au troisième mouvement qui est un déluge de virtuosité de la part du pianiste Jean-Philippe Collard, qui nous gratifiera ensuite d'un bis (que je n'ai pas identifié, cela ressemblait un peu à du Satie ; d'après une source très bien informée, c'était le douzième prélude de l'opus 32 de Rachmaninov ; à vrai dire, il semblerait que ce soit le cinquième prélude du même opus). Pendant ce concerto, mon placement me permettait de voir très bien les mains du pianiste, mais acoustiquement, tout est prévu pour que le son soit dirigé vers la salle plutôt que vers l'arrière-scène, donc la balance n'était pas toujours idéale. Pas de problème en revanche pour apprécier le très beau son de cor !
Après l'entr'acte, je reviens et constate que le seul percussionniste est maintenant au centre, j'aurai donc de très bonnes conditions d'écoute pendant la première symphonie de Brahms. A priori, je déteste ce compositeur. Pourtant, c'est bien pendant l'écoute de cette œuvre que je me suis le plus éclaté. Je trouve aussi que l'orchestre s'y est vraiment surpassé. Est-ce uniquement la faute à l'étude que j'entrepends ces jours-ci de la Tétralogie de Wagner si je ne peux pas dissocier un des motifs rythmiques Plammm-plam-Plammm-plam que l'on entend dans le premier mouvement de cette symphonie (et qui réapparaît dans le quatrième) à la deuxième partie du motif de l'Adoration de l'or que chantent les filles du Rhin dans la première scène de Das Rheingold. Je me régale pendant les trois premiers mouvements de la symphonie, qui font entendre de très belles nuances. J'ai moins aimé le quatrième et dernier mouvement qui fait un peu trop penser à Beethoven. Les nuances se font moins fines aussi. Pendant certains passages où les cors jouent, on n'entend plus les violons qui produisaient des sonorités un peu wagnériennes que j'aurais préféré entendre mieux. Les autres instruments à vents étaient délicieux à écouter.
Ailleurs : Klari.
2011-02-02 02:12+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2011-02-01
Lawrence Zazzo, Giulio Cesare
Christophe Dumaux, Tolomeo
Varduhi Abrahamyan, Cornelia
Isabel Leonard, Sesto
Natalie Dessay, Cleopatra
Nathan Berg, Achilla
Dominique Visse, Nireno
Aimery Lefèvre, Curio
Emmanuelle Haïm, direction musicale
Laurent Pelly, mise en scène et costumes
Chantal Thomas, décors
Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène
Joël Adam, lumières
Alessandro Di Stefano, chef des chœurs
Chœur de l'Opéra national de Paris
Orchestre du Concert d'Astrée
Giulio Cesare, Händel
Je reviens de la sixième représentation de la nouvelle production de Giulio Cesare in Egitto, la troisième consécutive pour moi (j'y suis retourné samedi après y être déjà allé jeudi) et la troisième et deux tiers interprétée par Natalie Dessay.
Je suis à une place quasi-symétrique de celle de samedi : première loge 11, place 5, une place d'où l'on voit très bien si l'on consent à se tenir debout. La représentation est filmée (est-ce pour une captation DVD ? des essais pour la retransmission du 7 février ?).
Pas plus cette fois-ci que les précédentes je n'ai eu le sentiment que que la mise en scène fonctionnait (j'ai repéré un truc rigolo non remarqué les deux fois précédentes : parmi les musiciennes de scène habillées en robe à paniers se cache Atsushi Sakaï, un excellent gambiste rendu méconnaissable par le déguisement !). Natalie Dessay et Jane Archibald ont des façons bien différentes d'incarner le rôle de Cleopatra. Jane Archibald jouait le rôle de façon plutôt sérieuse tout du long. Chez Natalie Dessay, qui en rajoute un peu beaucoup, le rôle d'abord léger devient plus sérieux à mesure qu'on avance dans l'opéra. Les plus fins observateurs des premières représentations avaient remarqué que Natalie Dessay portait une poitrine postiche, qui est par moments découverte (il s'agit en fait d'un costume ayant la couleur de la peau) ; Jane Archibald n'a apparemment pas utilisé de tels artifices.
Du côté des voix, j'ai toujours autant apprécié Isabel Leonard (Sesto), Varduhi Abrahamyan (Cornelia) et Lawrence Zazzo (Giulio Cesare). Restait l'inconnue Natalie Dessay. Pendant le premier acte, une petite gêne dans sa voix se laissait souvent percevoir en début de vers. Cependant, même un peu modifiée et malgré la tension de tout le monde, je trouve toujours que c'est un plaisir unique que de l'entendre chanter. Si comme je dis plus haut, elle en rajoute un peu du côté de son jeu, quand elle chante, c'est pour de bonnes raisons qu'elle capte toute l'attention ! Au deuxième acte, elle s'est apparemment un peu plus lâchée : son Venere Bella fut très beau. Bizarrement, Emmanuelle Haïm a semblé faire signe au public d'arrêter d'applaudir à la fin de cet air (pourtant, c'était safe, Giulio Cesare était derrière la porte, attendant de faire son entrée). Plus loin, son Se pietà a été absolument superbe. (Mais il faudrait enfermer le spectateur qui a crié Bravo ! beaucoup trop tôt lors du baisser de rideau.) Au troisième acte, son Da tempeste a été un peu hésitant au début, mais cela s'est très bien fini avec un très beau duo avec Lawrence Zazzo.
Le public m'a semblé carrément frigorifié. À la fin de plusieurs airs du premier acte qui eussent pourtant mérité un tel hommage, il n'y eu aucune interruption pour des applaudissements. À la fin de la représentation, le nombre de baissers/levers de rideau a été moindre que d'ordinaire et les lumières ont été rallumées très vite. Cela dit, quand Emmanuelle Haïm a rejoint les chanteurs pour saluer, Natalie Dessay et elle n'ont plus arrêté de discuter, se désintéressant totalement des saluts.
2011-01-31 00:55+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2011-01-30
Los Angeles Philharmonic
Gustavo Dudamel, direction
Kelley O'Connor, mezzo-soprano
Slonimsky's Earbox (John Adams)
Symphonie nº1 Jeremiah (Bernstein)
Symphonie nº7 (Beethoven)
Les spectateurs qui sont allés ce soir Salle Pleyel comme pour aller voir une rock-star ont été comblés. Les autres apparemment un peu moins.
C'est que le chef d'orchestre tant attendu était Gustavo Dudamel, qui dirigeait le Los Angeles Philharmonic. Je ne l'avais encore jamais vu sur scène. Du coup, Klari m'a plus que très gentiment proposé d'échanger nos places respectives lors de la première partie du concert. Au lieu du dernier rang du premier balcon, je me suis retrouvé en arrière-scène.
La première pièce est une composition assez récente de John Adams, dont j'avais beaucoup aimé Harmonielehre. Il s'agissait de Slonimsky's Earbox, qui m'a bien plu. La deuxième pièce était la première symphonie Jeremiah de Bernstein, qui est beaucoup moins drôle que la précédente...
Gustavo Dudamel a dirigé cette première partie de programme sans faire le moindre excès d'effusion. Il était presque en retenue, battant assez sobrement la mesure (quoiqu'avec une baguette quelque peu flexible dont l'une des extrémités était animée d'un mouvement ondulatoire parasite).
L'entr'acte arrivant, alors que nous sommes tout près d'un célèbre quoique controversé biographe d'Hemingway, je retrouve Klari à qui je rends sa place et file au premier balcon m'installer pour la deuxième partie. La dernière œuvre programmée (hors les bis qui étaient manifestement très programmés aussi) est la septième symphonie de Beethoven que je n'avais entendue avant en concert qu'une seule fois, en juin 2005. Si les pp ont un volume sonore vraiment très faible, les ff sont loin d'atteindre l'extrême symétrique. Je ressens un très bel équilibre entre les différentes parties de l'orchestre pendant un passage du deuxième mouvement où pendant que l'on entend les instruments à vent, les cordes situées à gauche jouent arco tandis que celles de droite jouent pizz.. Le chef se fait ensuite un peu plus bouillonnant ; des grands gestes des mains de bas en haut culminent en sautillements. Le dernier mouvement est joué dans un tempo très rapide.
C'était plutôt pas mal, mais absolument pas au-dessus de la moyenne de ce qu'on entend habituellement Salle Pleyel. Pourtant, les premiers rangs du parterre se sont levés pour faire une standing ovation.
2011-01-28 02:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2011-01-27
Lawrence Zazzo, Giulio Cesare
Christophe Dumaux, Tolomeo
Varduhi Abrahamyan, Cornelia
Isabel Leonard, Sesto
Jane Archibald, Cleopatra
Nathan Berg, Achilla
Dominique Visse, Nireno
Aimery Lefèvre, Curio
Emmanuelle Haïm, direction musicale
Laurent Pelly, mise en scène et costumes
Chantal Thomas, décors
Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène
Joël Adam, lumières
Alessandro Di Stefano, chef des chœurs
Chœur de l'Opéra national de Paris
Orchestre du Concert d'Astrée
Giulio Cesare, Händel
Je reviens d'une représentation de Giulio Cesare in Egitto (Händel) à l'Opéra Garnier. Ce fut particulièrement fatigant du fait de mon placement à l'amphithéâtre. Mon strapontin s'avère plus confortable que le siège voisin vacant, quoiqu'on y voie moins bien. (Place d'abonnement payée 45€, je suis sûr que je serai plus à l'aise lors des deux prochaines représentations dans des petites places à 10€, même en restant assis...)
La mise en scène est ratée. Elle est de Laurent Pelly, il y a donc quelques idées rigolotes, mais pour le reste, on a une mise en scène et des décors qui sont presque sans rapport avec l'intrigue. Cela se passe dans un musée, manifestement en Égypte. Les personnages de l'opéra investissent la réserve. Ils sont parfois encadrés ou encagés (dans une boîte en verre avec une légende écrite en arabe en-dessous). Quand ils ont besoin d'accessoires (comme un couteau), ils se servent dans le bric-à-brac. Les manutentionnaires du musée prennent parfois part à l'action. Cela ne me convainc pas terriblement. Gros point noir du côté des lumières. J'en ai rarement vu d'aussi mauvaises. Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu parfois des images non désagréables à voir, mais pour la nième fois, quand je vais à l'opéra, j'aime que les chanteurs ne soient pas constamment dans la pénombre.
La soirée est heureusement rachetée par la musique ! Écoutant pas mal de Wagner ces jours-ci, j'ai cependant du mal à ne pas trouver qu'il y a beaucoup de répétitions, dans le texte, et dans la musique, avec cette forme de l'aria de capo. Certains airs me paraissent donc quelque peu interminables, mais c'est apparemment la loi du genre et ce n'est pas désagréable quand ce qui se fait entendre plaît à mes oreilles. La musique est interprétée par Le Concert d'Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm qui fait ses débuts à l'Opéra. Dans le rôle de Jules César, Lawrence Zazzo que je n'avais pas revu depuis cinq ans est très bien (certains commentateurs regrettent un manque de projection ; je n'ai pour ma part ressenti aucune gêne pour l'entendre). Dans celui de Cléopatre, Jane Archibald a remplacé Natalie Dessay (elle la remplacera aussi le 29 janvier). Quelques hurluberlus l'ont huée lors des saluts alors qu'elle a fait une excellente prestation. Dans le rôle secondaire de Nireno, Dominique Visse ne chante pas beaucoup, et ne fait heureusement pas trop de pitreries, parce que c'est d'un fatigant... Christophe Dumaux s'en sort très bien dans le rôle de Tolomeo. Si Varduhi Abrahamyan est très convaincante en Cornelia (épouse de Pompée dont la tête a été offerte en cadeau à César au début de l'opéra), la révélation de la soirée vient d'Isabel Leonard dans le rôle de Sesto (le fils de Pompée).
2011-01-22 01:02+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Église des Billettes — 2011-01-21
Benjamin Alard, clavecin
Le clavier bien tempéré, Premier livre, préludes & fugues XII, XI, XXI, XVI, I, XX, V, XV, X, XXIII, XIV, XXIV (BWV 857, 856, 866, 861, 846, 865, 850, 860, 855, 868, 859, 869), Johann Sebastian Bach.
À l'Église des Billettes, il y avait ce soir un concert de Benjamin Alard au clavecin : Le clavier bien tempéré, Premier livre (Première partie). Je ne suis pas arrivé très en avance, mais j'ai aperçu en arrivant la place la plus excentrée du deuxième étage, avec vue plongeante sur l'instrument, même sans avoir à me pencher sur la rambarde puisque les deux claviers s'encadrent plus que largement entre deux barreaux. J'ouvre le programme et suis presque tenté de redescendre le changer contre un correspondant au bon concert. Je suis en effet très surpris de voir que le premier prélude & fugue programmé n'est pas catalogué BWV 846, mais BWV 857. Je me dis, ah, il va jouer les douze premiers préludes & fugues dans le désordre. En fait, même pas, il s'agit seulement de la première moitié d'une partition arbitraire de l'ensemble des vingt-quatre préludes & fugues du premier livre (on cherchera en vain une explication dans le programme). On entendra ainsi successivement les préludes & fugues numérotés XII, XI, XXI, XVI, I, XX, V, XV, X, XXIII, XIV, XXIV.
Je ne sais pas ce qu'il faut incriminer. Les lumières insuffisantes qui projetaient la tête et les épaules de l'interprète en ombre sur la partition et le milieu des claviers ? Un instrument déficient ? Toujours est-il qu'il m'a semblé que le concert nous a fait entendre un nombre inhabituellement élevé de couacs. Les plus flagrants étaient pour moi dans le seul prélude de Bach dont je connaisse la partition vraiment par cœur, à savoir le premier (cinquième dans l'ordre du programme) : des notes à la fin de certaines mesures ont apparemment été jouées en mode silencieux.
Je ne dis pas qu'il n'y a pas eu des moments intéressants, j'ai eu une bonne première impression (m'amusant à voir ses mains parcourir les claviers comme des crabes qui se rejoignent parfois) et j'ai plutôt bien aimé son interprétation des préludes & fugues V et X. Mais, finalement, je suis déçu par ce concert et je ne suis pas trop mécontent de ne pas être disponible pour la deuxième partie (notez la publicité mensongère : le dernier prélude & fugue a déjà été joué ce soir...).
La fin du concert a produit une scène très étrange. Parfois, à la fin de certaines œuvres (comme les Passions de Bach et quelques autres), après que la dernière note s'est tue, le chef d'orchestre garde parfois les mains en l'air et le public, quand il comprend le message, maintient un silence respectueux tant que les mains restent en suspension. Je ne m'explique pas ce qui s'est passé ce soir : quand Benjamin Alard a terminé le prélude XXIV (qui est très long par rapport aux autres), il a été récompensé par un silence de mort, glacial. Je n'ose pas imaginer ce qui a pu se passer dans la tête de l'interprète à ce moment-là. Il était pourtant très-évident qu'il en avait terminé avec son programme (pas la peine d'avoir compté que douze préludes & fugues avaient passé !). Au bout d'une bonne dizaine de secondes de silence absolu, il y a de quoi hésiter entre se faire remarquer en lançant le mouvement et l'intérêt de l'expérience sociologique consistant à observer au bout de combien de temps les applaudissements vont démarrer. Je n'avais pas de chronomètre, mais je pense qu'il s'est écoulé entre trente secondes et une minute avant que quelqu'un se décide à soulager tout le monde. Quelques bravos enthousiastes.
⁂
Au retour, galère de RER B, j'ai mis un peu moins de deux heures à rentrer. Cela m'a permis de terminer ma lecture du deuxième roman de Tatiana Arfel, Des clous.
2011-01-19 00:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Opéra Bastille — 2011-01-18
Philippe Jordan, direction musicale
François-Frédéric Guy, piano
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Concerto nº2 pour piano et orchestre en si bémol majeur, op. 83, Brahms
Symphonie nº15 en la majeur, op. 141, Dimitri Chostakovitch
Je reviens du concert de l'Orchestre de l'Opéra de Paris dirigé par Philippe Jordan à Bastille. Je n'y allais évidemment pas pour le concerto pour piano nº2 de Brahms, un compositeur qui m'ennuie peut-être même encore plus que Schumann. Comme je l'avais constaté l'année dernière, ce type de concerts attire un public assez différent, plus jeune que d'ordinaire pour le lieu (s'ils reviennent ensuite, tant mieux !) ; un jeune couple se retrouvera d'ailleurs dans le même quatuor de places assises dans le RER B et je ne résisterai pas à la tentation de trancher le débat qui les animait en faveur de la demoiselle sur la question de savoir si c'était sonorisé ou non. Palpatine rencontré à la sortie s'étonnait de ce qu'on eût réussi à remplir la salle. C'est pourtant évident : les billets étaient à des prix relativement modérés.
Je n'étais pas venu pour le Brahms, mais je n'imaginais pas que ce concerto serait pour moi un tel supplice. Quelle monstruosité ! Je ne dis pas que c'était mal joué, qu'il n'y avait pas des moments où les sonorités du piano et les nuances n'étaient pas jolies, mais ce concerto semble être une très mauvaise plaisanterie tellement le niveau de virtuosité gratuite qu'il paraît exiger paraît indécent. On y trouve plein d'effets du plus mauvais goût, surtout dans les deux premiers mouvements. L'obscurité n'ayant pas été faite complètement dans la salle, ma voisine a carrément repris la lecture d'un roman. Je l'aurais presqu'encouragée. Ce que je ne cautionne pas, cependant, c'est qu'elle le rouvrît lors de la quinzième symphonie de Chostakovitch, qui elle n'est pas du tout une plaisanterie, malgré les multiples citations de l'ouverture de Guillaume Tell que l'on entend dans le premier mouvement. C'est parfois tendu, angoissant, mais formidablement beau (notamment grâce aux cuivres et aux percussions, aux solos de violoncelle, etc.), et cela se termine dans une sorte d'apaisement. On aura entendu entretemps le leitmotiv du Sort de la tétralogie de Wagner au tout début du quatrième mouvement.
2011-01-16 23:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-01-16
Thomas Hampson, baryton
Wolfram Rieger, piano
Der Atlas, Ihr Bild, Das Fischermädchen, Die Stadt, Am Meer, Der Doppelgänger, extraits de Schwanengesang (Schubert)
Night Wanderers (Samuel Barber)
A Green Lowland of Pianos (Samuel Barber)
Solitary Hotel (Samuel Barber)
Nocturne (Samuel Barber)
Three Songs (Rain has fallen, Sleep now, I hear an army) (Samuel Barber)
Kindertotenlieder (Mahler)
J'ai rarement passé une soirée aussi pourrie lors d'un concert. D'abord, au niveau de la programmation, il y a tromperie sur la marchandise. Qu'il y ait çà et là, occasionnellement, des retouches aux programmes, des modifications dans les distributions, soit, mais qu'on remplace Winterreise par tout autre chose (avec un peu de Schubert quand même), c'est se moquer du monde.
Ensuite, il y avait à ma droite, avec heureusement un siège vacant d'isolation, un homme dont la respiration faisait un bruit invraisemblable de soufflerie (imaginer quelqu'un qui ronfle, mais éveillé). Très régulier en plus, presque synchrone avec le tic-tac d'une montre bruissant dans les environs. Quand deux spectateurs assis devant lui ont chuchoté pour se dire que c'était insupportable, il leur a carrément mis un petit coup dans les côtes.
Bref, pendant tout concert, il m'a été pratiquement impossible de me concentrer. Les extraits de Schwanengesang ne m'ont pas vraiment ébloui. L'ambiance a pas mal changé avec quelques Songs de Barber, mais en fait, il n'y a que les deux derniers des Kindertotenlieder de Mahler qui m'aient vraiment plu. Ajouter à la liste des motifs de mécontentement la manie du pianiste Wolfram Rieger de faire durer, durer interminablement la fin de chaque morceau, et une fois que la dernière corde a été frappée, la pédale enfin relâchée, laisser en suspension les mains pendant quelques secondes encore avant de passer au Lied suivant.
2011-01-16 01:28+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Église des Billettes — 2011-01-14
Pierre Hantaï, clavecin
Pavane et galliarde en ré mineur (Orlando Gibbons)
Irish Toye (John Bull)
The Woods so wilde (William Byrd)
Doctor Bull's Goodnight, Trumpet Pavan, Regina Galliard (John Bull)
Fantasia (Giles Farnaby)
Three pieces (John Bull)
My Lady Nevell's Ground (William Byrd)
Toccata en ré mineur (Michelangelo Rossi)
Toccata en fa majeur (Girolamo Frescobaldi)
Pavana (Thomas Tomkins)
The King's Hunt (John Bull)
Quelques préludes et fugues
(Bach)
Suite anglaise nº2 en la mineur, BWV 807 (Bach)
Vendredi soir, récital de clavecin de Pierre Hantaï à l'Église des
Billettes. Le clavecin est positionné dans un angle qui doit faire que
seulement une poignée de spectateurs puissent apercevoir ses mains. Au
programme de la première partie, on trouve principalement des pièces de
compositeurs anglais datant du début du dix-septième siècle, mais aussi de
Rossi et de Frescobaldi. Je ne connaissais pas du tout ces œuvres.
L'austérité d'un récital de clavecin dans une église toute obscure ne se
fait plus sentir après quelques minutes de l'enchantement qu'est
l'interprétation du claveciniste. Après l'entr'acte, lumières éteintes,
l'interprète ne revient pas. Il devait peut-être décider en dernière minute
des Pièces à déterminer
annoncées, puisques une fois arrivé, il a
annoncé qu'il avait vu ça dans le programme et qu'il jouerait quelques
préludes et fugues de Bach. Après ceux-là, gag, il tourne les pages de son
classeur dans tous les sens. Visiblement, pas de Suite anglaise
nº2. Au bout de quelques minutes, ne le voyant pas revenir des
coulisses, je commençais à me dire qu'il y aurait un changement de
programme, mais il est bien revenu, partition en main nous l'interpréter
ainsi que de nombreux bis.
⁂
Salle Pleyel — 2011-01-15
Le Concert des Nations
Jordi Savall, direction
Manfredo Kraemer, concertino
Naïs (1748), Suite d'orchestre, Jean-Philippe Rameau
Les Indes galantes (1735), Suite d'orchestre, Jean-Philippe Rameau
Zoroastre (1749), Suite d'orchestre, Jean-Philippe Rameau
Les Boréades (1764), Suite d'orchestre, Jean-Philippe Rameau
Ce soir, salle Pleyel, avait lieu un concert intitulé L'Orchestre de
Louis XV. Le relatif volume sonore des percussions baroques et
l'absence de voix m'avaient fait choisir de prendre une place à
l'arrière-scène. Cela m'a permis de voir que la salle était très pleine
(signes distinctifs : bergeries complètes, quelques places vacantes
seulement au fond du deuxième balcon). L'ensemble orchestral est
L'Orchestre des Nations, dirigé par Jordi Savall. Quelques jeunes musiciens
suivant une formation d'interprétation de la musique ancienne ont rejoint
l'ensemble. À la fin du concert, on verra quelques gestes amicaux de
félicitations des anciens
envers les plus jeunes.
C'est que ce concert a été un ravissement. J'ai toujours aimé Rameau, mais hors opéra (Zoroastre et Platée), je n'avais entendu en concert que des pièces jouées sur clavecin seul, exception faite du Troisième concert (1741) il y a trois ans lors d'un concert Salle Gaveau où tous les interprètes avaient pour nom de famille Hantaï ou Kuijken. Au programme, il y eut les suites pour orchestre Naïs, Les Indes galantes, Zoroastre et Les Boréades. Après cela, je crois que je vais me mettre à cocher tous les concerts Rameau qui passent.
Je ne sais plus après quel morceau contenant un solo de flûte, j'ai
regardé la liste des interprètes dans le programme et me suis dit, bien
sûr ! c'est Marc Hantaï que j'aurais pourtant dû reconnaître de dos, rien
qu'à la chevelure. Juste devant moi se trouvent deux cornistes. Derrière
leurs chaises sont posées plein de tubes. Pendant presque tout le concert,
ils feront atelier montage et démontage. Entre deux manipulations, il
joueront, fort bien. Le drôle d'instrument du jour est la musette de cour,
une sorte de cornemuse que l'on entend dans les mouvements justement
intitulés Musette
. À propos des techniques de jeu, pendant les
Tambourins de Naïs, j'ai vu les second violons jouer de
leur instrument comme s'il s'agissait d'une guitare (en fait, vu la taille,
plutôt un ukulélé) ! Amusant, je pense que c'est la première fois que je
vois cette technique. La disposition des violonistes est inhabituelle
aussi, puisqu'à un moment donné, je me suis dit qu'il devait y avoir un
gros problème de synchronisation entre les seconds violons. En fait, celui
qui n'était pas synchro' avec les autres semblait jouer la partie des
premiers violons.
Ailleurs : Palpatine, Musica Sola.
2011-01-02 01:28+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Théâtre
Théâtre des Champs-Élysées — 2011-01-01
Sylvie Guillem, Robert Lepage, Russell Maliphant, conception et interprétation
Michael Hulls, lumières
Alexander McQueen, costumes
Jean-Sébastien Côté, design sonore
Éonnagata
Étant tombé récemment sur une vidéo de Sylvie Guillem, je m'étais dit que ce serait bien d'aller la voir danser un de ces jours. C'était le bon moment puisqu'une série de représentation de Éonnagata était programmée au Théâtre des Champs-Élysées.
C'est un très beau spectacle, mais commercialement, ç'a l'air d'être un ratage monumental en dépit d'une importante campagne d'affichage publicitaire. Je n'ai jamais vu le Théâtre des Champs-Élysées aussi vide, il n'y avait par exemple presque personne au deuxième balcon. Curieusement, le parterre était presque plein : sans doute des ninjas et des invités. Les places étaient à 15€, 40€, 60€, 78€ et 95€. J'ai fait un fort bon tirage, puisque pour 15€, j'ai eu une place au premier rang de corbeille, certes excentrée, mais qui ne laissait qu'un petit angle mort au fond du côté cour, d'autant plus que j'ai pu me décaler un peu grâce aux places vides...
Les trois concepteurs du spectacle, Sylvie Guillem, Robert Lepage et Russell Maliphant en sont aussi les interprètes. Ils jouent, parlent, chantent, dansent tous les trois. L'histoire est très facile à suivre, peut-être un peu trop d'après Rosita Boisseau dans Le Monde. En effet, dès après quelques minutes, Sylvie Guillem raconte un résumé de l'histoire du chevalier d'Éon, espion travesti dont l'identité sexuelle fut plus qu'ambiguë ; il est alors aisé de reconnaître dans chaque scène le moment de la vie du chevalier auquel elle renvoie.
Dans les scènes dansées, Sylvie Guillem et Russell Maliphant paraissent plus à l'aise que Robert Lepage, qui s'en sort quand même fort bien. Un passage des plus spectaculaires se trouve au début du spectacle, qui semble représenter une leçon de clavecin qui dégénère. Les clavecins sont figurés par de simples tables en bois qui seront réutilisées à d'autres fins par la suite. Les danseurs sautent, glissent sur les tables, tournent. Dans cette scène et d'autres, Sylvie Guillem est impressionnante de fluidité et de souplesse.
Dans ce spectacle, tout tourne autour de l'ambiguité du personnage. Pour le spectateur, il y a également ambiguité sur l'interprète. Ainsi, à un moment, on croit voir paraître un homme en ombres chinoises au fond de la scène. Mais c'est Sylvie Guillem, dont le costume aura été rembourré à l'entrejambe. La mise en scène est ainsi véritablement magique. Même au plus près de la scène, on est constamment surpris par les tours qui sont faits, comme dans cette scène située vers la fin du spectacle où lorsque Russell Maliphant se regarde dans un miroir (fixé sur une table en bois), sans qu'on l'ait vue arriver, Sylvie Guillem reproduit les mouvements de son partenaire en symétrique. Cette magie se trouve aussi dans la manipulation de marionnettes géantes et dans les nombreux changements de costumes et d'accessoires qui se font derrière d'étroits rideaux noirs qui traversent la scène. Parmi les merveilleuses trouvailles de mise en scène, on compte aussi des accessoires qui changent subitement de fonction, comme lors de la scène où le chevalier fait une chute de cheval. Les lumières de Michael Hulls sont très belles aussi : souvent, ce sont elles qui créent une sorte de décor mouvant dans lequel évoluent les interprètes.
Le spectacle renvoie aussi à la culture japonaise, mais de façon plutôt modérée. Outre la géante marionnette, on verra une référence aux tambours japonais tels qu'on pouvait les voir et les entendre dans Kaguyahime.
Bref, ce me semble être un spectacle très intelligement conçu, très beau, très intelligible (il diffère en cela de Passion de Dusapin/Waltz). Il reste encore plein de places à vendre pour les six dernières représentations...
Ailleurs : Anne Deniau.
2010-12-31 23:59+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Lectures — Culture indienne
Cette année, sauf erreur de comptage, j'ai vu environ 107 spectacles (dont 26 à l'Opéra Garnier, 20 à l'Opéra Bastille, 14 Salle Pleyel, 10 au Théâtre des Champs-Élysées et 8 au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore...). Sur l'ensemble, j'en ai chroniqué 77. Comme il ne serait pas très raisonnable d'augmenter encore ces nombres, à l'avenir, il faudra bien faire des choix.
Du côté des spectacles en rapport avec l'Inde, j'ai eu l'occasion de diversifier un peu les genres et les lieux. Voir des spectacles en Inde pendant de courts séjours demande un peu d'organisation et un peu de chance. Pour ce qui est du bharatanatyam, le spectacle de Srithika Kasturi Rangam vu à Chennai a été énorme choc pour moi : c'est le récital qui m'a fait comprendre que cette danse pouvait être véritablement narrative. Les nombreux autres récitals vus m'ont un peu mieux familiarisé avec le langage de cette danse. Pour ce qui est du kuchipudi, j'ai vu deux très beaux récitals cette année : Smt. Radha Prasanna à Chennai et Shantala Shivalingappa aux Abbesses. Mon dernier séjour à Kolkata m'a donné l'occasion d'entendre la jeune Gaayatri Kaundinya interpréter le Raga Maru Bihag, ma première rencontre vraiment réussie avec la musique vocale du Nord de l'Inde. À Mumbai, j'ai pu entendre Aruna Sairam dans un superbe programme de musique carnatique. Certes, j'ai aussi vu Amitabh Bachchan au TCE, mais comme ce spectacle ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, cela ne pourra plus guère que me servir à impressionner d'éventuels Indiens qui me demanderaient si j'ai entendu parler d'Amitabh Bachchan...
Du côté de l'opéra, je retiendrai notamment les productions suivantes qui m'ont fait découvrir quelques œuvres du répertoire : Norma mise en scène par Peter Mussbach, Les Contes d'Hoffmann mis en scène par Robert Carsen, Pelléas et Mélisande à l'Opéra Comique, Don Giovanni au TCE, Eugène Onéguine à Bastille, Ariadne auf Naxos à Bastille. Cette année, j'ai également pu voir le prologue et la première journée de la Tétralogie de Wagner : Das Rheingold à Bastille, Die Walküre à Bastille. J'espère avoir le temps de mieux me préparer aux deux derniers opéras pour mieux en apprécier la musique de Wagner et la mise en scène de Günter Krämer. S'ils ne sont pas les plus intéressants qui soient dans l'absolu, deux opéras m'ont enthousiasmé parce qu'ils ont confirmé mon goût pour la voix de Natalie Dessay (La Sonnambula à Bastille, id. (deuxième)) ou éveillé mon intérêt pour celle de Joyce DiDonato (La donna del lago à Garnier, id. (suite)), une chanteuse que j'ai aussi eu l'occasion d'entendre deux fois au TCE en récital. Si je n'ai pas pu entendre Jonas Kaufmann dans Werther, j'ai beaucoup apprécié son interprétation de La Belle Meunière. Une production aux dimensions modestes m'a particulièrement enthousiasmé : Une Flûte Enchantée aux Bouffes du Nord.
Mon goût pour le ballet s'est confirmé. Parmi les moments forts de cette année, il y a eu Le spectacle de l'école de danse de l'Opéra (dans lequel j'ai particulièrement apprécié Piège de lumière de John Taras), Dorothée Gilbert dans Le Concert de Jerome Robbins, La Bayadère à Garnier, Kaguyahime à Bastille (où j'ai préféré Alice Renavand à Agnès Letestu dans le rôle de la princesse), Le défilé du ballet et Roland Petit à Garnier (Nicolas Le Riche dans Le Jeune Homme et la Mort, la musique de Dutilleux dans Le Loup, Isabelle Ciaravola dans Le Rendez-Vous), Parzival à Garnier (où j'ai découvert Harmonielehre de John Adams), Le Lac des cygnes à Bastille et enfin Le Sacre du Printemps à Garnier.
Pour ce qui est de mes lectures, les bilans sont sur le Biblioblog. Cette année, contrairement à l'année dernière, je n'ai lu que 62 livres. Il faut dire que depuis un peu plus de six mois, cette activité est concurrencée par un début d'apprentissage du piano, qui avance tout doucement...
2010-12-23 01:11+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Amphithéâtre de l'Opéra Bastille — 2010-12-22
Jeff Cohen, direction des études musicales
Irène Bonnaud, mise en scène
Claire Le Gal, scénographie
Nathalie Prats, costumes
Daniel Lévy, lumières
Jean-Marie Piquemal, chorégraphie
Sophie-Aude Picon, assistante à la mise en scène
Olivia Doray, Rose Maurrant, Une Lycéenne
Ilona Krzywicka, Mrs Maurrant
Zoe Nicolaidou, Mae Jones, Une Lycéenne, La Première Nurse
Chenxing Yuan, Mrs Fiorentino
Marianne Crebassa, Mrs Olsen
Carol García, Jenny Hildebrand
Letitia Singleton, Mrs Jones, La Seconde Nurse
Manuel Muñez Camelino, Abraham Kaplan, Lippo Fiorentino
Cyrille Dubois, Sam Kaplan, Daniel Buchanan
Alexandre Duhamel, Mr Olsen
Michal Partyka, Henry Davis
Damien Pass, Mr Maurrant, Dick McCann
Florian Sempey, Harry Easter, Mr Jones
Chloé Ghisalberti, Alphonse Cemin, piano
Lorenzo Di Toro, Ygo Mahieux, pianistes-chefs de chant
Songs from Street Scene: An American Opera, Kurt Weill
Aujourd'hui, c'était seulement la deuxième fois que j'allais à l'amphithéâtre Bastille. Je ne me souvenais même plus comment on y accédait. À peu près au même moment, les retardataires de la représentation d'Ariadne auf Naxos arrivaient (et certain se mit encore plus en retard en se trompant de file...). En fait, c'était tout simple, on y descend par le hall où j'ai le temps de dire bonjour à d'autres qui vont au même spectacle que moi. Je n'aurais probablement pas sélectionné ce spectacle si la place ne m'avait pas été proposée gratuitement comme dédommagement pour une place de spectacle qui m'avait déjà été remboursée (la représentation des Noces de Figaro qui se fit sans décors et pour laquelle j'avais craint de ne pas trouver de RER à l'heure du retour, du fait des grèves d'alors). Ce n'est que la cinquième fois que je vais à l'Opéra en quatre jours (voir ici, là, sans oublier une séance de rattrapage de Balanchine/Brown/Bausch avec notamment Jérémie Bélingard en Apollon et Alice Renavand en Élue).
Le programme a de quoi faire un peu peur a priori puisqu'il s'agit d'un opéra de Kurt Weill, un compositeur de la première moitié du vingtième siècle, dont je connaissais l'existence, mais auquel je n'avais jamais été confronté en concert. Si c'est parfois un peu dissonnant, c'est en fait très accessible. J'ignore si on a eu l'opéra en entier ou seulement des extraits, le titre du spectacle étant Songs from Street Scene: An American Opera. Cela se passe à New York, dans un immeuble d'un quartier pauvre. Commérages, amourettes, rêveries, pauvreté, alcoolisme, violence, on trouve un peu de tout (il y a même une référence au communisme, pas franchement bienvenu aux États-Unis d'Amérique). Les scènes se suivent, mais l'ensemble est très cohérent, avec en fil conducteur la relation entre Sam (Cyrille Dubois) et Rose (Olivia Doray). Sam va peut-être s'en sortir grâce aux études, Rose est confrontée à des parents qui se déchirent, Mrs Maurrant (Ilona Krzywicka) et Mr Maurrant (Damien Pass). Cela se termine en crime passionnel. L'histoire commence un soir et se finit le lendemain matin. Au cours de la nuit, un accouchement aura aussi eu lieu dans l'immeuble et une famille sera expulsée.
C'était un fort beau spectacle (cette représentation était la quatrième et dernière). Le décor est une estrade en bois qui se termine par le mur de l'immeuble (en bois et les détails, comme l'entrée, sont tracés en blanc à la craie) auquel conduisent quelques marches et dont dépassent deux balcons. Les chanteurs sont jeunes, pour la plupart en cours de formation à l'atelier lyrique de l'Opéra. Non seulement ils chantent bien et jouent leurs rôles de manière convaincante dans cette mise en scène d'Irène Bonnaud, mais ils dansent aussi parfois sur une chorégraphie de Jean-Marc Piquemal. La voix parlée est aussi travaillée dans les dialogues (en français) qui ont été manifestement un peu adaptés (le rôle d'une étrangère étant interprété par Chenxing Yuan, on a ajouté un peu de chinois !).
Bien que je ne sois pas arrivé parmi les premiers et malgré le placement libre, j'ai trouvé à m'installer légèrement de côté, au premier rang ! Un coup d'œil à gauche et je pouvais voir la chef de chant Chloé Ghisalberti interpréter la musique au piano, à quatre mains avec Alphonse Cemin pendant certains morceaux. J'ai été impressionné la diversité des différents morceaux qui composent ce spectacle et par la faculté de la pianiste à les rendre. C'est très américain. À un moment, je crois reconnaître dans la musique une référence à Summertime.
Bien sûr, ce n'est pas aussi bouleversant qu'une excellente
représentation d'opéra grandeur nature
, mais cela fait quand même
bien plaisir de voir ces jeunes chanteurs communiquer leur enthousiasme au
public.
2010-12-21 01:42+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-12-20
Franz Mazura, Der Haushofmeister
Martin Gantner, Ein Musiklehrer
Sophie Koch, Der Komponist
Stefan Vinke, Der Tenor (Bacchus)
Xavier Mas, Ein Tanzmeister
Vladimir Kapshuk, Ein Perückenmacher
Vincent Delhoume, Ein Offizier
Yuri Kissin, Ein Lakai
Jane Archibald, Zerbinetta
Ricarda Merbeth, Primadonna (Ariadne)
Elena Tsallagova, Najade
Diana Axentii, Dryade
Yun Jung Choi, Echo
Edwin Crossley-Mercer, Harlekin
François Piolino, Scaramuccio
François Lis, Truffaldino
Michael Laurenz, Brighella
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Philippe Jordan, direction musicale
Laurent Pelly, mise en scène et costumes
Michel Jankeliowitch, réalisation de la mise en scène
Chantal Thomas, décors
Joël Adam, lumières
Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène
Franziska Roth, responsable des études musicales
Ariadne auf Naxos, Richard Strauss
Si j'avais passé un bon moment pendant la première représentation de la série, c'était très peu en comparaison de la représentation d'Ariadne auf Naxos d'hier soir. Ce n'est pas ça qui va faire baisser le niveau de mon addiction pour l'opéra.
Si j'avais eu quelques moments de fatigue la première fois, cette
fois-ci j'étais concentré tout du long. Quelle musique merveilleuse, c'est
un enchantement absolu du début à la fin. Je n'ai rien à redire sur le
prologue dans lequel Sophie Koch était formidable. Le début de l'opéra
proprement dit m'a plu encore davantage. Le chœur
de Nayade, Dryade
et de l'Écho fonctionne très bien. Cela ne m'avait pas frappé la première
fois, mais quel beau rôle que celui de l'Écho (Yun Jung Choi) qui reprend
souvent des mélodies en vocalises. Ce n'était pas visible depuis ma place
impaire, mais cette fois-ci, depuis le côté pair, j'ai pu voir l'Écho dans
un coin en train de tricoter de la laine ! Plus loin, l'air de Zerbinetta
(Jane Archibald) m'a semblé encore mieux assuré que lors de la première ;
je ne l'avais pas remarqué la première fois, mais on la voit à un moment
sortir de la scène pour draguer un des personnages du prologue. Les
tousseurs sont toujours aussi pénibles, mais je ne sais par quel mystère je
ne les ai plus du tout entendus à partir du milieu de l'opéra, je devais
être complètement sous l'empire de la remarquable tragédienne qu'est
Ricarda Merbeth (Ariane).
Ma seule crainte venait de la prestation de Stefan Vinke dans le rôle de Bacchus. Il me semble que cela n'a pas été parfait, mais qu'est-ce que cela a été mieux que le soir de la première ! La mise en scène du personnage a un air un peu vieillot (je plante mes pieds, je brandis un bras, je chante fort), mais c'est sans doute fait exprès. L'équilibre entre les voix de Bacchus et d'Ariane était excellent dans le final, un sommet musico-émotionnel. Dans cette mise en scène, Ariane finit seule ; ce Bacchus n'était qu'une illusion...
L'orchestre est sagement resté dans la fosse pendant les applaudissements finaux et a même applaudi son chef Philippe Jordan. Cela fait plaisir de voir qu'il y a aurait une certaine entente entre les uns et les autres.
2010-12-21 01:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-12-19
Élisabeth Platel, introduction
Bernard Boucher, professeur
Michèle Mérou, pianiste
Troisième division garçons
Fabienne Cerutti, professeur
Claire Djourado, pianiste
Troisième division filles
Éric Camillo, professeur
Michel Myron Mytrowytch, pianiste
Deuxième division garçons
Francesca Zumbo, professeur
Ellina Akimova, pianiste
Deuxième division filles
Jacques Namont, professeur
Richard Davis, pianiste
Première division garçons
Carole Arbo, professeur
Laurent Choukroun, pianiste
Première division filles
Roxana Barbacaru, professeur
Isabelle Van Brabant, pianiste
Troisièmes divisions filles et garçons
danse de caractère
Bernard Boucher, professeur
Ellina Akimova, pianiste
Premières divisions filles et garçons
adage
Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra.
J'ai passé toute ma journée de dimanche à l'Opéra Garnier pour assister aux démonstrations de l'école de danse de l'Opéra. L'année dernière, je n'avais assisté qu'à une après-midi, lors de laquelle seuls les plus grands dansaient. Je n'ai pas grand'chose à ajouter à ce que j'avais déjà dit alors.
La différence, cette année, c'est que j'ai dû me lever à une heure
invraisemblable pour arriver à l'heure avec une marge suffisante pour
éviter d'éventuels problèmes de RER (c'est qu'il neige beaucoup). Au lieu
d'arriver en retard, je suis arrivé en avance. L'accès à la salle n'était
même pas encore ouvert ! Cette année, un programme de l'école de
danse
est vendu (15€). Il s'agit d'un très beau document (format A4,
cela rentre tout juste sur l'étagère qui contient mes autres programmes du
Ballet de l'Opéra) où on insiste sur les différents aspects de la formation
des élèves, leur complémentarité et qui contient aussi de très belles
photographies, dont certaines sont issues du spectacle de
l'école de danse de l'année dernière (avec notamment Amélie Joannidès
et Juntaro Coste dans Suite de danses de Clustine et une image
saisissante de Piège de lumière de Taras en double-page).
L'autre différence par rapport à l'année dernière, c'est qu'au lieu
d'être placé aux quatrièmes loges de façon très excentrée, je suis à la
baignoire 14, place 3 (à la même place le matin et l'après-midi !). Alors
que les élèves des troisièmes divisions me semblaient minuscules l'an
passé, vus d'en bas, je trouve grands même les plus petits ! Les classes
passent les unes après les autres garçons puis filles en commençant par les
plus jeunes, le matin de la sixième division jusqu'à la quatrième et
l'après-midi de la troisième à la première. L'accompagnement musical est
assuré par les pianistes de l'école auquels, conformément au cliché, les
professeurs demandent parfois d'aller un peu moins vite. Certains d'entre
eux démarrent avant même d'avoir été sollicités par le professeur, d'autres
doivent se faire attendre : (silence) Monsieur Machin... (silence)
patapatapa patapa...
. Les professeurs auront à chaque fois présenté
rapidement l'exercice, le type de difficulté qu'il contient. On nage en
plein vocabulaire technique : Faites attention à vos cinquièmes, soignez
bien vos secondes.
. À la fin de la journée, quelques positions étaient
rentrées dans ma tête, mais je pense que je les aies déjà oubliées. En tant
que professeur da la quatrième division garçons tout comme étoile invité,
Wilfried Romoli a la classe. Il insiste pour qu'on entende le pied des
garçons frotter le sol lors des pas qu'il leur demande de faire (alors que
l'après-midi, un autre professeur demandera que les réceptions de sauts
soient aussi silencieuses que possible).
Après un premier passage, les élèves reviennent dans d'autres
configurations afin de présenter d'autres enseignements. Marie Blaise vient
avec son accordéon montrer des danses folkloriques. Les deuxièmes divisions
filles et garçons viennent ensuite montrer des pas de danse contemporaine
(je n'ai pas saisi le nom du chorégraphe dont il était question) ; très
impressionnant, la danse contemporaine, ce n'est pas une plaisanterie.
Vient ensuite un enseignement sans musique : le mime. Les enfants ont
présenté, et apparemment improvisé un peu, à partir d'une situation où des
pêcheurs s'en vont pêcher (les filles représentant l'onde) alors que des
méchants chasseurs viennent les prendre pour des lapins. Vient ensuite la
danse de caractère avant que la matinée se termine avec l'enseignement de
Scott Alan Prouty (annoncé de façon pas très British par la
professeure précédente). Cela s'appelle expression musicale
. Cela
ressemble beaucoup à ce qu'il fait avec le chœur Sotto Voce. Les enfants se
mettent en scène, chantent, bougent les bras. C'est assez
rafraîchissant.
J'ai une petite heure et demie pour déjeuner. Cela et le fait qu'il y a de la gadoue me décide à renoncer à aller jusques à un restaurant japonais de la rue Sainte-Anne. Je ne vais pas plus loin que le Boulevard des Capucines/Italiens où après avoir trouvé quelques portes closes, je trouve un très bon restaurant indien.
⁂
Opéra Garnier — 2010-12-19
Élisabeth Platel, introduction
Bertrand Barena, professeur
Tristan Lofficial, pianiste
Sixième division garçons
Véronique Doisneau, professeur
Yuko Tsuchiya, pianiste
Sixième division filles
Marc Du Bouaÿs, professeur
Tadeusz Gieysztor, pianiste
Cinquième division garçons
Marie-José Redont, professeur
Isabelle Van Brabant, pianiste
Cinquième division filles
Wilfried Romoli, professeur
Masako Shimura, pianiste
Quatrième division garçons
Fanny Gaïda, professeur
Anna Simon, pianiste
Quatrième division filles
Marie Blaise, professeur et accordéoniste
Sixièmes divisions filles et garçons, et
stagiaires 1 an folklore
Claire Baulieu, professeur
Tristan Lofficial, pianiste
Deuxièmes divisions filles et garçons
contemporain
Yasmine Piletta, professeur
Cinquièmes divisions filles et garçons
mime
Isabelle Herouard, professeur
Michel Myron Mytrowytch, pianiste
Quatrièmes divisions filles et garçons
danse de caractère
Scott Alan Prouty, professeur
Tristan Lofficial, pianiste
Sixièmes et cinquièmes divisions filles et garçons
expression musicale
Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra.
C'est maintenant au tour des grands. Je n'arrive plus très bien à
distinguer les classes rétrospectivement. Si on observe parfois quelques
déséquilibres, quelques problèmes de synchronisation, l'ensemble est
globalement très bien assuré. Les filles montrent des pirouettes, des
pointes, des fouettés (spectaculaires !). Les garçons sautent, tournent sur
eux-mêmes, retombent en arabesque, etc. Le passage de la première division
garçon était éblouissant. Après un peu de danse de caractère
avec
les troisièmes divisions, les premières divisions filles et garçons
reviennent ensemble pour la classe d'adage
. Cela fait moins
bouquet final
que la fin du programme du matin, mais c'est fort beau
à voir. L'après-midi, les professeurs ont beaucoup insisté sur
l'artistique
. Ici, les couples de danseurs se succèdent dans des pas
de deux (dont un sera présenté simultanément en miroir par deux couples). À
la fin, tout le monde vient saluer, y compris celle que les professeurs
appellent Mademoiselle Platel
. La révérence était d'ailleurs un
exercice qui venait clore chacun des passages (ce qui montre que cela n'a
rien d'évident !).
Musicalement, cela avait pourtant bien commencé avec du Bach (Premier prélude du Clavier bien tempéré), mais cela a vite dégénéré avec du Chopin et même du Schumann... Cela dit, dans le Schumann, ce n'était pas le pire puisqu'il y a notamment eu des extraits d'une pièce de circonstance : Kinderszenen.
2010-12-13 20:41+0100 (Oberwolfach) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-12-11
Franz Mazura, Der Haushofmeister
Martin Gantner, Ein Musiklehrer
Sophie Koch, Der Komponist
Stefan Vinke, Der Tenor (Bacchus)
Xavier Mas, Ein Tanzmeister
Vladimir Kapshuk, Ein Perückenmacher
Vincent Delhoume, Ein Offizier
Yuri Kissin, Ein Lakai
Jane Archibald, Zerbinetta
Ricarda Merbeth, Primadonna (Ariadne)
Elena Tsallagova, Najade
Diana Axentii, Dryade
Yun Jung Choi, Echo
Edwin Crossley-Mercer, Harlekin
François Piolino, Scaramuccio
François Lis, Truffaldino
Michael Laurenz, Brighella
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Philippe Jordan, direction musicale
Laurent Pelly, mise en scène et costumes
Michel Jankeliowitch, réalisation de la mise en scène
Chantal Thomas, décors
Joël Adam, lumières
Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène
Franziska Roth, responsable des études musicales
Ariadne auf Naxos, Richard Strauss
J'étais avant hier soir à la première représentation de la reprise d'Ariadne auf Naxos à l'Opéra Bastille. Je connaissais l'histoire d'Ariane à Naxos (pour avoir lu récemment une traduction d'un extrait des Noces de Thétis et de Pélée de Catulle), mais je découvrais la structure de l'opéra le soir même.
Au cours de cet opéra, trois grandes chanteuses vont s'illustrer. Dans le prologue, Sophie Koch va jouer le rôle du Komponist qui a composé un opéra Ariadne auf Naxos tout spécialement pour les festivités organisées par l'homme le plus riche de Vienne. On voit passer la prima donna, mais on découvre aussi Zerbinetta qui a aussi été invitée à jouer son propre rôle pour un baisser-de-rideau qui racontera ses amours multiples. Le compositeur est horrifié que son art jouxte de telles niaiseries. À la fin du prologue, dans un coup de théâtre, le majordome annonce que le comte a décidé un changement de programme : la pièce bouffone ne sera jouée ni avant ni après l'opéra, mais en même temps. Consternation, mais il faut bien obéir au maître. Des tensions naissent : ni le ténor qui chante Bacchus ni la prima donna qui chante le rôle d'Ariane ne veulent voir les airs coupés.
Après l'entr'acte, le rideau se lève sur un décor qui pourrait être le
décor précédent en cours de construction (ou de destruction). Deux
chanteuses vont s'illustrer de fort belles façons, opposées autant sur la
forme que sur le fond. Ariane est la femme d'un seul homme, Thésée, qui l'a
abandonnée sur l'île. Elle se lamente sur son sort ; Naïade, Dryade et
l'Echo ne peuvent que le constater. Zerbinetta débarque en bikini et paréo,
accompagnée de quatre galants. Ils essayent d'attirer l'attention d'Ariane,
mais celle-ci est ailleurs. Elles ne peuvent de toute façon pas se
comprendre, Zerbinetta changeant sans cesse d'homme (quoiqu'elle admette en
avoir parfois deux en même temps). Les vocalises de Jane Archibald dans ce
rôle sont très spectaculaires. Dans le rôle beaucoup plus dramatique
d'Ariane, Ricarda Merbeth est également éblouissante. Son air Es gibt
ein Reich contient déjà un bon nombre de passages musicaux qui
reviennent au cours de l'opéra, dont la musique n'est pas sans rappeler
parfois Salomé. L'orchestre que dirige Philippe Jordan est très
réduit et l'orchestration distingue nettement les passages dramatiques et
ceux bouffe
de Zerbinetta et ses quatre compagnons (notamment par
l'utilisation des instruments à clavier).
La mise en scène n'est pas inintéressante, mais ce n'est pas ma préférée parmi celles de Laurent Pelly (dont j'avais adoré la mise en scène du Roi malgré lui). Les lumières de Joël Adam, elles sont très belles (ce qui compense avec le décor en parpaings).
Le grand drame de cette représentation d'opéra a été la prestation de
Stefan Vinke dans le rôle de Bacchus (et au premier acte celui du ténor).
Bien que je découvrisse l'opéra en direct, il m'a semblé qu'il y avait un
problème et jamais cela ne m'avait semblé aussi flagrant lors d'une
représentation d'opéra. Cependant, il y a eu quelques passages où il était
tout sauf ridicule, espérons que cela s'améliorera lors des prochaines
représentations (je vais y retourner deux fois...). Pour reprendre le fil
de cette Ariane..., Bacchus débarque après avoir fui Circé. Ariane
le prend pour Thésée ou pour la mort. Elle accepte son étreinte et s'en
retrouve métamorphosée, comme soulagée. Enfin, Zerbinetta revient pour
rappeller ce qu'elle avait déjà dit : Lorsqu'un nouveau dieu arrive,
nous nous abandonnons sans un mot !
.
Malgré le problème avec l'interprète du ténor (et aussi un peu avec le Tanzmeister), j'ai apprécié ce spectacle. L'idée de faire coexister deux types de personnages de mondes opposés est assez amusante. Je ne trouve cependant pas que ce soit le chef d'œuvre absolu comme je l'ai lu dans les textes très-enthousiastes du programme. L'intrigue de la partie mythologique est vraiment très réduite et l'intervention de Zerbinetta est faite dans une unique élan. Après son premier passage (mais quel passage !), la mise en scène nous la montre en train de conduire le minibus pour sortir du décor (et ne plus revenir qu'à la toute fin). Cependant, au cours de la soirée, on aura été rassasié par les performances de trois chanteuses dans des styles très différents, ce qui est en soi assez exceptionnel. Dans le prologue, on pouvait également apprécier d'autres personnages, comme celui, parlé, du majordome (Franz Mazura), ou celui du Musiklehrer (Martin Gantner). Très belles prestations aussi des trois chanteuses jouant les rôles de Najade (Elena Tsallagova), Dryade (Diana Axentii) et de l'Echo (Yun Jung Choi).
Le volume sonore peu imposant et la beauté de la musique faisaient que
la présence de tousseurs dans la salle était particulièrement pénible, tout
comme l'individu (probablement unique) qui a crié Bouh !
à la toute
fin juste avant la première salve d'applaudissements.
2010-12-11 15:58+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-12-10
Vello Pähn, direction musicale
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Ballet de l'Opéra
Igor Stravinski, musique (Apollon musagète)
George Balanchine, chorégraphie (1928)
Mathieu Ganio, Apollon
Émilie Cozette, Terpsichore
Ève Grinsztajn, Calliope
Nolwenn Daniel, Polymnie
Apollon
Laurie Anderson, musique (enregistrée)
Trisha Brown, chorégraphie
Vija Celmins, décor (Night Sky #18, 1999)
Elisabeth Cannon, costumes
Jennifer Tipton, lumières
Neal Beasley, Carolyn Lucas, assistants de la chorégraphe
Clairemarie Osta, Nicolas Le Riche, Josua Hoffalt
O złożony / O composite
Igor Stravinski, musique
Pina Bausch, chorégraphie
Rolf Borzik, scénographie, costumes et lumières
Dominique Mercy, Mariko Aoyama, Josephine-Ann Endicot, Kenji Takagi, répétitions
Miteki Kudo, L'Élue
Wilfried Romoli, étoile invitée
Eleonora Abbagnato, Stéphanie Romberg, Muriel Zusperreguy, Amandine Albisson, Caroline Bance, Aurélia Bellet, Christelle Granier, Laurence Laffon, Laure Murret, Alice Renavand, Séverine Westermann, Géraldine Wiart, Amélie Lamoureux, Charlote Ranson, Caroline Robert
Alessio Carbone, Vincent Chaillet, Josua Hoffalt, Bruno Bouché, Aurélien Houette, Alexis Renaud, Simon Valastro, Pascal Aubin, Matthieu Botto, Adrien Couvez, Daniel Stokes, Alexandre Carniato, Alexandre Gasse, Samuel Murez, Francesco Vantaggio
Le Sacre du Printemps
Hier avait lieu la première du spectracle Balanchine/Brown/Bausch. L'espace disponible à Garnier est plus restreint que d'habitude et beaucoup de gens s'affairent : des tables n'ont pas encore fini d'être dressées et décorées pour un souper post-représentation.
L'ouvreuse qui m'ouvre ma troisième loge pas mal excentrée est assez distraite : elle m'ouvre la loge 6 alors que j'étais à la loge 8 puis m'indique la place 2 alors que j'avais la place 1... Depuis ma place, je vois que les deux places centrales du premier rang du balcon sont occupées (il arrive assez souvent qu'elles soient vides), en l'occurrence s'y trouve un ancien premier ministre balletomane dont la presse a récemment parlé de problèmes de gestion de son argent liquide.
La première pièce est de Balanchine : Apollon. Apollon (Mathieu Ganio) et les trois muses Terpsichore (Émilie Cozette), Calliope (Ève Grinsztajn) et Polymnie (Nolwenn Daniel). Ils sont tous en blanc, l'espace scénique est essentiellement vide (fond bleu). Chaque muse est munie d'un attribut qui caractérise son art : une lyre, une feuille de papier, un masque. C'est mignon comme tout, mais pas de quoi m'enthousiasmer. L'orchestre de l'Opéra est uniquement constitué de cordes (la violoniste qui était dans la lune pendant La Fiancée vendue était plus concentrée !). À l'aveugle, je ne pense pas que j'aurais deviné que la musique était de Stravinsky. S'il y a quelques passages qui font penser à lui, il y en a aussi un certain nombre qui font presque penser à la musique baroque. Le contraste avec la dernière pièce au programme sera très important.
La deuxième pièce O złożony / O composite est sur une musique enregistrée de Laurie Anderson. Trois danseurs occupent l'espace dont le fond est étoilé : Clairemarie Osta, Nicolas Le Riche, Josua Hoffalt. Honnêtement, je ne comprends rien, mais c'est très beau. Chaleureusement applaudissements pour la chorégraphe Trisha Brown qui vient saluer.
Pendant l'entr'acte, quelques hommes procèdent à des travaux de terrassement pour répartir de la terre sur le grand rectangle que constitue l'espace scénique. Vu l'effort physique que cela représente, je me dis que ce serait bien de les applaudir ; le mouvement sera opportunément lancé au bon moment. L'orchestre reprend place. Les nombreuses places qui étaient vides lors de la première pièce se remplissent avec des instruments à vent. Le noir est fait. On aperçoit une danseuse (Alice Renavand il me semble) se positionner, couchée sur une robe rouge. La musique commence, très douce au début par un thème joué par le basson, puis au bout d'environ trois minutes, on entre dans le vif du sujet avec des rythmes fous, entêtants. Les danseuses et les danseurs dansent en groupe de façon soit synchronisée soit de façon apparemment désordonnée. La robe rouge passe de main en main. Des conciliabules ont lieu entre les femmes. Chacune prend la robe rouge et se dirige vers le mâle dominant (Wilfried Romoli), puis renonce. Il y a presqu'un vrai suspense sur la question de savoir laquelle sera sacrifiée. Dans la petite feuille donnant la distribution, le nom des danseuses sont données à la suite, indistinctement. Il fallait avoir regardé sur le site Internet de l'Opéra pour savoir qui serait l'Élue ce soir. Parmi celles qui ont pris en main la robe rouge, on veut ainsi notamment Eleonora Abbagnato, Alice Renavand et Géraldine Wiart qui joueront aussi le rôle de l'Élue lors des représentations suivantes. Finalement, c'est bien Miteki Kudo qui s'empare de cette robe et l'enfile. Un rituel très érotique et violent met en scène des couples de danseurs. L'Élue terrifiée est traînée sur la terre, puis va danser jusqu'à la mort. Pendant ce Sacre du Printemps de Pina Bausch, on est scotché du début à la fin, la tension monte rapidement et se relâche très brutalement à la fin !
2010-12-08 01:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Opéra Garnier — 2010-12-08
Oleg Bryjak, Krušina
Isabelle Vernet, Ludmilla
Inva Mula, Mařenka
Michael Druiett, Mícha
Marie-Thérèse Keller, Háta
Andreas Conrad, Vašek
Piotr Beczala, Jeník
Jean-Philippe Lafont, Kecal
Heinz Zednik, Le Maître de manège
Valérie Condoluci, Esmeralda
Ugo Rabec, L'Indien
Gilbert Deflo, mise en scène
William Orlandi, décors et costumes
Roberto Venturi, lumières
Micha Van Hoecke, chorégraphie
Guy De Bock, réalisation de la chorégraphie
Alessandro Di Stefano, chef de chœur
Constantin Trinks, direction musicale
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
La Fiancée vendue, Smetana
Je ne sors pas franchement enchanté de la deuxième représentation de La Fiancée vendue de Smetana (apparemment le premier opéra en langue tchèque). L'histoire est mignonne. Mařenka (Inva Mula) et Jeník (Piotr Beczala) s'aiment, mais les parents de Mařenka ont accepté de la donner en mariage arrangé à l'idiot Vašek (Andreas Conrad), fils de Mícha (Michael Druiett). C'est Kecal (Jean-Philippe Lafont) qui s'occupe des négociations pour le compte de la mère de Vašek, Háta (Marie-Thérèse Keller). Il faut convaincre Jeník de renoncer à Mařenka. Contre de l'argent, il accepte de signer un papier comme quoi il laisse Mařenka au fils de Mícha. C'est une ruse, parce qu'il est rigoureusement exact qu'il est le fils de Mícha : il a été chassé de la maison par Háta quand elle a épousé Mícha devenu veuf. Tout se termine bien. Cependant, la pauvre Mařenka a longtemps cru qu'elle avait été trahie, vendue par Jeník. On a aussi beaucoup ri au dépens de Vašek, qui s'est aussi ridiculisé en se faisant embobiner par une Esmeralda (Valérie Condoluci) pour jouer le rôle d'un ours dans un cirque, dans lequel on trouve aussi un faux amérindien (Ugo Rabec) et un directeur qui parle trop (Heinz Zednik).
La musique est belle, très rythmée. Depuis ma troisième loge excentrée, j'avais une vue plongeante sur l'orchestre. Je ne pouvais donc pas ignorer qu'une des violonistes était sur une autre planète pendant l'ouverture, complètement décalée (coups d'archets pas très synchro ni dans le même sens que les voisins), manifestant toujours de la surprise quand elle voyait les autres violonistes se préparer à se remettre à jouer ; et elle en riait avec sa voisine !
Si le décor (unique) et le rideau de scène faits dans un style naïf coloré sont mignons, si les mouvements du chœur sont bien maîtrisés et les danses rigolotes (les chorégraphies de Micha Van Hoecke ont une grande importance dans ce spectacle), je reste déçu par la mise en scène de Gilbert Deflo (qui avait déjà sévi dans Un bal masqué et dans Luisa Miller) dans cette production, reprise de l'ère Mortier (dans le programme, on a gardé la mise en page d'origine, mauvaise odeur du nouveau papier en plus). Dans la première partie (deux premiers actes), c'est particulièrement frappant. Malgré une sincérité évidente, les gestes des chanteurs sont souvent hésitants, maladroits. Quand ils chantent, ils restent debouts, immobiles. Tout repose sur charisme et le jeu un rien exagéré d'Inva Mula (chanteuse fétiche du nouveau directeur : en deux ans, c'est le quatrième opéra dans lequel je la vois à l'Opéra après Mireille, La Bohème et Les Contes d'Hoffmann, j'en ai peut-être raté). Cela s'appuie aussi sur le personnage de Kecal, mais si les grimaces et la présence scénique y sont manifestes, je suis moins convaincu par la voix de Jean-Philippe Lafont. À cette exception près, j'ai aimé les prestations vocales de la plupart des autres chanteurs, tout particulièrement Inva Mula, Piotr Beczala et Andreas Conrad pour les rôles principaux, mais aussi Marie-Thérèse Keller et Valérie Condoluci pour les autres.
Un des plus beaux numéros musicaux de l'opéra intervient au troisième acte quand Kecal et les parents de Mařenka et de Vašek annoncent à Mařenka qu'elle a été trahie par Jeník. Il se trouve là un chœur a cappella de toute beauté, tout comme la scène de désespoir subséquente de Mařenka.
Bref, c'est un spectacle un peu paradoxal, avec pas mal d'aspects enthousiasmants (au point qu'une partie du public va pousser des cris lors des saluts) mais aussi un désagréable arrière goût du fait de la mise en scène.
2010-12-04 18:55+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Opéra Comique — 2010-12-04
André Morsch, Cadmus
Claire Lefilliâtre, Hermione
Arnaud Marzorati, Arbas, Pan
Jean-François Lombard, Nourrice, Dieu champêtre
Isabelle Druet, Charite, Mélisse
Arnaud Richard, Draco, Mars
Camille Paul, Amour, Palès
Geoffroy Buffière, Le Grand Sacrificateur, Jupiter
David Ghilardi, Le Soleil, Premier Prince Tirien
Romain Champion, Premier Africain, Envie
Vincent Vantyghem, Second Prince Tirien
Luanda Siqueira, Junon, Aglante
Eugénie Warnier, Pallas
Tarik Bousselma, Second Africain
Jeroen Bredewold, Échion
Eugénie Lefebvre, L'Hymen
Catherine Padaut, Vénus
Le Poème Harmonique, Danseurs, chœur et orchestre
Vincent Dumestre, direction musicale
Benjamin Lazar, mise en scène
Gudrun Skamletz, chorégraphie
Louise Moaty, collaboration à la mise en scène
Adeline Caron, scénographie
Alain Blanchot, costumes
Christophe Naillet, lumières
Mathilde Benmoussa, maquillage
Antoine Fontaine, réalisation des toiles peintes
Daniel Bargier, chef de chœur
Cadmus et Hermione, Jean-Baptiste Lully
Cette année, je vais très peu fréquenter l'Opéra Comique à cause de l'opacité de leur système de réservation. Comme leur site Internet s'était débloqué au bout de quelques semaines, j'avais quand même réussi à réserver une ou deux places de plus. Je ne sais pas comment cela se fait, mais pour 40€, je tombe presque tout le temps sur un troisième rang de premières loges de face (18.5), ce qui est presqu'idéal si les têtes de devant ne sont pas trop hautes, ce qui était le cas hier soir lors d'une représentation de Cadmus et Hermione de Lully, le premier opéra de l'histoire de la musique française.
Depuis ma place, j'ai une vue frontale sur la scène et peut
voir les écrans latéraux où parait le texte de Quinault, qui, nous dit le
programme, a pas mal modifié le mythe raconté par Ovide. Sur ces écrans,
l'orthographe est moderne. La prononciation, elle, ne l'est pas ! Les
s
, x
ou z
finaux sont prononcés, tout comme certains
ent
finaux qui d'ordinaire sont muets, oi
est souvent
prononcé ouè
, la nasalisation des voyelles est quelque peu
différente de ce qu'on entend d'habitude. Par exemple Et c'est pour
obéir / aux oracles des dieux / Qu'il faut m'arrester en ces lieux.
sera prononcé Et c'est pour obéir / aux oracles des dieusses / Qu'il
faut m'arrêter en ces lieusses.
, ou Chantons la gloire de son
cours.
prononcé Chantons la glouère de son cource.
. Cela
surprend au début, mais on finit par s'y habituer. Sans être limpide comme
dans un Pelléas et Mélisande, le texte est relativement
intelligible, en tout cas davantage que dans mes expériences précédentes
avec des tragédies lyriques de Lully.
Il y a relativement peu de parties musicales que l'on pourrait qualifier
d'airs
. Ce qu'on entend est plus proche du récitatif. Au cours du
prologue et des cinq actes, on assiste aussi à de nombreuses scènes
dansées. Tout ceci est tellement français... La distribution vocale est
assez homogène. On entend notamment André Morsch (Cadmus), Claire
Lefilliâtre (Hermione) dans les deux premiers rôles, et aussi Arnaud
Marzorati (Arbas, Pan) et Isabelle Druet (Charite, Mélisse). Arbas est un
suivant de Cadmus, fier mais couard ; les scènes comiques de l'opéra
reposent sur lui. Charite est une compagne d'Hermione, et c'est me
semble-t-il le seul rôle ayant à chanter plusieurs airs
. Il va sans dire que je suis content d'y avoir entendu
Isabelle Druet. Comme Arnaud Marzorati, elle joue extrêmement bien.
Parfois, alors qu'elle est muette, elle parvient à exprimer la pensée de
son personnage par des mouvements presqu'imperceptibles.
Si la prononciation a apparemment été pensée dans l'idée d'une recréation de l'œuvre en essayant de se placer dans le contexte de l'époque (1673), c'est aussi le cas pour le reste. Les musiciens du Poème harmonique dirigés par Vincent Dumestre (que je ne pouvais voir depuis ma place) utilisent des instruments qui ont été faits aux dimensions appropriées. L'éclairage est assez original aussi. Là encore, de ma place, je ne voyais pas tous les artifices, mais les comédiens, chanteurs et danseurs étaient situés derrière une ouverture cachée par un panneau de bois d'où s'échappait de la lumière. Le programme n'est pas très explicite sur le sujet, mais il n'est pas impossible que cet éclairage ait été réalisé à la bougie... Ce qui est certain, c'est que l'éclairement du décor vacillait parfois de façon irrégulière. Du coup, afin qu'ils soient bien visibles, les chanteurs sont toujours de face, au centre de la scène. Cependant, il ne s'agit pas d'une négation du théâtre : les mouvements expressifs des bras notamment empêchent la représentation de tomber dans la monotonie. Par ailleurs, les costumes sont très colorés et tous les chanteurs ont des coiffes et autres ornements capillaires extravagants.
Bref, c'est un charmant spectacle qu'icelui. Curieusement, alors que la fin du spectacle était programmée pour 22h15, la deuxième partie reprend à 22h10 après l'entr'acte, pour une toute petite demi-heure. Bizarre découpage !
2010-12-02 23:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Bastille — 2010-12-02
Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique
Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène, d'après Marius Petipa et Lev Ivanov
Ezio Frigerio, décors
France Squarciapino, costumes
Vinicio Cheli, lumières
Émilie Cozette, Odette/Odile
Karl Paquette, Le Prince Siegfried
Stéphane Phavorin, Wolfgang, le précepteur/Rothbart
Béatrice Martel, La Reine
Myriam Ould-Braham, Ludmila Pagliero, Christophe Duquenne, Pas de trois
Charline Giezendanner, Axel Ibot, Czardas
Sarah Kora Dayanova, Sabrina Mallem, Audric Bezard, Florian Magnenet, Danse espagnole
Victoire Debay, L'Apparittion du Cygne blanc
Mélanie Hurel, Emmanuel Thibault, Danse napolitaine
Ballet de l'Opéra
Orchestre Colonne
Simon Hewett, direction musicale
Le Lac des cygnes, ballet en quatre actes, sujet de Vladimir Begichev et Vassili Gueltzer
Quel beau spectacle que ce Lac des cygnes dont c'était ce soir la deux cent vingt-deuxième représentation ! La salle est très pleine. Aux derniers étages, des tables sont préparées pour un souper où de grandes entreprises se régaleront.
Alors qu'il va devoir choisir sa future épouse, le prince Siegfried voit en rêve Odette, une princesse-cygne. Il ne veut épouser qu'elle. Réveillé, il repousse d'abord toutes les prétendantes, mais il se laisse séduire par Odile, toute pareille qu'Odette si ce n'est qu'elle est en noir. Il s'agit en fait de la créature de Rothbart, le double maléfique du précepteur Wolfgang. Après cette trahison, Odette et Siegfried ne peuvent se réconcilier, puisque Rothbart, en grand oiseau noir, enlève Odette.
Le premier acte est étonnant par la façon dont Noureev fait danser les danseurs hommes en couples. Mon point de vue au tout dernier rang du deuxième balcon empêche d'ignorer parfois quelques petits problèmes d'alignement. Cependant, l'engagement physique des danseurs semble extrême. C'est très impressionnant. Un très beau pas de trois avec Myriam Ould-Braham, Ludmila Pagliero et Christophe Duquenne. Le deuxième acte est un acte en blanc. Les ensembles de cygnes blancs sont superbes ! On les retrouvera au quatrième acte. Entre temps, on aura assisté à diverses danses populaires (notamment une danse napolitaine avec Mélanie Hurel et Emmanuel Thibault) dans la fête où le prince doit choisir son épouse.
Le personnage de Rothbart qui hante Siegfried a une très grande importance dans ce ballet, et Stéphane Phavorin y fait impression, tout comme Karl Paquette (Siegfried) et Émilie Cozette (Odette/Odile).
Avant tout, ce qui m'a surpris dans ce ballet, c'est la qualité de la musique, qui est de Tchaikovski. Bravo à l'Orchestre Colonne et au chef Simon Hewett !
2010-11-30 23:59+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2010-11-30
The English Concert
Anna Caterina Antonacci, soprano
Sara Mingardo, contralto
Harry Bicket, orgue et direction
Salve Regina, Nicola Porpora
Nisi Dominus, Antonio Vivaldi
Stabat mater, Giovanni Battista Pergolese
Je pense que le concert de ce soir à Pleyel est de ceux à oublier rapidement. Je l'avais sélectionné pour le Stabat Mater de Pergolèse et la présence d'Anna Caterina Antonacci, que j'entendais ce soir pour la dixième fois en concert.
La première œuvre au programme est un Salve Regina de Nicola Porpora. Indépendamment de l'interprétation, cette œuvre ne me plaît guère. C'est un peu händelien parfois. Vocalement, il s'agit essentiellement de vocalises. La voix d'Anna Caterina Antonacci est très opératique, ce qui a de quoi étonner dans ce répertoire religieux. Lors du dernier numéro musical, il faut bien admettre que cette chanteuse que j'admire beaucoup a sombré. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais au moment de tourner une page de sa partition, elle a apparemment perdu le fil et il lui a fallu deux ou trois mesures pour reprendre ses esprits.
La pièce suivante est de Vivaldi, dont je méconnais complètement l'œuvre vocale. Il s'agissait du Nisi Dominus, chanté par la contr'alto Sara Mingardo que j'avais déjà entendue dans un Messie. J'avais alors été déçu par le manque d'éclat de sa voix. Elle chante en effet tout en retenue. Ce qu'on entend du faible son de sa voix est très beau, mais ce n'est vraiment pas très fort. On la distingue parfois assez mal sous le volume de l'orchestre baroque en petite formation (une quinzaine d'instrumentistes). Pour les besoins d'un solo, le premier violon (qui au passage utilisait un archet über-baroque) a un moment donné changé d'instrument pour ce qui est peut-être une viole (ici, une sorte de violon très allongé). Le son de cet instrument était absolument affreux. Le retour au violon normal lors du numéro musical suivant fut d'un grand soulagement. Cette œuvre m'a quand même davantage plu que la première.
À la fin de l'entr'acte, ma voisine entreprend de me demander ce que j'ai pensé de la première partie. Embarras de ma part à propos d'Anna Caterina Antonacci... Nous discutons des qualités des voix d'altos. Je préfère celles de femmes, celles des hommes (Jarrousky, etc.) ne lui déplaisent pas. Je manifeste quelques doutes quand elle me dit qu'originellement, les parties de sopranos et altos des cantates de Bach étaient chantées par des castrats et des garçons... Discussion néanmoins plutôt intéressante globalement.
L'orchestre a fini de se réaccorder. Les chanteuses sont arrivées et le chef et organiste Harry Bicket aussi. Commence le Stabat Mater. Cette version n'est pas non plus inoubliable. Le contraste entre les voix d'Anna Caterina Antonacci et de Sara Mingardo est trop marqué. Lyrisme de l'une, retenue de l'autre. Mauvais casting. Je ne dis pas qu'elles ne sont pas faites pour chanter cette œuvre, mais toutes les deux ensemble, cela ne colle pas du tout. Si Anna Caterina Antonacci était un peu plus convaincante que dans la première partie, je suis quand même assez déçu. Du côté de la direction, j'ai été très surpris par les choix de tempi du chef. Autant le Cujus animan gementem me semblait joué trop lentement, autant les moments forts que sont pour moi le Quæ mœrebat et dolebat et le Inflammatus et Accensus ont été joués à une vitesse folle.
J'espère que ça ira mieux la prochaine fois.
2010-11-19 01:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Les Trois Baudets — 2010-11-18
Isabelle Druet, mezzo-soprano
Christian-Pierre La Marca, violoncelle
Racha Arodaky, piano
Stéphane Milleret, accordéon
C'est beau l'amour (Fauré, Poulenc, Hahn, Gounod, Duparc, Debussy, Piaf, Vian, Brel, etc)
Avant ce soir, je n'avais vu chanter Isabelle Druet qu'une seule fois, c'était dans un triple rôle secondaire dans Armide au TCE il y a deux ans. J'avais alors apprécié autant ses qualités vocales que le caractère convaincant de son jeu.
J'avais par la suite voulu renouveler l'expérience d'un concert où elle chanterait. Un voyage en Inde m'avait empêché d'aller l'écouter dans un récital à l'Opéra Comique. Mon billet était alors allé dans d'autres mains qui avaient été enchantées par ce concert.
Tout récemment, une grève au TCE avait entraîné l'annulation du Carnaval de Venise dans lequel elle devait chanter.
Pour mettre fin à cette malédiction, je suis alors tout simplement allé sur le site de son agent pour trouver son programme de concerts et réserver au plus vite une place aux Trois Baudets pour un concert de la série D'une rive à l'autre (Petit Palais/Les Trois Baudets).
J'ai donc trouvé un nouveau lieu de débauche... musicale ; pour le reste, le théâtre étant situé entre Pigalle et Blanche, les sollicitations illégales pour des prestations tarifées, lesquelles sont légales (hypocrisie du législateur), pleuvent : cinq en cent mètres aller-retour. Ce n'est donc pas exactement la même ambiance que celle qui conduit au tout proche Théâtre de la Ville — Les Abbesses. Ce soir, dans la toute petite salle ont pris place une cinquantaine de personnes. Je me retrouve à environ trois mètres des musiciens !
Au programme de ce programme intitulé C'est beau l'amour, des
chansons françaises classiques, populaires ou traditionnelles. Les chansons
sont annoncées par la chanteuse qui fait preuve de beaucoup d'humour. Elle
est accompagnée de Christian-Pierre La Marca (violoncelle), Racha Arodaky
(piano) et Stéphane Milleret (accordéon). D'ailleurs, un petit nombre de
chansons sont chantées
par le seul violoncelle.
Du côté du classique, on entendra ainsi des mélodies de Fauré, Poulenc, Gounod (Boléro), Hahn (L'heure exquise), Debussy (Colloque sentimental, qui est venu après la chanson traditionnelle Les tristes noces). Avant qu'elle ne chante Mon amant de Saint Jean, j'entends derrière moi quelque moquerie à propos de l'interprétation de Patrick Bruel. Dans les chansons plus récentes, il y eut notamment La chanson des vieux amants (Brel), Les amants d'un jour (Piaf). La dernière chanson a été Fais-moi mal, Johnny (Vian), qui comme le rappela la chanteuse fut créée par Magali Noël dans ce même théâtre.
Dans chacune de ces chansons, Isabelle Druet est presqu'autant comédienne qu'elle ne chante. Sa gestuelle accompagne toujours le texte. Ses attitudes, ses mimiques (quand le violoncelle s'accorde, quand elle va interpréter une nouvelle chanson, etc.) maintiennent une très bonne ambiance dans la salle qui semble autant que moi conquise. En deuxième bis, on aura une deuxième incarnation de Fais-moi mal, Johnny encore plus déjantée que la première. Elle a aussi fait de charmantes espagnolades dans le Boléro de Gounod, ce qui n'est pas sans me rappeler qu'elle chantera bientôt Carmen, à suivre donc...
2010-11-17 22:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-11-16
Scott Macallister, Albrecht von Brandenburg
Matthias Goerne, Mathis
Thorsten Grümbel, Lorenz von Pommersfelden
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Wolfgang Capito
Gregory Reinhart, Riedinger
Michael Weinius, Hans Schwalb
Antoine Garcin, Truchsess von Waldburg
Eric Huchet, Sylvester von Schaumberg
Melanie Diener, Ursula
Martina Welschenbach, Regina
Nadine Weissmann, Die Gräfin von Helfenstein
Vincent Delhoume, Der Pfeifer des Grafen
Orchestre et chœur de l'Opéra national de Paris
Christophe Eschenbach, direction musicale
Olivier Py, mise en scène
Pierre-André Weitz, décors et costumes
Bertrand Killy, lumières
Joseph Hanimann, dramaturgie
Wissam Arbache, collaborateur à la mise en scène
Jochen Rieder, maestro suggeritore
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Mathis der Maler, Hindemith
J'ai assisté hier soir à la première de Mathis der Maler de Hindemith à Bastille. Cet opéra, dont Hindemith a rédigé lui-même le livret, est inspiré par la vie du peintre du Retable d'Issenheim exposé à Colmar (je cite la Wikipédia germanophone puisque c'est la seule que j'aie vue qui montre les trois vues possibles sur le retable). Pendant les trois heures que dure cet opéra, je me suis parfois désintéressé des surtitres. J'ai donc dû manquer quelques subtilités. D'après ce que j'en ai compris sur le moment et des extraits que j'ai eu le temps de lire depuis, cela m'a semblé un texte beau et riche.
Les décors étant de Pierre-André Weitz comme pour L'Orestie que j'avais vu à l'Odéon, je m'attendais certes à un décor tout en transformations, mais pas à quelque chose d'aussi impressionnant ! Pourtant, cela avait commencé assez sobrement. En effet, pendant tout le spectacle, on voit à l'avant-scène un simple lit à gauche, un tas de gros livres au milieu et un chevalet à droite. Mathis (Matthias Goerne) entre sur le plateau de scène qui est essentiellement vide en portant une lumière qu'il pose au centre. (Il y a eu un cafouillage au tout début de la représentation, peut-être un problème d'éclairage dans la fosse d'orchestre qui a fait que la représentation s'est interrompue au bout de quelques dizaines de secondes. Mathis a reculé vers l'arrière de la scène et la représentation a recommencé depuis le début ; c'est la première fois que je vois un tel bug dans un spectacle.) Il s'installe sur son lit et commence à avoir des visions : une structure de décor ayant la forme du retable apparaît (un grand panneau central, deux sur les côtés et une partie basse) et des comédiens prennent une pose figurant une des vues possibles sur le retable que l'on aperçoit en ombres chinoises. Cette vue évoque principalement la Crucifixion (dans la partie basse, le corps du Christ en slip est amené au tombeau). Il est dommage que dans le programme (12€) qui fait plus de 200 pages, s'il est vrai que l'on trouve quelques reproductions de bonne qualité de quelques parties du retable, pour certaines d'entre elles, seuls certains détails sont montrés (parfois trop agrandis au point de paraître pixelisés), alors même que des textes du programme font référence à d'autres détails...
L'histoire que raconte cet opéra mêle des éléments très différents. Une des directions est celle de la révolte des paysans contre le pouvoir de leurs maîtres et du clergé. Mathis accepte que Schwalb, le chef des paysans, et sa fille Regina se réfugient chez lui avant de repartir. Dans un autre tableau (le quatrième), il s'opposera au contraire aux excès de ces batailles en sauvant la comtesse Helfenstein qui était un peu plus que violentée par les combattants. Il n'est pas étonnant de voir des drapeaux rouges brandis par les paysans dans cette révolte. Ce qui ne paraît pas choquant non plus dans cette mise en scène, vu la période où Mathis le Peintre a été composé et les problèmes qu'eut Hindemith avec le régime national-socialiste, c'est que le pouvoir qui réprime la révolte soit en uniformes nazis (on voit même un tank ! et dans le fond, on aperçoit parfois l'image d'une ville en ruines, s'agirait-il de photographies ayant suivi les bombardements de Mayence lors de la deuxième guerre mondiale ?). Ce sont les mêmes qui organisent des autodafés de livres luthériens. En effet, la ville de Mayence est alors divisées entre papistes et luthériens. Le riche bourgeois Riedinger, luthérien convaincu, voudrait voir le luthérianisme se développer. Il tente de convaincre Capito, le conseiller du cardinal Albrecht, de l'intérêt qu'il y aurait à faire en sorte que celui-ci se convertisse et se marie avec sa fille Ursula. Il n'est alors question que de politique et d'argent, puisque le cardinal manquant de liquidités, un riche mariage le sauverait financièrement parlant. Celui-ci ne voit d'abord que l'intérêt du gain éventuel, mais si ce personnage semble un catholique plutôt progressiste (il aime sincèrement l'art par dessus tout : quand il commande un tableau, il veut que le peuple soit ému et que celui-ci ne se demande pas si c'est par la scène religieuse qu'il représente ou par le talent de l'artiste), un mariage, ce serait aller trop loin. Dans le grand moment vocal de cet opéra, Ursula (Melanie Dieter) va néanmoins convertir Albrecht à sa foi et celui-ci va décider d'abandonner les richesses pour vivre austèrement (on voit une très intelligente transformation du décor au moment de cette conversion : l'imposant décor doré symbolisant le catholicisme se retourne pour devenir noirâtre). La duplicité de Riedinger apparaît explicitement dans le texte puisqu'il n'était pas tant intéressé par le fait de convertir le cardinal que par celui de lui faire accepter sa fille et son argent de sorte que les luthériens eussent un symbole qui pût faire progresser la Réforme.
Les décors de ce spectacle sont spectaculaires. Dans le deuxième
tableau, on voit apparaître de grands éléments de décors. Ils sont très
mobiles, y compris verticalement, puisqu'à certains moments, le décor a
jusques à trois étages ! Dans le troisième tableau (celui de l'autodafé),
on voit ainsi apparaître les caves de Riedinger (à qui on a promis qu'on ne
fouillerait pas sa bibliothèque trop en profondeur), alors que les nazis
sont à l'extérieur, à l'étage du dessus. Certains décors ne sont pas faits
pour être réalistes
, comme celui qui voit le cardinal déposer une
relique dans un reliquaire doré dans un mur concave tout aurant doré. Ils
ne sont pas tous très pratiques, puisque dans les scènes où apparaît le
décor du premier tableau, les personnages ayant à se déplacer de l'avant
par l'arrière ou réciproquement doivent pas mal se baisser pour traverser
ce qui correspond à la partie basse du retable.
Au cours de la soirée, de nombreuses images du retable sont évoquées. Outre celles déjà mentionnées, on trouve le Concert des Anges qui est représenté, entre autres, par une comédienne prenant une pose semblable à celle que l'on peut voir sur le tableau. La fenêtre que l'on aperçoit au fond de l'Annonciation est utilisé comme motif dans la façade des décors dorés. Depuis le deuxième balcon, je ne voyais pas toujours toute la partie supérieure de la scène, mais dans le décor conceptuel doré (où a été déposé le reliquaire), il m'a semblé apercevoir une moyenne boule dorée installée en haut comme une lumière : cela fait beaucoup penser à celle que l'on voit dans la Résurrection. À un moment, un des gardiens romains (détail de cette Résurrection) est représenté par un homme en armure, de façon assez peu convaincante par rapport à d'autres images vues dans ce spectacle (mais cependant très au-dessus du niveau de ce qui était fait dans La donna del lago !).
L'image la plus frappante de cet opéra (qui est celle utilisée en couverture du programme et sur le site de l'Opéra) représente La Tentation de Saint Antoine. Mathis est identifié à ce personnage. Diverses créatures monstrueuses viennent le hanter. D'autres douées de parole viennent le tenter en utilisant divers arguments (dont trois jeunes comédiennes en petite tenue). Elles sont identifiées à certains personnages rencontrés au cours de l'opéra. La plus présente est Ursula (dont je n'ai pas dit qu'elle était amoureuse de Mathis, qui s'en est détourné pour Regina). Dans la foulée, le livret évoque la visite de Saint Antoine à Saint Paul (identifié au cardinal, qui a abandonné la vie sociale).
Le dernier tableau commence par une très belle scène entre Ursula et
Regina. Il y est entre autres question d'un ruban. Au début de l'opéra,
Ursula avait donné un ruban à Mathis. Quand Regina avait débarqué chez lui
avec son père, elle avait chanté pour Mathis une chanson Un chevalier
s'en vint à cheval à la fontaine, auprès de la jeune fille.... Le chevalier
lui offrit un ruban de soie...
. Pas insensible, Mathis avait rendu son
geste conforme au texte de la chanson. À l'approche de la mort des
personnages, Regina souhaite pouvoir reconnaître Mathis au royaume des
morts. Elle donne le ruban à Ursula (qui reste silencieuse à la nouvelle de
cette trahison) pour qu'elle le lui donne comme un signe qui le distinguera
des autres.
Ensuite, cela traîne un peu en longueur. À la fin, Mathis range sa
chambre, emporte quelques symboles (un livre, le ruban, un drapeau rouge,
etc.) et s'approche d'une ouverture au centre de la scène. Le texte dit
En route donc pour ce dernier bout de chemin, je veux franchir le seuil
avec légèreté. Tout comme mes fruits se sont détachés de moi, je veux
donner à la terre cette dernière feuille de l'automne mûr.
. Je me dis
alors irrésistiblement qu'il va les lancer à travers l'ouverture avant d'y
sauter lui-même. La suite me donnera raison sur le premier point, mais
l'extinction des lumières aura lieu sans qu'eût lieu le saut qui eût
constitué le climax de cet opéra. Curieusement, quand Matthias Goerne est
venu saluer, il boitait. Je me demande ce qui a bien pu se passer.
Au premier visionnage, il est difficile de se concentrer sur tous les
aspects de l'opéra en même temps. Vocalement, le chanteur qui m'a le plus
enthousiasmé est Melanie Diener (Ursula), notamment dans la scène de la
conversion d'Albrecht. C'était la première fois que je voyais Matthias
Goerne. Ma première impression dégagée dans le premier tableau où j'avais
du mal à simplement l'entendre est plus mitigée ; dans les passages où
l'orchestre était silencieux ou presque, il a cependant eu indéniablement
de très beaux passages. Lors d'un de ses airs
, Scott Macallister
(Albrecht) m'a semblé laisser un peu trop éclater les émotions de son
personnage au détriment de son chant. Pour le reste, je ne sais pas trop
que dire sur les voix en général puisqu'entre la lecture des surtitres,
l'éclairage un peu sombre et le grand nombre de personnages sur scène, à
pas mal de moments, je ne voyais pas qui chantait (même avec les
jumelles...).
Si cet opéra date du XXe, il n'y a vraiment aucune raison d'avoir peur en se disant que ce sera bizarre... Cette œuvre de Hindemith n'est pas plus difficile à entendre que d'autres œuvres de styles plus classiques (certes, ce n'est pas du Rossini !). Certains passages empruntent d'ailleurs à d'autres styles, comme la chanson populaire (cf. la chanson du ruban) ou le chant grégorien.
Ce que j'ai le plus aimé dans ce spectacle, c'est la manière de mettre en scène des images du retable d'Issenheim. Le tour de force de machinerie autour des décors fait aussi fort impression. Parmi les points négatifs, je noterais l'éclairage de la scène de l'attaque du chateau de Königshofen par les paysans. Certes, là encore, les éléments de décors mobiles représentant le château bien amoché sont spectaculaires, mais les paysans sont éclairés comme des fugitifs le seraient par des projecteurs. Le problème, c'est qu'il y a une multitude de tels projecteurs, que les zones éclairées n'arrêtent pas de bouger ad nauseam et surtout qu'il en est ainsi pendant toute la scène. La mise en scène, si elle est toujours cohérente avec le livret, n'est pas non plus parfaite de mon point de vue puisque j'ai parfois eu du mal à voir qui chantait. C'est que pendant leurs passages chantés, les chanteurs sont souvent assez statiques. Le positionnement du chœur dans certaines scènes m'a aussi semblé étrange aussi, comme dans la scène de l'autodafé. Cela dit, globalement, j'ai trouvé cette production vraiment très intéressante (ce n'est sans doute pas étranger au fait que ce soit mon plus long billet de blog sur une représentation d'opéra).
2010-11-13 01:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-11-12
John Adams, Arvo Pärt, Richard Wagner, musiques
John Neumeier, chorégraphie, mise en scène, costumes et lumières
Peter Schmidt, décors
Edvin Revazov, Parzival
Joëlle Boulogne, Herzeleide, sa mère
Dario Franconi, Gabmuret, son père
Carsten Jung, Le Roi pécheur
Hélène Bouchet, Orgeluse, la jeune femme charmante
Anna Laudere, La Femme qui ne rit jamais
Aleix Martinez, L'Hermite
Kiran West, Ither, le chevalier Vermeil
Ivan Urban, Gornemans de Gorbaut
Thiago Bordin, Gawain, un chevalier
Alexandr Trusch, Bohort, un chevalier
Yohan Stegli, Lionel, un chevalier
Ballet de Hamburg
Parzival : Épisodes et Écho, d'après Chrétien de Troyes et Wolfram von Eschenbach
Non, ce n'est pas une coquille, cela s'écrit bien Parzival avec
un z
et non un s
comme dans le titre de l'opéra de Wagner.
C'est qu'au Palais Garnier, on joue depuis ce soir Parzival : Épisodes
et Écho de John Neumeier, dont je n'avais que modérément aimé La Dame aux camélias. Comme j'avais décidé d'aller
voir toute la saison de danse comme l'année dernière, j'avais inclus ce
ballet comme toutes les autres à mon abonnement à l'Opéra.
Les danseurs sont ceux du Ballet de Hambourg que dirige Neumeier (fondée en 1678, cette compagnie n'est cadette de celle de l'Opéra que d'une neuvaine d'années !). Le rideau en trompe-l'œil traditionnel est remplacé par un autre sur lequel est projeté une animation physico-mathématique qui représente des mouvements gyroscopiques (mot savant pour parler de toupies). Je m'installe à ma troisième loge #4, place une. Un vieil homme est assis à côté de moi. Sa manifestement peu flexible colonne vertébrale l'empêchant de se pencher en avant, il doit voir à peu près un tiers de la scène et rater les mouvements des danseurs principaux. Il s'est endormi, n'a heureusement pas ronflé, et il est parti à l'entr'acte. J'ai donc eu une grande loge pour moi tout seul...
Le seul ballet que j'aie vu qui soit un peu comparable était Siddharta de Preljocaj. La démesure de la scénographie et de l'espace de l'Opéra Bastille était écrasante. Ici, les impressions fortes, les très belles images, si elles utilisent une grande partie de la profondeur de scène disponible, utilisent des décors beaucoup moins lourds. Les costumes sont très intéressants aussi. Celui de la mère de Parzival (Joëlle Boulogne) est très spécial. À la base, c'est une sorte de sari monochrome très fin. Mais, il peut se nouer de toutes sortes de manières. Elle peut le laisser traîner autour d'elle. Elle peut l'enrouler comme un sari. Elle se le mettre sur le visage pour en faire un masque. Ce qui m'impressionne le plus, c'est qu'avec tous les mouvements que la danseuse doit faire, il ne finisse pas déchiré de partout.
Ne connaissant rien de l'histoire de Parzival et n'ayant pas eu le temps de lire tout le programme avant que le spectacle commence, j'ai été un peu surpris par le début où on voit paraître le jeune Parzival (Edvin Revazov) habillé en fille (je me suis demandé pendant cinq bonnes minutes à quel genre appartenait le danseur !). Comme l'indique le titre de la première partie, on voit plusieurs épisodes de sa vie : sa relation avec sa mère, sa rencontre avec des chevaliers, des combats, son initiation, ses histoires avec les femmes, une rencontre avec un homme dans un bateau. Dans la deuxième partie, on le voit notamment regarder trois gouttes de sang (représentées par trois danseuses toutes de rouge vêtues, exception faite d'un chapeau pointu à la Merlin), rencontrer un homme apparemment démuni qui prie. La fin est un retour sur le passé.
Les images qui surgissent de ce ballet sont magnifiques. L'esthétique est très différente de celle de La Dame aux camélias ! La scène est essentiellement vide, sombre, mais magnifiquement éclairée. Dans le fond, on aperçoit parfois un sobre décor. La chorégraphie fait beaucoup appel aux qualités athlétiques des danseurs. On voit ainsi plusieurs mouvements d'ensembles très rapides. Les mouvements des solistes comportent de très nombreux portés : des couples de danseurs (censés représenter des oiseaux ?) font des diagonales sans que ces aériennes demoiselles ne touchent le sol... ou si peu. On voit aussi parfois des personnages marcher sur le corps d'autres danseurs. Le corps allongé de la mère roulera sur des corps transformés en troncs d'arbres. Quelques passages quasi-immobiles sont très saisissants aussi, comme au début de la deuxième partie. Quelques solistes comme ceux qui dansent les rôles de Parzival, sa mère ou encore le Roi pêcheur (Carsten Jung) m'ont tout particulièrement fait bonne impression.
Une dernière raison d'apprécier ce spectacle réside dans la musique (enregistrée). Elle fait appel à trois compositeurs : Wagner, Pärt, Adams. Je ne connaissais les deux derniers que de nom. Si Für Alina pour piano d'Arvo Pärt m'a laissé indifférent, j'ai été très enthousiasmé par la musique de John Adams. Je pense que je vais me procurer un enregistrement de Harmonielehre (j'ai un peu moins aimé The Wound-Dresser pour baryton et orchestre). Je m'aperçois avec joie que dans mon abonnement à Pleyel, il y a un concert dirigé par Gustavo Dudamel avec une de ses œuvres au programme. Peut-être ferai-je quelque détour par la Cité de la Musique pour entendre davantage d'œuvres de ce compositeur...
2010-11-10 02:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Théâtre
Théâtre des Bouffes du Nord — 2010-11-09
Franck Krawczyk, piano
Antonio Figueroa, Tamino
Agnieszka Slawinska, Pamina
Leila Benhamza, La Reine de la Nuit
Betsabée Haas, Papagena
Virgile Frannais, Papageno
Patrick Bolleire, Sarastro
Jean-Christophe Born, Monostatos
William Nadylam, Abdou Ouologuem, comédiens
Peter Brook, mise en scène
Peter Brook, Franck Krawczyk, Marie-Hélène Estienne, adaptation
Christophe Capacci, conseiller artistique
Philippe Vialatte, lumières
Une Flûte Enchantée, librement adaptée d'après la partition de Mozart et le livret de Emanuel Schikaneder
Je reviens absolument enchanté du Théâtre des Bouffes du Nord où avait lieu ce soir la première d'Une Flûte Enchantée mise en scène par Peter Brook. Cet homme est un génie !
L'opéra de Mozart a été adapté par Peter Brook, Marie-Hélène Estienne et par Franck Krawczyk qui a adapté la partition qu'il interprète au piano. Cela commence ainsi par quelques accords de l'Ouverture, puis très vite on entend l'appel à l'aide de Tamino (Antonio Figueroa). Point de trois dames pour le secourir : c'est Papageno (Virgile Frannais) qui entre en scène...
Si j'ai eu quelques frayeurs à propos du niveau des chanteurs au tout début, j'ai très vite été rassuré. Les jeunes chanteurs qui composent la distribution sont aussi d'excellents comédiens. Il y a une fraîcheur et une espièglerie dans l'attitude de Tamina, qui est interprétée par Agnieszka Slawinska qui décèle un délicieux accent à la Romy Schneider pendant les passages parlés (en français). Après l'air (impeccable) de la Reine de la Nuit (Leila Benhamza), on la voit évoluer. Ce n'est plus une enfant. On la verra ensuite avec une cape rouge. Parmi les nuances intéressantes apportées par cette version, j'ai aimé l'attitude de séduction plus qu'ambiguë de la Reine de la Nuit envers Tamino. Sarastro (Patrick Bolleire) apparaît comme un sage bienveillant et sympathique. L'interprète fait entendre de très beaux graves. Les deux scènes où apparaissent ensemble Papageno et Papagena (Betsabée Haas) sont délicieuses. Des idées qui par d'autres metteurs en scène eussent peut-être paru vulgaires passent ici très bien. Il faut en effet noter que quelques pincées d'humour ont été ajoutées au livret...
Ce qui surprend le plus au début de ce spectacle, c'est le rôle multiple voué au comédien William Nadylam. C'est un personnage qui parle autant au public qu'il interagit avec les autres personnages. Une sorte de récitant qui n'interromprait pas l'action dramatique. C'est aussi un magicien, un machiniste. Bref, un homme bien mystérieux. La distribution est complétée par un autre comédien, Abdou Ouologuem, dont le rôle est plus secondaire, et par Jean-Christophe Born (Monostatos).
En m'installant à ma place et en regardant vers le fond rugueux-rougeâtre du plateau de scène, je remarquais que l'espace vide ne comportait que quelques tiges de bambou dressées verticalement, chacune sur un petit support. Je me demandais ce que le metteur en scène en ferait. Elles constituent un des rares éléments de décor de cette production. Suivant l'arrangement qu'elles font, elles peuvent en fait représenter des colonnes, des portes que Tamino n'arrive pas à franchir, les montants du lit de Pamina et bien d'autres choses encore. C'est très convaincant. L'impression faite est rehaussée par les lumières très cohérentes de Philippe Vialatte. Par exemple, quand Tamino et Papageno sont dans le noir, l'obscurité quasi-complète est faite dans le théâtre ! Les lumières appuient aussi des effets de mise en scène quasi-cinématographique, en flash-back, comme lorsque Pamina fait sa première apparition.
J'ai rarement été autant saisi par un spectacle d'opéra. Le fait que les chanteurs-comédiens soient aussi près des spectateurs y est sans doute pour quelque chose (quoiqu'à l'échelle du théâtre, j'étais plutôt loin puisqu'au sixième rang), mais ce ne serait rien sans l'exceptionnel travail de mise en scène.
Pas moins de quarante-cinq représentations sont programmées jusqu'au 31 décembre (plusieurs distributions tournent). Il reste des places dans la dernière catégorie pour pas mal de dates ; pour en avoir de meilleures, il semble qu'il faille plutôt viser les dates à la fin du mois de décembre.
2010-11-07 01:36+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2010-11-06
Ensemble Modern Orchestra
Peter Eötvös, direction
Postludium, Bruno Mantovani (création)
Dithyrambes pour grand orchestre en un mouvement, Jens Joneleit (création)
Cinq Pièces pour orchestre (opus 16), version originale pour grand orchestre, Arnold Schönberg
Contrebande (On Comparative Meteorology II) pour grand orchestre, Johannes Maria Staud (création)
Variations pour orchestre (opus 31), Arnold Schönberg
Je suis allé ce soir Salle Pleyel pour assister à quelques créations d'œuvres orchestrales. Vue du parterre, la salle avait l'air d'être bien remplie. J'étais au milieu du rang L. Les trois jeunes compositeurs se sont installés au rang E. D'autres personnalités du monde artistique ne sont pas loin, comme la compositrice Kaija Saariaho, la directrice de la danse à l'Opéra de Paris Brigitte Lefèvre, le directeur de la dramaturgie Christophe Ghristi et d'autres.
Dans l'orchestre, la tenue noire n'est pas de rigueur : une violoncelliste a une jupe rouge, on voit des chemises fuchsia et d'autres tenues inhabituelles pour des musiciens jouant dans un orchestre.
Les trois œuvres créées sont dédiées à Pierre Boulez qui eût dirigé ce concert s'il n'avait récemment souffert un problème de santé. Il est remplacé par Peter Eötvös qui dirige l'Ensemble Modern Orchestra. Le concert commence par la création de Postludium de Bruno Mantovani. Il s'agirait d'une sorte de suite à son opéra Akhmatova qui sera créé à l'Opéra de Paris en mars 2011. Le début est ébouriffant. Pour moi, c'est difficile à suivre. De temps en temps, on croit entendre des bouts de phrases musicales qui semblent sorties de Salomé de Strauss.
Ensuite vient la création de Dithyrambes de Jens Joneleit.
C'est beaucoup plus bizarre. Le début et la fin sont à peu près
normales
, mais au milieu, c'est très spécial. On y voit quelques
curieuses techniques instrumentales, notamment des archets qui viennent
frotter les cordes du mauvais côté du chevalet. Dans le même temps, on
apprécie toute la dynamique permise par un grand orchestre. Il est très
impressionnant de voir des dizaines de musiciens réaliser de façon
parfaitement synchrone des coups d'archets inouïs, tandis que des bruits de
percussion meublent l'espace acoustique restant. On voit les harpistes
s'activer (je ne sais plus s'il y en avait une ou deux dans cette pièce),
mais on ne les entend pas beaucoup. Je suis plutôt déçu par cette œuvre,
dont un certain nombre de séquences sont extrêmement répétitives.
La dernière création intervient après l'entr'acte. Il s'agit de Contrebande (On Comparative Meteorology II) de Johannes Maria Staud. L'ensemble fait penser au crash d'un avion à réaction. Des trois créations, je pense que c'est celle que j'ai préférée.
Deux œuvres de Schoenberg sont aussi programme : Cinq Pièces pour orchestre et Variations pour orchestre. C'est la première fois que j'entends du Schoenberg en concert. J'ai été très agréablement surpris. C'est beaucoup plus plaisant à écouter que je ne l'aurais imaginé a priori. En tout cas, je préfère ces deux œuvres aux trois autres créées aujourd'hui.
2010-10-27 21:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2010-10-26
Thomas Quasthoff, baryton-basse
Anthony Manzo, contrebasse solo
Gregory Ahss, premier violon
Camerata Salzburg
Les Petits Riens (musique de ballet), Mozart
Air de concert Così dunque tradisci, Mozart
Air de concert Per questa bella mano, Mozart
Air de concert Mentre ti lascio, o figlia, Mozart
Air de concert Rivolgete a lui lo sguardo, Mozart
Air de Sarastro In diesen heil'gen Hallen (Die Zauberflöte), Mozart
Symphonie nº85 en si bémol majeur La
Reine
, Haydn
En voyant le nom de Thomas Quasthoff dans le programme de la saison de la Salle Pleyel, j'avais sélectionné le concert de ce mardi sans regarder le détail du spectacle. Il y a quelques années, j'avais manqué un de ses concerts pour une raison futile (RER raté ou gros rhume, je ne sais plus). Cette fois-ci, il était hors de question de rater l'occasion d'entendre celui dont j'apprécie tout particulièrement l'interprétation de Winterreise (je possède aussi quelques enregistrements où il chante du Bach, comme la cantate des paysans BWV 212).
Contrairement à presque tous les autres spectateurs du rang L qui ont préféré aller boucher les quelques trous deux ou trois rangs devant pour ne probablement pas mieux voir, je me suis installé au milieu du dernier rang du premier balcon, me décalant d'un cran pour ne pas être gêné par les têtes dépassant du rang précédent.
Le Camerata Salzburg est dirigé par son premier violon. La première œuvre au programme est une musique de ballet insipide de Mozart : Les petits riens. Certains numéros musicaux ne seraient pas de lui, mais il semble qu'il les ait tout de même arrangés à sa façon. Son style est immédiatement reconnaissable dans l'ouverture. Les seize numéros font en moyenne une minute chacun, ce qui déclenche une quinzaine de salves de raclements de gorges fort peu seyants dans le public (le pic saisonnier est d'ordinaire plutôt en décembre/janvier).
Le baryton-basse Thomas Quasthoff entre en scène pour des airs de concerts du même Mozart. Quatre sont prévus au programme. Deux avant l'entr'acte, deux autres après. J'avais averti Gamacé rencontrée dans le hall qu'elle aurait une surprise quand elle verrait le chanteur en pied. Ce chanteur est en effet né avec les mains branchées quasiment au niveau des épaules. Une des conséquences est que l'on peut craindre pour son équilibre lorsqu'il marche en se balançant d'un pied sur l'autre.
Une fois appuyé à son fauteuil, il peut faire signe au premier violon et chanter son premier air. Il est question d'un traître trahi. Avant de commencer le deuxième, il s'excuse en français de ne point maîtriser notre langue et propose en anglais une explication salace personnelle au fait que Mozart ait composé l'air Per questa bella mano avec la contrebasse comme instrument soliste. Cet air contraint l'instrumentiste à une gymnastique particulièrement tortueuse (par ailleurs, rêvé-je ou n'a-t-il pas réaccordé son instrument en plein milieu de l'air ‽). Dans ces airs comme dans ceux qui suivront l'entr'acte et dont j'ai moins suivi le contexte dramatique fragmentaire, le chanteur fait entendre une voix puissante, dont j'apprécie tout particulièrement la résonance des notes les plus basses, maintenues parfois très longtemps. L'air que j'ai préféré au cours de cette soirée a été l'air de Sarastro In diesen heil'gen Hallen extrait de Die Zauberflöte que le chanteur a chanté en bis (cet air, entre autres, est écoutable sur Youtube).
Le concert s'est achevé sur une des symphonies parisiennes de Haydn, la
nº85 La Reine
, qui est comme toute composition de Haydn plaisante à
écouter, mais qui ne remue pas autant l'auditeur qu'un air interprété par
Thomas Quasthoff.
Ailleurs : Klari.
2010-10-23 00:35+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-10-22
Édouard-Marie-Ernest Deldevez et Ludwig Minkus, musique, adaptée et orchestrée par David Coleman et adaptée par John Lanchbery
Paul Foucher, Joseph Mazilier, livret
Pierre Lacotte, adaptation d'après Joseph Mazilier (1846) et Marius Petipa (1881)
Luisa Spinatelli, décors et costumes
Philippe Albraic, lumières
Philippe Hui, direction musicale
Marie-Agnès Gillot, Paquita
Karl Paquette, Lucien d'Hervilly
Vincent Chaillet, Iñigo
Guillaume Charlot, Don Lopez de Mendoza
Eve Grinsztajn, Doña Serafina
Emmanuel Hoff, Le Général, Comte d'Hervilly
Béatrice Martel, La Comtesse
Myriam Ould-Braham, Mélanie Hurel, Marc Moreau, Pas de trois
Ballet de l'Opéra
Élèves de l'École de danse de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Paquita, ballet en deux actes
C'est la première fois que je vois un ballet pseudo-narratif. Il y a une bien histoire. Paquita a été enlevée toute jeune par des Gitans, elle tombe amoureuse de Lucien d'Hervilly, qui est venu à Saragosse avec son père le Comte d'Hervilly pour faire poser une pierre en mémoire de son frère assassiné ainsi que sa femme et sa fille. Paquita parvient à sauver Lucien de la tentative de meurtre de son maître Iñigo commanditée par Don Lopez de Mendoza. Ils sont arrêtés alors que les Hervilly célèbrent un bal. En voyant un tableau représentant le défunt frère du Comte, elle reconnait la personne qui figure sur un médaillon qu'elle a toujours gardé. C'est son père. Rien ne s'oppose à ce qu'elle épouse Lucien...
Pourtant, l'action proprement dite occupe une durée très réduite par
rapport à la durée du ballet. Le premier tableau du premier acte contient
principalement tout un tas de danses espagnoles
. On verra notamment
des hommes exécuter la danse des manteaux, tels des toréadors. Des
danseuses feront tinter des tambourins, etc. Après l'entr'acte, dix minutes
à peine s'étaient écoulées que la situation était tout à fait dénouée. La
grosse demi-heure restante ne raconte plus rien si ce n'est le bonheur des
futurs époux.
On trouve néanmoins de fort beaux passages dansés, solos, pas de deux,
pas de trois, ensembles. Dans les deux rôles principaux, Marie-Agnès Gillot
(Paquita) et Karl Paquette (Lucien d'Hervilly) sont impressionnants. C'est
d'ailleurs la première fois que je vois cette danseuse (étoile) dans un
ballet classique
(jusques alors, je ne l'avais vue que dans des
chorégraphies de Bausch/Millepied/McGregor). En plus de danser très bien et
de réaliser une performance physique étonnante, elle se révèle aussi bonne
comédienne. Vincent Chaillet est très convaincant en Iñigo.
Plus que d'ordinaire dans les ballets classiques, les applaudissements du public interrompent la (pseudo-)action de façon à pousser les danseurs à faire des saluts. C'est probablement en partie lié au fait que la fin des différents numéros musicaux (et des différentes séquences qui les composent) semble construite de façon à déclencher des applaudissements. Cela dit, à partir du moment où il n'y a pas à craindre de coupure dans l'histoire, je ne vois pas d'inconvénient à saluer l'exploit athlétique des danseurs !
Dans certains passages physiquement très difficiles, je ne dirais pas que j'aie trouvé la chorégraphie très belle, parce que parfois quelque peu répétitive. Mais l'ensemble était saisissant, comme la danse des manteaux, le pas de trois du premier acte (Myriam Ould-Braham, Mélanie Hurel, Marc Moreau) et tout le deuxième acte (où l'en trouve entre autres un ensemble avec de jeunes élèves de l'école de danse).
Je m'aperçois aujourd'hui seulement du fait que les feuillets contenant les distributions donnés par les ouvreuses n'étaient pas fiables à 100%. Ainsi, ce soir, j'ai eu la surprise de voir Mathilde Froustey dans un groupe de huit danseuses lors du grand pas, ce qui n'apparaissait pas dans la distribution.
2010-10-19 23:58+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-10-16
Philippe Jordan, direction musicale
Luca Ronconi, mise en scène
Ugo Tessitore, collaboration artistique
Margherita Palli, décors
Silvia Aymonino, costumes
Gianni Mantovanini, lumières
Alessandro Di Stefano, chef du chœur
Orchestre et chœur de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine, Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Il Trittico, Puccini
Juan Pons, Michele
Marco Berti, Luigi
Eric Huchet, Il Tinca
Mario Luperi, Il Talpa
Sylvie Valayre, Giorgetta
Marta Moretto, La Frugola
Hyung-Jong Roh, Venditore di canzonntte
Anne-Sophie Ducret, Un'amante / Una Voce interna
Gregorz Staskiewiecz, Un'amante / Una Voce interna
Il Tabarro
Tamar Iveri, Suor Angelica
Luciana D'Intino, La Zia Principessa
Barbara Morihien, La Badessa
Louise Callinan, La Suor Zelatrice
Marie-Thérèse Keller, La Maestra della novize
Amel Brahim-Djelloul, Suor Genovieffa
Claudia Galli, Suor Osmina
Olivia Doray, Suor Dolcina
Zoe Nicolaidou, Prima Cercatrice
Carol García, Seconda Cercatrice
Cornelia Oncioiu, La Suor Infermiera
Chenxing Yuan, Una novizia
Anne-Sophie Ducret, Prima conversa
Marina Haller, Seconda conversa
Suor Angelica
Juan Pons, Giannia Schicchi
Ekaterina Syurina, Lauretta
Marta Moretto, Zita
Saimir Pirgu, Rinuccio
Eric Huchet, Gherardo
Barbara Morihien, Nella
Alain Vernhes, Betto
Mario Luperi, Simone
Roberto Accurso, Marco
Marie-Thérèse Keller, La Ciesca
Yuri Kissin, Maestro Spinelloccio
Christian Helmer, Amantio di Nicolao
Ugo Rabec, Pinellino
Alexandra Duhamel, Guccio
Gianni Schicchi
Samedi dernier, alors que des troubles autour de la manifestation débordait
paraît-il jusque dans le hall de l'Opéra Bastille, j'assistais à une
représentation du Triptyque de Puccini. Je dis paraît-il
parce que je n'ai remarqué de casse ni en entrant peu avant 19h ni en me
baladant lors les entr'actes ni en sortant.
D'après les informations lues dans le programme, le projet de Puccini semble avoir évolué puisque seul le dernier des trois opéras présentés au cours de la soirée rentre dans le cadre du projet initial autour de l'œuvre de Dante.
Comme les deux autres, le premier opéra Il Tabarro dure un peu moins d'une heure. Il est situé sur une péniche amarrée à Paris. C'est un drame de la jalousie : la femme (Giorgetta) du patron aime un des marins (Luigi), le mari (Michele) le tue. Un niveau supplémentaire de profondeur psychologique vient du fait que le couple avait perdu un enfant. J'avais fait la connaissance de quelques admirateurs de Sylvie Valayre un peu avant la représentation. De mon côté, c'était la première fois que je l'entendais. Si elle m'a fait bonne impression, c'est Marco Berti (Luigi) qui m'a le plus impressionné. J'ai aussi apprécié Marta Moretto dans un des rôles secondaires.
Le deuxième opéra commence par un son de cloche. Suor Angelica est une histoire autour de la perte d'un enfant (illégitime), mais il est surtout question de religion. La question de la damnation en cas de suicide, c'est un sujet que je trouve assez peu intéressant. Le rôle éponyme était chanté par Tamar Iveri, dont je ne fais pas partie des admirateurs. La seule scène qui m'ait intéressé est celle où la tante de Sœur Angelica vient lui rendre visite pour ordonner à celle qui a déshonoré sa famille d'abandonner sa part d'héritage. Les dialogues témoignent une violence verbale assez sophistiquée. La mezzo-soprano Luciana D'Intino incarne de façon très convaincante ce rôle de méchante. Dans les rôles des sœurs, il est difficile de reconnaître quelques chanteuses comme Amel Brahim-Djelloul ou Cornelia Oncioiu tant les costumes sont uniformes et couvrants. C'est la première fois qu'au moment des saluts on se sent obligé d'applaudir continûment puisque les chanteuses qui défilent un peu trop vite sont pratiquement indistinguables.
Bien sûr, si ce deuxième opéra est décevant, la musique de Puccini et l'orchestre de l'Opéra de Paris dirigé par Philippe Jordan parviennent heureusement à retenir l'attention.
À mon goût, le meilleur des trois opéras est le troisième Gianni Schicchi. C'est très certainement l'opéra le plus drôle que j'aie vu. Buoso Donati est mort et tous les membres de sa famille espèrent s'approprier la meilleure part de l'héritage. Mais le défunt l'aurait léguée à des moines... On trouve le facheux testament. Gianni Schicchi, d'un niveau social moindre, entre en scène et finit par proposer une solution : à l'extérieur, tout le monde ignore que Donati est mort, qu'il se fasse passer pour le mort, dicte un nouveau testament devant un notaire et le tour sera joué. Ce qu'ils ne savent pas encore, c'est qu'il va se léguer la meilleure part à lui-même. Il s'agit d'une sorte de vengeance, puisque la famille avait considéré que sa fille Lauretta n'était pas d'une assez bonne famille pour épouser le jeune Rinuccio.
Le texte, la façon dont il est mis en musique, les mimiques des chanteurs, la mise en scène, la voix contrefaite de Gianni Schicchi quand il imite celle du mort, tout concourt au caractère comique de cette pièce. Le temps ne se suspend que pour l'air de Lauretta O mio babbino caro, chanté par Ekaterina Syurina. D'ailleurs, la façon dont cet air intervient abruptement est presque parodique. À la fin, Gianni Schicchi s'adresse directement au public. Conscient qu'il va aller en enfer, il espère finir par obtenir des ménagements. Dans ce rôle-là, Juan Pons était beaucoup plus enthousiasmant que dans son rôle de Michele dans Il Tabarro !
2010-10-14 23:50+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2010-10-14
Jonas Kaufmann, ténor
Helmut Deutsch, piano
Die schöne Müllerin (Schubert)
Der Jüngling an der Quelle (Schubert)
Der Lindenbaum de Winterreise (Schubert)
Die Forelle (Schubert)
Der Musensohn (Schubert)
De mémoire, depuis huit ans que je fréquente ce lieu, je ne pense pas
avoir vu le TCE aussi plein. La poignée de places vacantes à l'orchestre
sont probablement la conséquence de décès récents constatés chez les plus
âgés des abonnés. En effet, partout, de l'orchestre au deuxième balcon, y
compris dans les coins, dans les galeries, les sièges, les strapontins et
parfois les marches étaient couverts de spectateurs. Rarement à l'entrée on
aura vu autant de gens portant une feuille imprimée Je cherche une
place.
. J'aperçois aussi de nombreux habitués de l'Opéra.
En ce qui me concerne, c'est la première fois que je vois Jonas Kaufmann sur scène. J'eusse voulu le voir et l'entendre dans Werther, mais il avait été remplacé. Plusieurs de ses récitals récents ont été annulés, mais il était bien là ce soir avec le pianiste Helmut Deutsch pour un cycle schubertien : Die schöne Müllerin.
D'après les statistiques Big Brotheriennes qui se constituent autour de ma collection de disques, je n'avais apparemment pas réécouté ce cycle en entier (par Dietrich Fischer-Dieskau) depuis plus de cinq ans ! Curieusement, je n'avais pas tout oublié.
Je suis vraiment rentré dans le concert avec le sixième Lied Der Neugierige. Un peu plus loin, Morgengruß m'a ému plus que de raison. Pour le lyricomane, ce cycle est extrêmement intéressant dans la mesure où les émotions qu'expriment le personnage couvrent un large spectre. Malgré la forme quelque peu austère a priori d'un cycle de Lieder (forme à laquelle je ne suis pas habitué), celui-ci recèle en vérité un condensé de tout ce que le chant peut exprimer. Presque plus lyrique qu'un opéra, donc.
La salle a énormément applaudi le chanteur, jusqu'à une standing ovation quasi-générale (il n'y avait pas que des gens qui passaient leur manteau, loin de là). Quatre bis, dont apparemment au moins un n'était pas programmé. Je pense qu'ils étaient tous de Schubert, mais je n'ai reconnu que les deuxième et troisième : Der Lindenbaum de Winterreise et Die Forelle.
Arrivé à 22h10 à Denfert, je découvre que le dernier RER part à 22h15. C'était juste.
2010-10-11 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Salle Pleyel — 2010-10-10
Ballet royal du Cambodge
Son Altesse Royale la Princesse Norodom Buppha Devi, chorégraphie
La Légende de l'Apsara Méra
C'est un fort beau spectacle que celui donné ces jours-ci en France par le Ballet royal du Cambodge, et ce dimanche Salle Pleyel, il y avait même deux représentations ; je suis allé à celle du soir. Dans le RER A, je devinais déjà que certains visages descendraient l'avenue Hoche jusqu'à la Salle Pleyel pour assister au même spectacle que moi.
De grands rideaux noirs tendus sur la scène cachent la fonction habituelle de cette salle. Une petite estrade est placée au fond de la scène, au centre. Des musiciens s'installent sur les côtés. Sur la droite, une sorte de hautbois et des xylophones. À gauche, quatre chanteurs. Une des deux chanteuses joue aussi des cymbales et un percussionniste utilise des tambours de taille respectable.
Les musiciens à peine installés, la musique commence. La présence de
cymbales n'est pas sans rappeler les récitals de danse indienne où on les
entend presque systématiquement. Ici, les rythmes seront beaucoup plus
simples à reconnaître. Pourquoi se hasarder à une telle comparaison ? Parce
que le thème du premier acte Le mythe du barratage de la mer de
lait provient de la tradition indienne. Ce mythe est raconté au début
du Mahābhārata (pages 173-174 du premier volume au Seuil de la
version de Madeleine Biardeau, dont j'ai appris il y a quelques jours le
décès en parcourant le catalogue de la BnF : Biardeau, Madeleine
(1922-2010)
...). On en trouve aussi un récit au huitième livre du
Bhāgavata Mahāpurāṇa. Le premier tableau évoque la guerre entre
les dieux et les Asura (appelés ici géants plutôt que démons). Le ballet
n'est pratiquement constitué que de danseuses. Seuls de très rares scènes
mettent en scène des danseurs, comme dans ce combat singulier entre un
singe (apparemment du côté des dieux) et un géant. Le dieu Vishnu,
paraissant debout sur une tortue dorée, référence à l'avatar de la
tortue (Kurma), intervient pour demander aux deux armées de conjuguer leurs
forces pour baratter la mer de lait afin qu'en sorte l'amrita, la
liqueur d'immortalité. On les voit s'activer autour du serpent Vasuki dont
la tête et la queue sont figurées par des accessoires. Des créatures émergent
de ce barrattage. Elles sont évoquées par des projections (un peu
éblouissantes) sur le fond de la scène. Il me semble reconnaître parmi
elles un cheval aux multiples têtes, très-vraisemblablement
Ucchaiḥśravas (celui dont la couleur est l'objet d'un pari aux importantes
conséquences mythologiques entre Vinatā et Kadrū).
Les démons se sont emparés de l'amrita que le chef des Asura tient dans une sorte de coupe. Vishnu s'incarne sous la forme de l'apsaras (nymphe céleste) Mohini. La version du mythe présentée dans cette chorégraphie s'écarte quelque peu des versions indiennes usuelles. Ici, la nymphe utilise une boule de cristal magique donnée par Vishnu (dont, depuis ma place centrée à l'orchestre, j'ai pu voir une forme à quatre bras réalisée par deux danseuses placées l'une derrière l'autre, les attributs du disque et de la conque étant bien visibles). Elle s'en sert pour éblouir le chef des Asura et récupérer la coupe d'amrita qui reviendra aux dieux. Dans la version du mythe que j'ai lue dans le Bhāgavata Mahāpurāṇa, Mohini n'a besoin de nul accessoire pour obtenir ce résultat, au contraire, elle se défait de quelque vêtement...
Le deuxième acte correspond au titre du spectacle. Il est intitulé
La légende de Kambu et de Méra. Elle raconte l'origine légendaire
du peuple cambodgien ou khmer, au choix. L'histoire est beaucoup moins
intéressante. Il s'agit simplement de la rencontre entre une
apsaras et un prince. Pas de méchant en vue, tout va bien. Il
s'agit donc essentiellement d'un acte de danse pure
. Il procure de
très belles images, notamment dans le premier ensemble où les suivantes de
l'apsaras lui cueillent des fleurs en son jardin. Le prince
débarquera (littéralement) et en tombera immédiatement amoureux. Elle va
résister un instant, mais ils seront bientôt unis. Les dieux descendent
pour faire la fête. C'est le prétexte d'un nouvel ensemble illustrant la
danse céleste des dieux. Dans cette scène, les costumes des déesses ne sont
pas sans rappeler les saris indiens. En tout cas, ça brille.
Ce style de danse (qui est rené après le rétablissement de la monarchie, la chorégraphie de ce spectacle est d'ailleurs due à son altesse royale la princesse Norodom Buppha Devi) est très majesteux. Les visages (dont certains sont couverts de masques) manifestent peu d'émotions. Les mouvements des mains sont souples et lents. De nombreuses positions relativement statiques sont dansées avec un seul pied touchant le sol. Parfois, la danseuse tourne tout doucement sur elle-même sur ce pied. Dans le pas de deux entre Mohini et le chef des Asura, on a pu voir des accessoires et un harmonieux petit jeu se mettre en place entre les deux personnages avant que Mohini ne subtilise l'amrita. Des portés spectaculaires se sont fait voir lors de la scène du combat singulier.
Du point de vue musical, tout semble reposer sur le souffle du musicien qui joue d'une sorte de hautbois. Les premières interventions du chœur de quatre chanteurs m'ont un peu déstabilisé, mais je m'y suis habitué assez vite. Le concert étant sonorisé, j'ai tout le temps été perturbé par le fait que ce n'était pas en stéréo : le son des chanteurs semblait venir aussi bien de gauche que de droite, ce qui procure une sensation étrange, inhabituelle pour moi.
2010-10-06 23:18+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Théâtre des Champs-Élysées — 2010-10-06
Barbara Hannigan, Lei
Georg Nigl, Lui
Sasha Waltz, création chorégraphique, mise en scène, décors
Franck Ollu, direction musicale
Thilo Reuther, décors, lumières
Hussein Chalayan, costumes
Thierry Coduys, dispositif électroacoustique
Ilka Seifert, dramaturgie
Sasha Waltz & Guests
Vocalconsort Berlin
Ensemble Modern
Passion, Pascal Dusapin.
La création chorégraphique de l'opéra Passion de Pascal Dusapin par Sacha Waltz & Guests est certainement le spectacle au cours duquel je me suis le plus ennuyé et qui me laisse la plus grande impression d'incompréhension.
L'opéra
met en jeu deux personnages Lei (Barbara Hannigan) et Lui
(Georg Nigl). La seule chose que l'on comprend, mais c'était annoncé, c'est
que cela a un rapport avec Orphée et Eurydice. Il y a quelques autres
personnages, mais ils ont une fonction non déterminée.
Du point de vue musical, c'est assez heurté. On entend des effets
spéciaux électroacoustiques
, la musique étant parfois amplifiée et
spatialisée. Des micros servent à donner parfois beaucoup de volume aux
respirations saccadées des personnages. Quelques courts passages choraux
ravivent parfois mon attention.
Cette Passion, c'est à peu près comme assister à un spectacle de danse contemporaine avec une bande-son qui serait jouée en direct. Ce n'est pas exactement ce que j'attends d'un opéra, d'autant plus que la chorégraphie de Sasha Waltz ne me parle pas du tout.
Le spectacle était annoncé chanté en italien, surtitré en
français
. En arrivant dans la salle, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas
de dispositif de surtitrage. La représentation n'a donc pas été surtitrée,
ce qui n'a évidemment pas aidé à la compréhension. En sortant, je déplie la
feuillette avec la distribution que j'avais rangée sans la lire, et j'y lis
avec effroi que c'était fait exprès :
Pour que votre attention ne soit pas dérangée et que vous puissiez pénétrer totalement dans le monde d'émotions créé par Sasha Waltz, nous avons décidé, en accord avec Pascal Dusapin, de ne pas surtitrer Passion, dont le texte en italien vous sera aisément compréhensible.
Ben voyons !
2010-10-01 02:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2010-09-30
Marco Vinco, Mustafà
Jaël Azzaretti, Elvira
Cornelia Oncioiu, Zulma
Riccardo Novaro, Haly
Lawrence Brownlee, Lindoro
Vivica Genaux, Isabella
Alessandro Corbelli, Taddeo
Denis Dubois, clavecin
Andrei Serban, mise en scène
Marina Draghici, décors et costumes
Andrei Serban, Jacques Giovanangeli, lumières
Niky Wolcz, chorégraphie
Alessandro Di Stefano, chef de chœur
Maurizio Benini, direction musicale
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
L'Italienne à Alger, Rossini
Sans les décors et dans une mise en scène improvisée, c'était mieux.
Ce soir et jeudi de la semaine dernière, je suis allé voir
L'Italienne à Alger de Rossini à l'Opéra. Jeudi 23, jour de grève,
la production s'était jouée essentiellement sans décors. Les solistes et un
tout petit nombre de figurantes évoluaient devant un rideau de scène. Le
chœur (exclusivement masculin) venait parfois se mettre en rangs au fond.
Peu de changements de costumes pour les chanteurs et quelques accessoires
tout au plus. J'ai cependant trouvé que c'était mieux qu'avec la mise en
scène originale d'Andrei Serban dans les décors et costumes de Marina
Draghici. Lors de cette version semi-scénique, on avait en effet droit à
une sorte de théâtre chanté sans trop d'effets spéciaux, la musique faisant
le spectacle, le texte réservant quelques surprises comiques. À noter
aussi, ce soir-là, il y avait eu des ratés de sur-titrage, le début étant
complètement massacré, avec un effet comique involontaire : alors que
Lindoro entrait en scène, se souvenant d'Isabella, Languir pour une
belle
, c'est le texte du personnage de Mustafà J'en ai assez de
cette femme
qui parut ! J'avais aussi pu voir de très près les
chanteurs puisqu'à l'entr'acte, j'avais migré avec une camarade d'opéra à
la loge de l'Impératrice.
Pour situer l'histoire, une Italienne, Isabella (Vivica Genaux),
débarque à Alger pour délivrer Lindoro (Lawrence Brownlee), qui a été fait
esclave par le bey Mustafà (Marco Vinco). Ce dernier n'a plus dans son
sérail de femme qui le satisfasse. En particulier, il veut se débarrasser
de son épouse Elvira (Jaël Azzaretti) en la remariant avec Lindoro
(irrésistible texte : Ma come ? Ei non è Turco. — Che importa a me ?
— Ma di Maometto la legge non permette un tal pasticcio. — Altra legge io
non ho, che il mio capriccio.
). Il demande à son capitaine Haly
(Riccardo Novaro) de lui trouver une Italienne. Isabella et un soupirant,
Taddeo (Alessandro Corbelli), sont fait prisonniers. S'ensuivent diverses
intrigues, promotions fantoches (Taddeo est fait Kaïmakan et Mustafà
Pappataci), au bout desquelles Isabella repart avec Lindoro, Elvira avec
Mustafà et Zulma (Cornelia Oncioiu), la servante d'Elvira, avec Haly.
Je disais donc que le spectacle que j'ai vu ce soir n'a vraiment rien à voir avec celui de la semaine dernière. Autant visuellement (costumes des eunuques et des naufragés, décors) que dans les mouvements sur scène des chanteurs. Certes, le but d'Andrei Serban (dont je n'avais pas trop aimé la Lucia di Lammermoor en septembre 2006) semble avoir été de faire rire, mais il en a fait un peu trop. En résumé, le film, c'est King Kong rencontre le Titanic dans un Harem. J'allais oublier, il y a aussi des chimères Rambo/Capitaine Crochet. L'intrus, c'est évidemment King Kong... On se demande bien ce qui est passé par la tête du metteur en scène.
Au début, Mustafà est représenté en émir, fantaisistement dictatorial.
On verra quelques jeunes femmes chargées de ses plaisirs, et d'autres
habillées tout en noir, voilées. Au cours de l'opéra, il se métamorphose,
change sans cesse de turban et à la fin, on oublierait presqu'on assiste à
une turquerie
. Le personnage a perdu sa colère quand il se rend
compte qu'on s'est moqué de lui en le faisant Pappataci (Mange
et tais-toi
) à grand renfort de figurants dansants habillés aux
couleurs de l'Italie (dont trois ont des costumes/accessoires comme des
excroissances représentant un Chianti, une Pizza, un lit à la mode romaine.
On lui a en effet fait accroire qu'être réduit aux trois fonctions manger,
boire, dormir étaient une grande distinction en Italie.
Vocalement, j'ai aussi préféré la représentation du 23. Lawrence Brownlee était particulièrement épatant dans son air Languir per una bella, quoiqu'il le chantât d'un bout à l'autre sans bouger d'un centimètre son pied posé sur une marque au sol ! Tous les chanteurs m'avaient fait une bonne impression. À propos de Vivica Genaux, j'apprécie la façon dont elle s'incarne visiblement dans ses personnages (que ce soit Angelina, Juno/Ino ou Isabella). J'aime comme elle chante, mais le timbre de sa voix malheureusement me déplaît. Ce soir, la plupart des chanteurs m'ont semblé en petite forme.
Le passage le plus étonnant musicalement et théâtralement de ce drame
joyeux se trouve à la fin du premier acte. Les sept personnages ont
subitement l'impression de devenir fous et ils le disent en utilisant des
onomatopées din din
, crà crà
, bum bum
ou tac
tà
. Dans le même temps, ils font des gestes mécaniques (mention
spéciale pour Lawrence Brownlee et son marteau qui fait tac tà
),
tandis qu'Elvira, qui se met à faire des vocalises en se donnant des airs
de Castafiore est interrompue par Taddeo.
La mise en scène utilise les parties excentrées du plateau... Du coup, pendant certains airs, j'ai dirigé mon regard vers la fosse pour observer la battue de Maurizio Benini et ses indications de nuance. Visiblement, quand leur bouche n'est pas vouée à leur instrument, les deux clarinettistes du fond se racontent des blagues (vu les gestes associés, cela devait avoir un rapport avec l'extravagant turban que portait Alessandro Corbelli une fois qu'il a été fait grand Kaïmakan).
Côté public, ce soir a été une drôle de soirée. Des grandes entreprises ont réservé des soupers dans le grand foyer. Les bars, et subséquemment le champagne, envahissent les environs immédiats des premières loges (où mon fond de loge à 10€ s'est transformé en deuxième rang). Plus de robes de soirée que d'ordinaire. De loin, la Rotonde du Glacier avait l'air d'être privatisée pour quelque cocktail. À l'entr'acte, j'ai préféré aller me dégourdir les jambes à l'étage du dessus...
2010-09-25 04:33+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-09-24
Yannis Pouspourikas, direction musicale
Orchestre Colonne
Hector Berlioz, musique (Marche, extrait de l'opéra Les Troyens)
Les étoiles, les premiers danseurs, le corps du ballet et les élèves de l'école de danse
Défilé du ballet
Roland Petit, chorégraphie (1974)
César Franck, musique (Psyché)
Camille Saint-Saëns, musique (Symphonie nº3 avec orgue)
Luisa Spinatelli, costumes
Jean-Michel Désiré, lumières
Benjamin Pech
Eleonora Abbagnato
Proust ou les intermittences du
cœur, extrait du tableau VII La regarder dormir
ou la réalité
ennemie
Jacques Prévert, argument
Joseph Kosma, musique originale
Roland Petit, chorégraphie (1945)
Pablo Picasso, rideau de scène
Brassaï, décors
Mayo, costumes
Jean-Michel Désiré, lumières
Jan Broeckx, assistant du chorégraphe
Isabelle Ciaravola, La plus belle fille du monde
Nicolas Le Riche, Le jeune homme
Michaël Denard, Le destin
Hugo Vigliotti, Le bossu
Charlotte Ranson, La fleuriste
Juliette Hilaire, Jenniger Visocchi, Les filles
Pierre Rétif, Le lanceur de tracts
Sophie Mayoux, Neven Ritmanic, Clémence Gross, Ulysse Zangs, Les enfants qui s'aiment
Daniel Stokes, Cyril Chokroun, Alexandre Gasse, Erwan Le Roux, Les garçons
Pascal Aubin, Le chanteur
Anthony Millet, L'accordéoniste
Le Rendez-vous
Jean Anouilh, Georges Neveux, argument
Henri Dutilleux, musique originale
Roland Petit, chorégraphie (1953)
Carzou, décors et costumes
Jean-Michel Désiré, lumières
Jean-Philippe Halnaut, assistant du chorégraphe
Émilie Cozette, La jeune fille
Stéphane Bullion, Le loup
Amandine Albisson, La Bohémienne
Christophe Duquenne, La jeune homme
Alexis Renaud, Le montreur de bêtes
Marie-Isabelle Peracchi, La mère
Le Loup
Jean Cocteau, argument
Johann Sebastien Bach, musique (Passacaille en do mineur, BWV 582, orchestrée par Alexandre Goedicke)
Roland Petit, chorégraphie (1946)
Georges Wakhevitch, décors
Costumes d'après Karinska
Jean-Michel Désiré, lumières
Jan Broeckx, assistant du chorégraphe
Jérémie Bélingard
Alice Renavand
Le Jeune Homme et la Mort
Cela n'a presque l'air de rien quand on en voit des photographies. Par curiosité, j'avais quand même envie de voir le défilé du ballet de l'Opéra. Deux possibilités (en fait trois, en comptant la répétition générale). Payer très cher et mettre un smoking en allant au Gala AROP de mercredi. Ou bien attendre la deuxième représentation, dont les places sont à des prix quelque peu majorés mais pas trop par rapport aux autres représentations du spectacle Roland Petit qui ne seront pas précédées du défilé.
Bref, j'avais tenté ma chance au guichet fin août et avais obtenu un
strapontin à l'amphithéâtre. Sachant que le défilé utiliserait toute la
profondeur de la scène, il vallait mieux être de face. Je m'inquiétais de
ce que mon billet comportât la mention Visibilité réduite
, mais il
s'est avéré qu'en me penchant un tout petit peu, j'avais une vue dégagée
sur toute la scène, et même plus de place pour les jambes qu'aux chaises
voisines...
Sur papier glacé, disais-je donc, ce n'est pas particulièrement impressionnant. Pourtant, à vivre, la simplicité géométrique, la musique de la marche des Troyens (Berlioz), les tenues blanches des danseurs qui passent en rangs ou seuls, des plus jeunes élèves de l'école de danse au danseur étoile Nicolas Le Riche, les applaudissements nourris pour tous (mais certains plus que d'autres), quinze minutes durant, c'est un spectacle absolument irrésistible. Je ne m'attendais pas à une telle intensité. (Derrière moi, il y avait une spectatrice qui m'a dit qu'elle ne venait que pour le défilé. Elle est partie juste après !)
Au programme de la série de spectacles Roland Petit se
trouvaient trois ballets de ce chorégraphe. Après le défilé, en bonus, nous
avons eu un extrait de Proust ou les intermittences du cœur, plus
précisément le tableau que j'avais qualifié de superbement
esthétique
, à savoir celui intitulé La regarder dormir
, et
qui était dansé ce soir par Benjamin Pech (Proust jeune) et Eleonora
Abbagnato (Albertine), une première danseuse que je voyais pour la première
fois.
Le programme ordinaire
pouvait commencer. Une musique inoubliable
de Joseph Kosma (chantée par moments par Pascal Aubin, coryphée), un
argument de Prévert, un rideau de scène de Picasso : Le
Rendez-vous, avec notamment Nicolas Le Riche, Isabelle Ciaravola (La
plus belle fille du monde), Michaël Denard (Le destin), Hugo Vigliotti (Le
bossu). Comme celle des deux autres ballets qui vont suivre, l'histoire est
franchement triste. Un jeune homme se fait remettre un oracle annonçant sa
mort. Il rencontre le Destin et plaide sa cause, prétextant avoir un
rendez-vous de prévu avec la plus belle fille du monde. Le Destin lui
répond que c'est rigoureusement exact. Quand le jeune homme la rencontre,
il danse langoureusement avec elle, mais elle lui tranche la gorge.
Dans Le Loup, un jeune marié (Christophe Duquenne) s'en va avec une Bohémienne (Amandine Albisson), laissant sa jeune épouse (Émilie Cozette) avec un loup (Stéphane Bullion). En effet, avec un montreur d'animaux, les deux lui ont fait croire que son mari s'était transformé en loup par magie. La jeune femme et le loup vont s'apprivoiser l'un l'autre progressivement, au point qu'elle préférera le loup à son légitime quoiqu'inconstant époux quand le simulacre de transformation inverse sera réalisé. Il n'y aurait pas d'histoire si les villageois aimaient avoir un loup dans les parages. Armés de leurs fourches, ils le poursuivent. Bien qu'ils tentent d'éloigner la jeune femme, celle-ci s'interposera lorsque les coups fatals seront assenés. Ils mourront tous les deux. Les costumes de ce ballet sont très colorés, les décors très champêtres. A priori, on est très loin de la noirceur du Rendez-vous, mais d'un autre côté, la musique de Dutilleux est audacieuse, légèrement agressive (au point de choquer quelques oreilles dans le public).
Le dernier ballet de la soirée est Le Jeune Homme et la Mort, dansé par Jérémie Bélingard et Alice Renavand. Une jeune femme pousse un jeune homme au suicide. Elle revient sous les traits de la Mort, et ils s'en vont tous les deux sur les toits de Paris. La version orchestrale de Goedicke de la Passacaille (BWV 582) de Bach semble faite pour illustrer ce ballet... Hormis la musique, ce qui m'impressionne le plus est la fébrilité des personnages. Ce ballet est en effet d'une rare violence. Les chaises fusent. La table tombe. Pourtant, malgré cette agitation, le jeune homme arrive à se tenir en équilibre sur un pied de la table.
À la fin de la représentation, les premiers rôles des quatre ballets présentés viennent tous saluer le public. Premier frémissement quand un homme rejoint le centre de la scène. C'est le chef d'orchestre Yannis Pouspourikas (qui dirigeait l'Orchestre Colonne). Quand un deuxième frémissement se fait sentir, le doute n'est plus permis, c'est bien Roland Petit (86 ans) qui vient saluer ! Avec les danseurs, il recueille des applaudissements qui ne discontinueront pas pendant de longues minutes.
2010-09-25 02:18+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2010-09-22
Joyce DiDonato, mezzo-soprano
Orchestre de l'opéra de Lyon
Kazushi Ono, direction
Sinfonietta (Poulenc)
Air de Cherubino Non so più (Le Nozze di Figaro, Mozart)
Récidatif et Air de Susanna Deh vieni, non tardar (Le Nozze di Figaro, Mozart)
Air de Sesto Se mai senti spirarti sul volto (La Clemenza di Tito, Gluck)
Récitatif et Air de Vitellia Non più di fiori (La Clemenza di Tito, Mozart)
Ouverture d'Iphigénie en Aulide (Gluck)
Air d'Eurydice La mort m'apparaît souriante (Orphée aux Enfers, Offenbach)
Récit et Air d'Orphée Amour, viens rendre à mon âme (Orphée et Eurydice, Gluck/Berlioz)
Ouverture de Béatrice et Bénédict (Berlioz)
Air d'Angelina Non più mesta (La Cenerentola, Rossini)
Air de Sesto Parto, parto (La Clemenza di Tito, Mozart)
Mercredi dernier, Joyce DiDonato donnait un récital au Théâtre des Champs-Élysées. La configuration était différente de celle du précédent puisqu'elle partageait l'affiche avec l'Orchestre de l'Opéra de Lyon dirigé par Kazushi Ono avec qui elle enregistre un nouveau disque.
La première surprise vient des choix vestimentaires de l'immense chanteuse. Pas de robe. Un pantalon gris, un gilet de pareille couleur, et un énorme pendentif rouge assorti à un vêtement qui dépassait du gilet...
Dans la première partie du programme, les airs des Noces de
Figaro ne sont pas de ceux qui lui permettent de briller
à
l'extrême. Ces airs sont curieusement encadrés par les deux premiers et les
deux derniers mouvements du Sinfonietta de Poulenc, une œuvre qui
sonne presque comme de la musique de chambre. La première partie se termine
sur des airs de La Clemenza di Tito, d'une part de Gluck, Se
mai senti spirarti sul volto (Sesto), d'autre part de Mozart, Non
più di fiori (Vitellia). Ce dernier air était tout particulièrement
enthousiasmant.
La deuxième partie du concert présentait la curiosité de faire entendre
Joyce DiDonato chantant en français. Après l'Ouverture d'Iphigénie en
Aulide de Gluck (un compositeur dont j'aimerais explorer plus avant la
musique), elle a chanté un air d'Eurydice d'Orphée aux Enfers
(Offenbach) : La mort m'apparaît souriante. J'ai davantage aimé
l'air suivant de la version française orchestrée par Berlioz de l'opéra de
Gluck Orfeo ed Euridice. Il s'agissait de l'air d'Orphée
Amour, viens rendre à mon âme. Nonobstant les r
roulés, la
diction française de la chanteuse était relativement intelligible dans cet
air qu'elle chantait pour la première fois en concert.
Après l'Ouverture de Béatrice et Bénédict (Berlioz), le dernier air au programme était l'air final Non più mesta de La Cenerentola (Rossini) dans lequel elle a bien sûr excellé. Le concert s'est achevé avec un air de Sesto dans La Clemenza di Tito (Mozart).
2010-09-18 03:24+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-09-17
Nadine Denize, Madame Larina
Olga Guryakova, Tatiana
Alisa Kolosova, Olga
Nona Javakhidze, Filipievna
Ludovic Tézier, Eugène Onéguine
Joseph Kaiser, Lenski
Gleb Nikolski, Le Prince Grémine
Jean-Paul Fouchécourt, Monsieur Triquet
Ugo Rabec, Zaretski
Yves Cochois, Le lieutenant
Vincent Morell, Solo ténor
Orchestre, chœur de l'Opéra national de Paris
Vasily Petrenko, direction musicale
Willy Decker, mise en scène
Wolfgang Gussmann, décors et costumes
Hans Toelstede, lumières
Athol Farmer, chorégraphie
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Monica Waitzfelder, réalisation de la mise en scène
Евгений Онегин (Eugène Onéguine), Tchaikovski
Le programme annonce que ce n'est pas un opéra, mais des scènes
lyriques en trois actes et sept tableaux
. Pourtant, pour un spectacle
qui n'en est soi-disant pas un, je trouve que c'est un fort bel opéra que
cet Eugène Onéguine dont la production qui est reprise depuis ce
soir à l'Opéra Bastille m'a enthousiasmé.
Avant toutes choses, on ne saurait trop recommander la lecture du roman en vers de Pouchkine dont cet opéra tire son sujet (et un certain nombre de vers). J'espère avoir le temps de le relire avant de retourner voir une autre représentation...
Le spectacle ne m'a pas plu instantanément. Lors des premières minutes, il faut se faire à une langue russe chantée sans trébuchement ; les lumières sont alors comme trop souvent sombres ; le décor semi-unique recèle des pentes peinturlurées dans des tons voisins du jaune.
Mon intérêt est monté à partir du deuxième tableau, celui où Tatiana écrit sa lettre à Onéguine. Dès lors, j'ai commencé à apprécier le travail du metteur en scène Willy Decker, le chant et surtout la musique de Tchaikovsky (dirigée par Vasily Petrenko). À l'exception de la célèbre Polonaise, je ne connaissais aucun des numéros musicaux. J'ai particulièrement aimé l'orchestration qui offre une place de choix aux instruments à vents et qui se fait amusante en présentant des phrases musicales découpées en petits morceaux répartis à différents instruments qui se répondent.
La mise en scène a ceci d'intéressant qu'elle tend à se faire oublier. On est pris dans les actions, les paroles ou les pensées des personnages. C'est presque sans qu'on s'en rende compte que des accessoires (tables, chaises, etc.) se trouvent installés dans le décor. Le fait que les transitions entre les différents tableaux soient réalisées dans un flot continu d'action contribue à cette illusion. Ainsi, à peine Tatiana a-t-elle fini de rédiger sa lettre que la gouvernante vient la lever et qu'elle se retrouve en face d'Onéguine qui la repousse. Curieusement, je m'attendais à ce que l'entr'acte intervînt à la fin du deuxième acte, c'est-à-dire après la mort de Lenski, conséquence absurde de la décision d'Onéguine de l'embêter en séduisant Olga lors d'un bal. En fait, le cinquième tableau représentant le duel entre Onéguine et Lenski arrive après la pause, dans un décor dont la couleur est dorénavant grisâtre. Quand Lenski est tombé, je m'imaginais qu'Olga viendrait se lamenter sur son corps comme dans le ballet de Cranko, mais non, la femme que l'on voit arriver dans une sorte de fondu enchaîné théâtral est Tatiana, alors que se fait entendre la Polonaise. Des femmes habillées en noir entrent en scène. Sont-elles en deuil ? C'est l'impression première. En fait, sans l'avoir remarqué, nous sommes maintenant à Saint Pétersbourg, chez le vieux Prince Grémine qui a épousé Tatiana. Quelques années se sont écoulées, Onéguine a erré, il est maintenant dans la demeure d'un ami dont il ignore le mariage...
Trois chanteurs se distinguent tout particulièrement. Pour moi, la plus forte impression est venue de la basse Gleb Nikolski (Le Prince Grémine), qui n'a qu'un air, mais quel air ! Dans le rôle de Tatiana, j'ai apprécié la soprano Olga Guryakova. Hormis Ugo Rabec qui avait le rôle du témoin de Lenski, le seul chanteur que j'avais déjà entendu était Ludovic Tézier, il était comme toujours excellent. Je viens d'ailleurs de m'apercevoir que c'était l'artiste lyrique que j'avais vu et entendu le plus souvent en concert : dix fois (devant Natalie Dessay et Anna Caterina Antonacci que j'ai vues chacune huit fois).
Si j'ai été impressioné par ces trois-là, les autres sont très loin d'avoir démérité. Il y avait aussi Joseph Kaiser en Lenski (je me disais bien que sa tête me disait quelque chose : il interprétait Tamino dans la version filmée de La flûte enchantée de Kenneth Branagh), Jean-Paul Fouchécourt en irrésistible Monsieur Triquet, la jeune Alisa Kolosova (Olga), Nona Javakhidze (Filipievna) et Nadine Denize (Madame Larina).
2010-09-14 00:52+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Mathématiques
Münsterplatz, Bonn — 2010-09-05
Beethoven Orchester Bonn
Robin Engelen, direction musicale
Saisoneröffnung Open-Air In 80 Minuten um die Welt
Ouvertüre zu Candide, Leonard Bernstein
Morgandämmerung an der Moskwa de Khovantchina, Modest Mussorgski
Ungarisher Tanz Nr. 1, Johannes Brahms
Künstlerleben-Walzar op. 316, Tritsch-Tratsch-Polka, Johann Strauß Sohn
Tanz Intermezzo op. 45 Nr. 2, Jean Sibelius
March of the Mogul Emperors de The Crown of India, Edward Elgar
Morgenstimmung de Peer Gynt Suite Nr. 1, Edvard Grieg
Prélude du premier acte de Meistersinger von Nürnberg, Richard Wagner
Entr'acte du quatrième acte Aragonaise de Carmen Suite, Georges Bizet
2. Satz Fêtes de Trois Nocturnes, Claude Debussy
Nr. 8 Romanze de Dir Hornisse op. 97a, Dmitrij Schostakowitsch
Pomp and Circumstance: Marsch Nr. 1 D-Dur op. 39/1, Edward Elgar
Tritsch-Tratsch-Polka, Johann Strauß Sohn
J'étais la semaine dernière à l'université de Bonn pour une conférence de mathématiques. Comme pas mal de constructions situées dans les environs, le bâtiment où avait lieu la conférence date d'environ un siècle et est assez beau, tout comme le plafond en boiseries de la salle de conférences.
Le centre-ville (essentiellement piétonnier) est très agréable. On note une obsession manifeste pour Beethoven qui naquit dans cette ville. On trouve en effet une statue du compositeur sur la Münsterplatz, la-même où l'on verra au cours de la semaine une exposition de plusieurs dizaines de statues colorées du même. Sur quelques murs, des graph's imitent quelque tableau célèbre le représentant.
Un peu plus loin, on peut visiter la Beethoven-Haus. Quelques instruments de musique, des documents autographes, des partitions éditées, des silhouettes, des cartes de vœux, partiellement écrites en français, tout comme les légendes de quelques tableaux. Sur les partitions, le compositeur Ludwig s'appelle tantôt Luigi, tantôt Louis. La pièce où Beethoven est né est vide. Non loin de là, deux masques, vivant et mort.
À l'extérieur, un studio
dans lequel se trouve quelques
ordinateurs. On peut y écouter des enregistrements des œuvres de Beethoven
(il est possible d'écouter des extraits sur leur site Internet) et
accéder à des documents. Cela dit, dans le cas général, l'interface ne m'a
pas semblé permettre de suivre sur la partition ce qu'on entend. Cependant,
un poste est dédié à la sonate Appassionata dont on peut
facilement faire une écoute comparée de plusieurs dizaines
d'interprétations, tout en parcourant la partition imprimée.
Au sous-sol, on peut assister à une projection interactive en trois dimensions de la première scène du deuxième acte de Fidelio. Un joystick (cassé), une boule mobile, des boutons directionnels déclenchés par des détecteurs de présence, des cordes servent à déplacer les quatre personnages (Pizarro, Leonore, Rocco, Florestan). On reçoit en effet des lunettes 3D permettant de voir les personnages évoluer dans l'espace. Leur apparence n'est pas humaine, mais géométrique. Florestan est une sorte de tourbillon, Pizarro un pantin, une Rocco une boule rouge à tentacules et Leonore est de forme assez vague. Bref, on peut faire sa propre mise en scène de cet extrait de l'opéra. Cela dit, comme j'était tout seul, je ne pense pas avoir fait beaucoup mieux que Lluís Pasqual dans La Donna del lago...
Côté cuisine, rien d'exceptionnel, ni d'épouvantable. Côte musique, un concert en plein air sur la Münsterplatz In 80 Minuten um die Welt où des tubes du classique seront joués. Faute de place assise proche de la scène, je pris refuge dans un café à l'autre bout de la place, ce qui ne laissait entendre que les morceaux particulièrement sonores (comme Tritsch-Tratsch-Polka ou Pomp and Circumstance). J'aurais bien aimé assister à un concert à la Beethovenhalle, mais je n'ai pu la voir que de l'extérieur. Lors des semaines prochaines, la Beethovenfest aura lieu. La veille de mon exposé, en rentrant d'un restaurant, je passe par une petite rue entre le marché et la Münsterplatz, vois et entends un petit groupe de musicien (clarinette, contrebasse, guitare, caisse claire). Ils jouent, et plutôt très bien, des versions jazz de chansons plus ou moins connues. Un groupe de jeunes gens est assis au coin de la rue. Bientôt, ils danseront en couples dans un style tout en swing. Le clarinettiste passera au violon, d'autres musiciens arriveront : un autre guitariste (amplifié), un saxophoniste. Au milieu du morceau, chacun défie les autres dans des concours d'improvisations au point qu'il n'y a plus de rapport évident entre le morceau de départ et ce qu'on entend, mais à la fin, le thème musical original reprend le dessus. Un chanteur barbu va se lancer et exécutera des improvisations très jazz dont je dois bien avouer qu'elles me font parfois un peu penser à ce que font les chanteurs de musique hindoustani... Je pleure de rire quand il fait un numéro irrésistible d'imitation du son de la trompette (en faisant des gestes de tromboniste pour garantir un effet comique certain). L'ambiance dans la rue est très sympathique (on sent bien que la première préoccupation de la population n'est ni leur bifteck ni leur retraite). L'étui d'une guitare reçoit parfois quelque donation. Même les poivrots de passage laissent choir des pièces rouges. Une bonne heure et demie plus tard, le concert improvisé se termine avec Summertime, chanté par le chanteur susnommé et une voix féminine qui s'est discrètement insérée dans le groupe.
⁂
Lors d'une précédente correspondance de trains à Köln il y a quelques
années, j'avais remarqué qu'il y avait un édifice indiscutablement
spectaculaire à proximité, mais je n'avais pas vraiment le temps d'aller le
voir de plus près. Cette fois-ci, au retour, j'ai pris le temps de visiter
la cathédrale (simplement appelée Dom
), très impressionnante.
2010-08-06 12:18+0530 (চন্দননগর) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde IX
Rabindra Sadan, Kolkata — 2010-08-05
Manoj Murali Nair, chant
Manisha Murali Nair, chant
Rabindrasangeet
Avant-hier, je suis allé visiter le palais de marbre. J'ai perdu du temps pour le trouver en sortant de la station M. G. Road puisque les indications du guide Lonely Planet étaient erronées (inversion entre la gauche et la droite). Comme l'indique Sébastien Ortiz dans son livre, il y a maintenant un panneau qui en donne la direction au bord de la route. Sa description du lieu est très juste (cependant, certaines pièces ont sans doute été déplacées depuis 2005). Le palais aux sols de marbres colorés d'Italie renferme une grande collection d'objets d'arts, principalement venus d'Europe. Beaucoup de statues de style grec, des sculptures représentant Napoléon, des lustres de Belgique, etc.
Je me suis ensuite baladé dans les rues voisines. Le tramway a beaucoup de mal à avancer dans ces lieux bondés.
⁂
Hier, je suis allé au jardin botanique. Il est situé au bord de l'autre rive de la Hooghly. J'ai donc marché depuis Chandni Chowk jusqu'à la jetée où pour 4 roupies, j'ai pu rejoindre la gare de Howrah, située de l'autre côté. De là, j'ai pris un taxi prépayé. Le jardin est très étendu. Tout y est très mal indiqué. On trouve en effet de nombreux panneaux indicateurs, mais les concepteurs ont réussi à peindre des flèches ambigues... On y trouve des plantes originaires de nombreuses régions du monde. Une serre abrite des cactus de toutes les tailles. Au bout du chemin, un gigantesque banyan de plus de 250 ans, apparemment le plus étendu d'Inde. Pour rentrer, un minibus au prix modique me ramènera, mais le trajet sera très long.
Dans la soirée, je suis allé à Rabindra Sadan pour écouter un concert de Rabindrasangeet, ce style de chansons inventé par Rabindranath Tagore. Je suis arrivé un peu en avance. À l'entrée du complexe où se trouvent d'autres institutions culturelles, les indications ne sont pas très claires. Après un essai infructueux, j'essaie d'entrer dans un bâtiment où tout est écrit en bengali et où un grand portrait de Tagore trône à l'entrée. On me dit juste d'attendre. Au bout d'un moment, un des responsables s'enquiert de mon cas et très vite, on se retrouve dans les coulisses du théâtre et on trouve quelqu'un pour me vendre un ticket et me faire rentrer. (Il aurait quand même été plus simple de me dire de faire le tour du bâtiment pour passer par l'entrée normalement utilisée par les spectateurs...)
Le parterre de la salle (environ 500 places) est plein ; quelques spectateurs se sont installés au balcon. Le concert des frère et sœur Manoj et Manisha Murali Nair (issus du Kerala mais ayant étudié à Shantiniketan) va durer environ deux heures et demie. Ils chantent tous les deux, Manoj joue aussi de l'harmonium, dont le son est recouvert par les autres instruments : trois percussionnistes (deux jouant sur instruments indiens traditionnels, un troisième sur une batterie électronique), un instrument à cordes et archet non identifié, une guitare et un synthétiseur. La trentaine de chansons vont m'inspirer un ennui quasi-total...
⁂
J'ai pris ce matin un train local à la gare de Howrah pour visiter Chandernagor où je vais passer une partie de l'après-midi.
2010-08-04 12:57+0530 (কলকাতা) — Culture — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde IX
Weavers Studio Centre for the Arts, Kolkata — 2010-08-03
Gaayatri Kaundinya, chant et tampura
Moinak Das, harmonium
Goutam Chakraborty, tabla
Ram, tampura
Raga Maru Bihag
Hier soir, je suis allé assister à un concert de musique classique de l'Inde du Nord. Cela se passait dans une galerie d'art à Ballygunge, au Sud de Kolkata.
J'ai bien cru ne jamais réussir à m'y rendre. Je pensais d'abord qu'il
serait facile de localiser l'adresse 94, Ballygunge
en rejoignant
cette rue à pieds depuis une station de métro, puis marcher dans le sens
des numéros croissants. En fait, dans ce quartier, la numérotation, c'est
véritablement n'importe quoi. À un peu moins d'une heure du début du
concert, j'ai demandé à un auto-rickshaw de m'y conduire. Ni lui ni les
gens du quartier n'avaient l'air de savoir par où aller. On n'a pas arrêté
de tourner en rond le long d'une marche aléatoire. À sa méconnaissance des
lieux s'ajoute l'incompétence du conducteur de rickshaw. Alors que je lui
demandais de faire demi-tour après avoir repéré des numéros approchants, il
a continué beaucoup plus que de raison et après avoir réussi à tourner, il
est reparti à toute allure dans des directions aléatoires, ce qui nous a
fait perdre encore une bonne dizaine de minutes. Maintenant, je comprends
pourquoi Ballygunge est seulement représentée comme une tâche de couleur
sur une des cartes de la ville en ma possession.
Je ne suis arrivé sur les lieux que cinq minutes avant le début du
concert. La petite salle, presque pleine, accueille une petite trentaine de
spectateurs. La chanteuse, Gaayatri Kaundinya, a seulement 19 ans et déjà
une petite marque de sindoor dans la raie des cheveux. On annonce qu'elle
apprend le chant depuis presque quinze ans. Son gourou (maintenant décédé)
est un certain Baba
. Elle est accompagnée par un harmonium (Moinak
Das) et un tabla (Goutam Chakraborty). La chanteuse et son jeune frère Ram
jouent du tampura.
Le Raga de ce soir est Maru Bihag. Son interprétation durera environ une heure et quart et sera comme le veut la tradition divisée en trois parties. Dans la première, la chanteuse et le joueur d'harmonium installent progressivement le raga. Dans la deuxième, le rythme des percussions commence à battre régulièrement. Quelques phrases musicales s'installent. La chanteuse, d'une voix claire, émet des notes dont elle fait varier très légèrement la hauteur. C'est parfaitement contrôlé, puisqu'après plusieurs passages, le motif s'est installé dans les esprits. Enfin, vient la troisième partie et ses rythmes changeants. On assiste alors à un déluge de techniques d'improvisation constituant des variations de ce qui avait été esquissé avant. Dans une de ces formes d'improvisations, les syllabes prononcées par la chanteuse sont les noms des notes (dans la gamme indienne) qu'elle chante.
Je ne connais pas grand'chose à cette musique, mais j'ai eu l'impression que c'était réussi. En tout cas, j'ai apprécié ce raga. Il y avait une complicité et un plaisir de jouer ensemble évident avec le joueur d'harmonium. Le percussionniste était apparemment un peu plus en mode automatique. Sa façon d'interpeler la chanteuse avec ses changements de rythmes était souvent un peu brutale et dans les morceaux qui ont suivi, elle a dû lui souffler le nom du motif rythmique de base pour qu'il puisse commencer à jouer.
Après la composition principale, trois morceaux plus courts ont conclu
le récital. Le premier était basé sur une chanson du célèbre musicien Miyan
Tansen, apparemment appelée Bhaje Damaru
. Après l'entrée de chacun
des quatre vers (qui, si j'ai bien identifié le point commun entre les mots
que j'y ai compris constitueraient une invocation de Shiva), on entend la
chanteuse improviser de toutes les façons possibles sur cette base :
modification du rythme, répétition de mots, remplacements de syllabes par
les noms des notes, etc.
Pour finir, deux chansons qui tendent vers le style des bhajans écris par son guru.
Pour rentrer, je me suis rapproché de l'axe Nord-Sud du métro et pensant à tort que j'arriverais trop tard, je suis monté dans un bus (identifié parce que c'était le premier dont la liste des arrêts défilait à l'avant en anglais et non en bengali). Il a été facile de monter ; descendre fut plus difficile. Les chauffeurs de bus de Kolkata et leurs chefs sont apparemment de vrais fous-furieux. Ceux de Mumbai qui ont la réputation d'être assez rudes paraissent presque raisonnables en comparaison.
Quand je suis rentré un peu avant 22h, presque tout est fermé ; je ne trouve pour dîner qu'un restaurant thai (allergiques au piment s'abstenir) où entre le serveur et moi, aucun n'arrive à entendre ce que dit l'autre.
2010-07-12 23:34+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-07-12
Jean-Philippe Lafont, Le garde-chasse (baryton)
Michèle Lagrange, Sa femme, la chouette (soprano)
Luca Lombardo, L'instituteur (ténor)
Gregory Reinhart, Le prêtre (basse)
Paul Gay, Harašta (baryton-basse)
Adrina Kucerova, La renarde (soprano)
Hannah Esther Minutillo, Le renard (mezzo-soprano)
Nicolas Marie, L'aubergiste (ténor)
Anne-Sophie Ducret, La femme de l'aubergiste (soprano)
Letitia Singleton, Le chien (soprano)
Elisa Cenni, Le coq, le geai (soprano)
Natacha Finette Constantin, La poule huppée (soprano)
Ghislaine Roux, Le pivert (mezzo-soprano)
Paul Crémazy, Le moustique (ténor)
Slawomir Szychowiak, Le blaireau (baryton)
Michael Schǿnwandt, direction musicale
André Engel, mise en scène
Nicky Rieti, décors
Elizabeth Neumuller, costumes
André Diot, lumières
Françoise Grès, chorégraphie
Dominique Muller, dramaturgie
Alessandro Di Stefano, chef des chœurs
Orchestre, chœur de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine
Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Příhody Lišky Bystroušky (La Petite Renarde rusée), Leoš Janáček
Je reviens de la dernière représentation de La Petite Renarde rusée (Příhody Lišky Bystroušky) de Janáček à l'Opéra Bastille. J'avais déjà vu cette production d'opéra l'année dernière, dans une distribution légèrement différente.
Cela raconte l'histoire d'une renarde qui est capturée par un garde-chasse et qui lui joue des tours. Elle veut semer la zizanie dans le poulailler contre le pouvoir du coq. Les prolétaires poules étant trop bêtes, elle décide de les massacrer. Plus tard, elle rencontre un renard. À leur mariage, toutes sortes d'animaux viennent les féliciter. Au dernier acte, on découvre leur progéniture. La renarde qui pensait être plus rusée qu'un braconnier se fera tuer d'un coup de fusil. À la fin, un cycle de la nature s'est écoulé : c'est une descendante de la renarde qui vient se chamailler avec le garde-chasse. (J'ai simplifié au peu, il y a d'autres personnages humains et une multitude de personnages animaliers.)
Cette production d'opéra est très belle. Il est dommage que cela ne soit pas davantage connu : un vendeur de programmes m'a confié qu'il resterait 1400 places de libres. S'il est vrai que je ne pratique pas ce sport très souvent, je n'ai pas hésité une seule seconde à l'idée de me replacer au centre du parterre (ma place au deuxième balcon étant très excentrée). Les décors (notamment le rideau de scène), les costumes, les lumières sont magnifiques. La musique est superbe (et parfois amusante quand elle imite le bruit des animaux). Le jeu des chanteurs-comédiens (dont un certain nombre d'enfants) est très bon. Cependant, la faiblesse des voix est une très grosse déception, comme l'année dernière. Il ne s'agit que d'un problème de volume sonore. Alors que l'orchestre ne joue pas particulièrement fort, les voix des chanteurs sont le plus souvent tout à fait inaudibles. Le problème se pose autant avec Adriana Kucerova (La Renarde) cette année que l'année dernière avec Elena Tsallagova (qui m'avait aussi semblé meilleure comédienne). Jean-Philippe Lafont (Le Garde-chasse), appréciable aussi par sa présence scénique, est un des rares à arriver à se faire entendre.
Pour moi, c'était le dernier spectacle avant les vacances. Cette année, l'Opéra de Paris aura été mon plus grand pourvoyeur de divertissement : trente-huit spectacles !
2010-07-11 18:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Bastille — 2010-07-11
Maki Ishii, musique (1985)
Jiří Kylián, chorégraphie (1988)
Michael Simon, scénographie et lumières
Ferial Simon, Joke Visser, costumes
Elke Schepers, Ken Ossola, Patrick Delcroix, Roslyn Anderson, assistants du chorégraphe
Kees Tjebbes, assistant technique et réalisation lumières
Michael De Roo, direction musicale
Alice Renavand, Kaguyahime
Stéphane Phavorin, Mikado
Muriel Zusperreguy, Céline Talon, Séverine Westermann, Charlotte Ranson, Caroline Robert, Villageoises
Stéphane Bullion, Mathias Heymann, Alessio Carbone, Julien Meyzindi, Florian Magnenet, Adrien Couvez, Nicolas Paul, Marc Moreau, Daniel Stokes, Villageois
Julien Meyzindi, Yvon Demol, Les compagnons du Mikado
Ballet de l'Opéra
Kodō, Gagaku et ensemble de percussions invité
Kaguyahime
Cet après-midi, je suis retourné assister à une représentation de Kaguyahime à l'Opéra Bastille afin d'y voir Alice Renavand dans le rôle de la princesse Kaguyahime. Je ne regrette pas d'être venu, puisqu'elle m'a fait meilleure impression que ne l'avait fait Agnès Letestu. J'ai aussi pu voir la nouvelle étoile Stéphane Bullion dans le rôle du premier prétendant, tout comme Mathias Heymann en villageois, et quelques autres.
La salle était à moitié vide. Pour le premier acte, je suis resté au premier balcon, mais en me replaçant dans des conditions a priori idéales : au milieu du dernier rang qui était déserté. Pour le deuxième acte, comme le parterre était très loin d'être rempli, je suis descendu et ai trouvé une place dans les premiers rangs qui ne soit pas trop excentrée. Bizaremment, le volume sonore et l'effet visuel est moins impressionnant depuis le parterre que d'en haut. L'effet de surprise de la première fois y était peut-être aussi pour quelque chose.
2010-07-11 00:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2010-07-10
Javier Camarena, Giacomo V (Uberto di Snowdon)
Simon Orfila, Duglas d'Angus
Colin Lee, Rodrigo di Dhu
Karine Deshayes, Elena
Daniela Barcellona, Malcolm Groeme
Diana Axentii, Albina
Jason Bridges, Serano
Philippe Talbot, Bertram
Lluís Pasqual, mise en scène
Ezio Frigerio, décors
Franca Squarciapino, costumes
Vinicio Cheli, lumières
Montse Colomé, chorégraphie
Alessandro Di Stefano, chef du chœur
Roberto Abbado, direction musicale
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
La donna del lago, Rossini
Avant la représentation précédente de La Donna del
lago, j'étais passé à la billeterie afin de m'acheter une place à 7€
pour la dernière représentation. Le billet comportait la mention Scène
non visible
, ce qui était heureusement inexact. Depuis la plus mauvaise
place de cette première loge 14, je voyais un petit coin de la scène, entre
les têtes de devant et d'en biais. J'ai donc passé l'essentiel du premier
acte en position debout, une alternative à la chaise qui me permettait de
voir bien.
À l'entr'acte, je rencontre une amie de files d'attente qui m'informe qu'il reste un peu de place à la loge impératrice... J'ai pu m'y installer confortablement sur un coin de banquette. On y est invraisemblablement proche des chanteurs. Dans le champ de vision, j'avais aussi un peu des coulisses, ce qui m'a permis d'éclaircir le mystère de la musique jouée des coulisses. Ce qui m'avait surpris était que le chef arrêtait ses mouvements quand elle se faisait entendre. Depuis ma place, j'ai pu observer furtivement un groupe de musiciens qui semblait obéir aux mouvements d'une autre personne physique. Pendant les chœurs, je voyais aussi des bras s'agiter dans un coin...
Lors de cette dernière représentation, un petit groupe de fans de Karine Deshayes était dans cette loge impératrice. Lors des saluts, l'un d'entre eux lui a même jeté un bouquet de fleurs !
2010-07-10 00:50+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-07-09
Denis Levaillant, musique
Patrice Bart, chorégraphie et mise en scène (2003)
Martine Kahane, Patrice Bart, sujet
Ezio Toffolutti, décors
Sylvie Skinazi, costumes
Marion Hewlett, lumières
Claude de Vulpian, assistante du chorégraphe
Koen Kessels, direction musicale
Dorothée Gilbert, La petite danseuse
Ludmila Pagliero, La danseuse étoile
Mélanie Hurel, La mère de la petite danseuse
Mathieu Ganio, Le maître de ballet
Karl Paquette, L'abonné
Yann Bridard, L'homme en noir
Sabrina Mallem, La chanteuse de caf'conc'
Ballet de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
La petite danseuse de Degas, ballet en deux parties
Dernier ballet de la saison à l'Opéra de Paris : La petite danseuse
de Degas de Patrice Bart. Cela raconte la vie de La
petite danseuse de quatorze ans, qui s'appelait Marie Van Goethem.
Le ballet mêle en fait des éléments de la vie de la danseuse et de ses deux
sœurs. Au début du ballet, la petite danseuse (Dorothée Gilbert) descend de
la vitrine où la statue est exposée. On voit ensuite différents épisodes de
sa vie : elle va à son cours de danse (le maître de ballet est interprété
par Mathieu Ganio), elle admire la danseuse étoile (Ludmila Pagliero) dont
elle essaie de suivre les pas, elle pose pour un peintre, elle tombe
amoureuse d'un abonné lors d'un bal à l'Opéra (Karl Paquette). C'est
difficilement compréhensible aujourd'hui, mais la mère de la petite
danseuse (Mélanie Hurel), habillée de noir, la suit partout. Dans la
deuxième partie, celle-ci se voit dans un miroir changée en femme prête
pour aller danser, ce qu'elle va faire avec sa fille au caf'conc'
où
une autre danseuse (Sabrina Mallem) tient l'affiche. Déçue par le
comportement de l'abonné, la petite danseuse vole son portefeuille, ce qui
lui vaut de finir en prison où elle voit paraître la danseuse étoile.
Finalement, déchue, elle se retrouve parmi les blanchisseuses. Pendant tous
ces épisodes, un homme en noir (Yann Bridard) suit la petite danseuse de
façon quelque peu menaçante. Il finit par la remettre dans la vitrine.
Pour l'œil, ce spectacle est superbe. Les lumières sont très bien pensées. Grâce à elles, les transformations d'un tableau à un autre s'opèrent comme par magie : un personnage est éclairé, le reste de la scène est dans l'obscurité et tout à coup, le voile est levé sur un nouveau décor. Les costumes sont aussi très beaux. Si les lumières créent des effets saisissants, la manière dont les décors sont conçus y contribue aussi. Pour partie, ce sont de hauts panneaux faits de plusieurs larges bandes d'une sorte de toile épaisse dont certaines peuvent être enroulées ou déroulées. Comme ces panneaux peuvent être déplacés, le décor représentant une rue peut se transformer très rapidement en une salle de répétition pour le ballet. Évidemment, on joue de l'Opéra à l'intérieur de l'Opéra. Pendant la scène du bal, le fond du décor reproduit le rideau de scène du Palais Garnier. Quand des danseuses viennent saluer sous les applaudissements de la salle, ce sont autant les danseuses que les personnages qu'elles interprètent qui viennent saluer.
Ce qui est gênant avec ce ballet et me fait avoir pourtant un avis mitigé, c'est qu'on a l'impression de voir un clip (d'un peu moins de deux heures). C'est très bien dansé (même quand la petite danseuse doit danser gauchement quand elle essaie de reproduire les pas de l'étoile !), c'est très beau à voir, c'est censé être narratif, mais je n'y ai vu qu'une succession de tableaux. La musique de Denis Levaillant m'a aussi un peu gêné. Là encore, même s'il est vrai que la reprise de certaines phrases musicales donne une cohérence à l'ensemble, des styles très différents de musique se succèdent, comme les tableaux. Dans l'ensemble, on dirait de la musique écrite pour le cinéma (il y a d'ailleurs des passages qui ne sont pas loin de ressembler à des parodies de musiques de films ou de séries). L'instrumentation et les techniques de jeu exigées des musiciens sont inhabituelles pour l'Opéra. Dans la fosse, on trouve ainsi un accordéon, un saxophone, des xylophones (et un piano). Les cordes ont un certain nombre de passages pizzicato et un assez impressionnnant numéro où les cordes sont frappées par le bois de l'archet. Cela dit, quand on accepte de regarder ce ballet comme un film ou une suite de clips, l'ensemble n'a rien de désagréable. Un autre élément déroutant de ce ballet est qu'à certains moments, la scène est un peu trop remplie : plusieurs choses se passent en même temps.
Le ballet comporte quelques moments de grâce. Celui que j'ai préféré intervient lors du tableau des blanchisseuses, où la petite danseuse et dix-huit autres blanchisseuses s'activent pour nettoyer des draps blancs. À un moment donné, les blanchisseuses tiennent deux par deux des draps blancs disposés en cercle (vu d'en haut, les draps forment les rayons d'une roue). Et là, Dorothée Gilbert entre dans la roue, tourne autour de l'axe, se jette successivement dans tous les draps jusqu'à devenir invisible.
2010-07-08 01:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2010-07-07
Javier Camarena, Giacomo V (Uberto di Snowdon)
Simon Orfila, Duglas d'Angus
Colin Lee, Rodrigo di Dhu
Karine Deshayes, Elena
Daniela Barcellona, Malcolm Groeme
Diana Axentii, Albina
Jason Bridges, Serano
Philippe Talbot, Bertram
Lluís Pasqual, mise en scène
Ezio Frigerio, décors
Franca Squarciapino, costumes
Vinicio Cheli, lumières
Montse Colomé, chorégraphie
Alessandro Di Stefano, chef du chœur
Roberto Abbado, direction musicale
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
La donna del lago, Rossini
Neuvième représentation de La Dame du lac à l'Opéra Garnier. J'y suis allé une troisième fois après les représentations des 14 et 21 juin, non pas pour apprécier encore davantage la mise en scène, mais pour entendre Karine Deshayes et Javier Camarena dans les rôles d'Elena et Giacomo/Uberto.
Cette fois-ci, j'ai un deuxième rang de troisièmes loges de côté impair. C'est un peu excentré, mais pas trop. Je vois la moitié droite de la scène.
Je retrouve les lumières vraiment lamentables de ce spectacle. On n'y
voit rien. J'avais noté la non-différentiation visuelle de Rodrigo du
personnage secondaire Serano
. Comme Javier Camarena apparaît barbu
comme les deux autres dans cette deuxième série de représentations, il y a
en fait trois personnages (Giacomo, Rodrigo et Serano) que ni les costumes
ni la pilosité ne distinguent clairement (Giacomo porte souvent une cape
bleuâtre, mais ce critère n'est pas infaillible).
J'ai été très content de réentendre Javier Camarena (déjà entendu dans le rôle d'Elvino dans La Sonnambula et dans celui du conte d'Almaviva dans Il Barbiere di Siviglia). Par ailleurs, c'était la première fois que j'entendais Karine Deshayes, qui si elle ne m'a pas autant impressionné que Joyce DiDonato, m'a cependant fait une excellente impression. Je n'ai pas regretté de m'être levé pour mieux voir la dernière scène qui se passe à la cour du roi Giacomo. Le trio du deuxième acte entre Javier Camarena, Karine Deshayes et Colin Lee a été un autre moment fort de la soirée, de même que l'air de Daniela Barcellona au deuxième acte.
À part ça, je ne sais pas ce qui s'est passé, mais au cours du premier acte (1h40), la loge où je me trouvais (j'étais au deuxième rang, avec deux néerlandophones devant) a vu paraître trois fois des personnes seules ou accompagnées venues voir si on y voyait quelque chose. J'aimerais bien qu'on m'explique pourquoi on laisse rentrer ainsi des gens n'importe quand et n'importe comment. Si je trouve un peu pénible qu'il faille se faire ouvrir sa loge avant le spectacle, qu'elles soient fermées de l'extérieur, cela devrait au moins permettre de n'être plus dérangé une fois le spectacle commencé. Apparemment, je me trompais.
Il y a un dernier mystère à propos de cette production. Au cours du
deuxième acte, arrivée au palais du roi, Elena s'écrie Quel beau
concert
tandis qu'elle entend de la musique, et en particulier la voix
de Giacomo, qui vient des coulisses. Ce que je me demande, c'est si la
musique que l'on entend est pré-enregistrée. En effet, lors des saluts, on
ne voit pas de musiciens de scène paraître, et surtout, pendant ces phrases
musicales, le chef d'orchestre s'arrête de diriger, alors qu'il pourrait
très bien diriger des musiciens cachés via un écran de
contrôle.
Pendant l'entr'acte, il m'a semblé que plusieurs portes qui sont d'ordinaires fermées étaient ouvertes. J'ai pu déambuler dans une zone dont j'avais remarqué la forme arrondie depuis l'extérieur, côté rue Halévy, mais sans jamais pouvoir y entrer : la rotonde du Glacier, qui abrite notamment des bustes et des tapisseries.
2010-07-01 03:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre des Champs-Élysées — 2010-06-30
Richard Croft, Jupiter
Peter Rose, Cadmus, Somnus
Danielle de Niese, Semele
Vivica Genaux, Juno, Ino
Sébastien Droy, Apollo
Jaël Azzaretti, Iris
Stephen Wallace, Athamas
Claire Debono, Cupid
Christophe Rousset, direction musicale
David McVicar, mise en scène
Tanya McCallin, décors
Brigitte Reiffenstuel, costumes
Paule Constable, lumières
Andrew George, chorégraphie
Les Talens Lyriques
Chœur du Théâtre des Champs-Élysées
Semele, Händel.
Je reviens de la première de la reprise de Semele de Händel au
TCE. Ce n'est que le deuxième opéra de ce compositeur que je voie après
Agrippina en 2003. De ce compositeur, je suis en effet plus
accoutumé aux oratorios et œuvres assimilées : Messiah (5 fois),
Israel in Egypt, Athalia, Ode for Saint Cecilia's
Day, Dixit Dominus, Acis and Galatea,
Solomon. À vrai dire, le programme annonce qu'il s'agit d'un opéra
en trois actes à la manière d'un oratorio
. Cela se fait très
lourdement sentir pendant le premier acte où il ne se passe essentiellement
rien. Le contexte de l'opéra est que Sémélé (Danielle de Niese) est forcée
par son père Cadmus (Peter Rose) à épouser Athamas (Stephen Wallace) qui
est convoité par sa sœur Ino (Vivica Genaux). La cérémonie est interrompue.
On apprend que Jupiter (Richard Croft) a pris l'apparence d'un aigle pour
enlever Sémélé. Jusque là, les personnages se sont comportés comme des
autistes, en particulier Athamas qui mésinterprète les réactions de Sémélé
et Ino. Ils s'écoutent chanter et restent impassibles aux paroles des
autres. C'est déroutant. À ce stade, je me demande bien pourquoi on appelle
ça opéra
!
Jusque là, j'aurais été assez déçu s'il n'y avait pas eu le plaisir de l'oreille (et aussi des yeux, il faut bien le dire) pour l'air The morning lark to mine accords his note interprété par Danielle de Niese seule devant un rideau et mimant de ses mains les mouvements d'une alouette. Viendra ensuite le superbe récitatif accompagné de Peter Rose Wing'd with our fears and pious haste.
Je commence à me dire que l'on entre véritablement dans l'opéra à la toute fin du premier acte quand Claire Debono chante dans son air Endless pleasure, endless love les plaisirs célestes de Sémélé.
Viendront ensuite les deuxième et troisième acte, toujours dans le même décors, dont le rond central a été incliné et dont l'éclairage a changé la couleur. Junon (Vivica Genaux, qui interprète deux rôles) et Iris (Jaël Azzaretti) conspirent contre Sémélé. Pour rejoindre ses appartements, il faut endormir ses gardes. C'est là qu'intervient Somnus, le Sommeil, superbement interprété par la basse Peter Rose (qui joue aussi deux rôles), qui s'endormirait bien tout en chantant ses airs si Iris et Junon baissaient leur vigilance. Ayant pris l'apparence d'Ino (l'illusion est parfaite vu que Vivica Genaux joue les deux rôles, quoiqu'avec des maquillages différents), Junon flatte les envies de Sémélé qui se verrait bien immortelle. Qu'elle se mire dans un miroir embellissant (Myself I shall adore, voir une interprétation par Carolyn Sampson du tube de cet opéra) et qu'elle demande à Jupiter de se montrer sous sa forme divine. Ce que Sémélé découvrira trop tard, c'est qu'elle ne peut être que réduite en cendres dans l'opération.
De retour au monde humain, Ino apprend aux autres que par la volonté de Jupiter, c'est elle qui doit épouser Athamas tandis qu'Apollon (Sébastien Droy) descend annoncer que des cendres de Sémélé et de la cuisse de Jupiter naîtra Bacchus. Le chœur du TCE qui s'est montré excellent se lance alors dans une bacchanale...
Du côté des voix, ma seule déception vient du contre-ténor Stephen Wallace, dont la voix ne monte guère jusqu'au dernier rang du deuxième balcon et qui n'est pas très convaincant scéniquement parlant. On ne l'entend que pendant le premier acte et à la fin du troisième. Les autres m'ont tous fait une très bonne impression. Même si elle ne chante pas beaucoup, Claire Debono est beaucoup présente sur scène depuis la fin du premier acte jusqu'au bout : elle tient une canne et avance à tâtons, et quand Sémélé s'abstente un moment, Jupiter en profite pour l'assaillir...
Du point de vue de la mise en scène, en dehors du premier acte, le seul passage qui m'a un peu déplu ou en tout cas beaucoup étonné est la mort de Sémélé ou plutôt l'apparition que j'imaginais indiscutablement spectaculaire de Jupiter. Les éclairs interrompant le mariage au premier acte étaient beaucoup plus impressionnants. Là, on le voit dans le même habit de nuit quelque peu ridicule et Sémélé descend dans une trappe dont on voit sortir des vapeurs.
Globalement, je suis assez enthousiasmé par ce spectacle, qui doit aussi beaucoup à la musique interprétée par Les Talens Lyriques dirigés par Christophe Rousset. Le public a d'ailleurs applaudi chaleureusement tous les artistes, y compris le metteur en scène David McVicar (la dernière fois que je l'avais vu, en 2004, sa mise en scène du Couronnement de Poppée avait reçu un accueil assez houleux).
2010-06-28 11:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Comique — 2010-06-27
Phillip Addis, Pelléas
Karen Vourc'h, Mélisande
Marc Barrard, Golaud
Markus Hollop, Arkel
Nathalie Stutzmann, Geneviève
Dima Bawab, Yniold
Luc Bertin-Hugault, Un médecin
Pierrick Boisseau, Un berger
Max Delor, Agnès Aubé, Martine Demaret, Sophie Dumont, Figurants
Chœur accentus
Orchestre Révolutionnaire et Romantique
Sir John Eliot Gardiner, direction musicale
Stéphane Braunschweig, mise en scène et scénographie
Thibault Vancraenenbroeck, costumes
Marion Hewlett, lumières
Pieter Jelle de Boer, chef du chœur
Pelléas et Mélisande, Claude Debussy
Dernier passage à l'Opéra Comique de la saison et avant longtemps. Il fait horriblement chaud à l'intérieur de la salle. Des éventails en plastique sont cependant gracieusement mis à la disposition du public par le cabinat d'avocats Orrick Rambaud Martel.
Les sur-titres ne sont pas visibles de ma place en loge de face ; regarder les écrans latéraux impose de détourner le regard de la scène. Ce n'est sans doute pas seulement que j'aie visionné un Pelléas et Mélisande en DVD au cours de la semaine si je n'éprouve aucun besoin de lire le texte au fur et à mesure qu'il est prononcé par les chanteurs. Quel choc ! Il s'agit du premier opéra à l'écoute duquel on n'a aucun effort à faire pour entendre ce que disent les interprètes (auquel le compositeur, Debussy, demandait lors de la création d'oublier qu'ils étaient chanteurs). C'est en effet véritablement à du théâtre mis en musique que l'on assiste.
En très court, Golaud (Marc Barrard) épouse Mélisande (Karen Vourc'h) après l'avoir rencontrée dans une forêt où ils se sont tous les deux perdus. Quand ils sont arrivés chez Arkel (Markus Hollop), le grand-père de Golaud, un amour naît entre Mélisande et Pelléas (Phillip Addis), le demi-frère de Golaud. Mais, ils mourront tous les deux : Pelléas au quatrième acte quand Golaud les aura surpris, Mélisande au cinquième après qu'elle aura mis au monde une fille dont la paternité est douteuse.
Les décors existent en deux versions : en grand format, et en petit
format, façon jouet pour le petit Yniold. Ils sont constitués de sortes
d'anneaux de Saturne en pente et excentrés. Au centre est inséré soit un
phare soit rien. C'est très cohérent avec le livret qui évoque la lampe
au sommet de la tour qui regarde la mer
que Golaud demande dans une
lettre, lue par Geneviève (Nathalie Stutzmann), qu'on allume pour lui afin
qu'il sache s'il est bienvenu ou non (il a désobéi en épousant Mélisande).
La tour
apparaît ensuite plusieurs fois dans le livret. C'est aussi
à travers une fenêtre de ce phare qu'à la fin du troisième acte, Yniold
(Dima Bawab), installé(e) sur les épaules de Golaud, espionnera à sa
demande ce que font Pelléas et Mélisande à l'intérieur de la chambre. C'est
avec une grande surprise qu'on découvre au deuxième acte, dans la scène de
la fontaine (où en jouant avec Pelléas, Mélisande égare son anneau de
mariage), que cette fontaine est un trou au milieu de ce même dispositif
scénique en pente. Golaud, qui s'est blessé à la chasse pendant ce temps,
se retrouve impuissant, les bras bandés au torse, quand il remarque que
Mélisande a perdu son anneau. Quelques accessoires (fauteuil roulant,
perfusion, couveuse) conformes à l'environnement hospitalier contemporain
sont utilisés pour représenter cette blessure de Golaud, mais aussi
l'infirmité d'Arkel et plus tard la maternité de Mélisande. Par ailleurs,
le fond et les côtés de la scène sont constitués de grands volets, dont une
des rares ouvertures possibles est très en hauteur. Cela appuie le
sentiment de claustration et de manque de lumière qu'éprouve Mélisande. Les
lumières de ce spectacle (Marion Hewlett) sont d'ailleurs excellentes
(alors même que l'univers est sombre, on a trouvé le moyen de varier
l'éclairage avec cette contrainte tout en faisant en sorte que je distingue
toujours très bien les chanteurs, alors même que j'ai oublié de prendre mes
jumelles).
Tout est fait dans cette mise en scène de Stéphane Braunschweig pour
rendre l'histoire intelligible ; c'est très réussi. Le seul aspect qui
m'ait un peu déplu est l'utilisation peut-être excessive du procédé
théâtral consistant à faire regarder les personnages vers des objets
fictifs qui ne sont pas dans le décor (il doit y avoir un mot grec savant
pour dire ça, mais je ne m'en souviens plus). C'est d'ailleurs ainsi que
commence l'opéra, alors que Mélisande et Golaud se rencontrent devant le
rideau de scène baissé. Golaud remarque un objet qui brille ainsi au
fond de l'eau
. Il s'agit de la couronne de Mélisande. On n'en saura pas
plus. Les deux personnages regardent alors vers la fosse d'orchestre. C'est
à la limite de me faire un peu peur pour la suite dans le sens d'une mise
en image conceptuelle
, mais pour ce passage-là, c'est une idée très
bien trouvée. À d'autres moments, je serai un peu moins convaincu. Cela
dit, alors même que cette production respecte presqu'autant que possible le
texte, il est raisonnable de considérer que l'on peut se passer de quelques
éléments de décor que le texte ne mentionne qu'une seule fois.
Cet opéra est tellement différent de tous les autres qu'il est difficile d'avoir une opinion sur les voix. Le fait que les sur-titres m'aient semblé tout à fait superflus et que je ne me sois pas du tout ennuyé est le signe que cela devait être plus que bien. Je dirai juste que Philip Addis (Pelléas) était étincelant et que Karen Vourc'h rendait bien la fragilité juvénile de Mélisande.
D'après le programme, cela devait durer 2h50 entr'acte comprise. Compter
plutôt 3h30. Si la musique ne s'arrête jamais à l'intérieur d'un acte, les
coupures entre les cinq actes étaient un peu interminables. Peut-être que
les instruments de l'Orchestre Révolutionnaire et Romantique de John Eliot
Gardiner devaient absolument être réaccordés toutes les demi-heures ? En
tout cas, je n'ai pas été frappé par la continuité scénique
qui
était annoncée. Si le découpage des trois premiers actes correspond sans
doute à celui de la pièce de Maurice Maeterlinck, les nombreux changements
de décors à l'intérieur de chaque acte font que s'il n'y avait pas de pause
à la fin du premier et du deuxième acte, on ne se rendrait pas compte de ce
découpage interne et la continuité serait plus frappante.
2010-06-22 02:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2010-06-21
Juan Diego Flórez, Giacomo V (Uberto di Snowdon)
Simon Orfila, Duglas d'Angus
Colin Lee, Rodrigo di Dhu
Joyce DiDonato, Elena
Daniela Barcellona, Malcolm Groeme
Diana Axentii, Albina
Jason Bridges, Serano
Philippe Talbot, Bertram
Lluís Pasqual, mise en scène
Ezio Frigerio, décors
Franca Squarciapino, costumes
Vinicio Cheli, lumières
Montse Colomé, chorégraphie
Alessandro Di Stefano, chef du chœur
Roberto Abbado, direction musicale
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
La donna del lago, Rossini
Troisième représentation de La donna del lago à Garnier, la deuxième à laquelle j'assiste après la première.
Au guichet, la semaine dernière, un panneau annonçait que toutes les
dates de ce spectacle étaient complètes. C'était pour décourager ceux qui
n'étaient pas venus à Opéra exprès pour tenter le coup, les autres auront
essayé d'amadouer le guichetier Il ne vous reste vraiment plus rien pour
La Dame du lac
. Il s'avèra que tiens, donc, curieusement, on
en a encore, et même qu'il y avait l'embarras du choix sur les dates
possibles. (Lors de la représentation, je n'ai pas pensé à regarder si les
stalles sans visibilité avaient trouvé preneurs.)
En arrivant à la station Auber, j'entends une voix chanter, plutôt pas mal du tout, l'air de Violetta Attendo, attendo du troisième acte de La Traviata. Je pense à sortir exceptionnellement une pièce quand je me rends compte qu'il n'y a pas de sébile et que c'est aujourd'hui la Fête de la Musique.
Ma place à 21€ en fond de premières loges (de trois-quarts) a vu sa valeur augmenter de 233% quand à 19h31, je me suis dit que le premier rang de la loge semblait rester vacant et qu'il convenait que j'invitasse les deux spectatrices qui n'osaient pas le faire d'elles-mêmes d'avancer d'un rang, afin que je pusse faire de même. Une balletomane japonaise nous a rejoint et a été ravie de voir la qualité de sa place enfler dans les mêmes proportions que la mienne.
Je n'ai pas grand'chose à ajouter à ce que j'ai déjà dit sur cette production. Cela fait peut être un peu moins mal à voir la deuxième fois. Placé côté jardin (impair) plutôt que côté cour, je peux observer ce que je n'avais pas pu voir :
Quelle armure vois-je !;
Du côté des voix, je suis toujours enchanté par les trois mêmes : Joyce DiDonato, Juan Diego Flórez, Daniela Barcellona. Dans le rôle de Rodrigo, Colin Lee se donne manifestement à fond, mais sa voix est vraiment trop distordue quand il monte dans les aigus pour que ce soit agréable à écouter (cela ressemble alors plus à de la vocalise qu'à du chant, je ne sais pas ce que la partition dit que cela doit être).
Contrairement à ceux de la première, et paraît-il de la deuxième, les spectateurs de cette troisième représentation n'ont hué personne.
2010-06-20 01:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Opéra Comique — 2010-06-19
Anna Caterina Antonacci, mezzo-soprano
Donald Sulzen, piano
Mandoline, En sourdine, Green, À Clymène, C'est l'extase (Gabriel Fauré, texte de Paul Verlaine, Cinq mélodies de Venise)
Tyndaris et Phyllis (Reynaldo Hahn, texte de Leconte de Lisle, Études latines)
Fumée (Reynalho Hahn, texte de Jean Moréas)
L'Énamourée et Le Printemps (Reynaldo Hahn, texte de Théodore de Banville)
Chère nuit (Alfred Bachelet, texte d'Eugène Adenis)
My Memories (Paolo Tosti, texte de Clifton Bingham)
Love Me! (Paolo Tosti, texte de Githa Sowerby)
Love's way (Paolo Tosti, texte d'Ethel Clifford)
Once more (Paolo Tosti, texte de Githa Sowerby)
Summer (Paolo Tosti, texte de Malcolm Salaman)
Amor, Amor! (Pieradolfo Tirindelli, texte d'Ada Negri)
Scherzo Ballade (Pietro Cimara, texte de Carlo Zangarini)
3 canti all'antica : L'udir talvolta, Ma come potrei, Ballata (Ottorino Respighi, textes de Giovanni Boccaccio)
Pioggia (Ottorino Respighi, texte de Vittoria Aganoor Pomilj)
Nebbie (Ottorino Respighi, texte d'Ada Negri)
Paolo, date mi pace! (Riccardo Zandonai, Francesca da Rimini
Lu Cardillo (Traditionnel en dialecte napolitain)
O del mio amato ben (Stefano Donaudy)
Moonriver (Johnny Mercer et Henry Mancini)
Son pochi fiori (Pietro Mascagni, L'amico Fritz)
Fin d'une série de sept spectacles en huit jours. Après les Tambours sacrés de l'Inde au Théâtre de la Ville, Amitabh Bachchan au TCE, La Donna del lago, Joyce DiDonato au TCE, Another Sleepy Dusty Delta Day (Jan Fabre Troubleyn) au Théâtre de la Ville (Abbesses) et Kaguyahime, c'était ce soir le temps d'écouter le récital d'Anna Caterina Antonacci à l'Opéra Comique.
Comme elle est une des chanteuses que j'apprécie le plus (et que j'ai entendue le plus souvent : huit fois, à égalité avec Natalie Dessay), j'avais choisi une place de première catégorie (troisième rang de l'orchestre, au centre).
Je ne suis pas un habitué des récitals de chant accompagnés au piano. Ce n'est que la troisième fois que je vais à concert présentant cette configuration : les deux fois précédentes étaient avec Waltraud Meier et Joyce DiDonato. Ce soir, le pianiste était Donald Sulzen.
Au programme de ce récital, des airs et mélodies de la Belle Époque. La première partie est consacrée à la musique française : Fauré, Hahn, Bachelet. Je ne suis pas surpris de comprendre les vers qu'elle chante, si ce n'est quand elle augmente le volume de sa voix : cela devient alors trop difficile. J'ai particulièrement aimé Tyndaris (Hahn) et Chère nuit (Bachelet). La deuxième partie commence par des chansons en anglais de Paolo Tosti. Viendront ensuite des chansons en italien et l'air Paolo, date mi pace! de Francesca da Rimini de Riccardo Zandonai.
Le public a applaudi avec enthousiasme la chanteuse à la fin de chaque cycle de chansons, et encore davantage à la fin, jusqu'à une standing-ovation. Expérience inouïe pour moi : quatre bis seront ajoutés en sus du programme préétabli : trois chansons en italien et Moon River. Le directeur du théâtre Jérôme Deschamps est venu lui-même lui remettre un bouquet de fleurs.
Ailleurs : Palpatine.
2010-06-18 23:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Bastille — 2010-06-18
Maki Ishii, musique (1985)
Jiří Kylián, chorégraphie (1988)
Michael Simon, scénographie et lumières
Ferial Simon, Joke Visser, costumes
Elke Schepers, Ken Ossola, Patrick Delcroix, Roslyn Anderson, assistants du chorégraphe
Kees Tjebbes, assistant technique et réalisation lumières
Michael De Roo, direction musicale
Agnès Letestu, Kaguyahime
Vincent Chaillet, Mikado
Ludmila Pagliero, Alice Renavand, Aurélia Bellet, Caroline Bance, Christelle Granier, Villageoises
Nicolas Paul, Josua Hoffalt, Alessio Carbone, Florian Magnenet, Julien Meyzindi, Marc Moreau, Villageois
Florian Magnenet, Matthieu Botto, Les compagnons du Mikado
Ballet de l'Opéra
Kodō, Gagaku et ensemble de percussions invité
Kaguyahime
Je viens de voir le ballet Kaguyahime de Jiří Kylián. C'est un spectacle épatant ! (Et sans doute le plus court spectacle que j'aie vu à l'Opéra Bastille : j'étais arrivé à Orsay à 22h !) La princesse Kaguyahime (Agnès Letestu), venue de la Lune, descend sur Terre. Cinq hommes la courtisent ; elle les repousse en leur donnant à passer des épreuves impossibles. On fête son accession à la majorité. Sa beauté attire encore du monde. Les blancs se battent contre les noirs. Finalement, l'Empereur (Vincent Chaillet) se montre aussi intéressé. Mais, Kaguyahime doit retourner sur la Lune et on ne veut pas la laisser partir. Les gardes ayant été éblouis par l'éclat de l'astre, elle arrive à s'en aller.
La première chose qui surprenne dans ce ballet est la musique de Maki Ishii. L'orchestre n'a pas une forme traditionnelle. Il comprend en effet trois parties : un ensemble de percussions occidentales, un ensemble de tambours japonais (Kodō) et un trio d'instruments à vents (Gagaku). Les instruments mélodiques apparaissent principalement pendant les solos de la princesse Kaguyahime, très contemplatifs, faits d'immobiles mouvements. Quand les autres forces sont en présence, les percussions font un bruit démentiel à un rythme effréné, que les danseurs arrivent à suivre tout en faisant des dérapages contrôlés, des figures très rapides à deux ou à trois danseurs. Dans les scènes de combats au début de la deuxième partie, on trouve toutes les configurations : des hommes combattant entre eux, un homme et une femme, deux femmes, etc. C'est très impressionnant, surtout quand la scène est éclairée par un stroboscope.
Visuellement, c'est aussi très esthétique, le plus éblouissant étant la scène entre la princesse et l'Empereur, sur grand fond doré. Superbe !
2010-06-17 00:47+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2010-06-16
Joyce DiDonato, mezzo-soprano
David Zobel, piano
Danza, danza, fanciulla gentile (Durante)
Se tu m'ami (Pergolesi)
Amarilli mia bella (Caccini)
Mio ben (Rossi)
Nel cor più non mi senti (Paisiello)
Or ch'io non sequo più (Rontani)
Dimmi, ben mio (op. 82 nº1) (Beethoven)
T'intendo si, mio cor (op. 82 nº2) (Beethoven)
L'amante impaziente (op. 82 nº3) (Beethoven)
L'amante impaziente (op. 82 nº4) (Beethoven)
La partenza (WoO 124) (Beethoven)
Cantilène de Desdémone (Chanson du saule) de Otello (Rossini)
I Canti delle Sera : L'assiolo canta, Alba di luna sul bosco, Tristezza crepuscolare, L'incontro (Santoliquido)
Oscuro è il ciel (Pizzetti)
Serenata (Toselli)
O del mio amato bene (Donaudy)
La Pastorello (Castelnuovo-Tedesco)
Lolita, Serenata spagnola (Buzzi-Peccia)
Serenata francese (Leoncavallo)
Canto arabo (Giuranna)
La Spagnola (Di Chiara)
Voi che sapete des Nozze di Figaro (Mozart)
Tanti affetti in un momento de La donna del lago (Rossini)
Cette Joyce DiDonato, quel phénomène ! En sortant de La Dame du lac, lundi, j'avais vu qu'il restait encore des places pour le récital de ce soir au TCE. Ce n'était pas du tout raisonnable, mais j'ai pris une place en fond de loge de face, un placement que je n'avais pas encore eu au TCE.
Une robe bleue en première partie. Une robe noirâtre pour la suite. De très brillants bijoux. Au programme, des chansons d'amour en italien. J'ai découvert au passage que Beethoven en avait écrit ! toute la musique vocale que je connaissais de ce compositeur, à savoir son opéra Fidelio et le dernier mouvement de sa neuvième symphonie, est en allemand. Je ne connaissais absolument aucune de toutes ces chansons à part Assisa a' piè d'un salice d'Otello (Rossini).
Les chansons choisies (du XVIe au XXe) ne sont pas des tubes, qui eussent été choisis dans le seul but de flatter les goûts du public. Je trouve ces choix audacieux et intéressants, et l'impression faite est très bonne. Le demande visant à faire respecter l'intégrité du découpage de la soirée en cycles a été essentiellement respectée par le public, si ce n'est à la fin de Amor, amor, che langue il cor (Lolita : Serenata spagnola) d'Arturo Buzzi-Peccia où il n'était vraiment pas possible de se retenir d'applaudir. Vers la fin, j'ai aussi beaucoup apprécié le chant arabe Su la mia fronte la tua fresca mano de Barbara Giuranna.
Le public a très généreusement applaudi la chanteuse et le pianiste
David Zobel qui l'accompagnait, et il y eut même une standing
ovation, chose que je n'avais jamais vu avant dans cette salle pour de
la musique classique (mais il est vrai que je ne suis pas un habitué des
soirées Grandes voix
).
Le premier bis a été Voi che sapete des Noces de
Figaro. Le deuxième, je n'osais l'espérer, mais je m'y attendais un
peu, a été le final de La Dame du Lac, dans le même
staging
qu'à l'Opéra, précisera-t-elle avec humour. Les
spectateurs de la première ne furent apparemment donc pas les seuls à
penser qu'ils avaient assisté à une version de concert. Peu importent ces
péripéties : elle était aussi sensationnelle ce soir que lundi. Ceux dont
elle savait qu'ils avaient du mal à trouver des places
auront sans
doute été ravis !
Profitant de mon placement très près de la sortie, j'ai pu me trouver en très bonne position dans la queue pour pouvoir féliciter l'artiste, qui dédicaçait aussi ses dernières parutions.
2010-06-15 03:08+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2010-06-14
Juan Diego Flórez, Giacomo V (Uberto di Snowdon)
Simon Orfila, Duglas d'Angus
Colin Lee, Rodrigo di Dhu
Joyce DiDonato, Elena
Daniela Barcellona, Malcolm Groeme
Diana Axentii, Albina
Jason Bridges, Serano
Philippe Talbot, Bertram
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Lluís Pasqual, mise en scène
Ezio Frigerio, décors
Franca Squarciapino, costumes
Vinicio Cheli, lumières
Montse Colomé, chorégraphie
Alessandro Di Stefano, chef du chœur
Roberto Abbado, direction musicale
La donna del lago, Rossini
La Dame du lac était avec La Somnambule un des spectacles d'opéra de la saison que j'attendais le plus. Par chance, je me suis vu attribuer un ticket pour la première, le jour où cet opéra de Rossini entre au répertoire de l'Opéra de Paris. Ma place est cependant excentrée : troisième loge nº6, juste à côté d'un pilier, vue plongeante sur la fosse d'orchestre. Les places sans visibilité de derrière sont occupées par des touristes japonaises, dont les contorsions pour essayer d'y voir quelque chose font un peu de bruit. Puis, plongé dans l'opéra, je n'y fait plus attention. En fait, elles se sont éclipsées au cours du premier acte. Grave erreur, car c'était bien un spectacle d'opéra où les voix étaient tellement belles qu'il n'y aurait pas grand dommage à se contenter d'entendre le spectacle, sa partie visuelle étant par ailleurs assez ringarde...
Le décor principal représente une porte avec une voûte étroite donnant sur des marches descendant sur ce qu'on imagine être le lac Katrine. (La vue d'ensemble ressemble très vaguement à celle de la porte Tilon-ki-Pol à Jaisalmer qui donne sur un lac de bien moindre étendue que celui du poème de Walter Scott.) Le décor en deux parties peut s'ouvrir par le milieu. Il renferme des galeries sur plusieurs étages, des escaliers. Au niveau le plus bas, des portes permettant au chœur d'entrer. Mon point de vue ne me permettait pas de voir le décor du fond de la scène. Les costumes des protagonistes principaux ont l'air recouverts de dorures, on dirait des brocarts.
Voilà pour les côtés positifs du visuel. Le reste fait assez mal à voir.
Des projections vidéo sur l'ovale délimité par les marches figurent les
eaux ondulantes du lac. Une trappe située au centre de la scène permet de
faire monter et descendre des accessoires et des protagonistes. On verra
ainsi ce qui est censé représenter la vue de face d'une barque apparaître.
Pourquoi pas, mais très vite, on comprend que le but n'est pas de créer
l'illusion d'une action réaliste vu qu'un personnage s'éloignera sans
hésitation de la barque pour marcher sur l'eau. Cette trappe sera beaucoup
utilisée, à des fins donc essentiellement symboliques, telle une apparition
mystérieuse d'une harpe vers la fin du deuxième acte. Ce n'était pas un
signe que l'action se passait en Irlande (on est en Écosse), mais cela
annonçeait un numéro musical où la harpe aurait une grande importance (la
place de la harpiste était restée vide jusque là), et était probablement
aussi une référence au premier mot harp
du poème.
Avant d'aller plus loin, un bref aperçu de l'histoire. Le roi James V d'Écosse se perd lors d'une partie de chasse. Enfin, c'est ce qu'il feint lorsqu'il aperçoit Elena, la fille de Douglas, dont il est immédiatement épris. Incognito, il prend le nom d'Uberto. Il ignore qu'il a deux rivaux : Roderick, qui mène une rébellion contre le roi et qui s'est fait promettre la main d'Elena par son père, et Malcolm qui a l'avantage d'être aimé d'Elena en retour. À la fin du premier acte, Elena ne semble pas très enthousiaste à l'idée de se marier avec Roderick, alors qu'une bataille se prépare contre les troupes royale. Au deuxième acte, alors qu'Elena est réfugiée dans un lieu isolé pendant les combats, le roi, toujours déguisé, vient déclarer son amour. Elle lui répond qu'elle en aime un autre. Alors, Roderick débarque et se montre très jaloux. Un duel entre Roderick et Uberto aura lieu ; Roderick sera tué. Pendant ce temps, Douglas a été vaincu. Elena vient retrouver Uberto pour lui demander de l'introduire auprès du roi pourqu'elle obtienne la grâce de son père. Elle est évidemment très surprise quand elle comprend qu'Uberto est le roi et très heureuse quand il pardonne tout le monde pour la rébellion et accorde à Malcolm d'épouser Elena.
Si aucun des chanteurs n'a démérité, trois d'entre eux ont été absolument magnifiques : Joyce DiDonato (Elena), Juan Diego Flórez (Giacomo V/Uberto), Daniela Barcellona (Malcolm). Dans tous les opéras que j'ai vus avec Joyce DiDonato, il y a toujours un rôle travesti (Romeo, Idamante). Pour une fois, elle avait un rôle féminin, et quel rôle ! Elle a de nombreux passages très virtuoses tout au long de l'opéra, et le final est absolument incroyable, effervescent. Pendant une bonne partie du premier acte, il y a des échanges de virtuosités avec Juan Diego Flórez que j'entendais pour la première fois et dont j'ai aimé la voix chaleureuse. Dans le rôle travesti, Daniela Barcellona montre un timbre de voix vraiment agréable. J'ai cru que les applaudissements après son air au premier acte ne s'arrêteraient jamais !
Enfin, quelques mots sur la mise en scène de Lluís Pasqual. J'ai trouvé
que c'était principalement de l'opéra à l'ancienne, avec des chanteurs
faisant face au parterre, également répartis sur la largeur de la scène.
Cela ressemble un peu trop à un opéra en version de concert. D'ailleurs,
les membres masculins du chœur étaient en smoking... alors
qu'a priori, ce sont des guerriers. Il y avait bien une poignée de
figurants muets en habits de guerre au premier plan, mais c'était
essentiellement décoratif. De même, on verra quelques danseurs mettre un
peu d'animation là-dedans, mais on se demande bien pourquoi. Autre
curiosité, en regardant le spectacle d'un œil distrait, on pourrait penser
que Joyce DiDonato a des dons d'ubiquité ou de téléportation. On voit en
effet à plusieurs reprises apparaître sur scène, en particulier dans les
galeries, une femme portant un costume très-semblable au sien et ce, un
instant après que la chanteuse a descendu par la trappe, ou alors même
qu'elle est aussi sur scène. Il me semble qu'Uberto avait aussi un double,
mais je ne suis pas très sûr. La façon dont se termine le duo entre
Roderick et Uberto (arbitré par Elena qui défaille) n'est pas non plus
convaincante. Ils se défient en duel. On donne une épée à Uberto pour qu'il
puisse se défendre, et à la fin de l'air, ils courent tous les deux vers le
fond de la scène pour se mettre à l'abri de nos regards, peut-être par
souci de bienséance ? Je n'ai pas très bien vu ce qui se passait ensuite au
fond de la scène quand les guerriers de Douglas est mise en déroute. Une
dernière source d'amusement : quand les bardes chantent à la fin du premier
acte Un rayon annonciateur d'une immense splendeur montre déjà le
chemin...
, on voit un lustre descendre des cintres. Ce lustre, et
d'autres, reparaîtront dans la scène finale dans le palais du roi.
Bref, je ne suis pas du tout convaincu par cette mise en scène, qui s'est fait huer lors des saluts. Néanmoins, à part les quelques curiosités susceptibles d'engendrer quelque distraction, rien n'empêche vraiment de ce concentrer sur le chant et la musique, et de les apprécier. C'est déjà ça.
2010-06-14 01:43+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Théâtre des Champs-Élysées — 2010-06-13
Amitabh Bachchan
Viju Shah, Claviers 1
Mushraf Khan, Tabla
Prem Singh, Dholak
Ahmed Khawra, Dholak, Duff
Bharat Savla, Percussions
Rajesh Dedhia, Claviers 2
Jayesh Shah, Rythmes électroniques
Amitabh Bachchan lit et chante Harivansh Rai Bachchan
Ce soir, le public clairsemé du TCE était assez différent d'ordinaire : on y voyait beaucoup plus de personnes d'origine indienne que d'habitude. Le spectacle était intitulé Amitabh Bachchan lit et chante Harivansh Rai Bachchan. A priori, on est plutôt venu voir la star du cinéma bollywoodien (standing-ovation immédiate lors de son entrée en scène) qu'entendre les poèmes de Harivansh Rai Bachchan, le père du comédien.
Je ne connaissais qu'un seul de ces poèmes : मधुशाला (Madhushala : Au Cabaret). C'est celui qu'Amitabh Bachchan a chanté en premier, accompagné de musiciens (constituant un effectif inhabituellement élevé pour de la musique indienne : sept). Il y est assez impieusement question d'un lieu où l'on consomme du vin.
La plupart des poèmes qui suivront seront lus sans accompagnement musical. Les sur-titres ont manifestement quelque mal à défiler à la bonne vitesse. Ils sont écrits dans une fonte inhabituellement petite pour ce lieu : les mots défilent plus vite que dans un spectacle d'opéra... En fait, presque systématiquement, Amitabh Bachchan explique en anglais au fur et à mesure le sens des strophes. Comme les vers ne sont pas dénués d'humour, les rires tombent à retardement : une première salve au moment où les mots sont prononcés par ceux qui comprennent le hindi et ceux qui arrivent à lire les sur-titres, une autre fuse quand le sens est expliqué en anglais. Le public applaudit de temps en temps un vers particulièrement édifiant, un peu intempestivement à mon goût.
Parmi les poèmes particulièrement remarquables, ख़ुन के छपे
(Traces de sang) où le poète raconte que sa femme a fait un rêve
terrifiant dans lequel un fantôme vient apposer sur des portes de maisons
l'empreinte de sa main trempée dans un seau de sang. Il se demande à qui se
sang appartient : यह बेगुनाह खून किनकी है ?
.
Les strophes qui suivent commencent aussi par ce vers, dans lequel
l'adjectif बेगुनाह
(innocent) aura été remplacé par un autre. Elles évoquent différents
aspects de la domination de l'Angleterre sur l'Inde.
Celui que j'ai préféré est बुद्ध और नाचघर (Bouddha et le bal) où les religions (le bouddhisme en particulier) sont ridiculisées. Comme pour d'autres poèmes, Amitabh Bachchan explique le contexte. Ici, le poète est en Angleterre à une soirée dansante. Alors que l'on danse et flirte, il aperçoit dans un coin une statue de Bouddha. Le poète pense alors à la contradiction entre la doctrine de Bouddha, son évolution et sa réduction au statut d'objet décoratif :
Il était contre les idoles
Le monde l'a érigé en idole,
Il s'opposait à toute adoration,
Et le monde l'a fait objet d'adoration,
[...]
Sa tête était dénudée,
On lui a mis une belle chevelure bouclée ;
[...]
(Traduction d'Annie Montaut)
Suivront d'autres poèmes, dont certains seront chantés dans un style folklorique. L'avant dernier est intitulé रुस की गुड़िया (La Poupée russe). Il est dans l'ordre d'idées du fragment littéraire gratuit Divagations métaphysiques redux de David Madore. Une petite poupée russe à qui on demande dans combien de poupées elle est imbriquée explique qu'il doit y avoir un monde au-dessus, puis un autre monde encore au-dessus, etc.
Dans le dernier qu'Amitabh Bachchan présente comme une réponse du poète
à une altercation dans laquelle il lui disait en substance : Je suis
certes un bon à rien, mais c'est de ta faute, vu que tu porte la
responsabilité de ma naissance.
. Il lui répond en appliquant
récursivement ce reproche à son propre père, puis au père de celui-ci, etc,
qui ne lui ont pas non plus demandé son avis avant de le concevoir.
Le spectacle s'est terminé par une reprise de Madhushala.
2010-06-08 02:17+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre des Champs-Élysées — 2010-06-07
Nicolas Rivenq, Don Giovanni
François Lis, Il Commendatore
Sandrine Piau, Donna Anna
Donát Havár, Don Ottavio
Véronique Gens, Donna Elvira
Laurent Naouri, Leporello
Christian Helmer, Masetto
Ingrid Perruche, Zerlina
Jean-Claude Malgoire, direction musicale
Pierre Constant, mise en scène
Grégory Voillemet, assistant à la mise en scène
Roberto Platé, décors
Jacques Rouveyrollis, lumières
Jacques Schmidt, Emmanuel Peduzzi, costumes
Béatrice Massin, chorégraphie
Ensemble vocal de l'Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Écurie et la Chambre du Roy
Don Giovanni, Mozart.
Je reviens du TCE où se jouait la première de la reprise de la production de Don Giovanni de Pierre Constant, décor unique de Roberto Platé, direction musicale par Jean-Claude Malgoire de La Grande Écurie et la Chambre du Roy, avec l'Ensemble vocal de l'Atelier Lyrique de Tourcoing et quelques solistes enthousiasmants.
N'étant pas un très grand admirateur de Mozart, je ne vais que très-occasionnellement voir ses opéras. Don Giovanni n'est que le troisième après Die Zauberflöte et Idomeneo.
Je profite pour l'avant-dernière fois du placement que j'ai eu la plupart du temps au TCE cette année : au dernier rang du deuxième balcon, plein centre. Le décor unique, qui est apparemment utilisé pour les trois opéras de la trilogie Da Ponte présentée ces jours-ci, est multi-usages. Une porte escamotable au fond, des ouvertures sur les côtés, une fenêtre, un dalle au centre de la scène permettant d'accueillir la tombe d'Il Commendatore (François Lis). L'opéra est situé à Séville. Les costumes y font penser, sans pour autant que ce fait passe écrase tout.
À part ça, l'action est rondement bien menée dans cet opéra... Don Giovanni (Nicolas Rivenq) veut toutes les femmes. Il en convoite au moins quatre : Donna Anna (Sandrine Piau) et sa servante, Donna Elvira (Véronique Gens), Zerlina (Ingrid Perruche). Leporello (Laurent Naouri) participe, quelque peu désabusé, aux intrigues ourdies par son maître.
Hormis Laurent Naouri et François Lis que j'avais déjà vus dans ces conditions, c'est la première fois que je voyais les autres dans un opéra en version scénique. Si j'ai aimé les prestations de tous ces chanteurs, j'ai été tout particulièrement été impressionné par les qualités de Véronique Gens, son chant, son attitude (malgré l'austère robe noire qu'elle porte à la fin, peu pratique pour venir saluer...). Elle joue vraiment bien celle qui, malgré toutes les tromperies, voudra toujours croire que Don Giovanni peut l'aimer sincèrement. Sandrine Piau me fait aussi une très bonne impression, notamment dans son grand air au deuxième acte. Ingrid Perruche incarne la belle paysanne pas si naïve que ça et qui pourtant échangerait bien des faveurs contre une promotion sociale.
Le duo de comédiens-chanteurs de Laurent Naouri et Nicolas Rivenq est très vivant. En vérité, leurs personnages conduisent l'action de tous les autres et ces artistes-là le font très bien, et parfois de façon très spectaculaire.
Ce ne peut-être pas mon spectacle lyrique préféré de la saison (c'est qu'il y a de la concurrence avec notamment La Bohème, Platée, The Fairy Queen, Norma, La Sonnambula, La Cenerentola, Les Contes d'Hoffmann), mais je trouve qu'il est quand même sacrément bien...
2010-06-06 02:33+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-06-05
Robert Dean Smith, Siegmund
Günther Groissböck, Hunding
Thomas Johannes Mayer, Wotan
Ricarda Merbeth, Sieglinde
Katarina Dalayman, Brünnhilde
Yvonne Naef, Fricka
Marjorie Owens, Gerhilde
Gertrud Wittinger, Ortlinde
Silvia Hablowetz, Waltraute
Wiebke Lehmkuhl, Schwertleite
Barbara Morihien, Helmwige
Helene Ranada, Siegrune
Nicole Piccolomini, Grumgerde
Atala Schöck, Rossweisse
Philippe Jordan, direction musicale
Günter Krämer, mise en scène
Jürgen Bäckmann, décors
Falk Bauer, costumes
Diego Leetz, lumières
Otto Pichler, mouvements chorégraphiques
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Die Walküre, Wagner
Avant de passer à Bastille (où les forces de l'ordre occupent les marches de l'Opéra, les sans-papiers étant sur le trottoir), je suis allé faire un dernier tour à l'exposition Miniatures et peintures indiennes à la BnF (dernier jour : ce dimanche).
À 18h, début de la deuxième représentation de La Walkyrie dans la nouvelle production de Günter Krämer. Les commentaires sur la mise en scène à propos de la première étaient très-unanimement négatifs. La mise en scène et les décors ne m'ont pas du tout plu. Il faut attendre la toute fin de l'opéra pour voir une belle image, encore qu'elle soit gâchée par un dernier soubresaut de la mise en scène...
Sieglinde a été contrainte d'épouser Hunding. Un jour, elle accueille un homme, qu'elle va aimer et qui va s'avérer être son frère jumeau Siegmund. Hunding est le premier à remarquer la ressemblance entre les deux. Il défie l'importun en duel. Les règles de l'hospitalité exigent que les hostilités ne commencent que le lendemain. À la fin du premier acte se trouve mon passage préféré de cet opéra : le long duo entre Sieglinde et Siegmund. Elle lui révèle l'existence d'une épée (qui sera nommée Nothung), durablement plantée dans un arbre, mais que personne n'a jusques à maintenant réussi à enlever. Cette arme est celle qui devrait permettre à Siegmund de vaincre Hunding.
Au Walhalla, Wotan confie à la Walkyrie Brünnhilde la mission d'aider Siegmund dans ce combat, mais son épouse Fricka le force à changer son ordre : Siegmund et Sieglinde ont bafoué le lien sacré du mariage dont elle est la protectrice (que Wotan, qui tel Jupiter ou Zeus est le premier à enfreindre). En expliquant sa nouvelle mission à Brünnhilde, il fait au passage un résumé du prologue (L'Or du Rhin). Brünnhilde vient expliquer à Siegmund qu'il va mourir parce que Wotan a désenchanté l'épée. Abasourdie par son attachement à Sieglinde, elle décide de les aider (respectant ainsi l'ordre que lui avait donné Wotan avant qu'il ne change d'avis). Siegmund sera effectivement tué au combat contre Hunding (Wotan étant intervenu pour briser l'épée), mais Brünnhilde s'en est allée avec Sieglinde.
Le troisième acte commence avec la Chevauchée des Walkyries. Dans cette production, les Walkyries purifient et raniment des guerriers morts au combat (ils sont nus et ensanglantés). Brünnhilde les rejoint avec Sieglinde. Elle demande de l'aide pour que Sieglinde puisse s'enfuir. Comme il s'agit d'aller contre les volontés du père (Wotan), aucune ne veut donner son cheval. Quand Brünnhilde annonce que Sieglinde est enceinte, l'opposition se fait un tout petit peu moins forte : on indique à Sieglinde dans quelle direction elle doit s'en aller, vite avant que Wotan n'arrive. Celui-ci maudit Brünnhilde. Elle est déchue de son statut de Walkyrie. Il va l'endormir et elle devra épouser et obéir à celui qui la découvrira. En insistant beaucoup, Brünnhilde arrive à obtenir que celui-là ne soit pas un lâche : son sommeil sera gardé par les flammes.
J'ai particulièrement aimé les prestations vocales de Ricarda Merbeth
(Sieglinde) et Robert Dean Smith (Siegmund), notamment à la fin du premier
acte. Dans les autres rôles principaux, j'ai été impressionné par Katarina
Dalayman (Brünnhilde) et Thomas Johannes Mayer (Wotan). Il y avait aussi
Yvonne Naef (Fricka), Günther Groissböck (Hunding) et huit Walkyries. Le
chef d'orchestre Philippe Jordan et l'orchestre de l'Opéra de Paris ont été
applaudis comme jamais (en fait, des Bravo
se sont fait entendre
avant-même que la musique ait commencé).
Si musicalement, c'était très beau, visuellement, cela l'était beaucoup moins. Cela commence par une scène de massacre (où des guerriers s'acharnent particulièrement sur une femme) pendant l'ouverture. Les morts vont rester là pendant tout le premier acte. Autant je peux comprendre qu'on ait envie d'évoquer la violence passée entre les différents clans qui s'affrontent, autant cela fait bizarre de voir par exemple Sieglinde enjamber des cadavres. En outre, à titre d'exemple d'une des manières les plus grossières qui se puissent concevoir pour desservir la musique, on verra, et surtout on entendra, dans la deuxième moitié de ce premier acte de l'eau ruisseler sur une surface faisant toute la largeur du plateau de scène.
Au deuxième acte, on se goinfre de pommes au Walhalla. On est loin de la délicatesse avec laquelle Freia les amassait dans l'Or du Rhin. Dans son long duo avec Siegmund, Brünnhilde aligne des pommes au sol pour faire un grand cercle... La façon dont Siegmund (et Hunding) meurt est très confuse. Il se fait entourer par les hommes de Hunding en habits militaires. Wotan vient toucher sa lance qui est plantée à l'avant-scène. Les militaires desserrent les rangs. On voit Siegmund allongé avec ce qui pourrait être un fusil à baïonnette planté dans le ventre. Ce n'est vraiment pas convaincant. En effet, on ne voit pas Hunding combattre et l'intervention de Wotan n'est suggérée que par un contact avec sa lance à l'écart de l'action.
À propos du troisième acte, je n'ai rien contre la séance de remise en état de marche des guerriers par les walkyries. Néanmoins, à l'arrière de la scène, derrière un rideau semi-transparent (où l'on verra quelques lignes d'une écriture manuscrite indéchiffrable par moi), on aperçoit des figurants portant des masques évoquant apparemment des chevaux en train d'exécuter des mouvements chorégraphiques un peu ridicules (je pense qu'on n'en aurait pas voulu au metteur en scène de ne pas rappeler qu'il s'agissait d'une chevauchée). Plus tard, on voit Wotan poser un corps entouré d'une couverture sur une table. Qui est-ce ? Siegmund ? Mystère. Passons. De façon incompréhensible, le rideau est baissé pour un interlude musical au terme duquel on retrouve en scène les mêmes protagonistes : Wotan, Brünnhilde et la table. À la fin de l'opéra, Brünnhilde s'allonge sur la table et semble s'endormir. Le lieu difficile d'accès où elle va reposer se dévoile progressivement dans un tableau vraiment superbe, mais, alors qu'en principe, tout est accompli, Brünnhilde descend de la table et finalement, se dit que c'est mieux de s'allonger dessous.
Cela dure 3h45 sans compter les deux entr'actes de 45 et 30 minutes. Vu que le spectacle commence à 18h, on sort presque à une heure raisonnable.
PS: Il ne s'agit là que de mon avis subjectif sur cette représentation. Je découvre les opéras de la tétralogie au fur et à mesure (je vais essayer d'intercaler quelques lectures avant de voir Siegfried l'année prochaine) et n'ai pas beaucoup d'éléments de comparaison. D'autres plus expérimentés ont vraiment aimé. Pour ma part, peut-être ai-je été tellement déçu par la mise en scène du premier acte que je n'ai ensuite plus vu que les défauts. (À propos de cet premier acte, le décor me semble difficile à lire depuis le deuxième balcon : peut-être ma vue baisse-t-elle, mais même avec les jumelles, je ne parvenais pas à bien voir les empilements façon trophée de chasse du décor qui se passe chez Hunding. A posteriori, il me semble évident qu'il s'agissait de casques de guerriers tués lors de conflits précédents.).
2010-06-02 12:35+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Ou pourquoi on ne trouvera guère ici de comptes-rendus de spectacles de l'Opéra Comique l'an prochain...
La vente de places de spectacles est un jeu qui peut parfois être un peu
compliqué, plus sophistiqué que le principe du premier arrivé, premier
servi
.
Dans mon expérience, la palme du système le plus compliqué est remportée haut la main par l'Opéra de Paris. En simplifiant un peu, les différentes manières d'y réserver une place sont, dans un ordre correspondant essentiellement à la chronologie et aux priorités :
L'avantage que je tire de ce système est que si je n'inclus pas un spectacle dans mon abonnement, je sais que j'aurai encore la possibilité d'acheter des places plus tard. Si je n'ai pas envie de payer trop cher (par exemple, parce qu'il ne restera plus de places dans la catégorie la moins chère vendue sur Internet), il me reste encore la possibilité d'aller faire la queue au guichet le jour de la mise en vente.
Le jeu
est très compliqué, mais pourtant, ses règles sont
compréhensibles pour le lecteur attentif de la brochure de l'Opéra de Paris
(toutes les informations ne sont pas sur le site Internet, voyez ici pour le calendrier de mise en vente sur Internet et aux
guichets pour la saison 2010/2011). Bien sûr, on ne vous dira pas dans la
brochure que si la vente aux guichets commence bien à 10h30, les portes
auront ouvert à 9h30 et que des fous auront attendu dans le froid depuis 6h
ou bien avant...
Les systèmes de vente du Théâtre des Champs-Élysées, de la Salle Pleyel
et du Théâtre du Châtelet sont apparemment moins compliqués. En gros, il y
a les abonnements (qui ne donnent droit qu'à un certain sous-ensemble des
catégories de places), et puis il y a une date de mise en vente des places
de toutes les catégories : premier arrivé, premier servi
.
Il me semble que jusques à l'année dernière, l'Opéra Comique rentrait
dans ce groupe de maisons qui à partir d'une certaine date (vers juin)
mettent en vente leurs billets à l'unité, notamment sur Internet. C'est par
ce moyen que j'ai acheté toutes mes places à l'Opéra Comique. À la lecture
de la brochure de cette année (très alléchante : j'étais presque tenté par
un abonnement Tutti 8
pour voir tous les opéras programmés, quitte à
ce que ce soit dans une catégorie de prix supérieure à celle que je
pratique habituellement, hausse de prix en partie compensée par les
réductions accordées), il me semble que rien ne laissait présager que cela
changerait. Or, hier, à 11h, la réservation n'était pas proposée pour tous
les opéras et rumeurs
, quand cela a été possible, il y a eu des
messages d'erreurs, et quand ceux-ci se sont dissipés, il apparut
clairement que seules les trois premières catégories de places étaient
proposées à la vente sur Internet. Bref, les règles du jeu ont été
modifiées sans avis préalable (et a posteriori, on ne trouve aucun
message sur le site Internet de l'Opéra Comique disant que les places de
catégories 4, 5, 6, ce n'est pas sur Internet qu'on les trouve). Si cela
avait été annoncé, et clairement, je n'aurais rien trouvé à redire : je
n'aurais juste pas pu aller à faire la queue hier à l'Opéra Comique,
j'aurais peut-être trouvé une autre solution, ou je me serais tout
simplement résolu à payer plus cher. Je veux bien que le système de vente
soit complexe, pourvu que la règle du jeu soit publique. Cette année, cela
n'a pas été le cas, et je trouve que c'est une attitude tout à fait
méprisable de la part de cette institution que je trouvais jusque là des
plus sympathiques (bonne programmation, accueil bienveillant, un beau
design et un contenu intéressant pour les brochures de programme,
un site Internet non bridé).
J'aurais sans doute boycotté totalement l'Opéra Comique l'année prochaine pour cette raison s'ils n'avaient pas programmé Le Freischütz, mais j'ai tellement envie d'entendre cet opéra (même chanté en français et avec des passages parlés dans la tradition française de l'Opéra Comique plutôt qu'avec des récitatifs) que je ferai une petite exception (ajout du 29 juin : un tout petit peu plus, ayant découvert par hasard que le site avait été débridé).
Du coup, cela me libère un peu de budget pour les Concerts Philippe Maillard (que j'ai un peu délaissés ces dernières années puisque leur brochure est une des dernières à sortir), dont la programmation vient d'être annoncée.
2010-05-26 01:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-05-25
Ludwig Minkus, musique, réalisée et adaptée par John Lanchbery
Marius Petipa, Sergueï Khoudekov, livret
Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène d'après Marius Petipa
Ezio Frigerio, décors
Franca Squarciapino, costumes
Vinicio Cheli, lumières
Kevin Rhodes, direction musicale
Emmanuel Strosser, piano
Frédéric Vaysse-Knitter, piano
Agnès Letestu, Nikiya
José Martinez, Solor
Émilie Cozette, Gamzatti
Allister Madin, Le Fakir
Yann Saïz, Le Grand Brahmane
Stéphane Phavorin, Le Rajah
Christine Peltzer, Aiya, servante de Gamzatti
Audric Bezard, L'Esclave
Marc Moreau, L'Idole dorée
Charline Giezendanner, Danse Manou
Sabrina Mallem, Première variation
Mathilde Froustey, Deuxième variation
Marie-Solène Boulet, Troisième variation
Ballet de l'Opéra
Élèves de l'École de danse de l'Opéra
Orchestre Colonne
La Bayadère, ballet en trois actes (production créée pour le Ballet de l'Opéra national de Paris le 8 octobre 1992)
Cette année, s'il y a un spectacle du Ballet de l'Opéra que je ne voulais pas manquer — en fait, je suis bien parti pour n'en manquer aucun — c'est bien La Bayadère, dans la version de Rudolf Noureev (1992) d'après Marius Petipa.
La bayadère Nikiya (Agnès Letestu) est aimée du kshatriya Solor (José Martinez), et du grand brâhmane (Yann Saïz). Le rajah de Golconde (Stéphane Phavorin) veut marier sa fille Gamzatti (Émilie Cozette) au-même Solor. Ceci pose problème à Nikiya, ainsi qu'à tout le monde vu qu'avec Solor, ils se sont juré fidélité. On complote contre la bayadère. Alors qu'elle danse pour les fiançailles de Solor et Gamzatti, on lui offre un panier qui contient un serpent venimeux... Plus tard, les deux amants se retrouvent au royaume des ombres.
C'est du grand spectacle. Les décors et costumes sont superbes. Bien
sûr, il s'agit plus de montrer une Inde phantasmée, encore plus irréelle
que la vision bollywoodienne qu'en donne par exemple Devdas (voir
notamment une scène avec Madhuri Dixit Maar Dala pour une
idée de ce que cela peut donner), que de présenter une vision conforme à la
réalité. En effet, même le temple indien le plus tarabiscoté ne ressemble
pas à celui du décorateur. Les femmes indiennes portent tout à fait
autrement leur sari. On a jamais vu un grand brâhmane
aussi
richement paré, etc, etc. Mais, qu'est-ce que ça brille !
On en prend donc plein les yeux, surtout au deuxième acte, avec
l'arrivée de Gamzatti en palanquin, celle de Solor sur un éléphant (quoique
faux, contrairement à celui de la mise en scène de Padmâvatî par Sanjay Leela Bhansali au Châtelet), et des
danses nombreuses et variées, comme celle des perroquets ou celle de
l'Idole dorée (Marc Moreau) ; il y a aussi une danse indienne
qui
fait penser à des danses du Penjab.
L'ambiance de fête se suspend brutalement quand la bayadère Nikiya entame sa danse langoureuse au son des violoncelles. Un moment magique.
Au cours du troisième acte, on peut apprécier le défilé et les alignements d'un groupe de trente deux danseuses lors de la fameuse Entrée des ombres. Ce troisième acte fait bien sûr penser au deuxième de Giselle. Ensemble ou séparément, José Martinez et Agnès Letestu effectuent de nouvelles prouesses, et les trois danseuses Sabrina Mallem, Mathilde Froustey et Marie-Solène Boulet dansent de belles variations.
La musique de Minkus semble présenter en soi moins d'intérêt que d'autres musiques de ballet. Il paraît que c'est la faute des photocopieuses soviétiques : la partition ramenée par Noureev était incomplète.
Ailleurs : Klari.
2010-05-14 19:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Théâtre
Opéra Garnier — 2010-05-13
Martin Haselböck, direction musicale
John Malkovich/Michael Sturminger, mise en scène
Birgit Hutter, costumes
Christoph Willibald Gluck, Luigi Boccherini, Wolfgang Amadeus Mozart, Joseph Haydn, Ludwig van Beethoven, Carl Maria von Weber, musique
John Malkovich, comédien
Bernarda Bobro, soprano
Aleksandra Zamojska, soprano
Orchester Wiener Akademie
La comédie infernale, confessions d'un seriel killer, théâtre musical de Michael Sturminger et Martin Haselböck
Il est des spectacles de l'Opéra qui sont bien cachés dans le programme.
Les aurait-on repérés dans la brochure que, la campagne d'abonnements
passée, il faudrait encore s'en souvenir le moment venu pour faire une
réservation. Ce n'était pas mon cas en ce qui concerne le spectacle La
comédie infernale, confessions d'un serial killer. Lors d'une visite
récente sur le site de l'Opéra, le titre aura sans doute paru dans la liste
des spectacles pour lesquels des billets étaient mis en vente et par
curiosité, j'aurai cliqué et saisi ainsi l'occasion de voir depuis les
premières loges
John Malkovich sur la scène du Palais Garnier.
Il s'agit d'un spectacle de théâtre musical inspiré par la vie et la mort de Jack Unterweger, un serial-killer autrichien ayant été condamné vers 1974, qui fut gracié et relâché en 1990 à la suite de pétitions en faveur d'un homme qui était devenu écrivain en prison. Quand des meurtres semblables aux précédents — prostituées étranglées dans leurs soutiens-gorge — surviendront, il sera à nouveau condamné en 1994. S'étant suicidé avant d'avoir pu faire un éventuel appel de cette condamnation, il jouit de la présomption d'innocence...
Alors qu'il a menti toute sa vie et qu'il est aux Enfers depuis une
quinzaine d'année, Jack Unterweger décide d'écrire la vérité dans un livre
Confessions d'un serial-killer
et, suivant la recommandation de ses
éditeurs, il se donne en spectacle pour vanter les mérites de son livre.
Différentes femmes ayant gravité autour de lui s'incarnent sur scène à ses
côtés en interprétant des airs d'opéra de Gluck, Boccherini, Vivalvi,
Mozart, Beethoven, Haydn et Weber correspondant à la situation dramatique.
La partie musicale est assurée par l'Orchester Wiener Akademie dirigé par
Martin Haselböck (qui a une drôle de manière de diriger ses cuivres : il
lance très-ostensiblement sa main dans la direction de celui qui doit
jouer) et les deux sopranos Bernarda Bobro et Aleksandra Zamojska. Si la
voix de la deuxième m'a paru manquer un peu de puissance dans son premier
air, l'autre m'a bien plu, notamment dans la scène de Bérénice
Berenice, che fai de Haydn.
Le personnage qu'interprète John Malkovich est drôle, dans un genre très
cynique. Les rires sont parfois un peu à contretemps, vu que le texte parlé
de Michael Sturminger est en anglais the international language of
love
, surtitré en français. À un moment donné, il s'énerve contre son
ordinateur (un Mac donné par son éditeur ; il préférerait un PC) alors
qu'il va lire des extraits de la page Wikipédia le
concernant et ironiser à propos des erreurs qu'elle contiendrait. Je ne
suis pas mécontent d'avoir assisté à ce spectacle de théâtre lyrique d'un
peu moins de deux heures.
2010-05-08 02:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-05-07
Laura Aikin, Olympia
Inva Mula, Antonia
Béatrice Uria-Monzon, Giulietta
Ekaterina Gubanova, La Muse/Nicklausse
Giuseppe Filianoti, Hoffmann
Cornelia Oncioiu, Une Voix
Rodolphe Briand, Spalanzani
Jason Bridges, Nathanaël
Alain Vernhes, Luther, Crespel
Léonard Pezzino, Andres, Cochenille, Frantz, Pitichinacio
Franck Ferrari, Lindorf, Coppélius, Dr Miracle, Dapertutto
Vladimir Kapshuk, Hermann
Yuri Kissin, Schlemil
Jesus Lopez-Cobos, direction musicale
Robert Carsen, mise en scène
Michael Levine, décors et costumes
Jean Kalman, lumières
Philippe Giraudeau, mouvements chorégraphiques
Patrick Marie Aubert, chef de chœur
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Les Contes d'Hoffmann, Offenbach
Je n'avais encore jamais vu la production du dernier opéra d'Offenbach qui repasse ce mois-ci à l'Opéra Bastille. La mise en scène de Robert Carsen des Contes d'Hoffmann est absolument superbe. C'est assurément un des tout meilleurs spectacles d'opéra que j'aie vu.
L'opéra se passe pendant une représentation de Don Giovanni dans laquelle chante Stella, la femme dont est éprise Hoffmann. Ainsi, tout naturellement, les décors font de l'opéra dans l'opéra. Durant le prologue, on voit ainsi le décor de l'opéra de Mozart faire un travelling latéral. Quand il en sort, on voit les coulisses, ainsi que Hoffmann et ses amis en train de bien boire. Alors qu'il leur raconte l'histoire de Kleinzach à la cour d'Eisenach, son esprit se fixe sur trois femmes qu'il a aimées : Olympia, Antonia, Giulietta. Chacune est évoquée pendant un acte. Pour nous accompagner ainsi qu'Hoffmann dans ce retour en arrière, la Muse d'Hoffmann a pris l'apparence de Nicklausse, un ami d'Hoffmann.
Dans l'acte d'Olympia, le monde de l'opéra sera présent via des musiciens et un chef côté cour tandis que les invités de Spalanzani dansent dans de riches costumes. Hoffmann tombe amoureux de l'automate Olympia, une authentique poupée.
Dans celui d'Antonia, les personnages évoluent dans un décor de fosse d'orchestre et de scène d'opéra. La défunte mère d'Antonia était cantatrice : sa voix se fera entendre depuis cette scène alors qu'elle porte une robe à crinoline. Comme elle, Antonia mourra d'avoir trop chanté.
Enfin, dans celui de la vénale Giulietta, nous voyons la scène par l'arrière, avec des rangées de fauteuils dans le fond. Ces rangées peuvent osciller latéralement de façon à faire penser aux gondoles de Venise. À un moment, les chanteurs chantent pour nous, puis ils se tournent pour saluer les faux spectateurs. Les fauteuils étant de couleur rouge, on se croirait presque à un concert Salle Pleyel.
L'épilogue referme l'opéra conformément aux commencements. Ainsi, Hoffmann reprend où il en était de l'histoire de Kleinzach, la Muse remet ses habits antiquisants (et sa lyre). Elle s'en va avec Hoffmann sur la scène nue.
Tout ceci est servi avec d'excellents chanteurs. J'ai tout particulièrement apprécié Giuseppe Filianoti (Hoffmann), Ekaterina Gubanova (La Muse/Nicklausse), Laura Aikin (Olympia), Inva Mula (Antonia) et Franck Ferrari (Lindorf, Coppélius, Dr Miracle, Dapertutto).
L'opéra fantastique
ayant été créé après la mort du compositeur,
de nombreux remaniements ayant été faits en préparation de la création et
l'orchestration ayant dû être terminée par Ernest Guiraud, les commentaires
que j'avais déjà lus sur cet opéra ainsi que ceux du programme donnent
l'impression que l'ensemble est un sacré plat de spaghettis qui doit être
recomposé pour chaque production de cet opéra, au fil des différentes
traditions d'interprétations et de découvertes nouvelles de documents de
l'époque. Parmi les différentes curiosités, on peut noter qu'il existe des
versions avec passages parlés alors que dans d'autres (comme dans cette
production), ceux-ci sont transformés en récitatifs. Par ailleurs, la
longueur de l'acte d'Antonia est très variable : lors de la création, il
avait carrément été supprimé. Il souffre de la comparaison avec les actes
d'Olympia et d'Antonia ; musicalement, on a néanmoins la Barcarolle et
l'air de Dapertutto Scintille diamant (dont j'avais entendu parler
comme n'étant pas authentique
, mais que j'ai découvert avec surprise
au cours de la représentation). De même, je ne connaissais pas le sextuor
qui commence par Hélas ! mon cœur s'égare encore (tiens, en fait
peut-être que si, mais avec d'autres paroles...).
Parmi mes morceaux préférés dans cet opéra, il y a l'air de Nicklausse Vois sous l'archer frémissant. Si j'ai aimé le chant d'Ekaterina Gubanova, j'ai été très surpris, voire traumatisé, par les choix de direction du chef d'orchestre (Jesus Lopez-Cobos) : les violons se retrouvaient parfois escamotés par le volume sonore d'autres instruments.
Une nouvelle fois, le public scolaire s'est montré pénible. Une bonne
proportion des derniers rangs étaient occupés par des élèves. Sur ma
droite, il a fallu une petite remarque chuchotée bien sentie pour que je
n'entende plus le commentaire en direct de l'opéra. Par-devant moi, un
écran de téléphone portable est allumé : une fille y joue à un
casse-briques. Au moins, elle le fait silencieusement... Dans les
catégories d'âge plus évoluées, derrière moi, à propos de Nicklausse,
j'entends notamment On dirait que c'est une femme, non ?
. À ma
gauche, un couple devise sans trop faire de bruit, mais quand la demoiselle
a besoin d'un mouchoir, j'ai droit à l'attrapage de sac à main, l'ouverture
de fermeture éclair, le fouillage de sac... la fermeture éclair qui se
clôt, etc. Au secours !
2010-05-07 16:43+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2010-05-06
Rolando Villazón, ténor
Lucy Crowe, soprano
Gabrieli Consort & Players
Paul McCreesh, direction
Œuvres de Händel
Hier soir, j'ai assisté au récital de Rolando Villazón salle Pleyel. Vu l'inflation des prix dans ce type de soirées (130€ en première catégorie), j'avais opté pour une place à 10€, achetée en janvier dans les dix minutes ayant suivi la réception du mail de la salle Pleyel annonçant la programmation de ce concert.
Je me suis donc retrouvé au deuxième balcon, au bout du tout dernier rang. J'y reste vu que le réseau de rambardes métalliques ne gêne absolument pas ma vue sur la scène. J'y suis très seul : l'essentiel des places proches sont vides, leurs occupants ayant préféré se replacer.
Quand les Gabrieli Consort & Players dirigés par Paul McCreesh commencent l'Arrivée de la Reine de Saba de l'oratorio Solomon de Händel, je suis surpris par le volume sonore, pas tant atténué que cela. Restait la question de savoir si cet effet acoustique se perpétuerait quand le ténor Rolando Villazón allait chanter (pas un mot sur ses problèmes de voix récents dans le programme). Aucun problème de ce côté-là, il se fait très bien entendre jusqu'au tout dernier rang. Les airs, tous händeliens, sont de plus en plus enthousiasmants (airs de Rodelinda, Serse, Ariodante, Tamerlano) jusqu'au deuxième bis qui déclenche une standing ovation dans les premiers rangs du parterre.
En complément de programme, il y avait aussi le Concerto grosso op. 3 nº2 en si bémol majeur et le concerto pour hautbois nº3 en sol mineur, HWV 287, et surtout deux airs de Cleopatra dans Giulio Cesare in Egitto superbement chantés par la soprano Lucy Crowe.
PS : En fait, on l'entend très bien même quand, de dos, il chante pour l'arrière-scène...
2010-04-30 12:23+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-04-29
Kim Begley, Edward Fairfax Vere
Lucas Meachem, Billy Budd
Gidon Saks, John Claggart
Michael Druiett, Mr Redburn
Paul Gay, Mr Flint
Scott Wilde, Lieutenant Ratcliffe
Andreas Jäggi, Red Whiskers
Igor Gnidii, Donald
Yuri Kissin, Dansker
François Piolino, The Novice
John Easterlin, Squeak
Franck Leguérinel, Bosun
Chae Wook Lim, First Mate
Jian-Hong Zhao, Second Mate
Paul Crémazy, Maintop
Vladimir Kapshuk, The Novice's Friend
Guillaume Petitot-Bellavène, Arthur Jones
David Fernandez Gainza, Gunner's Mate
Christian-Rodrigue Moungoungou, Voice Answering from the Distant Boat
Andrea Nelli, Sailor
Robert Catania, Solo ténor
Lucio Prete, Solo baryton
Shin Jae Kim, Solo basse
Jeffrey Tate, direction musicale
Francesca Zambello, mise en scène
Alison Chitty, décors et costumes
Alan Burrett, lumières
Patrick Marie Aubert, chef de chœur
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Billy Budd, Britten
L'Opéra de Paris a semble-t-il eu du mal à remplir la salle de Bastille pour les représentations de Billy Budd de Britten. C'est dommage, car si la musique de Britten est certes parfois quelque peu déroutante, c'est une belle production d'opéra.
Adapté d'une nouvelle de Melville, cet opéra raconte un épisode de la vie à bord de L'indomptable, en guerre contre les Français. Des années après, le capitaine Edward Fairfax Vere (Kim Begley, Loge dans Das Rheingold récemment) se souvient de 1797. Le jeune, beau, loyal et bon Billy Budd avait été enrôlé sur le navire ; son seul défaut est qu'en cas d'émotions fortes, il se met à bégayer. À l'opposé, le Mal est représenté par le maître d'armes John Claggart. Il est attiré par lui, mais il affirme vouloir détruire l'incarnation de ces qualités qui lui sont étrangères dans le très beau passage du premier acte Handsome... O beauty, o handsomeness, goodness! Would that I ne'er encountered you!. Il conspire contre Billy Budd en essayant de le faire passer pour un déloyal, susceptible de lancer une mutinerie.
La proximité d'un navire français empêche temporairement à Claggart de dénoncer Budd au capitaine. L'équipage se prépare au combat. Les canons n'ont pas la portée suffisante pour atteindre l'ennemi et le vent insuffisant empêche de le rattraper. Aucun Français ne sera maltraité dans cet opéra. Claggart est maintenant libre de lancer son foudre sur Billy Budd. Le capitaine ne peut croire à ses contes. Quand Budd doit écouter en sa présence les fausses accusations du maître d'armes, son bégayement l'empêche de répondre. Ce qu'il aurait voulu dire en mots, il l'exprime de son poing. Claggart s'effrondre raide mort sous le coup. Alors qu'il sait Billy Budd innocent, il laisse son procès se faire. Budd sera pendu. Alors que Vere se reproche son attitude, Billy Budd le bénit. À sa mort, la confusion règne dans l'équipage. Dès années plus tard, Vere se dit qu'il aurait pu le sauver.
Contrairement au deuxième acte pendant lequel je n'ai pas vu le temps passer, le premier acte m'a semblé un petit peu long. Le décor unique est un carré de parquet incliné dont un angle est dirigé vers la salle. Sur la droite, un mat dont la forme fait penser à une Croix de Lorraine. La référence au christianisme est assez évidente. Les lumières, très belles, accentuent explicitement la forme de croix en la projetant en ombre sur le sol ; au milieu de son torse nu, une ligne verticale et une autre horizontale inscrivent une forme de croix sur le corps du héros. Au deuxième acte, on découvre qu'une subdivision du carré de parquet le long d'une diagonale permet de modifier l'inclinaison de la partie dirigée vers la fosse. Quand elle est relevée, les hommes d'équipage peuvent s'y préparer au combat. Cela permet aussi à la scène de la confrontation entre Claggart et Budd de se tenir dans un espace plus confiné. La réduction de l'espace scénique pour les besoins des différentes scènes est en fait réalisé de diverses manières : un rideau de scène peut être descendu pour ne laisser qu'un petit coin pour l'air de Claggart du premier acte, les lumières peuvent laisser dans l'obscurité tout sauf ce même coin à un autre moment. Bref, la mise en scène (de Francesca Zambello) s'inscrit très intelligemment dans le décor et les lumières, ce qui donne un cadre visuellement beau pour ces deux fois 1h20 de musique continue.
2010-04-25 22:09+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2010-04-24
Subhra Guha, chant (khyal et thumri)
Sanjukta Bishwas, harmonium et chant
Sanju Sahai, tabla
Sudipta Remy, tampura
J'ai assisté hier soir au concert de Subhra Guha au Théâtre de la Ville (Abbesses). Il s'agissait de chant khyal et thumri (Nord de l'Inde). C'était seulement la deuxième fois que j'en entendais ; la première fois, c'était lors des vingt-quatre heures du Râga durant lesquelles Kaushiki Chakraborty avait chanté.
L'instrumentation comporte un harmonium, un tampura et des tablas. Le
tempo est très lent au début, comme souvent dans la musique indienne, et
les tablas n'entrent en scène que plus tard, mais au cours de ce concert,
le rythme ne sera jamais rapide, juste un peu moins lent, le but n'est
manifestement pas de briller, mais d'oser faire entendre une forme aussi
austère de chant à un public que la chanteuse aura flatté par avance (et à
la fin, disant que le public parisien, c'était vraiment Something
else!
).
La première pièce (khyal) du concert va ainsi se développer
majestueusement sur un petit peu moins d'une heure ! Viendront ensuite un
chant thumri, une troisième pièce et une quatrième (Bhairavi). On entendra
parfois la chanteuse improviser en prononçant le nom des notes de la gamme.
Concernant d'éventuels mots articulés, le seul que j'aie compris de tout le
concert est Govindaswami
.
2010-04-25 12:32+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Bien que n'ayant aucune formation musicale, je constate qu'à force d'aller à des concerts, il m'est devenu assez facile de reconnaître le style de quelques compositeurs. Quand je branche la radio sur France Musique et que je tombe au milieu d'un extrait, je ne peux donc m'empêcher, si je ne reconnais pas le morceau directement, d'essayer de déterminer le compositeur ou au moins la période. Souvent, ça marche.
Parfois, le détecteur bugge complètement, comme avec l'extrait d'opéra sur lequel je suis tombé hier. Par certaines fioritures, ça me fait penser que ç'a été écrit à l'époque de Mozart, sinon par lui-même. Je me rends compte que c'est chanté en allemand : les possibilités sont réduites. La tournure que prend l'extrait me ferait plutôt penser à Wagner. Je me retrouve ainsi à attendre compulsivement que l'extrait se termine pour savoir quel est ce compositeur qui m'a mis dans une contradiction assez opposant lamentablement Mozart et Wagner...
Conclusion : il s'agissait d'un extrait (chanté par Karita Mattila) d'un opéra créé en 1821 : Der Freischütz de Weber. Je ne connaissais que L'invitation à la valse (utilisée dans le ballet Le spectre de la rose) et l'ouverture de cet opéra, qui sera joué à l'Opéra-Comique l'année prochaine dans l'adaptation française de Berlioz.
2010-04-22 01:16+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-04-21
Maurice Ravel, musique (concerto pour piano et orchestre en sol majeur)
Jerome Robbins, chorégraphie (1975) réglée par Jean-Pierre Frohlich
Erté, décors et costumes
Jennifer Tipton, lumières
Koen Kessels, direction musicale
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Elena Bonnay, piano
Ballet de l'Opéra
Aurélie Dupont
Nicolas Le Riche
En Sol
Nico Muhly, musique originale
Benjamin Millepied, chorégraphie (2008) et costumes
Patrice Besombes, lumières
Kurt Froman, assistant du chorégraphe
Frédéric Lagnau, piano
Bruno Flahou, trombones
Jean Raffard, trombones
Marie-Agnès Gillot
Dorothée Gilbert
Vincent Chaillet
Nicolas Paul
Triade
Frédéric Chopin, musique (quatre nocturnes pour piano, op. 27 nº1, op. 55 nº1 et 2, op. 9 nº2)
Jerome Robbins, chorégraphie (1970) réglée par Jean-Pierre Frohlich
Anthony Dowell, décors et costumes
Jennifer Tipton, lumières
Ryoko Hisayama, piano
Ludmila Pagliero, Jérémie Bélingard
Agnès Letestu, Stéphane Bullion
Delphine Moussin, Nicolas Le Riche
In the Night
Frédéric Chopin, musique (pièces pour piano)
Clare Grundman, arrangements et orchestration
Jerome Robbins, chorégraphie (1956) réglée par Jean-Pierre Frohlich
Rideau de scène d'après Saul Steinberg
Irene Sharaff, costumes
Jennifer Tipton, lumières
Vessela Pelovska, La pianiste
Julien Meyzindi, Un homme (avec écharpe)
Laurène Levy, Clara Delfino, Deux demoiselles
Dorothée Gilbert, La ballerine
Laure Muret, Une fille en colère (avec lunettes)
Béatrice Martel, La femme
Alessio Carbone, Le mari
Simon Valastro, L'étudiant timide
Eric Monin, Le contrôleur
Sébastien Bertaud, Un homme
The Concert ou les malheurs de chacun
Je continue mon intégrale des spectacles de danse de l'Opéra de la saison 2009/2010. Plus que trois. Mes réservations pour la prochaine saison sont en cours de traitement...
Aujourd'hui donc, c'était la première du spectacle Hommage à Jerome Robbins. Je découvre avant de partir que je n'aurai pas une de mes places préférées, mais une place centrale à l'amphithéâtre, peu confortable pour mes genoux.
Cela commence par une pièce légère et littorale En Sol sur la musique du concerto pour piano et orchestre en sol majeur de Ravel. Six couples de danseurs. Un beau pas de deux entre Aurélie Dupont et Nicolas Le Riche dans le deuxième mouvement.
Puis Triade, chorégraphié par Benjamin Millepied dont j'avais déjà vu le ballet Amoveo en novembre. Le site de l'Opéra annonce à tort qu'il s'agit d'une création. La musique est du jeune compositeur Nico Muhly. C'est plus agréable à écouter que le Philip Glass qu'il fallait supporter dans Amoveo. La danse est aussi intéressante à voir que dans cet autre ballet de Millepied, quoique le début soit déroutant : les quatre danseurs Marie-Agnès Gillot, Dorothée Gilbert, Vincent Chaillet et Nicolas Paul n'arrêtent pas d'entrer et de ressortir de scène presqu'aussitôt.
Les deux derniers ballets de Robbins au programme utilisent de la musique de Chopin. Dans In the night, on entend quatre nocturnes. Pendant les trois premiers, on assiste à des pas de deux successifs de trois couples. D'abord Ludmila Pagliero/Jérémie Bélingard, puis Agnès Letestu/Stéphane Bullion et enfin Delphine Moussin/Nicolas Le Riche. C'est de plus en plus beau à regarder. Dans le dernier nocturne, les trois couples reviennent. Quelques passages malicieux. Ainsi, par exemple, pendant qu'un des couples (sans doute Moussin/Le Riche) évolue, on voit apparaître sur le côté Paglerio/Bélinguard arriver sur scène pour en ressortir aussitôt par la sortie voisine !
Le dernier ballet The Concert ou les malheurs de chacun ferait presqu'oublier tout le reste. Il s'agit d'une pièce comique. La pianiste Vessela Pelovska entre sur la scène où un piano est installé. Alors que le spectacle est déjà commencé, mais pas encore le spectacle dans le spectacle (un rideau de scène d'après Saul Steinberg aura représenté un théâtre), le public se prend au jeu et applaudit la soliste. Celle-ci caricature les tics des pianistes. Elle s'assied, règle longuement son siège, inspecte le clavier, sort un chiffon pour épousseter le clavier... Elle commence à jouer. Des auditeurs arrivent. Des demoiselles, une fille en colère (avec lunettes, précise le programme), une ballerine (Dorothée Gilbert), un couple, etc. s'installent sur un siège. Un ouvreur lance un jeu de taquin quand il est constaté que certains ne sont pas à leur place. On retire le siège de la ballerine qui ne s'en aperçoit pas tout de suite, la position à l'équerre lui étant toute naturelle (voir l'extrait sur le site de l'Opéra). Cela part ensuite dans tous les sens, alors que le récital de piano continue (quoique l'orchestre intervienne aussi parfois, et dans une orchestration qui n'est pas des plus sérieuses). On rit beaucoup, notamment quand le ballet parodie le ballet classique et montre de manière comique des grossières erreurs de danseurs. Quelque danseuse du corps de ballet se retrouve mal positionnée, se meut à contretemps ; dans un mouvement de groupe, deux danseurs trop rapprochés empêchent une danseuse de passer ; une autre fois, la ballerine doit enjamber en ciseaux des mains lacées. On la verra aussi utiliser toutes les ruses pour attirer l'attention sur elle. Tout ceci est très espiègle. Des ailes frou-froutantes leur étant apparues, les danseurs transformés en papillons nous font entrer dans un monde onirique, jusqu'à ce que la pianiste en ait assez !
2010-04-13 02:59+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Comique — 2010-04-13
Marie Lenormand, Mignon
Ismael Jordi, Wilhelm Meister
Malia Bendi-Merad, Philine
Nicolas Cavallier, Lothario
Blandine Staskiewicz, Frédérick
Christophe Mortagne, Laërte
Frédéric Goncalves, Jarno
Laurent Delvert, Un serveur
Chœur accentus
Orchestre Philharmonique de Radio France
François-Xavier Roth, direction musicale
Jean-Louis Benoit, mise en scène
Laurent Peduzzi, décors
Thibaut Welchlin, costumes
Dominique Bruguière, lumières
Laure Talazac, maquillage
Christophe Grapperon, chef de chœur
Mignon, Ambroise Thomas
Deux-mille-soixante-troisième représentation de Mignon à l'Opéra Comique. Bien que les chanteurs sur scène se fussent écriés que le théâtre prenait feu, il était évident que c'était pour de faux, contrairement à la soirée du 25 mai 1887 au cours de laquelle la deuxième salle Favart fut détruite.
Quand on regarde le passé, il est toujours étonnant de voir que des spectacles qui furent populaires au point que la millième d'un opéra fut jouée du vivant de son compositeur, que la deux-millième eut lieu en 1955 et qu'entretemps, il est presque devenu une rareté.
Le personnage de Wilhelm Meister (adapté de Goethe) hésite entre deux femmes. L'une est Mignon, un jeune enfant qui a oublié ses origines. Elle est l'esclave de Jarno. Elle rapporte quelque revenu en exécutant la danse des œufs. Elle se rebelle. Wilhelm passe par là, rachète sa liberté. Elle devient son page. Ainsi accoutrée, elle l'accompagne à une représentation donnée par la comédienne Philine. Le cœur de Wilhelm balance entre les deux, quand il voit pour la première fois Mignon dans une robe empruntée à sa rivale. Philine triomphe sur scène. Mignon en est jalouse. Elle la maudit. Alors que le théâtre commence à brûler, Philine envoie Mignon rechercher un bouquet de fleurs. Wilhelm vient sauver Mignon et les deux s'en vont. Mignon retrouve le lieu où elle a véçu, son père et, happy ending, épouse Wilhelm.
Vu son caractère androgyne, le rôle de Mignon, surtout au début, n'est pas des plus brillants. Le tube de cet opéra, c'est l'air de Philine Je suis Titania (on joue Shakespeare sur scène...). On en entend d'ailleurs la musique assez longuement dès l'ouverture. Néanmoins, on a l'occasion de bien apprécier le chant des principaux chanteurs : Malia Bendi-Merad (Philine), Marie Lenormand (Mignon), Ismael Jordi (Wilhelm Meister), Nicolas Cavallier (Lothario), Blandine Staskiewicz (Frédérick). Ces deux derniers sont les seuls de la distribution que j'avais déjà entendu. Nicolas Cavallier, déjà vu en Escamillo (Carmen), interprétait ainsi le père de Mignon, parcourant les routes à la recherche de celle qu'il ne peut plus reconnaître vu qu'il a perdu la mémoire. Blandine Staskiewicz, vue dans Norma, jouait le rôle travesti d'un amant jaloux de Philine. Ces chanteurs furent tous très bons. Un petit bémol cependant pour Ismael Jordi dont la prononciation du français n'était pas toujours parfaite.
Du point de vue musical, c'était très bien. Dans la fosse, se trouvait
en effet l'Orchestre Philharmonique de Radio France, dirigé par
François-Xavier Roth. J'avais déjà vu ce chef, de dos, diriger la musique
d'Altre Stelle dont je n'avais pas vraiment
apprécié le son. Dans cette production, revenant semble-t-il à des
traditions françaises oubliées en matière de direction, il dirige face au
parterre, les musiciens jouant pour la scène
.
La mise en scène, très classique (cela se passe à l'époque où c'est censé se passer, les didascalies du livret sont respectées, la robe blanche est blanche, etc.) est très belle à regarder pendant les passages les plus animés de l'opéra, comme les danses bohémiennes du premier acte et la représentation du Songe d'une nuit d'été insérée dans le deuxième acte.
Bref, un beau spectacle. J'étais exactement à la même place que lorsque j'avais vu L'Amant jaloux, à savoir un troisième rang de loge de face. Comme la dernière fois, quelques spectateurs bruissant, telle la spectatrice ancienne qui prend un temps fou à enlever le plastique autour d'un bonbon pour la gorge, quelques dizaines de secondes à peine après l'entr'acte (mieux vaut préférer un bruit pas discret mais bref à un long bruit qui ne s'avèrera pas plus discret...). Ma voisine de gauche ne trouvera pas mieux non plus que d'ouvrir la porte de la loge quand le chœur (accentus) se mettra à chanter depuis l'extérieur de la salle au troisième acte. D'ailleurs, il était amusant de voir le chef continuer à diriger, probablement pour la caméra qui devait fournir un visuel au chœur (on ne me fera pas croire qu'on procédait ainsi au XIXe !). Parmi les autres bruits parasites, notons aussi le remplissage et le déplacement des sacs-poubelles du bar voisin.
2010-04-09 01:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-04-08
Élèves de l'école de danse de l'Opéra
Orchestre des Lauréats du Conservatoire (CNSMDP)
Marius Stieghorst, direction musicale
Frédéric Chopin, musique
Ivan Clustine, chorégraphie (1913) réglée par Pierre Lacotte
Amélie Joannidès, Juntaro Coste
Suite de danses
Jean-Michel Damase, musique
John Taras, chorégraphie (1952) réglée par Elisabeth Platel assistée de Wilfried Romoli
Philippe Heriat, livret
Michel Dalens, décors (d'après Félix Labisse)
costumes d'après la production adaptée en 1988 par André Levasseur pour le Ballet du Nord
Emma d'Humières, La Reine des Morphides
François Alu, Un jeune bagnard
Mathieu Contat, Un Iphias
Alexandra Dahms, Le Chef des bagnards
Lou Thabart, Le Vigile
Stéphane Level-Bronnekant, Le Forgeron
Piège de lumière
Mikis Theodorakis, musique (Sept danses grecques pour bouzouki solo et orchestre populaire grec, 1982)
Maurice Béjart, chorégraphie (1983) remontée par Michel Gascard
Sept danses grecques
Après les Démonstrations en décembre, aujourd'hui, j'ai assisté à la première du Spectacle de l'école de danse de l'Opéra. Autant les démonstrations pouvaient paraître imparfaites (mais c'était normal vu que le principe semblait être de montrer les élèves des différentes classes s'exercer sur des figures de plus en plus difficiles), autant ce spectacle semble très réussi.
Trois ballets étaient au programme. Le premier est Suite de danses, ballet en un acte d'Ivan Clustine (1913). Avec l'orchestration de Henri Busser, André Messager et Paul Vidal, j'oublierais presque que la musique est de Chopin. Au début, les plus jeunes danseuses sont allongées sur le sol en rang d'Oignon et elles y restent pendant pas mal de temps. De belles pièces de corps de ballet de style classique, un superbe pas de deux dans lequel se distinguent Amélie Joannidès et Juntaro Coste. La troisième pièce est Sept danses grecques de Béjart, sur une musique (enregistrée) de Mikis Theodorakis : cela commence et finit dans l'onde, et entretemps sept danses pour différents types de formation (dans le désordre : solo, duo de deux garçons, pas de deux, groupe de garçons, groupe de filles, tous ensemble) ; Florent Melac est particulièrement applaudi, tout comme la directrice Elisabeth Platel.
C'est à son initiative que la pièce Piège de lumière
(chorégraphiée par John Taras) était présentée ce soir, faisant ainsi son
entrée au répertoire de l'école de danse (apparemment, cela n'aurait pas
non plus été joué par le ballet de l'Opéra). En lisant le programme dans
lequel des éléments sont donnés à ce sujet (Faire revivre un
ballet
), on se rend compte à quoi tient la conservation d'une œuvre
chorégraphique. Ici, ce serait à des enregistrements vidéos de répétitions
en 1998 (quand Elisabeth Platel avait elle-même dansé ce ballet), des
costumes et partitions conservés miraculeusement
. Vu le formidable
ballet qui revit
ainsi, cela valait le coup de procéder à ces
recherches archéologiques.
L'argument du ballet (de Philippe Heriat) et le style de la musique ne sont pas sans rappeler ceux du Festin de l'araignée d'Albert Roussel. Des bagnards vivent à l'écart et tirent quelque profit de la chasse aux papillons et d'autres insectes. Un jeune bagnard fraîchement évadé rejoint la compagnie et est déchaîné (superbe solo de François Alu). Dans le deuxième tableau, les insectes défilent avec leurs costumes à antennes. Un double papillon (deux danseurs tenant chacun deux ailes). Les deux insectes stars sont un Iphias (Mathieu Contat, qui est victime d'une malencontreuse petite chute lors d'une réception) et la Reine des Morphides (Emma d'Humières) qui fait une majestueuse arrivée aérienne en portant une double longue traînée. Les deux ne se déplaisent pas. Au début du troisième tableau, La Reine des Morphides est comme les autres insectes attrapée par le piège de lumière installé par les bagnards. Chacun repart avec une proie. Le jeune bagnard croit pouvoir s'emparer de la morphide. Ils exécutent un merveilleux pas de deux, comportant d'originaux portés (dont un dos sur dos). L'Iphias arrive pour sauver sa belle. Il est occit par le jeune bagnard, qui, alors que la Reine des Morphides a fui, n'a pour se consoler que le souvenir de son étreinte bleutée.
Si les costumes et la danse de ce ballet m'ont plu, c'est avant tout la musique de Jean-Michel Damase (1952) que j'ai adorée, au point que je rouspétais intérieurement contre la partie du public qui semble avoir pour réflexe d'applaudir quand le rideau se baisse. En effet, lors des changements de décors, le rideau est baissé, mais la musique continue ; pourquoi donc applaudir à ce moment-là, le chef ayant préalablement laissé quelques secondes pour ça à la fin des séquences dansées précédentes.
Je reviens à la musique, interprétée par l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire (CNSMDP), dirigé par Marius Stieghorst. C'est au moins autant impressionniste que peut l'être Albert Roussel. Bref, on est véritablement avec les papillons...
2010-04-05 01:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Théâtre du Châtelet — 2010-04-04
Adina Aaron, Treemonisha
Christin-Marie Hill, Monisha
Xolela Sixaba, Ned
Stanley Jackson, Remus
Stephen Salters, Zodzetrick
Jacques-Greg Belobo, Simon
Jean-Pierre Cadignan, Luddud
Janinah Burnett, Lucy
Loïc Félix, Cephus
Mlamli Lalapantsi, Andy
Krister St. Hill, Parson Alltalk
Joël O'cangha, Le contremaître
Ensemble Orchestral de Paris
Chœur du Châtelet
Kazem Abdullah, direction musicale
Sergei Pavlov, chef de chœur
Roland Roure, conception scénographique, dramaturgie, décors et costumes
Blanca Li, mise en scène et chorégraphie
Jacques Rouveyrollis, lumières
Robert Nortik, réalisation vidéo
Treemonisha, Scott Joplin (orchestration de Gunther Schuller)
Impossible de rentrer chez soi sans garder en tête le chœur Aunt Dinah has blowed de horn.
S'il est difficile d'avoir vécu au vingtième siècle sans avoir entendu le Maple Leaf Rag ou The Entertainer, il est moins connu que leur auteur Scott Joplin mourût sans avoir pu faire représenter son deuxième opéra Treemonisha (la partition de son premier opéra A Guest of Honor a été perdue).
Le clavier à écran ayant très bien marché, je me suis précipité au lendemain de la première sur le site Internet du théâtre du Châtelet pour acheter des places. Ce soir, j'étais donc à l'avant-dernier rang du parterre pour assister à ce spectacle, dont, fait rare sur les scènes d'opéra, les chanteurs produisent plus de mélanine que la moyenne.
Si l'ouvrage paraît inégal, il s'agit d'un très bon spectacle, qui est sans doute plus susceptible que les autres spectacles lyriques de plaire au plus grand nombre. Le compositeur utilise des rythmes très différents, des récitatifs, de longs airs et de superbes chœurs.
Visuellement, c'est superbe d'un bout à l'autre, grâce aux décors, aux projections vidéo et aux numéros dansés. Au centre du décor du premier acte se trouve un arbre. Celui auprès duquel s'apprête à cueillir des feuilles pour se faire une couronne comme les autres filles. Sa mère adoptive Monisha l'en défend : elle lui révèle que, bébé, elle avait été trouvée auprès de cet arbre et adoptée par elle et son mari Ned. Elle doit aller dans la forêt pour trouver un autre arbre. Elle est enlevée par Zodzetrick, un sorcier abusant de la crédulité de la communauté en vendant des gri-gris. Elle est malmenée lors de la Danse des ours maléfiques, mais elle est sauvée par son ami Remus qui en ayant pris l'apparence d'un épouvantail a été confondu avec le diable. Les cueilleurs de coton se réjouissent de la fin de leur journée. Le retour de Treemonisha fait la joie de ses parents (au fond de la scène, on aperçoit une projection d'une animation très colorée d'une maison). Alors que Zodzetrick se ferait presque lyncher par les villageois, elle demande qu'on lui pardonne. On désigne triomphalement Treemonisha comme chef de la communauté, elle qui a gagné la sagesse par l'éducation (qu'elle avait reçue enfant de la famille qui employait sa mère).
Le livret (du compositeur) n'est pas un sommet de poésie. Cela se fait sentir assez lourdement dans l'air de Remus Wrong is never right. Cela dit, on a déjà vu bien pire (Un ballo in maschera). Au moins, pendant cet air, nul besoin de sur-titres ! Les voix solistes ne sont pas utilisées de façon très spectaculaire dans les deux premiers actes (le plus bel air du premier acte est la sorte de sermon que fait le bien-nommé Parson Alltalk interprété par Krister St. Hill). Cependant, sur la fin, Monisha, Ned, Andy et Treemonisha auront chacun l'occasion de bien faire entendre leur voix. Dans la distribution de ce soir, il y avait Adina Aaron (Treemonisha), Stanley Jackson (Remus), Xolela Sixaba (Ned) qui sont très bons. Dans le rôle de Monisha, Christin-Marie Hill est beaucoup moins convaincante. D'après mon informatrice, Grace Bumbry chante ce rôle mardi soir...
2010-04-04 01:51+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2010-04-03
Joanne Lunn, soprano, une servante
Judith Gauthier, soprano
Helena Rasker, alto
Owen Willetts, alto
Markus Brutscher, ténor, l'Évangéliste
Nicholas Mulroy, ténor
Christian Immler, basse, Jésus
Benoît Arnould, basse, Pilate, Pierre, un garde
Les Musiciens du Louvre-Grenoble
Marc Minkowski, direction musicale
La Passion selon Saint Jean, BWV 245, Johann Sebastian Bach.
Septième Passion selon Saint Jean. Je ne m'en lasse toujours pas. Si on laisse de côté 2004, cela fait une par an depuis 2003. Voir le compte-rendu de la fois précédente pour la liste des chefs d'orchestre concernés.
Ce soir, c'était Marc Minkowski qui dirigeait son ensemble, Les Musiciens du Louvre-Grenoble. C'est la deuxième fois que je l'entends chantée par une formation très restreinte de chanteurs : huit solistes. L'aspect dramatique de l'œuvre est très bien rendu. On a même sacrifié l'entr'acte pour ne pas rompre la continuité de l'action. Markus Brutscher n'est pas un évangéliste qui ne serait qu'un lecteur de didascalies, il joue véritablement un rôle, module le ton de ses phrases (parfois de façon légèrement caricaturale), comme je ne l'ai jamais vu faire. Par son importance dans La Passion selon Saint Jean, cette voix se détache largement du reste du chœur, qui est par ailleurs assez homogène, ce qui est appréciable. Pendant les récitatifs, j'ai beaucoup apprécié le jeu du violoncelliste Nils Wieboldt.
Je crois que c'est la première fois que j'entends une version
non-standard
de cette œuvre. En effet, l'air pour basse et soprano
Himmel, reiße, Welt, erbebe de la version de 1725 a été incorporé.
C'était précisé dans le programme, mais je l'avais lu trop en diagonale
avant le concert. Ce fut donc pour moi une vraie surprise après le choral
Wer hat dich so geschlagen
Il y a eu quelques couacs dans les cordes, mais mon impression d'ensemble sur ce concert est très bonne.
⁂
Depuis ma récente dernière acquisition, je possède actuellement 1003 CD. Commençant à me lasser de la version des cantates de Bach de l'intégrale hänssler (Helmuth Rilling), je me suis décidé à acheter les disques du projet d'enregistrement intégral de ces cantates par Masaaki Suzuki. J'avais été très impressionné par concert au TCE qu'il avait donné et où la cantate Wachet auf, ruft uns die Stimme (BWV 140) était au programme. J'ai ainsi profité du fait que pour le vingtième anniversaire du Bach Collegium Japan, les quarante premiers CD de cette série d'enregistrement soient disponible en quatre coffrets de dix à un prix relativement abordable. Après avoir écouté pour le moment 8 des 142 cantates, je suis très content de ce choix.
2010-03-27 02:14+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2010-03-26
Rosemary Joshua, soprano
Sara Mingardo, contralto
Andrew Tortise, ténor
Roderick Williams, baryton
Le Concert Spirituel, chœur et orchestre
Hervé Niquet, direction
Le Messie, HWV 56, Händel.
Cinquième Messiah. Plutôt un agréable concert, mais pas aussi bien que la dernière fois.
Hervé Niquet dirige le chœur et orchestre du Concert spirituel. Dans certains passages choraux, il fait des pianissimi comme je n'avais jamais vu quiconque oser en faire. Les tempi sont plutôt rapides. C'est aussi le seul chef d'orchestre qui utilise le pas chassé : quand il donne une indication aux musiciens à sa gauche, il fait un pas vers la droite et se tourne vers la gauche pour leur faire face. Toujours est-il que le son qui sort de l'orchestre est très clair.
Quand elle n'a pas à jouer, une des altistes fredonne à l'unisson du chœur ou des chanteurs !
Au niveau des voix, si le ténor Andrew Tortise est correct, mais peu enthousiasmant, la contr'alto Sara Mingardo, très terne ce soir, est la grande déception vocale du concert. Les deux autres solistes ont des noms que je vais essayer de retenir. La soprano Rosemary Joshua, si son interprétation comportait quelques couacs, s'engageait totalement. Quel plaisir de l'écouter à partir de There were shepherds abiding in the field... et plus tard dans I know that my Redeemer liveth. Celui qui enthousiasme le public autant que lui-même est le baryton Roderick Williams, éblouissant dans ses airs comme Why do the nations so furiously rage.
Malheureusement, le concert a été complètement sabordé par les trompettes fautives qui se sont fait entendre dans le bien nommé air de basse The trumpet shall sound. Le chanteur Roderick Williams n'a d'ailleurs pas pu retenir sa grimace alors qu'il chantait superbement cet air.
2010-03-21 03:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Opéra Bastille — 2010-03-20
Bruno Mantovani, musique
Angelin Preljocaj, chorégraphie
Claude Lévêque, scénographie
Eric Reinhardt, dramaturgie
Olivier Beriot, costumes
Dominique Bruguière, lumières
Jérémie Bélingard, Siddharta
Clairemarie Osta, L'Éveil
Marc Moreau, Ananda, cousin et compagnon de route de Siddharta
Wilfried Romoli, Le Roi, père de Siddharta
Alice Renavand, Sujata, une jeune villageoise
Muriel Zusperreguy, Yasodhara, épouse de Siddharta
Ballet de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Susanna Mälkki, direction musicale
Siddharta
J'ai assisté samedi à la deuxième représentation du ballet Siddharta chorégraphié par Angelin Preljocaj, sur une musique de Bruno Mantovani d'après un livret d'Éric Reinhart, inspiré de la vie du fondateur du bouddhisme.
Je pensais passer en vitesse revoir le plan du temple
Jagannath à la BnF, mais un incident du métro 6 m'a fait changer mes
plans : quand j'étais à Glacière, on a annoncé qu'un individu courait sur
les voies et que le courant était coupé par précaution. J'ai marché jusqu'à
Place d'Italie pour rejoindre directement Bastille et ai alors lu une
annonce d'un incident voyageur
qui interrompait la circulation des
métros entre Place d'Italie et Nation.
J'ai pris le programme pour lire le livret : le ballet étant sans entr'acte, il vallait mieux avoir une idée de l'ensemble. On y trouve une première esquisse de livret, celle qui fut donnée au compositeur, mais dont la succession de tableaux (seize !) ne correspond pas exactement au spectacle présenté...
Cela faisait très longtemps que je ne m'étais pas retrouvé au parterre. La dernière fois, cela devait être pour Tristan und Isolde. En arrivant porte une, du jamais vu : une queue se forme pour entrer dans la salle. Après plus de cinq minutes d'attente, j'arrive finalement à m'installer au rang 30, très légèrement de côté.
N'ayant aucune idée de ce à quoi la musique allait ressembler, cela serait forcément surprenant. Les lumières s'éteignent totalement, puis se dirigent sur la fosse et la chef d'orchestre Susanna Mälkki avant que la musique se fasse entendre. Le début fait un peu bizarre, mais finalement, la musique de Bruno Mantovani s'écoute très bien.
Je n'avais vu qu'un seul spectacle d'Angelin Preljocaj avant celui-ci : Le Funambule qu'il interprétait lui-même en septembre dernier au Théâtre de la Ville. Des éléments de style apparaissent immédiatement comme une marque de fabrique, comme ces mouvements coordonnés des bras passant au-dessus de la tête. Dans Le Funambule, on le voyait s'élever dangereusement sur une sorte de passerelle suspendue. Dans ce ballet, Siddharta et son disciple Ananda grimpent sur des plates-formes faisant partie d'un mastodonte apparu d'en haut, à peine moins large que la scène de l'Opéra Bastille et se balançant latéralement. Quelle démesure !
Dans un autre tableau, on verra une maison tourner sur elle-même au-dessus des danseurs. Peut-être est-ce pour bien nous faire voir que ce n'est pas juste un décor en toile, mais un truc en dur. Ce spectacle aura aussi fourni la troisième grosse boule de 2010, après celle, majestueuse, de Norma et celle, de taille plus modeste, de Rheingold.
Dans la succession de tableaux, on verra les forces de l'obscurité représentées par des motards, l'Éveil par une éthérée danseuse en blanc (Clairemarie Osta) et des ermites maniant le baton. Après un parcours semé d'épreuves, Siddharta (Jérémie Bélingard) finira par s'unir à l'Éveil. Quoique produisant quelques belles images (comme celle de l'Éveil se dérobant par en haut aux manœuvres d'approche de Siddharta), la chorégraphie m'a souvent paru peu lisible.
Le gros point noir de ce spectacle, de mon point de vue, est l'éclairage. Pendant l'essentiel de la soirée, l'action est en noir sur fond noir, notamment le début avec les motards. Je me suis dit à un moment que la scène s'illuminerait un peu plus vers la fin quand Siddharta deviendra l'Éveillé ; pas vraiment, vu que seul Siddharta a été mieux éclairé !
Comme j'avais déjà eu une impression semblable pour Tristan und Isolde, peut-être que cette sensation de manque d'éclairage est liée à mon placement au fond de l'orchestre. En tout cas, avec ou sans jumelles, je ne voyais pas très clair (et non, ce n'est pas ma vue qui baisse : elle a été contrôlée très récemment). Pour les ballets, je crois que je continuerai à préférer l'Opéra Garnier où on a une sensation toute différente de proximité avec les danseurs.
2010-03-18 00:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Comique — 2010-03-17
Magali Léger, Léonore
Daphné Touchais, Isabelle
Maryline Fallot, Jacinte
Brad Cooper, Don Alonze
Frédéric Antoun, Florival
Vincent Billier, Don Lopez
Le Cercle de l'Harmonie
Jérémie Rhorer, direction musicale
Pierre-Emmanuel Rousseau, mise en scène et costumes
Thibaut Welchin, décors
Claudine Crauland, costumes
Gilles Gentner, lumières
Atsushi Sakaï, assistant musical
Charlotte Rousseau, assistante mise en scène
Christophe Manien, chef de chant
L'amant jaloux ou les fausses apparences, André Ernest Modeste Grétry
Après avoir vu Zoroastre, Le Roi malgré lui, Carmen et The Fairy Queen, j'ai encore vu ce soir un formidable spectacle à l'Opéra Comique. J'avais sélectionné L'Amant jaloux ou les fausses apparences d'André Grétry sur la seule foi du nom d'une interprète (Magali Léger, précédemment entendue dans le rôle de Minka dans Le Roi malgré lui).
Créé à Versailles en 1778, L'Amant jaloux se passe à Cadix. À vingt ans Léonore (Magali Léger) est veuve et pour des raisons financières son père Don Lopez (Vincent Billier) ne voudrait pas la voir se remarier. Elle voit en cachette Don Alonze (Brad Cooper) qui est très jaloux. La sœur de celui-ci, Isabelle (Daphné Touchais), est la meilleure amie de Léonore. Elle est sauvé des assauts de brigants par Florival (Frédéric Antoun), un Français qui va faire la guerre au Portugal. Ils se donnent rendez-vous, mais suite à un malentendu avec Jacinte (Maryline Fallot), la femme de chambre, il croit qu'elle est la fille de Don Lopez et qu'elle s'appelle Léonore. La suite est par conséquent un tout petit peu quiproquée. Don Alonze doute de la constance de Léonore. Celle-ci décide de renoncer l'amour et de lui jouer une leçon, mais bien sûr, à la fin, ils se réconcilieront ; Don Alonze d'abord désargenté héritera et pourra épouser la fille de l'avare Don Lopez sans dot.
Pour la première fois, je me suis retrouvé au troisième rang des
baignoires de face. Vu la taille plutôt réduite de la salle, c'est presque
comme si on était à l'orchestre, n'étaient les étroits piliers et l'étage
du dessus qui empêche de voir la partie supérieure de la scène, mais pas
les sur-titres, puisqu'ils sont aussi diffusés sur des écrans latéraux. La
diction des chanteurs fait que le texte est intelligible, très
distinctement dans les passages parlés (sans musique), mais aussi les
passages chantés. Toutefois, l'accent australien de Brad Cooper (Don
Alonze) déshomogénéise quelque peu la distribution vocale, mais sa
prononciation du texte reste très-honorable (il s'est cependant un peu
oublié sur le premier on
de D'une ardeur si constante / Voilà
donc le retour
.).
Interprétée par Le Cercle de l'Harmonie dirigé par Jérémie Rhorer, la
musique de Grétry fait penser à celle de Haydn, donc j'aime. Le texte, s'il
contient quelques rimes un peu faciles sans doute destinées à détendre
l'atmosphère, comme moi
qui rime avec foi
, se laisse entendre
sans aucun déplaisir.
Dans les prestations vocales, deux airs se distinguent. On entend ainsi à la fin du deuxième acte la belle sérénade de Florival Tandis que tout sommeille / Dans l'ombre de la nuit. Le plus enthousiasmant est néanmoins celui du début du deuxième acte, chanté par Léonore : Je romps la chaîne qui m'engage. À côté, l'air de la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée semblerait presqu'une partie de plaisir. Ce qui rehausse encore la difficulté de cet air magnifiquement interprété par Magali Léger réside dans la mise en scène. En effet, en chantant cet air, la chanteuse s'installe dans une baignoire. Au début, je me suis dit qu'elle ne devait pas contenir d'eau... mais si, quand elle s'en est aspergée les épaules, le doute n'était plus permis. J'espère au moins qu'elle était chaude.
La mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau ne va pas contre l'atmosphère espiègle créée par la musique et le texte. Cela commence dès l'ouverture. On y voit d'abord d'éblouissants projecteurs sur la scène vide. Tout doucement, les décors descendent des cintres. Puis, après que le public a pu apprécier les dessous du théâtre, le rideau tombe (ce qui ne manque pas d'amuser le public) avant de remonter pour la première scène. Les décors tout comme les costumes renvoient au XVIIIe, à l'exception d'un voile de style indien qui masque Isabelle aux regards de son frère Don Alonze.
Pour une fois, je n'ai pas stressé pour rejoindre la station Opéra et ma correspondance de RER, vu que le spectacle ne dure que 1h20.
2010-03-14 03:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-03-13
Falk Struckmann, Wotan
Samuel Youn, Donner
Marcel Reijans, Froh
Kim Begley, Loge
Peter Sidhom, Alberich
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Mime
Iain Paterson, Fasolt
Günther Groissböck, Fafner
Sophie Koch, Fricka
Ann Petersen, Freia
Qiu Lin Zhang, Erda
Caroline Stein, Woglinde
Daniela Sindram, Wellgunde
Nicole Piccolomini, Flosshilde
Philippe Jordan, direction musicale
Günter Krämer, mise en scène
Jürgen Bäckmann, décors
Falk Bauer, costumes
Diego Leetz, lumières
Otto Pichler, mouvements chorégraphiques
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Das Rheingold, Wagner
Je reviens de la troisième représentation de l'opéra Das Rheingold de Wagner dans la nouvelle production proposée par l'Opéra de Paris. Après Lohengrin et Tristan und Isolde, Das Rheingold est le troisième opéra de Wagner dont j'assite à une représentation. J'ai acheté récemment les DVD de la production du centenaire du Ring des Nibelungen de Boulez/Chéreau au festival Bayreuth afin de me préparer à la tétralogie dont la première moitié est présentée cette saison.
L'histoire ne ressemble guère à une histoire habituelle d'opéra ! Dans
ce prologue
du festival scénique du Ring, on assiste à 2h20
de musique continue. Après un étonnant prélude représentant les mouvantes
eaux du Rhin, les filles de ce fleuve se moquent du Nibelung Alberich qui
voudrait les séduire. Elles laissent entendre que le trésor qu'elles
gardent ne peut être gagné que par un homme qui aurait renoncé à l'amour et
qu'avec cet or, un anneau aux pouvoirs universels pourrait être forgé, ce
que s'empresse de faire Alberich. Dans la deuxième scène, Wotan, son épouse
Fricka et d'autres dieux pensent au palais que viennent de leur construire
les géants. Ceux-ci doivent recevoir Freia, la sœur de Fricka, en
rétribution. Fricka s'y oppose. Il faut trouver un substitut qui satisfasse
les géants. Loge arrive alors pour dire qu'en parcourant le monde, il n'a
rien trouvé de satisfaisant, mais qu'on pourrait voler le voleur Alberich.
Wotan et Loge descendent dans le monde des Nibelungen dominé par Alberich
pour ce faire. Pendant ce temps, Alberich a fait fabriquer par Mime un
heaume lui permettant de changer d'apparence selon sa volonté. Loge obtient
de lui qu'il en fasse la démonstration. Il apparaît d'abord en dragon, puis
en crapaud. Sous cette dernière forme, Wotan et Loge n'ont guère de mal à
le capturer. Dans la dernière scène, le captif est forcé d'abandonner son
or, son heaume et son anneau. Les géants arrivent ensuite pour se faire
payer. Ils rendent Freia à condition que l'or en cache complètement la vue.
Pour boucher les interstices, Wotan est obligé de céder non seulement l'or,
mais aussi le heaume et l'anneau, ce qu'il n'aurait pas fait sans les
insistances de Fricka et l'intervention d'Erda qui annonce le crépuscule
des dieux. Les dieux se dirigent enfin vers le palais, le Walhalla, tandis
que Loge refuse de les suivre.
Si pour le moment Lohengrin reste l'opéra de Wagner que j'aie le plus apprécié, la musique du Rheingold ne m'a pas déplu et hormis certains leitmotivs, j'ai particulièrement aimé les passages avec les trois filles du Rhin. Si j'ai trouvé que parfois, Peter Sidhom (Alberich) avait quelque mal à se faire entendre jusqu'au tout dernier rang du deuxième balcon où j'étais assis, j'ai plutôt apprécié les différentes prestations vocales, en particulier celle de Kim Begley (Loge).
Il n'en va pas de même des autres aspects de la production à propos desquels mon impression est plus mitigée. Si le travail de mise en scène à proprement parler me semble plutôt très bon, et les décors inégaux, les costumes paraissent à première vue complètement ratés.
Le ratage des costumes commence par ceux des filles du Rhin, roses avec
en surimpression des marques pour les tétons, le nombril et le pubis. Les
faire paraître sur des balançoires n'est pas une idée très convaincante. On
est loin des souvenirs de Bayreuth de Camille Saint-Saëns lus dans le
programme (15€, je plaisante avec le vendeur pour me plaindre qu'à ce
prix-là, on pourrait espérer trouver une belle photographie en
couverture) : Elles se poursuivent en nageant, car nous sommes au fond
du Rhin ; et rien ne peut faire comprendre comment elles sont suspendues au
milieu de l'eau : c'est le triomphe de l'illusion scénique.
. Plus tard,
on voit les dieux paraître avec un couche de costumes imitant la nudité de
la partie supérieure du corps, ce qui les fait paraître plus musclés. Les
géants et leurs serviteurs sont habillés en tenue de commando (peut-être
que cette bizzarerie trouvera sa cohérence dans les trois opéras qui
suivront) ; leur entrée en scène est indiscutablement spectaculaire. La
plus grotesque tenue est celle de Loge qui est habillé et maquillé en
clown. Certes, il a un rôle un peu à part et n'hésite pas à dénigrer Wotan
et les autres, mais en faire un clown semble un peu exagéré.
La mise en scène de la troisième scène est assez intéressante par la façon de représenter le monde ouvrier des Nibelungen, qui travaillent la boule d'or qu'Alberich avait volée dans la première scène. Les influences sont alors à chercher dans Metropolis de Fritz Lang dont le programme rappelle des images (évidemment, en noir et blanc, ce qui montre l'absurdité de la hausse du prix du programme pour ce spectacle). Malheureusement, cette scène est un peu gâchée par les transformations d'Alberich. Il doit en effet se transformer en dragon et en crapaud, ce qui est un défi au metteur en scène. Günter Krämer a choisi de représenter le dragon et le crapaud par des dizaines de figurants en costumes lumineux. Le timing n'est pas terrible : les figurants-crapauds continuent à défiler vers la sortie pendant encore longtemps après qu'Alberich, visible sur scène, a été capturé.
Le programme donne une deuxième source probable d'inspiration
iconographique : Les dieux du stade de Leni Riefenstahl...
Peut-être est-ce l'explication pour le costume des dieux. Si Wagner a
fasciné Hitler et si Wagner était ouvertement antisémite, n'est-il pas
permis de représenter cet Anneau du Nibelung sans faire des
références aussi intempestives à la période nazie ? Dans cet ordre d'idées,
on verra apparaître à deux reprises Germania
écrit dans une fonte
imitant les formes des caractères gothiques (mais sans être de l'alphabet
gothique pour autant, sinon les spectateurs français ne déchiffreraient
pas).
Parmi les bons points, j'ai apprécié le traitement scénique des fruits
que Freia a l'habitude de cueillir et qui permettent aux dieux de préserver
leur corps des atteintes du temps. On la voit ainsi rassembler les fruits.
Plus tard, quand les dieux ressentent le manque, on les voit se battre pour
prendre possession des quelques spécimens, un signe annonciateur de leur
crépuscule
.
2010-03-11 19:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
L'information n'étant apparemment pas trouvable sur le site de l'Opéra de Paris, je reproduis ici le calendrier des ouvertures de réservation sur Internet et aux guichets qui apparaît page 127 de la brochure.
| Spectacle | Internet | Guichets |
| Concerts, récitals | 21 juin | 2 juillet |
| Le Vaisseau fantôme | 21 juin | 2 juillet |
| L'Italienne à Alger | 21 juin | 5 juillet |
| Eugène Onéguine | 21 juin | 2 juillet |
| Roland Petit | 21 juin | 12 juillet |
| Le Triptyque | 30 août | 10 septembre |
| Paquita | 30 août | 13 septembre |
| Les Noces de Figaro | 30 août | 24 septembre |
| Ballet de Hambourg | 30 août | 27 septembre |
| Mathis le peintre | 30 août | 1er octobre |
| Le Lac des cygnes | 11 octobre | 22 octobre |
| La Fiancée vendue | 11 octobre | 18 octobre |
| Balanchine/Brown/Bausch | 11 octobre | 25 octobre |
| Ariane à Naxos | 11 octobre | 19 novembre |
| Madame Butterfly | 8 novembre | 26 novembre |
| Giulio Cesare | 8 novembre | 22 novembre |
| Francesca Da Rimini | 8 novembre | 10 décembre |
| Caligula | 8 novembre | 6 décembre |
| Siegfried | 8 novembre | 14 janvier |
| Le Crépuscule des Dieux | 8 novembre | 14 janvier |
| Luisa Miller | 13 décembre | 21 janvier |
| Kátia Kabanová | 13 décembre | 24 janvier |
| Coppélia | 13 décembre | 31 janvier |
| Akhmatova | 13 décembre | 21 janvier |
| Spectacle de l'école de danse | 13 décembre | 7 février |
| Roméo et Juliette | 3 janvier | 18 mars |
| Tosca | 3 janvier | 25 mars |
| Mats Ek | 3 janvier | 28 mars |
| Ballet du Théâtre Bolchoï (Flammes de Paris, Don Quichotte) | 3 janvier | 4 avril |
| Rain | 3 janvier | 28 mars |
| Otello | 7 mars | 13 mai |
| Così Fan Tutte | 7 mars | 16 mai |
| L'Anatomie de la sensation | 7 mars | 20 mai |
| Les enfants du paradis | 7 mars | 23 mai |
2010-03-10 20:20+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Je suis allé hier à la présentation de la nouvelle saison de la Salle Pleyel. On montre son carton
d'invitation à l'entrée et on peut récupérer les brochures. À part ça, la
séance présente peu d'intérêt : les responsables de la salle, de
l'Orchestre de Paris et de l'Orchestre philharmonique de Radio-France
discutent de leur programmation, des nouveaux-chefs, etc. Heureusement que
les éclairages sont suffisants pour faire passer le temps en feuilletant
les brochures. Une heure plus tard, un moment musical
, le trio pour
clarinette, violoncelle et piano de Fauré par Paul Meyer, François Salque
(qui est devenu père quelques heures avant) et Eric Le Sage. Je me suis
plutôt ennuyé, la faute à fatigue et à Fauré. Croisé Palpatine
et Mimy
qui se sont laissés entraîner dans un restaurant indien. Je n'ai pas assez
de recul pour commenter la programmation en général. Je note juste que le
ballet royal du Cambodge viendra donner deux représentations de La
légende de l'Apsara Méra.
La programmation de l'Opéra de Paris vient de tomber aussi. Ma première impression, c'est qu'en dehors des deux productions de Luisa Miller et de Tosca que j'ai déjà vues, j'irai bien voir absolument tous les spectacles d'opéra et de danse... Au niveau prix, je vois une petite inflation dans les tarifs des ballet (mes chères places à 21€ passent à 23€), une grosse inflation pour les places à 10€ qui passent à 15€ (on en entendra parler dans les files d'attente), mais les places à 20€ et 35€/40€ ne bougent heureusement pas. Apparemment, il n'y a que les places les plus chères qui baissent : création d'une catégorie Optima à Bastille plus chère que l'ancienne première catégorie, mais baisse assez significative des tarifs des catégories 1—5.
En ce qui me concerne, avant de bloquer des dates, j'attends la programmation du TCE qui sera annoncée samedi, mais le 15 ou le 17 avril 2011 est déjà réservé puisqu'on verra Louis Langrée diriger l'Orchestre de Paris pour un Pélleas et Mélisande en version de concert avec une distribution de rêve (Dessay, Keenlyside, Lemieux, Naouri, Vernhes).
2010-03-08 18:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
C'était mieux avant.
À la fin de la saison 2008/2009, après que j'avais envoyé mon formulaire d'abonnement, l'enthousiasme déclenché par La fille mal gardée me fit me dire que finalement, j'irai voir tous les spectacles de ballet de l'Opéra de Paris cette année. Il restait quelques spectacles à réserver. Comme je vise les places à 21€, la seule option raisonnable pour ce faire était d'attendre les ouvertures de réservations sur Internet.
Les fois précédentes, à savoir le 9 novembre et le 11 janvier, j'avais
déjà constaté que le site de l'Opéra malfonctionnait. Aujourd'hui encore,
cela m'a exaspéré. Ce n'est écrit nulle part, mais apparemment, l'ouverture
des réservation commence à 9h. Dès cette heure-là, le site est
inutilisable. Un système rudimentaire de queue
a été mis en place.
On nous demande de répondre à une question Captcha et on nous indique
un temps d'attente qui s'écoule et oscille.
À la première tentative, deux minutes d'attente, mais la connexion est
interrompue constamment. Un peu plus tard, le temps d'attente annoncé d'une
vingtaine de minute se trouvera multiplié par deux à l'arrivée. Je me
retrouve alors avec un accès précaire au site de l'Opéra, dont l'essentiel
de la mise en forme a disparu, ce qui rend certaines opérations
impossibles. De fait, quand je tape mon numéro de spectateur, puis demande
l'accès à la billetterie et sélectionne ballet
(ce qui est un
marathon en soi, vu que la connexion peut être interrompue à tout moment,
ce qui impose de cliquer sur le bouton Retry
jusqu'à ce que ça tombe
en marche : si on ne fait rien pendant cinq minutes, le site considère
qu'on a abandonné...), je peux voir apparaître La petite danseuse de
Degas. Là, l'erreur serait de cliquer sur le titre, cela ne ferait en
effet qu'afficher la description du spectacle, et il faudrait tout
recommencer pour réserver un billet. Non, je ne suis pas un bleu et je
clique sur le bouton Réserver
. Et là, au lieu de me proposer de
choisir entre les différentes dates, on me demande à nouveau de rentrer mon
numéro de spectateur. Au bout de la sixième fois que le site m'a demandé
mon numéro de spectateur, je me dis que cela ne pouvait pas être moi qui
fusse buggé. Le site a planté encore un peu plus et je me suis retrouvé
dans la queue. Après le déjeuner, j'ai réessayé et cela a fini par
fonctionner.
C'est la troisième fois de suite que la vente sur Internet se passe vraiment mal. Avant le changement de système, ce n'était pas aussi pire. Il faudrait vraiment que quelque chose soit fait. Si ce n'est qu'un problème de charge des serveurs, il suffirait d'espacer un peu plus dans le temps les mise en vente, à savoir ne pas mettre en vente huit séries de spectacles en même temps comme ce fut le cas le 11 janvier.
L'interface est malpratique au possible. Dans l'ancien système, quand on
avait sélectionné un spectacle, pour chaque date, on voyait l'intervalle de
prix des places encore disponibles. Actuellement, cela affiche de 21.00€
à 87.00€
, même s'il ne reste plus que des places de première catégorie.
Vu le temps que prend le chargement d'une misérable page Web sur le site,
cela fait perdre un temps fou. Une fois la date et la catégorie
sélectionnée, on voit normalement une liste des différentes zones dans
lesquelles il reste des places, comme Quatrièmes loges de côté
,
Amphithéâtre
, etc. Souvent, rien ne s'affiche et on est obligé de
valider pour voir le placement, ce qui bloque temporairement la place et
fait encore perdre du temps. Corriger ces défauts de conception de
l'interface réduirait sans doute un peu la charge du site...
2010-03-06 20:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-03-04
Frédéric Chopin, musique
John Neumeier, chorégraphie et mise en scène (1978)
Jürgen Rose, décors et costumes
Rolf Warter, lumières
Victor Hughes, répétitions
Michaël Schmidtsdorff, direction musicale
Emmanuel Strosser, piano
Frédéric Vaysse-Knitter, piano
Delphine Moussin, Marguerite Gautier
Karl Paquette, Armand Duval
Andreï Klemm, Monsieur Duval
Mélanie Hurel, Prudence Duverney
Laurent Novis, Le Duc
Karine Villagrassa, Nanine, la servante de Marguerite
Simon Valastro, Le Comte de N
Frédéric Vaysse-Knitter, Un pianiste
Ludmilla Pagliero, Manon Lescaut
Mathias Heymann, Des Grieux
Mathilde Froustey, Olympia
Nicolas Paul, Gaston Rieux
Ballet de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
La dame aux camélias, ballet en un prologue et trois actes d'après le roman d'Alexandre Dumas fils
Jeudi dernier, je suis allé à la dernière de La dame aux camélias, ballet de John Neumeier, d'après le roman d'Alexandre Dumas fils. Je recommande à quiconque de lire ce roman, où l'on voit les sentiments des personnages s'exprimer comme rarement on peut le lire.
Suite à un mauvais calcul d'horaires de RER et les retards que ceux-ci accumulent, je suis arrivé à la dernière minute dans ma troisième loge de côté, sans avoir eu le temps d'acheter le programme ni de lire la distribution, l'ouvreuse ayant répondu à ma voix essouflée qu'elle n'en avait plus. Pendant le prologue et le premier acte, je me suis donc amusé à essayer de reconnaître les danseurs.
Si j'ai certainement passé un bon moment (prolongé : trois heures avec deux entr'actes), ce ballet est loin d'être mon préféré. Bien sûr, j'ai apprécié les références explicites aux personnages de Manon Lescaut (comme dans le roman), Des Grieux étant interprété par mon étoile masculine préférée (Mathias Heymann) et par la toute nouvelle première danseuse Ludmila Pagliero. J'ai aussi aimé la mise en scène très cinématographique. Un rideau sépare souvent l'avant-scène de l'arrière, ce qui permet de distinguer plusieurs scènes concommitantes et on voit parfois un personnage sortir d'une pièce pour reparaître dans une autre, dans un flot cohérent d'action continue. J'ai aussi aimé les portés invraisemblables auxquels se livrent la nouvelle étoile Karl Paquette (Armand) et Delphine Moussin (Marguerite). Les costumes sont d'une esthétique quelque peu datée, mais il est plaisant d'admirer les couleurs vives des danseuses, ce qui permet de distinguer Mélanie Hurel (Prudence) et Mathilde Froustey (Olympia) dans certaines danses de groupe.
Bien que je n'apprécie pas beaucoup la musique de Chopin, je n'en ai pas ressenti de déplaisir particulier, si ce n'est une impression de déjà-vu du fait des nombreuses reprises du Largo de la Sonate en si mineur (opus 58), une sorte de leitmotiv du ballet. Non, ce qui m'a un peu déplu, c'est la façon de raconter l'histoire. Si les tableaux en eux-mêmes sont beaux (comme les réjouissances campagnardes du deuxième acte) et si la construction est très intelligente, bien que connaissant l'histoire, j'avais parfois un peu de mal à suivre, surtout pendant les deux premiers actes. De surcroît, le synopsis que contient le programme n'aide pas vraiment à comprendre les rôles respectifs d'Olympia et de Prudence, par exemple.
2010-02-27 11:28+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
Experimental Theatre, National Centre for the Performing Arts, Mumbai — 2010-02-26
Aruna Sairam, chant
Priyadarshini Govind, bharatanatyam
Brindavani Venu
La personne qui m'invite au TIFR avait suggéré que nous allassions au
National Centre for the Performing Arts. J'avais déjà parcouru leur site Web, mais n'avais pas tilté
quand j'avais vu Brindavani Venu, Experimental Theatre
. Derrière cet
intitulé qui évoque la flûte de Vrindavan (celle de Krishna) et le nom de
la salle (250 places environ), se cachait un récital conjoint de la
chanteuse carnatique Aruna Sairam et de la danseuse de bharatanatyam
Priyadarshini Govind que j'ai déjà eu l'occasion de voir deux fois à
Paris.
Ma collègue, abonnée au NCPA, s'était fait dire au téléphone qu'il n'y
aurait aucune difficulté à acheter des places à l'entrée. Pourtant, il y
était écrit House full, thank you.
. Heureusement, elle a pris en
main la chasse aux places surnuméraires d'autres spectateurs, et nous avons
pu racheter trois places (5€), une autre collègue et amie, Supriya, étant
aussi de la partie.
Le spectacle durera environ trois heures. Pendant la première moitié,
Aruna Sairam chante, accompagnée d'un violon, d'un tampura, d'un mridangam
et d'un gattam (sorte de cruche). La performance vocale était remarquable.
Un raga mohanam, puis une pièce appelée Kapali
(en référence au
temple de Mylapore) sur le même raga et un morceau du grand compositeur
Muthuswami Dikshitar. La chanteuse étant originaire du Maharashtra, elle a
intégré au récital un chant dévotionnel marathi. Son récital s'est terminé
par un superbe Tillana en l'honneur de Krishna. Dans chacune de ces pièces,
la chanteuse et les instrumentistes laissaient le temps à l'atmosphère
particulière de chaque chanson de s'installer, se suspendre et s'éteindre
en douceur.
Après un court entr'acte, Priyadarshini Govind et ses musiciens se sont installés sur scène. Elle est accompagnée d'un mridangam, de nattuvangam, d'un violon et d'une voix. J'ai déjà eu l'occasion d'entendre la vocaliste lors de mon récent séjour à Chennai. Apparemment, c'est habituellement elle qui accompagne Priyadarshini Govind. Je n'y avais pas particulièrement fait attention, mais peut-être l'accompagnait-elle déjà pour les deux spectacles que j'avais vus au Théâtre de la Ville. La première pièce est en l'honneur de Muruga/Karthikeya, le deuxième fils de Shiva, celui qui est né pour combattre le démon Mahisha. La deuxième pièce consiste en de la danse pure. La danseuse s'est excusée par avance de ce qu'il n'y aurait pas de Varnam, c'est-à-dire de véritable pièce principale, le durée du récital étant trop brève pour cela. Pendant les passages purement rythmiques, elle n'est pas exactement en rythme.
Viennent ensuite trois pièces de longueur moyenne. Les deux premières mettent en scène les amours illicites de Nayikas. Dans la première, une dévôte de Shiva est tentée par Krishna. Elle a juré de ne servir que Shiva, elle rabroue Krishna en lui disant de ne pas la déranger alors qu'elle prie Shiva, mais ses yeux lui disent oui. Dans la deuxième, une femme mariée fait la valise de son mari qui s'en va à la ville voisine, quand elle a fermé la porte d'entrée, elle ouvre celle de derrière pour laisser entrer son amoureux. La Lune brille pour eux deux seulement, mais la femme s'inquiète. Il devra partir quand l'astre de la nuit sera dominé par celui du jour. L'autre lui demande pourquoi elle s'inquiète sachant que son mari est loin et que son beau-père âgé ne voit plus très clair. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris, mais la morale est apparemment sauve à la fin quand on apprend que l'amoureux n'était autre que Venkateshwarar.
La dernière pièce est celle qui a eu le plus de succès. Elle consiste en un dialogue entre Yashoda et le vilain Krishna, son fils adoptif. Yashoda reçoit beaucoup de plaintes des gopis qui se plaignent des espiègleries de Krishna. La seule solution est qu'il reste à la maison. Elle lui promet des sucreries et même du beurre (dont Krishna est friand). Quand il comprend l'enjeu, Krishna s'en détourne, alors Yashoda lui explique que s'il sort, il va rencontrer des bêtes sauvages au mont Govardhan, comme des tigres, des serpents et des éléphants. Krishna n'en a même pas peur, il pense pouvoir les amadouer sans la moindre difficulté.
Cette pièce, tout comme les deux précédentes, est manifestement faite pour plaire immédiatement à un public peu habitué au bharatanatyam. La musique se fait presqu'impressionniste pour évoquer les rencontres de Krishna avec les animaux. Les tigres et les serpents sont facilement reconnaissables, les éléphants sont suggérés par le mouvement de leurs oreilles.
Cette deuxième partie, légèrement décevante, s'achève par un Tillana très connu, où l'on verra la danseuse répondre aux dictées rythmiques.
Après cela, Aruna Sairam et ses musiciens reviennent sur scène et interprètent la chanson qui accompagne la chorégraphie spécialement réalisée pour l'occasion : Brindavani Venu, où il sera question de Krishna, joueur de flûte. Il est rare de voir une aussi belle chorégraphie accompagnée par une vocaliste aussi talentueuse !
2010-02-19 11:16+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Cinéma — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
Avant-hier, je suis allé voir le dernier film de Karan Johar, माय नेम इज़ ख़ान. Ayant acheté ma place une petite heure avant le début de la séance, sans problème particulier (la sortie du film la semaine dernière avait été agitée à cause du Shiv Sena), je me promène au voisinage du cinéma Regal. L'hôtel de luxe Taj Mahal porte encore les traces de l'attaque du 26/11, mais les travaux de réparation sont en cours, et on lit dans la presse qu'il sera rénové à l'identique. Cet hôtel, ainsi que la rue voisine où se trouve le Leopold Cafe est situé à environ deux kilomètres du TIFR où je suis pour deux semaines. Ce quartier est typiquement celui où les jeunes chercheurs ou visiteurs sortiraient le soir pour aller au restaurant. D'ailleurs, certains y étaient ce soir-là et ont entendu les détonations.
Le film de Karan Johar, avec Shah Rukh Khan et Kajol, raconte l'histoire
de Rizvan Khan, un indien musulman autiste qui vient habiter aux États-Unis
d'Amérique rejoindre son frère et sa belle-sœur. Il épouse Mandira, une
coiffeuse, mère célibataire, hindoue. Son fils Samir s'appelle maintenant
Samir Khan (ne pas prononcer K
, mais R épiglottique
). Après
les attentats du 9/11, les musulmans sont victimes de diverses vexations,
le salon de coiffure de Mandira s'écroule financièrement et cela va jusqu'à
une volée de coups d'un groupe de jeunes qui cause la mort de Samir.
Dévastée par la mort de son fils qu'elle attribue au nom que son fils a
pris, Mandira rompt avec Rizvan qui veut rencontrer le président des
États-Unis d'Amérique pour lui dire My Name is Khan and I am not a
terrorist
. Il est arrêté lors d'une cérémonie quelconque vers 2008
parce que sa phrase a été mal comprise et on en aura entendu que
terrorist
. Il est torturé, mais des jeunes journalistes ont saisi un
enregistrement du moment où il prononce cette phrase, et cela lui permet de
recouvrer la liberté. Son cas est beaucoup traité à la télévision et on
aperçoit le dos d'un sénateur noir qui s'y intéresse...
Le film est plutôt réussi et sort des thèmes habituels de Bollywood tant sur le fond que sur la forme (pas de scènes dansées par exemple), mais on retrouvera certains thèmes, comme celui du mariage, forcément problématique, ici parce que Mandira est hindoue et Rizvan musulman, ce que n'accepte pas son frère et qui est résolue dans une scène émouvante comme le cinéma indien en produit quand la belle-sœur de Rizvan vient apporter sa bénédiction aux mariés. Néanmoins, l'exagération et l'accumulation d'éléments parasites compliquent un peu inutilement l'histoire de façon à faire de Rizvan Khan un homme invraisemblablement exceptionnel et héroïque. D'une part, il souffre d'une forme particulière d'autisme, ce qui engendre des situations comiques vu les mimiques de Shah Rukh Khan et permet l'expression de ses talents de réparateurs de toutes choses qu'il a développés depuis son enfance. Plutôt sceptique au début du film sur cet aspect, après avoir vu l'ensemble de film, je trouve que c'était une bonne idée. D'autre part, on le voit sauver invraisemblablement un village de Géorgie où il s'était fait des amis. Ces passages-là sont un peu ridicules. Cela devient carrément too much quand un extrémiste musulman vient s'en prendre à lui.
2010-02-17 17:40+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-13
Nethra Gururaj (disciple de Guru Nagamani Srinivasa Rao), bharatanatyam
Dimanche soir, je suis allé une dernière fois au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. On a annoncé les récompenses nombreuses déjà reçues par la danseuse, puis après un prélude musical, quelle fut ma surprise quand une jeune fille d'une douzaine d'années à peine entra en scène. Je ne comprends pas grand'chose aux chorégraphiques (les annonces se limitant à indiquer le nom de la chanson, le compositeur, le raga et le tala). Dans la première, il semble qu'il soit principalement question de Krishna et dans la deuxième, le Varnam, de Shiva. Indépendamment de l'âge de la danseuse, c'est très impressionnant de technique et de vitesse. Elle exécute une figure que je n'avais encore jamais vue et qui semble être ce qui se rapproche le plus des pointes de la danse classique européenne parmi ce qu'il se puisse faire pieds nus : les bras tendus vers le haut, une jambe relevée à la hauteur d'un genou, le poids du corps reposant en équilibre sur la pointe d'un pied tendu.
Je devrai malheureusement manquer la fin de ce spectacle en raison d'une quinte de toux qui me fit choisir de m'éclipser discrètement plutôt que de déranger tout le monde.
À la fin du Varnam, une grande dame du bharatanatyam, Padma Shri Sudharani Raghupaty (le bharatanatyam conserve bien, visiblement) a été appelée pour faire un discours dans lequel elle a chaudement félicité la danseuse en devenir, sa guru Nagamani Srinivasa Rao et l'organisateur du festival.
⁂
Je suis arrivé à Mumbai mardi après-midi après 28h de train (2h de plus
que prévu). J'étais en 2AC, pour la première fois. Par rapport
à la 3AC, on a plus de place parce que les couchettes ne sont
empilées que sur deux niveaux et elles sont séparées par des rideaux.
Depuis ma chambre, j'ai une très belle vue sur la baie de Mumbai.
2010-02-11 22:44+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-11
Krishna Chidambaram (disciple de Guru C. V. Chandrasekar), bharatanatyam
Sixième soirée au R. K. Swamy Auditorium. J'y suis aussi allé mardi dernier pour du kuchipudi, mais le spectacle était de qualité très moyenne. Ce soir, le programme était très alléchant vu que le guru de Krishna Chidambaram est C. V. Chandrasekar, un des plus grands danseurs et enseignants de bharatanatyam, aujourd'hui très âgé. Il joue du nattuvangam (cymbales). À ses côtés, une chanteuse, un mridangam, une flûte, un violon. La salle est pleine. J'ai encore trouvé le moyen de m'installer au premier rang, au centre, mais je me suis retrouvé relégué au second quand des chaises surnuméraires ont été disposées devant. La scène est tellement décorée de fleurs qu'il en exhale des parfums.
Cela n'est pas l'habitude dans ce festival, mais pour une fois, les annonces sont faites en tamoul. Il m'est donc significativement plus difficile de saisir de quoi il s'agit d'autant plus que la danse est très technique, trop à mon goût. C'est exécuté parfaitement, tout à fait dans le rythme, mais cela reste très abstrait, presque mécanique. La première pièce est un Pushpanjali dédié à Rama, puis vient un Jatiswaram. Cette deuxième pièce sera la seule à comporter un passage purement rythmique.
Ce spectacle ne comporte pas une partie principale, mais deux ! La
première est Siva Astapati. J'ai plusieurs conjectures sur ce qu'elle
représente, mais je préfère ne pas les dévoiler. Principalement, il s'agit
de Shiva. Le texte répète souvent le mot Shankara
et on voit la
danseuse prendre révérencieusement la pose Nataraja. Est évoqué le retour
de Rama à Ayodha en passant par Rameshwaram où il vénère un lingam de Shiva
pour se faire pardonner du meurtre de brâhmane qu'il a commis en tuant
Ravana (il ne me semble pas que cet épisode figure dans le Ramayana). Dans
un autre tableau, il me semble reconnaître Kama (Amour) frappant Shiva
d'une flèche censée le faire aimer Parvati. Shiva le réduit en cendres et
Rati son épouse vient implorer le pardon de Shiva, qui le lui accorde.
Dans la deuxième pièce principale, il est aussi question du Ramayana. Les thèmes ressemblent à ceux déjà présentés par Srithika Kasturi Rangam. On verra apparemment la cérémonie qui permet à Dasharata d'obtenir quatre fils. Il y aura aussi la scène où Rama soulève l'arc de Shiva après que d'autres auront raté. Une originalité de cette chorégraphie est d'avoir aussi représenté Sita, anxieuse à l'idée de se retrouver mariée à un autre que Rama. Les caprices de Kaikeyi, responsable de l'exil de Rama, seront ensuite évoqués, puis très furtivement la rencontre de Guha. Une fois dans la forêt, on trouve l'épisode de l'antilope magique à la poursuite de laquelle part Rama à la demande de Sita. Une ellipse, puis on voit arriver des singes, mais la chorégraphie me semble assez confuse.
L'avant-dernière pièce est Javeli. C'est encore très abstrait, tout comme la dernière, un Tillana dédié à Rama.
Si ce spectacle était impressionnant par la technique, je suis néanmoins un peu resté sur ma faim. Si j'avais un dictionnaire des codes du bharatanatyam, j'aurais sans doute davantage apprécié.
Comme la danseuse a resté sur scène pas loin de deux heures, il n'y a plus beaucoup de trains et le suivant étant prévu une demi-heure plus tard, je décide de prendre un bus jusqu'à Indira Nagar. La zone à l'Est de la voie de chemin de fers m'est devenue difficile d'accès parce qu'un petit pont s'est apparemment effondré, ou on l'aura fait tomber. Des travaux sont en cours. Toujours est-il qu'à moins de traverser des maisons, il faudrait faire un détour d'un ou deux kilomètres pour passer à sec. Il m'a pourtant semblé voir un passage praticable. J'ai gagné du temps, mais ma chaussure gauche a fait connaissance avec les immondices du slum...
2010-02-09 10:47+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-08
Radha Prasanna (disciple de Guru Madhava Peddi Murthy), kuchipudi
Encore un très beau spectacle au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Cette foisi-ci, il s'agit de kuchipudi. La danseuse Radha Prasanna est aussi spécialiste de bharatanatyam et cela se voit.
Le spectacle commence par une prière puis la danse commence avec une assez longue pièce dédiée à Ganesh, celui qui repousse les obstacles. La pièce suivante évoque le personnage de Satyabhama, la plus belle des soixante mille gopis de Krishna.
Par rapport au bharatanatyam, les mouvements sont beaucoup plus arrondis. On trouve aussi des passages purement rythmiques, qui reviennent d'ailleurs plus fréquemment.
Avant le début de la pièce principale, on rappelle le parcours de Guru Madhava Peddi Murthy (Siva Foundation) lui-même disciple d'un récipiendaire du Padma Bhushan.
La difficuilté des pièces va croissante. La pièce principale, homologue
du Varnam, est le Tarangam, qui signifierait ondes
. C'est d'ailleurs
par des mouvements ondulatoires que commence cette pièce, qui évoque la
danse de Krishna à Vrindavan. On voit aussi Vishnu couché et il me semble
même que Lakshmi lui masse les pieds. La spécificité du kuchipudi est de
comporter des passages dansés sur un plateau de laiton. C'est assez
impressionnant. Les orteils pincent les bords. La danseuse avance, tourne,
recule en rythme et avec une grande facilité tout en accompagnant les
pulsations de mouvements des bras. La difficulté explose sur la fin. La
guru réalise avec sa voix et les cymbales une dictée rythmique frénétique
que la danseuse reproduit accompagnée des autres instruments : morsing
(guimbarde),, vîna, mridangam.
La pièce suivante évoque la danse cosmique de Shiva, sur un texte sanskrit d'Adi Shankara. Du point de vue musical, on entend un mélange harmonieux de passages rythmiques pendant lesquels la mélodie de la vîna et de la voix d'un chanteur reste en suspension.
La pièce qui vient ensuite est un hommage à Venkateshwarar et la grande Unité qui inclut tous les êtres de la Création, qu'il soient rois ou intouchables. Musicalement, c'est une superbe interprétation de la chanson Brahman Okate.
Encore une pièce dédiée à Venkateshwarar sur une composition de Sri
Rajaji. Un dévôt s'adresse à la divinité et lui dit Viens et
bénis-moi.
.
Ce spectacle de haut niveau se termine comme il s'est ouvert par une prière.
2010-02-05 11:12+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-04
Srithika Kasturi Rangam (disciple de Guru Ambika Rameswar), bharatanatyam
Comme lundi et mardi, en rentrant du Chennai Mathematical Institute en bus, j'ai pris un train local pour la station Tirumailai, la plus proche de Mylapore et de son temple Kapaleeshwarar. Le timing étant plutôt serré pour manger avant de rejoindre le R. K. Swamy Auditorium, je n'ai guère d'autre possibilité que de manger une troisième fois au restaurant Saravana Bhavan du coin. Il n'y a pas que les dosas qui y soient bons : puris, parathas, sambar vada, etc. Leur kulfi est excellente. Ayant un petit peu d'avance, je décide de passer par l'intérieur de l'enceinte extérieure du temple Kapaleeshwarar. On y a construit un passage couvert le long de l'enceinte intérieure. De nuit, les sculptures sont moins visibles, seules luisent les lettres Om Shiva Shiva du gopuram (où l'on pourra aussi voir un lingam et une paonne, symbole du couple Shiva-Parvati). En faisant le tour, les incroyants étant défendus d'entrer dans l'enceinte centrale, je découvre qu'il s'y trouve une étable (un des noms de Shiva est Pashupati, celui qui garde le troupeau, une métaphore que l'on trouve aussi dans le christianisme), ce qui est cohérent avec le fait que mardi soir, traversant le parking en face du gopuram, un moment d'inattention et je me fusse retrouvé encorné par un bovin poursuivi des assiduités de quelque congénère.
Le récital de 17h45 n'est pas encore fini quand j'arrive à la salle après avoir reconnu la rue à prendre au repère olfactif que constitue le grossiste en café qui s'y trouve. Je m'installe entre deux pièces et peux assister au fort déplorable Tillana final. La musique est catastrophique, la chorégraphie maladroite, et la danseuse, non dénuée de possibilités, fait ce qu'elle peut. Dans ce festival, on trouve du bon et du moins bon.
⁂
Je me replace au premier rang, dans une place laissée libre au centre. Le récital de Sritikha Kasturi Rangam (30 ans) va commencer. On annonce que ce récital sera un hommage à la grande chanteuse M. S. Subbulakshmi dont on donne quelques repères biographiques. Sa photographie enguirlandée se dresse en dessous de la traditionnelle sculpture du seigneur de la danse.
Le spectacle commence par un Pushpanjali. Vient ensuite une des chansons d'Adi Shankara (un des grands penseurs de l'hindouïsme) : Bhaja Govindam, dédié à Krishna, fameusement chanté par M. S. Subbulakshmi. Le chant est assuré par Guru Ambika Kameswar (qui joue aussi des cymbales et a signé les chorégraphies) et une autre chanteuse. Si elle a parfois du mal à aller chercher les aigus, sa prestation vocale est néanmoins remarquable. Dans ces pièces introductives, la danseuse montre une grande maîtrise dans l'exécution précise de mouvements pourtant rapides.
La pièce principale qui va suivre, le Varnam, est la plus belle pièce de bharatanatyam que j'ai vue. Il s'agit bien d'une pièce ou d'un ballet dont la danseuse jouerait tous les rôles. Le scénario est extrait des six premiers livres du Ramayana de Valmiki. La chanson s'appellerait Bhavayami Raghuramam. Quelques uns des épisodes de l'épopée seront ainsi représentés. Si connaître l'épopée aide beaucoup à identifier les scènes, les différents tableaux parlent d'eux-mêmes. Le public paraît d'ailleurs plus réactif que d'ordinaire ; peut-être est-ce qu'il comprend aussi paradoxalement mieux ce qui se passe sur scène que si on lui avait préalablement introduit les différentes scènes au micro.
La première scène que je reconnais est celle où Rama gagne la main de Sita en soulevant et bandant sans effort l'arc de Shiva qui était en possession de Janaka, le père plus ou moins adoptif de Sita. Avant lui, de grands gaillards se seront fait mal au dos en ratant lamentablement l'épreuve.
Une ellipse et Rama se retrouve en exil (avec Lakshmana et Sita) et traverse une rivière à bord de la barque de Guha, qui est souvent considéré comme un des tout premiers dévôts (bhakta) de Rama.
Le tableau le plus poétique est celui qui met en scène Jatayus. Que ces mouvements évoquant ceux du vautour sont gracieux ! Avant de succomber à ses blessures, il informe Rama de l'enlèvement de Sita par Ravana.
L'armée des singes part ensuite à la recherche de Sita en direction des quatre points cardinaux.
Le singe Hanuman prend avec lui un bijou de Rama. Il retrouve Sita prisonnière et triste. Elle s'illumine quand elle reconnaît l'ornement de Rama qui se réjouit aussi au retour de Hanuman.
Dans le dernier tableau, Rama est face à l'Océan qu'il devra franchir pour rejoindre Sita.
La pièce suivante est rythmée par le mantra (Om) Namah Shivaya
sur un texte aussi dû à Adi Shankara. Différents aspects de Shiva sont
représentés comme Nataraja, le seigneur de la danse, ou celui qui a les
cheveux tressés (superbe évocation de la descente de Ganga).
Vient une chanson de Mirabai dédiée à Hari et enfin un Tillana dédié à
la joie cosmique où entre des passages de danse pure
, on verra un
Vishnu couché sur l'Océan cosmique.
Quel beau spectacle ! Tout, dans la musique, la danse, l'expression du visage, l'attitude, etc, était de très haut niveau, à mon avis aussi bon que les spectacles des danseuses les plus connues qui vont se produire jusqu'à Paris !
2010-02-03 10:56+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-02
Srimati K. R. Rekha (disciple de Guru Dr. Padma Subramaniam), quatre étudiantes, son fils, bharatanatyam
Mardi soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium. On annonce K. R.
Rekha, son nom étant précédé du titre Srimati
plutôt que
Kumari
, signe la danseuse sera expérimentée, ce qu'elle montre assez
rapidement. Ses parures brillent ostensiblement. Mauvaise surprise : les
musiques sont enregistrées. Si le spectacle de la veille m'avait déjà
semblé audacieux par ses innovations chorégraphiques qui restaient
néanmoins dans la tradition, l'audace de la danseuse de ce soir va s'avérer
bien plus grande, quitte à sacrifier la tradition au point qu'après les
deux premières pièces, je me demandais s'il s'agissait bien de
bharatanatyam, avant que quatre de ses élèves entrassent en scène et
exécutassent quelques mouvements correspondant aux codes habituels, et ce
avec plus ou moins de réussite. Le style de la danseuse, comme ses formes,
est tout en rondeurs, fait d'amples mouvements et de poses évanescentes
évoquant furtivement quelques divinitées (en l'occurrence des formes de
Shiva). La musique n'est pas très carnatique non plus, encore un peu
d'audace et nous eussions entendu des chansons bollywoodiennes. Dans une
des pièces, la danseuse interprète le rôle de Yahoda accompagnée du divin
Krishna mimé par son fils.
La dernière pièce est le clou du spectacle. Sans que je comprenne les détails d'interprétation, la danseuse représente le moksha, le salut qui se peut obtenir par l'adoration du bienheureux Krishna. La musique qui rythme cette chorégraphie est la marche nuptiale du Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn !
2010-02-02 11:17+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII
R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-01
Kumari Pallavi Vijay (disciple de Guru Meenakshi Chittaranjan), bharatanatyam
Je suis arrivé en Inde dans la nuit de dimanche à lundi. La
correspondance à Bruxelles (alors recouverte de neige) a été limite.
L'avion d'Europe Airpost avait une bonne heure de retard. À Bruxelles, je
dois chagner de terminal, ce qui est assez long en marche et tapis
roulants. Enfin, le plus pénible et le plus long est de revoir repasser les
contrôles de sécurité, surtout s'il faut d'abord trouver quelqu'un qui
entende suivant le cas le flamand, l'anglais ou le français et que la
machine se met à bipper sans raison et que l'agent de sécurité réalise des
contrôles plus approfondis avec nonchalance. Une employée me dit ensuite de
courir pour rejoindre la porte d'embarquement. Une fois dans l'avion, on
aura encore une heure d'attente parce qu'un passager a égaré son
passeport... Le service sur ce vol Jet Airways est très-convenable. Ce qui
l'est moins, c'est la sélection de disques dans la rubrique Western
classical
des ordinateurs de bord, dans la mesure où elle contient une
majorité de trucs dans le genre Vanessa-Mae. Je trouve
néanmoins des symphonies de Haydn, ce qui me fait remarquer une
ressemblance étonnante entre le premier mouvement de la symphonie nº88 et
un des morceaux de Casse-Noisette.
⁂
Lundi soir, je me rends au R. K. Swamy Auditorium pour le festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Dans ce festival que j'ai déjà fréquenté l'année dernière, on ne sait jamais à l'avance de quel niveau sera le récital.
Le deuxième programme de ce jour commence par un morceau chanté, ce qui met aussitôt en valeur les grandes qualités de la chanteuse. Entre ensuite en scène la frêle et rose silhouette de Pallavi Vijay dont j'apprendrai plus tard qu'elle n'a que seize ans. Avec un faux air de nonchalance, elle exécute un Pushpanjali évoquant Natajara, le seigneur de la danse. Le varnam, la partie principale d'un récital de bharatanatyam est dédié à Vishnu aux multiples formes. Les différentes évocations dansées, accompagnées musicalement par une voix, un violon, un mridangam (un type de percussions) et des cymbales choquées par Guru Meenakshi Chittaranjan, qui fait aussi entendre sa voix dans les parties purement rythmiques insérées dans le varnam. L'hommage à Vishnu commence par une pose correspondant à Vishnu couché sur l'Océan cosmique, puis vient un épisode du Ramayana où Rama ranima Ahalya qui avait été changée en pierre. Un exemple des bienfaits de la dévotion est donné par une légende puranique que je ne connaissais pas : un éléphant est sauvé de l'attaque d'un crocodile parce qu'il est un dévôt de Vishnu. Cet épisode est très pittoresque. On a vraiment l'impression de voir l'éléphant et le crocodile que la chorégraphie suggère. La façon de représenter l'éléphant est différente de celles vues jusques à maintenant, cette chorégraphie insistant davantage sur les oreilles que sur la trompe. Un autre avatar, le nain Vamana, vient ensuite, de ses trois pas, mettre un terme à la domination du démon Mahabali. Enfin, c'est Venkateshwar, la forme de Vishnu résidant à Tirumala qui est évoquée.
Après cette partie, quelques minutes de violon tout en vibrato, aux improvisations cependant moins assurées que dans les autres parties.
Plus tard, la danseuse revient pour évoquer la plainte faite par une gopi à
Yashoda à propos de son fils adoptif Krishna. Elle lui dit en substance :
Votre fils est un vilain garçon. C'est la créature la plus dépravée de
l'univers. En pleine nuit, il m'a séduite, je l'ai rejoint et il m'a embrassée,
et sans que je m'en rendisse compte, il faisait la même chose à de nombreuses
autres que moi en même temps.
.
Ce très beau récital s'est terminé par un Tillana, lui aussi dédié à Krishna.
2010-02-01 15:09+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Opéra — Voyage en Inde VIII
Théâtre des Champs-Élysées — 2010-01-30
Antonino Siragusa, Don Ramiro, ténor
Stéphane Degout, Dandini, baryton
Pietro Spagnoli, Don Magnifico, baryton
Carla Di Censo, Clorinda, soprano
Nidia Palacios, Tisbe, mezzo-soprano
Vivica Genaux, Angelina, mezzo-soprano
Ildebrando D'Arcangelo, Alidoro, basse
Michael Güttler, direction musicale
Irina Brook, mise en scène
Noëlle Ginefri, décors
Sylvie Martin-Hyszka, costumes
Arnaud Jung, lumières
Cécile Bon, chorégraphie
Concerto Köln
Chœur du Théâtre des Champs-Élysées (Stephen Betteridge)
La Cenerentola, Rossini.
Samedi soir, quelques heures avant de prendre un
Noctambus^Wbus de nuit^W^W^WNoctilien pour
l'aéroport CDG, je suis allé au Théâtre des Champs-Élysées pour assister à
la première représentation de La Cenerentola dans la production
mise en scène par Irina Brook (fille de Peter Brook) qui est reprise à
nouveau.
Il s'agit indiscutablement du plus drôle spectacle d'opéra que j'aie vu. Bien sûr, cet opéra est un des opéras comiques de Rossini, mais le début de la représentation fait craindre d'assister à un opéra d'esthétique deschiesne, le décor figurant le Bar Magnifico où Angelina (Vivica Genaux) en miss Ugly fait tout le travail, méprisée qu'elle est par son (beau ?)-père et ses deux demi-sœurs Clorinda (Carla Di Censo) et Tisbe (Nidia Palacios). Don Magnifico (Pietro Spagnoli) porte un maillot de foot (de la Lazio), son jeu est très exagéré, on dirait un acteur de film muet... La beaufitude et le look Deschiens ne seront pas les seules cibles de la farce, on s'amusera aussi aux dépens des jet-setteurs, du cultureux branché, de l'art contemporain, de la presse people, etc. Le lieu est très flou lui aussi, on est à Rome (en tout cas en Italie), à Paris, à New-York.
Contrairement à certaines transpositions pas toujours très cohérentes, ici, tout colle très bien à l'histoire, à la lettre du livret, avec quelques gags supplémentaires, comme celui qui consiste à faire accroire qu'un personnage chanté par un chauve (Antonino Siragusa) se fait passer pour un autre d'apparence chevelue (Stéphane Degout). En effet, Don Ramiro veut épouser une femme qui ne se soucierait pas de son argent. C'est donc le valet Dandini qui vient sonder l'âme des filles de Magnifico. La seule scène qui m'ait paru étrange est celle où Dandini et Magnifico sont en chaise longue, une serviette blanche lacée à la ceinture. Sans doute un clin d'œil à la scène du Barbier de Séville où Figaro fait son office de barbier.
Du conte original de Cendrillon, il ne reste plus beaucoup de la partie magique. Cet élément est incarné par le curieux personnage d'Alidoro (Ildebrando D'Arcangelo). En remercîment de l'aumône accordée par Angelina, il œuvre pour que Don Ramiro la choisisse et punisse ses sœurs. Son intervention muette pendant le sextuor du deuxième acte est à hurler de rire. Les six autres personnages sont figés pendant le sextuor, comme des somnambules. Très espiègle, il leur fait faire des gestes ridicules avec leurs mains.
Pour ce qui est de la musique, le Concerto Köln est dirigé par le jeune chef Michael Güttler. À propos des voix, j'ai trouvé que Vivica Genaux manquait un peu de puissance pendant les premières scènes chez Magnifico quand l'orchestre jouait forte (sans que ce soit très gênant : dans la plupart des passages, l'orchestre n'est qu'un accompagnement du chant). Cependant, elle a été formidable dans sa longue séquence à la fin (qui ressemble beaucoup à son homologue du Barbier de Séville). Grand rossinien, Antonino Siragusa est un Don Ramiro enthousiasmant, tout particulièrement pendant ses airs du deuxième acte, très applaudis.
Voilà un très beau spectacle. Malgré une histoire mettant en scène sept
personnages principaux (dont deux certes, ceux des sœurs d'Angelina, sont
quasi-confondus), ce n'est pas cérébral comme un Wagner ou un Strauss et on
aurait presque des scrupules à se laisser aller à une cette facilité
(encore plus axée sur le chant que ne l'est Bellini), mais c'est cela
aussi l'opéra. En sortant, j'entends dire Ç'aurait plu aux
gosses.
.
2010-02-01 14:35+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Expositions — Voyage en Inde VIII
Samedi après-midi, je dépose mes affaires à un hôtel près de la Gare du Nord où j'ai prévu de prendre un bus très tôt le lendemain matin. Je me suis dirigé vers l'Opéra où se tient une exposition sur les Ballets russes. Contrairement à l'exposition du début de saison sur Gounod, elle n'est pas ouverte les soirs de spectacle, ce qui fait que je ne l'ai toujours pas vue malgré les cinq après-midi ou soirées que j'y ai passées depuis la mise en place de cette exposition.
Je rentre facilement grâce à ma carte de la BnF. On peut voir dans cette exposition des dessins préliminaires à la confection de costumes ou de décors, quelques costumes, des photographies, une partition autographe du Prélude à l'après-midi d'un faune, une notation chorégraphique de certains passages du Sacre du printemps, etc.
Je découvre dans cette exposition l'intérêt pour l'Asie du décorateur Léon Bakst. On verra ainsi un bronze de Garuda, la monture de Vishnu qui aurait inspiré L'oiseau de feu et surtout une photographie du superbe Nijinsky prenant la pose caractéristique de Krishna joueur de flûte dans Le Dieu bleu en regard d'un autre bronze issu des collections du musée Guimet. Une danseuse de bharatanatyam ne prendrait pas une pose différente.
Parmi les autres documents présentés, on pourra lire deux pages d'un rapport de Gabriel Astruc destiné aux autorités impériales russes à propos de la troupe de Diaghilev et de ses déboires financiers, dont voici des extraits :
Rapport confidentiel sur la saison russe 1909
M. Serge de Diaghilev a compromis en France le bon renom de l'administration des Théâtres Russes.
Mesures à prendre pour l'avenir
Peut-être y a-t-il lieu dans l'intérêt même de la bonne renommée des Artistes russes et de la dignité des Théâtres Impériaux de Russie, de ne pas sanctionner par des autorisations officielles les faits et gestes d'un
impresario amateurdont le crédit est fortement entamé sur la place parisienne.
La sortie est toujours aussi mal indiquée. Je reste une bonne dizaine de minutes à la librairie pour écouter jusqu'au bout la version instrumentale de l'air Ah ! no credea mirarti de La Sonnambula qui s'y fait entendre.
2010-01-29 01:02+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-01-28
Michele Pertusi, Il Conte Rodolfo
Cornelia Oncioiu, Teresa
Natalie Dessay, Amina
Marie-Adeline Henry, Lisa
Javier Camarena, Elvino
Nahuel Di Pierro, Alessio
Jian-Hong Zhao, Un Notaro
Evelino Pidò, direction musicale
Marco Arturo Marelli, mise en scène, décors et lumières
Darmar Niefind, costumes
Patrick Marie Aubert, chef de chœur
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
La Sonnambula, Bellini
Jeudi soir, deuxième de La Sonnambula. Place d'abonnement dans la catégorie juste au-dessus de celle de lundi. Bout de rang 8 du deuxième balcon de côté (jardin). Un angle de vue comparable à celui que j'avais lundi, sans balcon au-dessus et personne derrière (il y a une cloison).
L'annonce que Natalie Dessay est toujours souffrante n'engendre que des applaudissements, la phrase prononcée ayant commençé par une locution suggérant qu'elle se finirait bien. De l'art d'annoncer une mauvaise nouvelle à 2700 personnes. Contrairement à lundi où cette difficulté passait presqu'inaperçue, ce soir, elle était souffrante et cela s'entendait. Pas tant dans les parties les plus virtuoses de ses airs, que dans les récitatifs, chantés bien sûr, que comporte l'opéra.
Qu'il doit être difficile de choisir entre renoncer à chanter au risque de décevoir les nombreux spectateurs et chanter tout de même en désespérant de ne pas être au meilleur de soi.
Quoique les autres chanteurs fussent très bons, ces imperfections eussent fait que cette soirée n'eût été qu'en demi-teinte s'il ne se fît ouïr l'air final Ah ! non giunge uman pensiero, où après avoir rapidement passé une robe rouge en coulisses, la chanteuse se place seule en scène devant un rideau imitant celui de l'Opéra Garnier (où, parfois, comme ce soir, les étoiles sont applaudies à leur entrée en scène). Cela a été plus court, mais je me suis retrouvé à peu près dans le même état que lundi.
⁂
Je ne sais pas depuis combien de temps le réglage des oculaires correspondant aux deux yeux s'était défait, mais au début du deuxième acte, ce n'était plus tenable, j'ai identifié le problème et en prenant soin de faire le réglage œil après œil, j'ai retrouvé une image très nette, me permettant de voir vraiment très bien le visage des chanteurs. Ces jumelles, achetées environ 25€ il y a un an et demi, furent un très bon choix d'équipement.
Dans Le Monde, Renaud Machart moque gentîment la mise en scène :
Pour cette production louée à l'Opéra de Vienne, le metteur en scène Marco Arturo Marelli a transposé l'action, sise dans un village, dans un sanatorium de luxe en montagne. Ce qui est assez piquant quand le Comte Rodolfo, revenu au bercail après une longue absence, s'exclame, alors qu'il est devant un bar et des tabourets Art déco :
Le moulin ! La fontaine ! Le bois ! (...) Je vous reconnais, lieux charmants.
Il oublie malicieusement de préciser qu'au moment où Rodolfo le dit, il ne regarde pas le bar, mais le tableau qui se trouve accroché au-dessus et représente un paysage villageois.
À propos de cette mise en scène, j'avais remarqué qu'un détail avait été
changé par rapport au livret, à savoir que l'objet qui trahit Lisa et ses
jeux folâtres avec le comte n'était pas un fichu mais un soulier (elle a
aussi égaré un bas...). N'entendant pas l'italien, je ne sais pas si le mot
vel
a été changé. En tout cas, pour l'amateur français d'opéra
italien qui se soucierait encore des paroles, on a pris garde à l'Opéra de
Paris de faire paraître le mot soulier
dans les sur-titres (c'est à
peu près le seul moment de la soirée où j'ai formé le dessein de les
lire).
2010-01-26 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2010-01-25
Michele Pertusi, Il Conte Rodolfo
Cornelia Oncioiu, Teresa
Natalie Dessay, Amina
Marie-Adeline Henry, Lisa
Javier Camarena, Elvino
Nahuel Di Pierro, Alessio
Jian-Hong Zhao, Un Notaro
Evelino Pidò, direction musicale
Marco Arturo Marelli, mise en scène, décors et lumières
Darmar Niefind, costumes
Patrick Marie Aubert, chef de chœur
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
La Sonnambula, Bellini
Ce lundi, lors de la première de La Sonnambula à l'Opéra Bastille (véritable première : c'est l'entrée au répertoire de l'Opéra de cette œuvre de Bellini créée en 1831), on annonce que Natalie Dessay est souffrante depuis quelques jours, brouhaha dans la salle, mais qu'elle assurera son rôle. L'opinion générale est qu'elle a fait un peu mieux qu'assurer. C'est carrément l'extase !
C'était le moment de la saison opératique que j'attendais le plus avidement. Le moins que je puisse dire est que je n'ai pas été déçu par ce spectacle d'opéra, parmi les plus belles choses qui se puissent entendre. J'ai déjà eu l'occasion de discuter de l'intrigue et des œuvres qui par transpositions successives ont conduit à cet opéra 1. Je n'y reviens plus.
La mise en scène de Marco Arturo Marelli n'est pas désagréable à regarder. Le décor (unique) est une vaste salle d'un hôtel dans les Alpes suisses. C'est cohérent avec le livret qui fait de Lisa une aubergiste. Ce qui l'est moins, dans cette approche visuellement réaliste, c'est de n'avoir pas suggéré la chambre de Rodolfo où, après sa première crise de somnambulisme, Amina s'endort. On la voit ici s'allonger dans la salle de banquet. Lors des apparitions d'Amina, les témoins chantent parfois en regardant dans la direction opposée, ce qui produit un effet peu crédible. Comme il l'explique dans le programme, une des idées du metteur en scène est de rapprocher ce séjour suisse d'une retraite effectuée par le compositeur quelques mois avant de composer son ouvrage (il pensait alors écrire un (H)Ernani). Ce n'est que marginalement visible dans la mise en scène, mais il faudrait imaginer que Rodolfo est un compositeur. Bref, si elle n'est pas génialissime, cette mise en scène n'est en rien déplaisante (pas de quoi justifier les huées, quelqu'éparses qu'elle fussent, qui accompagnèrent l'arrivée de l'équipe de production lors des saluts).
Ce n'est je crois que la deuxième fois qu'un opéra me met dans des états pareils. La première fois, c'était lors de la première de Padmâvatî au Châtelet. La jouissance était alors davantage visuelle que musicale, même si l'impressionnisme de Roussel exacerbait mon sentiment général à propos de cet opéra-ballet. Ce soir, c'était avant tout la voix de Natalie Dessay qui détenait la faculté de déclencher des réactions jubilatoires. Lors de la retransmission du Met, cela ne m'avait tout à fait atteint que lors de l'avant-dernier air Ah ! no credea mirarti (j'avais même été plus impressionné par le rôle d'Elvino chanté par Juan Diego Flórez). Dans la salle de l'Opéra Bastille, l'effet de la voix de Natalie Dessay a été immédiat, dès les premiers airs du premier acte, dont je perçois enfin l'immense beauté. S'il n'est sans doute pas aussi enthousiasmant qu'un Flórez ou un Meli, Javier Camarena fait un bon Elvino. Les autres chanteurs, notamment Michele Pertusi (Rodolfo), assurent très-convenablement leur rôle aussi bien par leur chant que par leur jeu.
À voir, à revoir. (Cette production sera filmée. Une retransmission radiophonique est prévue le 27 février sur France Musique.)
[1] Un des textes du programme (tiré des mémoires de l'épouse du librettiste Felice Romani) confirme d'ailleurs que l'idée de faire de Rodolfo le père d'Amina était bien de lui, qu'il avait écrit une scène où Rodolfo révélait sa paternité à la présumée orpheline. Le seul vestige de cet ajout envisagé à l'intrigue se trouve allusivement dans les paroles de Rodolfo :
Elle est fort gentille et gracieuse
Laisse-moi te regarder. Oh, quel joli minois !
Tu ne sais pas combien ces beaux yeux
Font doucement battre mon cœur,
Comme tu rappelles à mes pensées
Une adorable beauté.
Elle était, ah ! telle que tu es,
Au matin de sa vie.
2010-01-23 01:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre du Châtelet — 2010-01-22
Lina Tetriani, Norma
Paulina Pfeiffer, Adalgisa
Nikolai Schukoff, Pollione
Nicolas Testé, Oroveso
Blandine Staskiewicz, Clotilde
Luciano Botelho, Flavio
Ensemble Matheus
Chœur du Châtelet
Jean-Christophe Spinosi, direction musicale
Nicholas Jenkins, chef de chœur et assistant du chef d'orchestre
Peter Mussbach, mise en scène et décors
Daniela Juckel, décors
Andrea Schmidt-Futterer, costumes
Alexander Koppelmann, lumières
Axel Bott, dramaturgie
Norma, Bellini
Je n'étais pas retourné au théâtre du Châtelet depuis un an et demi. La dernière fois, c'était pour un concert du dimanche matin avec Le Concert français dirigé par Pierre Hantaï et la fois précédente, c'était pour Padmâvatî de Roussel.
Cette fois-ci, c'est pour Norma de Bellini, qui, hasard du calendrier intervient presqu'en même temps que la production de La Sonnambula du même compositeur à l'Opéra Bastille.
Les décors du metteur en scène Peter Mussbach et de Daniela Juckel sont conceptuels. Un grand vide bordé de trois murs. Une grande boule, représentation d'une divinité lunaire, est un totem que déplacent les Gaulois. Les membres du chœur, des comédiens et une acrobate restent sur scène en permanence. Ils portent des costumes ternes. Les couleurs changeantes des murs, des éléments de décor, des costumes, sont presqu'entièrement le fruit des lumières. La scène sera ainsi toute verte, toute rouge, bleue, etc, suivant la situation. Ce procédé est d'autant plus éclatant quand une tâche de lumière colorée suit un personnage, en l'occurrence Oroveso (Nicolas Testé), le chef des druides. C'est le père de Norma (Lina Tetriani), sorcière-prêtresse censée annoncer l'oracle aux Gaulois. Elle a eu deux enfants (interprétés par des sortes de poupées !) du proconsul romain Pollione (Nikolai Schukoff) dont la moitié haute du corps est dorée par le maquillage. Celui-ci doit rentrer à Rome, et plutôt que Norma, c'est la jeune Adalgisa (Paulina Pfeiffer) qu'il aimerait emmener. Norma est jalouse, elle veut mener sa vengeance à son terme en se servant du pouvoir que sa religion lui donne sur les Gaulois. Norma envisagera de sacrifier ses enfants (comme Médée...), puis annoncera à son peuple qu'il faut non seulement sacrifier à leur divinité le profanateur Pollione, mais aussi une jeune fille qui s'est compromise avec lui. Jusqu'au dernier moment, elle hésitera. Finalement, elle se dénoncera elle-même pour rejoindre Pollione dans la mort. Ce dernier loue une femme qu'il perd. Je me demande un moment s'il pense à Adalgisa ou à Norma, mais il semble bien qu'il s'agisse de Norma, bien plus forte qu'il l'avait pensée.
Musicalement, c'est très beau. Autant je n'avais pas du tout été convaincu par l'Ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi dans L'Oratorio de Noël, autant dans Bellini, cela rend bien. Les chanteurs des trois ou quatre rôles principaux sont bons. Bien sûr, quand le public a entendu des centaines de fois l'air Casta Diva chanté par Maria Callas (le nombre de films qui l'utilisent dans leur bande son est assez invraisemblable), il est difficile que la comparaison ne paraisse pas défavorable (simplement parce que les détails d'interprétation sont différents, et qu'on pourrait attribuer à une faute ou une faiblesse ce qui n'est qu'un choix, pas forcément moins pertinent). Lina Tetriani, qui a été annoncée souffrante à l'entr'acte, s'en est très bien sortie. Dans ses airs, Nikolai Schukoff montre ses talents de bel cantiste. La première scène du deuxième acte met en scène un superbe duo entre Norma et Adalgisa, cette dernière étant prête à sacrifier son amour de Pollione pour son aînée.
Une partie du public a lancé des huées à la fin du premier acte et lors des saluts. Je ne sais pas si cela visait Spinosi ou bien le metteur en scène qui n'était pas là pour saluer. Pour ma part, j'ai trouvé que cette production était réussie.
PS: L'utilisation de toute la profondeur du plateau fait qu'il vaut mieux être au centre pour bien profiter de cette mise en scène, ce qui était mon cas vu que j'étais au premier balcon, plein centre, avec néanmoins devant moi un pilier, qui n'est pas très gênant : à un moment, Norma et Adalgisa étaient toutes les deux côté cour dans l'axe du pilier, mais par vision stéréoscopique, Adalgisa de l'œil gauche, Norma de l'œil droit (à moins que ce ne soit le contraire), je les voyais toutes les deux simultanément (cela marche bien sûr aussi derrière des jumelles).
2010-01-22 02:05+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures
Opéra Comique — 2010-01-21
Lucy Crowe, Soprano, Juno
Andrew Foster-Williams, Bass, Coridon, Winter, Hymen, Sleep
Claire Debono, Mystery, First Fairy, Nymph, Spring
Miriam Allan, Anna Devin, Claire Debono, Maud Gnidzaz, Fairies
Ed Lyon, Tenor, Adam, Secrecy
Sean Clayton, Tenor, Summer
Callum Thorpe, Bass
Emmanuelle de Negri, Soprano, Night, The Plaint
Robert Burt, Mopsa
Andrew Davies, Phoebus
David Webb, Autumn
Helen Jane Howells, Eve
William Gaunt, Theseus
Robert East, Egeus
Alice Haig, Hermia
Nicholas Shaw, Lysander
Gwilym Lee, Demetrius
Jo Herbert, Helena
Roger Sloman, Starveling
Robert Burt, Flute
Desmond Barrit, Bottom
Paul Mc Cleary, Quince
Brian Pettifer, Snug
Jack Chissick, Snout
Sally Dexter, Titania
Jotham Annan, Puck
Finbar Lunch, Oberon
Laura Caldow, Omar Gordon, Samuel Guy, Anthony Kurt-Gabel, Jarkko Lehmus, Caroline Lynn, Maurizio Montis, Sarah Storer, Danseurs
Adel Aïssani, Riad Ghelazi, Lucien Pech, Indian Boy (en alternance)
Les Arts Florissants
William Christie, direction musicale
Jonathan Kent, mise en scène
Paul Brown, décors et costumes
Mark Henderson, lumières
Kim Brandstrup, chorégraphie
Francesca Giplin, assistante mise en scène
Joanna O'Keeffe, assistante chorégraphie
François Bazola, chef de chœur
Sophie Decaudaveine, conseillère linguistique
The Fairy Queen, Purcell
Les spectacles à l'Opéra Comique qu'il m'a été donné de voir rivalisent d'adresse à m'enthousiasmer. Le dernier en date est The Fairy Queen, semi-opéra de Purcell, dont la partition a été perdue pendant deux siècles ! Je ne m'étais pas renseigné sur cette œuvre. Je découvre ainsi qu'un semi-opéra est un spectacle intermédiaire entre le théâtre et l'opéra. À vrai dire, les musiciens, les comédiens et les chanteurs ne sont pas les seuls à rassasier les sens du spectateur puisqu'on verra aussi évoluer des danseurs !
Le livret est inspiré (vaguement nous dit le metteur en scène Jonathan Kent) de la pièce de Shakespeare Le songe d'une nuit d'été. Tout se passe dans un décor unique mais multiforme. Il commence par figurer l'intérieur du duc Theseus, puis il se déstructure pour représenter la forêt où les amoureux Lysander et Hermia ont promis de se rejoindre, suivis de près par Helena qui n'est point aimée de Demetrius en retour. La reine des fées et Oberon se disputent. Puck, le serviteur d'Oberon, se trompe de destinataire pour les charmes que lui suggère son maître, ce qui fait que la reine des fées se trouvera en amour avec le tisserand Bottom transformé en âne et que Lysander et Demetrius vont fuir Hermia pour se disputer Helena. Quand le jour paraîtra, tout sera rentré dans l'ordre et les personnages auront eu l'impression de faire un songe.
Tout ce spectacle est so British. Par exemple, les artisans jouent une pièce de théâtre inspirée de la légende de Pyrame et Thisbé racontée par Ovide. Les artisans jouent tellement mal leur pièce à l'intérieur de la pièce que c'en est à hurler de rire. Le comédien qui interprète Bottom (Desmond Barrit) est très impressionnant.
Le décor est unique, mais cela bouge beaucoup. Une trappe permet de rapides et multiples apparitions-disparitions de personnages. On a presque peur pour les danseurs qui arrivent à ne pas tomber dans le trou. Certains, comme Phoebus et Juno sont suspendus dans les cieux.
Le spectacle est très long : cela commence à 20h et finit peu avant minuit, avec un seul entr'acte d'une demi-heure. Bref, il ne s'en ai pas fallu de beaucoup pour que j'arrive à prendre le dernier RER B (qui, n'étant omnibus qu'à partir de Massy-Palaiseau, est plus rapide que ceux qui précèdent). Long, mais en rien ennuyeux.
2010-01-21 01:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures
Opéra Bastille — 2010-01-20
Andrew Richards, Werther
Ludovic Tézier, Albert
Alain Vernhes, Le Bailli
Andreas Jäggi, Schmidt
Christian Tréguier, Johann
Sophie Koch, Charlotte
Anne-Catherine Gillet, Sophie
Alexandre Duhamel, Brühlmann
Olivia Doray, Kätchen
Michel Plasson, direction musicale
Benoît Jacquot, mise en scène
Charles Edwards, décors et lumières originales
Christian Gasc, costumes
André Diot, lumières
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Werther, Massenet
L'opéra Bastille voit se succéder les Werther maudits. L'an dernier, Villazón avait annulé la première. Cette année, pour la représentation de ce soir, Jonas Kaufmann a été remplacé par Andrew Richards qui a interprété fort honorablement le rôle de Werther dans l'opéra éponyme de Massenet.
J'avais plutôt apprécié la production de Jürgen Rose. Celle dont l'Opéra a fait l'acquisition, mise en scène par Benoît Jacquot au Royal Opera House (2004), m'a enthousiasmé bien au-delà. Le seul faux pas me semble résider dans le port de lunettes teintées par Werther lors de son entrée en scène. Bagatelle.
Les quatre décors (un par acte) sont en pente. Le mur d'enceinte et la porte d'entrée sur le domaine du bailli, les abords du temple (que l'on ne voit pas), le salon de Charlotte, la chambre de Werther. Les costumes sont classiques. Albert est en rouge, Werther en bleu, Charlotte en blanc, Sophie en violet. Si on excepte le début du troisième acte, trop sombre, j'ai trouvé que l'utilisation des lumières était extrêmement pertinente.
Depuis la dernière fois, j'ai pris le temps de lire le roman épistolaire de Goethe, Les souffrances du jeune Werther, que j'ai lu dans la sublime version française que constitue la traduction de Charles-Louis de Sévelinges, rendue plus élégante par Pierre Leroux qui n'entendait pas l'allemand et revue récemment par Christian Helmreich, Le Livre de Poche, collection Les Classiques de Poche. À ma surprise, Sophie, la sœur cadette de Charlotte, est un personnage qui n'apparaît que dans l'opéra. Elle est interprétée par Anne-Catherine Gillet, qui m'avait impressionné dans l'air de Micaëla de Carmen. C'est d'ailleurs dans cette Carmen que j'avais entr'aperçu Andrew Richards. Il n'avait pu assurer son rôle de Don José que pendant les deux premiers actes et avait été remplacé par un ténor brésilien anonyme.
Son interprétation du rôle de Werther est tout à fait convaincante. Toutefois, la prononciation de certaines voyelles lui pose occasionnellement quelques problèmes. Charlotte est interprétée par Sophie Koch que je n'avais entendue qu'une seule fois, dans le final de la neuvième symphonie de Beethoven en 2005 au TCE avec l'Orchestre Lamoureux. La tension dramatique et l'importance de ce rôle augmentent à chaque acte jusqu'à la scène finale, très lyrique.
Dans le rôle d'Albert, on trouvera cette année aussi Ludovic Tézier. Par rapport au roman, Albert est plus en retrait. On ne saura pas grand'chose de lui si ce n'est qu'il est l'homme que Charlotte avait promis d'épouser à sa mère sur son lit de morte. Dans le roman, on le voit volontiers philosopher avec Werther, qui est fasciné par le suicide... Dans cette version toutefois, un détail dans l'attitude d'Albert laisse à penser qu'il est parfaitement conscient de l'usage que Werther entend faire des pistolets qu'il lui prête pour un prétendu voyage. Dans le roman, seule Charlotte semblait envisager la fatale issue.
Les amateurs du son de la harpe seront comblés dans les derniers actes. Le directeur musical Michel Plasson (76 ans !) a manifestement plus de mal à marcher qu'à diriger l'orchestre de l'Opéra. En tout cas, il fait de la musique de Massenet un délice de musique continue, seulement interrompu par les deux entr'actes.
La représentation du 26 janvier sera retransmise en direct sur Arte et sur Internet (ArteLiveWeb).
PS: Il m'a semblé que le surtitrage a été remonté, le rendant seulement à moitié visible depuis le rang 7 du premier balcon de côté. Cela paraît curieux par rapport à l'utilisation de l'espace scénique : seule la moitié de la hauteur disponible était utilisée, de sorte qu'il n'eût résulté aucune gêne de ce qu'on descendît légèrement l'appareil.
2010-01-16 23:10+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Jusques à il y a deux ans, je vivais dans l'idée fausse que la Cité de la Musique n'était que le Temple de la Musique Nouvelle 1. À vrai dire, tous les styles de musique y sont représentés, ce qui la distingue des autres lieux culturels parisiens. Je n'y avais pour le moment entendu que des Râgas et de la musique baroque.
Il n'y avait pas de raison que je n'essayasses point d'entendre aussi de cette musique du vingt-et-unième siècle quand l'occasion se présenta de coupler l'écoute de cette musique avec une partie de programme de l'intégrale Schubert prévue lors de la biennale de quatuors à cordes.
Cité de la musique — 2010-01-13
Quatuor Diotima
Gilbert Nouno, réalisation informatique musicale Ircam
Quatuor à cordes nº4 (Jonathan Harvey)
Quatuor Pražák
Quatuor à cordes nº7 (Schubert)
Jiří Hudec, contrebasse
François-Frédéric Guy, piano
Quintette pour piano et cordes La Truite (Schubert)
Mercredi dernier, j'ai assisté au programme de 20h30. Je m'installe sur mon siège dans la salle que je trouve dans une configuration géométrique inhabituelle. Les deux fois précédentes, les sièges étaient dirigés vers le centre du côté le moins long du rectangle, alors que ce soir, ils étaient tournés de 90°.
Les placeurs de la CdM sont certainement les plus décontractés qu'il se puisse voir. Entre deux spectateurs, combien de ragots sont échangés !
La première partie aurait dû voir la création d'un quatuor de Philippe
Manoury. Elle n'aura pas lieu. À la place, le quatuor Diotima joue le
quatuor à cordes nº4 (2003) de Jonathan Harvey. Après que le quatuor s'est
installé et qu'une annonce bienveillante à destination d'un pays récemment
frappé par les destructrices forces sous-terraines, des sons se font
entrendre de toutes les directions. Le concert est en effet sonorisé par un
dispositif électronique en temps réel
opéré par Gilbert Nouno.
Parfois, on ne sait plus très bien si ce qu'on entend est du direct, l'écho
de ce qui a déjà été entendu ou un tout autre son. En tout cas, le son
provient de partout et la localisation change tout le temps. C'est rigolo,
mais j'ai du mal à considérer qu'il s'agisse de musique. En effet, le
premier son qui se fait entendre est celui d'un archet frottant non pas les
cordes mais le bois du violon. Un peu plus loin, l'archet du violoncelle
essuie les cordes longitudinalement. Je me demande bien comment ces
techniques sont notées sur la partition 2. Plein d'autres techniques zarbi. C'est
amusant, c'est indiscutablement original, mais ce n'est pas franchement ce
que j'aime entendre.
La deuxième partie laisse la place au quatuor Pražák pour le septième quatuor de Schubert et son quintette La Truite (pendant lequel un violon s'effacera et le trio restant sera rejoint par le contrabassiste Jiří Hudec et le pianiste François-Frédéric Guy). Je n'ai pour le moment que très peu eu l'occasion d'entendre de la musique de chambre. En particulier, c'est la première fois que j'entends ces œuvres en concert. Mon impression est assez mitigée. J'ai en effet souvent eu l'impression que le premier violon couinait. Pendant le quintette, peut-être est-ce de la faute à mon placement près d'un des murs et d'une entrée, mais de ma place, le son du piano me semblait dégradé comme dans un mauvais enregistrement datant d'un demi-siècle. Cela dit, je suis plutôt content d'avoir entendu ces œuvres en concert, tout particulièrement La Truite dont je n'avais entendu que la version Lied chantée par Waltraud Meier.
⁂
Cité de la musique — 2010-01-16
Quatuor Arditti
Quatuor VII OpenTime, 21 variations pour quatuor à cordes, Pascal Dusapin (création)
Quatuor Hagen
Douze Microludes (György Kurtág)
Quatuor à cordes nº16 (Beethoven)
Samedi, 17h, je suis de nouveau à la Cité de la Musique pour un autre
programme de quatuors. En première partie, le Quatuor Arditti crée le
Quatuor VII OpenTime de Pascal Dusapin. Contrairement au truc de
Jonathan Harvey évoqué ci-dessus, là, il s'agit indiscutablement de
musique. Cela dure une quarantaine de minutes. L'œuvre est dédiée à
Anton, né le 29 juin 2009 à 0h31
. Cela commence par un coup d'archet
de l'alto sur deux notes. À vrai dire, le début est presque un solo pour
alto, l'accompagnement du violoncelle étant assez discret. Lors des 21
variations, le quatuor montre un large éventail d'ambiances, de sonorités,
de rythmes et de techniques, qui restent néanmoins dans le cadre d'une
utilisation standard des instruments à cordes. Le public apprécie. Comme de
coutume lors d'une création (si je compte bien, cela doit être la quatrième
à laquelle j'assiste), le compositeur vient saluer le public avec le
quatuor. Cette création, ainsi que d'autres concerts de la biennale sont
disponibles sur Arte
Live Web et devraient bientôt l'être sur le site de la CdM.
Pour la deuxième partie, Dusapin regagne sa place et le quatuor Hagen entre en scène. La première œuvre, très courte, est Douze Microludes György Kurtág. Si elle n'était pas désagréable à écouter, elle a déjà fui ma mémoire. Quelques mignons effets de glissando du violon. Pour finir, un charmant quatuor nº16 de Beethoven qui vaut une ovation méritée au quatuor.
⁂
C'est probablement l'effectif musical restreint qui accentue cela, mais j'ai trouvé que pendant ces concerts, les nuisances habituelles du public étaient décuplées. Certes, nous sommes en janvier, mais il est invraisemblable qu'autant de gens se mettent à tousser tout au long du concert.
Cette expérience m'incite à augmenter la proportion de musique de chambre dans les concerts auxquels j'assisterai à l'avenir (j'en entends déjà occasionnellement dans des lieux comme l'église des Billettes, mais cela se limite au répertoire baroque). Voir d'aussi petites formations rend aussi l'expérience de la musique moins impersonnelle qu'elle ne peut paraître quand on écoute un orchestre. On peut en effet plus facilement imaginer le type de liens et les vies qui se cachent derrière la musique que l'on entend. À cet égard, le roman Quatuor de Vikram Seth est remarquable.
[1] Veuillez pardonner à cette pulsion terminologique : je viens de lire un roman de Shan Sa (pas très bon d'ailleurs : Les Conspirateurs).
[2] À propos de notations, je me suis toujours demandé comment la chorégraphie d'un ballet ou la mise en scène d'une pièce de théâtre ou d'un opéra était notée, si elle l'est effectivement. Si on peut comprendre qu'il est possible de la communiquer à un interprète simplement en lui montrant comment faire (j'ai même cru comprendre que dans certaines chorales, les choristes non solfégistes apprenaient par cœur la musique en écoutant des enregistrements), cette transmission se heurte aux limites de la mémoire et de la vie. Ce n'est pas tout à fait anodin puisque des ballets du répertoire français du XIXe comme Giselle (1841) ont été oubliés en France à partir de 1868, mais ont continué à être joués en Russie grâce à Marius Petipa, rendant possible des reprises ultérieures à l'Opéra (1910). Certains de ces ballets ont été notés en utilisant des symboles musicaux comme l'avait imaginé Vladimir Stepanov. Le seul document de ce type que j'ai vu est une notation utilisant cette méthode pour La Bayadère. Je me demande quels sont les usages modernes en la matière.
2010-01-08 02:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2010-01-07
Jonathan Nott, direction musicale
Maurice Béjart, chorégraphie
Béjart Ballet Lausanne
Ensemble Intercontemporain
Béla Bartók, musique (Sonate pour deux pianos et percussions, premier et deuxième mouvements, 1938)
Bert, décors
Julien Favreau, Daria Ivanova, Luisa Diaz Gonzalez
Sonate à trois (1957), d'après Huis clos de Jean-Paul Sartre
Anton Webern, musique (Cinq mouvements pour quatuor à cordes, opus V, 1909)
Dominique Roman, réalisation lumières
Kathleen Thielhelm, Dawid Kupinski
Webern Opus V (1966)
Pierre Boulez, musique (Dialogue de l'ombre double pour clarinette, clarinette enregistrée et piano résonnant, 1985)
Anna De Giorgi, costumes
Clément Cayrol, costumes
Nicolas Berteloot, régie son
Alain Damiens, clarinette
Kateryna Shalkina, Oscar Chacon
Dialogue de l'ombre double (1998)
Pierre Boulez, musique (Le Marteau sans maître, pour voix d'alto et six instruments, 1954)
Joëlle Roustan, Roger Bernard, décors et costumes
Roger Bernard, lumières
Hilary Summers, contralto
Daria Ivanova, Dawid Kupinski, Johann Clapson, Oscar Chacon, Keisuke Nasuno, Julien Favreau, Arthur Louarti
Felipe Rocha, Adrian Cicerone, Neel Jansen, Juan Sanchez, Valentin Levalin, Juan Pulido, Marco Merenda, Les personnages en noir
Le Marteau sans maître (1973)
Je suis allé ce soir à l'Opéra pour voir non pas le Ballet de l'Opéra, mais la compagnie qui y est invitée, le Béjart Ballet Lausanne. De Béjart, je ne connaissais que la mort. Je savais bien sûr qu'il était chorégraphe et qu'il avait tout particulièrement changé la danse masculine, mais je n'avais jamais vu ses spectacles.
Quatre œuvres sont au programme, créées depuis 1957 jusques à 1998. Dans toutes ces pièces, la musique est du vingtième siècle et parmi les plus bizarres que j'aie entendues (c'est d'ailleurs la première fois que j'entends l'Ensemble Intercontemporain). En tout cas, c'est très dissonnant. Dans la première pièce Sonate à trois, c'est du Bartòk. Il paraît pour la deuxième fois à mes oreilles et cette deuxième occasion ne me donne pas envie de favoriser de nouvelles rencontres. La musique de Webern dans Webern Opus V, cinq mouvements de quatuors à cordes, me déplaît moins, mais les sons produits par le violon sont parfois vraiment curieux. Les deux dernières pièces Dialogue de l'ombre double et Le Marteau sans maître tirent leur musique d'œuvres de Pierre Boulez des mêmes noms. Première fois aussi que j'entends du Boulez. Dans Dialogue de l'ombre double, on entend deux clarinettes, une enregistrée (et à la mouvante spatialisation) et une physique, dont Alain Damiens joue sur scène. Cela paraît quelque peu aléatoire, mais ce n'est pas du tout désagréable à entendre.
Dans les quatre ballets, la chorégraphie est bien sûr
contemporaine
, pourtant cela ne ressemble aucunement aux spectacles
de danse contemporaine que j'avais vu avant. Certes, comme souvent dans ces
styles, les décors sont assez abstraits. On trouve par exemple trois
chaises dans Sonate à trois. De nombreux mouvements sont saccadés,
chose que l'on voit rarement dans le ballet classique. Ce qui est
véritablement étonnant, c'est la façon dont ces éléments sont incorporés à
des mouvements que manifestement, seuls des danseurs ayant une solide
formation classique puissent exécuter. Les danseuses sont d'authentiques
ballerines, réalisant des pointes. Les costumes près du corps des messieurs
(et aussi des dames) font penser à la tenue des danseurs de ballet. Bref,
vus jusques à cinquante ans après la création par quelqu'un qui n'a vu ces
différents genres qu'en des lieux différents, jamais en même temps, cela
fait drôle de voir réunis ces styles jusques alors opposés. Bref, même si
je ne suis pas forcément ému par la musique (et la musique de ballet n'est
pas toujours non plus la plus intéressante qui soit), je ne peux qu'admirer
les prouesses techniques.
Le choc esthétique et visuel a donc été total pendant la première pièce Sonate à trois. Lors de la deuxième Webern Opus V, j'ai souffert de mon placement qui ne m'a pas autant fait apprécier ce pas de deux en blanc qu'une meilleure place l'eût permis. J'étais en effet au deuxième rang de la baignoire 8, à la place symétrique de celle que j'avais eue et appréciée pour Onéguine. Quand la chorégraphie utilise tout l'espace, bien qu'un peu excentrées, ces places permettent de voir très bien les danseurs sans avoir à utiliser de jumelles ! Le souci, dans cette pièce, est que le quatuor à cordes n'était pas dans la fosse, mais sur scène, côté jardin. La chorégraphie s'était donc réfugiée côté cour, en partie invisible de moi, donc.
La pièce que j'ai inconditionnellement appréciée le mieux est Dialogue de l'ombre double. Deux clarinettes. Un couple de danseurs, un lion (dont je me disais qu'il serait amusant qu'il bouge...). Un passage presque comique montre la duplicité du style, presque jusqu'à l'écartèlement de la ballerine. Au milieu de la pièce, celle-ci déchausse un de ses pieds. Elle exécute ensuite des mouvements indépendants sur chaque jambe. Une sage pointe encore possible avec le chausson qui lui reste tandis que libérée, l'autre jambe se met à faire un peu n'importe quoi.
La dernière œuvre Le Marteau sans maître, la plus longue, a la
musique la plus bizarre des quatre. C'est aussi la plus longue : 38
minutes. Pendant les dix premières minutes, je me suis vraiment demandé ce
que je faisais là. La chorégraphie m'indifférait, la musique aussi,
d'autant plus qu'il y avait des passages chantés, qui choquent en ce qu'ils
n'ont pas grand'chose à voir avec ce qu'on entend habituellement quand on
parle de chant. Les paroles, en français apparemment (des extraits des
poèmes de René Char du même nom ?), ont été rendues tout à fait
inintelligibles par la musique. Progressivement, sans que je comprenne
pourquoi, la danse me plaît de plus en plus à mesure que l'on avance. Il
s'agit d'une danse de groupe. Six danseurs. De temps en temps, à peu près
aux moments où chante la contralto Hilary Summers, la ballerine Daria
Ivanova entre sur scène, portée par un des personnages en noir
, à
vrai dire, un homme recouvert d'un costume ressemblant à une burqa. Dans
cette pièce comme dans les autres, la technique est éblouissante. Des
portés absolument invraisemblables. À la fin, je suis
presque enthousiasmé parce que je viens de voir.
Les entrées des baignoires étant au même étage que les fauteuils d'orchestre, forcément, on ne croise pas les mêmes gens que dans les étages supérieurs et je ne suis même pas surpris de me retrouver à la sortie à côté d'une actrice oscarisée...
2009-12-24 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2009-12-23
Vello Pähn, direction musicale
Madjid Hakimi, réalisation lumières
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Jean-Louis Vaudoyer, argument, d'après le poème de Théophile Gautier
Carl Maria von Weber, musique (L'Invitation à la Valse orchestrée par Hector Berlioz)
Michel Fokine, chorégraphie
d'après Léon Bakst, décor et costumes
Delphine Moussin, La jeune fille
Josua Hoffalt, le spectre
Le spectre de la rose
Claude Debussy, musique (Prélude à l'Après-midi d'un faune)
Vaslav Nijinski, chorégraphie
Léon Bakst, décors et costumes
Yann Bridard, Le faune
Émilie Cozette, La nymphe
L'Après-midi d'un faune
Gregorio Martinez Serria, livret d'après la nouvelle El Sombrero de tres picos de Pedro Antonio Alarcón
Manuel de Falla, musique
Léonide Massine, chorégraphie
d'après Pablo Picasso, décors, rideau de scène et costumes
Andrea Hill, mezzo-soprano
Vincent Chaillet, le meunier
Alice Renavand, la femme du meunier
Pierre Rétif, le Corregidor
Le Tricorne
Igor Stravinski, musique et livret
Alexandre Benois, livret
Michel Fokine, chorégraphie
d'après Alexandre Benois, décors et costumes
Nicolas Le Riche, Pétrouchka
Eve Grinstazjn, La ballerine
Stéphane Bullion, Le maure
Michaël Denard, Le charlatan
Pétrouchka
Le ballet de l'Opéra de Paris joue ces jours-ci non seulement Casse-Noisette, mais aussi Ballets Russes, un ensemble de quatre ballets qui furent montés par la compagnie russe de Diaghilev (qui a une place à son nom du côté Nord de l'Opéra Garnier) dans les années 1910.
J'étais déjà venu samedi soir dernier, profitant d'une place à 6€ que Palpatine n'avait plus l'intention
d'utiliser. Sur le ticket était inscrit Scène non visible
, ce qui
était assez largement exact. Néanmoins, c'était en premières loges nº6, une
des plus proches de la scène, avec donc une superbe vue sur l'orchestre.
Pour le reste, un pilier ne me laissait à voir qu'un tout petit quart de la
scène, et encore seulement les parties les plus proches de la fosse.
J'aurais au moins vu ce soir-là danser José Martinez, grâce aux talents de
chorégraphe duquel je suis devenu un spectateur régulier du ballet de
l'Opéra (c'était pour Les enfants du
paradis).
J'y suis retourné ce soir avec une place à 10€ (achetée au guichet), malheureusement un deuxième rang de quatrièmes loges, mais cependant pas trop excentré. Le placement n'est pas extraordinaire, mais au moins je verrai l'essentiel des mouvements de danse.
La première pièce est Le spectre de la rose, de Fokine. Cela dure dix minutes. Deux interprètes. Une jeune fille (Delphine Moussin) est assoupie chez elle. Le parfum d'une rose l'envahit et son spectre (Josua Hoffalt) entre dans la pièce. Le costume tout rose ne serait pas parfait si le danseur n'avait pas la tête elle aussi couverte de rose. La jeune fille se lève, et sa danse ainsi que celle du spectre devient de plus en plus enflammée. Enfin, elle se rendort, le spectre sort par la fenêtre (superbe saut). La jeune fille se réveille en se demandant bien ce qui a pu lui arriver.
Vient ensuite L'après-midi d'un faune, adaptation du poème de Mallarmé, sur la musique de Debussy. La chorégraphie de Nijinski avait fait scandale. Esthétiquement et techniquement, c'est très différent de tout ce que j'avais déjà vu. Bien sûr, pas de pointes, vu que les suivantes de la nymphe étaient pieds nus. La nymphe était dansée par Émilie Cozette, le faune par Yann Bridard. Je ne suis pas très convaincu par ce dernier (pas d'opinion sur l'autre), l'expression de son visage m'a semblé grossièrement lubrique, à un point presque clownesque. Même si je ne l'avais qu'entr'aperçu samedi dernier, Jérémie Bélingard m'avait semblé plus subtil.
La troisième pièce avant l'entr'acte est Le Tricorne (Massine). L'action se passe en Espagne. Chose curieuse pour un ballet, la mezzo-soprano Andrea Hill chante parfois sur la musique de Manuel de Falla. Les décors et costumes furent dessinés par Pablo Picasso. L'histoire ne tient pas vraiment la route. Un homme portant le tricorne s'intéresse de près à une meunière, qui le repousse. Il fait enfermer le meunier. À la fin, tout s'arrange, mais ce qui est invraisemblable, c'est le quiproquo qui fait que les soldats prennent plus tard le tricorne pour le meunier. Contrairement à samedi, aucune villageoise n'a chu. Je suis enchanté d'avoir vu danser Alice Renavand, la première fois que je la voyais dans un premier rôle.
La dernière pièce a la même durée que la précédente, trente-sept minutes, nous dit le programme. Il s'agit de Pétrouchka (Fokine) que je revois dans la même distribution que la première fois. Pétrouchka (Nicolas Le Riche), la ballerine (Eve Grinsztajn) et le maure (Stéphane Bullion) sont les trois poupées que présente le charlatan (Michaël Denard, vénérable danseur étoile) lors d'une grande fête populaire pétersbourgeoise. Les poupées s'animent. On découvre leur intérieur lors des deuxièmes et troisièmes tableaux. Pétrouchka et le maure sont tous les deux amoureux de la ballerine. L'un est triste, l'autre exubérant. La musique de Stravinski évolue entre des styles très divers. Pour l'avoir déjà apprécié samedi, j'attendais avec impatience le début du quatrième tableau, dont le son n'est pas sans rappeler celui de Wagner. La fête reprend, danses traditionnelles, ours et autres animaux... et enfin, nos poupées font une entrée fracassante : le maure zigouille Pétrouchka. Il ne s'agit heureusement que d'une poupée. Quoique, alors que le charlatan repart avec un Pétrouchka sans vie, un double fantomatique reparaît au-dessus du théâtre des poupées.
2009-12-19 02:35+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Opéra Bastille — 2009-12-18
Marcelo Alvarez, Andrea Chénier
Sergei Murzaev, Carlo Gérard
Micaela Carosi, Maddalena di Coigny
Francesca Franci, La Mulatta Bersi
Stefania Toczyska, La Contessa di Coigny
Maria José Montiel, Madelon
André Heyboer, Roucher
Igor Gnidii, Il Romanziero (Pietro Fléville)
Antoine Garcin, Fouquier-Tinville
David Bizic, Il Sanculotto Mathieu
Carlo Bosi, Un Incredibile
Bruno Lazzaretti, L'Abate
Ugo Rabec, Schmidt
Lucio Prete, Il Maestro di Casa
Guillaume Antoine, Dumas
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Giancarlo Del Monaco, mise en scène
Carlo Centolavigna, décors
Maria Filippi, costumes
Wolfgang von Zoubek, lumières
Laurence Fanon, chorégraphie
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Daniel Oren, direction musicale
Andrea Chénier, Umberto Giordano
C'est un très beau spectacle d'opéra que la production d'Andrea Chénier d'Umberto Giordano qui passe actuellement à l'Opéra Bastille. Le style de la musique de Giordano fait parfois penser à celle de Puccini. Ceux qui aiment le son de la harpe seront servis.
Les décors sont superbes. Le premier tableau représente une fête chez la
comtesse de Coigny en 1789. Un sofa est déplacé par des serviteurs (au
passage, dans la traduction du livret que j'ai lue, ce mot était
orthographié sopha
). Les lumières du lustre sont allumées. La fille
de la comtesse, Maddalena, entre avec sa servante, la mulâtre Bersi. Elle
doit s'habiller avant que les invités arrivent. Ceux-ci ont des costumes
d'époque et des coiffures extravagantes. Un mini-spectacle de ballet et de
musique se déroule sur une petite scène au fond de la scène. Considérant
son sort et celui de son père, le serviteur Gérard se désole du caractère
héréditaire de sa condition. Des pauvres viennent manifester leur faim et
le décor commence à se disloquer. Entretemps, le poète André de Chénier
aura séduit Maddalena par ses vers, qui outre son inclination pour elle
décèlent des critiques de la noblesse et du clergé. L'atmosphère
révolutionnaire se met en place.
Au cours du deuxième tableau, autant Maddalena que Chénier sont menacés. Nous sommes en 1794, c'est la Terreur. De grands mouvements de foule, des têtes défilent sur des piques, des drapeaux tricolores flottent, plus tard on entendra la Carmagnole et la Marseillaise. Gérard est devenu un leader révolutionnaire. Chénier est trop modéré. Maddalena tente d'entrer en contact avec lui, alors que celui-ci envisage de quitter le pays. Ils sont surpris par un espion. Dans le feu de l'action, Chénier blesse Gérard, qui ne le dénonce pas.
Au troisième tableau, Gérard change d'attitude. Il est lui aussi épris
de Maddalena. Il pense à se débarasser de Chénier. Il écrit des accusations
pour le tribunal révolutionnaire. Au cours de ce tableau, le bel air de
Madelon qui fait enrôler son petit-fils contre les contre-révolutionnaires
et les autres ennemis de la Révolution. Marie-Aude Roux, dans Le
Monde, semble déplorer que cet air soit statique. Pourtant, Madelon
étant censée vivre ses derniers jours, il n'est pas aberrant qu'on la fasse
asseoir. Cela dit, que Gérard soit assis pendant son grand air dans ce
tableau est plus gênant (certes, il est blessé, mais il tient sur ses
jambes). Vient ensuite les procès. Les juges ont les spectateurs dans le
dos. Ils font face au chœur qui s'est installé dans une sorte de théâtre à
l'italienne (j'aimerais bien savoir quel est le modèle de ce décor ; à
moins que les tribunaux révolutionnaires eussent réquisitionnés des lieux
insolites, cela paraît curieux). Gérard a été rejoint par Maddalena. Il a
encore changé d'avis. Il va prendre la défense de Chénier qui a pour sa
part réussi, contrairement à la tradition de 1794, à prendre la parole lors
de son propre procès. Le grand'inquisiteur^Waccusateur public
Fouquier-Tinville reprend les accusations qu'avaient faites Gérard à son
compte. Chénier est condamné à mort malgré les protestations du public.
La fin est un sommet de lyrisme. Maddalena décide de rejoindre Chénier dans la mort. En corrompant son gardien, elle se substitue à une femme condamnée à mort en même temps que Chénier. Après un superbe duo d'amour, il courent littéralement à la mort ensemble.
Cela doit être unde des premières fois que je vois une production d'opéra qui propose des images conforment au cadre historique de l'intrigue (l'autre exception serait Don Carlo). Si cela serait ridicule pour une opéra-comique comme Le Roi malgré lui, pour un sujet aussi unique que celui de la Révolution française, même si ce n'est sans doute pas la seule option (j'ai cru comprendre que ce n'est pas ce qui avait été fait pour la dernière production de Fidelio à l'Opéra de Paris), cela semble un choix tout à fait défendable. Bref, je suis très content du travail de mise en scène de Giancarlo Del Monaco et des décors de Carlo Centolavigna.
Du côté des voix, on est bien servi avec les trois rôles principaux : Andrea Chénier (Marcelo Alvarez), Maddalena di Coigny (Micaela Carosi) et Carlo Gérard (Sergei Murzaev). Je n'ai pas d'éléments de comparaison vu que j'entendais cet opéra pour la première fois. Pour une raison qui m'échappe, le chef d'orchestre Daniel Oren a été la cible de quelques huées, heureusement couvertes par les applaudissements.
2009-12-16 23:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Bastille — 2009-12-16
Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique
Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène, d'après Marius Petipa et Lev Ivanov
Nicholas Georgiadis, décors et costumes
Rui De Matos Machado, lumières
Mélanie Hurel, Clara
Christophe Duquenne, Drosselmeyer/Le Prince
Géraldine Wiart, Luisa
Mallory Gaudion, Fritz
Adrien Bodet, Le casse-noisette
Eric Monin, Le père
Béatrice Martel, La mère
Jean-Christophe Guerri, Le grand-père
Céline Talon, La grand-mère
Muriel Zusperreguy, Charline Giezendanner, Deux flocons
Ballet de l'Opéra
Élèves de l'École de Danse
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Orchestre Colonne
Kevin Rhodes, direction musicale
Casse-Noisette, ballet en deux actes, sujet de Marius Petipa d'après un conte d'E.T.A. Hoffmann, adapté par Alexandre Dumas
Ce soir était la première occasion pour moi d'aller à l'Opéra Bastille
pour voir un ballet. Depuis l'avant-dernier rang du deuxième balcon, mais
plein centre, il vaut mieux avoir des jumelles pour voir les détails des
mouvements de danse. Il vaut mieux aussi faire abstraction du bruit des
scolaires
qui ennuie tout le monde ; une spectatrice située
quelques rangs plus bas utilisera même un blanc dans la musique pour
exprimer son exaspération en criant Est-ce que vous pouvez vous taire
dans le fond ?
.
Je ne dirais pas que ce ballet de Noureev d'après Petipa contienne de grands moments magiques de danse ; on y trouve plutôt une succession de beaux tableaux, notamment pour le corps de ballet comme la danse des flocons au premier acte et la valse des fleurs. Les deux personnages principaux, Clara (Mélanie Hurel) et le Prince (Christophe Duquenne) ont un grand pas de deux au deuxième acte. Christophe Duquenne m'a fait une très bonne impression, qu'eût également fait Mélanie Hurel, que je voyais danser pour la première fois, s'il n'y avait pas eu quelques malheureux petits déséquilibres.
Ce ballet utilise un nombre invraisemblable de danseurs. Les élèves de
l'école de danse ont été mobilisés pour jouer les enfants des invités de la
soirée de Noël, les rats et les soldats au premier acte. Des costumes très
divers aussi, avec la fantaisie que constituent les danses espagnole,
arabe, russe, chinoise et française au deuxième acte. Il s'agit
d'évocations de rêves de Clara au cours desquels elle verra des personnages
de sa famille dans des lieux insolites. La danse qui aura le plus de succès
est la danse arabe, le couple qui s'y distingue ayant des costumes et
parures qui concurrencent en sonorités l'orchestre Colonne (du coup, cela
avait presqu'un côté danse indienne
).
Dans cette version, à la fin, Clara se réveille au milieu des invités de
la soirée de Noël pendant laquelle le casse-noisette que son parrain
Drosselmeyer lui a offert se sera transformé en beau prince et aura
combattu le roi des rats. J'ai lu quelques contes d'Hoffmann, mais
apparemment pas celui qui a inspiré ce ballet. Il semble que le conte à
l'intérieur du conte qui aurait fourni l'explication du nom de
Casse-Noisette
soit passé à la trappe dans l'adaptation de Petipa.
Dans celle de Noureev, la Fée Dragée et Confiturembourg ont aussi
disparu.
⁂
Je savais Jean Glavany balletomane (il me semble qu'il y avait eu un article à ce propos dans Le Monde il y a quelque temps) ; je viens de découvrir qu'il avait un blog.
2009-12-13 23:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2009-12-13
Élisabeth Platel, introduction
Bernard Boucher, professeur
Michèle Mérou, pianiste
Troisième division garçons
Fabienne Cerutti, professeur
Claire Djourado, pianiste
Troisième division filles
Éric Camillo, professeur
Michel Myron Mytrowytch, pianiste
Deuxième division garçons
Francesca Zumbo, professeur
Ellina Akimova, pianiste
Deuxième division filles
Jacques Namont, professeur
Richard Davis, pianiste
Première division garçons
Carole Arbo, professeur
Laurent Choukroun, pianiste
Première division filles
Roxana Barbacaru, professeur
Ellina Akimova, pianiste
Troisièmes divisions filles et garçons
danse de caractère
Bernard Boucher, professeur
Laurent Choukroun, pianiste
Premières divisions filles et garçons
adage
Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra.
D'après mes archives, j'aurai
assisté cet après-midi à mon deux-centième spectacle. Une
consommation
régulière depuis 2002, avec une fréquence qui tend à
augmenter vu que le centième était une représentation du Barbier de
Séville en avril 2008.
Il ne s'agissait pas du Spectacle de l'École de danse, mais des Démonstrations. Elles ont lieu pendant plusieurs journées en décembre. Aujourd'hui, il y avait un premier programme à partir de 10h et un second, celui auquel j'ai assisté, à partir de 14h30.
Tous les élèves de l'École de danse de l'Opéra y participent. J'ai vu les troisièmes, deuxièmes et premières divisions filles et garçons, c'est-à-dire les élèves les plus âgés (respectivement moins de 16, 17, 18 ans). Accompagnés par des pianistes, ils passent classe par classe faire des exercices avec leur professeur, qui fait des commentaires à destination du public, donne des indications pour corriger les imperfections et les félicite, parce qu'ils le valent bien.
La plupart des exercices présentent des mouvements réalisés simultanément par les élèves, ou successivement par plus petits groupes. Cela paraît logique de travailler et de montrer de la danse de groupe vu qu'a priori seule une élite de ces élèves deviendront solistes. La synchronisation, très importante, n'est pas toujours au rendez-vous. Les professeurs insistent sur ce point comme sur la nécessité de se mettre en accord avec la musique.
Les figures qui sont montrées vont par difficulté croissante, jusqu'à des pas, sauts, pirouettes auxquelles ils viennent seulement de s'attaquer (j'ai bien aimé le tour sur soi avec réception en arabesque). On est bien sûr loin de la quasi-perfection dont font preuve certains danseurs du ballet de l'Opéra. Ces défauts d'exécution, les réceptions ratées, le manque de synchronisation, etc, ne font que mettre en valeur la difficulté extrême de cet art et le mérite de ceux qui sortiront de cette école en maîtrisant les techniques de la danse, malgré les contorsions qu'elle impose aux corps — on serait d'ailleurs un peu plus rassuré si certaines danseuses prenaient quelques kilogrammes. Les professeures expliqueront plusieurs fois qu'il n'y a pas que les garçons qui sautent. Les techniques de pointes sont déjà impressionnantes. Je suis assez mystifié par la figure qui consiste à faire une pirouette sur les deux pieds en pointe. Je ne saisis vraiment pas la géométrie de la chose. On verra aussi des danseuses tourner de façon prolongée sur un seul pied (figure qui m'avait sidéré quand j'avais vu Dorothée Gilbert la faire dans La fille mal gardée). Les garçons ne sont pas en reste. Ils tournent sur eux-mêmes à grande vitesse avec un pied au sol et un pied en l'air.
Après le passage de ces six classes non-mixtes, les troisièmes divisions
filles et garçons viendront pour la danse de caractère
et les
premières divisions filles et garçons pour l'adage
. Là, il ne s'agit
plus tellement d'exercices, mais de chorégraphies de groupe à part entière,
rapides (et ukrainiennes ou russes) pour les troisièmes divisions, lentes
pour les premières divisions. Lors de cette dernière partie, on verra aussi
de périlleux exercices de portés réalisés sans musique.
L'ambiance est assez différente de celle des ballets de l'Opéra. Le nombre de très jeunes filles fait que la moyenne d'âge du public est beaucoup plus basse que d'habitude. L'assistance applaudit plusieurs fois à la minute, saluant chaque exercice, voire chaque prestation individuelle. Si ce type d'événements n'est sans doute pas ce qu'il faudrait voir en premier pour prendre goût aux ballets, c'est néanmoins très intéressant.
2009-12-13 01:35+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2009-12-12
Natalie Dessay, soprano
Renata Pokupic, mezzo-soprano
Tilman Lichdi, ténor
Robert Gleadow, baryton-basse
Ensemble Matheus
Chœur Mélisme(s) (Gildas Pungier)
Jean-Christophe Spinosi, direction
Oratorio de Noël (cantates 1, 3, 6), BWV 248, Johann Sebastian Bach.
Mon septième Oratorio de Noël au Théâtre des Champs-Élysées depuis 2002. Pas programmé en 2008, il est revenu en 2009. Ce n'est pas la version la plus inoubliable que j'aie entendue.
La salle est bien pleine. Le directeur est à sa place habituelle. Depuis ma place, en levant la tête, je remarque pour la première fois le caractère parfaitement circulaire de la salle.
Alors qu'habituellement quatre des six cantates du Weihnachtsoratorium de Bach (BWV 248) étaient jouées, les trois premières, et la quatr- ou sixième — je n'ai toujours pas entendu la cinquième en concert — ce soir, seules les cantates 1, 3 et 6 seront interprétées par le brestois ensemble Matheus (Jean-Christophe Spinosi), le chœur Mélisme(s) (Gildas Pungier) et les quatre solistes.
Le ténor Tilman Lichdi fait un très bon évangéliste. Il n'a pratiquement que des récitatifs, mais dans son air Nun mögt ihr stolzen Feinde schrecken (cantate nº6), il révèle un style d'interprétation qui me plait. Le baryton-basse Robert Gleadow impressionne par sa voix ténébreuse et puissante, notamment pendant son air de bravoure Großer Herr, o starker König (cantate nº1). La mezzo-soprano Renata Pokupic semble terrorisée. Elle s'en sort convenablement, mais ce n'est guère enthousiasmant. Malgré les grands gestes du chef d'orchestre, l'Oratorio passerait presque pour une œuvre triste.
Bien sûr, on est aussi un peu venu pour entendre Natalie Dessay. Je dois bien dire que je préfère nettement l'entendre dans le répertoire romantique que dans le baroque auquel elle a commencé à s'attaquer il y a quelques années (en témoignent de beaux enregistrements avec le Concert d'Astrée de cantates pour soprano, du Magnificat de Bach, d'Il trionfo del Tempo e del Disinganno de Händel, etc.). Ce soir, elle a semblé ailleurs. Son attitude était en tout cas très différente de celle des autres solistes. Elle donnait l'impression d'intérioriser la musique, faisant mouvements de tête et autres mimiques en phase avec celle-ci, comme oubliant qu'une foule était rassemblée pour l'entendre. Ses membres antérieurs étaient aussi mobilisés dans cette gestuelle. Les mouvements de ceux-ci avaient en effet été libérés par la présence d'un pupitre où poser sa partition. Pendant la dernière cantate, le pupitre avait curieusement disparu. Le bras gauche pouvant néanmoins supporter le poids de la partition, le droit conserva sa liberté de mouvement. Bref, autant dans son interprétation que son attitude, tout était différent de mes références.
L'Oratorio de Noël est une des œuvres que mes goûts placent au plus haut et que j'aime aller écouter alors que l'Avenue Montaigne et les Champs-Élysées ont revêtu leurs décorations de Noël. Sans engendrer de franc déplaisir, cette soirée manqua pourtant de magie. Heureusement que les passages choraux m'ont charmé. Le chœur Mélisme(s), breton aussi, m'a semblé excellent.
2009-12-09 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Opéra Garnier — 2009-12-08
Xavier Mas, Thespis
Marc Labonnette, Un Satyre
Aimery Lefèvre, Momus
Mireille Delunsch, Thalie, La Folie
Judith Gauthier, L'Amour, Clarine
Paul Agnew, Platée
Alain Vernhes, Cithéron
François Lis, Jupiter
Yann Beuron, Mercure
Doris Lamprecht, Junon
Laurent Pelly, mise en scène, costumes
Chantal Thomas, décors
Laura Scozzi, chorégraphie
Joël Adam, lumières
Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène
Nicholas Jenkins, chef du chœur
Jory Vinikour, responsable des études musicales
Marc Minkowski, direction musicale
Chœur et musiciens du Louvre-Grenoble
Platée, Jean-Philippe Rameau
Je reviens de l'Opéra Garnier où avait lieu ce soir la troisième représentation de la reprise de la production de la comédie lyrique Platée de Rameau mise en scène par Laurent Pelly.
Pour la première fois, je me retrouve à l'amphithéâtre. Si on fait plus d'un mètre soixante, on n'a pas de place pour les genoux. Si on en fait moins, les pieds ne touchent pas le sol. On en ressort tout cabossé. Bref, à éviter. Le seul avantage est que l'on a un des meilleurs rapport visibilité/prix. Depuis le centre de l'avant-dernier rang, j'avais vue sur toute la scène. Ce qui était ennuyeux, c'est que l'écran des surtitres était situé juste derrière le grand panneau supérieur de la scène (où est écrit la date de la fondation de l'Académie Royale de Musique). De là, on ne pouvait lire que la ligne du bas. Seul un effet de parallaxe permettait peut-être aux spectateurs des étages inférieurs de lire les surtitres. Je trouve ce genre de bugs d'organisation tout à fait ahurissants.
Heureusement, je connaissais déjà l'histoire (ayant reçu il y a quelque temps un DVD de cette production en prêt) et les chanteurs arrivaient vraiment à se bien faire entendre. Les décors de Chantal Thomas (à ne pas confondre avec ses quasi-homonymes) sont faits de rangées de sièges de théâtre (peut-être est-ce en relation avec Thespis, un précurseur du théâtre, qui intervient dans le prologue). Platée, interprétée par Paul Agnew, est une grenouille à qui on fait accroire que Jupiter s'est épris d'elle. Celui-ci voit là un moyen de s'amuser de la jalousie excessive de Junon. À la fin, tout le monde aura ri au détriment de la grenouille.
Les costumes de Laurent Pelly sont charmants. Le plus étonnant est celui du personnage de la Folie (Mireille Delunsch) : une robe couverte de partitions plus ou moins flottantes. En pleine folie créatrice, elle en déchirera même quelques unes. Les costumes de la grenouille sont intéressants aussi ; le visage de Paul Agnew est complètement fardé. Jupiter (François Lis) et Junon (Doris Lamprecht) brillent en mauve.
L'ouvrage comporte de nombreuses et variées parties dansées (chorégraphie de Laura Scozzi). Le vent est ainsi figuré par une scène de danse où des danseuses ont les cheveux qui tombent à l'horizontale. On verra aussi des couples faire de la danse assez acrobatique. Les nombreuses suivantes de la Folie ont aussi plusieurs scènes de danse amusantes.
Tout est motif à l'amusement. La musique, le texte et tout le reste. Ainsi, entre le deuxième et le troisième acte, une grenouille descendra d'une baignoire pour rejoindre l'orchestre, embêter les musiciens et même diriger l'orchestre du Louvre-Grenoble ordinairement dirigé par Marc Minkowski.
2009-12-05 00:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Église des Billettes — 2009-12-04
Noëlle Spieth, clavecin
Pièces de clavecin en concert (1741) de Rameau : premier, cinquième, quatrième, deuxième, troisième concerts
Ce fut sans doute le meilleur concert de clavecin que j'aie entendu
jusques à présent. Au programme, les cinq concerts
de Rameau
(Pièces de clavecin en concert de 1741) joués par la claveciniste
Noëlle Spieth, seule. Cela peut paraître curieux puisque la partition
prévoit des parties de violon, flûte ou viole. Mais, comme nous l'apprend
le programme, Rameau était tellement génial qu'il avait fait en sorte que
ce soit aussi bien joué sur le seul clavecin.
En dehors du deuxième concert pendant lequel je me suis un peu ennuyé, je suis assez d'accord avec le programme. Peut-être faut-il ne pas trop connaître ces pièces pour ne pas ressentir l'absence des voix correspondant aux instruments fantômes quand ceux-ci ne font pas qu'accompagner le clavecin. En effet, des cinq concerts, celui que j'écoute le plus souvent est le troisième (son dernier mouvement Les Tambourins est très connu ; Rameau l'a réutilisé plusieurs fois dans sa musique de scène) ; quand on s'est habitué à l'accompagnement du violon et de la flûte, cela fait un peu bizarre de ne plus les entendre.
J'ai tout particulièrement été impressionné par la virtuosité de la claveciniste pendant le premier concert. J'étais bien placé pour observer les chevauchements invraisemblables qu'il comporte vu que j'étais arrivé parmi les premiers pour pouvoir choisir ma place : au premier étage avec vue sur les claviers, dont Noëlle Spieth actionnait les touches soit de l'un soit de l'autre soit des deux en même temps grâce à un mécanisme de couplage.
Un incident qui n'a heureusement été que comique s'est produit pendant La Pantomime du quatrième concert. Une chaise située aux premiers rangs s'est effondrée avec fracas sous un spectateur. Il a bien fallu interrompre le concert. À peu près tout le monde, y compris la claveciniste, avait bien du mal à garder son sérieux.
2009-11-27 01:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Oratoire du Louvre — 2009-11-26
Céline Scheen, soprano
Damien Guillon, contre-ténor & direction
Le Banquet céleste
Cantate pour alto Ich habe genug, BWV 82
Cantate pour soprano Ich bin vergnügt mit meinem Glücke, BWV 84
Stabat mater, Giovanni Battista Pergolese
J'étais déjà passé devant l'Oratoire du Louvre, mais je n'y étais jamais entré. Depuis un ou deux ans, les concerts Philippe Maillard (pas de lien vers leur site pas à jour) y organisent des concerts. La salle est plus petite que l'Église Saint-Roch, mais plus grande que l'Église des Billettes où des concerts se tiennent aussi régulièrement.
Les musiciens de ce soir (Le Banque céleste) sont en effectif très réduit : deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, un hautbois, un orgue. Deux voix : une soprano, Céline Scheen, un alto, Damien Guillon (qui dirige aussi l'ensemble). La première partie du programme comporte deux cantates qui permettent à chacun des deux solistes de chanter seul et au hautboïste Patrick Beaugiraud de se faire entendre.
La première cantate me déçoit. Malgré la taille modeste de la salle et l'effectif restreint de musiciens, la voix de la chanteuse ne passe pas les tout premiers rangs pendant la cantate Ich bin vergnügt mit meinem Glücke (BWV 84) qui entre dans ma collection de cantates de Bach entendues en concert. C'est dommage parce que le timbre de sa voix était agréable. On sent aussi qu'elle est à la limite de manquer de souffle à la fin de certaines phrases musicales.
La deuxième cantate Ich habe genug (BWV 82) est une version pour alto d'une cantate que j'ai déjà entendu chanter par un baryton-basse. Pas de problème de volume. La voix haut perchée de Damien Guillon passe bien. Le troisième mouvement Schlummert ein, ihr matten Augen est amusant en ce que Bach semble s'être amusé à créer un effet soporifique en multipliant les reprises (cela fait penser au Schlafe, mein Liebster de la cantate profane BWV 213, et à sa réutilisation dans la deuxième cantate de l'Oratorio de Noël BWV 248).
Entr'acte. La pièce principale du programme est le Stabat mater de Pergolesi. J'apprécie cette interprétation. Le son de cet ensemble est intéressant par rapport à ceux d'ensembles plus nombreux. Les morceaux que je préfère continuent à me plaire, comme le duo Inflammatus et accensus (le seul dont je connaisse le texte par cœur). Le duo Fac ut ardeat cor meum est rejoué en bis.
2009-11-24 01:54+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2009-11-23
Waltraud Meier, soprano
Joseph Breinl, piano
Lieder Wehmut, Die Forelle, Gretchen am Spinnrade, Nachtstück, Der Erlkönig (Schubert)
Wesendonck Lieder Der Engel, Stehe still!, Im Treibhaus, Schmerzen, Träume (Wagner)
Lieder Wie sollten wir gehen sir halten, Morgen!, Die Nacht, Befreit (Strauss)
Vier Letzte Lieder Frühling, September, Beim Schlafengehen, Im Abendrot (Strauss)
Ce soir, c'était la première fois que j'assistais à un récital de Lieder. Comme l'occasion se faisait d'entendre les Vier letzte Lieder chantés par Waltraud Meier, je l'avais saisie.
Le programme a été changé récemment. Je ne m'en plaindrai pas, vu qu'en lieu et place du mauvais Schu- et de Pfitzner, un compositeur inconnu de moi, on aura des Lieder de Schubert, de Wagner, avant ceux attendus de Strauss.
La dernière fois que j'avais entendu la grande Waltraud Meier, j'avais réussi à me replacer au tout premier rang, ce que je ne fais jamais, mais les places vides visibles du deuxième balcon avant l'entr'acte avaient été très tentantes. Cette fois-ci, j'étais dans les premiers rangs de l'orchestre, au centre ; j'avais opté pour une place de première catégorie, ce que je ne ferais pas pour tous les chanteurs, surtout ceux qui font monter les prix sans modération...
Les conditions étaient donc réunies pour que j'apprécie au mieux ce concert. À chaque groupe de Lieder son atmosphère. Une joyeuse Die Forelle (La Truite). D'émouvants Lieder de Wagner. Entr'acte. Waltraud Meier revient, accompagnée du pianiste Joseph Breinl et de la discrète tourneuse de pages. Avec Strauss, les couleurs de la musique changent aussitôt, devenant plus sombres. Je me demandais ce que donneraient les Vier letzte Lieder en formation réduite soprano-piano plutôt qu'avec un orchestre (comme c'est le cas de l'enregistrement que j'ai ainsi que de tous ceux que j'ai pu trouver sur Deezer). C'est différent, mais le pianiste et la soprano nous font rapidement oublier qu'ils ne sont que deux.
Le public enthousiaste parvient à les faire revenir trois fois interpréter un Lied de plus. Le dernier de ces trois Lieder est un charmant Abschied (Adieu, de Hugo Wolf apparemment), pendant lequel Waltraud Meier s'amuse ; si je comprenais mieux l'allemand (qui chanté correctement est plus facile à parser que bien d'autres langues), j'eusse probablement mieux saisi le comique de la situation et des mimiques de la cantatrice.
2009-11-20 20:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Culture indienne
Attention. Ce site peut contenir des photographies de dispositions de
lettres Γ
semblables à celles sur lesquelles on peut marcher à
l'Opéra-Comique, observer dans la grande salle du Palais Garnier ou encore
dénicher dans des affiches
pour le marché de Noël à Orange. Ces dernières sont une honte selon SOS
racisme, qui devra probablement retirer ce symbole de son site, quand
cette association se sera avisée de porter plainte contre elle-même pour
incitation à la haine raciale
.
Néanmoins, on serait plus à l'aise si la cible de ce foudre médiatique n'était pas un ancien du Front national.
2009-11-19 22:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2009-11-18
Gabriel Fauré, musique (Pelléas et Mélisande, Shylock)
Igor Stravinski, musique (Capriccio pour piano et orchestre)
Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique (Symphonie nº3 en ré majeur, quatre derniers mouvements)
George Balanchine chorégraphie (1967)
Christian Lacroix, décors, costumes
Jennifer Tipton, lumières
Kevin Rhodes, direction musicale
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Isabelle Ciaravola, Christophe Duquenne
Eve Grinsztajn, Stéphanie Phavorin
Sarah Kora Dayanova, Séverine Westermann, Julien Meyzindi
Joyaux / Émeraudes
Dorothée Gilbert, Emmanuel Thibault
Stéphanie Romberg
Christine Lagniel, piano
Joyaux / Rubis
Delphine Moussin, Mathieu Ganio
Joyaux / Diamant
Je suis allé hier à la dernière représentations de Joyaux, un ballet de Balanchine en trois parties Émeraudes, Rubis et Diamants. Le programme nous apprend qu'il voulait évoquer respectivement la France, les États-Unis d'Amérique et la Russie en utilisant la musique de Fauré, Stravinski et Tchaikovski. Autant Fauré est évidemment associé à la France, Tchaikovski à la Russie, pour Stravinski, cela peut paraître quelque peu bizarre, le compositeur ayant vécu successivement en Russie, en Suisse, en France et aux États-Unis d'Amérique.
Les costumes de Christian Lacroix sont superbes. Respectivement vert émeraude, rouge rubis et blanc diamant, cela brille, cela étincelle.
Dans Émeraudes, les danseuses du corps du ballet réalisent en se tenant les mains de furtives figures géométriques qui font penser à des pierres précieuses autant qu'à des molécules. Un pas de trois (dans une distribution différente que celle annoncée sur le site de l'Opéra), deux pas de deux : Isabelle Ciaravola, Christophe Duquenne, puis Eve Grinsztajn et Stéphane Phavorin.
Des trois, ma pièce préférée est Rubis. La musique de Stravinski Capriccio pour piano et orchestre est amusante, très rythmée, un peu folle. Comme d'habitude, Dorothée Gilbert, qui danse seule ou avec Emmanuel Thibault, est superbe. Sa danse est espiègle, aguichante, comique, rafraîchissante.
La dernière pièce est Diamants. J'ai moins aimé que les autres. Peut-être est-ce la faute à la couleur des costumes. Le décor, très applaudi, est spectaculaire : des diamants est suspension dans l'air. C'est la première fois que je vois danser Delphine Moussin et Mathieu Ganio. La fin est un peu interminable, ce n'est pas que la danse ne soit pas belle, loin de là, c'est magnifique, mais c'est cette musique de Tchaikovski dans le dernier mouvement de sa symphonie nº3 et son hydr'avion qui met un temps invraisemblable à amerrir.
2009-11-15 01:08+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Opéra Bastille — 2009-11-14
Philippe Jordan, direction musicale
Isabelle Faust, violon
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Concerto pour violon, György Ligeti
Eine Alpensinfonie, Richard Strauss
Le chef suisse a été nommé directeur musical de l'Opéra de Paris. Il dirigera cette année la première moitié de la tétralogie de Wagner. Ce soir, il dirigeait l'orchestre de l'Opéra de Paris pour un concert symphonique. Les prix de ces spectacles étant modérés par rapport à ceux des opéras, je me suis retrouvé en premier rang de deuxième balcon.
L'œuvre jouée pendant la première partie est sans doute la chose la plus bizarre que j'aie entendue en concert. Il s'agissait du concerto pour violon de Ligeti. Une trentaine de musiciens. Quatre xylophones. La soliste est Isabelle Faust ; elle joue sur un Stradivarius. Le concerto est composé de cinq mouvements. Pendant le premier, la sonorité est tellement bizarre qu'il y a de quoi se demander si les musiciens ne seraient pas encore en train de s'accorder, d'autant plus qu'ils jouent piano. Au bout d'un moment, il n'y a plus de doute, c'est bien le concerto pour piano de Ligeti que l'on entend. À partir du troisième mouvement, cela devient presqu'écoutable. Une partie du public, peut-être trop pressée d'en finir ou pas au courant que le concerto est en cinq mouvements, applaudit à la fin du quatrième. Le violon de la soliste est soumis à des techniques assez inhabituelles. Je n'imaginais pas qu'on pouvait produire de tels sons avec un violon.
Entr'acte. Les musiciens sont maintenant plus d'une centaine. Forcément, c'est du Richard Strauss : Eine Alpensinfonie. Un peu plus de trois quarts d'heure de musique continue, structurée en vingt-deux parties. Une journée complète passée dans les Alpes. Bien sûr, ce sera un jour de tempête. Ébouriffant.
2009-11-14 17:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Opéra Bastille — 2009-11-13
Thomas Moser, Herodes
Julia Juon, Herodias
Camilla Nylund, Salomé
Vincent Le Texier, Jochanaan
Xavier Mas, Narraboth
Varduhi Abrahamyan, Page der Herodias
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Erster Jude
Eric Huchet, Zweiter Jude
Vincent Delhoume, Dritter Jude
Andreas Jäggi, Vierter Jude
Gregory Reinhart, Fünfter Jude
Nahuel Di Pierro, Erster Nazarener
Ugo Rabec, Zweiter Nazarener
Nicolas Courjal, Erster Soldat
Scott Wilde, Zweiter Soldat
Antoine Garcin, Ein Cappadocier
Grzegorz Staskiewicz, Ein Sklave
Alain Altinoglu, direction musicale
Lev Dodin, mise en scène
David Borovsky, décors et costumes
Jean Kalman, lumières
Yury Visalkov, chorégraphie
Mikhail Stronine, dramaturgie
Valery Galendeev, collaboration à la mise en scène
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Salomé, Richard Strauss
Je viens de relire le texte de la pièce d'Oscar Wilde, Salomé, écrite directement en français. On le trouve sur Gallica et dans le programme de la production présentée à l'Opéra Bastille, en face de la traduction de Hedwig Lachmann. En effet, à quelques modifications et coupes près, c'était essentiellement le texte de l'opéra de Strauss qui j'ai lu en surtitres pendant de la représentation d'hier.
L'opéra raconte l'amour de Salomé pour Jochanaan (Jean le Baptiste), qui la repousse, lui qui est obnubilé par l'arrivée du Messie. Hérode, son beau-père doublement incestueux la fait danser après avoir juré lui donner ce qu'elle voudrait après. Salomé insiste pour obtenir la tête de Jochanaan dans un bassin d'argent. Avant cela, il faut la lui couper, ce que Hérode n'est pas près à faire, craignant le saint homme qu'il a enfermé afin de le protéger des Juifs (qui n'ont l'air d'accord sur rien si ce n'est qu'il faut le leur remettre). Une fois qu'elle a récupéré la tête, Salomé délire et peut faire ce que Jochanaan vivant lui refusait, à savoir l'embrasser. Finalement, Hérode ordonne que l'on tue aussi Salomé.
La musique de cet opéra, avec ses motifs à la Wagner, est envoûtante. Si je ne connais pas suffisamment la langue allemande pour vraiment suivre ce qui se dit, je me suis surpris à en comprendre parfois quelques expressions.
Avant de voir l'opéra, sachant que la voix du jeune syrien (Narraboth)
intervient seulement quelques secondes après que la musique a retenti pour
dire Wie schön ist die Prinzessin
, je me demandais comment l'entrée
en scène aurait lieu. En effet, dans beaucoup de productions d'opéra en
général, on entend une ouverture, rideau baissé, et quand celle-ci se
termine, le rideau est levé, le décor et les personnages apparaissent en
pleine lumière. Ce n'était évidemment pas possible ici. Dans cette
production, on a coupé toutes les lumières du théâtre pour permettre aux
chanteurs de se positionner dans le décor qui sinon était visible. Ainsi,
la musique, les lumières et le chant se sont mis en route en même temps. En
ce qui concerne les lumières, davantage de luminosité n'aurait pas été un
mal : pendant la première demi-heure, entre les personnages secondaires que
sont Narraboth, le page de Hérodias (qui comme tous les pages est chanté
par une femme) et les soldats, il n'était pas évident de voir qui chantait,
même avec les jumelles...
Alors que la Lune auquel le texte fait référence se meut au fond du
décor (qui comporte côté jardin un escalier et la cellule métallique
escamotable où Jochanaan est enfermé), la situation dramatique se clarifie
quand elle se recentre sur Jochanaan et Salomé, puis les mêmes, Hérode et
Hérodias. La danse des sept voiles tombe à plat (au passage, la mention des
sept voiles
apparaît dans le texte de Wilde, mais pas dans le livret
de l'opéra). Si un effet comique est créé par le côté lubrique de Hérode et
Hérodias qui tente de masquer sa fille à sa vue, la danse de Camilla Nylund
n'est guère convaincante.
Les tergiversations qui conduisent à la décapitation de Jochanaan sont peut être un peu longues, Hérodias qualifie même Hérode de ridicule avec les paons qu'il se propose d'offrir à Salomé en remplacement de la tête qu'elle demande qu'on coupe. Cela ne crée qu'une encore plus grande attente pour l'impressionnante scène finale où Salomé soliloque face à la tête inerte.
2009-11-13 01:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2009-11-12
Massimo Giordano, Rodolfo
David Bizic, Schaunard
Inva Mula, Mimi
Wojtek Smilek, Colline
Ludovic Tézier, Marcello
Matteo Peirone, Benoît
Rémy Corazza, Alcindoro
Natalie Dessay, Musetta
Pascal Meslé, Parpignol
Andrea Nelli, Sergente dei doganieri
Marc Chapron, Un doganiere
Myoung-Chang Kwon, Un venditore ambulante
Daniel Oren, direction musicale
Jonathan Miller, mise en scène
Dante Ferretti, décors
Gabriella Pescucci, costumes
Guido Levi, lumières
Alessandro Di Stefano, chef de chœur
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
La Bohème, Puccini
Je suis retourné ce soir voir La Bohème, ce qui m'a aussi donné l'occasion de finir de lire le programme. Cette fois-ci, je suis au deuxième balcon, dernier rang légèrement de côté.
C'est loin, il faut les jumelles pour distinguer quelqu'expression sur le visage des chanteurs. Malgré cela, c'est un vrai plaisir d'être là. Les conditions d'écoute sont merveilleuses. La musique paraît beaucoup plus claire. Je n'ai vraiment pas entendu la même chose que la semaine dernière où j'étais au premier balcon. Bravo à l'orchestre de l'Opéra et à Daniel Oren.
Si j'y suis allé deux fois, c'est qu'il y avait essentiellement deux distributions différentes dans les deux premiers rôles. Si j'avais apprécié Stefano Secco et été un peu déçu par Tamar Iveri, les solistes de ce soir ont fait une très forte impression. A priori, je pouvais craindre de n'entendre pas un volume sonore suffisant depuis les places les plus éloignées du théâtre. Quand Massimo Giordano (Rodolfo) a commencé à chanter, cette crainte s'est évanouie. Il faisait ses débuts à l'Opéra de Paris avec cette production. Quels débuts ! Dans le rôle de Mimi, Inva Mula que j'avais déjà entendue dans Mireille était magnifique. C'était la dernière de Ludovic Tézier dans le rôle de Marcello pour ce passage ; les prochaines représentations seront assurées par Dalibor Jenis. Natalie Dessay a été une bonne actrice qui chante :
Musette : (Maintenant il s'agit de me débarasser du vieux)
(feignant d'éprouver une vive douleur)
Aïe !Alcindoro : Qu'est-ce ?
Musette : Une douleur ! Une brûlure !
Alcindoro : Où cela ?
Musette : Au pied !
S'il y a un seul détail que je n'aime pas dans les prestations de
Natalie Dessay, c'est que, parfois, quand le rôle fait qu'elle doit crier,
un affreux bruit strident sort de sa bouche (le cas a dû se présenter au
moins dans Lucia di Lammermoor et dans La fille du
régiment). Le Aïe
d'il y a une semaine rentrait dans cette
catégorie. Celui de ce soir était nettement moins déplaisant. L'effet
comique de la situation était peut-être mieux rendu aussi.
C'était une des plus belles soirées d'opéra que j'ai eues. Il est rare d'entendre quatre chanteurs aussi irréprochables dans les quatre rôles principaux d'un opéra, évoluer dans d'aussi beaux décors et une aussi belle musique.
2009-11-04 17:20+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2009-11-03
Stefano Secco, Rodolfo
David Bizic, Schaunard
Tamar Iveri, Mimi
Giovanni Battista Parodi, Colline
Ludovic Tézier, Marcello
Matteo Peirone, Benoît
Rémy Corazza, Alcindoro
Natalie Dessay, Musetta
Pascal Meslé, Parpignol
Andrea Nelli, Sergente dei doganieri
Marc Chapron, Un doganiere
Myoung-Chang Kwon, Un venditore ambulante
Daniel Oren, direction musicale
Jonathan Miller, mise en scène
Dante Ferretti, décors
Gabriella Pescucci, costumes
Guido Levi, lumières
Alessandro Di Stefano, chef de chœur
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
La Bohème, Puccini
J'étais hier soir à l'Opéra Bastille pour voir La Bohème de Puccini. C'était la troisième représentation de cette saison, et au total la quatre-vingt-troisième dans cette mise en scène de Jonathan Miller à l'Opéra de Paris. J'ai été rejoint quelques minutes avant le début par Akynou. Depuis le milieu du rang 7 du premier balcon de côté, nous voyons les surtitres sans avoir à nous affaler sur nos sièges : l'information qu'un vendeur m'avait donnée selon laquelle le surtitrage avait été baissé un petit peu s'avère exacte.
Les chanteurs des quatre rôles principaux étaient Stefano Secco (Rodolfo), Tamar Iveri (Mimi), Ludovic Tézier (Marcello) et Natalie Dessay (Musetta). C'était la quatrième fois que j'entendais le ténor Stefano Secco. Comme toujours, il a été excellent. De même pour Ludovic Tézier à ceci près que je le voyais pour la septième fois. Lors du premier acte, la soprano Tamar Iveri n'était pas très enthousiasmante ; elle le fut davantage par la suite. Le deuxième acte est superbe. C'est aussi celui où le rôle de Musetta dans lequel Natalie Dessay faisait ses débuts était le plus consistant. Sans compter les CD, DVD et retransmission sur écrans de cinéma, c'est seulement le deuxième rôle d'opéra dans lequel je l'entends. Même si le rôle de Musetta est bien plus petit que celui de Lucia di Lammermoor qu'elle incarnait sur la même scène il y a trois ans, c'est toujours un plaisir de l'entendre.
Grâce à la musique de Puccini, aux chanteurs, aux superbes décors de Dante Ferretti, voilà une très belle production d'opéra.
2009-11-02 20:29+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Je viens d'apprendre que la Fnac Bastille fermera fin décembre. Qu'après ce genre d'opérations on ne s'étonne pas que les gens n'achètent plus de disques.
2009-10-28 08:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2009-10-27
Keren Ann Zeidel, chant
Bardi Johannsson, chant
Orchestre Lamoureux
Christophe Mangou, direction
La Ballade of Lady & Bird
L'autre fois, c'était à L'Olympia en 2005. Cette fois-ci, c'était Salle Pleyel. J'ai découvert seulement dimanche en feuilletant les notices de programmes sur le site (où elles apparaissent quelques jours avant les concerts) que Keren Ann Zeidel et Bardi Johannsson chanteraient avec l'orchestre Lamoureux et un chœur islandais leurs chansons dans des réarrangements de Thorvaldur Bjarni Thorvaldsson.
Cela fait drôle d'entendre ainsi réarrangées des chansons que pour la plupart je connaissais. Cela fait drôle aussi d'entendre le son naturel d'un orchestre en partie occulté par la sonorisation. Ce qu'on entend ne correspond pas à ce qu'on voit (ou pas, vu que l'éclairage est minimal, un film est projeté sur un écran au fond de la scène) : au début, je me suis demandé dans quelles nuées se trouvait le piano. Bien sûr, il était évident que les deux chanteurs seraient sonorisés. Keren Ann étant de ces chanteuses qui chuchotent dans le micro, cela allait de soi, et sa voix était amplifiée juste comme il fallait de façon à ce qu'on eût parfois l'impression qu'elle chuchotât à son oreille. Mais que le chœur le fût, pour moi, c'était inouï, et au milieu d'une des premières chansons, je fus choqué d'entendre le volume sonore du chœur augmenter brutalement par le truquement de la table de mixage.
Cela dit, c'était un concert fort agréable.
2009-10-25 02:03+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2009-10-24
Robert Dean Smith, Paul
Ricarda Merbeth, Marietta
Stéphane Degout, Frank/Fritz
Doris Lamprecht, Brigitta
Alexander Kravets, Graf Albert
Elisa Cenni, Juliette
Letitia Singleton, Lucienne
Alain Gabriel, Victorin
Serge Luchini, Gaston
Pinchas Steinberg, direction musicale
Willy Decker, mise en scène
Meisje Barbara Hummel, réalisation de la mise en scène
Wolfgang Gussmann, décors, costumes
Wolfgang Goebbel, lumières
Athol Farmer, chorégraphie
Patrick Marie Aubert, chef des chœurs
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Die tote Stadt, Erich Korngold
Je reviens de l'Opéra Bastille, où je n'avais mis les pieds pour assister à une représentation depuis cinq mois.
J'ai donc vu Die tote Stadt, opéra d'Erich Korngold. Le nom du compositeur ne dit peut-être pas grand'chose à grand'monde. Pourtant, on lui doit la musique de quelques films classiques comme Les aventures de Robin des bois (avec Errol Flynn).
L'histoire est un peu compliquée. À vrai dire, il ne se passe pas grand'chose de réel. On est en plein onirisme. Presque tout se passe dans un rêve (plutôt un cauchemar) de Paul. Il habite Bruges et a consacré une pièce de sa maison à la mémoire de sa défunte épouse. En apercevant une femme qui lui ressemble beaucoup, il croit avoir l'impression qu'elle revit. Cette femme, une danseuse, envahit son rêve. Ils se désirent, mais il n'est attirée par elle que parce qu'elle ressemble à sa femme, ce qu'elle ne peut accepter : elle se moque de lui. À la fin, il l'étrangle... Finalement, tout se termine bien : il se réveille, la danseuse revient le voir, comme si de rien n'était. Il finit par abandonner sa maison (il y a d'ailleurs un vrai suspense à la toute fin de l'opéra : de quel côté de la porte finira-t-il ?).
La mise en scène du premier acte est très statique. Aux deuxième et
troisième, elle devient beaucoup plus intéressante. Le décor principal
représente une pièce dans la maison de Paul. Un portrait de sa femme est
visible. Quand il se met à rêver, une reproduction de cette pièce apparaît
au fond de la scène. Malheureusement pour les spectateurs du deuxième
balcon dont je faisais partie, on ne voyait de là que la moitié basse de
cet élément du décor où évoluaient des personnages, puisqu'un rideau opaque
situé en haut de la scène réduisait l'angle solide de visibilité. Pour
souligner le flou onirique, le plafond et les murs étaient quelque peu
déstructurés, en particulier, le plafond blanc de la pièce bougeait dans
tous les sens, cachant aussi un peu ce qu'il y avait derrière. Je ne
comprends pas comment on peut faire aussi peu de cas des spectateurs,
comment est-il possible que personne n'ait dit : Stop ! Si on persiste à
faire ça, on gâche le spectacle pour 20-25% des spectateurs. Remontons ces
machins dans les cintres.
.
Ce point noir est compensé par la qualité des autres aspects de la mise en scène, et bien sûr par la musique. La musique est agréable à écouter. Elle fait souvent penser à Strauss et à Wagner, c'est dire si cela peut être exigeant pour les chanteurs. Les deux interprètes principaux (Robert Dean Smith, Ricarda Merbeth) faisaient leurs débuts à l'Opéra avec cette production et ils ont été formidables.
2009-10-15 06:47+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Qu'il est décevant de recevoir une annonce Natalie Dessay :
J-6 avant le nouvel album
pour découvrir, à la lecture de la liste
des titres, qu'il n'y a rien de nouveau dans ce disque, toutes ces scènes
de la folie figurant dans des disques que les dessayöphiles ont déjà dans
leur discothèque. La scène de la folie de Lucia di Lammermoor et
d'I puritani (Elvira) sont dans Airs d'opéras italiens.
La version française extraite de Lucie de Lammermoor est dans
Le miracle d'une voix (et dans l'enregistrement intégral de cet
opéra), tout comme Glitter and be gay (Cunégonde) et Ombre
légère (Dinorah). La scène de la folie d'Ophélie est dans Airs
d'opéras français.
Vu les noms des chefs d'orchestre, il semble qu'il s'agisse bien des mêmes enregistrements que ceux déjà publiés. Comment recycler du (pas si) vieux pour faire du soi-disant neuf.
Bien sûr, ce n'est pas ça qui me fera commencer à détester Natalie Dessay. Je me réjouis de l'entendre bientôt dans La Bohème, Das Weihnachts-Oratorium et La Sonnambula (œuvres que j'apprécie, pas comme Ein deutsches Requiem). Que ceux qui ne connaissent pas Natalie Dessay la découvrent avec ce disque, c'est tant mieux, mais il eût été plus élégant de ne pas prendre les autres pour des c....
2009-10-13 01:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2009-10-12
Lucy Crowe, soprano
James Gilchrist, soprano
Matthew Rose, basse
Orchestre Révolutionnaire et Romantique
The Monteverdi Choir
Sir John Eliot Gardiner, direction
Die Jahreszeiten, Joseph Haydn
Après 7h équivalent TD dans la journée, je suis arrivé lundi soir Salle Pleyel avec un billet pour Les Saisons de Haydn, un compositeur que je découvris il y a un an seulement. Je ne sais pas pourquoi, mais j'étais persuadé que le chef d'orchestre serait William Christie (il s'écoule de longs mois entre le moment où je réserve mes places et les concerts). Quand j'ai vu la boutique Harmonia mundi du hall présenter des dizaines de disques de cantates par Gardiner, je me suis demandé ce qu'ils fichaient là. Quelle fut ma surprise quand Gardiner est entré par la porte latérale pour diriger le concert !
Ma place était censée être au premier rang de l'arrière-scène (ce qui n'est pas idéal pour un oratorio, mais le concert étant au tarif A, je n'allais pas prendre un place de première catégorie). Arrivé en haut de l'escalier en suivant les indications de l'ouvreuse, j'ai vu que l'accès à l'arrière-scène était bloqué, soi-disant parce que le concert était surtitré ! (Je m'étais jusques à présent toujours demandé comment les salles s'organisaient pour tenir compte suffisamment à l'avance des contraintes scéniques pour ne pas vendre des sièges qui se retrouveraient occupés par des caméramen, des truqueurs, le chœur, etc. Apparemment, des craquages se produisent.) Bref, il y a plus de replacement à gérer que d'ordinaire, je me retrouve à une place de première catégorie au parterre.
Rarement un concert ne m'aura autant ravi. J'ai passé la première saison
Le printemps dans un état de totale félicité. Je me suis même
rendu compte en plein concert d'un emprunt à sa symphonie nº94
Surprise
dans l'air de la basse Schon eilet froh der
Ackersmann. Je n'y avais pas pris garde en écoutant cet oratorio au
disque ; il faut convenir que l'enregistrement est de piètre qualité en
comparaison de ce qu'on aura entendu lundi soir. J'ai particulièrement
apprécié le Monteverdi Choir, et parmi les solistes, davantage James
Gilchrist et Lucy Crowe que Matthew Rose.
À propos de Lucy Crowe, en l'entendant ce soir, je me suis dit qu'elle serait magnifique dans l'Ode à Sainte Cécile de Händel. Après consultation de mes archives, je me suis rendu compte que non seulement je l'avais déjà entendue dans cette œuvre, mais aussi que je l'avais effectivement trouvée magnifique dedans.
2009-10-10 19:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2009-10-10
Adolphe Adam, musique
Jean Coralli, Jules Perrot chorégraphie (1841)
Marius Petipa, transmission de la chorégraphie (1841)
Patrice Bart, Eugène Polyakov, adaptation de la chorégraphie (1991)
Alexandre Benois, décors, costumes
Silvano Mattei, réalisation des décors
Claudie Gastine, réalisation des costumes
Koen Kessels, direction musicale
Dorothée Gilbert, Giselle
Mathias Heymann, Albrecht
Yann Bridard, Hilarion
Stéphanie Romberg, Myrtha
Ballet de l'Opéra
Orchestre Colonne
Giselle, ballet en deux actes, livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
Je suis retourné voir Giselle cet après-midi à l'Opéra de Paris. Cette fois-ci, j'expérimente une place à 7€, quatrième étage, dans les stalles derrière les quatrièmes loges de trois-quarts. La visibilité est meilleure que ce que j'avais imaginé : il n'y a que le tiers de droite qui n'est pas visible. Étant au premier rang, je ne suis pas gêné par les têtes mouvantes des gens de devant. Malheureusement, il y a derrière moi un groupe de touristes chinois bruissant.
Comme cela m'avait étonné lorsque j'étais revenu voir La fille mal gardée, je remarque des détails que je n'avais pas observés lors de l'autre représentation que j'ai vue. Lors du premier acte, j'apprécie beaucoup Dorothée Gilbert et Mathias Heymann dans les rôles de Giselle et d'Albrecht. En Hilarion, Yann Bridard est moins convaincant. On n'a pas l'impression de le voir réagir le moins du monde quand il compare l'épée d'Albrecht qu'il a découverte avec un signe marqué sur une corne laissée par une famille prestigieuse en visite au village, ce qui trahit la haute naissance du rival d'Hilarion. Les solos et pas de deux des paysans sont formidables (en regardant avec mes jumelles, j'ai eu un peu peur pour le paysan sur une réception, mais c'est comme si on n'avait rien vu).
Au deuxième acte, l'entrée en scène de Myrtha (Stéphanie Romberg) sur pointes n'est vue par moi que par intermittences ; ayant une moins bonne vue d'ensemble sur la scène, il est difficile de comparer avec Marie-Agnès Gillot. Une des raisons qui m'ont fait revenir voir ce ballet, outre que j'oubliasse mes jumelles la dernière fois, est que j'avais eu l'impression de manquer la scène de la mise à mort d'Hilarion par les wilis. La chorégraphie met bien en évidence qu'Hilarion est pris au piège par les wilis. Elles tournent autour de lui, l'entourent, s'interposent quand il voudrait s'enfuir. À vrai dire, il ne meurt pas sur scène, on voit juste des wilis le mettre un peu violemment dehors.
Le deuxième acte ne m'a pas fait cesser d'apprécier Dorothée Gilbert et
Mathias Heymann. Les deux ont été excellents, mais c'est surtout ce dernier
qui m'a fait forte impression. Autant il passe difficilement pour un
méchant
(par la tromperie qui entraîne la mort de Giselle) dans le
premier acte (ce que n'a pas de mal à faire Nicolas Le Riche), autant il
est parfait en amoureux, cette fois tout à fait sincère, de Giselle au
deuxième acte, quand il se rend auprès de sa tombe, danse avec celle qui
est maintenant une wilis. Quel athlète ! Lors d'une succession de sauts sur
place et de frétillants mouvements de jambes, le public frémit, une
spectatrice s'écrie Bravo !
et une avalanche d'applaudissements se
déclenche alors qu'il continue de réaliser des prouesses.
Rien à voir, mais avant le début de chaque acte, au milieu de plein d'autres sons éparpillés, on pouvait entendre certains instruments à vent s'échauffer avec un peu du Boléro de Ravel.
2009-10-04 21:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2009-10-04
Anu Komsi, soprano
Jeannette Landré, flûte
Cappella Amsterdam
Asko|Schönberg Ensemble
Orchestre philharmonique de Radio France
Peter Eötvös, direction
Gary Hill, création des images, mise en espace
Edgard Varèse 360°
Nocturnal
Arcana
Ionisation
Ecuatorial
Density 21.5
Étude pour Espace
Dance for Burgess
Déserts
Poème électronique
Je suis allé cet après-midi au deuxième concert d'une série de deux Salle Pleyel. L'intégralité des œuvres conservées d'Edgard Varèse y auront été jouées. Quelques unes de ses premières œuvres ont été perdues, brûlées volontairement par le compositeur ou bien par accident.
Les autres blogueurs rencontrés (Zvezdo, Bladsurb, Pascal, Palpatine) en parleront sans doute mieux que moi, puisque, n'ayant entendu que Ionisation sur Youtube, je ne connaissais pour ainsi dire pas Varèse avant aujourd'hui.
Cette musique est très différente de celle que j'écoute habituellement
(mon autre incursion dans la musique contemporaine
était la Turangalîla). C'est strident. Pourtant, on ne
s'ennuie pas et on ne se demande à aucun moment ce qu'on est en train de
fichtre là. Un des morceaux nécessite un instrument non standard : le
violoncelle thérémine. Au cours de Déserts, on entendra aussi des
sons enregistrés (dont des passages comprennent de vomitives
basses fréquences). Le chef et les musiciens s'assiéront dans le noir pour
écouter avec le public le dernier morceau enregistré Poème
électronique.
Ce qui était curieux dans ce concert, c'est que la salle était plongée dans la pénombre afin de faire profiter au public des vidéos de Gary Hill, projetées sur trois grands écrans en arrière-scène et des mots et images qui défilaient sur les murs. Ce n'était pas particulièrement désagréable ni hideux, mais dans un concert, on s'attend à ce que l'accent soit davantage mis sur la musique. Gary Hill et ses collaborateurs seront pas mal hués lors des saluts. Les costumes ridicules qu'ont dû revêtir la soprano Anu Komsi et la flûtiste Jeannette Landré n'ont pas reçu meilleur accueil...
Le titre 360°
de ce programme renvoie évidemment au fait qu'il
s'agissait de jouer l'intégralité des œuvres de Varèse, mais aussi au fait
que la musique de certains morceaux était spatialisée. Ainsi, lors de
Étude pour Espace, les voix du chœur étaient amplifiées et
réémises par des haut-parleurs situés dans toute la salle. L'effet était
assez perturbant, j'ai pris cela comme une curiosité de plus de cette bien
étrange musique.
2009-09-28 00:20+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2009-09-27
Adolphe Adam, musique
Jean Coralli, Jules Perrot chorégraphie (1841)
Marius Petipa, transmission de la chorégraphie (1841)
Patrice Bart, Eugène Polyakov, adaptation de la chorégraphie (1991)
Alexandre Benois, décors, costumes
Silvano Mattei, réalisation des décors
Claudie Gastine, réalisation des costumes
Koen Kessels, direction musicale
Aurélie Dupont, Giselle
Nicolas Le Riche, Albrecht
Karl Paquette, Hilarion
Marie-Agnès Gillet, Myrtha
Ballet de l'Opéra
Orchestre Colonne
Giselle, ballet en deux actes, livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
Comme hier, j'ai dû faire établir au contrôle un duplicata de ma place d'abonnement pour le ballet Giselle (le ticket d'aujourd'hui est numéroté 61948 contre 49979 hier, je ne sais pas ce qu'il faut en déduire). En effet, il y aurait eu un changement de logiciel à l'Opéra de Paris, et pas mal d'abonnés (longueur de la queue faisant foi) n'ont pas reçu leurs places. Vraisemblablement, comme moi, ils se retrouvent mauvais payeurs malgré eux (il doit y avoir un dead-lock quelque part). Tout s'étant bien passé la veille, je m'attendais à ce qu'il en allât autant aujourd'hui.
M'étant fait placer au premier rang de ma troisième loge nº16, je suis apostrophé cinq minutes avant le début du spectacle par une ouvreuse qui me demande mon billet pour vérification. Une spectatrice aurait un billet avec le même numéro de place. Après s'être enquis de mon nom et utilisé un talkie-walkie, on me demande de céder ma place. Finalement, on me replace ailleurs, et après quelque inquiétude, je suis soulagé de voir que je suis loge 32 au troisième rang, puis, certains faisant profiter les présents de leur absence, je peux rejoindre le premier rang lorsque le chef d'orchestre arrive, m'asseyant à une place valant trois fois le prix de celle que j'ai... pardon que je n'ai pas payée.
Ma nouvelle place est mieux centrée, mais cependant plus éloignée. Je regrette mes jumelles que j'ai oubliées chez moi. En effet, de loin, si elles ne portaient pas des costumes légèrement différents, on aurait du mal à distinguer Aurélie Dupont (Giselle) et Marie-Agnès Gillot (Myrtha).
Je fais probablement là une injure au bout goût, mais ce ballet est celui qui m'a le moins enthousiasmé parmi la poignée de ballets que j'ai vus depuis l'an passé. Onéguine, où Aurélie Dupont (Tatiana) et Nicolas Le Riche (Onéguine) avaient dansé un superbe pas de deux, et Les enfants du paradis sont mes meilleurs souvenirs en la matière. La musique d'Adolphe Adam est tout à fait charmante, les costumes colorés, mais je n'apprécie pas autant ce premier acte qui fait penser au beaucoup plus joyeux ballet La fille mal gardée. L'atmosphère change radicalement au deuxième acte. Giselle est morte d'avoir trop dansé et d'avoir été trahie par Albrecht qui était fiancé à une autre qu'elle. Les Wilis, des créatures démoniques qui se mettent à danser pendant la nuit et tuent les hommes qui les approchent trop, ont envahi la scène dans leurs tutus immaculés (le programme explique que le deuxième acte de ce ballet a fortement contribué à codifier la forme du costume blanc des danseuses classiques ; je préfère les ballets colorés). Myrtha, la reine des Wilis entre sur scène dressée sur ses pointes. Giselle se matérialise non loin de sa tombe. Albrecht la rejoint. Ils dansent follement. Albrecht devrait mourir, mais il est finalement épargné, et après que Giselle a regagné sa tombe, il s'en va alors que le soleil se lève.
2009-09-27 02:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2009-09-26
Inva Mula, Mireille
Charles Castronovo, Vincent
Franck Ferrari, Ourrias
Alain Vernhes, Maître Ramon
Sylvie Brunet, Taven
Sébastien Droy, Andreloun
Nicolas Cavallier, Maître Ambroise
Amel Brahim-Djelloul, Clémence
Anne-Catherine Gillet, Vincenette
Ugo Rabec, Le Passeur
Christian Rodrigue Moungoungou, Un Arlésien
Sophie Claisse, Une Voix d'en-haut
Alexandre Duhamel, L'Écho
Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris
Nicolas Joel, mise en scène
Ezio Frigerio, décors
Franca Squarciapino, costumes
Vinicio Cheli, éclairages
Patrick Segot, chorégraphie
Patrick Marie Aubert, chef du chœur
Marc Minkowski, direction musicale
Mireille, Charles Gounod
Après avoir vu l'exposition, je suis allé ce soir voir une représentation de Mireille, opéra méconnu de Gounod, qui s'installe pour la première fois à l'Opéra. Il n'était pas gagné que je puisse entrer, vu que je n'ai pas encore payé mes places. Pourtant, ce n'est pas faute d'y avoir mis de la bonne volonté et du temps. Un formulaire d'abonnement envoyé fin mars/début avril, traité en juin. Entretemps, aucune somme n'a été débitée sur mon compte. Quelques coups de téléphone en septembre pour s'en étonner. À mon arrivée à Garnier, la queue pour retirer des billets est étonnamment longue. Je ne suis manifestement pas le seul dans ce cas. Le duplicata de billet est écrit à la main sur un tout petit bout de papier, numéroté 49979. Aimant bien utiliser mes billets d'opéra comme marque-pages, j'ai perdu une occasion de me ravitailler.
Je ne connais pas du tout Gounod. Dans ma discothèque, je n'ai que la valse Je veux vivre de Roméo et Juliette chantée par Natalie Dessay et l'air des bijoux de Faust (cf. Castafiore) par Anna Moffo. A fortiori, je découvrais cet opéra Mireille dont j'avais cependant eu le temps de lire le livret. Une histoire apparemment typique d'opéra où la soprano et le ténor s'aiment mais où le baryton veut les en empêcher.
La particularité de cet opéra est que l'action est située en Provence.
Il s'agit d'une adaptation d'un poême de Frédéric Mistral. Mireille et
Vincent s'aiment, mais Vincent est de moindre niveau social, il n'est que
vannier. Ils jurent de faire le pèlerinage aux Saintes-Maries si l'un d'eux
venait à souffrir. Lors d'une fête à Arles, Ourrias obtient la main de
Mireille de son père, mais Mireille refuse. Ourrias et Vincent se battent.
Vincent est blessé. Ourrias veut fuir en traversant une rivière, mais le
bateau coule. Effrayée par la relation que lui fait Vincenette (la sœur de
Vincent) de la blessure de Vincent, Mireille entreprend le pèlerinage. Elle
est frappée par le Soleil dans le désert de la Crau. Lorsqu'elle arrive à
l'église, Vincent l'attend, elle se met à délirer, son père tente de se
faire pardonner et la donne à Vincent, mais il est trop tard
.
Je suis plutôt content de ce spectacle. J'ai apprécié la musique fleurie
de Gounod. Une petite déception avec le décor du deuxième acte. Je
m'attendais à voir les arênes d'Arles comme il est prévu que ce deuxième
acte se passe. Dans cette production, le décor champêtre ne change pas
entre le premier et le deuxième acte (l'opéra en compte cinq). Au troisième
acte, le tableau de la noyade d'Ourrias est sombre et de jolis mouvements
de lumières donnent l'illusion que l'eau peinte du décor est recouverte de
mouvantes vagues. J'imaginais cependant que cette scène serait plus
effrayante (un chœur chante Les trépassés sortent glacés du gouffre
sombre !
), comme une traversée du Styx.
Malgré un français imparfait, la soprano Inva Mula a fait une très belle performance, notamment dans la scène de la Crau. J'ai entendu pour la première fois le ténor Charles Castronovo ; il m'a fait une très bonne impression. J'ai réentendu Sylvie Brunet dans un rôle sombre, celui de la sorcière Taven, qui fait ce qu'elle peut pour protéger Mireille et Vincent ; charmant air Voici la saison, mignonne, où les galants font leur choix. Après Padmâvatî, il y avait là une occasion de la voir à nouveau manipuler un trident (la scène où Padmâvatî embrochait son époux Ratan-Sen était assez spectaculaire). Amel Brahim-Djelloul (Clémence) a un trop petit rôle. J'apprécie toujours autant le timbre de la voix d'Anne-Catherine Gillet (Vincenette) que j'avais beaucoup aimée dans l'air air Je dis que rien ne m'épouvante dans Carmen. Toutes les deux faisaient leurs débuts à l'Opéra de Paris. J'en oublie quelques autres, comme l'éternel Alain Vernhes, qui a la voix la plus puissante du lot.
Conseil de placement à Garnier : éviter les deuxièmes rangs de loges. Si j'y avais fait davantage attention, j'aurais fait changer cette place pour ne pas être au deuxième rang d'une troisième loge : on ne voit pas toute la scène et même pour le milieu de la scène, il faut compter sur une configuration compatible des têtes des personnes situées devant. Pour voir mieux, mieux vaut être placé devant quitte à ce que ce soit un peu plus haut.
2009-09-19 00:26+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2009-09-18
Natalie Dessay, soprano
Ludovic Tézier, baryton
Chœur de Radio France
Orchestre philharmonique de Radio France
Matthias Brauer, chef de chœur
Myung-Whun Chung, direction musicale
Ein deutsches Requiem (Brahms)
Das Lesen der Schrift (Wolfgang Rihm)
Ce n'est pas aujourd'hui que je me réconcilierai avec Brahms. Que ce soit par un chœur et orchestre amateur ou par le chœur et l'orchestre philharmonique de Radio France, malgré quelques passages fugués, l'insertion de morceaux du compositeur contemporain Wolfgang Rihm, des solistes que j'apprécie beaucoup (Ludovic Tézier, Natalie Dessay) et que j'ai aimé réentendre, ce Requiem allemand m'ennuie.
2009-09-14 20:39+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Nous avons le regret de vous informer qu'en raison du contexte économique, le Boston Symphony Orchestra a décidé d'annuler sa tournée européenne.
Aussi, les concerts des dimanche 21 et lundi 22 février 2010 n'auront pas lieu.
On m'invite ensuite à modifier ou annuler ma réservation... Ce qui est amusant, c'est que je n'avais pas inclus ces concerts dans mon abonnement.
2009-09-11 20:45+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Expositions — Lectures
Profitant d'un petit déplacement à Paris, je suis passé à l'Opéra dans le but de voir l'exposition Gounod, Mireille et l'Opéra organisée conjointement par l'Opéra de Paris et la BnF. L'opéra Mireille de Gounod est en effet programmé pour l'ouverture de la saison, et ceux qui ont encore la télévision pourront le constater en direct sur France 3 lundi prochain.
Vu que je n'étais jamais allé à l'Opéra Garnier qu'à l'occasion de représentations, je ne savais pas trop quel chemin prendre. La Bibliothèque-musée de l'Opéra (rattachée à la BnF) étant le lieu putatif de l'exposition, je suis entré par la façade occidentale vu que celle-ci se trouve dans le pavillon de l'Empereur. À l'accueil et au contrôle de sécurité, on ne semble pas franchement au courant de l'existence de l'exposition, mais la carte de la BnF semble valoir sésame pour entrer (comme pour les autres expositions organisées par la BnF), et je me retrouve laché dans les escaliers latéraux de l'Opéra, avec pour indication qu'il faudrait aller au deuxième étage.
Je me retrouve ainsi devant une exposition permanente, où je vois notamment un portrait d'Albert Roussel, mais point de Gounod. Plus loin une belle porte en bois peu accueillante. Par chance, un employé en sort. Le temps de discuter avec lui de l'emplacement de l'exposition (première personne rencontrée qui semble au courant), j'aperçois l'intérieur, assez impersonnel, de la bibliothèque. L'exposition commence à l'étage d'en-dessous.
L'exposition n'intéressera sans doute que les passionnés d'opéra. On y trouve quelques affiches de différentes reprises de Mireille, quelques documents autographes de Gounod (peu lisibles !), un buste, un laissez-passer de l'Empereur pour Gounod, des photographies d'interprètes d'opéras de Gounod, des esquisses ou maquettes de décors, etc. et une pipe.
Si l'entrée fut gratuite, la sortie ne l'a pas été. On est en effet obligé de passer par la boutique, et si j'ai ainsi eu l'occasion d'acheter en avance le programme de Mireille (dans lequel on trouve un catalogue des documents présentés dans l'exposition, avec quelques reproductions en pleine ou double page), ce qui est neutre pour moi, je suis tombé par malheur pour ma bourse devant un DVD de L'Amour de loin de Saariaho, dont j'avais lu le livret par hasard il y a quelques mois après l'avoir acheté dans une gare. Comme on m'a adressé deux fois la parole en anglais comme si cela allait de soi, je suppose que la proportion de clients étrangers est assez élevée.
Le programme (12€, 200 pages en papier glacé !) de Mireille revient longuement sur les nombreuses modifications dont la partition a été la cible, afin, selon ses instigateurs de proposer une fin qui plût davantage au public et de rajouter du brillant (et un commentateur glose en disant que cela permettait surtout à l'épouse du directeur de théâtre, Marie Caroline Miolan-Carvalho de mieux briller...). Contrairement à ce qui se fait d'habitude, on ne trouve aucun document relatif à cette nouvelle production, hormis un texte du chef d'orchestre Marc Minkowski. Globalement, cela donne envie de se plonger dans le poème de Mistral, Mirèio. Aussi, cela me rappelle que je réentendrai avec plaisir Anne-Catherine Gillet (qui fera ses débuts à l'Opéra), Amel Brahim-Djelloul (idem), Sylvie Brunet, Nicolas Cavallier et d'autres.
2009-07-11 13:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2009-07-09
Frederick Ashton, chorégraphie (1960)
Louis Joseph Ferdinand Herold, musique
John Lanchbery, arrengements musicaux
Osbert Lancaster, décors et costumes
George Thomson, lumières
Christopher Carr, Grant Coyle, répétitions
Barry Wordsworth, direction musicale
Dorothée Gilbert, Lise
Mathias Heymann, Colas
Aurélien Houette, Mère Simone
Allister Madin, Alain
Jean-Christophe Guerri, Thomas, père d'Alain
Mickaël Lafon, Un danseur à la flûte
Ballet de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
La Fille mal gardée, ballet en deux actes de Frederick Ashton d'après Jean Dauberval
A priori plutôt réticent sur la base de l'extrait que j'en avais vu, j'avais cependant acheté une place pour La fille mal gardée, ballet de Frederick Ashton, d'après Jean Dauberval. La pièce originale, créée en juillet 1789, est l'un des tout premiers ballets au sens où on l'entend habituellement. Une histoire dansée en musique, sans mots.
Lors de la vingt-septième représentation, Lise est interprétée par Dorothée Gilbert et Colas par Mathias Heymann. Ce ballet raconte leurs amours champêtres, contrariés par la mère Simone (Aurélien Houette) qui voudrait marier sa fille avec le ridicule mais riche Alain (Allister Madin).
La musique est de L. J. F. Herold (1828) avec des arrangements de John Lanchbery introduits lors de la création de la version d'Ashton (1960). Cependant, de larges extraits sont extraits d'autres œuvres. Ainsi, la première scène emprunte la musique du début du Barbier de Séville de Rossini. Le programme nous dit que la musique des poules et du coq vient de Janáček.
Malgré mes a priori, j'ai beaucoup apprécié ce spectacle léger et espiègle. Lors du premier acte, le ruban rose est un accessoire dont se servent merveilleusement bien les interprètes. On se demande comment ils font pour ne pas se perdre dans les nœuds. Dans la deuxième scène, une très pittoresque scène menée par un danseur à la flûte (Michaël Lafon). Quand Alain s'empare de l'instrument, l'orchestre se met à jouer faux. La danse des moissonneurs évoque un manège, chacun tenant un ruban relié à un poteau. Dans une scène voisine, Lise est au centre des villageoises et tient leur ruban tandis qu'elles tournent autour d'elle. C'est complètement inhumain de faire ainsi des pointes sur un seul pied d'appui ! Au cours de ces réjouissances, on aura vu la fameuse Danse des sabots de la Mère Simone.
Un orage force la compagnie à rentrer chacun chez soi. La mère Simone essaie de garder Lise sous clef, mais Colas parvient à entrer par la ruse. Il faut bien le cacher quelque part quand Simone revient à la maison. Lise semblant fiévreuse, Simone la fait se reposer dans sa chambre, où Colas s'est caché. Le père d'Alain viennent signer les papiers du mariage de Lise. Quand Alain ouvre la porte de la chambre de Lise, on voit paraître Lise et Colas enlacés ; il est encore temps de déchirer le contrat et d'envisager un différent mariage. Quand la noce s'est retirée, Alain reparaît pour mettre la main sur l'objet qu'il avait oublié : son inséparable parapluie rouge.
Je suis retourné hier soir pour votre une nouvelle représentation. J'étais persuadé d'avoir choisi deux distributions différentes (j'avais en particulier noté le nom de Myriam Ould-Braham dans le rôle de Lise), mais les deux rôles principaux reviennent aux mêmes interprètes que la veille. Je ne m'en serai rendu compte qu'au lever de rideau. En effet, une désorganisation inadmissible à mon étage fait qu'avec une douzaine d'autres spectateurs arrivés dix bonnes minutes avant le début qui partageront mon sort, la porte de ma loge ne sera ouverte qu'après que les lumières intérieures auront été éteintes, le chef salué et l'ouverture commencée. Deux ouvreuses pour cet étage, ce n'est peut-être pas assez...
Voir le même spectacle sous deux angles différents procure des impressions diverses. Pour ce spectacle, si j'étais un peu moins haut et plus près le lendemain, je ne voyais pas les parties excentrées de la scène. Je n'ai pas non plus fait attention aux mêmes détails. Alors que la première fois j'avais remarqué la distribution de pièces de monnaie aux moissonneurs et la tentative de Lise pour en récupérer une, je n'y ai pas fait attention le lendemain. Jeudi, j'avais été surpris par le coup de théâtre de la ruse de Colas pour rejoindre Lise, le lendemain, il n'y avait plus de surprises, et mon angle de vue ne me permettait pas d'ignorer qu'il était entré avec les moissonneurs.
Ailleurs : Palpatine y a consacré trois billets 1, 2, 3, et cela a totalement bouleversé sa vie à jamais (je serais bien allé voir Mathilde Froustey dans ce rôle, mais il ne restait plus que des places à 65€ quand j'ai regardé.)
2009-07-09 14:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde VII
Le premier roman de Paul Vacca La petite cloche au son grêle a remporté le Prix Biblioblog du roman 2009. Je suis aussi très content de la deuxième place de Laver les ombres de Jeanne Benameur.
⁂
J'ai passé une semaine en Allemagne, au Mathematisches Forschungsintitut Oberwolfach. Quelques innovations culinaires intéressantes par rapport aux dernières fois, comme une entrée tricolore (vert, blanc, rouge) faite d'un curieux mélange entre morceaux de pommes, des groseilles, etc. Au retour, j'ai eu quelques heures à passer à Strasbourg, ce qui m'a permis de visiter la cathédrale.
⁂
J'ai presque terminé mon écoute de ma semi-intégrale
Haydn. Le moins que l'on puisse dire est que cela aura été moins
déplaisant que celle de mon intégrale Mozart (cependant, j'ai eu quelque
mal à supporter la symphonie parisienne nº82 L'Ours
). Il ne me reste
plus qu'on opéra La fedeltà premiata et, le meilleur pour la fin,
les oratorios Die Schöpfung et Die Jahreszeiten.
⁂
Je suis en train de terminer ma lecture de deux formidables romans en vers : The Golden Gate de Vikram Seth (en version originale) et Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine (dans la traduction d'André Markowicz).
⁂
Je suis aussi en train de préparer mon septième voyage en Inde. L'itinéraire prévu est Delhi-Amritsar-Varanasi-Allahabad-Gwalior-Agra-Chittorgarh-Ajmer-Jodhpur-Jaisalmer-Delhi.
2009-06-23 03:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Comique — 2009-06-19
Anna Caterina Antonacci, Carmen
Andrew Richards, Don José (actes 1 & 2)
Fabiano Cordero, Don José (actes 3 & 4)
Anne-Catherine Gillet, Micaëla
Nicolas Cavallier, Escamillo
Virginie Pochon, Frasquita
Annie Gill, Mercédès
Françis Dudziak, La Dancaïre
Vincent Ordonneau, Le Remendado
Matthew Brook, Zuniga
Riccardo Novaro, Moralès
Simon Davies, Lillas Pastia
Lawrence Wallington, Un guide
Sir John Eliot Gardiner, direction musicale
Adrian Noble, mise en scène
Mark Thompson, décors et costumes
Jean Kalman, lumières
Orchestre Révolutionnaire et Romantique
The Monteverdi Choir
Maîtrise des Hauts-de-Seine
Carmen, Georges Bizet
Je suis allé ce soir à l'Opéra Comique pour assister à une représentation de Carmen. Après Zoroastre et Le Roi malgré lui, cet opéra complète la série des trois opéras que j'avais décidé d'aller voir cette année à l'Opéra Comique. Les trois ont été de grandes réussites. J'y retournerai un peu plus souvent l'an prochain.
Avec La flûte enchantée, Armide et Werther,
Carmen était un des opéras de la saison que j'attendais le plus.
N'ayant alors pas trop d'idées sur les qualités respectives des places de
la Salle Favart, j'avais pris à l'ouverture des réservations l'an dernier
une place dans une très bonne catégorie afin d'être tranquille. Un premier
rang de loge de côté (en fait presque de trois-quarts) au deuxième balcon
(qui serait le premier balcon si le premier balcon avait été appelé
corbeille
).
Bien sûr, je voulais voir Anna Caterina Antonacci dans ce rôle. Depuis
Agrippina en 2003, c'est probablement la chanteuse que j'aie le
plus souvent entendue en concert : sept fois. Dès que Sir John Eliot
Gardiner a posé le pied devant son pupitre, il commence à diriger le
prélude sans même attendre que les applaudissements se soient dissipés.
Après que le rideau sur lequel est écrit Carmen
en lettres rouge
sang s'est levé, le premier acte commence avec le chœur Sur la place,
chacun passe dont j'aime particulièrement la sonorité des premières
notes. Puis, après l'apparition de Micaëla à la recherche de José viendra le
chœur des gamins, qui, contrairement à ce que j'avais noté, n'est pas
interprété par le chœur Sotto Voce, dont je parlais dès le
début de ce weblog, mais par la Maîtrise des Hauts-de-Seine. Les
costumes, les loques, que portent les enfants nous transportent dans un
quartier pauvre de Séville, où les luisantes cigarières en tenue
décontractée s'affairent en sous-sol. Quand la cloche aura sonné,
Carmen finira par paraître et l'ardent jeu de la séduction pourra commencer
avec l'air L'amour est un oiseau rebelle, etc.
Le décor est en forme de fer à cheval rouge, placé à l'étage. On peut se figurer qu'il s'agit de l'enceinte d'une arène, ce en quoi le décor se transformera effectivement au quatrième acte (même si l'arène où brillera Escamillo sera en réalité hors-scène). La mise en scène d'Adrian Noble est excellente. On y trouve de superbes mouvements d'ensemble des chœurs. Dans ce genre, la scène qui suit le moment où Carmen a blessé au visage le Manuelita est impressionnante. Le combat d'Escamillo et de José à l'arme blanche est très bien chorégraphié, Nicolas Cavallier (Escamillo) ferait presque penser à Jean Marais. Sa façon de chanter ce rôle d'Escamillo, torero matamore, est parfaitement adaptée. Un petit bémol au sujet des souliers des choristes : en frappant le sol, ils faisaient vraiment trop de bruit, au point de gêner certains passages musicaux, fussent-ils secondaires.
Anna Caterina Antonacci m'enthousiasme toujours autant. Sa diction française est impeccable. Elle joue aussi très bien la comédie. Elle est secondée par Andrew Richards (Don José), qui sera remplacé pour les deux derniers actes par un ténor brésilien dont je n'ai pas retenu le nom. C'est dommage qu'il ait dû renoncer, je l'aimais bien. Toutefois, il aura un peu manqué de puissance pendant son duo avec Micaëla (Anne-Catherine Gillet). Dès le début de l'opéra, cette dernière me fait une très bonne impression. Mais le meilleur est à attendre : au troisième acte, elle est éblouissante dans Je dis que rien ne m'épouvante, le plus bel air de l'opéra. Une voix puissance capable d'exprimer de riches émotions.
Bref, un formidable spectacle, qui passera dans certains cinémas le 25 juin et sera diffusé sur France Musique le 30 juin.
Ailleurs : Akynou.
2009-06-19 23:54+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Théâtre
Opéra Comique — 2009-06-19
Chloé Réjon, Carmen
Bruno Blairet, Don José
Antonio Moya, guitare et direction musicale
Tomas de Perrate, chant flamenco
José Villalba Barrionuevo, Luis Ramirez, clarines, trompettes
Gaspard Fernandez, percussions
Juliette Deschamps, mise en scène et adaptation, décors
Miquel Barceló, décors
Dominique Bruguière, lumières
Macha Makeïeff, costumes
Rouge, Carmen
Je reviens de la première représentation de Rouge, Carmen à l'Opéra Comique. Ce spectacle, créé en 2008, est une adaptation théâtrale par Juliette Deschamps de la nouvelle de Prosper Mérimée pour deux comédiens, Chloé Réjon (Carmen), Bruno Blairet (Don José) et un petit ensemble de musique flamenco.
Cette adaptation est bien plus proche de la nouvelle que ne l'est l'opéra de Bizet. Dans la nouvelle, un savant, en fait Mérimée lui-même, est à la recherche de vestiges de la bataille de Munda. Il rencontre un condamné à mort, Don José, qui lui raconte son histoire. Dans ce spectacle, point de prologue, Don José s'adresse directement au spectateur. Il se souvient. Le ton est résolument celui de la narration : les passés simples et les imparfaits du subjonctifs ont été conservés, ce qui n'est pas pour me déplaire. Quand il est directement question de Carmen, celle-ci paraît sur le décor fait d'un grand disque incliné recouvert de sable. Les musiciens sont également comédiens ; ils participent à l'action quand la scène l'impose. Le lyrique chant flamenco apporte quelques respirations dans la tragédie, accentuant la douleur des personnages.
Ce spectacle est vraiment original dans sa composition. Il nous ramène à l'histoire première de Carmen, avant qu'elle fût adaptée par Meilhac et Halévy. Si je n'ai pas été subjugué, j'ai apprécié le texte, un peu la musique (ça doit être la première fois que je vois de la musique flamenco) et la performance des deux comédiens. Quelques hurluberlus ont poussé des huées lors des saluts.
2009-06-06 03:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Cité de la musique — 2009-06-04
Bernarda Fink, mezzo-soprano
Il Giardino Armonico
Giovanni Antonini, direction
Symphonie en la mineur La passione di Gesu Signor Nostro, Antonio Caldara
Passacaglio in sol, Biagio Marini
Pianto della Madonna sur le Lamento d'Arianna, Claudio Monteverdi
Concerto madrigalesco en ré mineur RV 129, Antonio Vivaldi
Sonate en mi bémol majeur Al Santo Sepolcro RV 130, Antonio Vivaldi
Sento già mancar la vita, air extrait de Il martirio di san Lorenzo, Francesco Conti
Sonate en do mineur, Johann Georg Pisendel
Prélude et fugue en mi bémol majeur pour luth, Silvius Leopold Weiss
Symphonie en si mineur Al Santo Sepolcro RV 169, Antonio Vivaldi
Il pianto di Maria, cantata da cantarsi dinanzi al Santo Sepolcro, Giovanni Battista Ferrandini
Avant-hier, deuxième spectacle à la Cité de la Musique après les Vingt-quatre heures du râga. Des œuvres plus baroques les unes que les autres par Il Giardino Armonico dirigé par Giovanni Antonini, et pour les parties vocales, la mezzo-soprano Bernarda Fink, dont je ne me lasse pas d'écouter les quelques enregistrements en ma possession (notamment Orfeo et Euridice de Gluck où elle a le rôle d'Orfeo).
En environ cent cinquante concerts de musique classique, je n'avais
encore jamais vu ça : dans ce concert, sauf exception, l'ensemble ne s'est
pas arrêté un instant entre deux œuvres. Les lamentations de Marie sont le
thème central du programme. D'abord en latin sur une musique de Monteverdi
(Pianto della Madonna), puis en italien Sento già mancar la
vita (Francesco Conti). J'aurais peut-être apprécié encore plus si la
mezzo-soprano avait chanté un petit peu plus fort. Entr'acte. Un prélude et
fugue pour luth de Silvius Leopold Weiss, une symphonie de Vivaldi et pour
finir en beauté, une cantate intitulée Il pianto di Maria de
Giovanni Battista Ferrandini, qui d'après le programme fut longtemps
attribuée à Georg Friedrich Haendel
.
En rentrant, le RER pour Saint-Rémy se transforme sans crier gare en un train pour Robinson. Quand il est encore temps de changer à Bourg-la-Reine, un train de l'autre branche arrive concomitamment. Les trains arrivent bien sûr sur deux quais différents, séparés d'un souterrain et il ne vient pas à l'idée de la Régie de retarder très légèrement un train pour rattraper les boulettes faites en amont. Heureusement, j'arriverai juste à temps pour monter. Il faudra encore changer à Massy-Palaiseau. 1h45 pour rentrer à Orsay depuis la Cité de la Musique, c'est quand même un peu long.
⁂
Salle Pleyel — 2009-06-05
Orchestre philharmonique de Radio France
Waltraud Meier, mezzo-soprano
Svetlin Roussev, violon
Myung-Whun Chung, direction
Sérénade d'après Le Banquet de Platon pour violon, cordes, harpe et percussions, Leonard Bernstein
Sarabande, Bach
Poème de L'Amour et de la Mer, opus 19 pour voix et orchestre, Ernest Chausson
West Side Story, danses symphoniques pour orchestre, Leonard Bernstein
Hier soir, un concert de l'orchestre philharmonique de Radio France Salle Pleyel. J'oublierai assez vite la première partie, Sérénade d'après Le Banquet de Platon, malgré le violoniste Svetlin Roussev, qui, rappelé, jouera du Bach. Entr'acte. M'étant installé au deuxième rang de deuxième balcon, les hôtes disaient à qui voulait l'entendre qu'il y avait plein de places libres à l'orchestre. Pour la première partie orchestrale, je suis resté en haut pour avoir une bonne vue sur l'orchestre. Mais, j'ai repéré des bonnes petites places pour la deuxième partie.
Pour le moment, je n'avais vu Waltraud Meier que d'assez loin à l'Opéra-Bastille, en Ortrud ou en Isolde. Je ne me suis donc pas privé de saisir l'occasion de me replacer au tout premier rang, à la dernière place qui restait, tout près du pupitre de la mezzo-soprano, offrant une quasi-parfaite contre-plongée sur elle. L'œuvre au programme est Poème de l'amour et de la mer d'Ernest Chausson. Le texte est constitué de poèmes de Maurice Bouchor. À vrai dire, je n'avais pas fait attention en faisant mes réservations ; je pensais qu'il s'agirait d'une des rares œuvres de Chausson que je connaisse : Poème pour piano et violon, opus 25. Ici, deux poèmes La fleur des eaux et La mort de l'amour séparés par un interlude. La musique fait penser à Debussy et à Wagner. Il n'était donc pas étonnant que Waltraud Meier excellât...
La dernière œuvre au programme était West Side Story, danses
symphoniques pour orchestre. Je n'ai vu ni la comédie musicale ni le film ;
je n'en connaissais que quelques extraits. Le chef Myung-Whun Chung dirige
de mémoire et ouvre même les yeux, contrairement à ce qu'il faisait avec le
Chausson. Ainsi vaut-il mieux procéder pour ne perdre pas son équilible ;
c'est que le chef swingue, se retourne vers le public pour crier
Mambo
... Interprétée par un orchestre d'un tel effectif, dont les
percussionnistes ne sont pas les moindres, cette œuvre est assez
spectaculaire.
Le concert était diffusé sur ArteLiveWeb. Il y aura peut-être des rediffusions.
2009-06-02 00:50+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2009-06-01
Roland Petit, chorégraphie, mise en scène (1974)
Beethoven, Debussy, Fauré, Franck, Reynaldo Hahn, Saint-Saëns, Wagner, musique
Bernard Michel, décors
Luisa Spinatelli, costumes
Jean-Michel Désiré, lumières
Jan Broeckx, Jean-Philippe Halnaut, assistants du chorégraphe
Koen Kessels, direction musicale
Isabelle Ciaravola, Albertine
Hervé Moreau, Proust jeune
Josua Hoffalt, Morel
Aurélien Houette, Monsieur de Charlus
Christophe Duquenne, Saint-Loup
Stéphanie Romberg, Madame Verdurin
Christelle Granier, Andrée
Vladimir Kapshuk, Le chanteur (baryton)
Eve Grinsztajn, Odette
Alexis Renaud, Swann
Mathilde Froustey, piano
Daniel Stokes, violon
Stéphanie Romberg, La duchesse
Ballet de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Proust ou les intermittences du cœur, ballet en deux actes et treize tableaux inspiré du roman de Marcel Proust À la recherche du temps perdu
Avant-dernière sortie de l'année à l'Opéra. Je suis allé voir le ballet
Proust ou les intermittences du cœur de Roland Petit (1974). Je
n'ai acheté ces places qu'il y a deux semaines, la partie
Réservation
du site Internet de l'Opéra étant tombée en marche (un
peu plus tôt, le bouton Réserver
n'apparaissait pas pour ce ballet,
j'avais pensé à tort que c'était déjà complet). Au passage, j'ai dû monter
jusqu'à un tarif à 40€ : premier rang de troisièmes loges, de côté. Je
pense que je continuerai à prendre préférentiellement mes places à 20€
préférées. (La fois précédente, ma place n'était arrivée dans ma boîte aux
lettres que quelques jours après le spectacle ; j'avais cependant pu
obtenir un duplicata. Cette fois-ci, ce n'est pas passé loin vu que j'ai
reçu ma place vendredi dernier, soit deux jours après l'expédition, qui
datait d'une semaine auparavant. J'ai comme l'impression qu'il y a des
ratés...)
Le ballet s'ouvre sur une musique de Saint-Saëns, Pianistes, extrait du Carnaval des animaux. Suivrons diverses autres musiques de Reynalho Hahn, Wagner, Franck, Fauré, Debussy, Beethoven et Saint-Saëns. La musique qui m'a le plus marqué est celle du quatorzième quatuor à cordes de Beethoven pour le premier tableau du deuxième acte.
Plutôt que de raconter une histoire, ce ballet met en scène diverses impressions inspirées d'À la recherche du temps perdu. Le premier acte s'intitule Quelques images des paradis proustiens et le deuxième Quelques images de l'enfer proustien. Ces images sont très diverses : treize tableaux ! La forme est très variée aussi.
Au premier acte, on trouve en particulier une sonate pour violon et
piano de Franck où le violon est interprêté par Daniel Stokes et le piano
par Mathilde Froustey, puis Odette (Eve Grinsztajn) et Swann (Alexis
Renaud) faisant catleya
, de tendres Albertine et Andrée incarnées
par Isabelle Ciaravola et Christelle Granier, et enfin, le superbement
esthétique tableau concluant le premier acte La regarder dormir,
avec Proust jeune (Hervé Moreau) et Albertine.
Le deuxième acte est beaucoup plus sombre, commençant avec une relation compliquée entre Morel (Josua Hoffalt) et Monsieur de Charlus (Aurélien Houette). Le tableau représentant le supplice de Charlus est assez impressionnant. Les deux tableaux qui suivent sont des odes au plaisir ; le deuxième met en scène Morel et Saint-Loup (Christophe Duquenne). Dans le dernier tableau, l'ouverture de Rienzi (Wagner) sonne comme une musique militaire ; La Grande Guerre a passé. Les personnages de la Duchesse de Guermantes et de Proust lui-même viennent clore le ballet.
C'est un beau spectacle, très varié comme je l'ai dit plus haut, à la fois au niveau de la danse et de la musique (cela fait drôle de voir tous les musiciens de l'orchestre sauf quatre s'arrêter pour entendre un quatuor à cordes). Cela dit, j'avais bien davantage apprécié Les enfants du paradis et Onéguine.
Je n'ai pas encore lu Proust. Cela risque d'attendre quelques années : il n'est pas encore dans ma PAL, c'est dire.
2009-05-25 09:45+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
J'ai fini il y a quelques jours ma lecture de Quatuor de Vikram Seth. Ce roman, qui a pour thème principal la musique, est excellent. J'ai rédigé mes commentaires pour le Biblioblog. Sur ma lancée, je viens de commencer son roman en vers The Golden Gate, dans sa version originale qui était dans ma bibliothèque depuis un moment plutôt que dans la traduction française qui vient de paraître. J'ai aussi acheté Eugène Onéguine, le célèbre roman en vers de Pouchkine, dont j'ai récemment vu une adaptation en ballet et qui avait enthousiasmé Vikram Seth lors de la parution d'un traduction anglaise.
Quelques autres critiques récentes :
2009-05-23 01:19+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2009-05-22
Adina Nitescu, Tosca
Aleksandrs Antonenko, Mario Cavaradossi
James Morris, Scarpia
Wojtek Smilek, Cesare Angelotti
Christian Jean, Spoletta
Matteo Peirone, Il Sagrestano
Yuri Kissin, Sciarrone
Christian Tréguier, Un Carceriere
Stefan Solyom, direction musicale
Werner Schroeter, mise en scène
Alberte Barsacq, décors et costumes
André Diot, lumières
Alessandro Di Stefano, chef des chœurs
Monica Weitzfzelder, assistante à la mise en scène
Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Tosca, Giacomo Puccini
Comme Yohan, j'avais manqué Tosca l'année dernière du fait d'une grève, de RER en ce qui me concerne, alors que l'Opéra de Paris était lui aussi perturbé par un mouvement social. Cette production étant reprise pour la nième fois avec n grand cette année, j'avais inclus cet opéra à mon abonnement.
La représentation de ce soir était donc ma première occasion de voir un opéra de Puccini. J'avais déjà écouté Tosca au disque en préparation de la représentation à laquelle j'avais prévu d'assister l'année dernière, et avais aussi, plus récemment, écouté Madama Butterfly et visionné La Bohème. Ces trois opéras permettent de s'habituer au son particulier de Puccini.
Depuis mon dernier rang de premier balcon, au centre, j'ai besoin des jumelles pour distinguer quelqu'expression sur le visage des interprètes. La mise en scène et le décor ont peut être une part de responsabilité dans le fait qu'ils paraissent si petits. J'avais apprécié l'idée de réduire l'espace scénique dans Macbeth. Ici, les chanteurs évoluent dans un vaste espace sombre et austère, dépourvu d'inutile. Toutefois, le feuilletage du programme permet d'observer que la peinture de Marie-Madeleine (premier acte) est plus jolie que dans certains passages précédents de cette production !
Le drame se passe au moment de la bataille de Marengo. Scarpia lutte contre les républicains, comme Angelotti, que Cavaradossi a caché (pas pour longtemps, il se suicidera quand il sera découvert), mais il est en fait plus intéressé par Tosca, l'amante de Cavaradossi, et il fera pression sur elle en le torturant puis en la poussant à lui offrir son corps pour qu'il épargne Cavaradossi. Après lui avoir fait signer un laissez-passer, elle le poignarde. Le lendemain, à l'aube, un simulacre d'exécution de Cavaradossi doit avoir lieu. En fait, les balles sont réelles, Cavaradossi ne se relève pas ; Tosca, qui est maintenant recherchée pour le meurtre de Scarpia, se suicide.
Les trois rôles principaux de Tosca sont Floria Tosca (Adina Nitescu), Mario Cavaradossi (Aleksandrs Antonenko) et Scarpia (James Morris). J'ai apprécié les trois chanteurs et parmi eux tout particulièrement Adina Nitescu. Peut-être davantage encore que le chant, j'ai aimé la musique de Tosca, une continuité parsemée de leitmotivs.
2009-05-13 23:08+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2009-05-12
John Cranko, chorégraphie, mise en scène (1965)
Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique
Kurt-Heinz Stolze, arrangements et orchestration
Jürgen Rose, décors et costumes
Steen Bjarke, lumières
Reid Anderson, Jane Bourne, répétitions
James Tuggle, direction musicale
Nicolas Le Riche, Onéguine
Aurélie Dupont, Tatiana
Mathias Heymann, Lenski
Mathilde Froustey, Olga
Karl Paquette, Le Prince Grémine
Ballet de l'Opéra
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Onéguine, ballet en trois actes de John Cranko d'après Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine
Si on m'avait dit il y a dix ans qu'en 2009, j'irais régulièrement à l'Opéra, je ne l'aurais pas cru. Qu'on m'eût annoncé que j'apprécierais même de voir des ballets et j'aurais pris le messager du futur pour un fou.
Après avoir apprécié Les enfants du paradis et 希尔薇娅 il y a quelques mois, je me suis décidé à acheter une place pour Onéguine, ballet de John Cranko sur une musique de Tchaïkovski. M'y étant pris un peu tard et n'étant pas encore assez balletomane pour dépenser plus de 20€ dans un ballet, je n'ai pas eu d'autre choix que d'expérimenter un nouveau placement à Garnier : les baignoires. Ces sortes de loges sont situées en dessous de la corbeille. Au prix payé, je n'ai le droit qu'au deuxième rang, ce qui réduit sensiblement l'angle de vue. Plus une baignoire est proche de la scène, plus elle est excentrée et proche d'un pilier. Il était agréable d'être aussi près de la scène, je n'ai pas eu à sortir mes jumelles, mais en contrepartie, la danse sortait parfois de mon champ de vision.
La proportion de Japonaises dans le public est plus élevée qu'à Bastille. Appartenant à cette catégorie, ma voisine a eu un air de terreur à l'idée d'entrependre la folle initiative de se décaler pour rejoindre une moins bonne place, me demandant même l'autorisation de le faire ; je lui ai plutôt suggéré d'avancer sa chaise d'un bon mètre afin de voir mieux (la chaise avait dû être reculée pour permettre aux spectateurs du premier rang de passer).
La musique de Tchaïkovski n'est en rien celle de son opéra Eugène Onéguine ; des morceaux d'autres œuvres ont été assemblés et orchestrés par Kurt-Heinz Stolze pour ce ballet de Cranko en 1965/1967. L'histoire est assez simple : deux sœurs, Olga et Tatiana, s'éprennent l'une du poète Lenski, l'autre d'Eugène Onéguine. L'amour d'Olga est partagé, celui de Tatiana ne l'est qu'en rêve : Onéguine va jusqu'à déchirer la lettre d'amour que Tatiana lui a écrite. Lors d'un bal, Eugène danse un peu trop avec Olga, ce qui provoque l'ire de Lenski qui le provoque en duel. Lenski est abattu d'un coup de pistolet. Des années plus tard, Tatiana est l'épouse du prince Grémine qui organise un bal où se rend Eugène. La situation de départ est inversée : c'est lui, avouant enfin son amour, qui donne une lettre à Tatiana ; la raison finit par l'emporter sur l'amour de Tatiana : elle déchire la lettre.
Les deux rôles principaux étaient hier soir dansés par les étoiles Nicolas Le Riche (Eugène) et Aurélie Dupont (Tatiana). Ils ont deux merveilleux pas de deux, au premier acte dans le rêve de Tatiana et pendant le tumultueux troisième acte. Le programme vendu 10€ date déjà un peu puisque Mathias Heymann y est encore annoncé comment premier danseur : en même temps qu'Isabelle Ciaravola, il a été nommé étoile à l'issue de la première représentation (16 avril). Sa partenaire est Mathilde Froustey (Olga). L'un comme l'autre sont enthousiasmants. Dans un rôle plus martial, Karl Paquette est le prince Grévine.
⁂
J'ai commencé mon écoute de la semi-intégrale Brilliant de
Haydn il y a
un peu plus de deux mois. J'en ai déjà écouté la moitié. Je ne suis
vraiment pas mécontent de cet achat. On a peu de chance d'être déçu en
tirant au hasard une symphonie ou un quatuor à cordes, par exemple, le
quatuor en la majeur opus 20 nº6 (Hob.III:36), qui est le préféré de Michael,
narrateur de Quatuor, l'excellent roman de Vikram Seth que je suis
en train de lire. Malgré le son du piano-forte, j'ai apprécié le trio pour
piano en sol majeur (Hob.XV:25) et surtout son dernier mouvement Finale:
Rondo, in the gypsy style
.
2009-05-12 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre des Champs-Élysées — 2009-05-11
Susan Gritton, soprano (Philidel, Nereid, Venus)
Deborah York, soprano (Philidel, Cupid, Nereid, She)
Mélodie Ruvio, mezzo-soprano
Anders J. Dahlin, haute-contre
James Gilchrist, ténor (Comus)
Andrew Foster-Williams, basse (Grimbald, Genius, Aeolus, Pan, He)
Le Concert Spirituel
Hervé Niquet, direction
King Arthur, Henry Purcell.
Je reviens du Théâtre des Champs-Élysées où avait lieu ce soir une représentation du King Arthur de Purcell, avec le Concert Spirituel dirigé par Hervé Niquet, dont j'avais apprécié l'interprétation de la Messe en si mineur l'année dernière Salle Pleyel.
La terminologie de semi-opera
semble très bien choisie.
Comme les passages parlés de l'œuvre originale ne sont pas représentés, il
ne reste plus grand'chose qui ait un rapport avec l'épopée du roi Arthur.
Dans les passages musicaux qui restent, ce thème ne semble plus qu'un
prétexte pour invoquer Woden et Thor, dieux des Saxons et quelques divinités
classiques comme Amour, Pan ou Éole, et surtout pour glorifier
l'Angleterre, d'une façon qui frise parfois le ridicule :
Quoique la réputation de la Toison de Jason soit ancienne,
La laine anglaise vaut son pesant d'or ;
Aucune mine ne regorge davantage de richesses.
Elle protège les paysans du froid
Et procure ainsi la pourpre de Tyraux rois.
(Traduction Yvette Gogue, Erato)
Les solistes Susan Gritton, Deborah York, Anders J. Dahlin (qui fut Zoroastre récemment), James Gilchrist, Andrew Foster-Williams et Mélodie Ruvio (soliste du chœur) sont tous spécialistes de la période baroque. C'était un plaisir de les entendre et leur visage trahissait le plaisir de chanter cette œuvre. Certains passages font penser à de beaux oratorios anglais, mais parfois, on pourrait aussi bien s'imaginer à Versailes.
Parmi les moments inoubliables, le Génie du froid, initialement grelotant, réchauffé par Cupidon au troisième acte, ou la chanson à boire du cinquième acte (les membres du chœurs goûtant alors ostensiblement quelque breuvage). Une autre plaisanterie du même genre, au début du quatrième acte : avant que deux sirènes ne commencent à chanter quelque air marin, un drôle d'instrument manipulé par le percussionniste fait un bruit qui évoque sans doute le vent, le son enregistré d'un goéland se fait entendre et Hervé Niquet fait mine d'essuyer une déjection sur son costume.
Je ne connaissais pas cette œuvre de Purcell. Je l'ai beaucoup appréciée. Le public, très nombreux, aussi, apparemment.
2009-04-30 03:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Comique — 2009-04-29
Jean-Sébastien Bou, Henri de Valois, roi de Pologne
Magali Léger, Minka
Franck Leguérinel, Le duc de Fritelli
Sophie Marin-Degor, Alexina, duchesse de Fritelli
Gordon Gietz, Le comte de Nangis
Nabil Suliman, Laski, grand palatin
Didier Roussel, Basile, aubergiste / Liancourt
Brian Bruce, Elbeuf
Paolo Stupenengo, Maugiron
Jean-François Gay, Le comte de Caylus
Grégoire Guérin, Le marquis de Villequier
Jacques Gomez, Un soldat
Olivier Sferlazza, Bruno Andrieux, Jean-Benoît Terral, Comédiens
William Lacey, direction musicale
Laurent Pelly, mise en scène et costumes
Agathe Mélinand, dramaturgie et remise en forme du livret
Bernard Legoux, décors
Joël Adam, lumières
Lionel Hoche, collaborateur aux mouvements
Alan Woodbridge, chef de chœur
Chœurs de l'Opéra de Lyon
Orchestre de Paris
Le Roi malgré lui, Emmanuel Chabrier
Ah, si cela pouvait toujours être ainsi. Le Roi malgré lui est un très beau spectacle d'opéra, qui passe ces jours-ci à l'Opéra Comique. Merci à Kozlika de m'avoir suggéré d'y aller.
Il s'agit d'un opéra d'Emmanuel Chabrier sur un livret d'Émile de Najac
et de Paul Burani, inspiré de la pièce de théâtre du même nom d'Ancelot. Le
programme du spectacle indique que cette pièce était de
Marguerite-Louise-Virginie Ancelot, alors que sur le microfilm
d'une édition à la BnF, le nom de l'auteur indiqué est M.
Ancelot
et conformément catalogué au nom de
Jacques-Arsène-François-Polycarpe Ancelot, son mari. C'est curieux.
Afin de me préparer à cette représentation, lors de précédentes visites
à la BnF, j'avais lu le livret de cet opéra puis le texte de la pièce. Je
ne comprends pas pourquoi ce livet est critiqué (jusque dans le programme).
L'opéra est très quiproqué. Voici deux passages que j'avais trouvé très
drôles ; le deuxième a été remis en forme
par Agathe Mélinand pour
cette production :
Nangis
Nangis ! Mais c'est...
Henri, s'avançant et l'interrompant
La ruse est subtile
De passer pour moi !
Mais ruse inutile,
C'est moi, Nangis ! C'est vous, le roi !⁂
Minka
Tout à l'heure, ici même, madame la duchesse de Fritelli croyait que le roi était mort.
Nangis
Que dis-tu là ! Grand Dieu... qu'est-il arrivé. (Haut.) Courons Minka. Il me faut la preuve que c'est là une erreur...
Minka
Mais la preuve, monseigneur, je l'ai, puisque vous êtes vivant !
Petit résumé : Henri de Valois a été choisi par les Polonais pour devenir leur roi. Il y va à reculons. Un complot est ourdi par le grand palatin Laski pour le chasser et mettre je ne sais plus quel archiduc sur le trône. Sa nièce Alexina fut l'amante du roi incognito à Venise et il l'abandonna. Elle veut se venger de lui, bien qu'elle l'aime encore. Elle embrigade son mari dans le complot, c'est Fritelli, le grand chambellan d'Henri. Nangis, l'ami le plus fidèle d'Henri, s'est épris de Minka, l'esclave de Laski, qui vient au séjour du roi pour dénoncer le complot. C'est Henri, qui doit rester incognito jusqu'au sacre, qui la reçoit. L'idée d'un complot contre lui lui plaît, il décide de rejoindre les conjurés en se faisant passer pour Nangis, qu'il emprisonne. Nangis, le vrai, s'évadera et les conjurés réunis chez Laski se retrouveront avec deux personnes prétendant être Nangis. Les rôles sont inversés. Nangis prend son nouveau rôle de roi très au sérieux. Les conjurés ont peur des représailles d'un Henri qui reviendrait en Pologne avec une armée, ils préfèrent le tuer. Henri promet de se tuer lui-même. Nangis s'échappe encore une fois grâce à Minka qui le prend pour le roi. Le lendemain, Henri croit qu'il peut s'en aller avec le carosse qui avait été réservé par les conjurés. La réservation a été annulée quand il fut décidé de tuer Henri. Alexina, dont l'amour pour Henri, a repris le dessus, a fait en sorte que l'archiduc reparte en lui annonçant que le complot avait été mis au jour. Rien ne s'oppose plus à ce que Henri soit couronné, mais on le croit mort assassiné par Nangis (enfin Henri). Alexina essaie de fuir avec son cher assassin, mais tout est découvert. Vive le roi de Pologne ! Minka et Nangis sont mariés. Henri invite Fritelli, et donc son épouse, à le rejoindre à la cour.
C'est peut-être un peu compliqué, mais tellement drôle et vaudevillier. Le livret est bien supérieur au texte de la pièce de théâtre, dont la fin en queue de poisson était bâclée. Dans l'opéra, la fin s'étend sur un troisième acte supplémentaire. Quelques éléments ont de plus été ajoutés dans l'intrigue de façon à créer des situations bien plus amusantes. Ainsi, dans la pièce, Alexina était une orpheline, dont le tuteur, noble, avait été proscrit par les Médicis. Elle n'avait jamais été en amour avec Henri ; au contraire, le combat entre sa haine et son amour fait d'Alexina un beau personnage d'opéra. Le chambellan de Henri était français, aucunement lié à Alexina. En faire un personnage italien ajoute encore une dose de comique, d'autant plus qu'il doit gérer des intérêts contradictoires : le complot, la liaison entre Alexina et Henri, les Français, les Polonais.
Ma place au troisième balcon, très légèrement de côté, me permettait de voir toute la scène. Les sièges sont serrés et inconfortables. Le seul problème était que je ne voyais pas les surtitres, mais comme je connaissais déjà bien le livret, je n'ai pas eu de souci pour suivre. Je ne l'avais pas remarqué la dernière fois, mais en dehors du premier balcon, les couloirs sont recouverts de motifs en forme de croix gammées (qui sont inversées à l'orchestre). La construction date d'une autre époque... À l'entr'acte, on croise pas mal de gens ornés de décorations civiles, y compris un ancien ministre de l'économie. Pour voir davantage de ministres, il faut aller au rang 15...
La mise en scène de Laurent Pelly est en accord avec la légèreté de cet
opéra. C'est très dynamique, à des années lumières d'un Deflo. Plein de
très bonnes idées. Un peu de mise en abyme. Des costumes de Polonais
emmitouflés comme des ours. Des chariots tractés qui évoquent les gondoles
de Venise. Des éléments de décors qui apparaissent subitement lors de
quelque évocation de lieu ou d'un besoin scénique : tiens, il faut que
Minka entre en trombe, faisons apparaître une grande porte. Quelques
plaisanteries, des mousquetaires évoqués, une pancarte Amour
qui
passe pendant un air où Minka chante C'est l'amour qui passe
, etc.
Pendant ces presque trois heures de spectacle, on ne s'ennuie pas !
Hormis Sophie Marin-Degor que j'avais un tout petit peu entendue, mais à peine entr'aperçue dans Le Martyre de Saint Sébastien, je voyais pour la première fois la plupart des chanteurs, plutôt jeunes, dynamiques et enthousiasmants : Jean-Sébastien Bou (Henri), Magali Léger (Minka), Franck Leguérinel (Fritelli), Sophie Marin-Degor (Alexina), Gordon Gietz (Nangis), Nabi Suliman (Laski). Je ne connaissais que l'air de Minka Il est un vieux chant de Bohème, je l'ai aimé, comme tous les airs de Minka. Le duo Minka-Alexina du troisième acte, chacune s'inquiétant pour son bien-aimé, est celui que j'ai préféré. J'ai apprécié le chœur de l'Opéra de Lyon, qui a eu plusieurs belles occasions de se mettre en valeur. Je connais très mal la musique de Chabrier. Elle s'écoute très bien. C'est souvent un peu dégoulinant et parfois à la limite de la fanfare (sans oublier le triangle hystérique), mais cela ne gâche rien.
2009-04-28 00:40+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre des Champs-Élysées — 2009-04-27
Anna Caterina Antonacci, soprano
Pier et Jules Fack, les enfants
François-Xavier Roth, direction musicale
Juliette Deschamps, mise en scène
Nelson Wilmotte, décors
Macha Makeïeff, costumes
Andrea Santini, maquillage, coiffure
Joël Hourbeigt, lumières
Orchestre Les Siècles
Altre Stelle
Je vis mon premier opéra, Agrippina de Händel, en 2003, dans une très belle mise en scène de David McVicar. Agrippina était chantée par Anna Caterina Antonacci. Depuis, j'évite de manquer les occasions de la voir à Paris. Les programmes annuels du Théâtre des Champs-Élysées ayant un index par interprète, j'y trouvai sans peine le spectacle Altre Stelle où Anna Caterina Antonacci interprète cinq rôles de femmes en colère, trompées ou anéanties. Il ne s'agit pas d'un récital, puisque, mis en scène par Juliette Deschamps, la chanteuse et deux enfants portent des costumes de Macha Makeïeff et évoluent dans un sombre décor de Nelson Wilmotte.
Le théâtre avait convié des spectateurs à venir écouter une présentation de ce spectacle samedi dernier, à la Comédie des Champs-Élysées. La moyenne d'âge des présents était plus élevée que la moyenne habituelle de la salle, ce qui est difficile, vu la réputation du lieu en la matière ; j'ai longtemps craint d'être le plus jeune présent. Ce fut l'occasion de mettre une tête sur le directeur Dominique Meyer (qui s'en ira bientôt diriger l'Opéra de Vienne), sur Juliette Deschamps et surtout de voir de près Anna Caterina Antonacci en costume de ville s'exprimant dans un charmant français avec un petit accent italien qui disparaît quand elle chante.
Pendant l'ouverture (Méhul), deux enfants viennent écrire à la craie
Altre Stelle
et Autres étoiles
, en majuscules accentuées, sur
les murs asymétriques du décor (des deux côtés ! merci ! il est rare que
les metteurs en scène pensent aux spectateurs placés de côté et non
ubiquistes ; pour ma part, j'étais au premier balcon, assez près du
centre), puis, une femme, présomptivement leur mère, ouvre un livre pour
leur raconter une histoire. C'est le début de la mort d'Ophélie (Berlioz).
La femme s'éloigne, change de costume, elle reparaît en Phèdre (Rameau),
puis en Armide (de Gluck, à ne pas confondre avec celle de Lully, bien que ces deux opéras soient sur le même livret).
En mesure de tuer Renaud, Enfin il est en ma puissance, elle cède
du fait de son amour naissant pour lui. Plus tard, une lettre lui apprendra
sa trahison... Quand le barbare était en ma puissance. Les ombres
projetées du fait des lumières de Joël Hourbeigt illustrent bien le fait
qu'Armide est une sorcière.
Nous aurons ensuite le droit d'entendre deux sortes de tempêtes
musicales, alors que sur la scène sévit une tempête de neige. Médée
(Cherubini) va s'en prendre à ses enfants. Au sujet des tempêtes, je suis
étonné de n'avoir pas reconnu l'air des Furies d'Orphée et
Eurydice (Gluck) ; il faudra que je regarde si cet air ne serait pas
spécifique à une des versions de cette œuvre.
Abandonnée par le fils de Vénus, c'est au tour de Didon des Troyens (Berlioz) de s'illustrer par sa superbe mort. Antonacci ayant une inclination particulière pour Berlioz, il n'est pas étonnant que ces airs soient mes préférés de ce spectacle. (Que je regrette qu'en 2003/2004, je n'allasse pas encore régulièrement voir des opéras, j'eusse pu l'entendre dans le rôle de Cassandre ; ah, il semble que cela soit sorti en DVD...). C'est tellement bien que lorsque les lumières réalisent un fondu au noir, le public se met à applaudir. Ce n'est pas tout à fait terminé. Hors scène, la chanteuse referme la boucle avec la deuxième partie de la mort d'Ophélie.
De l'orchestre Les Siècles dirigé par François-Xavier Roth, j'ai trouvé que les instruments à vent avaient un son quelque peu bizarre. Malgré ce bémol, apparemment subjectif, puisqu'une dame italienne qui m'expliquera dans le métro n'avoir pas compris le concept du spectacle me fera au contraire l'éloge de l'orchestre, ce fut un très beau spectacle, qui repasse jeudi prochain, et sera diffusé sur France Musique le jeudi 21 mai à 20h.
2009-04-25 00:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2009-04-24
Ramon Vargas, Riccardo
Ludovic Tézier, Renato
Angela Brown, Amelia
Elena Manistina, Ulrica
Anna Christy, Oscar
Etienne Dupuis, Silvano
Mischa Schelomianski, Sam
Scott Wilde, Tom
Giudice, Giudice
Nicolas Marie, Servo d'Amelia
Renato Palumbo, direction musicale
Gilbert Deflo, mise en scène
William Orlandi, décors, costumes
Joël Hourbeigt, lumières
Micha van Hoecke, chorégraphie
Alessandro Di Stefano, chef des chœurs
Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris
Un bal masqué, Guiseppe Verdi
Je reviens de l'Opéra Bastille où j'ai vu une représentation d'Un bal masqué de Verdi. Première déception en entrant : Deborah Voigt est remplacée par Angela Brown dans le rôle d'Amelia. Je n'avais vu aucune de ces deux sopranos américaines auparavant et n'avais pas d'autre inclination que celle, a priori, liée à la plus grande notoriété de Deborah Voigt. Comme j'avais prévu de voir l'une dans un mois et l'autre ce soir, ce remplacement fait échouer mes plans. Une surprise agréable, néanmoins : en Renato, la brochure de l'Opéra de Paris avait annoncé Frank Ferrari, mais c'est Ludovic Tézier qui est venu.
Lors de mon opéra précédent, j'avais été un peu déçu du grossissement de mes jumelles (3×), ce qui n'est pas terrible quand on est au deuxième balcon. Je rachetai donc une autre paire, d'une vingtaine d'euros, de masse semblable et surtout ayant un grossissement triple. Elle se tient un peu mieux en mains, ce qui est heureux parce qu'avec ce grossissement, il ne vaut mieux pas trop bouger. J'avais hâte de l'essayer.
Ma place était à la galerie nº3, premier rang, place une. Cette galerie, ainsi que la symétrique, doit être le meilleur endroit pour se faire une vue d'ensemble du théâtre. Acoustiquement, c'est aussi un endroit privilégié pour entendre les toussotements, d'où qu'ils viennent. Les barreaux du rebord gênent cependant la vue sur une bonne partie de la scène. On peut soit regarder à travers la quadrillage (en profitant de sa vision stéréoscopique pour voir à travers les barreaux), soit se mettre une cale dans le dos pour s'installer sur l'avant du siège et regarder par dessus la rambarde. Globalement, je trouve que c'est plutôt une bonne place.
Ayant eu le temps de lire le synopsis en quatrième vitesse, j'ai pu délaisser les surtitres et profiter de ce que mes jumelles me permettaient de voir les chanteurs en beaucoup plus gros qu'avec les précédentes ! Ramon Vargas occupait presqu'entièrement l'angle de vue. Leur utilisation depuis les places que j'occupe habituellement et sensiblement plus éloignées devrait s'avérer très confortable.
Les chanteurs des rôles principaux sont très bons. Ramon Vargas en Riccardo, Angela Brown en Amelia et surtout Ludovic Tézier en Renato, le meilleur ami du gouverneur Riccardo, qui se joint aux conjurés pour l'assassiner quand il découvre son idylle avec Amelia, qui est son épouse. Un beau tableau met en scène séparément Amelia, Riccardo (et un marin) auprès de la sorcière Ulrica (Elena Manistina) qui leur révèle à chacun leur futur. Dans le rôle travesti d'Oscar, le page de Riccardo, Anna Christy, que j'avais déjà eu l'occasion d'entendre dans le rôle de Cunegonde dans Candide, pétille.
Suite à des problèmes avec la censure, le livret situe l'action aux États-Unis d'Amérique, auxquels font penser certains décors et costumes. Très bien. Le problème est que la mise en scène est de Gilbert Deflo. Ce n'est cependant pas aussi pire que dans Luisa Miller. En dehors du tableau avec la sorcière et du dernier, les chanteurs sont trop souvent droits, immobiles face à la salle. Je ne sais pas ce qui a pris à une partie du public d'applaudir au dernier tableau quand le rideau s'est ouvert sur la scène du bal masqué. Il y avait là une belle mise en place et une gracieuse chorégraphie qui commençait, mais de là à applaudir alors que l'orchestre joue, cela devient vraiment n'importe quoi ; ce n'est pas comme si le public avait été préparé à une extase collective par une préalable succession de tableaux superbement mis en scène.
2009-04-24 01:23+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Église Saint-Roch — 2009-04-23
Gerlinde Sämann, soprano
Petra Noskaiová, alto
Christoph Genz, ténor
Jan Van der Crabben, basse
La Petite Bande
Sigiswald Kuijken, direction, violon et viola da spalla
Cantate Halt im Gedächtnis Jesum Christ, BWV 67 ;
Cantate Ich bin ein guter Hirt, BWV 85 ;
Cantate Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, BWV 12 ;
Encore un concert à Saint-Roch, cette fois-ci pour écouter des cantates
de Pâques par la Petite Bande. Le programme étant plutôt court, afin
que nous en eussions pour notre argent, le chef Sigiswald Kuijken fit un
discours plutôt long pour introduire les trois cantates au programme,
toutes très belles, en expliquant le contexte liturgique, et déplorer que
cette connaissance se perde en mentionnant un sondage montrant que les
jeunes Allemands ignorent si Noël célèbre la naissance ou la mort du
Christ. Il fit également la digression maintenant habituelle sur le violoncello
da spalla, ou le petit gros-violon
, dont de nombreuses
documents attesteraient que c'était l'instrument qui était utilisé du temps
de Bach et remplacé quelques décennies plus tard par le violoncelle, placé
entre les jambes. Il
expliqua aussi que l'effectif vocal serait réduit à quatre solistes,
conformément à l'usage (ou aux contraintes) de Bach à l'époque.
Il ne mentionna pas les difficultés financières que pourrait rencontrer l'ensemble dans les prochains mois (ceci n'est pas un appel à signer la pétition sus-liée).
Si je vins à ce concert, c'était avant tout parce que la cantate BWV 12 Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen que j'aime beaucoup était au programme. Parce que c'était La Petite Bande, et parce que cela me permet de compléter ma collection de cantates et autres œuvres vocales de Bach entendues en concert, voir chez Bladsurb :
11 12(x2) 22 23 26 36 38 46 55(x2) 56 67 68 82 85 98 101 102 106 127 135 140(x2) 146 159 180 196 199(x2) 207 214 215 225 226 227 228 229 230 232(x4) 235 243(x2) 244(x4) 245(x6) 248(x6) [la cantate 248-5 a réussi à passer entre les gouttes] 249.
Cela fait quarante-deux œuvres.
Le chef avait promis que les deux premières cantates jouées seraient très belles. Elles le furent effectivement. Il s'agissait de Halt im Gedächtnis Jesum Christ (BWV 67) dont j'appréciai particulièrement l'air de basse avec chœur Friede sei mit euch et de Ich bin ein guter Hirt (BWV 85) dont j'aimai notamment le choral Der Herr ist mein getreuer Hirt. Il est inhabituel que dans une cantate, le mouvement que j'apprécie le plus soit un choral ; c'était un choral pour alto (Petra Noskaiová) avec un superbe duo de hautbois (Patrick Beaugiraud et Vinciane Baudhuin). Dans la cantate Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen, tous les mouvements me parurent beaux...
2009-04-14 02:41+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2009-04-13
Dimitris Tiliakos, Macbeth
Ferruccio Furlanetto, Banco
Violeta Urmana, Lady Macbeth
Letitia Singleton, Dama di Lady Macbeth
Stefano Secco, Macduff
Alfredo Nigro, Malcolm
Yuri Kissin, Medico / Domestico
Jian-Hong Zhao, Un sicario
Soliste de la Maîtrise des Hauts-de-Seine, Apparizione I
Denis Aubry, Apparizione II
Vania Boneva, Apparizione III
Jean-Christophe Bouvet, Duncan
Teodor Currentzis, direction musicale
Dmitri Tcherniakov, mise en scène, décors, costumes
Gleb Filshtinsky, lumières
Elena Zaytseva, co-costumière
Leonid Zalessky / Ninja Films, Réalisation de la vidéo
Alessandro Di Stefano, chef des chœurs
Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Macbeth, Guiseppe Verdi
Je reviens d'une représentation de Macbeth à Bastille. Des cinq opéras de Verdi dont j'ai assisté à une représentation, c'est celui que j'ai le moins apprécié. Dans les extraits de lettres du compositeur que contient le programme, on le trouve presque plus préoccupé par la tragédie que par la musique.
Depuis l'avant-dernier rang du deuxième balcon, je n'entends guère Dimitris Tiliakos (Macbeth). J'apprécie davantage Violeta Urmana (Lady Macbeth). Hormis les sorcières sur lesquelles je reviens plus bas, les autres personnages sont secondaires. Par exemple, Stefano Secco (Macduff) ne chantera malheureusement qu'un seul air.
Deux décors sont utilisés. Le premier occupe tout l'espace scénique disponible, contient un réverbère et est entouré d'une douzaine de maisonnettes qui ne diffèrent que par la disposition des fenêtres. C'est dans cet espace que Macbeth et Banco entendent les oracles qui les concernent et qui conduiront Macbeth à commettre plusieurs assassinats pour obtenir la couronne d'Écosse et tenter de s'y maintenir. Dans cette production, le rôle des trois sorcières est chanté par le chœur. En voyant cette première scène, je me suis demandé comment le décorateur aurait envisagé le lieu plus intime de la résidence de Macbeth : je n'imaginais pas la planification de l'assassinat de Duncan dans un aussi grand espace. La transition avec le deuxième décor se fait à la manière d'Hitchcock, revue par Google Earth. Un petit mouvement de souris, on se déplace, on zomme sur la maison de Macbeth, on en fait le tour et on s'approche enfin de la fenêtre du salon. Quand la lumière est faite, le salon occupe la moitié de la largeur de la scène. On espionne chez Macbeth par la fenêtre. On ne surprend pas des amants, mais Lady Macbeth qui commence à avoir des pensées criminelles. D'après le livret, Lady Macbeth lit au début de cette scène la lettre de son mari ; ici, je ne sais pas exactement qui la lit, mais c'était parfaitement inaudible.
Ces interventions de personnages ou d'instruments depuis les coulisses se sont répétées jusqu'à la fin. J'ai trouvé cela dommage, cela donne un peu l'impression qu'on ne savait pas où les mettre, et que par défaut, on les a laissés en coulisses ; si ce procédé n'était pas toujours injustifié, j'ai trouvé qu'il était un peu trop utilisé. L'idée de passer de trois sorcières à un chœur plus volumineux est intéressante, mais ces séquences où tout l'espace de la scène était occupée m'ont déstabilisé : quand un personnage non anonyme intervient, la mise en scène devrait nous le faire ressortir de la masse d'une manière ou d'une autre ; ici, à plusieurs reprises, je ne savais pas trop où regarder pour le voir.
Cela dit, globablement, j'ai plutôt apprécié cette mise en scène et ces décors. Parmi les choses qui m'ont plu : la scène mimée où l'on voit le roi Duncan (peut-être un peu trop méprisant pour ses hôtes), la chanson à boire où Lady Macbeth réalise des tours de magie tandis que Macbeth voit des apparitions. Il y a aussi une surprise que je ne dévoilerai pas ici.
S'il n'y avait la chanson à boire, cet opéra serait uniformément sinistre. Le compositeur ayant décidé d'éviter tout ce qui était dramatiquement superflu, on ne trouve pas moult airs agréables à écouter. Je connaissais mal cet opéra, n'ayant qu'un enregistrement techniquement nul avec la Callas. Je ne sais donc pas à quoi doit ressembler une bonne interprétation de cette œuvre ; toujours est-il que pendant le premier acte, j'ai trouvé le son de l'orchestre assez brouillon. En revanche, le syndrome de l'hydr'avion était parfaitement maîtrisé.
2009-04-09 02:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
Église Saint-Roch — 2009-04-08
Mikael Stenbaek, ténor (Évangéliste)
Huub Claessens, basse (Jésus)
Caroline Weynants, soprano
Clint Van Der Linde, alto
Philip Sheffield, ténor
André Morsch, baryton
Chœur de la Radio flamande
Il Fondamento
Paul Dombrecht, direction
La Passion selon Saint Jean, BWV 245, Johann Sebastian Bach.
Depuis deux jours, je n'arrive pas à faire sortir de ma tête l'air Je
veux vivre
de Roméo et Juliette (Gounod). Comme il n'y a pas
de raison que cela n'arrive qu'à moi, je vous laisse en exercice de
comparer les interprétations suivantes d'Angela Gheorghiu,
Anna Moffo,
Anne Netrebko,
Natalie Dessay,
Diana Damrau,
Barbara
Hendricks et
Lily Pons.
⁂
Rien à voir, mais chez moi, j'expérimente Firefox avec l'extension Vimperator. Ceci renforce
la cohérence entre les trois principaux logiciels que j'utilise : l'éditeur
de texte vim, le logiciel de
courrier électronique mutt
et le navigateur Web. Et ce n'est pas tout, puisqu'au niveau du window
manager (de dinosaure, puisqu'il s'agit de fvwm), j'ai aussi un raccourci
clavier pour faire apparaître une ligne de commande sur la dernière ligne
de l'écran.
⁂
Je suis passé à la librairie Ambikâ spécialisée sur l'Inde. J'ai réussi à n'acheter que trois livres.
⁂
J'ai passé l'après-midi à travailler à la BnF. En tant que bibliothèque mathématique destinée aux chercheurs, elle est très nettement moins intéressante que les autres bibliothèques mathématiques que j'ai fréquentées en région parisienne (IMJ, ENS, IHP, Orsay) et que les collègues étrangers nous envient, souvent.
⁂
Ce soir, j'ai assisté à ma sixième
Passion selon Saint Jean de J. S. Bach. Les chefs consécutivement
vus depuis 2003 dans la direction de cette œuvre sont Ton Koopman, Andreas
Spering, Sigiswald Kuijken, Emmanuelle
Haïm, Pierre Cao et donc Paul Dombrecht. Il me reste des souvenirs de
la plupart de ces différentes versions. Je me souviens avoir vu Sandrine
Piau et Klaus Mertens dans la première avec Ton Koopman. De la deuxième, je
me souviens d'une erreur dans le livret distribué (c'était le livret d'une
autre version de l'œuvre, le chœur introductif Herr, unser
Herrscher ayant été remplacé par le chœur qui apparaît maintenant à la
fin de la première partie de la Passion selon Saint Matthieu). La troisième
était originale en ce que le chœur y était on ne peut plus réduit (une voix
par pupitre). La quatrième était gâchée par une mise en scène
de
Robert Wilson. Dans la cinquième, Christoph Prégardien était
l'évangéliste.
Cette sixième version est assurément celle que j'ai le plus appréciée.
S'il n'y avait eu un ténor à la limite du soporifique (quel interminable
Erwäge), je serais parfaitement satisfait de ce concert. Mon
confort et mes conditions d'écoute dans l'Église Saint Roch étaient
presqu'idéales. Premier rang, un peu de côté, de la place pour les jambes.
L'estrade où les musiciens se sont installés est dans l'alignement du
transept. Pendant et après que les chanteurs ont fini de chanter, la
réverbération prolonge de son et engendre des effets saisissants, notamment
avant la partie da capo du chœur introductif où le chœur de la
radio flamande et l'orchestre Il Fondamento se sont arrêtés un
temps inhabuellement long avant de reprendre. Cela a contribué à la
solennité de la représentation, à laquelle concourait aussi le caractère
défendu des applaudissement pendant la semaine sainte et le long silence
qui suivit l'air Es ist vollbracht et les mots de l'évangéliste
Et inclinant la tête, il rendit l'âme.
.
La disposition du chœur était inhabituelle : de gauche à droite (de mon point de vue), les sopranos, les ténors, les basses, les altos (STBA), alors que la dispositions SATB est plus courante. Dans les chœurs où les différents pupitres commencent à chanter successivement, dans l'ordre basses, ténors, altos, sopranos (BTAS), comme dans le très joli Lasset uns den nicht zerteilen, sondern darum losen, wess' er sein soll, c'est un peu bizarre à suivre.
Je commence à bien connaître cette œuvre. Mon allemand biblique ne s'est pas trop perdu ; je n'avais pas de mal à suivre ce qui se passait. En dehors du Erwäge, je n'ai pas du tout eu le temps de m'ennuyer ; il s'est écoulé très vite. J'ai apprécié comme je ne l'avais éprouvé avant l'air pour alto Von der Stricken de la première partie où se répondent deux hautbois, alors que, outre la voix de la soprano, Ich folge dir gleichfalls laissent apprécier le son des flûtes.
Bref, je ne regrette pas du tout de m'être abonné cette année aux Concerts parisiens ― Philippe Maillard, dont la programmation fait une grande part à la musique baroque.
2009-04-05 11:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures
Dans une entrée précédente, je discutais de mes impressions au sujet d'une retransmission d'une représentation de La Sonnambula, opéra de Bellini, et d'une perplexité qui avait refait surface à propos des liens familiaux supposés ou non entre Amina et le Comte Rodolfo. Entretemps, j'ai retrouvé ce que je cherchais dans les textes d'introduction de la production dont j'ai un enregistrement (Evelino Pidò, Opéra national de Lyon, avec Natalie Dessay, 2007) : la mention du fait qu'Amina était la fille naturelle de Rodolfo se serait trouvée dans une version préliminaire du livret de l'opéra.
Après avoir lu sur Gallica le texte du
ballet de Scribe et Aumer, je suis allé hier à la BnF pour consulter
d'autres sources littéraires. Ce fut l'occasion d'utiliser pour la première
fois un lecteur de microfiches ; un livre tient sur une ou plusieurs fiches
(mesurant environ 10 × 15 cm²) que l'on projète sur un écran ; c'est assez
confortable à lire, en blanc sur fond noir. J'ai ainsi lu d'une part une
analyse
du ballet par un certain M. H. (de moindre qualité que le
texte de Scribe et Aumer qui décrivait succintement chaque scène) et
d'autre part le texte de la pièce de Scribe et Delavigne dont le ballet est
inspiré (il est à noter que la pièce contenait des passages chantés). Voici
un tableau récapitulatif des correspondances :
| Titre | La Somnambule | La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur | La Sonnambula |
| Genre | Comédie-vaudeville | Ballet-pantomime | Opéra |
| Auteurs | Eugène Scribe et Germain Delavigne | Eugène Scribe et Jean-Pierre Aumer, musique de M. Hérold | Felice Romani, musique de Vincenzo Bellini |
| Création | 1819, Théâtre du Vaudeville, Paris | 1827, Opéra de Paris | 1831, Teatro Carcano, Milan |
| Lieu de l'action | (Non précisé) | En Provence, dans l'île de la Camargue, auprès d'Arles | Un village suisse |
| La Somnambule | Cécile | Thérèse | Amina |
| Son parent | M. Dormeuil, son père | Mme Michaud, meunière, sa mère adoptive | Teresa, meunière, sa mère adoptive |
| Son fiancé | Frédéric de Luzy | Edmond | Elvino |
| L'étranger | Gustave de Mauleon | M. Saint-Rambert | Le comte Rodolfo |
| L'aubergiste | ― (Mauleon est logé dans le pavillon de Dormeuil) | Mme Gertrude | Lisa |
(Je renonce à comprendre la logique des changements de noms d'une œuvre à l'autre, et aussi l'helvétotropisme.)
L'intrigue de l'opéra est presqu'identique à celle du ballet, mais elle diffère de façon très-significative de celle de la pièce. Dans le ballet et l'opéra, un mariage se prépare entre une jeune fille dont on découvrira qu'elle souffre de somnambulisme et un jeune homme. Le contrat de mariage est signé ; la cérémonie religieuse est prévue pour le lendemain. Un étranger arrive au village où il a l'intention de passer la nuit avant de continuer sa route. Il rejoint la chambre qu'il a louée. Il flirte avec l'aubergiste qui laisse tomber son fichu et s'enfuit quand elle entend des bruits de pas. La somnambule rejoint l'étranger qu'elle prend pour son futur mari, ce qui trouble bien sûr l'étranger. La somnambule finit par s'endormir dans sa chambre. Pendant ce temps, au village, on a découvert que l'étranger était en fait le nouveau seigneur et on vient à son réveil lui manifester un joyeux accueil digne de son rang. Le scandale éclate quand on trouve la mariée dans sa chambre. L'étranger défend sa vertu en expliquant qu'elle souffre de somnambulisme. À d'autres. Son fiancé refuse de se marier avec elle et pour se venger, décide aussitôt d'épouser l'aubergiste (qui a un faible pour lui). Alors que la cérémonie se prépare, la mère de la somnambule intervient en brandissant le fichu de l'aubergiste qu'elle avait trouvé dans la chambre de l'étranger. Nouvel émoi, vite surpassé par l'arrivée de la jeune fille en état de somnambulisme. Elle se lamente sur son sort, clame son innocence et pourtant souhaite le bonheur à son ex-futur mari. Ce dernier est ému et quand elle se réveille, il lui dit qu'elle ne rêve pas et qu'elle est bien en train de voir son époux.
Dans la pièce, le personnage de l'aubergiste n'existe pas. Mauleon est hébergé dans un pavillon par Dormeuil. Mauleon est un ancien ami de Frédéric et un ancien prétendant à la main de Cécile. Elle avait refusé sa proposition le lendemain d'un bal où il avait passé la soirée à danser avec une autre ; pourtant ces deux-là s'aimaient sincèrement. Par dépit, elle avait accepté la demande en mariage de Frédéric. Quand elle voit Mauleon débarquer le jour de son mariage (il est là par hasard), elle est troublée. Quand elle le rejoint dans le pavillon en état de somnambulisme, elle semble essayer de dialoguer avec lui et d'apaiser sa conscience à propos du malentendu qui conduisit à ce qu'elle repoussât sa proposition ; bref, elle l'aime et regrette de n'avoir alors pas accepté.
Quand Frédéric entre dans le pavillon au matin, Mauleon essaie d'éviter qu'il ne regarde de l'autre côté du paravent où Cécile s'est endormie. Quand cela se produit enfin, elle a disparu : il ne reste plus que son schall. [...] La deuxième scène de somnambulisme dévoile l'amour de Cécile pour Mauleon. Frédéric, qui a déjà vu quatre de ses projets de mariage échouer, renonce à épouser Cécile et la donne en mariage à son ami. (On peut noter que dans le ballet, une renonciation hétérologue est exprimée par Mme Gertrude qui laisse Edmond épouser Thérèse ; dans l'opéra, Lisa se fait tout simplement oublier.)
Faire de Rodolfo le père d'Amina semblait être une bonne idée, puisque, de même que la passion liant Cécile à Mauleon expliquait que ses rêves et donc son somnambulisme la fît tendre vers lui, cette filiation rendait plausible qu'elle fût attirée vers lui. Cela eût aussi été cohérent avec la nostalgie qu'exprime Rodolfo dans la première scène. Cela dit, on imagine mal comment insérer cette révélation à la fin de l'opéra sans casser l'ambiance et tomber dans le ridicule qu'évoque Beaumarchais en imaginant comment écrire un Barbier de Séville qui plût à la critique :
Ce Figaro, qui pour toute famille avait jadis connu sa mère, est fils naturel de Bartholo. Le médecin, dans sa jeunesse, eut cet enfant d'une personne en condition, que les suites de son imprudence firent passer du service au plus affreux abandon.
Mais avant de le quitter, le désolé Bartholo, Frater alors, a fait rougir sa spatule ; il en a timbré son fils à l'occiput, pour le reconnaître un jour, si jamais le sort les rassemble. [...]
À l'instant, la plus touchante reconnaissance a lieu entre le médecin, la vieille et Figaro : C'est vous ! c'est lui ! c'est toi ! c'est moi ! Quel coup de théâtre.
Dans le genre, Palpatine avait relevé le ridicule des retrouvailles entre Idomeneo et Idamante dans Idomeneo de Mozart.
2009-03-26 08:31+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse
Opéra Comique — 2009-03-25
Anders J. Dahlin, Zoroastre
Evgueniy Alexiev, Abramane
Sine Bundgaard, Amélite
Anna Maria Panzarella, Érinice
Lars Arvidson, Zopire, La Vengeance
Jakob Högström, Narbanor
Gérard Théruel, Oromasès, Une voix souterraine
Ditte Andersen, Céphie
Christophe Rousset, direction musicale
Pierre Audi, mise en scène
Amir Hosseinpour, chorégraphie
Patrick Kinmonth, décors, costumes
Peter Van Praet, lumières
Bo Wannefors, chef des chœurs
Chœur et danseurs du Drottningholms Slottsteater
Les Talens Lyriques
Zoroastre (seconde version), Rameau
Je suis allé hier soir pour la première fois à l'Opéra Comique. Le
théâtre est de dimension relativement modeste par rapport à pas mal
d'autres salles parisiennes. Les toilettes sont appelées lavabos
et
sont mixtes, ce qui ne laisse d'étonner (depuis l'École normale, je n'ai
pas souvenir d'avoir vu d'autre lieu où ce soit le cas) ; robinets
malpratiques (oui, je sais, ce mot n'existe pas, mais depuis que j'ai vu
le Figaro qualifier les personnalités issues de l'Outremer
d'ultramarines
, je ne crains plus rien ; dit-on que les Américains
sont ultra-atlantiques
? je dois confondre avec
ultra-atlantistes
).
Je m'installe à ma place. Troisième et dernier rang de trois quarts du deuxième balcon. Malgré les têtes des deux rangs précédents, l'ensemble de la scène est dans mon champ de vision. Je n'ai qu'une vue partielle sur Les Talens lyriques et il me faut me lever pour apercevoir le chef Christophe Rousset qui va diriger Zoroastre (seconde version) de Jean-Philippe Rameau.
L'opéra compte quatre personnages principaux : Zoroastre (ténor), Amélite (soprano) qui s'aiment, mais qui sont menacés par l'alliance des deux amoureux déçus Abramane (baryton) et Érinice (soprano). Les deux camps font usage de la magie et de pouvoirs divins pour contrer les attaques de l'autre. Happy ending. La divinité invoquée par Zoroastre anéantit ses adversaires aux pratiques sacrificielles.
On apprend dans le programme (élégamment mis en page, avec seulement
trois pages de pub'), on apprend que Zarathushtra
ne doit pas être
traduit en étoile d'or
(comme le fait penser Zoroastre
, qui
est une francisation du nom grec), mais en celui qui a de vieux
chameaux
.
Les chanteurs, nonobstant l'origine scandinave de la plupart, donnent l'impression d'avoir parlé français toute leur vie tant la diction est correcte et le texte ainsi rendu intelligible, les sur-titres sont presqu'inutiles. Comme toujours avec Rameau, la musique est très belle et on a plaisir à écouter l'orchestre.
J'ai beaucoup apprécié la mise en scène de Pierre Audi, à laquelle la chorégraphie des parties dansées concourt harmonieusement. On l'apprécie d'autant plus que le décor est très dépouillé, à tel point que dans le dernier acte, le théâtre est nu, on se serait cru dans un film de Lars von Trier.
Ayant commencé à 20h et entrecoupée de deux entr'actes, la représentation de cet opéra en cinq actes se termine à 23h30 ; avec le RER A et la correspondance triviale à Châtelet pour le RER B, je suis chez moi à peine une heure plus tard.
Une diffusion en direct est prévue sur Radio classique le 27 mars.
2009-03-23 19:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Quand je lis ça, je me dis qu'il sera difficile de résister à l'envie de prendre un abonnement pantagruélique à l'Opéra de Paris l'an prochain...
2009-03-22 01:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
La Géode, en direct du Met — 2009-03-21
Natalie Dessay, Amina
Juan Diego Flórez, Elvino
Michele Pertusi, Il conte Rodolfo
Jennifer Black, Lisa
Jane Bunnell, Teresa
Bernard Fitch, Un notaro
Jeremy Galyon, Alessio
Chœur, ballet et orchestre du Metropolitan Opera
Evelino Pidò, direction musicale
Mary Zimmermann, mise en scène
La Sonnambula, Bellini
J'étais en fin d'après-midi à la Géode pour assister en direct (ou plutôt en léger différé) du Metropolitan Opera (New-York) à une représentation de l'opéra La Sonnambula de Bellini.
Si c'était à refaire, je choisirais peut-être un cinéma ayant un écran plat, plutôt qu'un écran sphérique. La liste des cinémas français participant à ces retransmissions en direct est trouvable sur le site de CielÉcran ; le prochain opéra ainsi diffusé sera La Cenerentola de Rossini, le 9 mai ; la programmation de l'année prochaine contient quelques opéras qui promettent (Les Contes d'Offmann (sic) avec Villazón, Netrebko notamment, Hamlet avec Natalie Dessay, Simon Keenlyside).
20€, c'est bien plus cher qu'une place de cinéma. Pour ce prix-là, on peut aussi aller à l'opéra de Paris, mais il faut s'être levé tôt, pas pour aller travailler, mais pour aller faire la queue. Bref, a priori, c'est peut-être un tantinet cher.
La mise en scène de Mary Zimmermann est une mise en abyme. Le décor est celui d'une salle de répétition où on prépare une représentation de La Sonnambula. Natalie Dessay (Amina) descend les marches pour entrer sur le parquet dans un costume de star et se fait habiller. Après que la scène des fiançailles avec Juan Diego Flórez (Elvino) a été répétée, les chanteurs se mettent à l'écart du reste de la troupe et un duo d'amour lie les deux chanteurs, qui ne sont plus les Amina et Elvino de l'opéra mis en abyme. Le principe de cette mise en scène marche très bien pendant l'essentiel du premier acte. Cela se gâte à la fin de cet acte et pendant le deuxième, puisqu'on ne peut plus alors dire qu'il y ait deux histoires imbriquées l'une dans l'autre, mais seulement l'opéra de Bellini, joué dans des costumes et un décor new-yorkais plutôt que tyroliens.
La manière de filmer privilégie les gros plans sur les chanteurs, de préférence en contre-plongée depuis une caméra mouvante. Jamais sur une scène d'opéra, on ne verra les chanteurs en si grand. Même depuis les tous premiers rangs, ce n'est pas si impressionnant. Un gros couac dans la réalisation quand la caméra s'attarde interminablement sur la mère d'Amina (Jane Bunnell) alors qu'il faudrait nous montrer Lisa (la très dynamique Jennifer Black), qui ne sourit plus après que sa duplicité a été mise au jour.
Si on aime écouter de belles voix, cet opéra est un pur plaisir. Celle qui a le plus d'occasions de se mettre en valeur est celle du personnage d'Elvino, élégamment interprété par Juan Diego Flórez, qui livre prouesses sur prouesses vocales. Il occupe le devant de la scène pendant la quasi-totalité de l'opéra. De très beaux duos avec Natalie Dessay. Cependant, il faudra attendre les tout derniers numéros de l'opéra pour entendre son talent s'exprimer pleinement.
Elvino voudrait qu'on lui prouve qu'Amina ne l'a pas trompé avec le Comte Rodolfo. Amina entre sur scène. Somnambule, elle est inconsciente de la présence des autres. Elle chante son amour pour Elvino. Pendant le superbe air Ah ! no credea mirarti, une bande de parquet s'est avancée au-dessus de la fosse avec Natalie Dessay dessus ; comme cet air est plus émouvant sur scène qu'au disque ! Quand elle se réveille, Elvino, qui s'était détourné d'elle, se présente à elle en se déclarant son époux. Le chœur a revêtu des costumes tyroliens. Le ballet de l'opéra réalise des mouvements de danse de circonstance. On habille rapidement Amina et Elvino conformément au nouveau dressing code ; Amina peut se réjouir et faire partager sa joie avec l'air Ah ! non giunge uman pensiero.
Il me semblait que l'on découvrait à la fin de l'opéra que Rodolfo était le père d'Amina, ce qui expliquait qu'elle fût attirée vers lui pendant sa crise de somnambulisme. Pour essayer de trouver une explication, je suis allé lire le texte du ballet-pantomime de Scribe et Aumer intitulé La Somnambule ou l'arrivée d'un nouveau seigneur sur Gallica. Rien. Rodolfo (Saint-Rambet) est trop jeune pour avoir eu une fille en âge de se marier. J'avais probablement lu cette explication dans le texte d'introduction à l'opéra dans le coffret de CD de l'enregistrement que j'en possède.
2009-03-15 00:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique
En janvier, je m'étais retrouvé transitoirement dans la situation où j'avais déjà écouté au moins une fois tous les disques de ma collection. J'envisageais alors quelques achats, qu'il n'y avait pas lieu de précipiter puisque j'allais partir pour un mois en Inde.
Après réception de mes dernières commandes (notamment une semi-intégrale Haydn), je m'aperçois que mes fichiers musicaux (issus de ma collection de CD et de quelques autres enregistrements, pour la plupart issus de DVD d'opéras) viennent de franchir la barre des mille heures.
Bref, j'ai maintenant environ cent cinquante heures de musique nouvelle en réserve.
2009-03-07 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2009-03-06
Rolando Villazón, Werther
Ludovic Tézier, Albert
Alain Vernhes, Le Bailli
Christian Jean, Schmidt
Christian Tréguier, Johann
Susan Graham, Charlotte
Adriana Kucerova, Sophie
Vincent Delhoume, Brühlmann
Letitia Singleton, Kätchen
Kent Nagano, direction musicale
Jürgen Rose, mise en scène, décors, costumes, lumières
Michael Bauer, lumières
David Coleman, études musicales
Martina Weber, assistante à la mise en scène
Gaël Darchen, chef des chœurs
Orchestre de l'Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris
Werther, Massenet
Ah, donc, vous voulez voir Villazón ?
Voilà ce que me demandait
au téléphone un employé de l'Opéra de Paris au moment de finaliser mon
abonnement. Je répondis par l'affirmative et au lieu de la raisonnable
sixième catégorie, je dus donc me résoudre à prendre une onéreuse place en
quatrième catégorie.
L'opéra de Massenet est une adaptation du roman épistolaire Les Souffrances du jeune Werther de Goethe. Ce roman est dans ma bibliothèque depuis plusieurs mois, mais je n'ai pas encore pris le temps de le lire.
J'ai trouvée que la mise en scène de Jürgen Rose était très réussie. En
particulier, j'ai apprécié l'idée permettant d'évoquer avec le plus
d'acuité le tourment du héros et sa solitude. En effet, même quand il ne
prend pas part à la scène, il reste assis à sa table de travail, qui est
fixée sur un rocher situé au milieu du décor qui tourne, au sens propre,
autour de lui. J'ai un peu plus modérément aimé le fait de recouvrir le
décor de fragments de lettres, mais pourquoi pas. Quelques curiosités :
même au plus fort de ses face-à-face avec Charlotte, Werther, debout,
continue à écrire dans ses carnets ; quand Charlotte s'exclame
Werther
en se rendant compte de sa présence, elle lui tourne le
dos !
Suivant les dates, deux versions de l'œuvre sont présentées. Dans la version pour baryton, c'est Ludovic Tézier qui joue Werther ; c'est d'ailleurs ce qui est arrivé pour la première où Rolando Villazón s'est fait remplacer. Dans la version originale pour ténor, Werther est joué par Rolando Villazón, Charlotte par Susan Graham, Sophie par Adriana Kucerova et Albert par Ludovic Tézier. J'avais déjà eu l'occasion d'entendre ce dernier dans Falstaff et dans Lucia di Lammermoor, inutile de dire qu'il est toujours aussi bon. Je n'avais jamais entendu Susan Graham ni Adriana Kucerova. Le rôle de la jeune Sophie semble fait pour Adriana Kucerova. Susan Graham est impressionnante, autant par la voix que par son jeu. Reste Rolando Villazón. Vu son remplacement lors de la première et les craintes au sujet de sa voix, il y avait de quoi avoir peur pour lui. Le premier acte ne mettant que modérément son talent en valeur, j'ai attendu le deuxième acte pour m'enthousiasmer en l'écoutant chanter l'air Un autre est son époux !. Les scènes en duo avec Susan Graham sont bouleversantes de lyrisme, avec une progression entre le deuxième acte où Charlotte ne paraît pas excessivement affligée et la déchirante mort du héros au quatrième acte, en passant par le troisième acte où elle est torturée par ses sentiments.
Renaud Machart, du Monde, n'a pas du tout aimé cette production. C'est plutôt bon signe. En revanche, Marie-Aude Roux, malheureusement trahie par le typographe, dresse un portrait sensible du ténor français et s'interroge sur sa voix menacée.
2009-02-28 01:56+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Garnier — 2009-02-27
Paul Groves, Idomeneo
Joyce DiDonato, Idamante
Camilla Tilling, Ilia
Mireille Delunsch, Elettra
Johan Weigel, Arbace
Xavier Mas, Il gran sacerdote
Ilya Bannik, La voce
Yun-Jung Choi, Anna Wall, Due Cretesi
Jason Bridges, Bartlomiej Misiuda, Due Troiani
Luc Bondy, mise en scène
Erich Wonder, décors
Rudy Sabounghi, costumes
Dominique Bruguière, lumières
Geoffrey Layton, dramaturgie
Arco Renz, chorégraphie
Catherine Friedlang, styliste des coiffures
Winfried Maczewski, chef des chœurs
Iñaki Encina Oyón, assistant à la direction musicale
Thomas Hengelbrock, direction musicale
Idomeneo, Wolfgang Amadeus Mozart
Je suis allé ce soir à la première représentation de la reprise d'Idomeneo. Je ne sais plus très bien pourquoi j'avais inscrit cet opéra de Mozart à mon abonnement ; peut-être parce que Joyce DiDonato était dans la distribution ? L'opéra m'a semblé moins ennuyeux que je ne l'avais ressenti en en écoutant un enregistrement. Cela dit, le troisième acte est nettement plus enthousiasmant que les deux premiers.
L'histoire est abracadabrantesque. Idoménée, roi de Crète, manque mourir en mer. Il n'est épargné par Neptune que parce qu'il a promis de sacrifier la première personne qu'il rencontrera après avoir débarqué. Le problème, c'est qu'il voit Idamante, son propre fils. Pour le protéger, il l'éloigne, mais Neptune fait apparaître un monstre marin meurtrier. Idamante, déçu de la volonté de son père de l'éloigner, cherche la mort en allant combattre le monstre, mais il parvient à le vaincre. Idoménée révèle que la victime sacrificielle que Neptune attend est Idamante. Celui-ci s'offre en sacrifice sous le fer d'Idoménée, mais au dernier moment, une voix caverneuse s'élève pour satisfaire Neptune, il suffit qu'Idamante abdique en faveur de son fils. Sur cette histoire, se greffe une rivalité amoureuse entre Ilia et Électre pour Idamante. Ilia est tourmentée par la contradiction entre d'une part l'honneur de Troie dont elle est issue et d'autre part son amour pour Idamante. Idamante l'aime aussi, mais il méconnait les sentiments d'Ilia. Électre est un personnage qui ne semble exister ici que pour faire obstacle à l'amour entre Ilia et Idamante.
Une fois que l'on a en tête le résumé, j'ai l'impression que l'on ne perd pas grand'chose en ne regardant que très distraitement les sur-titres afin de viser les solistes avec les jumelles. Les chanteurs des rôles principaux sont tous très bons : Paul Groves (Idoménée), Joyce DiDonato (Idamante), Camilla Tilling (Ilia) et Mireille Delunsch (Électre). Par contre, le décor est un peu trop minimal et est revêtu de bien curieuses couleurs. Je n'ai pas aimé les lumières non plus, puisque comme trop souvent, les ténèbres envahissent la scène de sorte que le seul moment pour vraiment bien voir les chanteurs est à la fin du spectacle, quand ils viennent saluer...
À part ça, le deuxième rang des troisièmes loges de côté, c'est horrible ; je préfère très nettement le premier rang des quatrièmes. De là, à moins de se tordre dans tous les sens, une bonne partie de la scène n'est pas visible et pour les parties visibles, il faut compter sur l'absence de conjonction avec les têtes des spectateurs du premier rang. Je n'ose imaginer ce que ça doit être pour ceux du troisième rang, qui devaient carrément se lever pour y voir quelque chose.
2009-02-23 11:55+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Ce week-end, je suis resté à Chennai. J'ai visité la cathédrale St. Thomas, qui est bâtie au-dessus de la tombe putative de l'apôtre du Christ. L'entrée de la tombe est située à l'arrière de la cathédrale ; des photographies montrent le précédent pape visitant la tombe. Un mini-musée expose un morceau de l'arme qui l'aurait tué.
Abirami Chidambaram Community Hall, Kotturpuram, Chennai — 2009-02-21
Revathy Ramachandran, bharatanatyam
Samedi, en fin d'après-midi, je suis allé à l'ouverture du quatorzième festival annuel de danse organisé par l'association Nayaki. La cérémonie a commencé par une prière de Miss V. Deepika, disciple de Sudha Raghunathan. Le Managing director d'Ashok Leyland a fait un discours (en tamoul) ; un prix d'excellence a été remis à la compositrice et interprète Dr. Rukmini Ramani ; diverses personnes se sont succédé au micro pour faire son hagiographie, vantant notamment son travail de thèse de doctorat sur son père Papanasam Sivan, grand compositeur de musique carnatique. Des récompenses ont été données à beaucoup de monde, comme à Mrs Lakshmi Ranganathan pour avoir allumé la flamme au cours de la cérémonie.
Après une heure de congratulations, le spectacle de danse a finalement commencé. La danseuse est Revathy Ramachandran dont j'avais déjà vu une disciple. C'est le premier spectacle payant auquel j'assiste lors de ce séjour, la danseuse est manifestement la plus expérimentée de toutes celles que j'aie vues ; elle a déjà dansé dans de nombreux pays, dont la France. Je n'ai pas saisi le sens de la plupart des parties, le plus souvent consacrées à Shiva. Le varnam, la partie principale du récital, devait raconter une rivalité entre deux dévotes de Shiva. La danseuse était accompagnée de quelques musiciens : mridangam, cymbales, chant et vînâ. La dernière partie était très originale, mais j'en avais déjà vu une similaire par sa disciple. Le joueur de mridangam était à mon avis moins bon que l'autre ; l'échange entre cet instrument et la danse était moins riche.
Abirami Chidambaram Community Hall, Kotturpuram, Chennai — 2009-02-22
N. Vijay Siva, chant
Amritha Murali, violon
Manoj Siva, mridangam
Je suis retourné hier à l'Abirami Chidambaram Community Hall pour le
deuxième jour de ce festival qui en compte neuf. Comme pour la plupart des
soirées qui vont suivre, il n'était plus question de danse, mais uniquement
de musique. Le chanteur N. Vijay Siva était accompagné de la violoniste
Amritha Murali et du joueur de mridangam Manoj Siva. Deux jeunes disciples
jouaient du tanpura. Des problèmes techniques de sonorisation ont perturbé
le début du concert. Le micro du chanteur ne fonctionnait pas pendant les
premières minutes ; sa voix ne portait même pas jusqu'au
quatrième rang, plein centre, où je me trouvais ! En fait, j'ai trouvé la
première demi-heure du concert assez médiocre. Quand la composition
principale (environ une heure) a débuté, j'ai commencé à apprécier. Sans
être extraordinaire, c'était plutôt bien. La manière d'utiliser le violon
est très différente de ce qui se pratique dans la musique occidentale. Une
partie importante du travail de la musicienne était de reproduire en écho
la mélodie chantée par le maître
. La spectacle a duré environ deux
heures et demie, sans entr'acte.
⁂
Un groupe d'avocats sont devenus complètement fous ces derniers jours. Scènes d'émeutes dans et autour de la Haute Cour de Madras. Le Chief Minister, qui se déplace en fauteuil roulant, annonce qu'il commencera une grève de la faim si les avocats et les policiers ne font pas la paix.
2009-01-27 11:39+0530 (சென்னை) — Musique — Culture indienne — Voyage en Inde VI
Dimanche, après avoir rédigé ceci, j'ai poursuivi mon chemin : reconnaissant ici un restaurant du Kerala où j'avais mangé et ayant là un sentiment de déjà-vu en passant à côté d'un bâtiment de la mission Ramakrishna. Je me suis approché de la station Tirumailar, ai longé un canal nauséïque pour me retrouver dans Kutchery Road.
Un coup d'œil à droite et le gopuram du temple Kapaleeshwarar a paru au bout d'une ruelle. À cet endroit se tenait vraisemblablement un concours de kolam. Les participants étaient des femmes et quelques enfants, chacun disposant d'un petit carré où réaliser un dessin géométrique éphémère avec de la poudre blanche, comme on en voit très souvent dans le Sud de l'Inde à l'entrée des maisons. La première étape consiste à marquer les points d'un quadrillage du carré, ce qui permet de placer les figures au bon endroit par la suite.
Le temple dédié à Shiva, que j'avais déjà visité en 2006, est typique du style du Sud ; il aurait même des origines antiques. Comme c'est souvent le cas pour ces temples, un grand bassin se trouve à proximité.
La partie centrale est réservée aux hindous. Sur le côté, on peut voir quelques mini-temples. Le fait que la divinité soit Shiva est signalée par le fait qu'une représentation du buffle Nandi le surveille. Dans ce temple, j'ai eu l'occasion de voir quelques personnes chuchoter à l'oreille de Nandi, sans doute dans l'espoir de voir quelque vœu se réaliser.
⁂
En sortant de la gare, je décide de visiter à nouveau le temple Sri Ananda Vinayakar. L'invasion de la circulation routière n'a pas franchi l'enceinte de ce temple où les traditions semblent se perpétuer. On réalise moult circumambulations autour des petits édifices où logent diverses divinités.
J'envisageais de sortir quand j'ai vu un porteur du cordon sacré serrer des liens autour d'une sorte de chaise à porteurs. La divinité, recouverte de guirlandes de fleurs, Ganesh vraisemblablement, siégait. Pendant ce temps, une musique rituelle se faisait entendre. C'était tout à fait semblable à la musique qui avait été présentée à la Cité de la musique lors des vingt-quatre heures du râga : nadhaswaram (une sorte de hautbois) et tavil (tambour). Cette fois-ci, c'était in situ, en dépit des perturbations sonores venant du carrefour.
Quand la divinité eut fini de s'installer, les porteurs ont pris place, un brâhmane a porté un parasol (symbole de royauté) au-dessus de la divinité et un cortège s'est formé à sa suite lors d'une petite circumambulation du temple agrémentée de la musique rituelle. Une fois le parcours terminé, de nombreux dévôts ont tourné autour de la divinité en la laissant à leur droite et en touchant parfois les extrémités de bois près des mains des porteurs en signe de dévotion. On a ensuite disposé des tapis sur le sol, la divinité a été posée sur une table faisant face aux personnes présentes, très majoritairement des femmes. Un microphone a été installé au premier rang et ce chœur de femmes a chanté en tamoul, sans accompagneemnt instrumental. Au bout de trois quarts d'heure de mélopée dans cette langue qui m'est complètement étrangère, je suis parti, non sans avoir avalé la bouchée de pois chiches que l'on m'a offert en prasad à la sortie.
2009-01-21 02:55+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2009-01-20
Lucy Crowe, soprano
Nathalie Stutzmann, contralto
David Bates, contre-ténor
Anders J. Dahlin, ténor
Richard Croft, ténor
Luca Tittoto, baryton-basse
Neil Baker, basse
Les Musiciens du Louvre-Grenoble
Chœur des Musiciens du Louvre-Grenoble
Marc Minkowski, direction
Nicholas Jenkins, chef de chœur et chef assistant
Hail! Bright Cecilia, Purcell
Ode for Saint Cecilia's Day, Händel
Missa Cellensis in honorem Beatissimae Virginis Mariae (Cäcilienmesse), Haydn
Ce soir, j'ai assisté à concert aussi bon que long à Pleyel. Les
Musiciens du Louvre-Grenoble dirigés par Marc Minkowski ont commencé par
Hail! Bright Cecilia de Purcell. J'étais dans un état léthargique
pendant la première œuvre de ce programme, je n'ai guère eu le temps que
d'apercevoir le chapeau de Palpatine.
Il aime beaucoup cette œuvre de Purcell. Pour ma part, je suis surtout venu
pour entendre l'Ode for Saint Cecilia's Day de Händel qui
intervient après le premier entr'acte qui fut l'occasion pour moi de
prendre un café... Comme au début de la soirée, le chef Marc Minkowski
intervient pour introduire brièvement les œuvres, toutes dédiées à la
patronne des musiciens et des mélomanes
(encore que ce soit moins
clair pour la troisième œuvre au programme). Connaissant déjà cette œuvre,
je savoure tout particulièrement son écoute pendant le concert. Je
redécouvre cependant quelques morceaux que j'avais oubliés, comme le solo
pour violoncelle (accompagné du théorbe) dans l'air pour soprano What
passion cannot Music raise and quell!. La soprano Lucy Crowe est
magnifique dans But oh! What art can teach. Toute cette œuvre est
tellement händelienne ; j'aime beaucoup.
Après le deuxième entr'acte, on continue dans la chronologie avec cette fois-ci Haydn et la Missa Cellensis in honorem Beatissimae Virginis Mariae (Cäcilienmesse). Cette œuvre, dont une version courte en deux parties seulement (Kyrie et Gloria) est interprétée, me confirme dans mon appréciation de ce compositeur dont on célèbre cette année le deux-centième anniversaire de la mort. Je ne sais pas comment j'ai fait pour autant le méconnaître par le passé. Le public a droit à un excellent bis : le Et incarnatus est et le Et resurrexit qui n'existent que dans la version longue. Superbe.
En sortant, vers minuit moins quart, j'achète à la boutique la toute nouvelle version de la Messe en si mineur par cet ensemble. Elle a la particularité d'avoir un effectif vocal réduit : les parties du chœur sont chantées par des solistes, comme c'était généralement le cas du temps de Bach, selon certains spécialistes.
2009-01-18 02:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2009-01-17
Vladimir Vaneev, Boris Timofeevitch, un vieux bagnard
Ludovit Ludha, Zinovy Borisovitch Ismailov
Eva-Maria Westbroek, Katerina Lvovna Ismailova
Michael König, Serguei
Carole Wilson, Aksinya, une bagnarde
Alexander Kravets, Le Balourd miteux
Lani Poulson, Sonietka
Valetin Jar, Un maître d'école
Alexander Vassiliev, Un pope, un gardien
Nikita Storojev, Le chef de la policer, un officier
Shin Jae Kim, Un régisseur
Marc Chapron, Un portier
Hyoung-Min Oh, Se-Jin Hwang, Slawomir Szychowiak, Contremaîtres
Chae-Wook Lim, Un meunier
Fernando Velasquez, Un cocher
Andrea Nelli, Un policier
Pascal Mesle, Un invité ivre
Hartmut Haenchen, direction musicale
Martin Kušej, mise en scène
Martin Zehetgruber, décors
Heide Kastler, costumes
Reinhard Traub, lumières
Louba Orfenova, études musicales
Winfried Maczewski, chef des chœurs
Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris
Lady Macbeth de Mzensk, Dimitri Chostakovitch
Ce soir, c'était la première de Lady Macbeth de Mzensk, de
Chostakovitch, à l'Opéra Bastille. L'opéra n'est pas une adaptation de la
pièce de Shakespeare, mais d'une nouvelle de Nikolai Leskov. Pas de
sorcières, pas de soldats déguisés en arbres. Si Macbeth
apparaît
dans le titre, c'est que l'héroïne 1,
Katerina Lvovna Ismailova, a des penchants meurtriers.
Au premier acte, pour tromper son ennui, elle se laisse séduire par Serguei, un ouvrier qui travaille pour son mari, alors que ce dernier est parti réparer un moulin. Le beau-père lubrique profiterait bien de sa bru, mais il surprend Serguei et le bat. Katerina l'empoisonne. Ensuite, au retour de son mari, de peur d'être abandonnée par son amant, elle tue son mari avec la complicité de Serguei. Ils cachent le corps dans le cellier et s'en vont se marier.
Prévenue par un ouvrier ayant découvert le corps, la police fait une apparition spectaculaire pendant le mariage. Ils sont tous les deux arrêtés et envoyés au bagne. Serguei se détourne de Katerina et séduit une autre détenue, Sonietka. Trompée, Katerina étrange sa rivale et meurt elle aussi dans la confusion, apparemment lynchée par les autres détenus (dans le livret, elles sont toutes les deux noyées).
L'opéra dure presque trois heures. Ignorant la durée de l'opéra en entrant, le temps passant, j'ai cru qu'il n'y aurait pas d'entr'acte. Il est finalement intervenu au bout d'environ deux heures. L'opéra est découpé en neuf tableaux répartis en quatre actes. L'entr'acte survint à un drôle d'endroit. Après la reprise, un tableau, puis le spectacle s'est interrompu pendant de longues minutes nécessaires à l'installation du superbe décor carcéral. Ce long changement de décor eût vraisemblablement gagné à coïncider avec un entr'acte, quitte à ce qu'il y en eût un de plus.
Pendant les deux premiers actes, le décor est constitué d'un sol terreux (salissant) encadré par de hautes palissades, avec au milieu, une grande pièce dépouillée aux murs transparents ; c'est le domaine de Katerina, brillamment interprétée par Eva-Maria Westbroek. Les scènes crues de son intimité avec Serguei sont terriblement violentes, ceci étant encore accentué par la musique et les lumières.
On ne peut pas vraiment dire que j'aie été séduit par la musique de Chostakovitch. L'action violente, crue, laisse très peu d'espace pour que les personnages, et en particulier Katerina, puissent exprimer leurs sentiments, leurs motifs et leurs éventuelles hésitations alors qu'ils s'apprêtent à commettre des méfaits. Bref, des personnages on ne peut plus antipathiques.
[1] Le français est vraiment une langue de
fous : comment expliquer que le h de héros
soit aspiré et que celui
de héroïne
ne le soit pas ?
2009-01-11 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2009-01-10
Léo Delibes, musique
Lycette Darsonval, chorégraphie
Philippe Binot, décors et costumes
Han Jiang, lumières
Zhang Yi, direction musicale
Zhu Yan, Sylvia
Aminta, Sheng Shidong
Eros, Hao Bin
Orion, Zing Liang
Diane, Jin Jia
Ballet national de Chine (中国国家芭蕾舞团)
Orchestre Colonne
Sylvia ou la nymphe de Diane (希尔薇娅), ballet en trois actes de Jules Barbier et du Baron de Reinach
Ce soir, je suis allé à la dernière de 希尔薇娅 par 中国国家芭蕾舞团, en français Sylvia ou la nymphe de Diane par le Ballet national de Chine. Les quatrièmes loges de l'Opéra Garnier sont toujours aussi inconfortables, mais j'étais dans un angle idéal pour voir en entier la scène et l'orchestre Colonne dirigé par le plutôt jeune Zhang Yi.
Le sujet de ce ballet, chorégraphié par Lycette Darsonval en 1979 d'après le ballet de Louis Mérante (1876) sur une musique de Léo Delibes, est mythologique : faunes, satyres, naïades, etc. Au premier acte, Aminta est épris de la nymphe Sylvia qu'il espionne. La nymphe Sylvia, associée à Diane, est coiffée d'un croissant de Lune. Sylvia lance une flèche en direction de la statue du dieu Amour, mais Aminta s'interpose et est frappé par ce trait. Amour se venge en visant Sylvia qui se met à aimer Aminta, mais le chasseur Orion enlève Sylvia. Des paysans découvrent Aminta inanimé, mais heureusement, un vieux sorcier en haillons se pointe et le ranime en utilisant une fleur médicinale. Le sorcier est le dieu Amour en personne ; il enlève son déguisement et va tout faire pour qu'Aminta retrouve Sylvia.
Au deuxième acte, Sylvia est dans une grotte, prisonnière d'Orion. Des esclaves dansent. On mange, on danse, on boit. Sous l'effet de la boisson, tout le monde s'endort sauf Sylvia, qui implore Amour de la sauver. Une porte coulissante s'ouvre faisant paraître un bateau ; c'est Amour qui vient chercher Sylvia.
Au dernier acte, les créatures célestes et les paysans sont joyeux, mais Aminta est triste. Pourtant le bateau accoste et un Amour enturbanné relâche de nombreuses jeunes femmes portant toutes le même costume. Pendant cinq ou dix minutes, j'essaie de régler mes jumelles, sans y parvenir : les personnages féminins sont flous. Curieusement, je vois bien les autres. Au bout d'un moment, je comprends qu'elles portent un voile transparent et que c'est une épreuve à laquelle est soumis Aminta : il doit reconnaître Sylvia. Bien entendu, il y parvient. Mes jumelles se remettent à fonctionner, mais Orion revient sur scène et il n'est pas content. Un combat s'engage entre lui et Aminta. Sylvia se réfugie auprès de Diane qui finalement l'abat. Un beau final au premier plan alors qu'au fond de la scène, Amour et Diane montent sur leurs piédestaux respectifs tandis que Sylvia et Aminta sont enfin réunis.
Ailleurs : l'avis de Palpatine.
2008-12-19 00:03+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures
Il y a quelque temps, je parlais de la quarantaine d'heures de musique qu'il me restait à écouter après que j'eus finis de découvrir mon intégrale de Mozart. Cela fait au moins cinq ans que ça ne m'est pas arrivé, mais aujourd'hui, il n'y a pas dans ma collection de disques une minute de musique que je n'aie pas écoutée.
Parmi les opéras écoutés dernièrement, Fidelio de Beethoven m'a beaucoup impressionné. Rarement, au disque, je n'ai autant été ému par un opéra, alors même qu'aucun personnage ne meurt ! Si le premier acte ne m'a pas particulièrement enthousiasmé, le deuxième est vraiment superbe. J'avais acheté cet enregistrement (Sir Colin Davis, London Symphony Orchestra, 2006) pour me préparer à la représentation que je me disposais à voir cette année ; un grain de sable a dû compromettre la saisie de mon formulaire d'abonnement par les services de l'Opéra de Paris puisque de la production présentée cette année, je n'ai reçu nul billet. Quel dommage !
Là, tout de suite, je viens de visionner un DVD conseillé par Madame Abricot : Carmen avec Anna Caterina Antonacci et Jonas Kaufmann à l'Opéra royal de Londres. De cet opéra, je n'avais écouté que les suites pour orchestre qui en sont extraites. Avec d'excellents chanteurs et une bonne mise en scène, c'est tellement mieux ! Je me réjouis d'avoir pris une place pour la production de l'Opéra Comique en juin 2009, avec ladite Anna Caterina Antonacci. En regardant à nouveau la distribution, je viens de remarquer que le chœur d'enfants sera le chœur Sotto Voce. Tant mieux.
Mon mois de janvier s'annonçant chargé et celui de février indien, j'attendrai sans doute mars avant de me livrer à quelque nouvelle dilapidation (une semi-intégrale Haydn ?).
Côté livres, cette situation ne risque pas se produire de sitôt. À mon rythme actuel de lecture (environ quatre-vints livres cette année), j'ai de la réserve pour plus d'une année, étant entendu qu'en dernier recours, il me restera toujours une Bible (Segond).
2008-12-15 00:13+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne
Église des Billettes — 2008-12-12
Atsushi Sakaï, dessus de viole
Thomas de Pierrefeu, ténor de viole
Isabelle Saint-Yves, basse de viole
Josh Cheatham, basse de viole
Consort de violes Sit Fast
L'Art de la Fugue (BWV 1080).
Vendredi, quand j'en pris le chemin, cela faisait deux ans que je n'avais pas mis les pieds dans l'Église des Billettes. J'étais alors allé écouter Sigiswald Kuijken interpréter les trois premières suites pour violoncelle de Bach sur un étonnant instrument : le violoncello da spalla. Cette fois-ci, c'était pour écouter L'Art de la fugue. Les versions que j'en ai en disque sont pour clavecin, piano ou orgue. Je savais que cela avait aussi été adapté pour orchestre. Ce soir-là, à ma grande surprise, c'était un ensemble de quatre violes, le consort de violes Sit Fast qui interprétait cette œuvre, qui est une des toutes dernières de Bach.
Ce concert faisait partie du programme des productions Philippe Maillard auxquelles je suis abonné depuis plusieurs années. En entrant, je me suis assuré que le prix de leurs programmes n'avait pas changé depuis mai dernier et étaient toujours de 5€. Le placement étant libre, je me suis installé sur les bancs grinçants, aussi près que possible des musiciens : sinon, à moins de passer à l'étage, on ne voit pas grand'chose.
Les musiciens se sont installés, plaçant sur ou entre leurs genoux leur viole. Celles-ci étaient de différentes tailles. Je ne suis pas expert en violes, mais je soupçonne fortement que le programme comportait une erreur dans la distribution : la viole qu'utilisait Isabelle Saint-Yves avait une taille plus voisine de celle du dessus de viole d'Atsushi Sakaï que de celle des violes des deux autres musiciens, Thomas de Pierrefeu et Josh Cheatham. Une de ces deux dernières violes, grandes par la taille, arborait un charmant motif constitué d'arabesques.
L'ensemble a interprété les onze premiers contrepoints ainsi que la Fuga a 3 sogetti. À de nombreuses reprises, les musiciens ont dû réaccorder leurs instruments, ce qui prenait bien cinq minutes à chaque fois ! J'étais quelque peu sceptique à l'écoute du premier contrepoint, joué dans un tempo très lent. Cette interprétation très austère transporte les spectateurs dans l'ascèse (au point qu'ils en oublient de tousser). Mes préventions ont été rapidement dissipées et au bout du sixième, j'étais convaincu et appréciait vraiment ce que j'entendais. Après un court entr'acte intervenu après le septième contrepoint, le concert a continué jusqu'au onzième. Atsushi Sakaï est alors intervenu pour évoquer le dernier morceau qu'ils allaient interpréter. Il a expliqué que diverses théories avaient été proposées au sujet des contrepoints qui suivent les onze premiers qui, eux, ne sont pas l'objet de controverses. Il a annoncé que son ensemble avait retenu l'hypothèse selon laquelle la Fuga a 3 sogetti fait bien partie de L'Art de la Fugue, mais qu'elle s'arrête malheureusement avant que le thème revienne. L'ensemble a interprété cette fugue, et de façon subite, au bout de quelques minutes, la musique s'est interrompue.
⁂
Pour le chemin du retour, ayant apporté des livres choisis aléatoirement dans ma bibliothèque et ayant déjà eu le temps au cours de la journée de finir La Centurie, Poèmes amoureux de l'Inde ancienne d'Amaru, je n'ai pas eu d'autre alternative que de commencer la pièce de théâtre de Krishna Baldev Vaid, en version bilingue hindi-français : La faim, c'est le feu (भूख आग है), traduit du hindi par Muriel Calvet et Jyoti Garin, Asiathèque. Je pensais ne rien comprendre, mais j'arrive à saisir le sens d'une phrase sur deux du texte hindi. Il faut bien dire que les personnages rencontrés jusqu'à présent, une jeune fille et ses parents, parlent une langue qui est un Hindglish caricatural. Ils utilisent ainsi de nombreux mots anglais. Certaines répliques sont même entièrement en anglais, mais transcrites dans l'alphabet devanagari, comme celle-ci :
बच्ची. ― ममी, प्लीज़ नो ! आइ लव माइ हिंदी मैदम ।
Cette réplique de la jeune fille se transcrit ainsi : Mamî, plîz no !
Âi lav mâi hindî maidam.
. La traduction franglaise qui est donnée est
Maman, non, please! I love ma prof
de hindi !
. Bref, c'est très amusant à lire.
2008-12-11 00:49+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2008-12-10
Jean-Yves Thibaudet, piano
Tristan Murail, ondes Martenot
Roland Daugareil, violon solo
Orchestre de Paris
Christoph Eschenbach, direction
Turangalîla-Symphonie pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre (Olivier Messiaen)
Olivier Messian étant né en 1908, ses œuvres sont davantage jouées cette année que d'ordinaire. Depuis le début de l'année, il y a eu une autre Turangalîla-Symphonie à Pleyel et même une version concert de l'opéra Saint François d'Assise. En m'installant hier à mon siège, j'ai découvert dans le programme que ce concert de l'Orchestre de Paris célébrait le centenaire, jour pour jour, de la naissance du compositeur. La représentation était enregistrée, filmée et diffusée en direct sur Mezzo (rediffusion le lundi 15 décembre à 17h).
Une seule œuvre était au programme de ce concert, sans entr'acte : la Turangalîla-Symphonie pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre. L'effectif de l'orchestre s'avère bien grand : les premières rangées de fauteuils ont été escamotés, mon rang L côté impair est plus proche de la scène que je ne l'avais imaginé. Ce placement me procure un bon angle pour observer le pianiste Jean-Yves Thibaudet et le chef, Christoph Eschenbach, que je voyais pour la première fois (fait qui a surpris Palpatine, rencontré en fin de concert). Eussé-je été de l'autre côté que j'eusse pu voir sous un meilleur angle les ondes Martenot, un bien curieux instrument électronique, qui fête ses quatre-vingts ans cette année.
C'était la première fois que je voyais une œuvre de Messian en concert.
Je dois bien avouer que ce qui me fit cocher la case correspondant à ce
concert pour mon abonnement Pleyel est que cette œuvre porte un nom
sanskrit... Le programme me stupéfie quand il affirme qu'il faut prononcer
Tourânegheulî-lâ (sic)
; je suis étonné de la présence du eu
.
Les premiers mouvements sont choquants pour moi qui ne suis pas du tout
habitué à cette musique (seulement écoutée une fois au disque il y a
quelques jours). On veut alors bien croire que Turanga puisse
signifier le cheval au galop
. Ces mouvements introduisent néanmoins
des thèmes que l'on pourra apprécier à nouveau quand ils reviendront. Un
des vénérables spectateurs situés à ma gauche s'endort et se met à ronfler
pendant un de ces mouvements, pourtant, sans toutefois être oppressants,
les décibels ne manquaient pas. Je me délecte de l'écoute du Jardin du
sommeil d'amour, le sixième mouvement de cette symphonie
qui en
compte dix ! un des rares mouvements lents de l'œuvre. Pendant le huitième
mouvement Développement de l'amour, je me demande si je ne me suis
pas perdu dans mes comptes parce que le recours répété aux violentes
percussions me donne l'impression qu'on est à la fin de quelque chose, mais
non, la pression redescend et l'œuvre se poursuit, jusqu'au dixième
mouvement, qui est très beau.
2008-11-30 20:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2008-11-29
Christina Landshamer, soprano (Gabriel, Ève)
James Gilchrist, ténor (Uriel)
Yorck Felix Speer, basse (Raphaël, Adam)
Orchestre des Champs-Élysées
Collegium Vocale Gent
Philippe Herreweghe, direction
Die Schöpfung, Haydn.
Hier soir, j'étais au TCE, dont la salle était bien pleine, pour écouter La Création de Haydn. L'effectif était important : une trentaine de choristes du Collegium Vocale Gent, une cinquantaine de musiciens de l'Orchestre des Champs-Élysées dirigé par Philippe Herreweghe.
Le moment fort de l'œuvre est celui où, après que Dieu a dit Que la
lumière soit !
, l'ambiance musicale passe subitement des ténèbres à la
lumière en même temps que le chœur nous dit que la lumière fut.
Si tous les mouvements de cet oratorio ne sont pas inoubliables, d'autres retiennent l'attention comme ceux qui évoquent, parmi les diverses créatures, le rossignol chantant, le lion rugissant ou encore le tigre bondissant.
Les trois solistes, la soprano Christina Landshamer, le ténor James Gilchrist et la basse Yorck Felix Speer remplissaient très bien leurs rôles respectifs. Seuls, en duo, en trio, ou avec le chœur, ils récitaient ou chantaient un texte à la gloire de la Nature et du Créateur. Les émotions exprimées ne sont pas aussi variées qu'elles peuvent l'être dans une Passion, un opéra ou un oratorio sur un sujet plus humain. L'arrivée d'Adam et Ève n'assombrit même pas le tableau de ce point de vue-là puisque l'oratorio s'achève avant que cela se gâte. Seul un récitatif mettra le couple en garde avant que Dieu soit loué une dernière fois :
Ô heureux couple, et heureux à tout jamais
si de fausses chimères ne les incitent pas
à désirer jamais davantage que ce qu'ils ont,
à savoir jamais davantage que ce qu'ils doivent !
Étant placé au premier rang du premier balcon de côté, une petite partie du côté cour ne m'était pas visible, à moins que je ne me penchasse. La soprano et la basse étaient du côté jardin et le ténor de l'autre côté, mais suffisamment au centre pour que je le voie. Pendant le dernier chœur, j'ai remarqué qu'une des mezzo-sopranos du chœur n'était plus à sa place (pas que je l'eusse particulièrement remarquée, mais cela fait un certain nombre de fois que j'assiste à des concerts du Collegium Vocale Gent et certains visages sont restés dans ma mémoire). Je me demandais où elle était passée. Quand l'oratorio se fut terminé, je la retrouvai à droite du ténor James Gilchrist. Comme ce dernier chœur (avec solistes) a été bissé, je pus me pencher un peu pour rattraper cette distraction.
2008-11-24 20:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
J'ai déjà parlé d'actes anodins de disquaires pouvant nuire à leur commerce. Le parcours du discolique est parsemé d'un autre type d'embûches : les malfaçons.
Ces dernières années, j'ai rencontré ce type de problèmes à plusieurs reprises. Dans mon intégrale Hänssler de Bach, un disque était en double et un autre était manquant. La plupart de ces disques, peut-être tous, étaient aussi en vente à l'unité et j'en possédais déjà quelques uns que j'ai donnés ici ou là. Par une chance inouïe, le disque qui était manquant faisait déjà partie de ma collection.
Les trois autres problèmes qui m'ont fait souffrir quelques désagréments sont dus à divers problèmes avec EMI Classics. Un des premiers opéras que j'ai acheté était Norma de Bellini (avec Maria Callas, 1960). Commandé sur Amazon.fr, le boîtier de trois CD contenait le CD nº1, deux exemplaires du CD nº2, mais pas de CD nº3. Retour à l'envoyeur, qui me réexpédie un nouveau coffret, souffrant du même défaut. Deuxième retour ; la troisième expédition sera la bonne.
J'ai déjà parlé du caractère bâclé de certain livret fourni par cet éditeur. Hier, en écoutant pour la première fois Orphée aux enfers d'Offenbach, dirigé par Marc Minkowski, avec notamment Natalie Dessay (Eurydice), Yann Beuron (Orphée), Laurent Naouri (Jupiter), j'ai été tout perturbé que la page 73 du livret succède à la page 96. Bref, une vingtaine de pages manquent au livret, ce qui m'a pas mal déstabilisé dans mon écoute des troisième et le quatrième tableaux. Heureusement que l'opéra est en français ! Bien sûr, le livret complet n'est pas disponible sur le site Internet de l'éditeur. Comme Offenbach a proposé deux versions de son œuvre et que Laurent Pelly et Marc Minkowski ont retenu plutôt la première avec quelques éléments de la seconde, une version du livret trouvée sur Internet s'est avérée assez différente de ce que j'entendais. Cet incident m'a un peu gâché cette première écoute de ce bien charmant opéra-bouffe, qui cite parfois pour plaisanter Orfeo ed Euridice de Gluck (dont je ne me lasse pas non plus d'écouter un enregistrement avec Bernarda Fink dans le rôle d'Orfeo).
On voit là un des dangers de l'achat compulsif de disques pour une
consommation
non immédiate. Si j'écoutais mes disques aussitôt après
les avoir achetés, je saurais vers qui me retourner pour obtenir
remplacement d'objets défectueux (encore que dans le dernier cas envisagé
ici, il ne me semble pas aller de soi que le commerçant accepte de procéder
à un échange). Pour Orphée aux enfers, je n'ai absolument aucun
souvenir de l'achat, qu'il se réalisât par Internet ou en magasin.
⁂
Les organisateurs de concerts proposant à la vente des programmes ne sont pas toujours irréprochables non plus. Je me souviens d'une Johannes-Passion au TCE pour lequel le livret apparaissant dans le programme commençait par O Mensch, bewein dein Sünde groß. Dans les versions usuelles des Passions de Bach, ce chœur apparaît à la fin de la première partie de la Matthäus-Passion, mais c'était aussi et avant tout le chœur introductif d'une des versions de la Johannes-Passion, mais qui n'est pas la version canonique jouée actuellement. Pendant les minutes précédant le concert, je me réjouissais donc par avance de l'écoute prochaine d'une version non standard de cette œuvre. Ce ne fut donc pas sans une certaine déception que j'entendis le concert débuter par le traditionnel chœur Herr, unser Herrscher.
Je n'ignore s'il y a lieu d'y voir un changement de politique de l'Opéra de Paris, mais je constate avec réjouissance que les trois programmes d'opéra que j'y ai achetés depuis le début de la saison comportent une version française du livret alors que ce cas était plutôt l'exception les années précédentes (sur les huit programmes précédemment achetés, seul celui de Luisa Miller incluait un livret).
2008-11-23 12:06+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Promis, après cette note, je ne vous ennuierai plus avec la cantate 140 Wachet auf, ruft uns die Stimme. Cela n'était pas arrivé depuis 1989, mais aujourd'hui, selon le calendrier liturgique luthérien, nous sommes le vingt-septième dimanche après la fête de la Trinité. Il faut que la date de Pâques intervienne très tôt dans l'année pour qu'il soit possible d'intercaler autant de dimanches en partant de fêtes dans les dates sont calculées par rapport à Pâques et le premier dimanche de l'Avent. Du vivant de Bach, cette situation s'était présentée le 25 novembre 1731, date de la création de cette cantate. D'après mes calculs, les prochaines dates sont les 25 novembre 2035, 25 novembre 2046, 26 novembre 2062, 26 novembre 2073 et 26 novembre 2084.
Le chœur introductif, et d'autres mouvements, peuvent être écoutés sur Youtube : Wachet auf, ruft uns die Stimme (Ton Koopman). Attention, on y trouve aussi des horreurs, comme cette version par Karl Richter.
2008-11-23 01:16+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2008-11-22
Shawn Mathey, Tamino (ténor)
Iwona Sobotka, Erste Dame (soprano)
Katija Dragojevic, Zweite Dame (mezzo-soprano)
Cornelia Oncioiu, Dritte Dame (mezzo-soprano)
Russell Braun, Papageno (baryton)
Maria Virginia Savastano, Pagagena (soprano)
Kristinn Sigmundsson, Sarastro (basse)
Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Monostatos (ténor)
Maria Bengtsson, Pamina (soprano)
Erika Miklosa, Königin der Nacht (soprano)
José Van Dam, Der Sprecher (baryton)
Jon Ketilsson, Erster Geharnischter (ténor)
Rúni Brattaberg, Zweiter Geharnischter (basse)
Solistes de la Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris, Drei Knaben
Thomas Hengelbrock, direction musicale
La Fura dels Baus / Alex Ollé et Carlos Padrissa, conception, mise en scène
Jaume Plensa, conception, décors et costumes
Valentina Carrasco, collaboratrice à la mise en scène
Franc Aleu, vidéo
Albert Faura, lumières
Alessandro Di Stefano, chef des chœurs
Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris
Die Zauberflöte, Wolfgang Amadeus Mozart
J'avais entendu beaucoup de mal de la production de La Flûte enchantée qui est reprise en ce moment à l'Opéra Bastille. J'étais à la représentation d'hier. Un placement plutôt bon : deuxième balcon, plein centre.
Je suis horrifié par le début. Les costumes sont d'une laideur et d'un mauvais goût incroyables à ce niveau (avec une mention spéciale pour les trois Dames et la Reine de la Nuit). Des vidéos de mauvais économiseurs d'écrans sont projetées en surimpression.
Au bout d'un moment, j'arrive à surmonter mon premier sentiment. Les chanteurs des rôles principaux, Tamino, Pamina, La Reine de la Nuit, Sarastro, Papageno et Papagena sont bons. Monostatos me paraît un peu plus limite. Le chœur est planqué sous la scène et il ne sera pas donné au public d'apercevoir José Van Dam qui a le rôle parlé de la Voix. Je profite de mon placement pour observer l'orchestre.
Si on laisse de côté les costumes affreux et l'essentiel des vidéos, ce qu'il reste de la mise en scène se laisse bien regarder. Le décor est constitué de douze matelas géants gonflables (et dégonflables). Ces éléments bougent beaucoup et se transforment aussi bien en temple, en pyramide ou en les terribles lieux des épreuves d'initiation que subissent Tamino et Pamina.
D'autres aspects de la mise en scène laissent perplexes, comme la pluie
de boules noires et blanches dans un grand récipient, constituant une sorte
de piscine dans laquelle Monostatos, Pamina puis Papageno plongent. Le bout
de phrase quand j'ai placé les pièces
dans la bouche de Sarastro
donne lieu à un grand n'importe quoi au deuxième acte où un grand échiquier
est projeté sur scène ; des figurants viennent s'y placer, Sarastro en
échange trois ou quatre ; une très courte partie d'échecs grandeur nature
se déroule. On assiste à deux tours de magie classiques : Sarastro est
coupé en trois morceaux et plus loin est transpercé d'épées avec en plus du
sang qui coule de la boîte dans laquelle il se trouve, sang, qui vidéo
aidant, se répand sur toute la scène. Ce deuxième tour me paraît assez
incohérent avec l'histoire : dans la version du livret que j'avais lue,
après que la Reine de la Nuit a exprimé sa colère terrible en demandant à
Pamina de tuer Sarastro, Pamina ne semble pas le moins du monde disposée à
lui obéir (elle n'a de toute façon pas le temps d'y penser, vu que
Monostatos revient la harceler). Ce soir, elle plantait des épées dans
Sarastro, sans le tuer pourtant. L'utilisation des clochettes
par
Papageno est curieuse. Parfois, il actionne son attirail, parfois, on
entend leur son mais il ne fait même pas semblant de s'en préoccuper, ayant
autre chose à faire. Les trois enfants apparaissent avec des consoles de
jeux portables en mains. Bref, l'onirisme décomplexé des concepteurs ne
s'est pas exprimé sans quelques débordements.
Malgré tout, ce spectacle est tout à fait regardable et écoutable. Le public, constitué d'un nombre inhabituellement élevé d'enfants, semble avoir apprécié ; je n'ai pas entendu de sifflets.
Ailleurs : l'avis de Palpatine.
2008-11-22 14:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Opéra Bastille — 2008-11-21
Clifton Forbis, Tristan (ténor)
Matti Salminen, König Marke (basse)
Waltraud Meier, Isolde (soprano)
Alexander Marco-Buhrmester, Kurwenal (baryton)
Ekaterina Gubanova, Brangäne (mezzo-soprano)
Ralf Lukas, Melot (baryton-basse)
Bernard Richter, Ein Hirt, Ein junger Seemann (ténor)
Robert Gleadow, Der Steuermann (ténor)
Semyon Bychkov, direction musicale
Peter Sellars, mise en scène
Bill Viola, vidéo
Martin Pakledinaz, costumes
James F. Ingalls, lumières
Alessandro Di Stefano, chef des chœurs
Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris
Tristan und Isolde, Richard Wagner
Hier, je suis allé pour la deuxième fois à l'Opéra Bastille pour assister à une représentation d'un opéra de Wagner. En mai 2007, j'avais plutôt aimé Lohengrin (mis en scène par Robert Carsen) et une Waltraud Meier terriblement convaincante en Ortrud. Qu'elle incarne Isolde a été ma principale motivation pour inscrire cet opéra à mon abonnement. Ce qui est ennuyeux avec les abonnements, c'est qu'on ne peut réserver que des places dans les six premières catégories de prix. Faute de place disponible en sixième, j'avais dû opter pour une place de cinquième catégorie. À mon humble avis, le prix des places et le plaisir de spectateur en résultant est complètement décorrélé. Je préfère être au premier balcon avec vue plongeante sur l'orchestre, la vision des sur-titres en fût-elle mise en péril que d'être à l'avant-dernier rang du parterre, en ayant payé ma place à quadruple prix : on ne voit que la tête du chef dépasser, les chanteurs sont très loin et la santé et la fortune ne s'accordant guère, on tousse bien davantage au parterre que dans les hauteurs. Bon, je me console en me disant que les personnages du rang situé juste devant moi eurent à payer encore 26€ de plus !
L'opéra commenca vers 18h, les opéras normaux commençant plutôt vers 19h30. Tristan dure 4h, également divisé en trois actes. Des entr'actes de 45 et 30 minutes ayant été prévues, pour que l'œuvre finît à une heure raisonnable, il fallait commencer tôt.
Globalement, je suis déçu par cette représentation. Quelques prosélytes lyriques ont même abandonné après le premier ou le deuxième acte. Le seul élément de décor était une toute petite plate-forme où les personnages pouvaient s'asseoir ou s'allonger. Les costumes étaient trop sobrement noirs. À part peut-être au troisième acte où il y avait un peu de couleur, les lumières n'éclairaient pas grand'chose. Non, le spectacle visuel n'était pas sur scène, mais sur l'écran situé entre les chanteurs et le sur-titrage. Pendant quatre heures ou presque, nous avons été abreuvés des vidéos de Bill Viola. Le premier acte a représenté des rites de purification. Du fait d'un petit coup de barre, j'ai un souvenir plus confus du deuxième acte. Lumières dans un bois pendant une partie de chasse, coucher de Lune, lever de Soleil. Vidéos accélérées ou ralenties représentant la nature, des effets d'optique plus ou moins naturels. Bravo au directeur de la photographie, l'esthétique et la qualité des images était impressionnante. C'est bien beau, mais cela distrait le spectateur de ce qui se passe sur scène. Il ne m'a pas été possible de me détourner de ces images, puisque, n'entendant guère l'allemand, j'ai besoin des sur-titres pour suivre. Il n'est pas évident de suivre simultanément l'action qui se passe en bas et en même temps ces sur-titres situés tout en haut, deux éléments sobres, quand le centre est accaparé par d'ondoyantes images (cela empêche aussi de s'endormir complètement, la luminosité étant importante, surtout si on est situé à proximité de la cabine de projection). Ajouter à cela que les textes sont largement métaphoriques, de sorte qu'une ligne de sur-titres de perdue engendre bien dix lignes d'incompréhension.
La mise en scène est très statique. À plusieurs reprises, des personnages se retrouvent à rester immobiles pendant de longues minutes. Certains personnages semblent avoir des yeux dans le dos ; Isolde fait même à distance et de dos un diagnostic de Tristan mourrant. Pour tenter de faire oublier ces limitations, certains personnages (Brangäne, le berger) apparaissent non plus sur scène mais dans dans les hauteurs du théâtre (invisibles depuis ma place). On fait aussi entrer un chœur d'hommes par le fond du parterre (tout près de moi, donc). Bref, ce n'est pas très convaincant.
Heureusement, il reste la musique. Si je suis partagé sur les parties chorales, très limitées et assez peu intéressantes, aussi bien l'orchestre que les solistes lui font honneur. L'ouverture de l'œuvre est belle ; on réentend ensuite avec plaisir quelques leitmotivs.
2008-11-20 08:01+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2008-11-19
Anna Caterina Antonacci, soprano
Ensemble Orchestral de Paris
John Nelson, direction
Der Freischütz, ouverture (Weber).
La Mort de Cléopâtre, scène lyrique (Berlioz)
Symphonie nº9 La Grande (Schubert)
J'ai assisté hier à un concert de l'Ensemble orchestal de Paris. En dehors de l'ouverture du Freischütz de Weber que je n'avais toutefois pas encore entendue en concert (et que John Nelson dirige de mémoire), je ne connaissais aucune des œuvres au programme. Si j'ajoutai ce concert à mon abonnement, c'est qu'après cette ouverture était prévue une œuvre de Berlioz, La Mort de Cléopâtre, interprétée par Anna-Caterina Antonacci. J'apprécie toujours autant cette chanteuse, dont le programme nous apprend qu'elle vit à Paris. Elle m'a pourtant semblé un peu tendue, même pour venir saluer de nombreuses fois sous les applaudissements enthousiastes du public.
La deuxième partie du concert était réservée à la symphonie nº9 La Grande de Schubert, que je découvrais aussi. Ses dimensions sont effectivement assez grandes puisqu'elle dure environ une heure. Je n'ai pas terriblement été emballé par le premier mouvement. Les autres mouvements m'ont bien plu, et tout particulièrement les deuxième et troisième.
⁂
Depuis mon premier concert Haydn à Pleyel, je me
disais que Haydn faisait partie des compositeurs que je découvrirais
volontiers plus en profondeur. Bien que son style soit proche de celui de
Mozart, j'apprécie l'un alors que l'autre tend plutôt à m'exaspérer. Hier
soir, en feuilletant le Monde, je tombe, page une, sur une publicité
annonçant une intégrale
Haydn, publiée par le même éditeur que l'intégrale Mozart que je
possède déjà. Je me laisserai peut-être tenter prochainement. Il fait
longtemps que mon penchant discolique n'a pas été satisfait : en réserve,
je n'ai plus que 18 heures de musique non écoutée, plus que cinq opéras et un
oratorio. Ce qui m'inquiète, c'est que cette intégrale
de 150 CD a
un sous-titre : volume 1
. Je savais ce compositeur très prolifique,
mais je n'imaginais pas que son œuvre pût être aussi volumineuse. Ce
premier volume comporte la centaine des symphonies de ce compositeur,
l'oratorio La Création (qui est au programme du concert du 29
novembre au TCE) et bien d'autres œuvres encore.
2008-11-15 02:25+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2008-11-14
Sandrine Piau, soprano
Marie-Claude Chappuis, alto
Jörg Dürmüller, ténor
Klaus Mertens, basse
The Amsterdam Baroque Orchestra and Choir
Ton Koopman, direction
Messe en si mineur, BWV 232, Johann Sebastian Bach.
Hier soir, c'était ma quatrième Messe en si mineur. La deuxième de suite à Pleyel après celle de février dernier par Le Concert Spirituel (que j'avais beaucoup appréciée). La deuxième de Koopman après celle de février 2006 au TCE, avec déjà la basse Klaus Mertens. Les solistes de ce soir étaient plus enthousiasmants que ceux d'hier. J'apprécie toujours autant cette basse, ai agréablement découvert l'alto Marie-Claude Chappuis et réentendu Sandrine Piau (que je n'avais pour le moment entendue que dans La Passion selon Saint Jean au TCE en 2003). J'ai un peu plus modérément apprécié le ténor Jörg Dürmüller (déjà entendu en évangéliste dans L'Oratorio de Noël 1 et la susdite Passion).
Entre chacune des parties et sous-parties de l'œuvre, les instrumentistes se réaccordaient. En revanche, j'ai apprécié que souvent les mouvements s'enchaînassent quasiment sans temps mort (ce qui permet de faire passer son tour au chœur de tousseurs). De très beaux airs, duos et chœurs. Mimiques caractéristiques de Ton Koopman. Un très bon concert. Malheureusement, les applaudissements énergiques de la salle n'ont pas été récompensés d'un bis. (Ce qui est ennuyeux avec la messe en si mineur, c'est qu'il n'y a pas vraiment de mouvement qu'il soit logique de bisser, alors que pour une cantate, il est courant de reprendre le choral final.)
J'ai eu le plaisir de revoir Palpatine à l'entr'acte.
[1] Je fréquente le TCE depuis 2002. J'y ai assisté à des représentations de l'Oratorio de Noël (BWV 248) chaque année depuis cette date, c'est dire si cette œuvre me plaît. J'ignore pourquoi elle n'a pas été reprogrammée cette année ; si cela avait été le cas, j'y serais retourné. Cette œuvre est très longue : elle est composée de six cantates. Lors de ces concerts, seules quatre cantates étaient jouées : 1-2-3-4 ou 1-2-3-6. Je n'ai donc jamais entendue la cinquième cantate en concert.
2008-11-14 08:11+0100 (Orsay) — Culture — Musique
Théâtre des Champs-Élysées — 2008-11-13
Hana Blazíková, soprano
Robin Blaze, alto
Jan Kobow, ténor
Peter Kooij, basse
Bach Collegium Japan
Masaaki Suzuki, direction
Cantate Herr, deine Augen sehen nach dem Glauben !, BWV 102.
Cantate Wachet auf, ruft uns die Stimme, BWV 140.
Messe en sol mineur, BWV 235.
J'étais hier soir au Théâtre des Champs-Élysées pour un concert du Collegium Bach Japan dirigé par Masaaki Suzuki. Un des premiers disques de musique classique que j'aie acheté était de Bach et c'était la Passion selon Saint-Mathieu interprétée par cet ensemble (probablement vers 2000/2001). J'étais donc a priori très content d'aller écouter ces musiciens.
Je m'installe au deuxième balcon de face. Les musiciens s'installent. L'effectif sera réduit au possible : une petite quinzaine de musiciens. Quand commence le choral de la cantate BWV 102 Herr, deine Augen sehen nach dem Glauben, je me demande si le chef n'aurait pas prévu de faire rentrer les solistes au fur et à mesure. En regardant plus attentivement le chœur, je remarque que les trois solistes hommes (que j'ai déjà entendus chacun un certain nombre de fois dans ce registre) sont bien là, chantant avec les douze autres choristes ; pour découvrir la soprano, j'attendrai un peu. La cantate BWV 102 ne me paraît pas terriblement intéressante (eu égard à la moyenne des cantates) ; je me distrais en lisant le texte, disons assez amer envers les incroyants.
La partie de programme qui m'enthousiasme le plus est la cantate BWV 140 Wachet auf, ruft uns die Stimme. J'ai plusieurs fois parlé ici de cette cantate, dont la position peu enviable dans le calendrier liturgique fait que les occasions de la jouer à la date prévue par icelui sont très rares puisque la date de Pâques, calculée en fonction des phases de la Lune (en gros), doit intervenir le plus tôt possible dans l'année pour que ce soit le cas (prochaines occasions : 23 novembre 2008, 25 novembre 2035).
Le chœur introductif de cette cantate est superbe, tout comme son choral final (dont on aura un bis à la fin du concert). Le mouvement qu'on attend le plus est le choral du milieu, chanté par le ténor, morceau célèbre pour n'avoir pas été plagié dans la chanson A Whiter Shade of Pale. La dernière fois que je l'avais entendu en concert pour des cantates de Bach, j'avais été un peu déçu par le ténor, peu puissant. Je n'avais donc pas de trop hautes attentes concernant ce choral. Cela me désespère un peu, mais ce ténor Jan Kobow n'était pas très convaincant ; son visage trahissait un certain ennui, la ferveur du texte aidant, on en eût pu attendre un peu plus d'enthousiasme, bon sang. Néanmoins, c'était acceptable, un peu plus que ce que le Concentus Musicus Wien (Harnoncourt) et le ténor d'alors avaient proposé l'année dernière salle Pleyel dans l'interprétation de cette même cantate. Entre ces choraux s'insèrent des couples de mouvements récitatifs/duo soprano-basse. Ces duos sont délicieux et leur texte a beaucoup amusé Palpatine.
La deuxième partie du concert est réservée à la messe en sol mineur (BWV 235). Le premier mouvement Kyrie ressemblait très fortement au premier mouvement de la cantate 102 ! Bach est coutumier de ce genre d'emprunts. Ayant lu le programme au début du concert, je savais déjà qu'il y aurait une telle conjonction. La surprise est encore plus forte quand on s'en rend compte en plein concert. C'était la première fois que je voyais deux versions d'un mouvement au programme de la même soirée de concert. Pas grand'chose d'autre à dire sur cette messe (brève). J'étais avant tout venu pour la cantate 140.
2008-10-25 01:52+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Opéra Garnier — 2008-10-24
José Martinez, chorégraphie, adaptation
Marc-Olivier Dupin, musique
François Roussillon, adaptation
Ezio Toffolutti, décors
Agnès Letestu, costumes
André Diot, lumières
Arantxa Sagardoy, assistante du chorégraphe
Licia Lucchese, assistante du décorateur
Pablo Heras-Casado, direction musicale
Eve Grinsztajn, Garance
Bruno Bouché, Baptiste
Karl Paquette, Frédérick Lemaître
Vincent Chaillet, Lacenaire
Alice Renavand, Nathalie
Ghyslaine Reichert, Madame Hermine
Aurélien Houette, Le Comte
Alexandre Gasse, Avril, complice de Lacenaire
Richard Wilk, Jéricho, le marchant d'habits
Alexandre Labrot, Arlequin
Alexis Saramite, Le concierge
Ludmila Pagliero, Rigolette
Christelle Granier, Pamela
Nolwenn Daniel, Desdémone
Sarah Kora Dayanova, La Ballerine
Ballet de l'Opéra
Ensemble Orchestral de Paris
Les Enfants du paradis, ballet en deux actes d'après le scénario de Jacques Prévert
Ce soir, c'était la première fois que j'allais à l'Opéra Garnier pour assister à un ballet. J'y étais déjà allé pour un opéra-ballet, mais sans texte chanté, ce n'est pas du tout la même chose. J'ai vraiment adoré ce spectacle, Les Enfants du paradis, création de José Martinez, d'après le scénario de Jacques Prévert du film du même nom de Marcel Carné, qu'à ma grande honte, j'avoue n'avoir pas vu.
Cela avait failli ne pas commencer du tout. Bien que j'eusse prévu une marge d'une demi-heure, mon RER a été tellement retardé que j'ai craint d'arriver en retard. Il a été transformé en omnibus, s'est trouvé bondé et pour couronner le tout, déguisés en lapins, un petit groupe d'imbéciles étudiants faisaient les zouaves. Changement à Châtelet, direction Pyramides. Je n'avais pas le souvenir que l'avenue de l'Opéra fût si longue. J'arrive tout juste à l'entrée de ma quatrième loge de côté (tout en haut) avant que le spectacle commence. En ayant payé 20€, je ne m'attendais pas à avoir une place aussi satisfaisante. Certes, cela donne un peu le vertige, on est un peu serrés, ce n'est pas très confortable, il faudrait prévoir une genouillère pour ne pas se faire mal en se cognant contre le bord. Pour prévenir l'engourdissement des jambes, il n'y a probablement rien à faire. Malgré ce relatif inconfort, bien calé dans mon siège, je voyais la scène et l'orchestre presqu'en entier. Pour voir le coin qui manquait, il me suffisait de me pencher un peu. M'étant installé au tout dernier moment, je n'ai pas sorti mes jumelles d'opéra pour ne pas faire de bruit. Je me suis bien rattrapé au deuxième acte et ai été agréablement surpris des excellentes conditions de vision que cette place offrait. En comparaison, à Bastille, en six- ou septième catégorie, je ne vois pas aussi bien les visages des artistes.
La musique de Marc Olivier Dupin était belle à écouter. Les décors
étaient magnifiques, tout en mise en abyme. Les décors étaient des décors,
à l'endroit ou à l'envers. La mise en scène du premier acte était
époustouflante, il était impossible de se focaliser sur un point de la
scène tant il se passait de choses en même temps :
funambules
, un bal populaire, du théâtre à l'intérieur du théâtre,
etc. Ce n'était finalement pas plus mal de voir ce premier acte sans les
jumelles. Bien sûr, l'intrigue se noue autour de Garance et de ceux qui la
convoitent : Baptiste, Frédérick, le Comte. Le programme comportait un
véritable entr'acte, c'est-à-dire non seulement une pause entre les deux
actes, mais aussi un mini-spectacle à part entière. Des tracts ont
d'ailleurs été jetés du poulailler pour annoncer une représentation
d'Othello au Théâtre du grand escalier. Ainsi donc, sur
l'escalier de l'Opéra, Desdémone n'en finissait pas d'agoniser. Sur la scène
du théâtre, une répétition du ballet Robert Macaire se tenait.
Le début du deuxième acte se passe toujours dans l'univers du spectacle, avec donc, la création du ballet Robert Macaire de Frédérick Lemaître, qui en est la vedette. À la fin de cette scène merveilleuse, on ne sait plus très bien si on applaudit Frédérick Lemaître et la Ballerine qui viennent saluer ou bien s'il s'agit de Karl Paquette et Sarah Kora Dayanova qui interprètent leurs rôles. Nous sommes à une autre époque qu'au premier acte. Garance a épousé le Comte pour la protection qu'il lui procure et Baptiste a épousé Nathalie qui lui a donné un enfant. En assistant à un spectacle depuis un des fauteuils de l'Opéra (décidément), elle retrouve Baptiste, déguisé en Pierrot, faisant un numéro de pantomime, dont le thème se rapproche curieusement du niveau méta de moins. Il n'a pas d'argent pour acheter un costume au 'chand d'habits, il le poignarde. Quand il débarque au bal du Comte, il porte le costume que son personnage a volé. Garance retombe sous son charme. Le Comte est assassiné par un homme qu'il a humilié. Garance et Baptiste pourraient s'aimer, mais ils sont surpris par un chiffonnier qui est accompagné de Nathalie. Se sentant de trop, Garance part pour ne jamais revenir.
Voilà, c'est superbe, et ça se joue jusqu'au 8 novembre.
Ailleurs : l'avis de Palpatine.
2008-10-24 01:48+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse
Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2008-10-23
Alain Platel, concept et mise en scène
Fabrizio Cassol, musique originale d'après La Passion selon saint Matthieu de J. S. Bach
Hildegard De Vuyst, dramaturgie
Kaat Dewindt, dramaturgie musicale
Peter De Blieck, scénographie
Claudine Grinwis Plaat Stultjes, costumes
Carlo Bourguignon, lumières
Kurt Lefevre, assistant lumières
Caroline Wagner, Michel Andina, son
Moha Zami, régie plateau
Elia Tass, Émile Josse, Hyo Seung Ye, Juliana Neves, Lisi Estarás, Louis-Clément Da Costa, Mathieu Desseigne Ravel, Quan Bui Ngoc, Romeu Runa, Rosalba Torres Guerrero, danse
Laura Claycomb, soprano
Maribeth Diggle, alto/mezzo
Serge Kakudji, contre-ténorj
Magic Malik, chant/flûte
Fabrizio Cassol, saxophone
Michel Hatzigeorgiou, fender bass, bouzouki
Stéphane Galland, tambours, percussions
Airelle Besson, trompette
Krassimir Sterev, accordéon
Michael Moser, violoncelle
Tcha Limberger, violon
Aka Moon
Pitié !
Une des qualités du Théâtre de la Ville est de proposer des prix très modérés, de sorte que l'on en a toujours pour son argent, que le spectacle plaise ou non. Pour 12€, j'aurai donc eu le privilège d'assister depuis le premier rang à un spectacle qui fait davantage rire que pleurer, mais vu le thème censément abordé, ce n'est pas un compliment.
C'est la troisième fois que j'assiste à un spectacle mettant en scène des œuvres de Bach. Ce spectacle était de loin le moins inspiré des trois. La musique de Fabrizio Cassol reprend, déforme et massacre la musique de la Passion selon saint Mathieu de J. S. Bach. Elle est interprétée par un groupe de huit musiciens situés en hauteur en arrière-scène, au cœur du décor Ikea. Le chant est assuré par la soprano Laura Claycomb (que j'avais déjà vue dans le rôle de Gilda), la mezzo-soprano Maribeth Diggle et l'étonnant contre-ténor Serge Kakudji. Des airs, des choraux et mêmes quelques récitatifs se succèdent. Certains sont adaptés de façon non grotesque, mais d'autres sont complètement dénaturés, comme Können Tränen meiner Wangen ou Mache dich, mein Herze, rein. Le plus vilain massacre est celui du chœur final Wir setzen uns mit Tränen nieder. Il est correctement interprété par l'ensemble jazz Aka Moon, mais au moment où s'attend à entendre le chant débutant de belles voix, on entend les dix danseurs gémir de grotesques onomatopées.
Les trois chanteurs ont des costumes noirs, sauf Serge Kakudji qui a un sweat à l'effigie d'un Jésus pourvu de marques sectaires vishnouïstes. Des pansements sur ses mains et pieds semblent figurer les stigmates de la crucifixion. La répartition des voix n'est pas très cohérente puisqu'on a entendu la mezzo-soprano chanter des phrases en principe chantées par Jésus.
Les dix danseurs forment un groupe étonnant. Certains passages sont assez impressionnants, comme le premier solo de type hip-hop. Les corps sont pincés, contorsionnés, s'utilisent les uns les autres de façon bien curieuse, jouissent, se font mal. Ce n'est pas désagréable, mais tout cela n'a pas fichtrement rapport avec l'histoire qu'ils sont réputés illustrer. En outre, je ne vois pas trop l'intérêt de céder à la trivialité qui consiste à faire voir le séant des danseurs.
Un vers de la Bible à été mis en scène de façon indiscutablement spectaculaire :
Matthieu 27:51 : Alors le voile du sanctuaire se déchira en deux, d'en haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent.
En effet, Laura Claycomb a empoigné une grande hache et en a frappé une table. Au moment précis de l'impact, plusieurs rangées de lumières se sont mises à bouger dangereusement au plafond.
Voilà, c'était Pitié ! d'Alain Platel. Ne pas y aller si on aime trop la musique de Bach pour la voir souffrir ; de toute façon, c'est déjà complet...
2008-10-14 21:12+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Théâtre des Champs-Élysées — 2008-10-12
Claire Debono, La Gloire, Phénice, Lucinde (dessus)
Isabelle Druet, La Sagesse, Sidonie, Mélisse (bas-dessus)
Stéphanie d'Oustrac, Armide (bas-dessus)
Nathan Berg, Hidraot (basse)
Marc Mauillon, Aronte, Ubalde (basse)
Marc Callahan, Artémidore (haute-contre)
Paul Agnew, Renaud (haute-contre)
Laurent Naouri, La Haine (basse)
Andrew Tortise, Le Chevalier danois (haute-contre)
Anders J. Dahlin, Un amant fortuné (haute-contre)
Francesca Boncompagni, La Nymphe (dessus)
Violaine Lucas, La bergère héroïque (dessus)
Virginie Thomas, La bergère (dessus)
William Christie, direction musicale
Robert Carsen, mise en scène
Gideon Davey, décors et costumes
Jean-Claude Gallotta, chorégraphie
Robert Carsen et Peter Van Praet, lumières
Les Arts Florissants
Danseurs du Centre Chorégraphique National de Grenoble / Groupe Émile Dubois
Armide, Jean-Baptiste Lully.
Dimanche dernier, j'étais au Théâtre des Champs-Élysées pour une représentation d'Armide, opéra en un prologue et cinq actes de Lully.
Le prologue, panégyrique de Louis XIV et annonce du thème de l'opéra,
est interprété par William Christie et les Arts florissants pendant que les
choristes déguisés en touristes envahissent la salle par diverses portes.
La scène ressemble à l'entrée d'une exposition. On annonce Prochaine
visite à 17h
. La Gloire et la Sagesse (Claire Debono et Isabelle Druet)
entrent sur scène en guides touristiques munies de baguettes et de
télécommande pour vidéoprojecteur pour faire défiler des images du
Roi-Soleil sur la grande toile située au milieu de la scène. On voit un
film d'un groupe de touristes à Versailles, écoutant dans un premier temps
sagement leur guide, puis se mettant à danser en entrant dans la galerie
des Glaces. Ce prologue joyeusement animé par écran interposé par les
danseurs du Centre chorégraphique national de Grenoble (groupe Émile
Dubois) et par nos deux guides et les choristes installés dans la salle me
fait me demander si j'ai bien lu le programme : cela ne ressemble guère à
du Robert Carsen.
Quand le premier acte commence, je retrouve une mise en scène et des décors d'un style plus familier. Un joli fondu enchaîné entre la fin du film projeté et la première scène où Armide, Stéphanie d'Oustrac, se réveille dans un lit à baldaquin. On vante les victoires de la magicienne sur les croisés, mais un guerrier, Renaud (Paul Agnew), lui résiste, il vient d'ailleurs de libérer les prisonniers. Elle promet de se venger.
Au deuxième acte, Armide et son oncle Hidraot convoquent des charmes pour enchanter Renaud. Des nymphes vêtues en rouge et portant des fleurs entourent Renaud qui s'assoupit au milieu de la scène, couverte de fleurs. Par le pouvoir des machinistes, il se trouve surélevé de quelques dizaines de centimètres. Armide arrive avec un poignard pour le tuer, commence l'air Enfin, il est en ma puissance. Quand elle le voit, elle en tombe amoureuse et renonce à le tuer.
Entr'acte. Armide ne pense pas être aimée de Renaud. Elle croit ne pouvoir le divertir de ce sentiment que par magie. Elle convoque la Haine (Laurent Naouri) pour se défaire de son amour pour lui. La Haine et sa suite, vêtus de rouge, interviennent. Au dernier moment, Armide renonce aux pouvoirs de la Haine et prend refuge dans l'Amour. Les membres de la suite de la Haine embrassent goulûment l'héroïne.
Le quatrième acte est très curieux. Ubalde et le Chevalier danois sont chacun à son tour perturbés dans leur recherche de Renaud par l'apparition d'une nymphe enjôleuse. Pendant que l'un est charmé, l'autre utilise une arme magique pour défaire la nymphe de son pouvoir charmeur.
Au dernier acte, Armide et Renaud sont devenus amants. Armide craint que Renaud ne lui préfère la Gloire et le laisse sous le charme des plaisirs. Les deux compères du quatrièmes actes retrouvent Renaud et le libèrent du pouvoir d'Armide. Renaud s'habille (en rouge) et répond à l'appel de la guerre. Armide revient (en gris) et le maudit.
Si j'ai toujours un peu de mal avec les opéras baroques en français, j'ai passé un bon moment. J'ai revu avec plaisir Paul Agnew et Laurent Naouri. Après vérifications dans mes archives, si j'avais déjà entendu Stéphanie d'Oustrac dans plusieurs rôles secondaires d'Alceste (en version oratorio), je ne l'avais jamais vue dans un rôle principal. J'ai particulièrement apprécié son jeu et son chant dans l'air final du deuxième acte.
La dernière est samedi prochain. Elle sera diffusée en direct sur France Musique.
En rentrant, mon RER B est bloqué à Laplace en raison d'un accident
grave de voyageur
(en clair : un suicide). Je continue à pieds. Trois
stations plus loin, à Bourg-la-Reine, je trouve un RER pour
Massy-Palaiseau, puis un autre pour Orsay.
2008-10-09 23:05+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra
Je viens enfin de finir d'écouter mon intégrale Brilliant de Wolfgang Amadeus Mozart. Il m'aura fallu 1074 jours pour cela, c'est-à-dire un peu moins de trois ans. Voici le graphique de ma lente progression (le nombre de jours depuis l'acquisition en abscisse et en ordonnée le pourcentage écouté à cette date) :
Je l'ai écoutée essentiellement dans l'ordre chronologique de composition, à savoir dans l'ordre du catalogue Köchel. Ce qui m'a beaucoup ralenti, voire bloqué, surtout au début, étaient les opéras, franchement pas très intéressants. J'ai un peu accéléré le rythme d'écoute il y a un an, et il y a quelques semaines, pressé d'arriver au bout, je me suis presque infligé une sorte d'anti-traitement Ludovico. À partir des Noces de Figaro, les opéras de Mozart deviennent tout à fait supportables à mon goût ; j'ai hâte de voir une représentation de La Flûte enchantée.
Comme je le disais il y a trois ans, je n'ai pas acheté cette intégrale par goût. J'avais juste envie de connaître un peu mieux ce compositeur. J'estimais alors qu'il était moins ruineux d'acheter l'intégrale qui venait de sortir que d'acheter isolément tels ou tels symphonies, concertos ou opéras. À la fin de cette écoute, je suis toujours très loin de considérer Mozart comme un de mes compositeurs préférés.
⁂
J'ai encore en réserve une bonne quarantaine d'heures de CD non écoutés, parmi lesquels quelques opéras et oratorios :
Il paraît que je suis discolique.
2008-10-02 22:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique
Salle Pleyel — 2008-09-30
Jean-Guilhen Queyras, violoncelle
Orchestre des Champs-Élysées
Philippe Herreweghe, direction
Symphonie nº94 La Surprise
(Haydn)
Concerto pour violoncelle en ut majeur (Haydn)
Sarabande de la deuxième suite pour violoncelle (Bach)
Symphonie nº3 Héroïque
(Beethoven)
Mardi soir, j'étais salle Pleyel pour le concert de l'Orchestre des
Champs-Élysées, dirigé par Philippe Herreweghe. Jusques alors, je le
connaissais surtout comme le chef du Collegium Vocale Gent pour avoir
assisté à quelques concerts où des cantates de Bach étaient au programme.
D'après Wikipédia,
le répertoire de l'Orchestre des Champs-Élysées va de Haydn à Mahler.
Justement, mardi, les deux premières œuvres au programme étaient de Haydn.
Je ne connaissais pas du tout ce compositeur, si ce n'est que j'avais
vaguement entendu dire qu'il avait inspiré Mozart. Je découvris la
symphonie La Surprise
et le concerto pour violoncelle en ut majeur
et fut très étonné qu'ils me plussent autant. Avant l'entr'acte, le
violoncelliste Jean-Guilhen Queyras nous a gratifiés de la Sarabande de la
deuxième suite de Bach. La troisième symphonie de Beethoven constituait la
deuxième partie du programme. Parmi toutes les symphonies de Beethoven, la
troisième est de très loin celle que j'ai écoutée le plus souvent. Certains
diront que c'est de la musique militaire, mais c'est quand même très
beau.
⁂
Salle Pleyel — 2008-10-01
June Anderson, soprano
Orchestre National Bordeaux Aquitaine
Paolo Olmi, direction
Bel raggio lusinghier et Dolce pensiero de Semiramide (Rossini)
Ouverture du Voyage à Reims (Rossini)
Casta diva et Sinfonia de Norma (Bellini)
Ah, non credea et Ah, non giunge de La sonnambula (Bellini)
Mia madre et Ave Maria d'Otello (Verdi)
L'Automne, musique de danse des Vêpres siciliennes (Verdi)
Al doce guidami et Coppia iniqua d'Anna Bolena (Donizetti)
Mio babbino caro de Gianni Schicchi (Puccini).
Hier, je suis retourné dans cette salle pour un récital de June Anderson. Un rhume naissant m'a un peu angoissé : mes voies respiratoires seraient-elles suffisamment fonctionnelles pour éviter aux autres spectateurs de devoir souffrir le fait que je tousse pendant les airs ? Le rhume a repris de plus belle depuis, mais pendant le concert, je n'ai pas eu de souci de ce côté-là.
La soprano était accompagnée de l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine,
dirigé par Paolo Olmi. Au cours du concert, plusieurs œuvres orchestrales
issues d'opéras ont été jouées : l'Ouverture du Voyage à Reims de
Rossini, le Sinfonia de Norma de Bellini et l'étonnante musique de
danse des Vêpres siciliennes de Verdi. La part restant pour le
chant de la soprano n'était pas aussi importante que je l'eusse souhaité.
Heureusement, ce fut quand même plus long que ce que le programme
indiquait : le concert a fini trois quarts d'heure après les 21h30
annoncées. June Anderson a donc interprété des airs de Semiramide (Rossini)
que je ne connaissais pas, puis l'air très connu Casta diva de
Norma. Elle est revenue pour les deux airs finaux de La sonnambula
de Bellini. J'affectionne tout particulièrement l'air final Ah, non
giunge uman penseiro. Cet opéra présente la caractère inhabituel de se
bien finir. Amina se réjouit de ce qui lui arrive. La soprano chante les
deux strophes normalement
, puis recommence en insérant des
ornementations tout à fait charmantes. Après l'entr'acte, June Anderson a
chanté quelques airs d'Otello (Verdi) et d'Anna Bolena
que je n'avais jamais entendus. Bien sûr, elle a été ovationnée tout au
long du récital et a interprété un air supplémentaire (que je n'ai pas
identifié).
C'était la première fois que j'allais à un tel récital. Si June Anderson est évidemment sur le déclin, vu son âge, elle semblait parfaitement maîtriser son art et susciter l'émotion de ces airs d'opéra. Si ce n'était pas à tomber par terre, c'était malgré tout très bien.
2008-09-28 23:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne
Cité de la musique — 2008-09-28
Vingt-quatre heures du râga. L'Inde : le jour.
Sheik Mahaboob Subahani Sheik Meera Saheb, nadhaswaram
Sheik Kale Eshabimahaboob Sheikmahaboob Subhani, nadhaswaram
Govindarajan Rajamannar, tavil
Sankar Manickam, tavil
Musique rituelle des temples (Inde du Sud)
Ensemble Tala Vathyam
Srikanth Venkataraman, violon
Sri Naga Siva Venkata Subbaraya Phal Parupalli, mridangam
Sukanya Ramgopal, gattam
Panwar Koshal Kumar, tabla
Ensemble rythmique
Neena Prasad, danse
Madhavan Nampoothiri Cheerakattu Parameswaran, chant
Satheesan Paliyam Parambil Madhavan, mridangam
Narayanan Muraleekrishnan Pazhangapparambilvadakkemana, vînâ
Krishnakumar Thrikkur Madom Anatharaman, edaka
Danse mohiniattam du Kerala
Shashank Subbu, flûte
Srikanth Venkataraman, violon
Sri Naga Siva Venkata Subbaraya Phal Parupalli, mridangam
Sukanya Ramgopal, gattam
Flûte bansuri (Inde du Sud)
Sudha Ragunathan, chant
Skanda Subramanian Sundarajan, mridangam
Kannan Sadagopan, violon
Raman Ramakrishnan, morsing
Chant carnatique (Inde du Sud)
Divana
Barkat Khan, chant
Anwar Khan, chant
Mehruddin Langa, satâra, sarangui, morchang
Ghewar Khan Manganiar, kamanchiya
Firoze Khan Manganiar, dholak
Gazi Khan Barana, direction, kartâl
Chant du Rajasthan
Kaushiki Chakraborty, chant khyal et thumri
Vijay Gathe, tabla
Hiranmay Mitra, harmonium
Chant khyal et thumri
Ajay Rathore, danse
Aditi Jain, danse
Jyoti Bharti Goswami, tarant
Ramesh Meena, chant, harmonium
Panwar Koshal Kumar, tabla
Danse kathak de Jaipur
Gundecha Brothers
Ramakant, Umakant Gundecha, chant dhrupad
Akilesh Gundecha, pakhawaj
Nirant Gundecha, tanpura
Chant dhrupad
Je reviens des vingt-quatre heures du râga, qui ont commencé hier à 18h. Ce programme audacieux de la Cité de la musique était divisé en deux parties : Nuit, Jour. Sur les neuf spectacles présentés dans chacune des deux parties, sept étaient communs, je n'ai donc pas jugé utile de suivre les deux programmes !
Je me suis donc levé à une heure invraisemblable pour arriver un peu avant 7h à la Cité de la Musique, porte de Pantin, où j'allais pour la première fois. Les alentours de la salle des concerts sont sobrement décorés à l'indienne. J'hallucine un peu en voyant passer devant moi un marchand ambulant de CD ayant quelques difficultés d'expression, ou comment donner aussitôt l'illusion que l'on se trouve sur un autre continent ; en fait, il s'agit d'un musicien d'un groupe rajasthani qui va se produire. Le contrôle est très moderne : l'ouvreur passe un lecteur de codes-barres sur le billet. Évidemment, mon billet fait bugger le système. On n'arrête pas le progrès.
Entre la scène et la première rangée de fauteuils sont disposés des tapis sur lesquels les plus audacieux s'asseyent. Si j'avais su, j'eusse apporté un coussin. Victime du grand ordinateur Shadok, je dois m'installer au deuxième rang. Vu la taille de la salle, dans les configurations usuelles, je suppose qu'à peu près toutes les places doivent être correctes (à moins d'avoir un basketteur devant soi). Les sièges sont très confortables, en tout cas, bien plus que dans un certain nombre d'autres salles parisiennes.
Les groupes se succèdent : musique rituelle des temples (nadaswaram et tavil), ensemble rythmique, danse mohiniattam du Kerala, flûte bansuri, chant carnatique, chant du Rajasthan, chant khyal et thumri, danse kathak de Jaipur, chant dhrupad. Le programme est très chargé : dix heures de spectacles, deux pauses d'un quart d'heure. La première pause d'un quart d'heure a d'ailleurs été quasi-absorbée par le retard accumulé dans la matinée. J'avais à peine fini mon plateau de samosas et mon lassi quand le spectacle suivant commença.
Ne connaissant pas très bien la musique classique indienne,
j'appréhendais un peu cette journée, par peur de m'ennuyer. Dans
l'ensemble, tout cela était très écoutable. J'ai découvert deux autres
styles de danse : le mohiniattam et le kathak. J'avais déjà entr'aperçu un
peu de kathak à Allahabad, mais cela ne compte pas. Le
mohiniattam semble avoir quelques similitudes avec le bharata-natyam, un
autre style de danse du Sud de l'Inde, mais paraît un peu moins compliqué
et d'exécution moins rapide. La première différence que j'ai remarquée avec
le kathak, c'est que dans cette dernière danse, les danseurs font beaucoup
de pirouettes. L'ensemble des danseurs kathak comportait deux danseuses
(d'âges très différents) et un jeune danseur. Le peu de cohésion entre les
danseurs, leurs manières d'entrer et sortir de scène (ou plutôt de n'en pas
sortir quand il conviendrait) ne faisait pas très pro
(contrairement
aux sept spectacles qui avaient précédé). Ensuite, est venu un entr'acte
musical qui s'est achevé par le son de grelots de cheville approchant. Dans
leur nouveau costume, les trois danseurs ont présenté une deuxième partie
de spectacle bien plus enthousiasmante que la première.
Je n'ai pas encore fait toute la lumière sur le mystère du tampura. Le
son de cet instrument est très important dans la musique classique
indienne, pourtant, on ne le voit pas si souvent en scène. Il s'agit d'un
instrument à cordes. Chacune des cordes est librement actionnée à tour de
rôle, ce qui produit un son métallique fluctuant continûment de façon
curieuse. Si on faisait la même chose avec un violon, on entendrait quatre
notes qui se suivent. Là, toutes les notes se mélangent... Les
instrumentistes de tampura joueront la même suite de notes pendant de
longues dizaines de minutes consécutives et auront tendance à s'ennuyer
ferme. Certains ont eu l'idée de les remplacer par des machines : de fait,
beaucoup d'ensembles utilisent un objet électronique qui ressemble de loin
à un vieux transistor. Il permet de synthétiser les combinaisons dont ils
ont besoin. Ce matin, le joueur de bansuri n'a pas utilisé une de ces
machines, mais son ordinateur portable pour ce faire. S'excusant de ce
qu'il soit difficile de transporter des tampura, il a utilisé un
enregistrement de cet instrument (en insistant pour dire que c'est du real sound
). Le dernier ensemble de la journée comprenait
deux joueurs de tampura, et pourtant, le leader a utilisé au début une
machine, semble-t-il pour accorder les instruments, mais il me semble qu'il
ne l'a jamais éteinte, bizarre.
Dans l'ensemble, les spectacles étaient bons voire très bons. Un d'entre eux m'a semblé excellent. C'était celui de Sudha Ragunathan, qui était accompagnée d'un violon, d'un mridangam (percussion) et d'un morsing (guimbarde). Avant chaque pièce, elle a fait l'effort d'expliquer sa structure et le sens du texte (ce n'était pas le cas par exemple du groupe de chanteurs du Rajasthan, je n'ai pas le début du commencement d'une idée sur ce que signifiaient leurs chansons). Plutôt que d'essayer de décrire de la musique carnatique de Sudha Rahunathan, je renvoie à YouTube.
Vers 17h, il ne restait plus qu'un seul spectacle d'une heure. Je me disais que j'y étais presque, qu'il ne restait plus qu'une heure. La mise en place du dernier ensemble (chant dhrupad) a pris pas mal de temps. Les maestros ont mis un temps fou à accorder les deux tampuras. Une gorgée de thé. Ensuite, ils ont eu un petit problème technique. Nouvelle gorgée de thé. Le machiniste intervient. Gorgée de thé. Pendant ce temps-là, le public cache son impatience. Il ne sait peut-être pas encore que ce dernier spectacle est le plus exigeant et austère de tous et que pour tenir jusqu'au bout, il faudra faire des efforts. Pendant plus de trois quarts d'heure, les deux chanteurs ne sont accompagnés que par le son des tampuras. Le chant évolue tout doucement, quand on croit que l'on va avancer un petit peu, non, on revient en arrière, une petite gorgée de thé au passage (il doit être froid maintenant, mais est-ce bien du thé ?). Tiens, le joueur de pakhawaj (percussion) se dégourdit les doigts, jouera, jouera pas ? allez encore dix minutes à attendre. Je commence franchement à m'ennuyer et à la fin de chaque phrase musicale désespère de constater que ce n'est pas une fin. Ce n'est pas que ce soit désagréable à entendre, non, mais c'est juste trop long pour moi. 18h25, le groupe a très largement dépassé son temps. Applaudissements du public qui a réussi à tenir jusqu'au bout. Applaudissements un tout petit peu trop enthousiastes, parce que, profitant de ce que nous sommes arrivés à la fin du programme, le groupe a le champ libre pour sacrifier à la tradition des rappels. Quand j'ai vu que les tampuras en étaient à se faire réaccorder (ce qui prendrait bien cinq minutes par instrument), j'ai lâchement fui.
PS: (2 octobre) Les vingt-quatre heures du râga ont été diffusées en direct sur Internet. Je viens de recevoir un mail de la Cité de la Musique m'informant que l'on peut revisionner ce programme en intégralité jusqu'au 30 octobre. Apparemment, il faudrait un système d'exploitation de la firme de Redmond pour ce faire, mais c'est assez facilement circumambulable... Enjoy!
2008-04-11 08:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne
Je ne sais pas ce qui se passe cette année, mais par rapport aux années précédentes, j'observe un inquiétant nombre de spectacles annulés parmi ceux que j'avais réservés.
Au Théâtre du Châtelet, sur les cinq spectacles de mon abonnement, deux ont été annulés, pour des raisons en apparence assez futiles d'après les lettres envoyées par le Théâtre pour informer ses abonnés. Je n'ai donc pas pu voir Howard Shore diriger la suite pour orchestre Le Seigneur des Anneaux en raison de la création mondiale de l'opéra The Fly du même compositeur. Où donc ? Au théâtre du Châtelet ! La Flûte enchantée dirigée par Jean-Christophe Spinosi est annulée parce que l'enregistrement des concerts qui était prévu initialement a été annulé.
J'ai lu hier dans Le Monde que, souffrant, Ravi Shankar a annulé les deux concerts programmés à Paris. Ce matin, je vois un mail de la Salle Pleyel m'informant qu'Anna Caterina Antonacci sera remplacée par Marguerite Krull pour le concert rossinien de dimanche prochain ; bien sûr, j'avais réservé ce concert parce que c'était A. C. Antonacci qui avait le rôle d'Elisabetta...
Je ne compte pas les grève à l'Opéra de Paris et à la RATP qui m'ont empêché de voir l'opéra Tosca, fût-il en version de concert. Je ne compte pas non plus les quelques modifications de distributions survenues inopinément sans que la qualité du spectacle en souffrît. Malgré deux solistes remplacés au dernier moment, la représentation de La messe en si mineur par le Concert Spirituel dirigée Hervé Niquet que j'ai vue à la Salle Pleyel cette année est celle que j'ai préférée.
2008-01-13 15:58+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures
Gaveau — 2008-01-11
Cornelia Samuelis, Soprano
Carlos Mena, Alto
Markus Schäfer, Ténor
Thomas Bauer, Basse
Orchestre Baroque de Séville
Chœur Arsys Bourgogne
Pierre Cao, direction
Le Messie, HWV 56, Händel.
Avant-Hier avant l'aube, queue à Bastille après une trop courte nuit pour acheter ma place pour une représentation de Luisa Miller en compagnie de quelques prosélytes lyriques et en bénéficiant des fruits secs de Madame Abricot. À midi, un bon biryani pour me remettre d'aplomb pour travailler en bibliothèque. Le soir, je me rends à la salle Gaveau pour un concert. Je croyais que celui commençait à 19h30. Arrivé à 19h, le hall était ouvert, mais personne en vue, ce qui était bizarre. Je vois alors passer quelques petits groupes : des chanteurs solistes que je reconnais, un chef d'orchestre (qui dirige aussi le chœur) sortent du bâtiment, j'entends parler espagnol, français, allemand. Étrange pour une formation qui est censée être sur scène dans moins d'une demi-heure.
Je vérifie mon billet : le spectacle ne commence qu'à 20h30. Je me replonge dans Les Hauts de Hurle-Vent pour quelques dizaines de minutes et m'installe à ma place dès que les organisateurs des concerts Philippe Maillard et le contrôle se sont mis en place. Un jeune homme accorde le clavecin avec application. C'est ensuite au tour des deux violoncelles et de la contrebasse de faire de même. La salle se remplit. Quand c'est l'heure, l'orchestre baroque de Séville puis le chœur Arsys Bourgogne prennent place. Le chef Pierre Cao, sobrement habillé de noir prend place devant son pupitre et commence à diriger Le Messie de Händel.
C'était hier la quatrième fois que j'assistais à une représentation de cette œuvre, et c'est celle qui m'a le plus enthousiasmé. Les conditions d'écoute étaient particulièrement bonnes pour moi. Vers le centre du deuxième rang, j'étais suffisamment loin pour n'avoir pas besoin de parapluie pendant les airs de solistes, mais suffisamment près pour pouvoir presque entendre individuellement chaque instrument (l'effectif de l'orchestre étant plutôt modéré), chaque voix de l'ensemble, et pénétrer les moindres mouvements respiratoires du premier violon.
Je ne suis en général pas un grand admirateur des voix d'altos masculines, à part peut-être celle de Philippe Jaroussky. Je préfère largement les voix féminines pour les cantates de Bach. Pour les oratorios anglais, je ne sais pas pourquoi, mais cela me choque moins. Hier, l'alto était Carlos Mena. Quand il se positionnait à la gauche du chef pour ses airs, j'avais une vue contre-plongeante de cet homme situé juste en face de moi. J'ai beaucoup apprécié sa voix claire (bien que je n'eusse pas réécouté Le Messie depuis près d'un an, le texte anglais m'était parfaitement intelligible quand il chantait). La basse Thomas Bauer, que j'ai souvent eu l'occasion d'entendre dans des cantates de Bach était dans un très bon jour. Je découvrais la soprano Cornelia Samuelis, dont l'air I know that my Redeemer liveth au début de la troisième partie était merveilleux ; je n'avais jamais vu un visage se rosir autant par l'afflux de sang déclenché par le chant. J'ai un peu moins aimé le ténor Markus Schäfer. Concernant le chœur Arsys Bourgogne, parmi lequel je reconnaît quelques visages d'une fois sur l'autre, ce n'est pas demain que je cesserai de l'apprécier.
2007-10-17 18:31+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Lectures — Culture indienne — Cuisine — Photographies
Il y a une dizaine de jours, j'ai commencé à lire l'Iliade. J'en suis arrivé à la moitié, c'est-à-dire à la fin du douzième chant de l'épopée qui en comprend vingt-quatre. Je ne suis pas extraordinairement enthousiasmé par ce que je lis. Parmi mes autres lectures, je ne peux comparer cette œuvre qu'à la traduction française du Ramayana que j'ai lue, et c'est comme si on en avait gardé que le sixième chant, consacré à la guerre proprement dite opposant d'une part Rama, Laksmana et les singes et d'autre part Ravana et les raksasa. La traduction que je lis est rythmée par blocs de six, douze ou dix-huit syllabes, au prix de quelques contorsions syntaxiques, ce qui me semble moins plaisant à lire que l'élégante traduction du Ramayana que j'ai lue. J'espère que l'Odyssée me plaira plus que l'Iliade. D'ailleurs, après l'Iliade, j'enchaînerai peut-être avec l'Énéïde plutôt qu'avec l'Odyssée.
Je suis allé écouter les quatre saisons de Vivaldi par Sarah Chang et le
English Chamber Orchestra à la salle Pleyel. Je n'en ai pas non plus été
très enthousiasmé. En première partie, il y avait un Divertimento
de
Bartok qui ne m'a guère enchanté, mais ça, je m'y attendais.
J'ai toujours plus d'une centaine de disques non encore écoutés. Je viens cependant de franchir le premier tiers de mon écoute de l'intégrale Brilliant de Mozart. Je l'écoute dans l'ordre des numéros d'une des versions du catalogue Köchel, c'est-à-dire approximativement dans l'ordre chronologique de la composition. Au numéro KV 196, je me suis retrouvé face à cet enregistrement techniquement grotesque de La Finta Giardiniera. On passe son temps à entendre des bruits de pas, des chanteurs toussant discrètement ou prenant de grandes inspirations. Le plus ennuyeux, ce sont les bruits de pas, et c'est grâce à ces derniers que mon ancien collocataire reconnaissait cet opéra lors de nos blindtests réguliers.
J'ai testé une recette de Pav Bhaji, un plat faits de pommes de terres, poivrons, tomates, petits pois, oignons et un mélange d'épices. Le résultat était convenable et conforme à ce que j'ai vu en Inde, bien qu'il ne ressemblât point à la photo de l'emballage du Pav Bhaji Mix (où les pommes de terres sont découpées en morceaux tandis que la recette dit de les écraser...). En le préparant, j'ai senti que le parfum d'une épice dominait un peu trop les autres et me suis rendu compte avec horreur qu'il s'agissait d'anis, dont je n'apprécie pas du tout le parfum. Il faudra que je trouve un Pav Bhaji Mix sans anis ou que je prépare moi-même ce mélange.
Demain, il y a une grève, donc, pas de cantine, et je ne sais pas si je pourrai ouvrir la porte de la salle pour mon TP de calcul formel...
Ah, et puis, cela fait une éternité que ma demande d'abonnement à Free en est à l'étape nº1.
2007-09-22 19:27+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Lectures — Culture indienne — Mathématiques
Hier, réveil à 4h pour prendre un des premiers RER pour Paris et faire la queue à l'opéra Bastille en compagnie de quelques autres prosélytes lyriques.
Je m'étais promis de ne pas entrer dans une librairie avant d'avoir réduit significativement la taille de ma PAL (63 livres), mais je suis ensuite allé chez Gibert, et suis reparti avec le Paperback Oxford English Dictionary et La maison et le monde de Tagore auquel il est fait référence dans le nouveau roman d'Ananda Devi, Indian Tango, ma lecture du moment.
J'ai passé mon après-midi à la bibliothèque de l'École normale supérieure, à laquelle j'ai encore accès. Je n'étais entré dans les nouveaux locaux de celle-ci qu'il y a un an pour renouveler ma carte de lecteur. Malgré les échos négatifs que j'avais entendus à son sujet, j'ai trouvé ce nouvel espace très agréable pour travailler.
Dans la soirée, je me suis rendu au Théâtre des Champs-Élysées pour
écouter un concert du Staatskapelle de Dresde. Cet orchestre a interprèté
le concerto pour piano nº5 de Beethoven avec Hélène Grimaud, puis le poème
symphonique Une vie de héros de Richard Strauss. J'aime beaucoup
ce concerto de Beethoven, et l'entendre pour la première fois en
vrai
était un vrai plaisir. Le poème symphonique de Strauss me faisait
un peu plus peur, et les dix premières minutes (l'œuvre dure environ 45
minutes) n'ont pas altéré ce sentiment. Cette musique m'a semblé
extrêmement saccadée, stressante et presqu'oppressante (le volume sonore
émis par cet orchestre était important). Puis, vers le milieu, le style m'a
semblé se rapprocher de ce que j'arrive à apprécier dans la musique de
Strauss que j'ai écoutée jusqu'à présent (pas grand chose en dehors de
Ainsi parlait Zarathoustra et Vier letzte Lieder), ce qui
m'a soulagé.
Pour le retour, des relents d'alcool dans la RER B, la présence de supporters de l'équipe d'Irlande aidant...
2007-05-30 19:58+0200 (Grigny) — Culture — Musique — Opéra — Culture indienne
Ma collection de disques vient de franchir un nouveau cap dans la démesure : 700 CD. Le sept-centième est le dernier album de Keren Ann. Les prochains, en cours d'acheminement, devraient être une version de l'opéra-ballet Padmâvatî de Roussel (qui sera mis en scène l'an prochain au théâtre du Châtelet par Sanjay Leela Bhansali) et puis un enregistrement de l'opéra Lakmé de Delibes dirigé par Michel Plasson, avec Natalie Dessay.
Quelques statistiques :
2007-03-29 00:39+0200 (Grigny) — Culture — Musique
Théâtre du Châtelet — 2007-03-28
Luca Pisaroni, Jésus
Pavol Breslik, L'Évangéliste
Emma Bell, Soprano
Andreas Scholl, Alto
Finnur Bjarnason, Ténor
Christian Gerhaher, Basse
Simon Kirkbride, Pilate
Richard Savage, Saint Pierre
Benoît Maréchal, Saint Jean
Jeremy Budd, Servus
Aurore Bucher, Ancilla
Lucinda Childs, Danse
Orchestre et chœur du Concert d'Astrée
Emmanuelle Haïm, direction musicale
Denis Comtet, chef de chœur
Robert Wilson, mise en scène, décors, lumières et chorégraphie
Frida Parmeggiani, costumes
Ellen Hammer, dramaturge
Jean-Yves Courrègelongue, collaborateur à la mise en scène
Christophe Martin, collaborateur aux décors
Urs Schönebaum, collaborateur aux lumières
Suzanne Pisteur, maquillages, coiffures
La Passion selon Saint Jean, BWV 245, Johann Sebastian Bach.
Je reviens du théâtre du Châtelet où avait lieu la première
représentation de la Passion selon Saint Jean de Bach avec le Concert
d'Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm. Quand j'avais acheté ma place il y a
quelques mois depuis le site
Internet du théâtre, j'avais été intrigué de la présence d'une ligne
mise en scène : Robert Wilson
dans la description de ce
spectacle.
Cela devait être très différent de la version à laquelle j'avais assisté
l'année dernière. La salle était configurée comme pour un
opéra : l'orchestre était dans la fosse. Le chœur entre sur
scène pour le chœur introductif Herr, unser Herrscher
. Les costumes
blancs des membres du chœur sont très contemporains : très longues manches,
cheveux cachés sous un couvre-chef intermédiaire entre celui d'un
chirurgien et une toque de chef cuisinier. De part et d'autre de la scène
arrivent l'évangéliste et une danseuse habillée d'une robe blanche ayant
une longue traîne, qui se meuvent très lentement devant le chœur. La danse
n'en était pas vraiment une, je n'ai vu que des mouvements mécaniques
(beaucoup plus que lors de ma première rencontre avec la
danse contemporaine), je n'en ai pas vraiment saisi l'intérêt.
Mettre en scène cette œuvre est une démarche assez étonnante. En effet,
l'évangéliste raconte ce qui arrive à Jésus, dit : Jesus
antwortete (deux points, ouvrez les guilements)
, et Jésus
répond. Dans un opéra ou une pièce de théâtre, on n'a pas besoin de
narrateur : les personnages jouent la scène et s'expriment directemnet.
Comme il serait très périlleux de toucher au texte et à la musique des
récitatifs, ce type d'œuvre est difficile à mettre en scène... Ce soir, les
chanteurs et comédiens ont fait beaucoup de sur place : ils faisaient un
mouvement, s'arrêtaient brutalement de bouger au moment où l'évangéliste
reprenait son discours, et ainsi de suite. Les solistes ont rencontré un
autre écueil. Dans une représentation de type oratorio
, les
chanteurs tiennent dans les mains leur livret ; pour un opéra, les
interprêtres n'ont pas cet artifice. Il semblerait que le metteur en scène
(Robert Wilson) ait décidé de mettre à profit ces mains libres et de leur
faire faire des gestes mécaniques un peu grotesques. Je passe sur Jésus qui
n'a eu à aucun moment les bras en croix, est resté immobile une bonne
demi-heure après avoir dit que tout était accompli, puis, mort, a trouvé
des forces pour s'avancer de quelques mètres pour s'enfoncer dans une
trappe. Cependant, il y aussi de très bonnes choses : le chœur s'est placé
alternativement à différents endroits de la scène de façon très judicieuse.
Bref, je ne suis pas très emballé par la mise en scène.
Concernant le chant, j'ai trouvé le chœur vraiment très bon. Les solistes m'ont semblé plus inégaux. L'évangéliste, Pavol Breslik, a fait une excellente prestation, de même que la soprano Emma Bell et Jésus (Luca Pisaroni, dont la diction en allemand n'est cependant pas irréprochable). D'autres solistes m'ont décu, notamment par le faible volume de voix, en particulier pour l'alto Andreas Scholl. Le plaisir d'écouter l'orchestre est un peu atténué par le fait qu'on ne le voit pas (surtout depuis les derniers rangs des fauteuils d'orchestre).
À part ça, un des problèmes du théâtre du Châtelet, c'est qu'il se trouve au-dessus de la station de métro/RER du même nom : trop souvent, on ressent des vibrations issues du sous-sol. Le public comportait un nombre inhabituellement grand de pénibles : sonneries de téléphones portables, toussotements, interminables bruits de béquilles ! Malgré tout ça, je ne suis pas trop déçu : la musique était convenable.
2006-12-20 20:25+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Lectures
Théâtre des Champs-Élysées — 2006-12-19
Kristina Hansson, Soprano
Clare Wilkinson, Alto
Emiliano Gonzalez-Toro, Ténor
Henk Neven, Basse
Chœur de chambre de Namur
Jean Tubery, direction
Les Talens Lyriques
Christophe Rousset, direction
Oratorio de Noël (cantates 1, 2, 3, 6), BWV 248, Johann Sebastian Bach.
Comme l'année dernière (et les trois années précédentes), je suis allé écouter l'Oratorio de Noël de Bach au Théâtre des Champs-Élysées. J'ai beaucoup aimé cette version, dirigée par Christophe Rousset. Les solistes, plutôt jeunes, étaient assez bons. L'Évangéliste et la soprano, extrêmement concentrés, étaient impeccables. L'alto était visiblement intimidée lors de son premier air Bereite dich, Zion, mit herrliche