Danse

Le Ballet royal du Danemark à Garnier

2012-01-11 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2012-01-10

Ballet royal du Danemark

Orchestre Colonne

David Levi, direction musicale

Sorella Englund, Nikolaj Hübbe, chorégraphie et mise en scène d'après August Bournonville (Napoli ou le Pêcheur et sa Femme)

Edvard Helsted, Holger Simon Paulli, Hans Christian Lumbye, musique des actes I & III

Louise Alenius, musique de l'acte II

Maja Ravn, scénographie et costumes

Mikki Kunttu, lumières

Camilla Hübbe, adaptation dramaturgique

Anne Marie Vessel Schlüter, Claire Still, assistantes à la mise en scène

Ulrik Birkkjær, Gennaro, un jeune pêcheur

Mette Bødtcher, Veronica, une veuve

Susanne Grinder, Teresina, sa fille

Andrew Bowman, Golfo, mauvais génie des eaux marines

Napoli, ballet en trois actes

Je sors peu enthousiaste de la dernière représentation de la compagnie du Ballet royal du Danemark à Garnier dans le ballet Napoli, créé en 1842 par August Bournonville et présenté ici dans une version remaniée en 2009 (avec en particulier une musique nouvelle dans le deuxième acte).

Au premier acte, on ne danse pratiquement pas. À part quelques petits passages à deux entre les personnages de Teresina et Gennaro et d'autres pour des petits groupes de danseuses ou de danseurs, il n'y a que de la pantomime. (J'ai pensé comme Jean-Pierre Papin il y a quelques décennies dans les Guignols : Mais quand est-ce qu'ils chantent ?.) La mère de Teresina n'apprécie guère que Gennaro s'approche de sa fille, qui se chamaille parfois avec lui quand il semble intéressé par une autre jeune femme. Les gestes des danseurs paraissent artificiels, exagérés. Les quelques pas de danse manquent souvent de fluidité. Le peu de variété dans les petits sauts effectués par les danseurs devient rapidement lassante. Heureusement, mon intérêt est ranimé vers le milieu de l'acte par l'insertion dans la musique d'un extrait du Barbier de Séville de Rossini (l'air de la calomnie).

L'ambiance change radicalement au deuxième acte. À la fin du premier acte, Teresina s'était noyée (je n'ai pas vu comment, c'était dans un angle mort) et encouragé par une passante énigmatique Gennaro s'était décidé à plonger pour la sauver. La jeune femme se retrouve inanimée au centre de la scène vaporeuse où résident les naïades. On ne sait pas très bien si on est dans Giselle, Orphée et Eurydice, Le Sacre du printemps ou au Venusberg. La jeune femme est en effet entourée de naïades qu'elle va peut-être devoir rejoindre, un monstre marin ayant prévu d'en faire sa créature. Bien sûr, Gennaro arrive (guitare à la main) et sort son amie de là. Pour cela, il lui suffit de donner à Teresina son amulette pour qu'elle reprenne ses esprits et décide de repartir avec lui. Le monstre marin ne proteste même pas ! Très esthétique, ce deuxième acte se laisse bien regarder, même si la chorégraphie du personnage du monstre marin ne me convainc guère. La musique, jouée par l'Orchestre Colonne, m'a en revanche beaucoup plu (avec des voix spatialisées pour représenter les grognements du montre).

Au troisième acte, de nombreux solos et ensembles accompagneront les célébrations du retour des amoureux. Du point de vue de la danse, c'est plus intéressant que tout ce qui aura été vu jusque là, mais le divertissement semble très artificiel (comme cela peut être aussi le cas dans d'autres ballets, comme Paquita). Il ne s'agit que de danse pure qui n'exprime rien d'autre que la joie.

Bref, du point de vue narratif, c'est assez léger et naïf (comme le sont les projections animées utilisées comme décor de fond de scène). Aucune réelle émotion ne se fait ressentir, et à part peut-être au troisième acte, aucun passage n'est véritablement éblouissant techniquement. Heureusement, il y avait l'Orchestre Colonne !

Ailleurs : Le petit rat, Danses avec la plume, Blog à petits pas, Musica Sola, Palpatine, Mimy la souris.

Lien permanent — Commentaires


Bilan 2011

2011-12-25 22:22+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Lectures — Culture indienne

L'année dernière, après en avoir vu 107 au cours de l'année, je m'étais dit qu'il ne serait pas raisonnable d'augmenter encore la dose de spectacles et qu'il faudrait bien faire des choix. C'est bien entendu le contraire qui s'est produit : j'ai vu davantage de spectacles cette année. J'ai passé plus d'une soirée sur trois à assister à un spectacle, mais moins d'une sur deux...

L'opéra reste un des piliers de ces spectacles. J'ai assisté à 42 représentations d'opéra (j'inclus dans ce total les opéras en version de concert) correspondant à environ 30 opéras, parmi lesquels se sont trouvés 22 opéras que je n'avais encore jamais vus. Parmi ceux-là, deux créations : The Second Woman (Frédéric Verrières) et Akhmatova (Bruno Mantovani). Si le sujet du deuxième m'a intéressé davantage, le plaisir procuré par le premier a été supérieur. Cette année, j'ai diversifié quelque peu les lieux pour assister à des opéras. J'ai ainsi vu une de bonnes productions d'Orphée et Eurydice à la MC93 Bobigny et de Carmen à Nancy. Plus près de l'Opéra, j'ai fait deux belles découvertes à l'Athénée ‒ Louis Jouvet : Didon & Énée (Purcell) et The Turn of Screw (Britten). Ce lieu m'a également offert une des plus détestables soirées d'opéra de ma vie : L'Egisto (Marazzoli/Mazzochi). La musique était loin d'être inintéressante, mais le théâtre était sclérosé (je sais gré à Peter Brook d'avoir introduit cette notion il y a plus de quarante ans dans L'espace vide). Du théâtre sclérosé, il y en a également eu une certaine dose à l'Opéra de Paris : Francesca Da Rimini, Salomé, Faust, La Cenerentola. À l'inverse, il y eut en ces lieux une production tout-à-fait honorable de La Clémence de Titus et d'excellentes productions de Lulu, de Tannhäuser et de Kátia Kabanová. Au TCE, j'ai eu l'occasion de voir quelques opéras en version de concert. Il y eut ainsi un Ariodante avec une formidable Joyce DiDonato, un Pelléas et Mélisande avec un superbe Laurent Naouri et un lamentable Fidelio.

Parmi mes bonnes résolutions de l'année dernière, il y avait celle de mieux comprendre la musique de Wagner pour ne pas passer à côté des Siegfried et Götterdämmerung que j'avais prévu de voir à l'Opéra Bastille. Au début du mois de janvier, j'acquis ainsi une édition de 1903 du Voyage artistique à Bayreuth d'Albert Lavignac. Après quelques semaines d'efforts, je réussis à me mettre en tête la plupart des leitmotivs de la Tétralogie, devenant par la-même ringopathe. Mon expérience de spectateur en a été complètement transformée et le plaisir renouvelé avec Parsifal au TCE, le programme Wagner de l'Orchestre Colonne, Tannhäuser à Bastille, le Ring Saga à la Cité de la musique (et la Citéscopie parallèle) et dernièrement avec Le Ring sans paroles, suite symphonique jouée par le Philharmonique de Radio France. J'ai comme l'impression que je n'en ai pas fini avec Wagner...

Par rapport aux années précédentes, j'ai augmenté sensiblement la proportion de concerts Pleyel dans mes choix. Je vois donc un peu plus de concerts symphoniques que précédemment. Un des plus fabuleux concerts auxquels j'aie assisté cette année a été le programme Rameau orchestral du Concert des Nations dirigé par Jordi Savall. Pour ce qui est du baroque, j'ai également passé de très bons moments à écouter Damien Guillon et Pierre Hantaï. J'ai par contre dû remettre en cause mes standards de qualité en réécoutant La Passion selon Saint Jean dirigée par Ton Koopman. En revanche, avec Haydn, aucun problème avec Le Concert Spirituel pour Die Schöpfung, L'Orchestre de Paris et le Quatuor Thymos à l'Athénée. Ce dernier concert était un programme de musique de chambre. Les autres concerts de musique de chambre auxquels j'aie assisté m'ont procuré un certain plaisir, comme celui de Lisa Batiashvili, François Leleux, Sebastian Klinger, Guy Ben-Ziony, Milana Chernyavska au TCE ou encore celui du Quatuor Pražák et de quelques autres dans un programme Hindemith/Schönberg.

Parmi les concerts symphoniques, je garde un souvenir émerveillé de trois concerts LSO/Gergiev : Le chant de la nuit (Mahler) et Symphonies nº6 et 10 (Chostakovitch). Le concert de l'Orchestre de Paris du 14 octobre à Pleyel m'a procuré des émotions très contrastées puisque j'ai pu d'une part entendre pour la première fois le concerto pour violon de Tchaikovski interprété par Leonidas Kavakos et d'autre part tenter de réprimer des gloussements à l'écoute de la symphonie de Hans Rott. Un autre grand moment pour moi a été la première écoute de La symphonie fantastique. Pour le reste, j'ai eu le plaisir de réentendre du Roussel dans Bacchus et Ariane dirigé par Yutaka Sado. La présence d'œuvres contemporaines aux programmes des concerts Colonne m'a donné l'occasion d'adhérer complètement à une œuvre contemporaine dès la première écoute : Melancolia (Kremski). Un phénomène semblable s'est produit avec La nuit transfigurée de Schönberg lors du concert de l'Orchestre de Paris dirigé par Pierre Boulez.

Pour ce qui est du ballet, je me suis pour ainsi dire limité à la programmation de l'Opéra de Paris. Je retiens la belle création de La Source, la reprise d'Onéguine, de Roméo et Juliette et la Coppélia de Lacotte dansée par les élèves de l'école de danse (tellement plus intéressante que celle dansée par le ballet de l'Opéra). Bien sûr, il reste quelque chose du passage du Bolchoï : Flammes de Paris, Don Quichotte. Enfin, c'est devenu une évidence, mais la grande révélation de la saison, pour moi, c'est Myriam Ould-Braham, formidable Juliette, Naïla et Olga.

Il me reste maintenant à évoquer ce qui n'appartient pas aux formes classiques européennes. Pour moi, cela se réduit essentiellement à l'Inde. Toutefois, de la nuit soufie, c'est bien le chant du marocain Marouane Hajji que je retiendrai. Maintenant, venons-en à l'Inde... Depuis le récital de Srithika Kasturi Rangam à Chennai en 2010, j'ai développé un certain goût pour le bharatanatyam. J'ai profité de mon séjour dans le Sud de l'Inde cet été pour voir quelques récitals (à Mumbai, Bangalore et Chennai). Au cours de l'année, j'en aurai vu une douzaine. Comme il n'y en a plus aux Abbesses, je me suis déplacé au Musée Guimet pour voir Urmila Sathyanarayanan et Priyadarshini Govind, deux récitals relativement décevants (pour des raisons différentes). Comme ce n'était pas suffisant, je suis également allé au Centre Mandapa ; mes plus grandes satisfactions sont venues des récitals qui s'y sont déroulés. Parmi les danseuses vues cette année, je retiendrai deux noms : Lavanya Ananth, Mallika Thalak. Elles correspondent toutes les deux à l'idéal que je me fais de ce style de danse.

Je n'ai longtemps entendu la musique carnatique que comme une musique d'accompagnement pour des récitals de bharatanatyam. Lors de mon séjour à Chennai en août, je suis allé plusieurs soirs de suite assister à des concerts de chant carnatique. Le plus remarquable a été celui de Sri Mohan Santhanam au Vani Mahal. À force d'écouter ce type de musique, j'ai commencé à comprendre la forme générale que prenaient les improvisations et compositions. J'espère que le plaisir d'écoute n'en sera que meilleur quand je réentendrai Aruna Sairam au Théâtre de la Ville en avril 2012.

En Inde, les formes les plus raffinées de musique viennent du Nord, il faut bien l'admettre. Au cours de l'année 2011, j'eus l'occasion d'entendre du khyal lors d'un triple-concert au cours duquel s'étaient particulièrement distingués Ustad Ulhas Kashalkar et Pandit Ajoy Chakrabarty. Quelques mois plus tard, j'ai également pu réentendre la fille de ce dernier, Kaushiki Chakrabarty. La grande découverte de l'année, je la dois à Klari grâce à qui j'ai pu découvrir le chant dhrupad avec deux représentants de la dynastie Dagar : Wasifuddin Dagar et Sayeeduddin Dagar. (J'avais déjà entendu les Gundecha en 2008, mais j'en garde un amer souvenir.) Récemment, le concert du sitariste Shahid Parvez au Théâtre de la Ville m'a permis d'entrevoir de façon moins superficielle que je ne le faisais jusque là certaines similitudes formelles entre ces musiques (instrumentales ou vocales). J'espère bien passer suffisamment de temps à Kolkata l'été prochain pour assister à plusieurs concerts !

Bon, maintenant, je peux l'avouer à ceux qui ont lu jusqu'au bout : j'ai assisté à cent soixante-trois spectacles en 2011. L'année prochaine, il faudra donc véritablement songer à faire des choix (réduire un peu l'abonnement Pleyel, continuer à quasi-boycotter le TCE, se limiter à deux représentations d'un même ballet, se limiter à une seule représentation d'un opéra ?).

PS: Pour ce qui est des lectures, le bilan est sur le Biblioblog.

Lien permanent — Commentaires


Cendrillon à Bastille

2011-12-21 00:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Bastille — 2011-12-20

Sergueï Prokofiev, musique

Rudolf Noureev, adaptation, chorégraphie et mise en scène

Petrika Ionesco, décors

Hanae Mori, costumes

Guido Levi, lumières

Laëtitia Pujol, Cendrillon

Florian Magnenet, L'acteur-vedette

Nolwenn Daniel, Alice Renavand, Les sœurs

Simon Valastro, La marâtre

Alessio Carbone, Le producteur

Mallory Gaudion, Le professeur de danse

Pierre Rétif, Le père

Mattia Sanguineti, Sébastien Surel, Des violonistes

Mélanie Hurel, Printemps

Marie-Solène Boulet, Été

Charlotte Ranson, Automne

Ludmila Pagliero, Hiver

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Fayçal Karoui, direction musicale

Cendrillon, ballet en trois actes d'après le conte de Charles Perrault

J'ai vu ce soir le ballet Cendrillon de Noureev pour la deuxième fois. J'avais aussi assisté à la représentation du 27 novembre avec Agnès Letestu et Stéphane Bullion dans les deux rôles principaux. Ce soir, c'était Laëtitia Pujol qui interprétait le rôle de Cendrillon. Cela commence comme on l'imagine, Cendrillon passant son temps soit près de la cheminée soit un peu partout à nettoyer tandis que ses deux chipies de sœurs de disputent. La partie magique est assurée par le producteur (Alessio Carbone) qui débarque à la maison après un accident dans un engin non identifié. C'est que Cendrillon aime le cinéma : quand elle en a le temps, elle regarde des affiches de films ou fait un numéro de claquettes dans le style de Charlie Chaplin. Un casting va avoir lieu, le producteur y emmène Cendrillon. Dans les studios de cinéma, on commence par monter un défilé de mode au cours duquel les quatre saisons défilent. Ensuite, les douze heures viennent avertir Cendrillon de l'échéance. Plus tard, on passera d'un plateau de cinéma à un autre où se tournent trois films : Trivial Pursuit, Burlesque Parade, King Kong - Remake. Les deux sœurs de Cendrillon et la marâtre (Simon Valastro) viennent tenter leur chance. Comme dans le premier tableau où un professeur de danse venait tenter de leur apprendre à danse, ce même professeur leur montre des pas et elles se plantent lamentablement. C'est qu'elles ont l'intention de jouer avec l'acteur-vedette (Florian Magnenet). Celui-ci en a rapidement marre de ces mauvaises partenaires. C'est alors que Cendrillon fait une entrée de star, sous les flashs des photographes. Cendrillon est émerveillée par tout ce qui l'entoure. L'acteur-vedette, évidemment, est séduit. Cendrillon doit s'en aller avant que sonne minuit. Elle laisse tomber une chaussure afin que l'acteur-vedette puisse la reconnaître. Tous s'en vont finir la soirée dans un lieu de pertition, chacun selon ses goûts et l'acteur-vedette fait la tournée des bars (au galop) pour essayer de retrouver Cendrillon. La sœur verte (Alice Renavand) s'est échouée dans une tavergne espagnole. L'acteur s'intéresse a elle mais il l'envoie valser quand il constate que son pied ne rentre pas dans la chaussure. La scène se reproduit dans une atmosphère chinoise avec l'autre sœur (Nolwenn Daniel). Au petit matin, toute la famille (père alcoolique compris) se trouve à la maison tandis que Cendrillon nettoie le sol. Certains ont l'air de reconnaître en elle la fille qui la veille a réduit à néant leurs possibilités de carrière dans le cinéma. Les deux sœurs se remettent à jouer avec une quadruple testicule rouge. L'acteur-vedette vient armé d'une chaussure et finalement, c'est Cendrillon qu'il reconnaît quand elle lui montre l'autre chaussure. Cendrillon ne pense plus alors vraiment au cinéma, mais seulement à l'acteur-vedette. Quand le producteur veut lui faire signer un contrat, elle hésite mais finit par accepter. Le premier tournage du couple d'acteurs peut commencer...

Je pense que j'ai préféré la distribution de ce soir à l'autre que j'ai vue il y a trois semaines. Laëtitia Pujol (que j'ai très peu vue danser) n'avait pas pu créer La Source en raison d'une blessure. J'ai ainsi été content de la voir. Dans son jeu ressortait bien les trois phases dans lesquelles évolue son personnage : dénuement dont elle ne s'évade que par le rêve, émerveillement quand le rêve se réalise, l'amour de l'acteur-vedette. Son partenaire était Florian Magnenet. L'acteur-vedette est un rôle de beau gosse ; il le fait très bien ! Je ne me suis pas ennuyé pendant le pas de deux final (qui m'avait semblé interminable avec Agnès Letestu et Stéphane Bullion). Dans le rôle de la marâtre, j'ai préféré Simon Valastro : Stéphane Phavorin en faisait un peu trop à mon goût dans ce rôle travesti. Dans les rôles où elles devaient souvent faire exprès de mal danser, Nolwenn Daniel et Alice Renavand ont été très très bien. Dans le rôle du producteur, Alessio Carbone m'a fait une meilleure impression que Karl Paquette. Le corps de ballet m'a semblé inégal, surtout chez les messieurs.

C'est un ballet bien sympathique, avec quelques effets à grand spectacle, comme la citrouille qui se transforme à vue en voiture ou encore King Kong qui se frappe les poings contre la poitrine et se dresse. On passe un bon moment et il y a une belle musique de Prokofiev (j'ai préféré celle de Roméo et Juliette). Ceci étant, c'est loin d'être aussi passionnant que peut l'être Onéguine qui se joue en même temps à Garnier...

Ailleurs : Danses avec la plume #1, #2, Blog à petits pas.

Lien permanent — Commentaires


Onéguine à Garnier

2011-12-15 01:57+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-12-11

John Cranko, chorégraphie, mise en scène (1965)

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique

Kurt-Heinz Stolze, arrangements et orchestration

Jürgen Rose, décors et costumes

Steen Bjarke, lumières

Reid Anderson, Jane Bourne, Tamas Detrich, répétitions

James Tuggle, direction musicale

Evan McKie, Onéguine

Aurélie Dupont, Tatiana

Josua Hoffalt, Lenski

Myriam Ould-Braham, Olga

Karl Paquette, Le Prince Grémine

Ballet de l'Opéra

Orchestre Colonne

Onéguine, ballet en trois actes de John Cranko d'après Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine

Le ballet Onéguine de Cranko que j'avais vu il y a deux ans et demi est un de ceux qui m'ont fait aimer le ballet classique, et incidemment Pouchkine. Le revoir m'a procuré à nouveau un très grand plaisir.

Dimanche dernier, le ballet était interprété par une distribution qui semble idéale... C'était à nouveau Aurélie Dupont qui interprétait le rôle de Tatiana. Nicolas Le Riche blessé a été remplacé par Ewan McKie (ballet de Stuttgart). Je ne saurais trop dire pourquoi cela a marché, mais il me semblait évident que ce partenariat fonctionnait comme jamais je ne l'ai vu chez aucun couple de danseurs ! Dans la scène de la lettre que Tatiana écrit à Onéguine s'insère un rêve où elle voit dans un miroir paraître Onéguine qui le traverse et danse avec elle un pas de deux. Quoique vu depuis le dernier rang de l'amphithéâtre (mal aux genoux !) et sans jumelles, ce pas de deux m'a semblé extrêmement émouvant, tout comme celui de la fin, quand quelques années plus tard, mariée au prince Grémine, Tatiana rencontre à nouveau Onéguine et le congédie. Onéguine avait autrefois tué dans un duel son ami Lenski qui était promis à Olga, la sœur de Tatiana. Ce couple formé par Myriam Ould-Braham (Olga) et Josua Hoffalt (Lenski) fonctionne également à merveille ! De son côté, Karl Paquette (Le Prince Grémine) ne démérite pas, mais quand il danse avec Aurélie Dupont (ce qui dans cette chorégraphie signifie qu'il n'arrête pas de la porter), on ne voit qu'elle tant elle est rayonnante !

Lors du premier entr'acte, Genoveva à qui je fais part de mon misérable placement me dégotte une très bonne place aux premières loges. Certes, je suis debout, mais je n'ai pas à faire de contorsions et je vois toute la scène de pas trop loin, et de face, ce qui me permet d'admirer les décors que je trouve très beaux.

Ce mercredi soir, j'y suis retourné pour voir une autre distribution, qui m'a semblé également très bonne, mais pas aussi enthousiasmante que la précédente. Je pense que c'était la première fois que je voyais Clairemarie Osta dans un grand rôle classique. Sans m'éblouir autant qu'Aurélie Dupont dans ce rôle, elle m'a fait une excellente impression. Son partenariat avec Benjamin Pech m'a bien plu aussi, mais cela m'a un peu moins touché que Dupont-McKie. Comme la fatigue physique était plus visible chez lui, Benjamin Pech a donné du personnage d'Onéguine l'image d'un homme plus fragile.

Un des autres intérêts de cette distribution était le couple Mathilde Froustey/Josua Hoffalt en Olga/Lenski. Je garde un excellent souvenir de la prestation de Mathilde Froustey dans ce rôle (avec Mathias Heymann) en 2009. J'aurais sans doute été aussi enthousiasmé ce soir si je n'avais pas vu Myriam Ould-Braham quelques jours auparavant. Son interprétation du rôle fait du personnage d'Olga une enfant insouciante et souriante. Pendant la quasi-totalité de la durée de sa présence sur scène (scène du duel exceptée), elle sourit ! Si c'est une bonne chose que l'effort physique lié à la danse ne transpire pas sur son visage, il est dommage que les émotions exprimées n'aient pas été un peu plus variées. Pour le reste, sa danse était impeccable !

Pour moi, la révélation de ce soir a été Josua Hoffalt. Si, vu de loin, il semble être évidemment un très bon danseur, quand on le voit de plus près ou quand on zoome grâce aux jumelles, il prend une tout autre dimension... J'ai beaucoup aimé son partenariat avec Mathilde Froustey : sachant être souriant, mais pas tout le temps. Son solo dans la scène qui précède le duel avec Onéguine était également très intéressant.

Enfin, pour en finir avec la distribution, Christophe Duquenne m'a semblé donner un peu plus d'existence au personnage du Prince Grémine.

Ce ballet de Cranko est une très belle chorégraphie. Les danseurs doivent très souvent porter leur partenaire. J'ai déjà dit que les décors étaient jolis. La scénographie n'est pas inintéressante non plus. Si le découpage en trois (relativement courts) actes donne lieu à deux entr'actes, le passage d'un tableau à un autre est géré sans réelle perte de continuité par l'utilisation d'un rideau transparent et d'un autre opaque entre lesquels les danseurs peuvent évoluer latéralement. L'avant-scène est également utilisée, comme au troisième acte lors d'un flashback vers la scène du duel.

Une des qualités de ce ballet est de très bien marier la danse des solistes et les ensembles. C'est particulièrement bien fait dans la scène de l'anniversaire de Tatiana au cours duquel tout le monde danse alors que tout se joue entre les personnages principaux. Certains contrastes sont saisissants entre l'ambiance générale qui est joyeuse et les tourments qui s'emparent des personnages : le rejet que Tatiana subit de la part d'Onéguine, qui commence à séduire Olga, rendant Lenski fou de jalousie...

Cela en a étonné plus d'un, mais si la musique est de Tchaikovski, elle n'est en rien celle de son opéra Eugène Onéguine. D'autres œuvres du compositeur ont été arrangées. En 2009, c'était l'Orchestre de l'Opéra de Paris que dirigeait James Tuggle. Cette fois, c'est l'Orchestre Colonne. Je trouve que cet orchestre a fait une prestation tout à fait honorable. Cependant, j'ai comme l'impression qu'il y a eu des imperfections dans le solo d'alto de la scène où Lenski est seul en scène peu avant le duel.

Ailleurs : Danses avec la plume, Blog à petits pas, Klariscope.

Lien permanent — Commentaires


Les Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra

2011-12-04 21:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-12-04

Élisabeth Platel, introduction

Bertrand Barena, professeur

Tristan Lofficial, pianiste

Sixième division garçons

Véronique Doisneau, professeur

Yuko Tsuchiya, pianiste

Sixième division filles

Marc Du Bouaÿs, professeur

Tadeusz Gieysztor, pianiste

Cinquième division garçons

Marie-José Redont, professeur

Isabelle Van Brabant, pianiste

Cinquième division filles

Wilfried Romoli, professeur

Masako Shimura, pianiste

Quatrième division garçons

Fanny Gaïda, professeur

Richard Davis, pianiste

Quatrième division filles

Marie Blaise, professeur et accordéoniste

Sixièmes et cinquièmes divisions filles et garçons, et stagiaires 1 an folklore

Claire Baulieu, professeur

Tristan Lofficial, pianiste

Deuxièmes divisions filles et garçons contemporain

Yasmine Piletta, professeur

Cinquièmes divisions et stagiaires 1 an filles et garçons mime

Jessica Choppe, professeur

Michel Myron Mytrowytch, pianiste

Quatrièmes divisions filles et garçons danse de caractère

Scott Alan Prouty, professeur

Richard Davis, pianiste

Sixièmes et cinquièmes divisions filles et garçons expression musicale

Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra.

Opéra Garnier — 2011-12-04

Élisabeth Platel, introduction

Bernard Boucher, professeur

Michèle Linardi, pianiste

Troisième division garçons

Fabienne Cerutti, professeur

Claire Djourado, pianiste

Troisième division filles

Éric Camillo, professeur

Michel Myron Mytrowytch, pianiste

Deuxième division garçons

Francesca Zumbo, professeur

Ellina Akimova, pianiste

Deuxième division filles

Jacques Namont, professeur

Gaëlle Sadaune, pianiste

Première division garçons

Carole Arbo, professeur

Laurent Choukroun, pianiste

Première division filles

Roxana Barbacaru, professeur

Ellina Akimova, pianiste

Troisièmes divisions filles et garçons danse de caractère

Wilfried Romoli, professeur

Laurent Choukroun, pianiste

Premières divisions filles et garçons adage

Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra.

Comme l'année dernière, j'ai passé une journée à l'Opéra Garnier pour assister aux démonstrations de l'école de danse. Le déroulement de la journée a été globalement assez semblable à celui de l'année dernière (une différence notable est l'absence de neige cette année). Je n'ai eu à changer que quelques noms d'enseignants et de pianistes dans la distribution ci-dessus, donc à la place d'un compte-rendu détaillé, voici le sapin de Noël visible dans le Grand Foyer de l'Opéra :

Arbre de Noël au Palais Garnier

Sinon, en vrac, que dire :

  • On a entendu une quinzaine de fois la Polonaise de l'opéra Eugène Onéguine (Tchaikovski), utilisée quasi-systématiquement pour les saluts à la fin du passage de chaque classe.
  • Wilfried Romoli a un contrôle du souffle et de la voix très stimulant dans son rôle de professeur de la classe de quatrième division garçons.
  • Ma balletomanie fait que je me retrouve à réentendre de nombreuses musiques que je sais que je connais, mais sans forcément réussir à les identifier, ce qui a parfois eu tendance à me divertir de l'exercice réalisé par les élèves. (Parmi les musiques identifiées, il y avait notamment du Schumann (Kinderszenen), Verdi (Rigoletto), Bizet (Carmen), Bach.)
  • Elisabeth Platel semble toujours aussi belle. Elle a tenu à rendre un hommage particulier à Christiane Vaussard (danseuse étoile et enseignante, décedée récemment).
  • Les grandes divisions filles m'ont fait une très bonne impression.
  • La première division fille a été particulièrement brillante. La forme des exercices a été singulièrement renouvelée cette année puisque chacune des danseuses a présenté une variation !

Lien permanent — Commentaires


Priyadarshini Govind au Musée Guimet

2011-12-03 01:46+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Auditorium du Musée Guimet — 2011-12-02

Priyadarshini Govind, bharatanatyam

Élisabeth Petit, voix

Balakrishnan Karipatil Sankaran, nattuvangam

Preethy Maheshwar, chant

Sakthivel Murugananthan Subramaniam, mridangam

Sigamani Natarajan, violon

Murugan Krishnan, lumières

J'ai assisté ce vendredi au premier des deux récitals que Priyadarshini Govind donne au Musée Guimet. J'en sors extrêmement déçu, davantage encore que du programme donné à Mumbai en février 2010 où elle partageait l'affiche avec la sublimissime chanteuse carnatique Aruna Sairam (qui viendra au Théâtre de la Ville en avril).

Après une chanson interprétée par quatre musiciens, dont au moins trois accompagnent régulièrement la danseuse, celle-ci a dansé en quelques sorte des salutations (sans les traditionnelles offrandes de fleurs, qu'elles soient mimées ou réelles). Cette pièce est jouée sur une musique essentiellement rythmique, relativement lente.

Vient ensuite un affreux interlude du violoniste à l'issue duquel la danseuse présente quelques mouvements pouvant aider à la compréhension de la suite, les explications étant données par une voix-off. Cette pièce est censée être narrative, racontant l'histoire d'une jeune femme qui se languit de Shiva. Je n'ai pas réussi à suivre le fil narratif de cette pièce entrecoupée de longs passages rythmiques (dans lesquels la danseuse n'est justement pas tout à fait en rythme comme ce fut le cas dans le premier). Initialement, se sentant abandonnée de Shiva, la jeune femme est très triste et tourmentée par un ardent amour. Étonnamment, une coulée de larmes descend de l'œil gauche de la danseuse et se répand sur sa joue. Après, je vois bien que Shiva entre en scène, mais le détail de l'histoire m'échappe. Je ne saurais trop dire s'il faut prendre au propre ou au figuré l'image qui a été montrée d'un insecte (papillon ou abeille ?) butinant une fleur de lotus...

Les deux pièces suivantes mettent en scène des amours illicites. Je n'en ai pas la totale certitude pour la première, mais il est certain que j'ai vu la deuxième à Mumbai. Dans la première, une dévôte de Shiva est charmée par Krishna. La pièce est assez lente et est surtout faite de pantomime. La danseuse montre la jeune femme à ses rites shivaïtes (on la voit ainsi arroser de lait un lingam). J'ai du mal à comprendre comment cela a pu m'échapper, mais je n'ai pas l'impression d'avoir vu un seul instant Krishna représenté dans la chorégraphie. On ne m'aurait pas dit avant que c'en était un personnage, je n'en aurais aucune idée...

La deuxième de ces pièces met en scène une femme adultère. Son mari s'en va en voyage. Son beau-père est probablement assoupi. Elle convoque son amant. (Tiens, cette fois-ci, on ne nous a pas dit que cet amant était le dieu Venkateshwarar...)

Le programme s'achève par un numéro rythmique. Dans cette pièce, on voit la danseuse exécuter des mouvements avec un ou deux genoux au sol.

En bis, elle a dansé une dernière pièce, la seule que j'ai trouvée intéressante. Le problème, c'est que je n'ai pas compris l'histoire... Il était peut-être vaguement question d'une femme exprimant sa dévotion envers quelque dieu. J'ai cru entendre Muruga une ou deux fois dans le texte chanté. Ce ne sont que conjectures...

Si cette danseuse ne manque pas de qualités (par exemple : elle pris à au moins deux reprises la pose Shiva-Nataraja d'une superbe manière), ce récital ne m'a guère plu. Cela a manqué d'un certain nombre d'ingrédients : de la belle danse pure, de l'expression dans le visage, de la narration... Par ailleurs, les annonces faites par la voix-off m'ont semblé trop succintes. Autant rien dire ou distribuer à l'avance un programme résumant les différentes pièces. C'est ce que j'ai trouvé le plus frustrant. D'autres danseuses, par le seul langage chorégraphique, ont déjà réussi à me faire comprendre des histoires plus complexes...

Lien permanent — Commentaires


Laxmi Myriam Quinio au Centre Mandapa

2011-11-18 01:31+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Centre Mandapa — 2011-11-17

Laxmi Myriam Quinio, bharatanatyam

Pushpanjali (chorégraphie de Smt. P. Subrahmanyam)

Jatiswaram (chorégraphie de Smt. P. Subrahmanyam)

Jagado Dharana

Shabdam (chorégraphie de V. S. Muttuswamy Pillaï)

Yaro Iver Yaro

Sri Devi Kirthana (chorégraphie de V. S. Muttuswamy Pillaï)

Bho Shambho (chorégraphie de Smt. P. Subrahmanyam)

Thillana Sindhubhairavi (chorégraphie de Dominique Delorme)

Krishna Damodara

Il ne faut pas faire la fine bouche. S'il ne m'a pas autant transporté que celui de Mallika Thalak il y a quelques jours, le récital de bharatanatyam de Laxmi Myriam Quinio m'a semblé assez remarquable.

La jeune danseuse commence son récital par deux pièces très vives : Pushpanjali et Jatiswaram. Elles sont presque trop éblouissantes par la vitesse d'exécution de ce qui dans le Jatiswaram est de la danse pure.

La pièce Jagado Dharana raconte quelques jeux entre Krishna et sa mère adoptive Yashoda. Plus loin, il y aura une pièce mettant en scène la rencontre entre Rama et Sita. Ces deux chorégraphies me décoivent légèrement par la façon un peu superficielle d'aborder ces deux thèmes. La similitude entre les deux conclusions (Yashoda voyant la forme universelle de Krishna, Rama reconnaissant en Sita la déesse Sri-Lakshmi) rend peut-être une des deux pièces redondante dans un même récital. Si l'interprète a été fort heureusement toujours du bon côté, elle n'était pas à mon goût assez loin de la frontière qui distingue une danseuse qui joue un rôle et un personnage incarné par une danseuse. Avant que les chorégraphies ne fassent de la danseuse un personnage, j'aurais aimé voir comme un masque de neutralité qui pourrait ensuite prendre vie subitement.

Entre ces deux pièces narratives étaient intercalée une pièce dans laquelle une jeune femme se languit de Muruga. Cette pièce m'a semblé la plus convaincante lors de ce début de récital. On verra ainsi Kama, le dieu Amour, lui décocher quelques flèches. L'amour pour le dieu lui sera tellement insupportable que le chant du rossignol lui sera pénible et que le lait de vache la fera vomir. Il se trouve que dans le Manuel traditionnel du Bharata-Nâtyam, Le Danseur Cosmographe de Katia Légeret, je lisais récemment qu'à tel mudra était associé de multiples sens, parmi lesquels vomir. Je n'imaginais pas que je le verrais sitôt utilisé en ce sens ! (Avant chacune des pièces narratives, la danseuse montrait quelques mouvements en les expliquant de sa douce voix.)

Les deux pièces suivantes évoquent successivement la dévotion pour la déesse-mère et pour Shiva. Dans la première, on verra l'évocation de différentes formes de la déesse : Parvati, Lakshmi, Saraswati (joueuse de vînâ), Kali (qui tire la langue), etc.

La pièce concernant Shiva m'a enthousiasmé au plus haut point. C'est aussi celle dont la musique me semblait la plus intéressante. Le texte était le typique Bho Shambhu/Shiva Shambhu Svayambhu, mis en musique d'une façon différente de ce que je connaissais déjà. Parmi les images frappantes, celle de Shiva en yogi, et surtout celle représentant Shiva-Nataraja. La façon qu'a eu la danseuse de prendre cette dernière pose est tout à fait unique. La jambe gauche est tendue vers l'avant et opère lentement une rotation vers la droite tandis que les mains prennent les poses habituelles. L'amplitude, la vélocité et la fluidité de certains mouvements de pieds et de jambes trahissent la formation multiple de la danseuse, en particulier dans la technique classique (européenne). Certains passages étaient ainsi très impressionnants.

Après un charmant Thillana qui ne se réduisait pas à de la danse pure (puisque l'on pouvait reconnaître quelques dieux vers la fin), la danseuse a interprété une pièce supplémentaire dont le texte chanté commençait par Krishna Damodara. Cette pièce m'a plu peut-être encore davantage que le Bho Shambhu. On y voyait plusieurs aspects de Krishna. L'enfant volait du beurre et se faisait réprimander. Plus grand, il jouait de la flûte et dansait avec les gopis. La danse avec les gopis était absolument extraordinaire. Par la vitesse d'exécution et une combinaison inédite de mouvements simultanés de toutes les parties du corps, on aurait presque dit que la danseuse se démultipliait comme la tradition explique que Krishna donne l'impression à chacune des nombreuses gopis qu'il ne danse qu'avec elle seule. Il sera également fait référence à Vishnu couché sur le serpent Shesha, et si ce n'est pas la première fois qu'en évoquant cette image je vois une danseuse montrer Lakshmi en train de lui masser les pieds, ce soir ce fut fait de la plus belle des manières.

Plutôt que les multiples pièces de longueur intermédiaire vues dans ce récital intitulé Sringaram (qui a quand même duré presque deux heures !), j'aurais peut-être préféré voir une pièce plus développée (Varnam). Cela dit, je reste très satisfait de ce spectacle.

Lien permanent — Commentaires


Mallika Thalak au Centre Mandapa

2011-11-13 21:21+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Centre Mandapa — 2011-11-13

Mallika Thalak, bharatanatyam

Kalikautam (chorégraphie de M. K. Saroja)

Alarippu (chorégraphie de V. S. M. Selvam)

Ardhanarishwara (transmis par Rama Vaidyanathan)

Ashtapadi (transmis par Rama Vaidyanathan)

Tillana (chorégraphie de V. S. M. Selvam)

Comme hier, je suis allé au Centre Mandapa pour assister à un récital de bharatanatyam. Le public a été moins nombreux et c'est bien dommage.

J'avais déjà eu l'occasion de voir danser Mallika Thalak dans le spectacle Gangâ. J'avais noté qu'elle faisait aussi du bharatanatyam (et qu'elle avait un port de tête exquisement gracieux), mais ce n'est qu'hier que j'ai fait le rapprochement avec le nom de la danseuse programmée ce soir.

Je resors complètement émerveillé par sa danse. Ma théorie depuis un moment est que chaque danseuse a son style propre. Celui de Mallika Thalak me semble caractérisé par une incroyable beauté dans le geste et l'expression. J'étais déjà transporté avant même qu'elle effectue le moindre pas dans la première pièce en hommage à Kali qui a débuté par des mouvements de la moitié haute du corps. Elle a ensuite développé ce Kalikautam (orthographe incertaine) en évoquant principalement les aspects féroces de la déesse Kali.

La deuxième pièce, Alarippu, était exécutée sur une musique purement rythmique. La danseuse ne cherche pas à faire une démonstration de vitesse. Cela reste résolument fluide et extrêmement beau.

La pièce principale est Ardhanarishwara. Elle évoque cette forme androgyne mi-Shiva mi-Parvati. La danseuse alterne ainsi entre le côté droit (Shiva à l'œil foudroyant) et le côté gauche (la gracieuse Parvati). Sans jamais devenir mécanique ou perdre sa beauté, la danse s'est également faite virtuose dans certains passages rythmiques au très vif tempo.

La pièce suivante Ashtapadi a été assez développée. Elle racontait les jeux amoureux de Radha et de Krishna. Celui-ci, charmant Radha et les autres bouvières par la flûte n'hésitait pas à éclabousser celle qu'on avait précédemment vu se parer et se maquiller.

Le récital s'est conclu sur un charmant Tillana, ni trop long ni trop court, ni trop lent ni trop rapide...

La présentation des différentes pièces était faite par le père de la danseuse malabare. C'était un vrai plaisir de l'écouter raconter les pièces et la philosophie sous-jacente à sa manière, tout en s'amusant de ne pas être l'impresario de la danseuse, mais seulement son père.

La danseuse et son père ont rendu un hommage particulier aux chorégraphes de ces pièces et encore davantage aux personnes qui les lui ont transmises. Si cela tend à se perdre de nos jours, la transmission orale se fait traditionnellement de guru à disciple...

Lien permanent — Commentaires


Sabine Pandaredattil et al. au Centre Mandapa

2011-11-12 23:29+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Centre Mandapa — 2011-11-12

Sabine Pandaredattil et al., bharatanatyam

En Inde, j'ai eu l'occasion de remarquer que le public n'avait pas forcément le même respect pour l'art et la façon de l'exprimer que, disons, des wagnériens. Les nuisances viennent par exemple des téléphones portables : les gens décrochent et répondent comme si de rien n'était.

Il est plus rare que ces nuisances viennent de l'entourage-même de la danseuse comme ce fut malheureusement le cas ce soir. Tout d'abord, la première rangée de places était couverte de feuilles où était écrit réservé. Ces places resteront vacantes, le clan s'étant installé au deuxième rang (plus confortable).

Le plus gênant, ce furent les photographies avec flash prises tout au long du spectacle. Comment peut-on mépriser à ce point la personne en charge des lumières et les spectateurs en flashant à tout va, y compris quand la scène est dans la pénombre ? Il faut ajouter à cela les clic-clics hystériques des appareils-photos et la projection de lumière test que ces appareils doivent lancer avant la prise en vue pour se régler.

Il faut aussi tenir compte de la concurrence de la danse réalisée entre le premier rang et la scène par une jeune fille tout aussi inconsciente que ses parents de la gêne que cela pouvait occasionner pour les spectateurs, sans parler des danseurs.

C'est qu'il y avait plusieurs danseurs et c'est là un autre problème avec ce spectacle. En Inde, j'ai appris à me méfier des spectacles annoncés comme Bharatanatyam par les disciples de Guru Smt. X. Je n'ai rien contre le principe des démonstrations d'une école de danse, j'ai apprécié celles que j'ai vues à l'Opéra de Paris pour ce qu'elles étaient. Je n'aurais rien contre le principe pour ce spectacle de danse bharatanatyam, si cela avait été clairement annoncé.

Je m'attendais à voir un récital de Sabine Pandaredattil (installée en France depuis une vingtaine d'années) et je n'ai vu qu'une succession de pièces courtes (avec deux mini-Varnam) dansées par la guru et ses élèves, et ce dans différentes configurations. Les élèves étaient au nombre de quatre : un jeune homme et trois jeunes filles.

Le jeune homme était tout-à-fait convaincant (notamment en Shiva). C'est la première fois que je vois sur une scène un danseur de bharatanatyam de ce niveau (les autres que j'ai vus étaient beaucoup plus jeunes). Ses frappes de pieds contre le sol étaient un instrument à part entière. Ses passages rythmiques furent ainsi particulièrement spectaculaires, les effets étant en outre amplifiés par sa grande taille. Par ailleurs, ses mouvements de mains et d'yeux m'ont bien plu aussi.

Une des trois jeunes femmes sortait assez nettement du groupe. Outre ses mouvements fluides et en rythme, sa maîtrise de son expression faciale faisait toute la différence. Elle s'est distinguée dans un duo avec une autre élève qui évoquait l'enfance de Krishna, avec bien sûr l'épisode du pot de beurre. Je ne regardais plus qu'elle. Elle ne doit plus être très loin du niveau qui lui permettrait de se produire en solo... J'ignore son nom tant les annonces faites au micro et dans un français trébuchant étaient incompréhensibles.

J'ai accueilli ces prestations d'élèves avec une certaine bienveillance. Pour le reste, j'ai eu de quoi être déçu par la performance de Sabine Pandaredattil elle-même. Dans ses solos et autres pièces avec ses élèves, je n'ai vu que de la danse pure : une succession de pas qui ne racontaient pas d'histoire ni n'exprimaient d'émotion que je puisse déchiffrer. Il n'y avait pratiquement que des passages purement rythmiques. Entre ceux-ci, certaines séquences de pas étaient curieusement répétées plusieurs fois. Au bout de la troisième reprise, j'avais vraiment bien compris que la Ganga descendait du chignon tressé de Shiva ou encore que du nombril de Vishnu-Padmanabha émergeait un lotus ! Merci, mais une seule fois, cela m'aurait bien suffi ! Je ne fais pas le détail des pièces successives (qui évoquèrent principalement Shiva, mais aussi Subhramaniam, Ganesha et Vishnu). J'ai été également déçu par son Tillana qui était exécuté sur un rythme étonnamment lent pour une pièce de ce type, en général bien plus vive.

Lien permanent — Commentaires


Shakuntala au Centre Mandapa

2011-11-06 00:24+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Centre Mandapa — 2011-11-05

Shakuntala, bharatanatyam

Muthuswami Pillai, chorégraphie

Bhakti, la lumière du cœur, Poèmes de Rumi

C'est un récital un peu à part auquel j'ai assisté ce samedi au centre Mandapa. Il était intitulé Bhakti, la lumière du cœur, et à la danse bharatanatyam devaient être associés des poèmes de Rumi. L'idée d'associer le bharatanatyam à une autre culture fait penser au programme Bhârata/Bach dansé par Maria-Kiran il y a quelques années, mais la réalisation sera toute différente.

Le récital sera en réalité en trois parties. Après que l'on a fait brûler de l'encens et allumé la lampe, un prélude musical se fait entendre : une invocation de Shiva. La danseuse entre ensuite en scène (elle n'en sortira plus avant la fin du récital, ce qui contribuera à une atmosphère étonnante que personne n'osera troubler par des applaudissements) pour des offrandes de fleurs. J'ai le plaisir d'entendre une guimbarde dans la musique enregistrée, cela faisait longtemps... Le style de la danse comporte beaucoup de tours de la danseuse sur elle-même. Le rythme est très rapide. Cela semble une façon de concevoir le voie de la Bhakti, sous la forme d'une sorte d'adoration joyeuse de la divinité qui permettrait d'atteindre l'Unité. La danse évoque les oreilles de Ganesh et la danse de Shiva-Nataraja.

Avant de danser la pièce suivante, la danseuse dévoile un peu du dictionnaire de la danse en montrant des mouvements associés à un petit texte qui résume la pièce. Il sera question d'une dévôte de Subramaniam (aussi appelé Muruga, Skanda ou Kartikeya) qui s'adresse à lui en disant Pourquoi tardes-tu à venir me donner ta bénédiction ?. La narration et l'illustration est entrecoupée d'assez longs passages de danse pure. La chorégraphie n'est pas des plus belles que j'aies vues. Elle demande une très grande rapidité d'exécution. Cependant, les mouvements et poses prises par les mains sont réalisés avec une grande précision. Dans cette pièce comme dans la précédente, malgré la vitesse, l'ensemble reste ainsi très lisible.

Ayant enlevé ses grelots de chevilles et ayant passé une blanche tunique, le récital prend une toute autre direction. Il ne s'agit plus véritablement de danse bharatanatyam. La seule musique sera le silence et un doux accompagnement de flûte. La danseuse se transforme en une comédienne qui déclame des poèmes du mystique soufi Rumi tout en soulignant le sens par des mouvements des bras et des mains qui appartiennent au bharatanatyam. La plupart de ces poèmes sont structurés autour d'un mot ou d'un groupe de mots qui est repété de nombreuses fois à la fin ou au début des vers. Ainsi, dans le poème commençant par Toi qui ignores l'amour, dors !, toutes les phrases se terminent par la même injonction Dors !. Dans le suivant, ce sera Reviens à l'origine de ta propre origine !. Ensuite, alors que le poète se demande Qui est à la porte ?, il ne cesse de répéter Où m'enfuir ?. Dans l'avant-dernier, ce sera Donne quelque chose au derviche ! (qui suit notamment une autre injonction comme Délivre de son moi celui qui est attaché à lui-même). Dans le dernier, divers reproches d'une femme à son amant seront introduits par Souviens-toi.

Certains de ces poèmes posent des questions d'une façon suffisamment large pour n'être absolument pas hors-sujet dans un récital de bharatanatyam appelé Bhakti. La forme que cela a pris était à tout le moins surprenante, mais j'ai trouvé que cela avait été une très bonne manière de faire entendre ce texte tout en l'accompagnant d'une pantomime sur un fond musical dépourvu des rythmes habituels de la musique carnatique. Cela m'a davantage convaincu que ce que j'avais vu faire au Théâtre des Bouffes du Nord par Nahal Tajadod et Jean-Claude Carrière il y a deux ans. La performance physique est aussi impressionnante, parce qu'il doit être bien difficile de ne pas perdre son souffle alors qu'il faut en même temps réciter les vers et les accompagner d'autant de mouvements !

En troisième partie du récital, la danseuse a remis ses grelots pour deux pièces de bharatanatyam. Les pièces de la première partie étaient plutôt rapides. Celles-ci furent plus lentes. En particulier, l'avant-dernière pièce du récital sera comme un adage évoquant les différents aspects de la fille du roi des monts (Parvati). Je dis Parvati parce que c'est le nom qui m'est venu en premier quand avant de se remettre à danser, l'interprète a fait un résumé de la pièce accompagné de mouvements chorégraphiques. Les noms qu'elle a employés étaient plutôt Gauri, Uma, Shankari, Kaumari et Annapurna, mais cela revient au même... Elle a fait un petit clin d'œil aux connaisseurs en mentionnant que les seins de la déesse étaient en forme de Kumbha.

Le récital s'est conclu par une pièce mettant en scène les dieux assistant à la danse cosmique de Shiva. Cette pièce a commencé par un travail chorégraphique centré sur les bras et les mains, et puis les pieds se sont aussi mis en mouvement. J'ai rarement vu ce fait souligné, mais ici, pour évoquer la danse cosmique de Shiva, la danseuse a mis un accent particulier sur les battements du tambour (Damaru).

Lien permanent — Commentaires


Myriam Ould-Braham est Naïla

2011-11-04 00:47+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-11-03

Koen Kessels, direction musicale

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Ballet de l'Opéra

Léo Delibes, Ludwig Minkus, musique

Version réalisée par Marc-Olivier Dupin

Livret d'après Charles Nuitter et Arthur Saint-Léon

Jean-Guillaume Bart, chorégraphie

Éric Ruf, décors

Christian Lacroix, costumes

Dominique Bruguière, lumières

Clément Hervieu-Léger, Jean-Guillaume Bart, dramaturgie

Florence Clerc, assistante du chorégraphe

Anne Salmon, répétitrice

Dominique Schmitt, assistante décors

François Thouret, assistant lumière

Myriam Ould-Braham, Naïla, esprit de la Source

Florian Magnenet, Djémil, chasseur

Laura Hecquet, Nouredda, promise au Khan

Aurélien Houette, Mozdock, frère de Nouredda

Alessio Carbone, Zaël, elfe de Naïla

Aurélia Bellet, Dadjé, favorite du Khan

Emmanuel Hoff, Le Khan

La Source

Après avoir vu quatre fois le superbe ballet La Source, il faut se rendre à l'évidence : Naïla, c'est Myriam Ould-Braham. Si Charline Giezendanner est loin d'avoir démérité le 1er novembre, les deux prestations que j'ai vues de Ludmila Pagliero, créatrice du rôle, furent moins convaincantes à mes yeux.

Comme dans le cas du rôle de Juliette (qu'elle n'a interprété qu'une seule fois), on n'a à aucun moment l'impression de voir une jeune femme qui danse certes fort bien. On voit en réalité un personnage, ici Naïla, qui est interprété par une danseuse. Cela fait toute la différence. Dans son rôle de fée, elle flotte sur la scène, elle touche à peine le sol. Outre la fluidité de ses mouvements, son expression rend son rôle passionnant pour le spectateur. Plus que les autres interprètes du rôle, elle donne un sens au sacrifice qui est celui de son personnage. Ainsi, dès la Valse des nymphes, quand Naïla est entourée d'une ronde de nymphes, son visage trahit le fait qu'elle sait qu'elle ne pourra que se sacrifier. Lors du pas de deux avec Djemil, ses tentatives sont désespérées, elle sait que Djemil n'aimera jamais que Nouredda. Enfin, elle se sacrifie après un émouvant pas du talisman.

Malgré quatre visionnages, je n'aurai pas vu toutes les distributions possibles. Il me manque essentiellement le trio Ould-Braham/Hoffalt/Zusperreguy. Clairement, dans ce que j'ai vu, la meilleure combinaison est celle de ce soir (3 novembre). Dans le rôle de Djemil, Florian Magnenet m'a davantage plu que Karl Paquette. Si c'est un beau gosse et qu'il en joue (un peu trop diront certaines), ses sauts et réceptions sont plus propres. Il donne un peu l'impression que Djemil est un gentil idiot (qui ne comprend pas qu'en faisant tomber la fleur à la toute fin, il fait mourir Naïla), alors qu'avec Karl Paquette, on a l'impression que Djemil est un type un peu perdu qui subit les événements.

Du côté des Zael, Mathias Heymann est éblouissant. Il saute très bien, mais au deuxième acte, il sait aussi jouer d'une certaine cruauté quand il vient gâcher la fête de Nouredda et se moquer d'elle quand elle doit s'en aller. Alessio Carbone m'a également beaucoup plu dans ce rôle dont il donne une image un peu plus sympathique et plus émouvante aussi dans la scène finale où il est le seul à être témoin de la souffrance de Naïla. Allister Madin est plus proche de Heymann que de Carbone, mais il donne moins une impression de facilité.

Pour Mozdock, frère de Nouredda, entre Vincent Chaillet et Aurélien Houette, c'est Vincent Chaillet qui m'a fait la plus forte impression, en particulier dans les danses de guerriers caucasiens, très spectaculaires. Avant-hier, Aurélien Houette ne m'avait pas semblé très en forme, mais ce soir, c'était très nettement mieux. Du côté de la pantomime, Aurélien Houette fait impression : on n'a pas envie d'être à la place du personnage qu'il tabasse ! (Cela effacerait presque mon souvenir de la vision d'Aurélien Houette en Monsieur de Charlus se faisant violemment flageller dans Proust ou les intermittences du cœur.)

Je n'ai vu que deux Dadjé : Nolwenn Daniel et Aurélia Bellet. Chez Nolwenn Daniel, j'ai aimé certains gestes qui montrent la cruauté des relations de rivalité entre les femmes du harem, en particulier la façon dont elle se réjouit de la dégradation de la note de Nouredda par le Khan.

Il reste essentiellement le cas du rôle de Nouredda. Lors de la création, j'ai trouvé Isabelle Ciaravola tellement émouvante que pour moi, c'était elle le premier rôle et non Naïla. J'avais tout particulièrement aimé son premier acte et l'attitude qui la caractérisait de jeune femme terrifiée à l'idée d'aller rencontrer le Khan. L'interprétation de Laura Hecquet est toute différente. Elle paraît moins terrifiée au premier acte et adopte au deuxième acte une attitude résolument séductrice envers le Khan. Dans le pas de deux avec Djemil (Florian Magnenet), elle fait monter la tension et presque la violence de ce tumultueux face à face. Ces deux interprètes de Nouredda sont très différentes ; globalement, j'ai du mal à décider laquelle des deux je préfère.

Lors des trois premières représentations que j'ai vues, il m'a semblé que l'orchestre se bonifiait à chaque fois. Ce soir, manifestement, ce n'était pas le même sous-ensemble de l'effectif de l'orchestre qui jouait (en tout cas je suis sûr que ce n'étaient pas les mêmes que les 27 octobre et 1er novembre) et cela s'est malheureusement un peu entendu dans le deuxième acte.

Vivement la prochaine reprise de ce ballet ! (Mais n'achetez pas le futur DVD !)

Lien permanent — Commentaires


La Source à Garnier

2011-10-23 02:16+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-10-22

Koen Kessels, direction musicale

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Ballet de l'Opéra

Léo Delibes, Ludwig Minkus, musique

Version réalisée par Marc-Olivier Dupin

Livret d'après Charles Nuitter et Arthur Saint-Léon

Jean-Guillaume Bart, chorégraphie

Éric Ruf, décors

Christian Lacroix, costumes

Dominique Bruguière, lumières

Clément Hervieu-Léger, Jean-Guillaume Bart, dramaturgie

Florence Clerc, assistante du chorégraphe

Anne Salmon, répétitrice

Dominique Schmitt, assistante décors

François Thouret, assistant lumière

Ludmila Pagliero, Naïla, esprit de la Source

Karl Paquette, Djémil, chasseur

Isabelle Ciaravola, Nouredda, promise au Khan

Vincent Chaillet, Mozdock, frère de Nouredda

Mathias Heymann, Zaël, elfe de Naïla

Nolwenn Daniel, Dadjé, favorite du Khan

Christophe Duquenne, Le Khan

La Source (création)

Ce soir, j'ai assisté pour la première fois à la création d'un ballet classique à l'Opéra. L'événement était attendu des balletomanes. Il s'agit d'une re-création du ballet La Source d'après le livret original de Charles Nuitter et Arthur Saint-Léon et sur une musique de Léo Delibes et, hélas, Ludwig Minkus.

J'en sors très enthousiaste, avec l'impression d'avoir vu le Ballet de l'Opéra à son meilleur. Le premier acte se place auprès de la source. Elle n'est qu'indirectement représentée sur scène par la végétation dont elle favorise le développement. Dans la description du décor d'origine par Nuitter (citée dans le programme du spectacle, p. 46), on lit : Au fond, des flancs d'un rocher, s'échappe un filet argentin d'une source ; autour de la source, des plantes verdoyantes fleurissent ; des lianes grimpantes s'enroulent aux branches des arbres, d'où elles laissent retomber des grappes de fleurs . Ce sont manifestement ces lianes grimpantes qui ont inspiré le décorateur Éric Ruf. Ces lianes sont des cordages qui rappellent ceux qui apparaissent sur le rideau en trompe-l'œil de l'Opéra. Auprès de la source évoluent des nymphes et des elfes. Leurs costumes sont très brillants ! Parmi ces elfes, Zaël (Mathias Heymann) bouge et saute comme un marsupilami.

Le chasseur Djémil (Karl Paquette) arrive, puis une caravane de Caucasiens s'arrête. Mozdock (Vincent Chaillet) conduit sa sœur Nouredda (Isabelle Ciaravola) qui est promise au Khan. Elle demande qu'on lui apporte une fleur apparemment inaccessible. Les hommes de Mozdock essayent de grimper, mais n'y arrivent pas. Djémil se propose de l'aller chercher et y parvient. C'est pour ainsi dire par magie que Karl Paquette s'est hissé le long de cette corde (effet spécial très réussi). Dans les épopées indiennes, réussir une telle épreuve aurait immédiatement valu à Djémil d'obtenir la main de Nouredda (ainsi Rama obtint-il Sita et Arjuna Draupadi). Au lieu de cela, après avoir retiré le voile de Nouredda, il a été violenté par Mozdock et ses hommes. C'est alors qu'apparaît la fée de la source, Naïla (Ludmila Pagliero). Elle lui dit que la fleur est un talisman. Son pouvoir lui permettra de se venger de son affront et d'obtenir le cœur de Nouredda. En vérité, elle est amoureuse de Djémil, et ne fait cela que pour lui plaire.

Au deuxième acte, le décor utilise encore des cordes verticales, qui représentent comme des barreaux de prison enfermant les femmes du Khan (Christophe Duquenne) dans le zenana. L'atmosphère quasi-carcérale est amplifiée par les lumières venant du fond de la scène, ce qui donne de longues ombres en éventail des barreaux traversant toute la profondeur de la scène. La favorite du Khan, Dadjé (Nolwenn Daniel) ne sait pas encore qu'elle va perdre son statut en raison de l'arrivée de Nouredda. Quand celle-ci arrive dans son palanquin, elle met en effet le Khan en émoi. Pour elle, les femmes du harem dansent le pas des voiles. C'est le passage du ballet qui est le plus indianisant, limite bollywoodien (et non hollywoodien comme il est écrit dans le programme p. 77 !). Ensuite, arrivent Zaël, quelques autres elfes et Djémil habillés en troubadours. En fait, ce sont plutôt des magiciens. Ils font paraître des fleurs de la même espèce que celle que l'on a vu au premier acte. Nouredda reconnaît aussi ces fleurs, et puis Naïla apparaît. Le Khan est immédiatement séduit, et il décide de renvoyer Nouredda chez elle. S'ensuit quelque énervement de la part de Mozdock. Finalement, la caravane repart d'où elle est venue.

Dans le dernier tableau, la scène est vide. Il ne reste pour ainsi dire plus que Djémil, Nouredda et Naïla. Nouredda est inanimée. Au cours du Pas du talisman, Naïla va se sacrifier par amour pour Djémil : elle va transférer son âme vers le corps de Nouredda, qui pourra ainsi continuer à vivre et aimer Djémil. Ainsi meurt Naïla.

J'avais lu le livret d'origine à la BnF il y a quelques mois. Il y a une semaine, lors d'une rencontre au Studio Bastille, le dramaturge Clément Hervieu-Léger avait résumé pour les personnes présentes le synopsis du ballet (de façon plus détaillée que ci-dessus). La différence principale par rapport au livret d'origine était la suppression du personnage de la bohémienne. Elle apparaissait au premier acte, rejoignait la suite de Nouredda et au début de ce qui était alors le troisième acte, elle aidait Nouredda à se venger contre Djémil par la faute de qui le Khan s'intéressait à Naïla et donc se désintéressait d'elle. La bohémienne était en effet capable de jeter des sorts. Ceci donnait a priori une complexité psychologique plus grande au personnage de Nouredda.

J'avais ainsi plusieurs sujets de questionnement avant la création :

  • le corps de ballet féminin serait-il bien mis en valeur dans le tableau chez le Khan ?
  • le pas du talisman (Naïla) serait-il aussi émouvant que la mort de Nikiya dans La Bayadère ?
  • le personnage de Nouredda resterait-il intéressant malgré sa réduction ?

Concernant le corps de ballet féminin, le pas des voiles dans le deuxième acte était un moment que j'attendais et je n'ai pas été déçu. À vrai dire, et c'est une agréable surprise, la séquence où le corps de ballet a été le mieux mis en valeur a été à la fin du premier acte : une vingtaine de nymphes saluant quelque lumière (est-ce une évocation du tropisme des plantes envers le Soleil ?) ou prenant diverses configurations géométriques (dans la rencontre mentionnée plus haut, le chorégraphe Jean-Guillaume Bart avait cité Émeraudes de Balanchine parmi ses influences...). Les femmes faisant partie de la caravanes auront aussi quelques danses dans des styles caucasiens à propos duquel le chorégraphe s'est documenté.

Le pas du talisman a beaucoup manqué d'émotions. La Source faisait parfois plus penser à une poupée désarticulée (cf. Coppélia). Plutôt que d'être ému, le public a ri quand elle est entrée par ascenseur à travers une petite ouverture ronde (c'est peut-être le mécanisme employé dans Giselle qui a été réutilisé à l'envers). Cela a été une certaine déception pour moi. J'espère que je l'apprécierai mieux lorsque je le reverrai, dansé par Ludmila Pagliero comme ce soir ou par d'autres interprètes. Pourtant, le pas de deux qui avait précédé avec Djémil m'avait plutôt plu ; la musique utilisait d'ailleurs la musique de l'Entr'acte situé entre les deuxième et troisième actes de Lakmé. Les autres ajouts musicaux sont venus d'œuvres peu connues de Delibes, ce qui permet d'éviter de surcharger une scène dansée par la situation de l'opéra dont les lyricomanes peuvent se souvenir. C'était assez dévastateur par les contresens que cela engendrait dans la Coppélia de Patrice Bart. Ici, l'ajout de cet extrait de Lakmé passe beaucoup mieux. (Plus généralement, dans la musique de ce ballet, j'ai très nettement préféré les parties dues à Delibes à celles dues à Minkus. Ce n'est pas vraiment un test en aveugle puisqu'il est assez facile de deviner qui a écrit quoi !)

Si le rôle de Naïla ne m'a pas complètement comblé, une très bonne surprise est venue de celui de Nouredda. Il fut fabuleusement interprété par Isabelle Ciaravola, aussi bien lors de son solo dans le tableau du Khan que dans son pas de deux avec Karl Paquette dans le dernier tableau. L'interprétation a commencé par une attitude de discrète réserve dans le premier acte, celle d'une jeune femme que l'on conduit à un futur mari inconnu. Le personnage a ensuite été beaucoup plus développé que je ne l'attendais. Sur la base de la représentation de ce soir, j'ai un peu envie de dire que c'est elle, le premier rôle ! De son côté, Karl Paquette a semblé être un très bon partenaire aussi bien pour l'une et que pour l'autre des deux héroïnes.

D'autres satisfactions sont venues des autres danseurs, comme Vincent Chaillet (Mozdock), très convaincant dans le premier acte (danses caucasiennes).

Les costumes de Christian Lacroix sont superbes. Le palanquin décapotable de Nouredda est très joli aussi. Le décor déplaira sans doute à ceux qui ne jurent que par le style tradi. J'ai eu quelques doutes au début, mais j'ai fini par l'apprécier, ce décor, tout comme les lumières, aussi austères qu'elles puissent paraître. Parmi les petits défauts ou choses qui m'ont échappées, je n'ai pas très bien compris comment Nouredda se retrouvait inanimée au début du dernier tableau. Aussi, il y avait peut-être un certain manque de lisibilité dans la promesse faite par Naïla à la fin du premier acte d'aider Djémil à gagner l'amour de Nouredda, et sur le rôle du talisman. Cela dit, le chorégraphe avait prévenu qu'il y aurait peu de pantomime...

Après les déceptions que furent pour moi L'Anatomie de la sensation et Psyché, La Source me semble une grande réussite. Dix-huit représentations sont prévues jusqu'au 12 novembre...

Ailleurs : Blog à petits pas, Musica Sola.

Lien permanent — Commentaires


Vidyà au Centre Mandapa

2011-10-02 21:56+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne

Centre Mandapa — 2011-10-02

Vidyà, bharatanatyam

Smt. M. K. Saroja, chorégraphies

Le Centre Mandapa a fait sa rentrée il y a quelques jours. Ce dimanche, Vidyà a proposé un récital de bharatanatyam, la danse qu'elle enseigne au centre. La première fois que j'ai vu de la danse bharatanatyam, c'était dans un spectacle qu'elle avait chorégraphié : Bhârata/Bach (interprété par Maria-Kiran).

Après une introduction purement musicale, la première pièce Sarasvati-stupi a commencé. Il s'agissait d'un hommage à la déesse de la connaissance, Sarasvati. Comme pour les autres pièces présentées, la chorégraphie est de Smt. M. K. Saroja dont Vidyà est une disciple. À part quelques éléments courants (lotus) ou faciles à reconnaître (Sarasvati jouant de la vina), je n'ai guère reconnu que le Shiva ascète à l'abondante chevelure.

Dans le Varnam, la pièce principale du récital, une jeune femme se languit de Murugan. Ce type de sujet n'est pas mon préféré. Dans le cas présent, il permet néanmoins d'apprécier le dieu Amour lançant ses flèches.

La pièce suivante est liée au mouvement de la bhakti. La chanson Pashuram dûe à Peri Alwar raconte en effet la Krishna-Lila. Cette pièce est divisée en trois parties. Dans la première, on se réjouit de la naissance de Krishna. Dans la deuxième, Yashoda, sa mère adoptive le couche dans un luxueux lit. Dans la troisième, elle défie la Lune de jouer avec son fils.

L'avant-dernière pièce du récital est un Thillana et la dernière un Mangalam qui est un hommage au guru.

La danseuse n'étant plus toute jeune, sa danse ne présente pas la même fraîcheur et la même vivacité que celle de danseuses plus jeunes, comme Lavanya Ananth que j'avais vue dans la même salle il y a quelques mois. Les passages rythmiques, quoique parfois manifestement très difficiles, n'étaient pas les plus virtuoses que j'ai vus, mais ceci était largement compensé par les aspects expressifs de la danse, notamment dans la triple-pièce autour de Krishna.

Lien permanent — Commentaires


Phèdre et Psyché à Garnier

2011-09-30 01:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-09-29

Koen Kessels, direction musicale

Orchestre national d'Île de France

Ballet de l'Opéra

Georges Auric, musique (1950)

Serge Lifar, action dansée

Jean Cocteau, rideau, décor et costumes

Chorégraphie réglée par Claude Bessy

Marie-Agnès Gillot, Phèdre

Nicolas Le Riche, Thésée

Alice Renavand, Œnone

Karl Paquette, Hippolyte

Myriam Ould-Braham, Aricie

Christine Peltzer, Pasiphaé

Hugo Marchand, Minos

Phèdre

César Franck, musique (1890)

Alexei Ratmansky, chorégraphie

Karen Kilimnik, décors

Adeline André, costumes

Madjid Hakimi, lumières

Chœur de Radio France

Denis Comtet, chef de chœur

Aurélie Dupont, Psyché

Stéphane Bullion, Eros

Amandine Albisson, Vénus

Mélanie Hurel, Géraldine Wiart, Les deux Sœurs

Mallory Gaudion, Daniel Stokes, Simon Valastro, Adrien Couvez, Quatre Zéphirs

Psyché

J'ai été voir trois fois le programme Phèdre/Psyché présenté au Palais Garnier depuis le 22 septembre (et non le 21 comme l'indique encore le site de l'Opéra, cette représentation-gala ayant été annulé en raison d'une grève). Dimanche dernier, j'ai eu une vue de face. Hier, j'étais côté gauche. Ce soir, côté droit. (Cliquer sur les différents liens pour voir les distributions respectives. Celle affichée ci-dessus étant celle de ce soir, le 29 septembre.)

Si aucun des deux ballets ne m'a vraiment enthousiasmé, dans les deux cas, la musique jouée par l'Orchestre national d'Île-de-France m'a semblé d'excellente qualité.

Dans le public

Hier, le chorégraphe Wayne McGregor assistait à la représentation. Ce soir, au centre du premier rang de balcon était assise Claude Bessy. Elle a assisté à la représentation du ballet qu'elle a remonté (Phèdre), mais elle n'a pas reparu après l'entr'acte.

J'étais aujourd'hui dans une première loge de côté. Ayant opté pour la place nº5 (9€), je suis sans doute le spectateur de la loge qui a le mieux profité du spectacle. Certes, pour ce type de place, il faut consentir à rester debout pour voir quelque chose... Au premier rang de la loge, deux spectatrices ont probablement dû payer 70€ chacune, mais le sans-gêne d'une spectatrice placée dans la loge voisine a très-certainement pourri leur soirée. L'attitude de la fautive est davantage digne d'une cour de récréation que d'une salle de spectacle. On eût dit qu'elle faisait exprès de se pencher excessivement pour empêcher les spectatrices de la loge d'à-côté d'y voir (dans le cas général, c'est une raison pour préférer la place nº1 à la place nº2 pour les loges de côté). La spectatrice du premier rang de ma loge (rappel : 70€ la place nº2) s'est avisée de lui faire observer que sa posture n'était pas sans maladresse. Elle l'a même peut-être effleurée. Plutôt que de lui répondre en chuchotant, la sans-gêne a gagné son nom en reprenant de plus belle sa position, en allant trouver une feuille de papier dans son sac pour la plier en deux, la couper par déchirure (bruits subséquents), y apposer quelques mots et la placer devant son infortunée voisine. À la fin du spectacle, quand les lumières ont été rallumées, j'ai pu apercevoir ce message. Je ne pense pas trahir la propriété intellectuelle de son auteure en le citant intégralement : Je vous interdit de me toucher. Malpoli ! (sic).

Phèdre

Ce n'est que la deuxième fois que j'ai commencé à un peu apprécier ce ballet de Lifar. Les costumes colorés sont extrêmement laids. Moult mouvements chorégraphiques du corps de ballet paraissent ridicules. Heureusement, la musique de Georges Auric qui fait penser à Dutilleux (Le Loup) ou Stravinsky (Le Sacre du printemps) est fort appréciable. Je pense néanmoins qu'elle passerait difficilement l'épreuve d'une exécution en concert.

Phèdre, c'est aussi une question d'interprètes. Avantage à Agnès Letestu par rapport à Marie-Agnès Gillot dans le rôle de Phèdre. Je n'avais pas eu énormément l'occasion de voir Agnès Letestu sur scène : elle m'avait plutôt décu dans Kaguyahime, mais j'avais été ému par son interprétation du rôle de Nikiya (La Bayadère). Là où je ne voyais que de grands mouvements de bras de l'interprétation de Marie-Agnès Gillot, Agnès Letestu m'a paru plus convaincante.

Dans le rôle de Thésée, j'ai vu deux fois Nicolas Le Riche (avec Marie-Agnès Gillot). La première fois, en matinée, il avait paru un peu fatigué et son maquillage était complètement raté (presque comme si sa perruque avait été collée sur son front avec du scotch). Ce soir, il était en très grande forme et son maquillage était beaucoup mieux réussi. Dans ce rôle, j'ai également apprécié Stéphane Bullion (qui dansait avec Agnès Letestu).

Le rôle d'Hippolyte me semble être le rôle masculin le plus important, puisqu'il a un pas de deux aussi bien avec Aricie qu'avec Phèdre. Entre Karl Paquette et Josua Hoffalt, ma préférence va à ce dernier qui a été tout simplement épatant hier. L'interprétation du pas de deux Hippolyte/Aricie a été assez différente entre les deux couples Hoffalt/Froustey et Paquette/Ould-Braham. J'ai préféré l'Aricie de Myriam Ould-Braham, même si j'ai bien aimé la façon tendre et amoureuse qu'avaient Josua Hoffalt et Mathilde Froustey d'interpréter le pas de deux.

Outre la Phèdre d'Agnès Letestu, les plus beaux moments lors de ces représentations sont venus de l'interprétation du rôle d'Œnone par Alice Renavand (qui depuis que je vais à l'Opéra m'a toujours au minimum enchanté).

Psyché

Le deuxième ballet de la soirée est de Ratmansky (qui a aussi commis Flammes de Paris). Le ballet a été créé le 22 septembre dernier. C'est un beau spectacle, qui flatte le spectateur en ce qu'il est immédiatement accessible, voire simpliste. Les décors sont à peu près inutiles : avec un fond noir (ou bleu), cela aurait été aussi bien. La simplicité de l'argument fait qu'en dehors des passages explicitement narratifs, la chorégraphie ressemble essentiellement à du remplissage. Cela reste mignon comme tout à regarder, mais le balletomane s'ennuie un peu (mais quand même mille fois moins que pendant L'Anatomie de la sensation !).

L'argument est essentiellement le suivant. Psyché est portée par des zéphyrs. Elle rencontre Eros, mais elle ne doit pas chercher à connaître son visage. Manipulée par ses deux sœurs jalouses (elles-mêmes un peu manipulées par Vénus), elle utilise une lampe pour voir son visage. Sa punition est d'être exilée dans un lieu repoussant. Mais tout s'arrange après qu'avec Eros, elle a supplié Vénus de la pardonner.

Pendant les scènes centrales, on doit subir l'attentat au bon goût que constituent les costumes de six couples de danseurs qui en quelque sorte commentent l'action. Les filles sont des filles-fleurs, les garçons ont des costumes faisant penser à des animaux (mais le costume d'un d'entre eux, s'il est peut-être censé évoquer un crapaud, fait plutôt penser à un nageur en combinaison et bonnet de bain).

Si je ne me suis pas excessivement ennuyé pendant ces représentations, c'est grâce à la musique de Franck. Pendant les p, on aurait presqu'envie de chuchoter aux danseurs de réduire le bruit de leurs pas (ce n'est pas le genre de choses qui pourraient arriver avec du Minkus !). Cela dit, on a parfois l'impression d'entendre des thèmes de sa symphonie en ré mineur. Dans Lohengrin (Wagner) il se trouve un motif appelé Le Mystère du nom. Elsa a l'interdiction de chercher à connaître le nom du héros. Bien sûr, elle n'arrivera pas à se retenir de poser la question. J'ai été amusé d'avoir l'impression d'entendre dans la musique de Franck un motif qui semble attaché à la même idée. Ce motif est d'abord chanté par le chœur :

Mais, Psyché, souviens-toi
Que tu ne dois jamais
De ton mystique amant connaître le visage

Le motif sera repris plus loin par l'orchestre.

Chose inhabituelle pour un ballet, il y a en coulisses le Chœur de Radio France. Le texte n'en reste pas moins presque parfaitement intelligible. Il y a au moins un moment où il y a une incohérence entre le texte chanté et ce qui se passe sur scène. Quand le chœur chante Amour, Elle a connu ton nom. puis Son châtiment commence..., Psyché, sur scène, est en train de se faire manipuler par ses sœurs. Elle n'a pas encore connu le nom d'Amour...

Du côté des interprètes, même si j'ai toujours un faible pour Dorothée Gilbert, j'ai préféré Aurélie Dupont dans le rôle de Psyché. Je ne sais pas si cela tient au fait que les cheveux de cette dernière étaient attachés dans un soigneux chignon tandis que ceux de Dorothée Gilbert (sauf erreur de ma part) flottaient au vent des zéphyrs. L'interprétation de Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio étaient beaucoup plus légère et insouciante que la plus sérieuse manière qu'avaient Dupont et Bullion de danser.

Dans le rôle de Vénus, Alice Renavand ne m'a pas paru très à l'aise (mais est-il raisonnable de la solliciter à ce point : elle danse tous les soirs dans Phèdre ou dans Psyché...). J'ai donc préféré Amandine Albisson qui m'a tout particulièrement enchanté ce soir.

J'espère que la prochaine création à l'Opéra (La Source) tiendra davantage ses promesses que celle-ci...

Lien permanent — Commentaires


Kumari Sukanya Kumar au Narada Gana Sabha Mini-Hall

2011-08-22 18:37+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde X

Narada Gana Sabha, Chennai — 2011-08-19

Kumari Sukanya Kumar, bharatanatyam

Vendredi après-midi, je me suis rendu au Narada Gana Sabha Mini-Hall, une salle que je connaissais déjà. Il s'y est tenu un festival de quelques jours : le dixième festival annuel de musique et de danse sur des composition de Dr. Rukmini Ramani. Celle-ci était installée au premier rang. Ayant pris place de l'autre côté de l'allée, je l'ai vue bénir la jeune danseuse qui était venue recueillir sa bénédiction en lui présentant ses grelots de chevilles et en se prosternant à ses pieds.

Le programme interprété sur une musique enregistrée n'a duré qu'une heure, mais la danseuse m'a semblé faire preuve de grandes qualités.

La première pièce évoquait Shiva-Nataraja avec et sans les pieds et dans sa chorégraphie elle a représenté un éléphant de la plus belle des manières.

Dans la deuxième, elle a inséré des passages rythmiques alors même que la musique restait mélodique (contrainte du festival...). La pièce représentait des oiseaux, une jeune femme et a évoqué divers arts : écriture, sculpture, danse (shiva-Nataraja), musique (flûte, vîna). Shiva a aussi été représenté sous la forme du lingam.

Tout ce que je sais du Varnam, la pièce principale, est qu'elle était sur le raga Vasanta. Cette fois-ci, la musique enregistrée contient de vraies parenthèses rythmiques. La pièce semble centrée sur Shiva : son troisième œil, sa puissance, son chignon d'ascète. Élément original de la chorégraphie : une courte suite de pas qui sera répétée quatre fois au cours du Varnam. L'aspect narratif de la pièce m'échappe. À un moment, une femme s'écroule. Est-elle morte ? Se lamente-t-elle ? En tout cas, la pièce se termine avec la danseuse en équilibre dans la pose Shiva-Nataraja.

Dans la pièce suivante, la danseuse évoque l'enfance de Krishna et son rôle de cocher dans le Mahabharata. Ensuite, dans une pièce au rythme rapide, elle a évoqué la déesse Devi et notamment ses aspects furieux. L'avant-dernière pièce était une sorte de divertissement dans lequel l'intrigue semblait reposer sur des sortes d'haltères, mais je n'ai pas compris où cela allait. Enfin, dans son Thillana, la danseuse a encore une fois évoqué Shiva.

Si la technique de la danseuse m'a plu, je suis déçu d'être autant passé à côté des aspects narratifs des chorégraphies.

Lien permanent — Commentaires


Smt. Subhashini Vasanth au Bharatiya Vidya Bhavan

2011-08-15 15:32+0530 (திருவண்ணாமலை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde X

Khincha Auditorium, Bharatiya Vidya Bhavan, Bangalore — 2011-08-13

Smt. Subhashini Vasanth, bharatanatyam

Samedi soir, je suis allé au Bharatiya Bidya Bhavan sur Racecourse Road à Bangalore pour assister au récital de bharatanatyam de Smt. Subhashini Vasanth. Ce récital, gratuit, était organisé par l'Indian Council for Cultural Relations. Le thé, le café et les petits gâteaux étaient offerts avant le spectacle.

Étant arrivé en avance, j'ai assisté à la préparation de la scène. On a installé un Shiva-Nataraja doré flanqué de deux servantes sur le côté. On les a décorés de fleurs oranges et blanches et on a allumé la lumière.

Le récital a été précédé d'un petit discours en kannada, puis d'un numéro purement musical : une prière dans laquelle les noms de quelques divinités étaient prononcés.

La danseuse est entrée en scène pour une pièce presqu'uniquement rythmique. Il s'agissait de rendre hommage à Shiva-Nataraja et de lui offrir (au sens propre) des fleurs. Bizarrement, quand elle évoque Shiva-Nataraja, le seigneur de la danse, la danseuse n'utilise que ses mains et ses bras. Ce sera une constante jusqu'à la fin du récital : à aucun moment, elle ne lèvera la jambe gauche au-dessus du genou droit. C'est la première fois que je vois ça.

Le Varnam, la pièce principale, est centré sur une Nayaki, une femme qui se languit de Shiva. Apparemment, elle arrive à ses fins. La danseuse est accompagnée d'un joueur de nattuvangam qui m'a fait une très bonne impression dans les nombreux passages rythmiques de danse pure, le joueur de mridangam m'ayant moins convaincu. La chanteuse et la flûtiste jouaient aussi très harmonieusement. Malheuheureusement, on n'entendait la vîna (un instrument que j'apprécie beaucoup) que dans ses solos du fait d'un mauvais réglage des micros. Lors de ce Varnam, la danseuse va évoquer plusieurs aspects de Shiva. De façon opposée aux passages rythmiques rapides, il y aura aussi une sorte d'adage. Je n'ai pas très bien compris la fin où le texte et la chorégraphie semblaient évoquer l'onde de l'Océan (Sagara).

Ce type de sujets (femme se languissant de Krishna ou de Shiva) n'est pas parmi mes préférés. Tout est centré sur l'attitude de la jeune feme. Il n'y a pas vraiment d'histoire puisque c'est essentiellement du sur-place. Il y a du remplissage avec les passages rythmiques (pas toujours très synchro). Ce n'est ni abstrait ni narratif. Bref, ce n'est pas ma tasse de thé.

Dans la pièce suivante où l'interprète âgée de vîna peut enfin se mettre en valeur, la danseuse devient une dévôte de Devi qui se plaint auprès de la Déesse : Ne suis-je qu'une marionnette pour Toi ?. Beaucoup de travail au sol dans cette pièce où est représenté le culte ordinaire.

L'avant-dernière pièce présente des scènes du Ramayana sur un Bhajan de Tulsidas. Après un prologue dans lequel le poète Tulsidas est inspiré par Saraswati, la première scène est le Janaki Swayamvaram : l'épreuve que Rama réussit pour obtenir la main de Sita, fille de Janaka. Dans cette épreuve, les prétendants doivent bander l'arc de Shiva. Seul Rama est représenté, et sa réussite est montrée de façon très furtive. Je n'ai pas bien situé la deuxième partie de la pièce où il était question de la croissance d'un enfant et où apparaissait aussi une femme vieille ou bossue. Cela pourrait être Manthara, mais présenter la naissance des fils de Dasharatha après le mariage de Rama serait curieux d'un point de vue chronologique. C'est pourtant cette pièce que j'ai le plus appréciée.

Le récital s'est conclu par un Thillana, de la danse pure rythmée évoquant Krishna joueur de flûte. La musique de cette pièce s'est enchaînée avec celle de Vande Mataram, tandis que la danse passait de la rapidité d'exécution à l'adage.

Ce n'était pas un des meilleurs récitals de bharatanatyam auxquels j'aie assisté. D'une part, le style des pièces n'étaient pas ceux que je préfère. D'autre part, la très-honorable prestation de la danseuse n'était pas exceptionnelle.

Je suis retourné au même restaurant que la veille. À l'entrée, il est impressionnant de voir plus d'une trentaine de poulets embrochés par cinq en train de rôtir. La veille, juste après le coucher du soleil, la plupart des client étaient manifestement musulmans. Le lendemain, un peu plus tard dans la soirée, il y avait hindous et musulmans. Curieusement, les plats du Sud de l'Inde (dosa, appam, idli, etc) n'y sont pas servis avec du sambhar avec avec d'autres plats (masalas divers).

À la table devant la mienne, un quatuor d'hommes d'apparence ordinaire mangeaient. Quand ils sont partis, le premier s'est avéré être un nain. Le deuxième était en béquilles. Le troisième normal et le quatrième, qui était le plus souvent dans mon champ de vision s'est déplacé vers le côté de la banquette. Il m'a paru encore plus petit que le nain. Puis il a touché le sol. L'explication est venue : il n'avait pas de jambes... How unexpected!

Lien permanent — Commentaires


Gayatri Sriram au NCPA

2011-07-25 14:32+0530 (पुणे) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde X

Dance Theatre Godrej, National Centre for the Performing Arts, Mumbai — 2011-07-23

Gayatri Sriram (disciple de Smt. Minal Prabhu), bharatanatyam

Panchakanya

Avant-hier soir, je suis allé au NCPA pour voir Panchakanya, le récital de bharatanatyam de Gayatri Sriram (chorégraphié par sa guru Smt. Minal Prabhu). La première impression n'a pas été extraordinaire. Il y avait pourtant un effectif musical inhabituellement fourni : mridangam, nattuvangam, voix, flûte, sitar. Mais par ailleurs, on laissait entrer n'importe comment les retardataires. D'autres sortaient, re-rentraient, voire dans un cas, re-sortaient pour ce bon en cours de route. Bref, difficile de se concentrer sur le spectacle.

La pièce introductive est une invocation de la déesse, Devi. Elle s'enchaîne avec la première partie du programme Panchakanya proprement dit. La première des cinq (Panch) jeunes femmes (Kanya) est Ahilya (sic). Les cinq femmes évoquées successivement étant des personnages du Ramayana (quatre) ou du Mahabharata (une seule), je connaissais déjà très bien leur histoire qui a de toute façon été rappelée avant chaque partie. Pourtant, je n'ai à peu près rien saisi de la partie concernant Ahalya (et je ne suis même pas certain d'avoir bien compris où était la transition par rapport à la pièce introductive). J'ai vaguement cru comprendre qu'il y avait une femme dévôte et qu'à la fin elle était en quelque sorte prise en flagrant délit d'adultère (Indra ayant pris la forme de son époux Gautama). A priori, rien sur la malédiction qui l'avait transformée en pierre avant que Rama ne la libère.

Je commençais à avoir de gros doutes et puis est venue la partie consacrée à Draupadi. Elle comptait deux scènes. La première était celle de son svayamvar : une cérémonie au cours de laquelle une jeune femme choisit son époux. En l'occurrence, le choix devrait se porter sur celui qui montrerait son adresse à l'arc. C'est Arjuna qui l'emporte. Il me semble que la danseuse a plusieurs fois souligné le fait que celui-ci était un brâhmane, en tout cas au moins un deux-fois-né, reonnaissable à son cordon sacré. Alors en fuite après l'incendie de la maison de laque, Arjuna se cachait en se faisant passer pour un brâhmane. La deuxième scène est celle du jeu de dés. Yuddhishthira a tout perdu contre Duryodhana (qui faisait jouer un tricheur à sa place), y compris lui-même et Draupadi. Duryodhana envoie Duhshasana la chercher. Elle refuse de se laisser faire, mais il la traîne de force par les cheveux (c'est beaucoup moins soutenable que la dernière scène du premier acte du Crépuscule des Dieux où Siegfried ayant pris les traits de Gunther malmène Brünnhilde). Ensuite, il tire sur son sari, mais de nouveaux mètres de tissu apparaissent prodigieusement au fur et à mesure. Elle avait en effet adressé une prière à Krishna. Cette deuxième scène du jeu de dés était tout particulièrement bien chorégraphiée et très émouvante.

Comme dans tout le programme, la musique semble le résultat d'un très bon travail visant à accompagner la dramaturgie. Cela se voit dans le texte, que je ne comprends pas, mais qui contient suffisamment de mots-clefs pour qu'il soit évident que les mots employés collent à l'action. L'utilisation des différents instruments et les choix de dynamique permettent de souligner les passages importants. De façon assez originale, les passages purement rythmiques sont accompagnés non pas seulement du mridangam et du nattuvangam (auxquels s'ajoutent la voix de la guru dictant le rythme), mais aussi de la voix du chanteur, absolument extraordinaire (je n'ai jamais entendu un chant d'une telle qualité lors d'un récital de bharatanatyam, à part Aruna Sairam, mais c'était dans un contexte un peu particulier.

Il s'agit donc d'un récital de bharatanatyam dans un style très narratif, comme j'en ai rarement vu. C'est cependant moins dansant que ne l'était Srithika Kasturi Rangam. Cela dit, les passages rythmiques de danse pure étaient très bien.

Après Draupadi, c'est au tour de Sita. Là encore, l'histoire est parfaitement claire. Elle est découverte dans un sillon de terre par Janaka, qui l'élève. Lors de son svayamvar, Rama l'obtient en bandant l'arc de Shiva. J'avais déjà vu plusieurs fois cette scène particulière lors d'autres récitals. Ici, comme dans l'ensemble du récital, cela pèche un peu par la consision du propos. Il aurait été intéressant (et sans doute plus divertissant) de ne pas montrer seulement Rama en train de réussir l'épreuve, mais aussi de souligner la difficulté de la tâche en montrant quelques autres en train d'échouer plus ou moins lamentablement (le même problème se posait aussi avec l'épreuve réussie par Arjuna). Le plus beau passage de cette partie est intervenu ensuite. Alors qu'elle est dans la forêt avec Rama et Lakshmana, elle aperçoit une antilope dorée (en fait un démon qui a pris cette forme pour la tromper) ; elle demande à Rama de la lui capturer. Lakshmana finit par y aller aussi. Laissée seule, elle est enlevée par Ravana, que la danseuse a caractérisé en suggérant la présence de multiples têtes. Là, il y a eu une brutale ellipse, puisqu'on s'est retrouvé presqu'aussitôt à la fin de la guerre entre les démons d'un côté et Rama et les singes de l'autre. C'est seulement par les lumières qu'a été suggéré l'épreuve du feu que s'inflige Sita pour prouver sa vertu (cela a été presque furtif, pas du tout spectaculaire). Ensuite, la rumeur publique s'empare du bon sens de Rama qui envoie son frère abandonner Sita dans la forêt. Le public mumbaïte a laissé échapper quelques applaudissements lorsque Sita est brièvement sortie de scène (en pensant sans doute que cela signifiait la fin de la pièce) pour revenir aussitôt en ayant donné naissance à ses deux fils jumeaux. La fusion finale de Sita avec la Terre au moment où Rama venait la reprendre n'a été malheureusement suggérée que par les lumières.

C'est Tara, une autre femme du Ramayana, qui a été évoquée ensuite. Cela m'a semblé moins clair, la seule scène bien identifiable a été celle où Rama tue d'une flèche le singe Valin au cours du duel entre Valin et son frère Sugriva.

La dernière femme évoquée est Mandodari, l'épouse de Ravana. Essentiellement, on la voit jouir du luxe de Lanka, puis se lamenter de la mort de Ravana après qu'il a été tué par Rama.

Bien qu'il ne m'ait pas semblé entièrement satisfaisant, j'ai beaucoup apprécié ce récital, qui s'est conclu par les salutations traditionnelles dans un Mangalam.

Lien permanent — Commentaires


Les Enfants du paradis à Garnier (dernière)

2011-07-16 01:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-07-15

José Martinez, chorégraphie, adaptation

Marc-Olivier Dupin, musique

François Roussillon, adaptation

Ezio Toffolutti, décors

Agnès Letestu, costumes

André Diot, lumières

Arantxa Sagardoy, assistante du chorégraphe

Jean-François Verdier, direction musicale

Agnès Letestu, Garance

José Martinez, Baptiste

Florian Magnenet, Frédérick Lemaître

Vincent Chaillet, Lacenaire

Clairemarie Osta, Nathalie

Caroline Robert, Madame Hermine

Yann Saïz, Le Comte

Aurélien Houette, Avril, complice de Lacenaire

Arnaud Dreyfus, Jéricho, le marchant d'habits

Takeru Coste, Arlequin

Aurélie Bellet, Rigolette

Christelle Granier, Pamela

Charlotte Ranson, Desdémone

Sarah Kora Dayanova, La Ballerine

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Les Enfants du paradis, ballet en deux actes d'après le scénario de Jacques Prévert et le film de Marcel Carné

Approchez Mesdames et Messieurs. Pour la dernière fois ce soir, et sans majoration du prix des places : Les Adieux de José Martinez. C'est ce qu'un des personnages crie lors de la première scène Le boulevard du Temple. La première de cette reprise ayant été annulée (j'ai déjà reçu le virement de remboursement !), c'est donc uniquement à cette dernière que j'assiste. Je l'avais réservée dès qu'il avait été annoncé que José Martinez y danserait pour la première et dernière fois le personnage de Baptiste.

Je retrouve un ballet que j'avais aimé lors de sa création. Entretemps, j'ai vu le film de Marcel Carné (curieusement ; lors de la création, le ballet était d'après le scénario de Jacques Prévert, lors de cette reprise, c'est d'après le scénario de Jacques Prévert et le film de Marcel Carné). Tant qu'à faire, on aurait aussi pu recatégoriser l'ouvrage en ballet-pantomime, puisque pendant plus de deux heures, c'est quand même avant tout de pantomime qu'il s'agit. Il se trouve cependant quelques très beaux moments vraiment dansés.

Les rôles principaux sont tous interprétés de façon enthousiasmante voire très enthousiasmante. Bien sûr, il y avait le couple principal Agnès Letestu (Garance) et José Martinez (Baptiste), et les autres, mais ceux qui m'ont le plus impressionné sont Yann Saïz (Le Comte) et surtout Florian Magnenet (Frédérick Lemaître), dont on se demande s'il n'a pas été un peu inspiré par Ivan Vasiliev (en sautant un peu moins haut, certes). Le passage dansé le plus spectaculaire est le ballet à l'intérieur du ballet Robert Macaire où, accompagné par le corps de ballet, Frédérick Lemaître danse avec la Ballerine (Sarah Kora Dayanova). Il était décidément partout parce qu'à l'entr'acte, il mettait à mort Desdémone (Charlotte Ranson) au Théâtre du Grand Escalier, passage que j'ai mieux vu cette fois-ci, depuis le niveau des deuxièmes loges, même si un éblouissant chandelier m'a empêché d'apprécier la fin.

Du côté de la musique, on a l'impression d'entendre un remix de tout le répertoire (il y a par exemple quelques passages très mozartiens dans le premier acte). C'est indiscutablement agréable à écouter, le rythme est assez marqué et la musique est suffisamment répétitive pour qu'on soit entraîné par la musique. On entend quelques emprunts et citations (notamment le début de la musique de la pub' CNP : la Valse nº2 de la Suite pour orchestre de variété nº1 de Chostakovitch). Cependant, il y a aussi des transitions à la façon des musiques de film d'horreur qui sont à la limite du vulgaire. Que ce soit pour la musique ou la danse, on est loin d'assister à un ballet intellectualisant, on est plutôt dans le grand spectacle.

Les saluts ont été particulièrement émouvants pour cette dernière de José Martinez (qui reviendra comme étoile invitée l'année prochaine...). On a vu des lâchers de ballons aux couleurs de l'Espagne. Le danseur a été très longuement applaudi et il y a eu une énorme standing ovation. Vers la fin, il est même descendu triompher au milieu du public le long de l'allée au milieu du parterre (les strapontins n'étant pas utilisés puisque le personnage de Garance doit emprunter ce même chemin dans le ballet). Quelques ¡Olé!...

Lien permanent — Commentaires


Le Miami City Ballet au Châtelet

2011-07-15 00:24+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Théâtre du Châtelet — 2011-07-14

Miami City Ballet

Edward Villella, direction artistique

Orchestre Prométhée

Gary Sheldon, direction musicale

Maurice Ravel, musique (Valses nobles et sentimentales, La Valse)

George Balanchine, chorégraphie (1951)

Karinska, costumes

Jean Rosenthal, lumières

Jennifer Carlynn Kronenberg, Carlos Guerra

Isanusi Garcia-Rodriguez, la mort

La Valse

Frédéric Chopin, musique (quatre nocturnes pour piano, op. 27 nº1, op. 55 nº1 et 2, op. 9 nº2)

Jerome Robbins, chorégraphie (1970)

Anthony Dowell, costumes

Jennifer Tipton, lumières

Francisco Rennó, piano

Tricia Albertson, Didier Bramaz

Mary Carmen Catoya, Reyneris Reyes

Jeannette Delgado, Renato Penteado

In the Night

Igor Stravinski, musique (Symphony in Three movements)

George Balanchine chorégraphie (1972)

Karinska, costumes

John Hall, lumières

Katia Carranza, Carlos Guerra

Tricia Albertson, Daniel Baker, Patricia Delgado, Renan Cerdeiro

Symphony in Three Movements

J'ai décidé au dernier moment d'aller voir le Miami City Ballet au Châtelet : ce soir, il y avait un programme Balanchine/Robbins.

Le premier ballet, sur une musique de Ravel, était un fort agréable divertissement bourgeois. Des couples dansent la valse. Dans le couple principal, la danseuse se fait séduire par un homme en noir qui lui offre des bijoux et de nouveaux vêtements noirs. C'est la mort incarnée. Le ballet est tout juste divertissant, aucunement désagréable à voir, mais la musique interprétée par l'orchestre de jeunes Prométhée me plaît (jolis glissandos des harpes).

Le deuxième ballet est In The Night de Jerome Robbins que j'avais déjà vu dansé par des danseurs du ballet de l'opéra. Je n'ai plus de souvenir précis du décor d'alors. Celui du Miami City Ballet est peut-être un petit peu kitsch : on voit quelques étoiles briller dans le fond. Pour moi, le problème avec cette représentation a été le pianiste. Cela m'a paru très mécanique, sans nuances, bref cela manquait d'interprétation... au point que les deux premiers nocturnes joués m'ont paru presqu'insupportables (en temps normal, je ne suis déjà pas très friand de Chopin, alors là...). Comme la première fois, c'est surtout le pas de deux du troisième couple qui m'a plu, tout comme la quatrième et dernière partie où ils reviennent tous.

Le dernier ballet présenté a été Symphony in Three Movements de Balanchine, sur une musique du même nom de Stravinski. Lors le premier mouvement de cette symphonie, j'ai souvent pensé au Sacre du printemps (un peu plus loin, on trouve aussi un duo de bassons !). Le pianiste de l'orchestre aurait probablement été meilleur que le soliste entendu dans In The Night... Pour ce qui est de la danse, cela m'a fait un peu penser à Rubis (Joyaux) du même chorégraphe. Cela fait assez plaisir de voir les ensembles de danseurs évoluer de façon homogène sur le plateau. Pour le reste, je ne sais pas ce que ce ballet raconte. Vu les costumes, cela pourrait être des jeux plus ou moins sportifs (une sorte d'aérobic) situés sur une plage...

Sans me plaire ou m'étonner autant que d'autres compagnies invitées ici ou là (Ballet du Théâtre Bolchoï, Ballet de Hamburg, Béjart Ballet Lausanne, Ballet national de Chine, Ballet royal du Cambodge), le Miami City Ballet m'a fait passer une bonne soirée et j'ai été content de découvrir deux autres ballets de Balanchine.

Lien permanent — Commentaires


L'Anatomie de la sensation à Bastille

2011-07-02 23:51+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Bastille — 2011-07-02

Mark Anthony Turnage, musique (Blood on the Floor, 1994)

Wayne McGregor, chorégraphie

John Pawson, scénographie

Moritz Junge, costumes

Lucy Carter, lumières

Laïla Diallo, assistante du chorégraphe

Jérémie Bélingard, Mathias Heymann, Marie-Agnès Gillot, Dorothée Gilbert, Laurène Lévy, Audric Bezard, Alice Renavand, Josua Hoffalt, Myriam Ould-Braham, Simon Valastro, Aurélie Dupont

Ballet de l'Opéra

Ensemble Intercontemporain

Peter Rundel, direction musicale

John Parricelli, guitare électrique

Peter Erskine, batterie jazz

Martin Roberston, saxophone, clarinette

Michel Benita, guitare basse

Willi Bopp, son

L'Anatomie de la sensation, pour Francis Bacon (création)

Je n'avais pas prévu d'aller à la création de L'Anatomie de la sensation, pour Francis Bacon de Wayne McGregor. Elle devait avoir lieu vendredi dernier, en même temps que la première de la reprise des Enfants du paradis. J'avais choisi cette dernière, mais les deux représentations ont été annulées en raison d'une grève des personnels de l'Opéra à propos de leur régime spécial de retraites.

La deuxième représentation, prévue samedi à 14h30, a également été annulée par manque de répétitions. Mon billet pour cette troisième représentation m'a donc permis, par hasard, d'assister à la création du ballet. Celle-ci a été retardé d'une bonne dizaine de minutes pour faire rentrer les nombreux retardataires (l'entrée dans l'Opéra Bastille n'étant pas facilitée les mesures de sécurité inquisitoriales associées à une manifestation qui avait lieu sur la place de la Bastille à propos de la Côte d'Ivoire).

Ce ballet ne m'a procuré aucune émotion. Ni adhésion, ni rejet. Juste un vide. La musique de Mark Anthony Turnage (1994) n'est pas extraordinaire non plus. Que ce soit dans la musique ou dans la chorégraphie, on ne voit pas du tout où cela mène. Dans la musique, quelques passages pas désagréables du tout grâce à la guitare électrique, mais cela ne fait que deux ou trois numéros sur les neuf parties de la partition et du ballet. La seule chose qui m'ait plu, c'est la scénographie. Le décor est constitué de deux grands panneaux blancs verticaux qui peuvent tourner. Ce serait plus précisément deux éléments comprenant chacun deux panneaux blancs reliés le long d'un côté commun (vertical), les panneaux formant un léger angle (qui est peut-être variable, je ne suis pas sûr d'avoir bien vu). Cela m'a laissé légèrement dubitatif au début, mais par la suite, les lumières et les rotations des panneaux ont créé de très belles configurations, dans lesquelles les danseurs passaient parfois de la lumière à la pénombre.

Autant chez Anna Teresa de Keersmaeker, on peut croire qu'il y a une organisation subtile derrière le désordre apparent, autant ici, tout semble aléatoire, comme passé par un générateur automatique de chorégraphies. Il y a bien eu quelques moments peu déplaisants, mais dans l'ensemble, je trouve que c'est assez mauvais. Comment un chorégraphe peut-il faire en sorte qu'on ait des difficultés à reconnaître Myriam Ould-Braham ?! Parmi les danseuses dont j'arrive à retenir quelques images de ce spectacle, il y a Marie-Agnès Gillot, Alice Renavand et Aurélie Dupont. (J'avais d'ailleurs pris cette place en plus de mon abonnement pour voir Aurélie Dupont qui revient dans cette série de représentation après un congé de maternité. On la voit en tout moins de dix minutes...)

J'avais mal lu la fiche de distribution et pensais que l'œuvre ne comportait que huit parties. Quand Alice Renavand et Josua Hoffalt ont terminé leur partie Crackdow, je pensais que c'était terminé. La neuvième et dernière partie Dispelling the Fears a été un quasi-supplice pour moi, parce que d'une part la musique me déplaisait franchement, et d'autre part il y avait un voile à l'avant-scène qui faisait qu'on ne distinguait plus grand'chose de ce qui se passait sur la scène (qui était faiblement éclairée).

Bref, c'est sans aucune doute ma plus mauvaise expérience de spectateur avec le Ballet de l'Opéra. La seule autre fois où j'étais sorti vraiment peu enthousiaste, c'était pour la soirée Amoveo/Répliques/Genus des chorégraphes Millepied/Paul/McGregor. Pourtant, ce soir-là, j'avais plutôt apprécié Genus...

Lien permanent — Commentaires


Lavanya Ananth au Centre Mandapa

2011-06-29 01:23+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne

Centre Mandapa — 2011-06-28

Lavanya Ananth (disciple de Sri Rajaratnam Pillai, Smt. K. S. Sarosa et Padmabushan Smt. Kalanidhi Narayanan), bharatanatyam

Je suis allé aujourd'hui pour la première fois au Centre Mandapa, à l'occasion d'un récital de bharatanatyam de Lavanya Ananth. Ce spectacle a été une de mes toutes meilleures expériences de spectateur de ce style de danse.

La salle de spectacle accueille environ 40-50 personnes. La scène est d'une étendue assez réduite, mais est toute entière offerte à la danseuse puisque la musique est enregistrée. Une sculpture de Shiva-Nataraja et quelque bâtonnet d'encens sont néanmoins sur le côté droit de la scène, comme il est de coutume.

(L'orthographe des noms des différentes pièces sera approximative... La première est Netanjali, une pièce de danse pure comportant quelques passages purement rythmiques. La première impression est fabuleuse. La danseuse ne fait pas preuve de virtuosité gratuite. Si sa danse s'accélèrera parfois jusqu'à ne laisser paraître que furtivement certaines poses, elle n'est jamais heurtée ou saccadée. Quand il le faut, elle sait en effet maintenir ses pieds presqu'immobiles alors que le haut du corps travaille, mais dans ses pas, elle fait également preuve d'une éblouissante musicalité (et ce malgré l'écho qui brouille quelque peu l'audition de la musique). À cette pièce s'enchaîne la deuxième, Ambashtuti, qui évoque plusieurs formes de la déesse (sous les noms de Parvati, Kali, Sarasvati, Mohini, etc.). Sans être exactement narrative, cette pièce illustre différents aspects de la déesse de façon très visuelle. On la voit tour à tour sous une forme séduisante, terrible, guerrière ou musicienne (Sarasvati, joueuse de vîna). (Quelques passages rythmiques très dynamiques dans cette pièce.) Si le spectacle s'était arrêté là, j'en eusse déjà été fort satisfait !

La pièce principale est bien sûr un Varnam. Il est question d'une jeune femme qui se languit, non pas de Krishna, mais de Shiva-Nataraja. C'est donc une version shivaïte de l'assimilation de la dévotion à une relation amoureuse, ou encore d'un parallèle avec les amours divines. La jeune femme a d'abord l'impression d'être délaissée. Un archer, est-ce Kama-Cupidon ? lance ses traits. La fin évoquant le foisonnement printanier de la nature est assez tumultueux. Je ne l'ai pas reconnue dans le développement, mais dans l'introduction était évoquée parmi les créatures de la nature, celle du paon. Peut-être s'agissait-il d'une référence à une légende liée au temple Kapaleshwarar assimilant Parvati éprise de Shiva à une paonne ? Seul regret par rapport à ce Varnam, le passage rythmique beaucoup trop long qui est intervenu peu après le début.

La pièce suivante est intitulée Jagadotarana. Elle évoque l'enfance de Krishna à travers le personnage de Yashoda, la mère adoptive de Krishna. La façon dont la danseuse passe successivement d'un personnage à l'autre est stupéfiante. Son attitude, l'expression de son visage, son regard passant d'un extrême à l'autre à chaque changement de personnage. Tantôt elle est la mère, qui joue avec le très jeune enfant ou le gronde, tantôt elle est une sorte de narrateur extérieur, tantôt elle semble évoquer des exploits du jeune Krishna relatés notamment dans le Harivamsha (j'ai cependant été surpris que l'épisode du pot de beurre n'ait pas été évoqué). Sait-elle que son fils est le Dieu universel ? Apparemment non, elle est tout à son amour maternel.

Comme dans la pièce précédente, la suivante ne contiendra pas de passages rythmiques. Celle-ci évoque encore un amour avec un Dieu, cette fois-ci Padmanabha (dont j'ignorais avant de rechercher à l'instant ce nom sur Wikipedia que c'était un des noms de Vishnu). La fille est vraiment trop jeune. Elle repousse le dieu fort entreprenant. Elle lui dit néanmoins qu'il pourra revenir, quand elle sera plus grande...

La dernière pièce du récital m'a semblée superbe. On retrouve quelques brefs passages rythmiques insérés dans une évocation d'Ardhanarishvara, une représentation androgyne de Shiva et Parvati (dont je me souviens avoir vue lors d'une visite à la galerie des bronzes au Government Museum à Chennai lors de mon deuxième voyage en Inde). La moitié gauche est Parvati, la moitié droite est Shiva. Dans cette pièce (dont la partie chantée est sur un texte d'Adi Shankara), la danseuse a montré de façon saisissante le contraste entre les deux parties. Cela m'a permis de valider quelques éléments du bharatanatyam que j'avais conjecturés depuis un certain temps déjà, comme la façon de représenter la chevelure de Shiva comme une menaçante ondulation des mains de part et d'autre de la tête (exécutée ici bien évidemment uniquement du côté droit).

Je n'ai pas vu passer le temps lors des quelque deux heures du récital ! J'espère que j'aurai à nouveau l'occasion de voir cette danseuse, ou à défaut d'autres ayant des styles semblables.

Lien permanent — Commentaires


Gangâ à Sucy-en-Brie

2011-06-19 23:31+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Au bout de l'Allée des Berges, Sucy-en-Brie — 2011-06-19

Brigitte Chataignier, Hélène Marionneau, Mallika Thalak (Compagnie Prana), danse

Brigitte Chataignier, direction artistique et chorégraphique

Zéno Bianu, texte, voix

Alain Kremski, musique, piano et bols chantants

Denis Gambiez, réalisation sonore

Philippe Lacroix, scénographie

Joe Ikareth, costumes

Sylvain Labrosse, régie plateau

Brigitte Prost, aide dramaturgie

Gangâ

Je suis retourné au festival de l'Oh ce dimanche après-midi. Cette fois-ci, c'est à Sucy-en-Brie, à un kilomètre environ de la station de RER. J'arrive un peu avant une conférence-débat Les paysans indiens face aux techniques modernes avec Esha Shah, ingénieure environnementale et anthropologue, qui s'est intéressée au phénomène du suicide des paysans en Inde. Dans son exposé, elle a présenté quelques aspects de la Révolution verte en Inde, entreprise à partir du milieu des années 1960. Elle a expliqué que paradoxalement, ce ne sont pas les paysans les plus pauvres qui se suicident : ce sont plutôt ceux qui, ayant terrains, machines et main d'œuvre, n'arrivent plus à exporter du fait de la concurrence internationale et ne parviennent plus à rembourser leurs dettes. Des expérimentations prometteuses ont été faites pour retourner à une agriculture sans pesticides, mais cela reste encore très minoritaire.

La dernière représentation du spectacle Gangâ a lieu ensuite. Le décor s'inscrit dans le cadre naturel de ce bord de Marne. Avant la représentation, les danseuses balayent le praticable en bois avec des balais de brindilles typiquement indiens. Au piano électronique, Alain Kremski, dont j'avais tant aimé Melancolia créé à Pleyel il y a un mois, se dégourdit les doigts en jouant quelques mesures de la Première Gymnopédie (Satie).

Le spectacle commence. Il met en scène trois danseuses en kurta-pyjamas (jaune, bleu et rouge) et un récitant-poète. Le texte, quasiment chuchoté, est une poésie rimée évoquant la Gangâ dans un style dépouillé et hermétique. Il ne m'en reste presqu'aucun souvenir, si ce n'est une énumération de villes et villages où passe la Gangâ (ou certains de ses affluents, puisque Kedarnath apparaissait dans cette liste). À de nombreux moments, vu l'extrême lenteur des mouvements, on est vraiment à la limite de la danse. Il faut quand même noter la difficulté qu'il doit y avoir à maintenir certaines postures pendant de longues secondes, alors que le vent s'immisce dans cette représentation en plein air.

La chorégraphe Brigitte Chataignier (que j'avais trouvée plus convaincante en danseuse de mohiniattam) utilise dans sa chorégraphie contemporaine des éléments issus des danses indiennes : mouvements rythmiques des pieds, langage des mains et des bras (évocation des poissons, des éléphants, etc). Curieusement, quand elle prend une posture qui ne peut vraisemblablement être que celle de Shiva-Nataraja, son bras gauche est orienté vers le bas alors qu'usuellement, il serait être tourné vers la droite, quasi-flasque, faisant penser à une trompe d'éléphant. Dans une scène parlée (mais inaudible) dans une langue indéterminée, il semble que les danseuses reproduisent une scène de lavandières travaillant au bord de la rivière. Plus loin, on les verra danser de façon plus enjouée sur une musique enregistrée Bollywood, circa 1950 ; ce sera le seul passage que l'on pourrait qualifier de pas de trois.

Parmi les moments saisissants, celui où la danseuse en bleu Hélène Marionneau trempe sa longue chevelure dans un mini-bassin carré placé au fond de la scène, puis se dresse, projetant ses cheveux vers l'arrière, décochant de multiples gouttelettes. La troisième danseuse (en jaune) Mallika Thalak m'a semblé particulièrement à l'aise avec les éléments de la chorégraphie provenant du bharatanatyam, en commençant par un port de tête exquisement gracieux.

La réalisation sonore de Denis Gambiez reproduit l'ambiance de scènes réelles enregistrées au bord de la Gangâ. J'ai trouvé que cela avait une importance un peu trop grande par rapport à la musique interprétée par Alain Kremski. Celle-ci se termine tout en beauté par l'utilisation de bols chantants, des instruments à percussions tout en résonance.

Globalement, le spectacle m'a un peu plu, mais sans m'enthousiasmer au plus haut point.

Lien permanent — Commentaires


“Rencontres avec le Gange”

2011-06-15 02:57+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Le Moulin Brûlé, Maisons-Alfort — 2011-06-14

Sanjip Dasgupta, sarod

Raga Desh

Brigitte Chataignier, danse

Deux pièces de Mohiniattam

À la suite de deux exposés épuisants (51 transparents en deux heures) et bien que faisant ainsi je manquais le cocktail de cette école d'été (sic), je me suis précipité à Maisons-Alfort pour aller écouter une conférence à propos de la Ganga comme me l'avait suggéré un des organisateurs, par ailleurs lyricomane.

La conférence a lieu au Moulin Brûlé, situé sur l'île de Charentonneau au bord de la Marne. Elle est précédée par deux programmes culturels.

Cela commence par un Raga de la saison des pluies (la post-traduction en français a été plus que fantaisiste sur ce point-là !) : Raga Desh, interprété au sarod par Sanjip Dasgupta, originaire de Kolkata. Le début fait penser à une traduction dans cet instrument de ce qui se fait dans la musique vocale hindustani. Pendant la première partie, les suites de notes jouées commencent systématiquement par les mêmes deux premières notes (du grave vers l'aigu). Les notes suivantes se compliquent au fur et à mesure que l'on avance. L'interprète utilise une technique élaborée de vibrato. Dans la musique carnatique, j'ai très souvent vu des violonistes jouer une note, puis faire monter le son vers l'aigu ou le grave en faisant glisser amplement le doigt de la main gauche vers le haut ou vers le bas. Il me semble que le geste n'était jamais que dans une seule direction. Ce que fait l'instrumentiste de ce soir est plus évolué : après avoir fait vibrer la corde, il peut déplacer le doigt dans une direction pour faire baisser la hauteur, puis, sans relancer la vibration de la corde, faire repartir son doigt dans l'autre direction. Plus tard, l'interprétation se fait plus virtuose et le musicien est rejoint par un tabliste (que la faible amplification de l'instrument ne permettra pas véritablement d'entendre). La sonorité du sarod (que je n'avais entendu qu'au disque) est une très belle découverte.

Ensuite, la danseuse Brigitte Chataignier entre en scène pour interpréter deux courtes pièces de Mohiniattam, la danse traditionnelle féminine du Kerala (que je n'avais vue qu'une fois lors des vingt-quatre heures du Raga). Comme il m'avait semblé la première fois, les mouvements et posture des mains rappellent ceux du bharatanatyam. Les pieds semblent avoir essentiellement un rôle rythmique (grelots aux chevilles), l'essentiel étant fait par le haut du corps. On est très loin de la recherche d'effets et de vitesse que l'on observe parfois dans le bharatanatyam. De façon amusante, il semble que comme dans la danse/théâtre du Kerala, le kathakali, un effort particulier soit porté sur l'expression faciale, par le contrôle le plus individualisé que possible des muscles faciaux (permettant de faire bouger un sourcil en maintenant le reste du visage impassible...). La première pièce était sur le Raga Cakravaka et se finissait par une prière à Shiva et Parvati, des divinités qui ont été presque furtivement évoquées dans la chorégraphie.

La deuxième pièce est un Padam (Raga Ahari ?). L'annonce du thème m'a presque fait sursauter tant il est typique : une femme se languit de Vishnu auprès de sa confidente (le Dieu est désigné par un nom inconnu de moi, peut-être parce que c'était en malayalam ?). Ce dernier sera évoqué dans la chorégraphie sous la forme où on le voit couché sur l'océan cosmique. Quand le dieu Kama lui lancera des flèches, on se serait cru dans Armide et Renaud, ballet à l'intérieur du ballet Flammes de Paris. La femme se fera ensuite aussi belle que possible pour aller à la rencontre du Dieu. Cette danse étant lente et dépourvue de spectaculaire, il me semble a priori extrêmement délicat de l'interpréter de façon convaincante. Pourtant, j'ai été assez convaincu par cette danseuse.

La conférence, qui devrait être faite par Veer Bhadra Mishra, est faite par un autre responsable de la Sankat Mochan Foundation : Prof. S. N. Upadhyay. Il commencera par expliquer le sens religieux de la Ganga pour les hindous (expliquant curieusement que les habitants de Varanasi n'en sont pas, puisqu'ils pratiqueraient le Sanatana Dharma). Sur les transparents de la présentation, on peut lire un certain nombre de śloka sanskrits avec ou non une traduction en anglais. (Il y avait une traduction simultanée en français sur écouteurs, mais j'ai préféré écouter la VO.) Du côté de la mythologie, il a fait référence à la légende suivante qui est notamment racontée dans le premier livre du Rāmāyaṇa (pour plus de détails, voir mon résumé...) :

Ils se dirigent maintenant vers Mīthilā, le royaume de Janaka. Durant ce trajet, Viśvāmitra raconte de nombreuses histoires, notamment celle de la traversée des mondes de la Gaṅgā pour rejoindre l'océan. Le roi Sagara avait obtenu de Bhṛgu une nombreuse descendance par ses austérités : sa première épouse eut un fils Asamañja et sa deuxième épouse préféra donner naissance à soixante mille fils. Sagara voulut célébrer un sacrifice de cheval, mais Indra vola le cheval, ce qui devait plonger Sagara dans le malheur. Il demanda à ses fils de retrouver le cheval : ils parcoururent la surface de la terre, puis creusèrent, creusèrent, à tel point que la terre (identifiée à l'épouse de Viṣṇu) se mit à crier. Aux extrémités des mondes souterrains, ils rencontrèrent les énormes éléphants gardiens des points cardinaux. Mais Brahmā avait tout prévu : les soixante mille fils de Sagara devaient être brûlés par l'ardeur de Viṣṇu qui avait pris la forme du sage Kapila. Le petit-fils Aṃśumān de Sagara par Asamañja était un homme bon, son grand-père lui donna la mission de retrouver ses soixante mille oncles et de retrouver le cheval du sacrifice. Il fallait procéder aux rites funéraires de ces soixante milles hommes ; la solution fut trouvée par Bhagīratha, le petit-fils d'Aṃśumān : satisfait de son ascétisme, Brahmā fit tomber les eaux de Gaṅgā sur la chevelure de Śiva. Guidée par Bhagīratha, Gaṅgā finit par s'écouler sur la terre et atteindre l'océan et les mondes souterrains pour submerger les cendres des fils de Sagara.

L'embouchure de la Ganga, au Sud de Kolkata, est justement voisine de l'île de Gangasagar. Il s'y trouve un temple qui fait référence à cette légende (mais je n'ai pas encore eu l'occasion d'y aller). C'est aussi pour cette raison qu'une des deux rivières qui confluent à Devprayag pour former la Ganga s'appelle la Bhagirathi.

Il a expliqué l'état désastreux de pollution de la Ganga (et du Varuna et de l'Assi) autour de Varanasi, la principale source de pollution étant les nombreuses évacuations d'égoûts directement raccordées au fleuve. Il a expliqué le projet de sa fondation de construire une canalisation passant sous les ghats et dans laquelle les égoûts se déverseraient plutôt que dans le fleuve, cette canalisation acheminant les eaux usées jusque sur un terrain situé au Nord Est de la ville (au prix peut-être du détournement d'un petit bras du fleuve, je ne suis pas sûr d'avoir bien compris), ce terrain (appartenant au gouvenement) pouvant accueillir un certain nombre de bassins de décantation et de retraitement (par des moyens naturels). La raison pour laquelle Veer Bhadra Mishra n'était pas présent était justement qu'il devait discuter auprès du gouvernement central de ce projet. Un autre projet-test de retraitement des eaux usées a également été évoqué : sous-dimensionné, il sera situé en amont du fleuve, non loin de la Banaras Hindu University.

Le Festival de l'Oh (centré cette année autour de la Ganga) continue ce week-end...

Lien permanent — Commentaires


Rain à Garnier

2011-05-27 00:30+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-05-26

Steve Reich, musique (Music for eighteen musicians pour ensemble avec voix, 1976)

Anne Teresa De Keersmaeker, chorégraphie (2001)

Jan Versweyveld, décors et lumières

Dries Van Noten, costumes

Aouatif Boulaich, Anne-Catherine Kunz, assistante aux costumes

Jakub Truszkowski, responsable des répétitions

Marta Coronado, Cynthia Loemij, Ursula Robb, Clinton Stringer, répétitions

Fumiyo Ikeda, Elizaveta Penkova, Taka Shamoto, Igo Shyshko collaboration aux répétitions

Ensemble Ictus

Synergy Vocals

Georges-Elie Octors, direction musicale

Alex Fostier, ingénieur du son

Florian Magnenet

Amandine Albisson

Sarah Kora Dayanova

Christelle Granier

Laurence Laffon

Marc Moreau

Charlotte Ranson

Caroline Robert

Adrien Couvez

Juliette Hilaire

Rain

Rain est la deuxième pièce d'Anna Teresa de Keersmaeker que je vois après Zeitung au Théâtre de la Ville en 2009. Je ne suis pas excessivement enthousiaste après la deuxième représentation de Rain par le corps de ballet de l'Opéra de Paris. Les dix danseurs sont en effet sujets, coryphées ou quadrille. On voit ainsi de nombreux danseurs qu'on ne voit pas forcément souvent dans des rôles importants. Malheureusement, ce n'est pas aujourd'hui que j'avancerai dans la connaissance du trombinoscope du corps de ballet, n'ayant identifié distinctement que Charlotte Ranson et Florian Magnenet...

C'est une banalité de le dire, mais la musique de Steve Reich est répétitive. Elle met en scène 18 musiciens. (En fait, il y en avait 19 avec le chef qui jouait aussi occasionnellement d'un instrument.) Dans la fosse, on aperçoit quatre pianos et un nombre invraisemblable de xylophones (et quelque vibraphone). Un violon, un violoncelle, des clarinettes, des chanteuses, des maracas. Les pianos ont une utilité mélodique, mais ils servent aussi d'instruments à percussions. On en joue simultanément jusques avec douze mains ! Malgré la sonorisation et un ingénieur du son crédité, on lit dans le programme que la représentation de cette œuvre ne nécessiterait que des instruments acoustiques, ce que j'ai du mal à croire, n'ayant pas compris l'origine de certains effets sonores. La musique est répétitive, mais pourtant on a bien l'impression d'un certain mouvement autour d'un motif rythmique de base, qui au début des sections n'est pas énoncé immédiatement, mais progressivement, chaque répétition développant un peu plus ce qui était laissé en suspens avant. On perçoit à un moment donné un retour au début de l'œuvre...

La chorégraphie mobilise les dix danseurs, qui sont rarement immobiles. Plutôt marcher ou courir que ne rien faire. Ils évoluent sur un décor de forme ovale délimité par réseau de cordes pendues à une armature. Au sol, de nombreuses lignes et points sont marqués en de diverses couleurs. Elles serviraient d'indications de placement pour les danseurs. La danse est très physique (courses, roulades, sauts, mouvements isolés qui semblent inspirés du hip-hop, etc.), elle paraît très compliquée dans son organisation et périlleuse dans les moments d'effleurements ou de contacts entre les danseurs. Je ne sais pas si c'est fait exprès, mais tout a été comme si les fermetures-éclair avaient lâché dans le dos de deux danseuses.

Depuis ma quatrième loge de côté quasiment de trois-quarts, je vois pratiquement toute la scène. Le problème, c'est que c'est une vue d'en-haut. Comme cela avait été mon cas pour Zeitung de cette chorégraphe, je pense qu'il faudrait voir cette pièce depuis un angle rasant pour mieux apprécier le travail des danseurs. Vu d'en-haut, on a parfois l'impression de voir de très loin des sportifs en train de faire de l'exercice dans un gymnase omnisport (avec des marques au sol diverses et variées pour délimiter des zones particulières à différents sports). Impression fausse vu la difficulté des figures exécutées.

À certains moments de la chorégraphie, les dix danseurs se regroupent tous ensemble, agglutinés en quelque lieu de la scène, puis se dispersent pour repartir de plus belle. On ne comprend pas toujours très bien ce qui se passe. Dans les ensembles (où tout paraît le plus souvent asymétrique), on distingue néanmoins au moins deux pas de trois, un mettant en scène les trois danseurs hommes et un autre avec une femme et deux hommes. Dans celui-là, j'ai apprécié la performance de Charlotte Ranson.

Par moments, les mouvements des corps m'ont un peu fait penser à ceux chorégraphiés par Pina Bausch (mais en plus fluide) et à ceux vus plus récemment chez Mats Ek (mais en plus organisé).

Ailleurs : Blog du petit rat, Danses avec la plume, Blog à petits pas.

Lien permanent — Commentaires


Dernière du Bolchoï à Garnier

2011-05-15 21:56+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Grâce à des échanges de places entre balletomanes et à une place à 8€ achetée jeudi aux guichets (il en restait encore de convenables), j'ai pu revoir les deux programmes proposés par le Bolchoï à Garnier.

J'ai revu Don Quichotte jeudi dernier dans une distribution différente que mardi. C'est une question de goût, mais à l'interprétation de Natalia Osipova dans le rôle de Kitri, j'ai préféré celle d'Ekaterina Shipulina (qui incarnait la Reine des Dryades mardi et que j'ai aussi préférée dans ce rôle à Anna Nikulina qui l'interprétait jeudi). Certes, elle saute moins haut, tourne moins vite sur elle-même que Natalia Osipova, mais hors de la danse pure, elle incarne bien davantage son personnage et lui faisant exprimer bien plus d'émotions. Dans le rôle de Basilio, Alexandr Volchkov est moins impressionnant qu'Ivan Vasiliev : moins de tours dans les sauts. Cependant, si je n'avais pas vu ce dernier avant, j'aurais trouvé cette prestation plus que satisfaisante ! Cependant, il ne donnait pas une impression de facilité dans les portés et on a eu quelques frayeurs lorsqu'il a dû porter sa partenaire d'une seule main ou quand elle saute vers l'avant pour retomber dans ses bras.

Cet après-midi, c'était la dernière des Flammes de Paris, avec encore Osipova/Vasiliev. Vu la proximité de ma première loge de côté, je me suis passé des jumelles. Cette fois-ci, j'ai été moins gêné par les détails de la pantomime que j'avais trouvés exagérés la première fois. Pour le reste, on a encore eu un Vasiliev volant au deuxième acte. Dans les autres rôles, il y avait cette fois-ci Anna Rebetskaya dans le rôle d'Adeline. Son attitude m'a paru un peu plus patricienne que celle de Nina Kaptsova dans le même rôle. Comme le vendredi 6 mai, son amoureux est joué par Viacheslav Lopatin, dont la danse m'a plus passionné vue de près. Bizarremment, je n'ai pas eu le même effet avec le rôle de Mireille de Poitiers/Armide, dansé cet après-midi par Nina Kaptsova. Cela m'a pourtant bien plu, mais il n'y avait plus l'effet de surprise procuré par une technique que je n'avais jamais vu la première fois. La danse des furies est toujours un moment savoureux de ce ballet dans le ballet.

Si j'ai été largement rassasié avec deux places pour chacun des deux programmes de cette tournée, je regrette un peu de n'avoir pas eu l'occasion de voir Maria Alexandrova.

Lien permanent — Commentaires


Don Quichotte par le Bolchoï

2011-05-11 00:52+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-05-10

Ballet du Théâtre du Bolchoï

Orchestre Colonne

Pavel Sorokin, direction musicale

Ludwig Minkus, musique

Marius Petipa et Alexandre Gorski, chorégraphie

Nouvelle version d'Alexeï Fadeyechev (1999)

Mikhaïl Tsivin, assistant du chorégraphe

avec des danses chorégraphiées par Kasyan Goleizovsky, Rostislav Zakharov et Anatoly Simachev

Sergeï Barkhin, décors

Costumes d'après Vasily Diyachkov (1903)

Tatiana Artamonova et Yelena Merkurova, réalisation des costumes

Natalia Osipova, Kitri

Ivan Vasiliev, Basilio

Alexeï Loparevich, Don Quichotte, chevalier errant

Alexandr Petukhov, Sancho Pança, son écuyer

Denis Savin, Gamache, un riche noble

Anna Rebertskaya, Olga Kishneva, Juanita et Piccilia, deux amies de Kitri

Andreï Merkuriev, Espada, un toréador

Anna Leonova, La Danseuse de rue

Kristina Karaseva, Mercedes

Egor Simachev, Lorenzo, aubergiste, le père de Kitri

Anastasia Vinokur, Sa femme

Alexeï Fadeechev, Le Duc

Olga Suvorova, La Duchesse

Roman Simachev, Le Patron de la taverne

Ekaterina Shipulina, La Reine des Dryades

Yulia Grebenshchikova, Olga Marchenkova, Angelina Vlashinets, Trois Dryades

Svetlana Pavlova, Yulia Lunkina, Maria Prorvich, Maria Vinogradova, Quatre Dryades

Nina Kaptsova, Cupidon

Ekaterina Barykina, Liudmila Ermakova, Anna Balukova, Danse espagnole

Anna Antropova, Danseuse gitane

Anna Balukova, Anton Savichev, Boléro

Anna Tikhomirova, Première variations du Grand pas

Anna Nikulina, Seconde variation du Grand pas

Don Quichotte, ballet en un prologue et trois actes d'après le livret de Marius Petipa inspiré du roman El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha de Cervantes

C'était ce soir la première de Don Quichotte par le Bolchoï. J'en sors avec globalement les mêmes impressions que pour Flammes de Paris. S'il y a une histoire, ce n'est qu'un prétexte pour faire place à des danses virtuoses. Dans ce ballet-ci, les costumes sont particulièrement riches et variés. La musique est de Minkus... L'homologue du ballet dans le ballet est ici un épisode rêvé qui est une scène en blanc (avec toutefois un peu de couleur) dans lequel Don Quichotte rêve de Dulcinée et de dryades (on y voit aussi un adorable Cupidon). C'est très beau, cela met en valeur davantage de solistes que Flammes de Paris. Il est impossible pour moi de tous les retenir. Je retiendrai cependant qu'on a vu à un moment une danseuse d'une souplesse invraisemblable courber le dos vers l'arrière de façon à ce que sa tête vienne presque toucher le sol...

Sinon, il y avait bien sûr Natalia Osipova et Ivan Vasiliev, dont les prouesses physiques éclatent cette fois-ci au troisième acte. J'ai même une impression de déjà-vu. On reverra ainsi Osipova refaire des tours sur elle-même assez semblables à ceux qu'elle faisait dans deuxième acte de Flammes de Paris. Mais quand elle s'est jetée quand les airs pour retomber dans les bras d'Ivan Vasiliev ou quand ce dernier a porté sa partenaire d'une seule main (voire sans les mains), le public a été parcouru d'un frisson. Il a été encore une fois émerveillé par ce danseur, très très copieusement applaudi lors des saluts à l'issue de ses variations.

Tout cela serait parfait s'il y avait aussi un peu d'émotion qui ne soit pas liée uniquement à la danse pure...

Lien permanent — Commentaires


Le Bolchoï enflamme Paris

2011-05-07 00:30+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-05-06

Ballet du Théâtre du Bolchoï

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Pavel Sorokin, direction musicale

Boris Asafiev, musique

Alexeï Ratmansky, chorégraphie d'après Vasili Vainonen

Alexandr Belinsky, Alexeï Ratmansky, livret d'après le livret original de Nikolaï Volkov et Vladimir Dmitriev, inspiré du roman historique Les Rouges du Midi de Felix Gras

Ilya Utkin, Evgeny Monakhov, scénographie

Yelena Markovskaya, costumes

Damir Ismagilov, lumière

Iouri Burlaka, dramaturgie musicale

Natalia Osipova, Jeanne, fille de Gaspard et Lucille

Viacheslav Lopatin, Jérôme, son frère

Ivan Vasiliev, Philippe, un Marseillais

Iouri Klevstov, Le Marquis Costa de Beauregard

Nina Kaptsova, Adeline, sa fille

Ekaterina Kryssanova, Mireille de Poitiers, une actrice

Artem Ovcharenko, Antoine Mistral, un acteur

Yulianna Malkhasyants, Jarcasse, une vieille femme

Alexandr Vodopetov, Gilbert, capitaine des Marseillais

Ruslan Skvortsov, Le roi Louis XVI

Olga Suvorova, La reine Marie-Antoinette

Alexandr Petukhov, Gaspard, un paysan

Natalia Novikova, Lucille, sa femme

Chinara Alizade, Amour

Olga Kishneva, L'Apparition de la fiancée

Flammes de Paris, ballet en deux actes et quatre tableaux

Le sentiment d'avoir vu quelque chose d'extraordinaire, mais pas pour autant exempt de reproches.

Dans ce ballet Les Flammes de Paris de Ratmansky (d'après l'original créé en URSS en 1932), l'histoire est extrêmement facile à suivre. Tout est parfaitement clair, et la musique on ne peut plus pompière (contrastes d'ambiances : chants révolutionnaires pour les révolutionnaires, lullysmes pour les nobles). La gestuelle et le visage des danseurs n'expriment que des émotions primitives, exagérées, on se croirait presque dans un film muet... passé en accéléré parce que les mouvements des corps se font à une vitesse folle.

Outre cette rapidité d'éxécution, je suis impressionné par les nombreuses figures que je n'avais je crois jamais vu faire par les danseurs du Ballet de l'Opéra. La technique est différente et elle me semble mettre surtout en valeur les danseuses. Le plus beau passage de ce premier acte se trouve dans le ballet dans le ballet Armide et Renaud (dont je connaissais à peu près l'histoire grâce à mes souvenirs de l'opéra de Lully). L'histoire est très lisible : de ses flèches, l'Amour enflamme le cœur des ennemis Armide et Renaud. Plus tard, quand Renaud essaiera de fuir par la mer, elle le fera périr grâce à sa magie (danse des furies). Outre la gracieuse interprète du rôle d'Amour, cette partie met en valeur Ekaterina Kryssanova (Armide). Elle impressionne par sa technique de rotation sur un pied tendu en pointe jambe fléchie (du jamais-vu pour moi).

Ceci se passait bien sûr chez les nobles. Le deuxième acte montre le début de la Terreur. On guillotine du noble, dont la malheureuse Adeline qui aimait un des combattants, Jérôme, qui n'arrivera pas à la sauver. Le pas de deux entre ces deux personnages est le seul moment vaguement émouvant du spectacle. Pour le reste, on apprécie aussi les danses de caractères du corps de ballet. C'est très vif. Les danseurs-garçons se mettent plus en valeur dans le deuxième acte qu'au premier.

Ce qu'on retiendra surtout de ce deuxième acte, c'est la démonstration de virtuosité des deux principaux solistes de la soirée : Natalia Osipova (Jeanne) et Ivan Vasiliev (Philippe). La première réalise pirouettes et fouettés à très vive allure. Les sauts réalisés au premier acte étaient déjà assez spectaculaires. C'est virtuose, mais cela ne traduit aucunement quelque sentiment que ce soit dans le cœur du personnage. La grande révélation de la soirée, incroyablement applaudi par le public en délire, c'est Ivan Vasiliev. Quel athlète ! Jamais je n'ai vu un danseur sauter aussi haut. Et en plus il tourne sur lui-même de toutes les manières qui soient, retombe gracieusement sur ses pieds, on ne se demande bien comment ! Les clameurs montent du public presque à chaque saut triomphalement exécuté. Une grande prouesse physique, mais pas vraiment au service d'une histoire...

La scénographie est plutôt réussie. Elle comporte plus d'effets que l'on en trouve d'ordinaire dans les ballets représentés à Garnier. Pourtant, malgré tous ces effets, presque tout le rectangle du plateau de scène reste pratiquement en permanence vide de tout accessoire ou élément de décor. Cela donne l'impression que l'on pourrait danser un peu n'importe quoi dans cet espace... Parmi les jolies choses vues, un effet de lumière représentant un quadrillage 3×3 permettait de signifier que le personnage de Jérôme était mis en prison.

Lien permanent — Commentaires


Myriam Ould-Braham en Juliette

2011-05-01 13:19+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Bastille — 2011-04-30

Sergueï Prokofiev, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène, réglées par Patricia Ruanne et Frederick Jahn

Ezio Frigerio, décors

Ezio Frigerio et Mauro Pagano, costumes

Vinicio Cheli, lumières

Yuri Uchiumi, choréologue

Christophe Duquenne, Roméo

Myriam Ould-Braham, Juliette

Yann Saïz, Tybalt

Marc Moreau, Mercutio

Yannick Bittencourt, Benvolio

Laura Hecquet, Rosaline

Julien Meyzindi, Pâris

Vincent Cordier, Le Seigneur Capulet

Vanessa Legassy, Dame Capulet

Ghyslaine Reichert, La Nourrice

Arnaud Dreyfus, Frère Laurent

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Vello Pähn, direction musicale

Roméo et Juliette, ballet en trois actes d'après William Shakespeare

Je n'ai vu que trois des cinq distributions de la série de représentations de Roméo et Juliette à Bastille. Pour le couple Juliette/Roméo, j'avais vu Laëtitia Pujol/Mathieu Ganio lors de la première, puis Agnès Letestu/Florian Magnenet le 16, et enfin samedi après-midi, Myriam Ould-Braham/Christophe Duquenne.

Si le Roméo que j'ai préféré a été celui de Mathieu Ganio, du côté des Juliette, celle qui m'a le plus convaincu a été Myriam Ould-Braham que je voyais pour la première fois dans un grand rôle (ses apparitions dans les pas de trois du Lac des cygnes ou de Paquita et sa participation au même ballet dans le rôle de Rosaline m'avaient déjà fait fort impression).

On ne pourra pas dire qu'elle en a trop fait ou pas assez. Elle a tout simplement été Juliette du premier au troisième acte ! (Dansant d'ailleurs malgré un bug de costume au niveau de la fermeture éclair du dos...) J'ai été particulièrement ému par son solo à la fin de la première scène du troisième acte.

Lien permanent — Commentaires


Urmila Sathyanarayanan au Musée Guimet

2011-04-30 02:00+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Cela faisait un peu plus d'un an que je n'avais pas vu de bharatanatyam. Je suis donc allé au musée Guimet pour en voir. Avant cela, je suis allé voir l'exposition Lucknow, une cour royale en Inde (organisée par le Los Angeles Country Museum of Art) qui présente des pièces assez variées (des miniatures, accrochées presque bord à bord sur les murs, ce qui vu l'affluence empêche de les apprécier sereinement, des objets de la vie quotidienne richement ouvragés, des photographies datant d'avant la révolte de 1857-1858, et quelques unes datant d'après, comme la Residency ravagée...). J'ai été surpris de voir Qaisar Bagh, photographié 1864-1865, que je n'ai pas vu lors de mon séjour à Lucknow : forcément, il a été détruit par les Anglais. Quelques photographies ou peintures représentant La Martinière/Constantia. Quelques unes des œuvres montrées avaient été en leur temps commandées par le colonel Polier, qui fut un des premiers occidentaux à avoir connaissance à la littérature indienne ancienne, en particulier le Mahabharata, et sa version de l'épopée a été publiée par Georges Dumézil (Gallimard). Pour ce qui est des miniatures, il était évidemment difficile de faire aussi intéressant que l'exposition à la BnF il y a un an. C'est surtout la diversité des types d'œuvres qui fait l'intérêt de cette exposition. (Par exemple, à un moment j'ai craint qu'on ne montre que Lucknow avant la mutinerie, mais plus loin, on trouve aussi comme je le dis plus haut quelques photographies montrant des monuments détruits.)

Auditorium du Musée Guimet — 2011-04-29

Urmila Sathyanarayanan, bharatanatyam

Swamimalai Kalidas Suresh, chant et nattuvangam

Dhananjayan, mridangam

J. B. Sruthi Sagar, flûte

Le récital d'Urmila Sathyanarayanan ne m'a convaincu qu'à moitié. La première pièce Pushpanjali évoquait Surya, le dieu du Soleil. Cette pièce semble commencer par un lever du Soleil, lent et solennel, la danseuse étant de dos, presqu'immobile. Par la suite, on voit Surya éclairer successivement diverses directions de l'espace. La pièce se finit élégamment sur la chevauchée du Soleil sur son char céleste.

La pièce qui m'a le plus déçu est la pièce principale du récital, le Varnam, dans lequel une femme se languit de Krishna (sujet on ne peut plus classique dans le bharatanatyam). Dès le début de la première pièce, le style de la danseuse s'était affirmé, sans exubérance, renvoyant assez souvent à l'iconographie, mais plus tournée vers la pantomime que vers la danse. On voit la jeune femme choisir un sari pour se faire belle pour Krishna, reconnaissable à sa flûte. Plus tard, elle se maquille. Je ne suis pas très convaincu par cette pièce dans laquelle s'insèrent quelques passages rythmiques (le premier est arrivé de façon très abrupte quelques secondes seulement après le début du Varnam).

Entre cette pièce et la suivante, le temps pour la danseuse de changer de costume, on a inséré un interminable intermède musical (de flûte). Entre les pièces suivantes, il faudra encore supporter ces intermèdes. Le percussionniste s'est fait extrêmement discret au cours du récital. En revanche, le chanteur et joueur de nattuvangam m'a plu.

Dans la pièce dansée suivante Padam, une courtisane se prépare à accueillir un client. Que ce soit Shiva, Vishnu ou Brahma, qu'il paye 6000 pièces d'or ! Quand elle aura vu Shiva, elle changera d'attitude et se laissera séduire. Dans cette pièce, la danseuse travaille beaucoup au sol, comme on imagine la courtisane confortablement installée sur un sofa.

Une autre pièce suit, Javali, évoquant l'amour d'une héroïne pour Srinivasa (il eut été sympathique d'expliquer que c'est un des noms de Vishnu...). Curieusement, le dieu Kama (homologue de Cupidon) est tout simplement appelé Cupid(on) dans la présentation. Dans cette pièce, on verra la représentation de Vishnu couché sur l'océan cosmique et l'héroïne viendra lui masser les pieds (tout comme le fait Lakshmi dans l'iconographie). Cependant, j'ai déjà vu plusieurs fois cette même représentation de Vishnu évoquée de façon plus élégante par d'autres danseuses (notamment par la courbe du bras pour évoquer les têtes du serpent Ananta/Shesha). Comme dans la pièce précédente, une part significative de la danse-pantomime se fait au sol.

La pièce où le talent particulier de la danseuse s'est le mieux exprimé est peut-être le Padam sur un sujet que je n'avais encore jamais rencontré dans le bharatanatyam, celui de l'amour d'une mère pour sa jeune fille. On est encore plus complètement dans la pantomime. Il n'y a pas vraiment de pas de danse et peu de gestes semblent appartenir à quelque codification que ce soit. Très mignon.

Traditionnellement, un récital se finit par un dynamique Thillana. Celui-ci, s'il n'a pas manqué de mérites, était vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup trop long.

Et après la fin, la danseuse vient également présenter ses hommages aux musiciens, à la divinité tutélaire (Shiva-Nataraja) et au public. Cette partie, souvent complètement formelle, a été beaucoup plus développée que d'ordinaire puisqu'on a en vérité assisté à une petite pièce supplémentaire évoquant, sur un chant dévotionnel vishnouïste, le culte ordinaire : prière, offrandes. La danseuse a même eu l'idée amusante d'insérer une apparition d'un Krishna espiègle venant mettre un peu de pagaïe dans la cérémonie.

Le récital a été inhabituellement long : un peu plus de deux heures ! C'est à tempérer par le fait que les intermèdes musicaux ont été trop longs et pas extraordinairement passionnants. Si j'étais très déçu à l'issue du Varnam, les pièces suivantes ont fait remonter mon intérêt et ont eu le mérite de me faire partir sur une bonne impression.

Lien permanent — Commentaires


Mats Ek à Garnier (suite)

2011-04-25 23:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-04-25

Mats Ek, chorégraphie (1978)

Johann Sebastian Bach, musique (extraits de pièces pour orgue)

Musiques traditionnelles de guitares espagnoles

Marie-Louise Ekman, décors et costumes

Jörgen Jansson, lumières

Ana Laguna, assistante du chorégraphe

Veli-Pekka Peltokallio, répétitions

Kader Belarbi, Bernarda

Alice Renavand, La Servante

Mélanie Hurel, La Sœur aînée

Laure Muret, La Sœur bossue

Eleonora Abbagnato, La Jeune sœur

Béatrice Martel, La Première jumelle

Christine Peltzer, La Seconde jumelle

Audric Bezard, Un Homme

Andrey Klemm, Un Technicien

La Maison de Bernarda, ballet en un acte d'après la pièce de Federico García Lorca La Maison de Bernarda Alba

Mats Ek, chorégraphie (1997)

Henryk Mikolaj Górecki, musique (Petit requiem pour une polonaise op. 66, Concert pour clavecin et orchestre symphonique op. 40)

Maria Geber, décors et costumes

Ellen Ruge, lumières

Mariko Aoyama, Margareta Lidström, répétitions

Nolwenn Daniel, Nicolas Le Riche, Premier pas de deux

Miteki Kudo, Benjamin Pech, Second pas de deux

Muriel Zusperreguy, Caroline Bance, Christelle Granier, Géraldine Wiart, Amandine Albisson, Letizia Galloni

Aurélien Houette, Nicolas Paul, Simon Valastro, Daniel Stokes, Adrien Couvez, Alexandre Gasse

Une sorte de...

Je suis retourné voir la soirée consacrée au chorégraphe Mats Ek. Dans La Maison de Bernarda, on a une distribution sans étoile (curieusement, l'ancien danseur étoile Kader Belarbi apparaît comme artiste invité plutôt qu'étoile invitée, bizarre). Pourtant, globablement, j'ai préféré cette distribution à celle de la première. C'est peut-être une question de point de vue (première loge de côté quasi de trois quarts par rapport au même angle trois étages plus haut). C'est aussi peut-être lié au fait que je revoyais cette pièce. Toujours est-il que j'ai trouvé que cela fonctionnait un peu mieux. L'histoire m'a semblé plus intelligible aussi. Lors de la première, je n'avais même pas remarqué que la sœur bossue était rendue bossue par le costume. J'avais alors eu quelque mal à m'y retrouver entre les cinq sœurs et la servante. Là, tout m'a paru plus clair. Le jeu des danseurs m'a parlé davantage, et par exemple, j'ai mieux compris le sens du coffre rose (pourtant évident...).

Dans la distribution, ce n'est guère une surprise pour moi, mais la danseuse qui m'a le plus épaté a été Alice Renavand. Parmi les bonus : contrairement à Marie-Agnès Gillot, quand elle hurle des insultes, on comprend ce qu'elle dit ! Dans le rôle de la mère, Kader Belarbi est certes moins athlétique que José Martinez, mais j'ai préféré sa façon de montrer l'empire qu'il a sur les filles. En même temps, son corps un peu plus âgé ajoute à la faiblesse du même personnage dans la scène avec le Christ. Au moment où il le repose sur la croix, on a véritablement l'impression qu'il fait un chemin de croix, la statue du Christ ayant évidemment la même forme que la croix. Mélanie Hurel paraît assez bien distribuée dans le rôle de l'aînée. En sœur bossue, Laure Muret joue très bien la comédie, mais Clairemarie Osta était plus impressionnante dans son solo. Il est difficile de départager les couples Charlotte Ranson/Stéphane Bullion et Eleonora Abbagnato/Audric Bézard tant l'interprétation a été différente, ces derniers étant tout autant sensuels que les premiers, mais de façon un peu plus enflammée.

La deuxième pièce me semble toujours Une sorte de... grand n'importe quoi. Depuis les premières loges, les effets sont plus saisissants et on entend mieux les danseurs crier vers le début. Les petites variations entre les distributions (dans les six couples hors solistes) me permettent de mettre un nom sur un visage (de quadrille). Parmi les autres danseurs, il y en a un que je sais reconnaître depuis longtemps à son crâne, Aurélien Houette, qui est toujours assez impressionnant physiquement parlant. Même son ombre projetée d'éclateur de ballon est impressionnante !

Lien permanent — Commentaires


Opéra de Paris 2011/2012 (suite)

2011-04-21 16:46+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Ce n'était pas sans éprouver quelques contrariétés que j'avais rempli mon formulaire d'abonnement à l'Opéra pour l'année prochaine. J'avais coché tous les ballets (sauf le Roméo et Juliette de Sasha Waltz) et étais même allé jusqu'à sélectionner quelques opéras (notamment un Tannhäuser à Bastille).

Aujourd'hui, j'ai reçu mon récapitulatif de réservation. J'avais demandé, comme les années précédentes à être prioritairement aux troisièmes ou quatrièmes loges à Garnier, et que l'amphithéâtre ne soit envisagé qu'en tout dernier recours. Pour cette année, ces préférences avaient été prises en compte. Je n'ai eu qu'une place d'abonnement à l'amphithéâtre, pour Giulio Cesare où je m'étais en plus retrouvé derrière un grand chevelu. Un petit mot sur le récapitulatif de l'année dernière s'était excusé par avance du désagrément de ne pas voir tous mes vœux de placement satisfaits.

Sur le récapitulatif reçu aujourd'hui, pas moins de huit billets réservés étaient à l'amphithéâtre. Une fois ou deux par an, cela peut aller, mais à ce niveau, le déplaisir serait trop grand. Heureusement, il faut confirmer son abonnement avant qu'il soit validé. Avant, cela permettait aussi de faire d'éventuelles retouches et cela se passait plutôt bien. Là, au téléphone, quand j'ai demandé s'il était possible de revoir le placement, on m'a dit à peu près que La direction de l'Opéra a toujours été très claire. Les préférences de placement ne sont respectées que dans la mesure des disponibilités. Si cela n'a pas été le cas, c'est que c'était vraiment impossible.. L'impossibilité ainsi constatée d'évoquer des retouches aux réservations cache plus certainement une volonté d'efficacité (traitement plus rapide des dossiers, moins de temps passé au téléphone avec ces enquiquineurs) qu'un souci de la satisfaction des désirs du spectateur (satisfaits fin juin plutôt que fin avril dans mes souvenirs des années précédentes, ce qui permettait aussi de commencer à payer l'abonnement un peu plus tard). En effet, comment expliquer sinon que les dates retenues fussent systématiquement la première des trois que j'avais données alors qu'il était évident que j'avais mis une priorité sur le placement. (Je passe sur le fait que les billets qui m'avaient été réservés à Bastille étaient absolument tous vers le fond du parterre, où jusqu'à cette année ces places étaient vendues trois fois moins chères.)

Heureusement, j'avais établi ma stratégie avant d'appeler. C'était soit négociation soit annulation. J'ai donc décidé d'annuler mon abonnement 2011/2012 à l'Opéra. Mes finances ne vont que s'en mieux porter ! Et tant pis si j'arrive pas à aller voir tous les ballets que je voudrais à 9€ ou 12€...

Lien permanent — Commentaires


Mats Ek à Garnier

2011-04-21 01:58+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-04-20

Mats Ek, chorégraphie (1978)

Johann Sebastian Bach, musique (extraits de pièces pour orgue)

Musiques traditionnelles de guitares espagnoles

Marie-Louise Ekman, décors et costumes

Jörgen Jansson, lumières

Ana Laguna, assistante du chorégraphe

Veli-Pekka Peltokallio, répétitions

José Martinez, Bernarda

Marie-Agnès Gillot, La Servante

Ludmila Pagliero, La Sœur aînée

Clairemarie Osta, La Sœur bossue

Charlotte Ranson, La Jeune sœur

Aurélia Bellet, La Première jumelle

Amélie Lamoureux, La Seconde jumelle

Stéphane Bullion, Un Homme

Andrey Klemm, Un Technicien

La Maison de Bernarda, ballet en un acte d'après la pièce de Federico García Lorca La Maison de Bernarda Alba

Mats Ek, chorégraphie (1997)

Henryk Mikolaj Górecki, musique (Petit requiem pour une polonaise op. 66, Concert pour clavecin et orchestre symphonique op. 40)

Maria Geber, décors et costumes

Ellen Ruge, lumières

Mariko Aoyama, Margareta Lidström, répétitions

Nolwenn Daniel, Nicolas Le Riche, Premier pas de deux

Miteki Kudo, Benjamin Pech, Second pas de deux

Muriel Zusperreguy, Caroline Bance, Christelle Granier, Géraldine Wiart, Peggy Dursort, Ninon Raux

Aurélien Houette, Nicolas Paul, Simon Valastro, Daniel Stokes, Adrien Couvez, Alexandre Gasse

Une sorte de...

La salle s'est remplie plus doucement que d'habitude, mais au final, elle m'a semblé relativement bien garnie alors que la programmation fait que l'on s'aventure en dehors du répertoire le plus traditionnel de la maison.

Le premier ballet au programme La Maison de Bernarda (Mats Ek) raconte un huis-clos dans une maison espagnole où la mère force toute la maisonnée à porter le deuil du père. La chorégraphie est plus proche des styles classiques que je m'y attendais. Certaines scènes sont dansées sans aucun accompagnement musical. Souvent, les danseurs parlent, enfin, plutôt crient, je veux dire, HURLENT. La musique (enregistrée) s'ouvre et se conclut par du Bach pour orgue (avec à la fin, Toccata et Fugue sans la fugue malheureusement). Au milieu, de la guitare espagnole. La chorégraphie se fait parfois presque mécaniste dans des scènes où la famille devient un peu folle (les personnages s'assommant les uns les autres, en rythme avec la musique). Pour revenir à l'histoire, deux des filles, l'aînée (Ludmila Pagliero) et la jeune (Charlotte Ranson) n'ont pas vraiment envie de porter le deuil, d'autant plus qu'elles sont séduites par un homme (Stéphane Bullion). La fin tragique arrive quelque peu abruptement, après un solo de Clairemarie Osta en costume simili-nudité.

José Martinez (Bernarda) est toujours aussi stupéfiant. Tous les autres danseurs m'ont fait une bonne impression, mais j'ai particulièrement aimé Ludmila Pagliero et Charlotte Ranson (coryphée) que je voyais pour la première fois dans un rôle important.

Le deuxième ballet de Mats Ek au programme Une sorte de... est beaucoup plus facile à regarder, mais on n'y comprend rien... On fait exploser des ballons sur les diverses éminences que recelle le corps humain. On se roule par terre. On s'enferme dans des valises. On boit dans la chaussure de sa partenaire, on purifie le corps de l'autre au pistolet à eau. Fait intéressant : le plateau de scène s'étend jusque sur la fosse d'orchestre, ce qui produit une impression de proximité plus grande qu'habituellement, même depuis ma quatrième loge... Pour ce qui est de la musique de Henryk Mikolaj Górecki utilisée pour ce ballet, je ne l'ai pas trouvée désagréable, mais quand même un peu répétitive.

Nolwenn Daniel avait une belle présence scénique pendant son pas de deux avec Nicolas Le Riche (au moins en partie sans accompagnement musical, il me semble). Après l'avoir vue dans le rôle de l'Élue dans Le sacre du printemps, j'ai beaucoup aimé de voir Miteki Kudo dans un rôle important et fort différent.

Ailleurs : Palpatine, Blog à petits pas.

Lien permanent — Commentaires


Le spectacle de l'école de danse de l'Opéra (dernière)

2011-04-13 00:54+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-04-12

Élèves de l'école de danse de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Marius Stieghorst, direction musicale

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique (1882) (Trio pour piano, violon et violoncelle en la mineur, op. 50 : deuxième mouvement, Thème et variations)

John Taras, chorégraphie (1948)

Jean-Yves Sébillotte, piano

Éric Lacrouts, violon

Matthieu Rogué, violoncelle

Alice Catonnet, Caroline Osmont, Clotilde Tran Phat, Claire Trouvé

Natan Bouzy, Germain Louvet

Dessins pour six

Léo Delibes, musique (1870)

Pierre Lacotte, chorégraphie et adaptation (1973) d'après la version d'Arthur Saint-Léon

Charles Nuitter, livret (d'après le conte d'E.T.A. Hoffmann, L'Homme au sable (1816)

Décors d'après les maquettes de Jean-Émile Daran (1875), inspirées de celles de Charles-Antoine Cambon (Actes I et III, 1870) et celles d'Edouard-Désiré Desplechin et Jean-Baptiste Lavastre (Acte II, 1870)

Costumes d'après les maquettes d'Alfred Albert (1870)

Alizée Sicre, Swanilda

Mathieu Contat, Frantz

Julien Guillemard, Coppélius

Raphaël Bouttier, Le Bourgmestre

Éléonore Thomas, La Paysanne

Cyprien Bouvier, Le Persan

Pascal Bayart, Le Chinois

Isaac Lopes-Gomez, Le Cymbalier

Marie Le Révérend, La Poupée

Coppélia ou la fille aux yeux d'émail, ballet en trois actes

Je suis retourné voir le spectacle de l'école de danse sur une place à 8€. Cela devait être une des toutes meilleures places de cette catégorie ! Facile à repérer sur le plan de salle, un fond de deuxièmes loges de côté quasi de trois-quart (déflation du prix parce que derrière un pilier, heureusement non gênant). Assis, j'aurais vu quelque chose, mais debout j'avais à la fois une vue presque frontale sur la scène et une bonne vue sur l'orchestre (je manquais seulement la première rangée de violons). Avec ou sans jumelles, je voyais bien mieux que depuis une place située à peu près exactement deux étages au-dessus le soir de la première.

La distribution de Dessins pour six est changée à moitié. La prestation des élèves ce soir m'a bien davantage plu que lors de la première. Cette fois-ci, pas de sortie sur un porté spectaculaire comme lors de la première, mais l'interprétation a été beaucoup plus propre et maîtrisée. Des disparités entre les niveaux de souplesse et d'aisance des différentes danseuses se font voir, mais la précision de l'ensemble fait que mon impression sur ce ballet a été complètement modifiée. On va dire que je ne le déteste plus.

J'étais donc dans des dispositions encore meilleures que lors de la première pour le deuxième ballet au programme, Coppélia ou la fille aux yeux d'émail. La magie de cette version ne disparaît pas au deuxième visionnage. La distribution des trois rôles principaux est différente que lors de la première. Il m'est difficile de dire laquelle des deux Swanilda j'ai préférée, tant elles ont été toutes les deux fantastiques à la fois comme danseuses et comme comédiennes. Si Alizée Sicre laissait transpirer une légère impression de fatigue dans le troisième acte, elle m'a fait une excellente impression. Très gracieuse et élégante dans sa danse, elle a magnifiquement bien joué la comédie. Son couple avec Mathieu Contat (Frantz) était très harmonieux. Lui aussi a été très convaincant et très charmeur dans son jeu et dès sa variation du premier acte, il a fait preuve de belles qualités de danseur, qui me mettaient en appétit pour le troisième acte, où il a semblé n'éprouver aucune difficulté lors des portés. Très belle pantomime aussi pour Julien Guillemard (Coppélius). Du côté des ensembles, le positionnement m'a paru plus régulier ; il est intéressant de voir que le niveau progresse d'une représentation sur l'autre ! J'ai encore une fois apprécié la musique de ce ballet, qui s'accorde très bien à la chorégraphie, non sans quelques pointes d'humour.

Lien permanent — Commentaires


Roméo et Juliette à Bastille

2011-04-12 01:47+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Bastille — 2011-04-11

Sergueï Prokofiev, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène, réglées par Patricia Ruanne et Frederick Jahn

Ezio Frigerio, décors

Ezio Frigerio et Mauro Pagano, costumes

Vinicio Cheli, lumières

Yuri Uchiumi, choréologue

Mathieu Ganio, Roméo

Laëtitia Pujol, Juliette

Stéphane Bullion, Tybalt

Mathias Heymann, Mercutio

Christophe Duquenne, Benvolio

Myriam Ould-Braham, Rosaline

Julien Meyzindi, Pâris

Vincent Cordier, Le Seigneur Capulet

Delphine Moussin, Dame Capulet

Ghyslaine Reichert, La Nourrice

Arnaud Dreyfus, Frère Laurent

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Vello Pähn, direction musicale

Roméo et Juliette, ballet en trois actes d'après William Shakespeare

Ce ballet de Noureev ne m'a pas excessivement enthousiasmé. On retrouve des caractéristiques de son style, comme des hommes qui dansent ensemble. Pas mal de vulgarité aussi : on tripote les seins de Rosaline, plus loin, via un tour de passe-passe, c'est l'entrejambe de Mercutio qu'on frôle. Mais, ce ballet, c'est surtout du grand spectacle. Vers le début du premier acte, on assiste à une lutte entre les verts (Montaigu) et les rouges (Capulet). On est un peu comme dans une cour de récréation ou en marge d'un match OM-PSG. On se fait des bras d'honneur. On violente quelque fille du camp adverse. C'est très spectaculaire, mais ce n'est rien par rapport aux combats à l'épée auxquels on assiste à la fin du deuxième acte. On trouve quelques effets cinématographiques, comme lorsque le Frère Laurent, côté cour, explique à Juliette comment elle va feindre la mort : pendant ce temps, au centre de la scène, on voit l'action qui devra se dérouler ensuite. On trouve aussi de belles danses pour Juliette (Laëtitia Pujol), en solo ou avec Roméo (Mathieu Ganio). J'ai également aimé voir Myriam Ould-Braham dans le rôle de Rosaline (qui subjugue Roméo avant que celui-ci voie Juliette). Les autres solistes et le corps de ballet ont bien dansé aussi, mais globalement je n'ai que moyennement aimé la chorégraphie. (À un moment, il m'a semblé qu'il y avait un passage bizarre entre deux scènes : la musique dansante continuait alors que la scène était dans l'obscurité totale. Au climax du ballet, il y a eu (en coulisse ?) un bruit de fin du monde qui détonnait un peu, on se serait cru dans une Passion de Bach quand l'évangéliste raconte que le voile du temple se fend en deux.)

Pour moi, l'intérêt principal de la soirée était d'entendre la musique absolument extraordinaire de Prokofiev ! Je n'avais jamais rien entendu de tel. On nous dit dans le programme qu'il l'a orchestré au rythme de vingt pages par jour. Des orchestrations comme ça, si je pouvais en avoir plus souvent, je dirais pas non !

(Lors d'un entr'acte, ma voisine feuilletait la brochure de l'année prochaine. Et puis elle a regardé les tarifs des abonnements...)

Ailleurs : Blog à petits pas, Danses avec la plume.

Lien permanent — Commentaires


Le spectacle de l'école de danse de l'Opéra

2011-04-08 01:26+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-04-07

Élèves de l'école de danse de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Marius Stieghorst, direction musicale

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique (1882) (Trio pour piano, violon et violoncelle en la mineur, op. 50 : deuxième mouvement, Thème et variations)

John Taras, chorégraphie (1948)

Jean-Yves Sébillotte, piano

Éric Lacrouts, violon

Matthieu Rogué, violoncelle

Alice Catonnet, Caroline Osmont, Clotilde Tran Phat, Roxane Stojanov

Mathieu Contat, Hugo Marchand

Dessins pour six

Léo Delibes, musique (1870)

Pierre Lacotte, chorégraphie et adaptation (1973) d'après la version d'Arthur Saint-Léon

Charles Nuitter, livret (d'après le conte d'E.T.A. Hoffmann, L'Homme au sable (1816)

Décors d'après les maquettes de Jean-Émile Daran (1875), inspirées de celles de Charles-Antoine Cambon (Actes I et III, 1870) et celles d'Edouard-Désiré Desplechin et Jean-Baptiste Lavastre (Acte II, 1870)

Costumes d'après les maquettes d'Alfred Albert (1870)

Marie Varlet, Swanilda

Germain Louvet, Frantz

Natan Bouzy, Coppélius

Raphaël Bouttier, Le Bourgmestre

Éléonore Thomas, La Paysanne

Cyprien Bouvier, Le Persan

Pascal Bayart, Le Chinois

Isaac Lopes-Gomez, Le Cymbalier

Marie Le Révérend, La Poupée

Coppélia ou la fille aux yeux d'émail, ballet en trois actes

Comme l'année dernière, je suis allé voir le spectacle de l'école de danse de l'Opéra. Cela a commencé par une court ballet de John Taras dont j'avais tant aimé Piège de lumière programmé l'année dernière dans le spectacle. Ce ballet pour six danseurs (quatre filles et deux garçons) ne m'a pas beaucoup intéressé. La musique de Tchaikovski est pour une formation de chambre : piano, violon, violoncelle. Le piano commence par énoncer un thème et de nombreuses variations suivent. Cette pièce ne m'a pas enthousiasmé outre mesure, mais ayant un petit faible pour la configuration piano-violoncelle, je ne me suis pas ennuyé pour autant. Sur la scène vide (fond bleu), les six danseurs évoluent, par trois, par deux, par six, etc. Cela ne raconte pas d'histoire et il n'y a pas non plus un déluge d'émotions (il y en a quand même un tout petit peu). Une belle variation pour un couple se termine par une sortie sur un porté acrobatique. Beaucoup de moments où les danseuses font presque du sur place sur pointes en tournant autour de leurs camarades. C'est au mieux mignon, mais dans un genre voisin, je préfère encore Apollon de Balanchine, qui ne m'avait pourtant pas beaucoup plu.

L'essentiel de la soirée est consacré à l'autre ballet au programme, Coppélia ou la fille aux yeux d'émail de Pierre Lacotte, d'après Arthur Saint-Léon (livret de Nuitter d'après Hoffmann). Il s'agit en fait d'une reconstitution du ballet d'origine, où on a cependant confié le rôle de Frantz à un danseur plutôt qu'à une danseuse travestie comme lors de la création de 1870.

La comparaison entre ce spectacle de l'école de danse et la Coppélia de Patrice Bart par le ballet de l'Opéra est cruelle... mais elle est nettement à l'avantage de l'école de danse !

Tout d'abord, dans la fosse, c'est l'Orchestre de l'Opéra de Paris dirigé par Marius Stieghorst qui avait déjà fait des merveilles l'année dernière pour la musique de Piège de lumière (Damase). Par rapport au résultat obtenu par Koen Kessels, il y a une grande différence ! Et pourtant, j'avais été satisfait par l'orchestre Colonne, notamment dans les passages extraits de Lakmé. Ici, à un numéro près, on entend que la musique d'origine de Delibes pour Coppélia. Elle est jouée de façon beaucoup plus vivifiante, enjouée. Le tempo est plus rapide (privilège de la jeunesse ! La chorégraphie est aussi moins tortueuse). Du côté de la dynamique, le chef met apparemment plus volontiers en valeur les p que les f. Quelques instruments à percussion insolites (dans le prélude du début du deuxième acte, je n'ai fait que regarder les deux percussionnistes, qui ne faisaient rien ! mais regardaient beaucoup autour d'eux). Les musiciens ont donné l'impression de prendre un certain plaisir à jouer pour les élèves de l'école de danse, comme le harpiste, qui était apparemment Emmanuel Ceysson ce soir.

Cette version de Coppélia a une histoire beaucoup plus claire que celle de Patrice Bart. Coppélius est bien un vieux pervers. Il veut transférer l'âme de Frantz qu'il a drogué dans Coppélia, la fille aux yeux d'émail dont Frantz s'était amouraché pour l'avoir vue depuis la rue. En fait, quand Swanilda et ses amies avaient été surprises par Coppélius après qu'elles étaient entrées chez lui et avaient vu ses divers automates, elles avaient toutes fui, sauf Swanilda qui avait pris la place de Coppélia. Coppélius croit insufler un souffle vital dans Coppélia, mais c'est Swanilda qui fait semblant de se mouvoir comme un automate, puis progressivement, au fur et à mesure que les doses d'âme successives arrivent, elle se met à se déplacer comme une véritable jeune fille.

Dans la version de Bart, en plus du corps de ballet, la danse reposait sur trois individualités : Swanilda, Frantz, Coppélius. Dans cette version, tout ou presque repose sur les épaules de la seule Swanilda ! au moins dans les deux premiers actes. Le personnage de Frantz n'y a en effet pas beaucoup à danser, et il est heureux que Pierre Lacotte ait ajouté une variation au personnage. Coppélius n'a que de la pantomime, mais elle est très réussie, ce qui rend d'autant plus convaincant le spectacle dans son ensemble. Bien sûr, on trouve aussi de très beaux ensembles au premier acte.

Ce soir, c'était Marie Varlet qui dansait le rôle de Swanilda. Elle a été absolument fantastique. La métamorphose de Coppélia au deuxième acte a été merveilleuse, passant d'un automate désarticulé à une vraie jeune fille, et rapassant sans cesse de ce rôle en métamorphose à son rôle de Swanilda inquiète du sort de Frantz endormi à la table de Coppélius dès que celui-là a le dos tourné.

Le troisième acte s'achève sur les noces de Frantz et de Swanilda. Il permet de mettre en scène une succession d'ensembles. Le rôle de Frantz devient alors résolument dansant et on apprécie l'aisance avec laquelle il porte sa partenaire. Certes, tout n'a pas été absolument parfait, mais quel beau spectacle cela a été !

Pierre Lacotte est venu saluer, et Elisabeth Platel, la directrice de l'école de danse, a eu le temps de quitter son strapontin du dernier rang de l'orchestre pour venir saluer aussi avant de s'écarter pour laisser aux élèves le mérite qui leur revient.

Lien permanent — Commentaires


Coppélia à Garnier

2011-03-20 01:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2011-03-19

Léo Delibes, musique

Patrice Bart, chorégraphie et mise en scène

Ezio Toffolutti, décors et costumes

Yves Bernard, lumières

Claude de Vulpian, assistante du chorégraphe

Nolwenn Daniel, Swanilda

Karl Paquette, Frantz

Stéphane Phavorin, Coppélius

Aurélien Houette, Spalanzani

Ballet de l'Opéra

Orchestre Colonne

Koen Kessels, direction musicale

Coppélia, ballet en deux actes d'après Arthur Saint-Léon

Ce ballet Coppélia de Patrice Bart ne m'a guère intéressé. Il s'agit d'un remake d'un ballet du même nom d'Arthur Saint-Léon. C'est vaguement inspiré d'Hoffmann, la même source qui inspira l'acte d'Olympia dans Les Contes d'Hoffmann d'Offenbach. Il ne reste en vérité plus grand'chose du conte d'origine. Le jeune homme (Frantz) est tout simplement un amoureux de Swanilda et celle-ci est bien de chair. Certes, il a un peu regardé l'image d'une jeune fille dans le livre de Coppélius, mais cela ne justifie qu'une petite chamaillerie d'amoureux. Celui en lequel la confusion s'installe, l'opium aidant, est Coppélius, qui aimerait faire revivre la jeune fille de son livre (curieusement, Coppélius est habillé en beau jeune homme, ce qui a de quoi induire une confusion entre les rôles de Coppélius et de Spalanzani, que je n'ai pu élucider qu'au fait que je pouvais reconnaître Stéphane Phavorin). Coppélius arrive à attirer Swanilda jusques à chez lui où règnent les automates. En enfilant le costume de la reine du blé, elle est comme désaisie de sa propre personnalité. Heureusement, elle s'en rend compte et parvient à se défaire de cette influence.

Le premier acte m'a paru assez inintéressant. La danse manque d'émotions. On a essentiellement le droit à un numéro pittoresque, Mazurka et czardas, et une querelle entre Swanilda et Frantz qui voudrait lui offrir sa collection de papillons. Pourtant, la musique de Delibes s'avère plus intéressante que la musique moyenne des ballets, d'autant plus qu'à la musique du ballet d'origine ont été ajoutées d'autres compositions de Delibes, et tout particulièrement des numéros de son opéra Lakmé. Peut-être est-ce parce que je connais très bien cet opéra ? toujours est-il que les moments les plus marquants musicalement dans ce ballet m'ont semblé être ceux tirés de cet opéra. (Cela dit, l'à-propos de l'utilisation des morceaux autres que ceux qui étaient déjà prévus pour des épisodes dansés dans l'opéra peut paraître douteux. Pour moi, certains thèmes de cette musique sont lourdement chargés émotionnellement par les paroles de l'opéra : à un moment, il me semblait pouvoir entendre Il faut qu'il meure ! Vengeance ! Vengeance ! se superposer à la musique alors que sur scène, entre Swanilda et Frantz, tout allait pour le mieux et il n'était pas question de suicide par ingestion de datura !) On notera cependant que pour les autres numéros, les pas de danse et la musique s'accordent extrêmement bien et non sans humour.

À la fin du premier acte, Coppélius fait une entrée sur une Coda sans les chœurs extraite de Lakmé, ce qui ranime mon intérêt pour le ballet. Au début du deuxième acte, il n'y aura presque plus de danse, mais j'avoue que j'ai pris un certain plaisir à regarder cette pantomime. Swanilda entre chez Coppélius par une porte située en hauteur et d'où descend un escalier. Elle est accompagnée de ses amies (parmi lesquelles Mathilde Froustey a le rôle le plus important, ce qui me donne pour la première fois l'occasion d'apprécier sa pantomime). On se moque des soldats-automates (de ma place excentrée, je n'en voyais qu'un), on s'amuse à regarder les trois danseuses-automates que Swanilda imite. Un petit numéro de ballet dans le ballet avec les amies de Swanilda qui exécutent un peu mécaniquement des exercices comme des danseuses devant une barre et Swanilda qui vient pointer les défauts. À la fin, on retrouve Swanilda et Frantz dans un pas de deux, à nouveau sur la musique de Lakmé (Ouverture et Entr'acte de l'acte III). Cela permet de finir le ballet sur une bonne impression.

L'orchestre Colonne m'a semblé très bien, autant que je puisse en juger par rapport aux numéros musicaux que je connaissais déjà (qui sont ceux tirés de Lakmé). Bien sûr, le tempo est parfois un peu lent, mais il ne faut pas oublier qu'il y a aussi des danseurs... Compliments particuliers à la hautboïste pour Persian !

En bref, il y a de la belle musique, mais cela manque un peu de danse. Mes impressions sur la danse ne sont pas très précises vu que j'étais à une troisième loge excentrée et sans jumelles... Cependant, j'ai bien aimé Stéphane Phavorin dans le rôle de Coppélius (mais existe-t-il un seul rôle dans lequel il ne soit pas bon ?). C'était la première fois que je voyais Nolwenn Daniel dans un premier rôle. Je l'ai trouvée convaincante en Swanilda. J'ai bien aimé son pas de deux avec Karl Paquette (Frantz). Je ne connais pas grand'chose dans la technique, mais il me semble que je n'avais jamais vu certains types de sauts qu'il a réalisés lors du premier acte dans lesquels on a l'impression qu'il tourne à l'envers !?

À propos des décors, si on a vu ceux de La petite danseuse de Degas, il paraît évident qu'ils sont du même décorateur !

La représentation du 30 mars à laquelle j'assisterai aussi (visibilité incertaine puisque ce sera sur une place à 8€ !) sera précédée du défilé du ballet à l'occasion des adieux de Patrice Bart.

Ailleurs : Blog à petits pas.

Lien permanent — Commentaires


Opéra de Paris 2011/2012

2011-03-11 01:32+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je ne vais pas commenter en détail la programmation de l'Opéra de Paris ; d'autres, bien plus connaisseurs que moi, s'en sont déjà chargés : Rameau (Opéra, Danse), David.

S'il était peut-être encore permis d'en douter, il ne fait maintenant plus aucun doute que la direction de l'Opéra est de droite, hypocrite et décomplexée.

Depuis avant-hier, sur le site Internet de l'Opéra, on peut lire La mission de l'Opéra national de Paris est d'amener la musique au plus grand nombre. L'année prochaine, le plus grand nombre ne pourra pas s'abonner pour voir des opéras puisque le seuil tarifaire pour l'abonnement libre qui était jusques alors de 35€ par opéra (en tarif R) passe à 55€ (et au risque de se retrouver au tout dernier rang du parterre, l'horreur absolue). Comme l'a noté David dans l'article cité ci-dessus, sans donner l'impression d'augmenter les tarifs au niveau de la grille, on les a quand même augmentés mécaniquement parce qu'un certain nombre de places glissent d'une catégorie à l'autre (des places à 20€ passent ainsi à 35€, 55€ ou 75€ !). On savait le système de réservation opaque ; il le devient encore plus. Les quelques places à peu près raisonnables à 15€, on ne sait pas encore vraiment comment on pourra se les procurer de façon sûre. Jusqu'à présent, la méthode standard était d'aller à la file d'attente puisque ces places n'étaient vendues qu'aux guichets. Maintenant, on lit Les places de septième catégorie sont vendues notamment aux guichets. (Par ailleurs, le nombre de places debout à 5€ est à peu près divisé par deux et ces places sont délocalisées dans les plus hautes galeries.)

Dans les deux doubles-pages (p. 122—125) de Legalese présentes dans la brochure que je viens de recevoir, on ne voit pratiquement qu'une énumération d'obligations s'imposant aux clients (vous avez bien lu, nous ne sommes apparemment plus des spectateurs mais des clients) et d'exonérations de responsabilités pour l'Opéra. Il y en a une dont il n'est pas exclu que l'on entende parler : En cas d'annulation d'un spectacle du fait de l'Opéra national de Paris, sauf cas de force majeure auxquels sont expressément assimilés les cas de réquisition de l'Opéra par toute autorité publique pour quelque motif que ce soit, et cas de grève nationale, la valeur du prix facial du billet payé par le client à l'Opéra national de Paris sera remboursée.... Fin de la spécificité parisienne des opéras sans décor mais avec costumes (dans une mise en scène improvisée parfois meilleure que l'originale) ? Pas sûr, parce qu'une phrase un peu plus haut nous dit que c'est un cas expressément prévu. Ouf, on est rassuré.

On aura beau écrire de telles inepties dans des Conditions générales de vente, si de telles clauses sont illégales, elles sont nulles. Parmi les autres clauses, on en trouve de manifestement illégales et se parant pourtant des vertus de la loi du 27 juin 1919 puisque ce que cette loi interdit, ce n'est pas de revendre des billets, mais de les revendre à un prix supérieur au prix initial.

Les hausses et bouleversements de prix sont nettement moins choquants à Garnier qu'à Bastille. Vu les intentions présidant à la contruction de l'Opéra Bastille il y a plus de vingt ans, c'est un retournement assez paradoxal...

Plus de détails chez Rameau.

Lien permanent — Commentaires


Éonnagata au TCE

2011-01-02 01:28+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Théâtre

Théâtre des Champs-Élysées — 2011-01-01

Sylvie Guillem, Robert Lepage, Russell Maliphant, conception et interprétation

Michael Hulls, lumières

Alexander McQueen, costumes

Jean-Sébastien Côté, design sonore

Éonnagata

Étant tombé récemment sur une vidéo de Sylvie Guillem, je m'étais dit que ce serait bien d'aller la voir danser un de ces jours. C'était le bon moment puisqu'une série de représentation de Éonnagata était programmée au Théâtre des Champs-Élysées.

C'est un très beau spectacle, mais commercialement, ç'a l'air d'être un ratage monumental en dépit d'une importante campagne d'affichage publicitaire. Je n'ai jamais vu le Théâtre des Champs-Élysées aussi vide, il n'y avait par exemple presque personne au deuxième balcon. Curieusement, le parterre était presque plein : sans doute des ninjas et des invités. Les places étaient à 15€, 40€, 60€, 78€ et 95€. J'ai fait un fort bon tirage, puisque pour 15€, j'ai eu une place au premier rang de corbeille, certes excentrée, mais qui ne laissait qu'un petit angle mort au fond du côté cour, d'autant plus que j'ai pu me décaler un peu grâce aux places vides...

Les trois concepteurs du spectacle, Sylvie Guillem, Robert Lepage et Russell Maliphant en sont aussi les interprètes. Ils jouent, parlent, chantent, dansent tous les trois. L'histoire est très facile à suivre, peut-être un peu trop d'après Rosita Boisseau dans Le Monde. En effet, dès après quelques minutes, Sylvie Guillem raconte un résumé de l'histoire du chevalier d'Éon, espion travesti dont l'identité sexuelle fut plus qu'ambiguë ; il est alors aisé de reconnaître dans chaque scène le moment de la vie du chevalier auquel elle renvoie.

Dans les scènes dansées, Sylvie Guillem et Russell Maliphant paraissent plus à l'aise que Robert Lepage, qui s'en sort quand même fort bien. Un passage des plus spectaculaires se trouve au début du spectacle, qui semble représenter une leçon de clavecin qui dégénère. Les clavecins sont figurés par de simples tables en bois qui seront réutilisées à d'autres fins par la suite. Les danseurs sautent, glissent sur les tables, tournent. Dans cette scène et d'autres, Sylvie Guillem est impressionnante de fluidité et de souplesse.

Dans ce spectacle, tout tourne autour de l'ambiguité du personnage. Pour le spectateur, il y a également ambiguité sur l'interprète. Ainsi, à un moment, on croit voir paraître un homme en ombres chinoises au fond de la scène. Mais c'est Sylvie Guillem, dont le costume aura été rembourré à l'entrejambe. La mise en scène est ainsi véritablement magique. Même au plus près de la scène, on est constamment surpris par les tours qui sont faits, comme dans cette scène située vers la fin du spectacle où lorsque Russell Maliphant se regarde dans un miroir (fixé sur une table en bois), sans qu'on l'ait vue arriver, Sylvie Guillem reproduit les mouvements de son partenaire en symétrique. Cette magie se trouve aussi dans la manipulation de marionnettes géantes et dans les nombreux changements de costumes et d'accessoires qui se font derrière d'étroits rideaux noirs qui traversent la scène. Parmi les merveilleuses trouvailles de mise en scène, on compte aussi des accessoires qui changent subitement de fonction, comme lors de la scène où le chevalier fait une chute de cheval. Les lumières de Michael Hulls sont très belles aussi : souvent, ce sont elles qui créent une sorte de décor mouvant dans lequel évoluent les interprètes.

Le spectacle renvoie aussi à la culture japonaise, mais de façon plutôt modérée. Outre la géante marionnette, on verra une référence aux tambours japonais tels qu'on pouvait les voir et les entendre dans Kaguyahime.

Bref, ce me semble être un spectacle très intelligement conçu, très beau, très intelligible (il diffère en cela de Passion de Dusapin/Waltz). Il reste encore plein de places à vendre pour les six dernières représentations...

Ailleurs : Anne Deniau.

Lien permanent — Commentaires


Bilan 2010

2010-12-31 23:59+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Lectures — Culture indienne

Cette année, sauf erreur de comptage, j'ai vu environ 107 spectacles (dont 26 à l'Opéra Garnier, 20 à l'Opéra Bastille, 14 Salle Pleyel, 10 au Théâtre des Champs-Élysées et 8 au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore...). Sur l'ensemble, j'en ai chroniqué 77. Comme il ne serait pas très raisonnable d'augmenter encore ces nombres, à l'avenir, il faudra bien faire des choix.

Du côté des spectacles en rapport avec l'Inde, j'ai eu l'occasion de diversifier un peu les genres et les lieux. Voir des spectacles en Inde pendant de courts séjours demande un peu d'organisation et un peu de chance. Pour ce qui est du bharatanatyam, le spectacle de Srithika Kasturi Rangam vu à Chennai a été énorme choc pour moi : c'est le récital qui m'a fait comprendre que cette danse pouvait être véritablement narrative. Les nombreux autres récitals vus m'ont un peu mieux familiarisé avec le langage de cette danse. Pour ce qui est du kuchipudi, j'ai vu deux très beaux récitals cette année : Smt. Radha Prasanna à Chennai et Shantala Shivalingappa aux Abbesses. Mon dernier séjour à Kolkata m'a donné l'occasion d'entendre la jeune Gaayatri Kaundinya interpréter le Raga Maru Bihag, ma première rencontre vraiment réussie avec la musique vocale du Nord de l'Inde. À Mumbai, j'ai pu entendre Aruna Sairam dans un superbe programme de musique carnatique. Certes, j'ai aussi vu Amitabh Bachchan au TCE, mais comme ce spectacle ne m'a pas laissé un souvenir impérissable, cela ne pourra plus guère que me servir à impressionner d'éventuels Indiens qui me demanderaient si j'ai entendu parler d'Amitabh Bachchan...

Du côté de l'opéra, je retiendrai notamment les productions suivantes qui m'ont fait découvrir quelques œuvres du répertoire : Norma mise en scène par Peter Mussbach, Les Contes d'Hoffmann mis en scène par Robert Carsen, Pelléas et Mélisande à l'Opéra Comique, Don Giovanni au TCE, Eugène Onéguine à Bastille, Ariadne auf Naxos à Bastille. Cette année, j'ai également pu voir le prologue et la première journée de la Tétralogie de Wagner : Das Rheingold à Bastille, Die Walküre à Bastille. J'espère avoir le temps de mieux me préparer aux deux derniers opéras pour mieux en apprécier la musique de Wagner et la mise en scène de Günter Krämer. S'ils ne sont pas les plus intéressants qui soient dans l'absolu, deux opéras m'ont enthousiasmé parce qu'ils ont confirmé mon goût pour la voix de Natalie Dessay (La Sonnambula à Bastille, id. (deuxième)) ou éveillé mon intérêt pour celle de Joyce DiDonato (La donna del lago à Garnier, id. (suite)), une chanteuse que j'ai aussi eu l'occasion d'entendre deux fois au TCE en récital. Si je n'ai pas pu entendre Jonas Kaufmann dans Werther, j'ai beaucoup apprécié son interprétation de La Belle Meunière. Une production aux dimensions modestes m'a particulièrement enthousiasmé : Une Flûte Enchantée aux Bouffes du Nord.

Mon goût pour le ballet s'est confirmé. Parmi les moments forts de cette année, il y a eu Le spectacle de l'école de danse de l'Opéra (dans lequel j'ai particulièrement apprécié Piège de lumière de John Taras), Dorothée Gilbert dans Le Concert de Jerome Robbins, La Bayadère à Garnier, Kaguyahime à Bastille (où j'ai préféré Alice Renavand à Agnès Letestu dans le rôle de la princesse), Le défilé du ballet et Roland Petit à Garnier (Nicolas Le Riche dans Le Jeune Homme et la Mort, la musique de Dutilleux dans Le Loup, Isabelle Ciaravola dans Le Rendez-Vous), Parzival à Garnier (où j'ai découvert Harmonielehre de John Adams), Le Lac des cygnes à Bastille et enfin Le Sacre du Printemps à Garnier.

Pour ce qui est de mes lectures, les bilans sont sur le Biblioblog. Cette année, contrairement à l'année dernière, je n'ai lu que 62 livres. Il faut dire que depuis un peu plus de six mois, cette activité est concurrencée par un début d'apprentissage du piano, qui avance tout doucement...

Lien permanent — Commentaires


Les Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra

2010-12-21 01:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-12-19

Élisabeth Platel, introduction

Bernard Boucher, professeur

Michèle Mérou, pianiste

Troisième division garçons

Fabienne Cerutti, professeur

Claire Djourado, pianiste

Troisième division filles

Éric Camillo, professeur

Michel Myron Mytrowytch, pianiste

Deuxième division garçons

Francesca Zumbo, professeur

Ellina Akimova, pianiste

Deuxième division filles

Jacques Namont, professeur

Richard Davis, pianiste

Première division garçons

Carole Arbo, professeur

Laurent Choukroun, pianiste

Première division filles

Roxana Barbacaru, professeur

Isabelle Van Brabant, pianiste

Troisièmes divisions filles et garçons danse de caractère

Bernard Boucher, professeur

Ellina Akimova, pianiste

Premières divisions filles et garçons adage

Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra.

J'ai passé toute ma journée de dimanche à l'Opéra Garnier pour assister aux démonstrations de l'école de danse de l'Opéra. L'année dernière, je n'avais assisté qu'à une après-midi, lors de laquelle seuls les plus grands dansaient. Je n'ai pas grand'chose à ajouter à ce que j'avais déjà dit alors.

La différence, cette année, c'est que j'ai dû me lever à une heure invraisemblable pour arriver à l'heure avec une marge suffisante pour éviter d'éventuels problèmes de RER (c'est qu'il neige beaucoup). Au lieu d'arriver en retard, je suis arrivé en avance. L'accès à la salle n'était même pas encore ouvert ! Cette année, un programme de l'école de danse est vendu (15€). Il s'agit d'un très beau document (format A4, cela rentre tout juste sur l'étagère qui contient mes autres programmes du Ballet de l'Opéra) où on insiste sur les différents aspects de la formation des élèves, leur complémentarité et qui contient aussi de très belles photographies, dont certaines sont issues du spectacle de l'école de danse de l'année dernière (avec notamment Amélie Joannidès et Juntaro Coste dans Suite de danses de Clustine et une image saisissante de Piège de lumière de Taras en double-page).

L'autre différence par rapport à l'année dernière, c'est qu'au lieu d'être placé aux quatrièmes loges de façon très excentrée, je suis à la baignoire 14, place 3 (à la même place le matin et l'après-midi !). Alors que les élèves des troisièmes divisions me semblaient minuscules l'an passé, vus d'en bas, je trouve grands même les plus petits ! Les classes passent les unes après les autres garçons puis filles en commençant par les plus jeunes, le matin de la sixième division jusqu'à la quatrième et l'après-midi de la troisième à la première. L'accompagnement musical est assuré par les pianistes de l'école auquels, conformément au cliché, les professeurs demandent parfois d'aller un peu moins vite. Certains d'entre eux démarrent avant même d'avoir été sollicités par le professeur, d'autres doivent se faire attendre : (silence) Monsieur Machin... (silence) patapatapa patapa.... Les professeurs auront à chaque fois présenté rapidement l'exercice, le type de difficulté qu'il contient. On nage en plein vocabulaire technique : Faites attention à vos cinquièmes, soignez bien vos secondes.. À la fin de la journée, quelques positions étaient rentrées dans ma tête, mais je pense que je les aies déjà oubliées. En tant que professeur da la quatrième division garçons tout comme étoile invité, Wilfried Romoli a la classe. Il insiste pour qu'on entende le pied des garçons frotter le sol lors des pas qu'il leur demande de faire (alors que l'après-midi, un autre professeur demandera que les réceptions de sauts soient aussi silencieuses que possible).

Après un premier passage, les élèves reviennent dans d'autres configurations afin de présenter d'autres enseignements. Marie Blaise vient avec son accordéon montrer des danses folkloriques. Les deuxièmes divisions filles et garçons viennent ensuite montrer des pas de danse contemporaine (je n'ai pas saisi le nom du chorégraphe dont il était question) ; très impressionnant, la danse contemporaine, ce n'est pas une plaisanterie. Vient ensuite un enseignement sans musique : le mime. Les enfants ont présenté, et apparemment improvisé un peu, à partir d'une situation où des pêcheurs s'en vont pêcher (les filles représentant l'onde) alors que des méchants chasseurs viennent les prendre pour des lapins. Vient ensuite la danse de caractère avant que la matinée se termine avec l'enseignement de Scott Alan Prouty (annoncé de façon pas très British par la professeure précédente). Cela s'appelle expression musicale. Cela ressemble beaucoup à ce qu'il fait avec le chœur Sotto Voce. Les enfants se mettent en scène, chantent, bougent les bras. C'est assez rafraîchissant.

J'ai une petite heure et demie pour déjeuner. Cela et le fait qu'il y a de la gadoue me décide à renoncer à aller jusques à un restaurant japonais de la rue Sainte-Anne. Je ne vais pas plus loin que le Boulevard des Capucines/Italiens où après avoir trouvé quelques portes closes, je trouve un très bon restaurant indien.

Opéra Garnier — 2010-12-19

Élisabeth Platel, introduction

Bertrand Barena, professeur

Tristan Lofficial, pianiste

Sixième division garçons

Véronique Doisneau, professeur

Yuko Tsuchiya, pianiste

Sixième division filles

Marc Du Bouaÿs, professeur

Tadeusz Gieysztor, pianiste

Cinquième division garçons

Marie-José Redont, professeur

Isabelle Van Brabant, pianiste

Cinquième division filles

Wilfried Romoli, professeur

Masako Shimura, pianiste

Quatrième division garçons

Fanny Gaïda, professeur

Anna Simon, pianiste

Quatrième division filles

Marie Blaise, professeur et accordéoniste

Sixièmes divisions filles et garçons, et stagiaires 1 an folklore

Claire Baulieu, professeur

Tristan Lofficial, pianiste

Deuxièmes divisions filles et garçons contemporain

Yasmine Piletta, professeur

Cinquièmes divisions filles et garçons mime

Isabelle Herouard, professeur

Michel Myron Mytrowytch, pianiste

Quatrièmes divisions filles et garçons danse de caractère

Scott Alan Prouty, professeur

Tristan Lofficial, pianiste

Sixièmes et cinquièmes divisions filles et garçons expression musicale

Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra.

C'est maintenant au tour des grands. Je n'arrive plus très bien à distinguer les classes rétrospectivement. Si on observe parfois quelques déséquilibres, quelques problèmes de synchronisation, l'ensemble est globalement très bien assuré. Les filles montrent des pirouettes, des pointes, des fouettés (spectaculaires !). Les garçons sautent, tournent sur eux-mêmes, retombent en arabesque, etc. Le passage de la première division garçon était éblouissant. Après un peu de danse de caractère avec les troisièmes divisions, les premières divisions filles et garçons reviennent ensemble pour la classe d'adage. Cela fait moins bouquet final que la fin du programme du matin, mais c'est fort beau à voir. L'après-midi, les professeurs ont beaucoup insisté sur l'artistique. Ici, les couples de danseurs se succèdent dans des pas de deux (dont un sera présenté simultanément en miroir par deux couples). À la fin, tout le monde vient saluer, y compris celle que les professeurs appellent Mademoiselle Platel. La révérence était d'ailleurs un exercice qui venait clore chacun des passages (ce qui montre que cela n'a rien d'évident !).

Musicalement, cela avait pourtant bien commencé avec du Bach (Premier prélude du Clavier bien tempéré), mais cela a vite dégénéré avec du Chopin et même du Schumann... Cela dit, dans le Schumann, ce n'était pas le pire puisqu'il y a notamment eu des extraits d'une pièce de circonstance : Kinderszenen.

Lien permanent — Commentaires


Le Sacre du Printemps à Garnier

2010-12-11 15:58+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-12-10

Vello Pähn, direction musicale

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Ballet de l'Opéra

Igor Stravinski, musique (Apollon musagète)

George Balanchine, chorégraphie (1928)

Mathieu Ganio, Apollon

Émilie Cozette, Terpsichore

Ève Grinsztajn, Calliope

Nolwenn Daniel, Polymnie

Apollon

Laurie Anderson, musique (enregistrée)

Trisha Brown, chorégraphie

Vija Celmins, décor (Night Sky #18, 1999)

Elisabeth Cannon, costumes

Jennifer Tipton, lumières

Neal Beasley, Carolyn Lucas, assistants de la chorégraphe

Clairemarie Osta, Nicolas Le Riche, Josua Hoffalt

O złożony / O composite

Igor Stravinski, musique

Pina Bausch, chorégraphie

Rolf Borzik, scénographie, costumes et lumières

Dominique Mercy, Mariko Aoyama, Josephine-Ann Endicot, Kenji Takagi, répétitions

Miteki Kudo, L'Élue

Wilfried Romoli, étoile invitée

Eleonora Abbagnato, Stéphanie Romberg, Muriel Zusperreguy, Amandine Albisson, Caroline Bance, Aurélia Bellet, Christelle Granier, Laurence Laffon, Laure Murret, Alice Renavand, Séverine Westermann, Géraldine Wiart, Amélie Lamoureux, Charlote Ranson, Caroline Robert

Alessio Carbone, Vincent Chaillet, Josua Hoffalt, Bruno Bouché, Aurélien Houette, Alexis Renaud, Simon Valastro, Pascal Aubin, Matthieu Botto, Adrien Couvez, Daniel Stokes, Alexandre Carniato, Alexandre Gasse, Samuel Murez, Francesco Vantaggio

Le Sacre du Printemps

Hier avait lieu la première du spectracle Balanchine/Brown/Bausch. L'espace disponible à Garnier est plus restreint que d'habitude et beaucoup de gens s'affairent : des tables n'ont pas encore fini d'être dressées et décorées pour un souper post-représentation.

L'ouvreuse qui m'ouvre ma troisième loge pas mal excentrée est assez distraite : elle m'ouvre la loge 6 alors que j'étais à la loge 8 puis m'indique la place 2 alors que j'avais la place 1... Depuis ma place, je vois que les deux places centrales du premier rang du balcon sont occupées (il arrive assez souvent qu'elles soient vides), en l'occurrence s'y trouve un ancien premier ministre balletomane dont la presse a récemment parlé de problèmes de gestion de son argent liquide.

La première pièce est de Balanchine : Apollon. Apollon (Mathieu Ganio) et les trois muses Terpsichore (Émilie Cozette), Calliope (Ève Grinsztajn) et Polymnie (Nolwenn Daniel). Ils sont tous en blanc, l'espace scénique est essentiellement vide (fond bleu). Chaque muse est munie d'un attribut qui caractérise son art : une lyre, une feuille de papier, un masque. C'est mignon comme tout, mais pas de quoi m'enthousiasmer. L'orchestre de l'Opéra est uniquement constitué de cordes (la violoniste qui était dans la lune pendant La Fiancée vendue était plus concentrée !). À l'aveugle, je ne pense pas que j'aurais deviné que la musique était de Stravinsky. S'il y a quelques passages qui font penser à lui, il y en a aussi un certain nombre qui font presque penser à la musique baroque. Le contraste avec la dernière pièce au programme sera très important.

La deuxième pièce O złożony / O composite est sur une musique enregistrée de Laurie Anderson. Trois danseurs occupent l'espace dont le fond est étoilé : Clairemarie Osta, Nicolas Le Riche, Josua Hoffalt. Honnêtement, je ne comprends rien, mais c'est très beau. Chaleureusement applaudissements pour la chorégraphe Trisha Brown qui vient saluer.

Pendant l'entr'acte, quelques hommes procèdent à des travaux de terrassement pour répartir de la terre sur le grand rectangle que constitue l'espace scénique. Vu l'effort physique que cela représente, je me dis que ce serait bien de les applaudir ; le mouvement sera opportunément lancé au bon moment. L'orchestre reprend place. Les nombreuses places qui étaient vides lors de la première pièce se remplissent avec des instruments à vent. Le noir est fait. On aperçoit une danseuse (Alice Renavand il me semble) se positionner, couchée sur une robe rouge. La musique commence, très douce au début par un thème joué par le basson, puis au bout d'environ trois minutes, on entre dans le vif du sujet avec des rythmes fous, entêtants. Les danseuses et les danseurs dansent en groupe de façon soit synchronisée soit de façon apparemment désordonnée. La robe rouge passe de main en main. Des conciliabules ont lieu entre les femmes. Chacune prend la robe rouge et se dirige vers le mâle dominant (Wilfried Romoli), puis renonce. Il y a presqu'un vrai suspense sur la question de savoir laquelle sera sacrifiée. Dans la petite feuille donnant la distribution, le nom des danseuses sont données à la suite, indistinctement. Il fallait avoir regardé sur le site Internet de l'Opéra pour savoir qui serait l'Élue ce soir. Parmi celles qui ont pris en main la robe rouge, on veut ainsi notamment Eleonora Abbagnato, Alice Renavand et Géraldine Wiart qui joueront aussi le rôle de l'Élue lors des représentations suivantes. Finalement, c'est bien Miteki Kudo qui s'empare de cette robe et l'enfile. Un rituel très érotique et violent met en scène des couples de danseurs. L'Élue terrifiée est traînée sur la terre, puis va danser jusqu'à la mort. Pendant ce Sacre du Printemps de Pina Bausch, on est scotché du début à la fin, la tension monte rapidement et se relâche très brutalement à la fin !

Lien permanent — Commentaires


La Fiancée vendue à Garnier

2010-12-08 01:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Garnier — 2010-12-08

Oleg Bryjak, Krušina

Isabelle Vernet, Ludmilla

Inva Mula, Mařenka

Michael Druiett, Mícha

Marie-Thérèse Keller, Háta

Andreas Conrad, Vašek

Piotr Beczala, Jeník

Jean-Philippe Lafont, Kecal

Heinz Zednik, Le Maître de manège

Valérie Condoluci, Esmeralda

Ugo Rabec, L'Indien

Gilbert Deflo, mise en scène

William Orlandi, décors et costumes

Roberto Venturi, lumières

Micha Van Hoecke, chorégraphie

Guy De Bock, réalisation de la chorégraphie

Alessandro Di Stefano, chef de chœur

Constantin Trinks, direction musicale

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

La Fiancée vendue, Smetana

Je ne sors pas franchement enchanté de la deuxième représentation de La Fiancée vendue de Smetana (apparemment le premier opéra en langue tchèque). L'histoire est mignonne. Mařenka (Inva Mula) et Jeník (Piotr Beczala) s'aiment, mais les parents de Mařenka ont accepté de la donner en mariage arrangé à l'idiot Vašek (Andreas Conrad), fils de Mícha (Michael Druiett). C'est Kecal (Jean-Philippe Lafont) qui s'occupe des négociations pour le compte de la mère de Vašek, Háta (Marie-Thérèse Keller). Il faut convaincre Jeník de renoncer à Mařenka. Contre de l'argent, il accepte de signer un papier comme quoi il laisse Mařenka au fils de Mícha. C'est une ruse, parce qu'il est rigoureusement exact qu'il est le fils de Mícha : il a été chassé de la maison par Háta quand elle a épousé Mícha devenu veuf. Tout se termine bien. Cependant, la pauvre Mařenka a longtemps cru qu'elle avait été trahie, vendue par Jeník. On a aussi beaucoup ri au dépens de Vašek, qui s'est aussi ridiculisé en se faisant embobiner par une Esmeralda (Valérie Condoluci) pour jouer le rôle d'un ours dans un cirque, dans lequel on trouve aussi un faux amérindien (Ugo Rabec) et un directeur qui parle trop (Heinz Zednik).

La musique est belle, très rythmée. Depuis ma troisième loge excentrée, j'avais une vue plongeante sur l'orchestre. Je ne pouvais donc pas ignorer qu'une des violonistes était sur une autre planète pendant l'ouverture, complètement décalée (coups d'archets pas très synchro ni dans le même sens que les voisins), manifestant toujours de la surprise quand elle voyait les autres violonistes se préparer à se remettre à jouer ; et elle en riait avec sa voisine !

Si le décor (unique) et le rideau de scène faits dans un style naïf coloré sont mignons, si les mouvements du chœur sont bien maîtrisés et les danses rigolotes (les chorégraphies de Micha Van Hoecke ont une grande importance dans ce spectacle), je reste déçu par la mise en scène de Gilbert Deflo (qui avait déjà sévi dans Un bal masqué et dans Luisa Miller) dans cette production, reprise de l'ère Mortier (dans le programme, on a gardé la mise en page d'origine, mauvaise odeur du nouveau papier en plus). Dans la première partie (deux premiers actes), c'est particulièrement frappant. Malgré une sincérité évidente, les gestes des chanteurs sont souvent hésitants, maladroits. Quand ils chantent, ils restent debouts, immobiles. Tout repose sur charisme et le jeu un rien exagéré d'Inva Mula (chanteuse fétiche du nouveau directeur : en deux ans, c'est le quatrième opéra dans lequel je la vois à l'Opéra après Mireille, La Bohème et Les Contes d'Hoffmann, j'en ai peut-être raté). Cela s'appuie aussi sur le personnage de Kecal, mais si les grimaces et la présence scénique y sont manifestes, je suis moins convaincu par la voix de Jean-Philippe Lafont. À cette exception près, j'ai aimé les prestations vocales de la plupart des autres chanteurs, tout particulièrement Inva Mula, Piotr Beczala et Andreas Conrad pour les rôles principaux, mais aussi Marie-Thérèse Keller et Valérie Condoluci pour les autres.

Un des plus beaux numéros musicaux de l'opéra intervient au troisième acte quand Kecal et les parents de Mařenka et de Vašek annoncent à Mařenka qu'elle a été trahie par Jeník. Il se trouve là un chœur a cappella de toute beauté, tout comme la scène de désespoir subséquente de Mařenka.

Bref, c'est un spectacle un peu paradoxal, avec pas mal d'aspects enthousiasmants (au point qu'une partie du public va pousser des cris lors des saluts) mais aussi un désagréable arrière goût du fait de la mise en scène.

Lien permanent — Commentaires


Cadmus et Hermione à l'Opéra Comique

2010-12-04 18:55+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Comique — 2010-12-04

André Morsch, Cadmus

Claire Lefilliâtre, Hermione

Arnaud Marzorati, Arbas, Pan

Jean-François Lombard, Nourrice, Dieu champêtre

Isabelle Druet, Charite, Mélisse

Arnaud Richard, Draco, Mars

Camille Paul, Amour, Palès

Geoffroy Buffière, Le Grand Sacrificateur, Jupiter

David Ghilardi, Le Soleil, Premier Prince Tirien

Romain Champion, Premier Africain, Envie

Vincent Vantyghem, Second Prince Tirien

Luanda Siqueira, Junon, Aglante

Eugénie Warnier, Pallas

Tarik Bousselma, Second Africain

Jeroen Bredewold, Échion

Eugénie Lefebvre, L'Hymen

Catherine Padaut, Vénus

Le Poème Harmonique, Danseurs, chœur et orchestre

Vincent Dumestre, direction musicale

Benjamin Lazar, mise en scène

Gudrun Skamletz, chorégraphie

Louise Moaty, collaboration à la mise en scène

Adeline Caron, scénographie

Alain Blanchot, costumes

Christophe Naillet, lumières

Mathilde Benmoussa, maquillage

Antoine Fontaine, réalisation des toiles peintes

Daniel Bargier, chef de chœur

Cadmus et Hermione, Jean-Baptiste Lully

Cette année, je vais très peu fréquenter l'Opéra Comique à cause de l'opacité de leur système de réservation. Comme leur site Internet s'était débloqué au bout de quelques semaines, j'avais quand même réussi à réserver une ou deux places de plus. Je ne sais pas comment cela se fait, mais pour 40€, je tombe presque tout le temps sur un troisième rang de premières loges de face (18.5), ce qui est presqu'idéal si les têtes de devant ne sont pas trop hautes, ce qui était le cas hier soir lors d'une représentation de Cadmus et Hermione de Lully, le premier opéra de l'histoire de la musique française.

Depuis ma place, j'ai une vue frontale sur la scène et peut voir les écrans latéraux où parait le texte de Quinault, qui, nous dit le programme, a pas mal modifié le mythe raconté par Ovide. Sur ces écrans, l'orthographe est moderne. La prononciation, elle, ne l'est pas ! Les s, x ou z finaux sont prononcés, tout comme certains ent finaux qui d'ordinaire sont muets, oi est souvent prononcé ouè, la nasalisation des voyelles est quelque peu différente de ce qu'on entend d'habitude. Par exemple Et c'est pour obéir / aux oracles des dieux / Qu'il faut m'arrester en ces lieux. sera prononcé Et c'est pour obéir / aux oracles des dieusses / Qu'il faut m'arrêter en ces lieusses., ou Chantons la gloire de son cours. prononcé Chantons la glouère de son cource.. Cela surprend au début, mais on finit par s'y habituer. Sans être limpide comme dans un Pelléas et Mélisande, le texte est relativement intelligible, en tout cas davantage que dans mes expériences précédentes avec des tragédies lyriques de Lully.

Il y a relativement peu de parties musicales que l'on pourrait qualifier d'airs. Ce qu'on entend est plus proche du récitatif. Au cours du prologue et des cinq actes, on assiste aussi à de nombreuses scènes dansées. Tout ceci est tellement français... La distribution vocale est assez homogène. On entend notamment André Morsch (Cadmus), Claire Lefilliâtre (Hermione) dans les deux premiers rôles, et aussi Arnaud Marzorati (Arbas, Pan) et Isabelle Druet (Charite, Mélisse). Arbas est un suivant de Cadmus, fier mais couard ; les scènes comiques de l'opéra reposent sur lui. Charite est une compagne d'Hermione, et c'est me semble-t-il le seul rôle ayant à chanter plusieurs airs. Il va sans dire que je suis content d'y avoir entendu Isabelle Druet. Comme Arnaud Marzorati, elle joue extrêmement bien. Parfois, alors qu'elle est muette, elle parvient à exprimer la pensée de son personnage par des mouvements presqu'imperceptibles.

Si la prononciation a apparemment été pensée dans l'idée d'une recréation de l'œuvre en essayant de se placer dans le contexte de l'époque (1673), c'est aussi le cas pour le reste. Les musiciens du Poème harmonique dirigés par Vincent Dumestre (que je ne pouvais voir depuis ma place) utilisent des instruments qui ont été faits aux dimensions appropriées. L'éclairage est assez original aussi. Là encore, de ma place, je ne voyais pas tous les artifices, mais les comédiens, chanteurs et danseurs étaient situés derrière une ouverture cachée par un panneau de bois d'où s'échappait de la lumière. Le programme n'est pas très explicite sur le sujet, mais il n'est pas impossible que cet éclairage ait été réalisé à la bougie... Ce qui est certain, c'est que l'éclairement du décor vacillait parfois de façon irrégulière. Du coup, afin qu'ils soient bien visibles, les chanteurs sont toujours de face, au centre de la scène. Cependant, il ne s'agit pas d'une négation du théâtre : les mouvements expressifs des bras notamment empêchent la représentation de tomber dans la monotonie. Par ailleurs, les costumes sont très colorés et tous les chanteurs ont des coiffes et autres ornements capillaires extravagants.

Bref, c'est un charmant spectacle qu'icelui. Curieusement, alors que la fin du spectacle était programmée pour 22h15, la deuxième partie reprend à 22h10 après l'entr'acte, pour une toute petite demi-heure. Bizarre découpage !

Lien permanent — Commentaires


Le Lac des cygnes à Bastille

2010-12-02 23:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Bastille — 2010-12-02

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène, d'après Marius Petipa et Lev Ivanov

Ezio Frigerio, décors

France Squarciapino, costumes

Vinicio Cheli, lumières

Émilie Cozette, Odette/Odile

Karl Paquette, Le Prince Siegfried

Stéphane Phavorin, Wolfgang, le précepteur/Rothbart

Béatrice Martel, La Reine

Myriam Ould-Braham, Ludmila Pagliero, Christophe Duquenne, Pas de trois

Charline Giezendanner, Axel Ibot, Czardas

Sarah Kora Dayanova, Sabrina Mallem, Audric Bezard, Florian Magnenet, Danse espagnole

Victoire Debay, L'Apparittion du Cygne blanc

Mélanie Hurel, Emmanuel Thibault, Danse napolitaine

Ballet de l'Opéra

Orchestre Colonne

Simon Hewett, direction musicale

Le Lac des cygnes, ballet en quatre actes, sujet de Vladimir Begichev et Vassili Gueltzer

Quel beau spectacle que ce Lac des cygnes dont c'était ce soir la deux cent vingt-deuxième représentation ! La salle est très pleine. Aux derniers étages, des tables sont préparées pour un souper où de grandes entreprises se régaleront.

Alors qu'il va devoir choisir sa future épouse, le prince Siegfried voit en rêve Odette, une princesse-cygne. Il ne veut épouser qu'elle. Réveillé, il repousse d'abord toutes les prétendantes, mais il se laisse séduire par Odile, toute pareille qu'Odette si ce n'est qu'elle est en noir. Il s'agit en fait de la créature de Rothbart, le double maléfique du précepteur Wolfgang. Après cette trahison, Odette et Siegfried ne peuvent se réconcilier, puisque Rothbart, en grand oiseau noir, enlève Odette.

Le premier acte est étonnant par la façon dont Noureev fait danser les danseurs hommes en couples. Mon point de vue au tout dernier rang du deuxième balcon empêche d'ignorer parfois quelques petits problèmes d'alignement. Cependant, l'engagement physique des danseurs semble extrême. C'est très impressionnant. Un très beau pas de trois avec Myriam Ould-Braham, Ludmila Pagliero et Christophe Duquenne. Le deuxième acte est un acte en blanc. Les ensembles de cygnes blancs sont superbes ! On les retrouvera au quatrième acte. Entre temps, on aura assisté à diverses danses populaires (notamment une danse napolitaine avec Mélanie Hurel et Emmanuel Thibault) dans la fête où le prince doit choisir son épouse.

Le personnage de Rothbart qui hante Siegfried a une très grande importance dans ce ballet, et Stéphane Phavorin y fait impression, tout comme Karl Paquette (Siegfried) et Émilie Cozette (Odette/Odile).

Avant tout, ce qui m'a surpris dans ce ballet, c'est la qualité de la musique, qui est de Tchaikovski. Bravo à l'Orchestre Colonne et au chef Simon Hewett !

Lien permanent — Commentaires


Parzival à Garnier

2010-11-13 01:51+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-11-12

John Adams, Arvo Pärt, Richard Wagner, musiques

John Neumeier, chorégraphie, mise en scène, costumes et lumières

Peter Schmidt, décors

Edvin Revazov, Parzival

Joëlle Boulogne, Herzeleide, sa mère

Dario Franconi, Gabmuret, son père

Carsten Jung, Le Roi pécheur

Hélène Bouchet, Orgeluse, la jeune femme charmante

Anna Laudere, La Femme qui ne rit jamais

Aleix Martinez, L'Hermite

Kiran West, Ither, le chevalier Vermeil

Ivan Urban, Gornemans de Gorbaut

Thiago Bordin, Gawain, un chevalier

Alexandr Trusch, Bohort, un chevalier

Yohan Stegli, Lionel, un chevalier

Ballet de Hamburg

Parzival : Épisodes et Écho, d'après Chrétien de Troyes et Wolfram von Eschenbach

Non, ce n'est pas une coquille, cela s'écrit bien Parzival avec un z et non un s comme dans le titre de l'opéra de Wagner. C'est qu'au Palais Garnier, on joue depuis ce soir Parzival : Épisodes et Écho de John Neumeier, dont je n'avais que modérément aimé La Dame aux camélias. Comme j'avais décidé d'aller voir toute la saison de danse comme l'année dernière, j'avais inclus ce ballet comme toutes les autres à mon abonnement à l'Opéra.

Les danseurs sont ceux du Ballet de Hambourg que dirige Neumeier (fondée en 1678, cette compagnie n'est cadette de celle de l'Opéra que d'une neuvaine d'années !). Le rideau en trompe-l'œil traditionnel est remplacé par un autre sur lequel est projeté une animation physico-mathématique qui représente des mouvements gyroscopiques (mot savant pour parler de toupies). Je m'installe à ma troisième loge #4, place une. Un vieil homme est assis à côté de moi. Sa manifestement peu flexible colonne vertébrale l'empêchant de se pencher en avant, il doit voir à peu près un tiers de la scène et rater les mouvements des danseurs principaux. Il s'est endormi, n'a heureusement pas ronflé, et il est parti à l'entr'acte. J'ai donc eu une grande loge pour moi tout seul...

Le seul ballet que j'aie vu qui soit un peu comparable était Siddharta de Preljocaj. La démesure de la scénographie et de l'espace de l'Opéra Bastille était écrasante. Ici, les impressions fortes, les très belles images, si elles utilisent une grande partie de la profondeur de scène disponible, utilisent des décors beaucoup moins lourds. Les costumes sont très intéressants aussi. Celui de la mère de Parzival (Joëlle Boulogne) est très spécial. À la base, c'est une sorte de sari monochrome très fin. Mais, il peut se nouer de toutes sortes de manières. Elle peut le laisser traîner autour d'elle. Elle peut l'enrouler comme un sari. Elle se le mettre sur le visage pour en faire un masque. Ce qui m'impressionne le plus, c'est qu'avec tous les mouvements que la danseuse doit faire, il ne finisse pas déchiré de partout.

Ne connaissant rien de l'histoire de Parzival et n'ayant pas eu le temps de lire tout le programme avant que le spectacle commence, j'ai été un peu surpris par le début où on voit paraître le jeune Parzival (Edvin Revazov) habillé en fille (je me suis demandé pendant cinq bonnes minutes à quel genre appartenait le danseur !). Comme l'indique le titre de la première partie, on voit plusieurs épisodes de sa vie : sa relation avec sa mère, sa rencontre avec des chevaliers, des combats, son initiation, ses histoires avec les femmes, une rencontre avec un homme dans un bateau. Dans la deuxième partie, on le voit notamment regarder trois gouttes de sang (représentées par trois danseuses toutes de rouge vêtues, exception faite d'un chapeau pointu à la Merlin), rencontrer un homme apparemment démuni qui prie. La fin est un retour sur le passé.

Les images qui surgissent de ce ballet sont magnifiques. L'esthétique est très différente de celle de La Dame aux camélias ! La scène est essentiellement vide, sombre, mais magnifiquement éclairée. Dans le fond, on aperçoit parfois un sobre décor. La chorégraphie fait beaucoup appel aux qualités athlétiques des danseurs. On voit ainsi plusieurs mouvements d'ensembles très rapides. Les mouvements des solistes comportent de très nombreux portés : des couples de danseurs (censés représenter des oiseaux ?) font des diagonales sans que ces aériennes demoiselles ne touchent le sol... ou si peu. On voit aussi parfois des personnages marcher sur le corps d'autres danseurs. Le corps allongé de la mère roulera sur des corps transformés en troncs d'arbres. Quelques passages quasi-immobiles sont très saisissants aussi, comme au début de la deuxième partie. Quelques solistes comme ceux qui dansent les rôles de Parzival, sa mère ou encore le Roi pêcheur (Carsten Jung) m'ont tout particulièrement fait bonne impression.

Une dernière raison d'apprécier ce spectacle réside dans la musique (enregistrée). Elle fait appel à trois compositeurs : Wagner, Pärt, Adams. Je ne connaissais les deux derniers que de nom. Si Für Alina pour piano d'Arvo Pärt m'a laissé indifférent, j'ai été très enthousiasmé par la musique de John Adams. Je pense que je vais me procurer un enregistrement de Harmonielehre (j'ai un peu moins aimé The Wound-Dresser pour baryton et orchestre). Je m'aperçois avec joie que dans mon abonnement à Pleyel, il y a un concert dirigé par Gustavo Dudamel avec une de ses œuvres au programme. Peut-être ferai-je quelque détour par la Cité de la Musique pour entendre davantage d'œuvres de ce compositeur...

Lien permanent — Commentaires


Paquita à Garnier

2010-10-23 00:35+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-10-22

Édouard-Marie-Ernest Deldevez et Ludwig Minkus, musique, adaptée et orchestrée par David Coleman et adaptée par John Lanchbery

Paul Foucher, Joseph Mazilier, livret

Pierre Lacotte, adaptation d'après Joseph Mazilier (1846) et Marius Petipa (1881)

Luisa Spinatelli, décors et costumes

Philippe Albraic, lumières

Philippe Hui, direction musicale

Marie-Agnès Gillot, Paquita

Karl Paquette, Lucien d'Hervilly

Vincent Chaillet, Iñigo

Guillaume Charlot, Don Lopez de Mendoza

Eve Grinsztajn, Doña Serafina

Emmanuel Hoff, Le Général, Comte d'Hervilly

Béatrice Martel, La Comtesse

Myriam Ould-Braham, Mélanie Hurel, Marc Moreau, Pas de trois

Ballet de l'Opéra

Élèves de l'École de danse de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Paquita, ballet en deux actes

C'est la première fois que je vois un ballet pseudo-narratif. Il y a une bien histoire. Paquita a été enlevée toute jeune par des Gitans, elle tombe amoureuse de Lucien d'Hervilly, qui est venu à Saragosse avec son père le Comte d'Hervilly pour faire poser une pierre en mémoire de son frère assassiné ainsi que sa femme et sa fille. Paquita parvient à sauver Lucien de la tentative de meurtre de son maître Iñigo commanditée par Don Lopez de Mendoza. Ils sont arrêtés alors que les Hervilly célèbrent un bal. En voyant un tableau représentant le défunt frère du Comte, elle reconnait la personne qui figure sur un médaillon qu'elle a toujours gardé. C'est son père. Rien ne s'oppose à ce qu'elle épouse Lucien...

Pourtant, l'action proprement dite occupe une durée très réduite par rapport à la durée du ballet. Le premier tableau du premier acte contient principalement tout un tas de danses espagnoles. On verra notamment des hommes exécuter la danse des manteaux, tels des toréadors. Des danseuses feront tinter des tambourins, etc. Après l'entr'acte, dix minutes à peine s'étaient écoulées que la situation était tout à fait dénouée. La grosse demi-heure restante ne raconte plus rien si ce n'est le bonheur des futurs époux.

On trouve néanmoins de fort beaux passages dansés, solos, pas de deux, pas de trois, ensembles. Dans les deux rôles principaux, Marie-Agnès Gillot (Paquita) et Karl Paquette (Lucien d'Hervilly) sont impressionnants. C'est d'ailleurs la première fois que je vois cette danseuse (étoile) dans un ballet classique (jusques alors, je ne l'avais vue que dans des chorégraphies de Bausch/Millepied/McGregor). En plus de danser très bien et de réaliser une performance physique étonnante, elle se révèle aussi bonne comédienne. Vincent Chaillet est très convaincant en Iñigo.

Plus que d'ordinaire dans les ballets classiques, les applaudissements du public interrompent la (pseudo-)action de façon à pousser les danseurs à faire des saluts. C'est probablement en partie lié au fait que la fin des différents numéros musicaux (et des différentes séquences qui les composent) semble construite de façon à déclencher des applaudissements. Cela dit, à partir du moment où il n'y a pas à craindre de coupure dans l'histoire, je ne vois pas d'inconvénient à saluer l'exploit athlétique des danseurs !

Dans certains passages physiquement très difficiles, je ne dirais pas que j'aie trouvé la chorégraphie très belle, parce que parfois quelque peu répétitive. Mais l'ensemble était saisissant, comme la danse des manteaux, le pas de trois du premier acte (Myriam Ould-Braham, Mélanie Hurel, Marc Moreau) et tout le deuxième acte (où l'en trouve entre autres un ensemble avec de jeunes élèves de l'école de danse).

Je m'aperçois aujourd'hui seulement du fait que les feuillets contenant les distributions donnés par les ouvreuses n'étaient pas fiables à 100%. Ainsi, ce soir, j'ai eu la surprise de voir Mathilde Froustey dans un groupe de huit danseuses lors du grand pas, ce qui n'apparaissait pas dans la distribution.

Lien permanent — Commentaires


Le Ballet royal du Cambodge à Pleyel

2010-10-11 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Salle Pleyel — 2010-10-10

Ballet royal du Cambodge

Son Altesse Royale la Princesse Norodom Buppha Devi, chorégraphie

La Légende de l'Apsara Méra

C'est un fort beau spectacle que celui donné ces jours-ci en France par le Ballet royal du Cambodge, et ce dimanche Salle Pleyel, il y avait même deux représentations ; je suis allé à celle du soir. Dans le RER A, je devinais déjà que certains visages descendraient l'avenue Hoche jusqu'à la Salle Pleyel pour assister au même spectacle que moi.

De grands rideaux noirs tendus sur la scène cachent la fonction habituelle de cette salle. Une petite estrade est placée au fond de la scène, au centre. Des musiciens s'installent sur les côtés. Sur la droite, une sorte de hautbois et des xylophones. À gauche, quatre chanteurs. Une des deux chanteuses joue aussi des cymbales et un percussionniste utilise des tambours de taille respectable.

Les musiciens à peine installés, la musique commence. La présence de cymbales n'est pas sans rappeler les récitals de danse indienne où on les entend presque systématiquement. Ici, les rythmes seront beaucoup plus simples à reconnaître. Pourquoi se hasarder à une telle comparaison ? Parce que le thème du premier acte Le mythe du barratage de la mer de lait provient de la tradition indienne. Ce mythe est raconté au début du Mahābhārata (pages 173-174 du premier volume au Seuil de la version de Madeleine Biardeau, dont j'ai appris il y a quelques jours le décès en parcourant le catalogue de la BnF : Biardeau, Madeleine (1922-2010)...). On en trouve aussi un récit au huitième livre du Bhāgavata Mahāpurāṇa. Le premier tableau évoque la guerre entre les dieux et les Asura (appelés ici géants plutôt que démons). Le ballet n'est pratiquement constitué que de danseuses. Seuls de très rares scènes mettent en scène des danseurs, comme dans ce combat singulier entre un singe (apparemment du côté des dieux) et un géant. Le dieu Vishnu, paraissant debout sur une tortue dorée, référence à l'avatar de la tortue (Kurma), intervient pour demander aux deux armées de conjuguer leurs forces pour baratter la mer de lait afin qu'en sorte l'amrita, la liqueur d'immortalité. On les voit s'activer autour du serpent Vasuki dont la tête et la queue sont figurées par des accessoires. Des créatures émergent de ce barrattage. Elles sont évoquées par des projections (un peu éblouissantes) sur le fond de la scène. Il me semble reconnaître parmi elles un cheval aux multiples têtes, très-vraisemblablement Ucchaiḥśravas (celui dont la couleur est l'objet d'un pari aux importantes conséquences mythologiques entre Vinatā et Kadrū).

Les démons se sont emparés de l'amrita que le chef des Asura tient dans une sorte de coupe. Vishnu s'incarne sous la forme de l'apsaras (nymphe céleste) Mohini. La version du mythe présentée dans cette chorégraphie s'écarte quelque peu des versions indiennes usuelles. Ici, la nymphe utilise une boule de cristal magique donnée par Vishnu (dont, depuis ma place centrée à l'orchestre, j'ai pu voir une forme à quatre bras réalisée par deux danseuses placées l'une derrière l'autre, les attributs du disque et de la conque étant bien visibles). Elle s'en sert pour éblouir le chef des Asura et récupérer la coupe d'amrita qui reviendra aux dieux. Dans la version du mythe que j'ai lue dans le Bhāgavata Mahāpurāṇa, Mohini n'a besoin de nul accessoire pour obtenir ce résultat, au contraire, elle se défait de quelque vêtement...

Le deuxième acte correspond au titre du spectacle. Il est intitulé La légende de Kambu et de Méra. Elle raconte l'origine légendaire du peuple cambodgien ou khmer, au choix. L'histoire est beaucoup moins intéressante. Il s'agit simplement de la rencontre entre une apsaras et un prince. Pas de méchant en vue, tout va bien. Il s'agit donc essentiellement d'un acte de danse pure. Il procure de très belles images, notamment dans le premier ensemble où les suivantes de l'apsaras lui cueillent des fleurs en son jardin. Le prince débarquera (littéralement) et en tombera immédiatement amoureux. Elle va résister un instant, mais ils seront bientôt unis. Les dieux descendent pour faire la fête. C'est le prétexte d'un nouvel ensemble illustrant la danse céleste des dieux. Dans cette scène, les costumes des déesses ne sont pas sans rappeler les saris indiens. En tout cas, ça brille.

Ce style de danse (qui est rené après le rétablissement de la monarchie, la chorégraphie de ce spectacle est d'ailleurs due à son altesse royale la princesse Norodom Buppha Devi) est très majesteux. Les visages (dont certains sont couverts de masques) manifestent peu d'émotions. Les mouvements des mains sont souples et lents. De nombreuses positions relativement statiques sont dansées avec un seul pied touchant le sol. Parfois, la danseuse tourne tout doucement sur elle-même sur ce pied. Dans le pas de deux entre Mohini et le chef des Asura, on a pu voir des accessoires et un harmonieux petit jeu se mettre en place entre les deux personnages avant que Mohini ne subtilise l'amrita. Des portés spectaculaires se sont fait voir lors de la scène du combat singulier.

Du point de vue musical, tout semble reposer sur le souffle du musicien qui joue d'une sorte de hautbois. Les premières interventions du chœur de quatre chanteurs m'ont un peu déstabilisé, mais je m'y suis habitué assez vite. Le concert étant sonorisé, j'ai tout le temps été perturbé par le fait que ce n'était pas en stéréo : le son des chanteurs semblait venir aussi bien de gauche que de droite, ce qui procure une sensation étrange, inhabituelle pour moi.

Lien permanent — Commentaires


Passion au TCE

2010-10-06 23:18+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Théâtre des Champs-Élysées — 2010-10-06

Barbara Hannigan, Lei

Georg Nigl, Lui

Sasha Waltz, création chorégraphique, mise en scène, décors

Franck Ollu, direction musicale

Thilo Reuther, décors, lumières

Hussein Chalayan, costumes

Thierry Coduys, dispositif électroacoustique

Ilka Seifert, dramaturgie

Sasha Waltz & Guests

Vocalconsort Berlin

Ensemble Modern

Passion, Pascal Dusapin.

La création chorégraphique de l'opéra Passion de Pascal Dusapin par Sacha Waltz & Guests est certainement le spectacle au cours duquel je me suis le plus ennuyé et qui me laisse la plus grande impression d'incompréhension.

L'opéra met en jeu deux personnages Lei (Barbara Hannigan) et Lui (Georg Nigl). La seule chose que l'on comprend, mais c'était annoncé, c'est que cela a un rapport avec Orphée et Eurydice. Il y a quelques autres personnages, mais ils ont une fonction non déterminée.

Du point de vue musical, c'est assez heurté. On entend des effets spéciaux électroacoustiques, la musique étant parfois amplifiée et spatialisée. Des micros servent à donner parfois beaucoup de volume aux respirations saccadées des personnages. Quelques courts passages choraux ravivent parfois mon attention.

Cette Passion, c'est à peu près comme assister à un spectacle de danse contemporaine avec une bande-son qui serait jouée en direct. Ce n'est pas exactement ce que j'attends d'un opéra, d'autant plus que la chorégraphie de Sasha Waltz ne me parle pas du tout.

Le spectacle était annoncé chanté en italien, surtitré en français. En arrivant dans la salle, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas de dispositif de surtitrage. La représentation n'a donc pas été surtitrée, ce qui n'a évidemment pas aidé à la compréhension. En sortant, je déplie la feuillette avec la distribution que j'avais rangée sans la lire, et j'y lis avec effroi que c'était fait exprès :

Pour que votre attention ne soit pas dérangée et que vous puissiez pénétrer totalement dans le monde d'émotions créé par Sasha Waltz, nous avons décidé, en accord avec Pascal Dusapin, de ne pas surtitrer Passion, dont le texte en italien vous sera aisément compréhensible.

Ben voyons !

Lien permanent — Commentaires


Le défilé du ballet et Roland Petit à Garnier

2010-09-25 04:33+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-09-24

Yannis Pouspourikas, direction musicale

Orchestre Colonne

Hector Berlioz, musique (Marche, extrait de l'opéra Les Troyens)

Les étoiles, les premiers danseurs, le corps du ballet et les élèves de l'école de danse

Défilé du ballet

Roland Petit, chorégraphie (1974)

César Franck, musique (Psyché)

Camille Saint-Saëns, musique (Symphonie nº3 avec orgue)

Luisa Spinatelli, costumes

Jean-Michel Désiré, lumières

Benjamin Pech

Eleonora Abbagnato

Proust ou les intermittences du cœur, extrait du tableau VII La regarder dormir ou la réalité ennemie

Jacques Prévert, argument

Joseph Kosma, musique originale

Roland Petit, chorégraphie (1945)

Pablo Picasso, rideau de scène

Brassaï, décors

Mayo, costumes

Jean-Michel Désiré, lumières

Jan Broeckx, assistant du chorégraphe

Isabelle Ciaravola, La plus belle fille du monde

Nicolas Le Riche, Le jeune homme

Michaël Denard, Le destin

Hugo Vigliotti, Le bossu

Charlotte Ranson, La fleuriste

Juliette Hilaire, Jenniger Visocchi, Les filles

Pierre Rétif, Le lanceur de tracts

Sophie Mayoux, Neven Ritmanic, Clémence Gross, Ulysse Zangs, Les enfants qui s'aiment

Daniel Stokes, Cyril Chokroun, Alexandre Gasse, Erwan Le Roux, Les garçons

Pascal Aubin, Le chanteur

Anthony Millet, L'accordéoniste

Le Rendez-vous

Jean Anouilh, Georges Neveux, argument

Henri Dutilleux, musique originale

Roland Petit, chorégraphie (1953)

Carzou, décors et costumes

Jean-Michel Désiré, lumières

Jean-Philippe Halnaut, assistant du chorégraphe

Émilie Cozette, La jeune fille

Stéphane Bullion, Le loup

Amandine Albisson, La Bohémienne

Christophe Duquenne, La jeune homme

Alexis Renaud, Le montreur de bêtes

Marie-Isabelle Peracchi, La mère

Le Loup

Jean Cocteau, argument

Johann Sebastien Bach, musique (Passacaille en do mineur, BWV 582, orchestrée par Alexandre Goedicke)

Roland Petit, chorégraphie (1946)

Georges Wakhevitch, décors

Costumes d'après Karinska

Jean-Michel Désiré, lumières

Jan Broeckx, assistant du chorégraphe

Jérémie Bélingard

Alice Renavand

Le Jeune Homme et la Mort

Cela n'a presque l'air de rien quand on en voit des photographies. Par curiosité, j'avais quand même envie de voir le défilé du ballet de l'Opéra. Deux possibilités (en fait trois, en comptant la répétition générale). Payer très cher et mettre un smoking en allant au Gala AROP de mercredi. Ou bien attendre la deuxième représentation, dont les places sont à des prix quelque peu majorés mais pas trop par rapport aux autres représentations du spectacle Roland Petit qui ne seront pas précédées du défilé.

Bref, j'avais tenté ma chance au guichet fin août et avais obtenu un strapontin à l'amphithéâtre. Sachant que le défilé utiliserait toute la profondeur de la scène, il vallait mieux être de face. Je m'inquiétais de ce que mon billet comportât la mention Visibilité réduite, mais il s'est avéré qu'en me penchant un tout petit peu, j'avais une vue dégagée sur toute la scène, et même plus de place pour les jambes qu'aux chaises voisines...

Sur papier glacé, disais-je donc, ce n'est pas particulièrement impressionnant. Pourtant, à vivre, la simplicité géométrique, la musique de la marche des Troyens (Berlioz), les tenues blanches des danseurs qui passent en rangs ou seuls, des plus jeunes élèves de l'école de danse au danseur étoile Nicolas Le Riche, les applaudissements nourris pour tous (mais certains plus que d'autres), quinze minutes durant, c'est un spectacle absolument irrésistible. Je ne m'attendais pas à une telle intensité. (Derrière moi, il y avait une spectatrice qui m'a dit qu'elle ne venait que pour le défilé. Elle est partie juste après !)

Au programme de la série de spectacles Roland Petit se trouvaient trois ballets de ce chorégraphe. Après le défilé, en bonus, nous avons eu un extrait de Proust ou les intermittences du cœur, plus précisément le tableau que j'avais qualifié de superbement esthétique, à savoir celui intitulé La regarder dormir, et qui était dansé ce soir par Benjamin Pech (Proust jeune) et Eleonora Abbagnato (Albertine), une première danseuse que je voyais pour la première fois.

Le programme ordinaire pouvait commencer. Une musique inoubliable de Joseph Kosma (chantée par moments par Pascal Aubin, coryphée), un argument de Prévert, un rideau de scène de Picasso : Le Rendez-vous, avec notamment Nicolas Le Riche, Isabelle Ciaravola (La plus belle fille du monde), Michaël Denard (Le destin), Hugo Vigliotti (Le bossu). Comme celle des deux autres ballets qui vont suivre, l'histoire est franchement triste. Un jeune homme se fait remettre un oracle annonçant sa mort. Il rencontre le Destin et plaide sa cause, prétextant avoir un rendez-vous de prévu avec la plus belle fille du monde. Le Destin lui répond que c'est rigoureusement exact. Quand le jeune homme la rencontre, il danse langoureusement avec elle, mais elle lui tranche la gorge.

Dans Le Loup, un jeune marié (Christophe Duquenne) s'en va avec une Bohémienne (Amandine Albisson), laissant sa jeune épouse (Émilie Cozette) avec un loup (Stéphane Bullion). En effet, avec un montreur d'animaux, les deux lui ont fait croire que son mari s'était transformé en loup par magie. La jeune femme et le loup vont s'apprivoiser l'un l'autre progressivement, au point qu'elle préférera le loup à son légitime quoiqu'inconstant époux quand le simulacre de transformation inverse sera réalisé. Il n'y aurait pas d'histoire si les villageois aimaient avoir un loup dans les parages. Armés de leurs fourches, ils le poursuivent. Bien qu'ils tentent d'éloigner la jeune femme, celle-ci s'interposera lorsque les coups fatals seront assenés. Ils mourront tous les deux. Les costumes de ce ballet sont très colorés, les décors très champêtres. A priori, on est très loin de la noirceur du Rendez-vous, mais d'un autre côté, la musique de Dutilleux est audacieuse, légèrement agressive (au point de choquer quelques oreilles dans le public).

Le dernier ballet de la soirée est Le Jeune Homme et la Mort, dansé par Jérémie Bélingard et Alice Renavand. Une jeune femme pousse un jeune homme au suicide. Elle revient sous les traits de la Mort, et ils s'en vont tous les deux sur les toits de Paris. La version orchestrale de Goedicke de la Passacaille (BWV 582) de Bach semble faite pour illustrer ce ballet... Hormis la musique, ce qui m'impressionne le plus est la fébrilité des personnages. Ce ballet est en effet d'une rare violence. Les chaises fusent. La table tombe. Pourtant, malgré cette agitation, le jeune homme arrive à se tenir en équilibre sur un pied de la table.

À la fin de la représentation, les premiers rôles des quatre ballets présentés viennent tous saluer le public. Premier frémissement quand un homme rejoint le centre de la scène. C'est le chef d'orchestre Yannis Pouspourikas (qui dirigeait l'Orchestre Colonne). Quand un deuxième frémissement se fait sentir, le doute n'est plus permis, c'est bien Roland Petit (86 ans) qui vient saluer ! Avec les danseurs, il recueille des applaudissements qui ne discontinueront pas pendant de longues minutes.

Lien permanent — Commentaires


Kaguyahime (suite)

2010-07-11 18:13+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Bastille — 2010-07-11

Maki Ishii, musique (1985)

Jiří Kylián, chorégraphie (1988)

Michael Simon, scénographie et lumières

Ferial Simon, Joke Visser, costumes

Elke Schepers, Ken Ossola, Patrick Delcroix, Roslyn Anderson, assistants du chorégraphe

Kees Tjebbes, assistant technique et réalisation lumières

Michael De Roo, direction musicale

Alice Renavand, Kaguyahime

Stéphane Phavorin, Mikado

Muriel Zusperreguy, Céline Talon, Séverine Westermann, Charlotte Ranson, Caroline Robert, Villageoises

Stéphane Bullion, Mathias Heymann, Alessio Carbone, Julien Meyzindi, Florian Magnenet, Adrien Couvez, Nicolas Paul, Marc Moreau, Daniel Stokes, Villageois

Julien Meyzindi, Yvon Demol, Les compagnons du Mikado

Ballet de l'Opéra

Kodō, Gagaku et ensemble de percussions invité

Kaguyahime

Cet après-midi, je suis retourné assister à une représentation de Kaguyahime à l'Opéra Bastille afin d'y voir Alice Renavand dans le rôle de la princesse Kaguyahime. Je ne regrette pas d'être venu, puisqu'elle m'a fait meilleure impression que ne l'avait fait Agnès Letestu. J'ai aussi pu voir la nouvelle étoile Stéphane Bullion dans le rôle du premier prétendant, tout comme Mathias Heymann en villageois, et quelques autres.

La salle était à moitié vide. Pour le premier acte, je suis resté au premier balcon, mais en me replaçant dans des conditions a priori idéales : au milieu du dernier rang qui était déserté. Pour le deuxième acte, comme le parterre était très loin d'être rempli, je suis descendu et ai trouvé une place dans les premiers rangs qui ne soit pas trop excentrée. Bizaremment, le volume sonore et l'effet visuel est moins impressionnant depuis le parterre que d'en haut. L'effet de surprise de la première fois y était peut-être aussi pour quelque chose.

Lien permanent — Commentaires


La petite danseuse de Degas à Garnier

2010-07-10 00:50+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-07-09

Denis Levaillant, musique

Patrice Bart, chorégraphie et mise en scène (2003)

Martine Kahane, Patrice Bart, sujet

Ezio Toffolutti, décors

Sylvie Skinazi, costumes

Marion Hewlett, lumières

Claude de Vulpian, assistante du chorégraphe

Koen Kessels, direction musicale

Dorothée Gilbert, La petite danseuse

Ludmila Pagliero, La danseuse étoile

Mélanie Hurel, La mère de la petite danseuse

Mathieu Ganio, Le maître de ballet

Karl Paquette, L'abonné

Yann Bridard, L'homme en noir

Sabrina Mallem, La chanteuse de caf'conc'

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

La petite danseuse de Degas, ballet en deux parties

Dernier ballet de la saison à l'Opéra de Paris : La petite danseuse de Degas de Patrice Bart. Cela raconte la vie de La petite danseuse de quatorze ans, qui s'appelait Marie Van Goethem. Le ballet mêle en fait des éléments de la vie de la danseuse et de ses deux sœurs. Au début du ballet, la petite danseuse (Dorothée Gilbert) descend de la vitrine où la statue est exposée. On voit ensuite différents épisodes de sa vie : elle va à son cours de danse (le maître de ballet est interprété par Mathieu Ganio), elle admire la danseuse étoile (Ludmila Pagliero) dont elle essaie de suivre les pas, elle pose pour un peintre, elle tombe amoureuse d'un abonné lors d'un bal à l'Opéra (Karl Paquette). C'est difficilement compréhensible aujourd'hui, mais la mère de la petite danseuse (Mélanie Hurel), habillée de noir, la suit partout. Dans la deuxième partie, celle-ci se voit dans un miroir changée en femme prête pour aller danser, ce qu'elle va faire avec sa fille au caf'conc' où une autre danseuse (Sabrina Mallem) tient l'affiche. Déçue par le comportement de l'abonné, la petite danseuse vole son portefeuille, ce qui lui vaut de finir en prison où elle voit paraître la danseuse étoile. Finalement, déchue, elle se retrouve parmi les blanchisseuses. Pendant tous ces épisodes, un homme en noir (Yann Bridard) suit la petite danseuse de façon quelque peu menaçante. Il finit par la remettre dans la vitrine.

Pour l'œil, ce spectacle est superbe. Les lumières sont très bien pensées. Grâce à elles, les transformations d'un tableau à un autre s'opèrent comme par magie : un personnage est éclairé, le reste de la scène est dans l'obscurité et tout à coup, le voile est levé sur un nouveau décor. Les costumes sont aussi très beaux. Si les lumières créent des effets saisissants, la manière dont les décors sont conçus y contribue aussi. Pour partie, ce sont de hauts panneaux faits de plusieurs larges bandes d'une sorte de toile épaisse dont certaines peuvent être enroulées ou déroulées. Comme ces panneaux peuvent être déplacés, le décor représentant une rue peut se transformer très rapidement en une salle de répétition pour le ballet. Évidemment, on joue de l'Opéra à l'intérieur de l'Opéra. Pendant la scène du bal, le fond du décor reproduit le rideau de scène du Palais Garnier. Quand des danseuses viennent saluer sous les applaudissements de la salle, ce sont autant les danseuses que les personnages qu'elles interprètent qui viennent saluer.

Ce qui est gênant avec ce ballet et me fait avoir pourtant un avis mitigé, c'est qu'on a l'impression de voir un clip (d'un peu moins de deux heures). C'est très bien dansé (même quand la petite danseuse doit danser gauchement quand elle essaie de reproduire les pas de l'étoile !), c'est très beau à voir, c'est censé être narratif, mais je n'y ai vu qu'une succession de tableaux. La musique de Denis Levaillant m'a aussi un peu gêné. Là encore, même s'il est vrai que la reprise de certaines phrases musicales donne une cohérence à l'ensemble, des styles très différents de musique se succèdent, comme les tableaux. Dans l'ensemble, on dirait de la musique écrite pour le cinéma (il y a d'ailleurs des passages qui ne sont pas loin de ressembler à des parodies de musiques de films ou de séries). L'instrumentation et les techniques de jeu exigées des musiciens sont inhabituelles pour l'Opéra. Dans la fosse, on trouve ainsi un accordéon, un saxophone, des xylophones (et un piano). Les cordes ont un certain nombre de passages pizzicato et un assez impressionnnant numéro où les cordes sont frappées par le bois de l'archet. Cela dit, quand on accepte de regarder ce ballet comme un film ou une suite de clips, l'ensemble n'a rien de désagréable. Un autre élément déroutant de ce ballet est qu'à certains moments, la scène est un peu trop remplie : plusieurs choses se passent en même temps.

Le ballet comporte quelques moments de grâce. Celui que j'ai préféré intervient lors du tableau des blanchisseuses, où la petite danseuse et dix-huit autres blanchisseuses s'activent pour nettoyer des draps blancs. À un moment donné, les blanchisseuses tiennent deux par deux des draps blancs disposés en cercle (vu d'en haut, les draps forment les rayons d'une roue). Et là, Dorothée Gilbert entre dans la roue, tourne autour de l'axe, se jette successivement dans tous les draps jusqu'à devenir invisible.

Lien permanent — Commentaires


Kaguyahime à Bastille

2010-06-18 23:37+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Bastille — 2010-06-18

Maki Ishii, musique (1985)

Jiří Kylián, chorégraphie (1988)

Michael Simon, scénographie et lumières

Ferial Simon, Joke Visser, costumes

Elke Schepers, Ken Ossola, Patrick Delcroix, Roslyn Anderson, assistants du chorégraphe

Kees Tjebbes, assistant technique et réalisation lumières

Michael De Roo, direction musicale

Agnès Letestu, Kaguyahime

Vincent Chaillet, Mikado

Ludmila Pagliero, Alice Renavand, Aurélia Bellet, Caroline Bance, Christelle Granier, Villageoises

Nicolas Paul, Josua Hoffalt, Alessio Carbone, Florian Magnenet, Julien Meyzindi, Marc Moreau, Villageois

Florian Magnenet, Matthieu Botto, Les compagnons du Mikado

Ballet de l'Opéra

Kodō, Gagaku et ensemble de percussions invité

Kaguyahime

Je viens de voir le ballet Kaguyahime de Jiří Kylián. C'est un spectacle épatant ! (Et sans doute le plus court spectacle que j'aie vu à l'Opéra Bastille : j'étais arrivé à Orsay à 22h !) La princesse Kaguyahime (Agnès Letestu), venue de la Lune, descend sur Terre. Cinq hommes la courtisent ; elle les repousse en leur donnant à passer des épreuves impossibles. On fête son accession à la majorité. Sa beauté attire encore du monde. Les blancs se battent contre les noirs. Finalement, l'Empereur (Vincent Chaillet) se montre aussi intéressé. Mais, Kaguyahime doit retourner sur la Lune et on ne veut pas la laisser partir. Les gardes ayant été éblouis par l'éclat de l'astre, elle arrive à s'en aller.

La première chose qui surprenne dans ce ballet est la musique de Maki Ishii. L'orchestre n'a pas une forme traditionnelle. Il comprend en effet trois parties : un ensemble de percussions occidentales, un ensemble de tambours japonais (Kodō) et un trio d'instruments à vents (Gagaku). Les instruments mélodiques apparaissent principalement pendant les solos de la princesse Kaguyahime, très contemplatifs, faits d'immobiles mouvements. Quand les autres forces sont en présence, les percussions font un bruit démentiel à un rythme effréné, que les danseurs arrivent à suivre tout en faisant des dérapages contrôlés, des figures très rapides à deux ou à trois danseurs. Dans les scènes de combats au début de la deuxième partie, on trouve toutes les configurations : des hommes combattant entre eux, un homme et une femme, deux femmes, etc. C'est très impressionnant, surtout quand la scène est éclairée par un stroboscope.

Visuellement, c'est aussi très esthétique, le plus éblouissant étant la scène entre la princesse et l'Empereur, sur grand fond doré. Superbe !

Lien permanent — Commentaires


La Bayadère à Garnier

2010-05-26 01:25+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-05-25

Ludwig Minkus, musique, réalisée et adaptée par John Lanchbery

Marius Petipa, Sergueï Khoudekov, livret

Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène d'après Marius Petipa

Ezio Frigerio, décors

Franca Squarciapino, costumes

Vinicio Cheli, lumières

Kevin Rhodes, direction musicale

Emmanuel Strosser, piano

Frédéric Vaysse-Knitter, piano

Agnès Letestu, Nikiya

José Martinez, Solor

Émilie Cozette, Gamzatti

Allister Madin, Le Fakir

Yann Saïz, Le Grand Brahmane

Stéphane Phavorin, Le Rajah

Christine Peltzer, Aiya, servante de Gamzatti

Audric Bezard, L'Esclave

Marc Moreau, L'Idole dorée

Charline Giezendanner, Danse Manou

Sabrina Mallem, Première variation

Mathilde Froustey, Deuxième variation

Marie-Solène Boulet, Troisième variation

Ballet de l'Opéra

Élèves de l'École de danse de l'Opéra

Orchestre Colonne

La Bayadère, ballet en trois actes (production créée pour le Ballet de l'Opéra national de Paris le 8 octobre 1992)

Cette année, s'il y a un spectacle du Ballet de l'Opéra que je ne voulais pas manquer — en fait, je suis bien parti pour n'en manquer aucun — c'est bien La Bayadère, dans la version de Rudolf Noureev (1992) d'après Marius Petipa.

La bayadère Nikiya (Agnès Letestu) est aimée du kshatriya Solor (José Martinez), et du grand brâhmane (Yann Saïz). Le rajah de Golconde (Stéphane Phavorin) veut marier sa fille Gamzatti (Émilie Cozette) au-même Solor. Ceci pose problème à Nikiya, ainsi qu'à tout le monde vu qu'avec Solor, ils se sont juré fidélité. On complote contre la bayadère. Alors qu'elle danse pour les fiançailles de Solor et Gamzatti, on lui offre un panier qui contient un serpent venimeux... Plus tard, les deux amants se retrouvent au royaume des ombres.

C'est du grand spectacle. Les décors et costumes sont superbes. Bien sûr, il s'agit plus de montrer une Inde phantasmée, encore plus irréelle que la vision bollywoodienne qu'en donne par exemple Devdas (voir notamment une scène avec Madhuri Dixit Maar Dala pour une idée de ce que cela peut donner), que de présenter une vision conforme à la réalité. En effet, même le temple indien le plus tarabiscoté ne ressemble pas à celui du décorateur. Les femmes indiennes portent tout à fait autrement leur sari. On a jamais vu un grand brâhmane aussi richement paré, etc, etc. Mais, qu'est-ce que ça brille !

On en prend donc plein les yeux, surtout au deuxième acte, avec l'arrivée de Gamzatti en palanquin, celle de Solor sur un éléphant (quoique faux, contrairement à celui de la mise en scène de Padmâvatî par Sanjay Leela Bhansali au Châtelet), et des danses nombreuses et variées, comme celle des perroquets ou celle de l'Idole dorée (Marc Moreau) ; il y a aussi une danse indienne qui fait penser à des danses du Penjab.

L'ambiance de fête se suspend brutalement quand la bayadère Nikiya entame sa danse langoureuse au son des violoncelles. Un moment magique.

Au cours du troisième acte, on peut apprécier le défilé et les alignements d'un groupe de trente deux danseuses lors de la fameuse Entrée des ombres. Ce troisième acte fait bien sûr penser au deuxième de Giselle. Ensemble ou séparément, José Martinez et Agnès Letestu effectuent de nouvelles prouesses, et les trois danseuses Sabrina Mallem, Mathilde Froustey et Marie-Solène Boulet dansent de belles variations.

La musique de Minkus semble présenter en soi moins d'intérêt que d'autres musiques de ballet. Il paraît que c'est la faute des photocopieuses soviétiques : la partition ramenée par Noureev était incomplète.

Ailleurs : Klari.

Lien permanent — Commentaires


Padmini Chettur aux Abbesses

2010-05-04 00:30+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2010-05-03

Padmini Chettur, danse, chorégraphie, décor

Anoushka Kurien, danse

P. Akila, danse

V. Aarabi, danse

Preethi Athreya, danse

Maarten Visser, musique

Jan Maertens, lumières, décor

Vivek Narayanan, texte

Gilles Richard, direction technique

Beautiful Thing 1

Après Paperdoll en 2006 et Pushed en 2008, c'est Beautiful Thing 1, la dernière création de Padmini Chettur que je viens de voir aux Abbesses (première représentation). La pièce dure à peine plus d'une heure. Comme les fois précédentes, les bruits sont de Maarten Visser, mais si ceux de Pushed étaient parfois oppressants, à la limite du supportable, les sons de Beautiful Thing 1 ne font pas mal aux oreilles.

Les trois premiers quarts d'heure (environ) m'ont consterné. Il n'y a absolument aucun contact entre les cinq danseuses. Équipées d'un micro, elles prononcent des mots (left, elbow, hip, etc.) en rapport avec les parties du corps qu'elles mettent en mouvement. Comme dans les pièces précédentes, c'est très lent. Quelques phrases énoncées comme des platitudes, comme I do not like or dislike those who see me... even when I am on stage (ou quelque chose d'approchant).

À un moment donné, les lumières s'éteignent presque totalement. Les cinq danseuses vont réaliser une diagonale à reculons, très, très, len-te-ment. Les mains vont commencer à s'effleurer. C'est à partir de là que je trouve que cela devient un peu intéressant. La musique fait alors penser à des mécanismes en mouvement. Les danseuses se transforment plus ou moins en automates.

Puis, alignées face au public, elles vont prononcer simultanément des mots (comme lotus, bird, death) tout en réalisant avec les mains et les bras des mouvements typiques de la façon dont ces éléments sont traditionnellement codifiés dans le bharatanatyam. On assiste ainsi à une sorte de lecture d'un dictionnaire pendant quelques minutes.

Enfin, les danseuses ayant enfilé un vêtement supplémentaire, elles vont s'amuser à tirer sur le leur, celui de la voisine, ce qui produit de drôles de contorsions (toujours en lenteur). L'une après l'autre, elles se retrouveront à plat ventre. On retrouve un final du genre de celui de Paperdoll avec un long travail au sol, alors que les lumières et les bruits s'évanouissent dans un très long fondu au noir.

Ailleurs : Bladsurb.

Lien permanent — Commentaires


Shantala Shivalingappa aux Abbesses

2010-05-01 00:36+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2010-04-30

Shantala Shivalingappa, chorégraphie, direction artistique

Savitry Nair, conseillère artistique

Nicolas Boudier, lumières

Shantala Shivalingappa, Nicolas Boudier, espace scénique

B. P. Haribabu, natuvangam (cymbales) et pakhawaj (percussions)

J. Ramesh, chant

N. Ramakrishnan, mridangam (percussions)

K. S. Jayaram, flûte

Swayambhu (kuchipudi)

  • Prière chantée à Vani, déesse des arts
  • Ganapati Vandana
  • Tarangam (dédié à Shiva)
  • Tani-Dvayam (duo rythmique)
  • Kirtanam (évoquant la déesse Padmavati)
  • Tillana (dédié à Kumara)
  • Pasayadân (offrande ultime)

Je reviens de la deuxième représentation du nouveau récital de kuchipudi de Shantala Shivalingappa Swayambhu (Celui qui est né de lui-même, un des noms de Brahmâ, mais aussi de Shiva). La première fois que j'ai vu du kuchipudi, c'était en juin 2007 pour Gamaka, un autre spectacle de cette danseuse (vu aux Abbesses et à l'amphithéâtre Bastille). Quelques autres spectacles de ce style de danse ont suivi, en Inde, à Chennai, au cours desquels Radha Prasanna s'était tout particulièrement distinguée.

Le kuchipudi est un peu aux danses indiennes ce que le bel canto est à l'opéra. Les mouvements sont amples, beaux, élégants et semblent moins voués à une forme narrative que peut l'être parfois le bharatanatyam.

Pour la première fois depuis longtemps aux Abbesses, ma place est au tout premier rang, au centre. Les conditions sont donc idéales pour apprécier ce récital.

Le spectacle commence par une invocation de Vani, la déesse des arts. La flûte, puis la voix et enfin les percussions se font entendre. Suit une pièce dédiée à Ganesha, celui qui écarte les obstacles. Sa trompe et ses oreilles sont évoquées avec sobriété par la danseuse.

La pièce la plus importante et la plus éblouissantes de ce récital est le Tarangam, dédié à Shiva. C'est celle que j'ai préférée. Elle commence par la récitation d'un mantra en sanskrit typique du shivaïsme. Quelques aspects et attributs de Shiva sont évoqués : ses cheveux, le croissant de Lune, le serpent, sa fureur. Cette pièce comporte bien sûr des passages pendant lesquels la musique devient purement rythmique. Une des originalités de la danse kuchipudi est représentée brillamment. Il s'agit de la danse sur un plateau en laiton auquel la danseuse impose des mouvements de rotation par à-coup qui lui permettent d'avancer, de reculer, de tourner sur elle-même, tout en présentant une chorégraphie avec la partie haute du corps. Le rythme qu'un des deux percussionnistes dicte aussi bien de la voix (en utilisant un système de correspondances avec certaines syllabes) que du pakhawaj (je n'ai pas très bien vu la différence avec le mridangam), la danseuse le reproduit. La complexité de certains passages semble particulièrement ardue. À partir de là, je suis déjà rassasié et pleinement satisfait par ce que j'ai vu ; le reste, c'est du bonus. (Je ne sais plus si c'est dans cette pièce-là ou dans une autre, mais j'ai été impressionné par la faculté de la danseuse d'incorporer des sauts à sa danse. Il me semble que c'est inhabituel dans les danses indiennes, en tout cas pour des sauts de cette amplitude.)

Les deux percussionnistes enchaînent avec un duo rythmique, à la fin duquel la danseuse interviendra depuis l'arrière de la scène, cachée derrière un voile. La pièce qui suit est narrative. La déesse Padmavati raconte à son époux Venkateshwara un mauvais rêve qu'elle a fait au cours duquel ils se disputaient. Si les premières pièces semblaient tout à fait dans la tradition, certains éléments de la chorégraphie de celle-ci sont probablement originaux. Si la façon de représenter une personne couchée (usuellement Vishnu) est typique, la danseuse me semble avoir intelligemment détourné cette figure pour représenter le sommeil de Padmavati. Certains épisodes sont très picturaux, comme celui où Padmavati s'embrouille entre ses différents produits de beauté, ce qui lui fait une drôle de tartine sur le visage. Cette pièce distrayante se finit par une sortie au son d'un épisode rythmique.

L'avant-dernière pièce est un Tillana : un morceau rapide de danse pure, accompagné de la voix qui répète une succession de syllabes n'ayant pas de sens particulier. Cependant, cette pièce trouve le moyen d'évoquer Kumara (un des fils de Shiva). Je connais mal son iconographie (au-delà de ses représentations à six têtes). Néanmoins, il m'a bien semblé reconnaître le paon, sa monture.

Dans la dernière pièce, on entendra même la voix de la danseuse, puisque dans cette pièce lente (Pasayadân, extrait d'une version de la Bhagavad-Gita en marathi : Dyaneshwari), elle chante le texte tout en dansant !

Je n'ai pas vraiment parlé du décor. Il est minimaliste. Je n'en dis pas plus, mais arriver à créer d'aussi beaux effets avec une telle économie de moyens, c'est une performance qui mérite d'être soulignée. Bref, un très beau spectacle (que je recommanderais vivement s'il restait la moindre place), utilisant quelques éléments apparemment originaux tout en respectant la tradition.

Lien permanent — Commentaires


Hommage à Jerome Robbins à Garnier

2010-04-22 01:16+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-04-21

Maurice Ravel, musique (concerto pour piano et orchestre en sol majeur)

Jerome Robbins, chorégraphie (1975) réglée par Jean-Pierre Frohlich

Erté, décors et costumes

Jennifer Tipton, lumières

Koen Kessels, direction musicale

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Elena Bonnay, piano

Ballet de l'Opéra

Aurélie Dupont

Nicolas Le Riche

En Sol

Nico Muhly, musique originale

Benjamin Millepied, chorégraphie (2008) et costumes

Patrice Besombes, lumières

Kurt Froman, assistant du chorégraphe

Frédéric Lagnau, piano

Bruno Flahou, trombones

Jean Raffard, trombones

Marie-Agnès Gillot

Dorothée Gilbert

Vincent Chaillet

Nicolas Paul

Triade

Frédéric Chopin, musique (quatre nocturnes pour piano, op. 27 nº1, op. 55 nº1 et 2, op. 9 nº2)

Jerome Robbins, chorégraphie (1970) réglée par Jean-Pierre Frohlich

Anthony Dowell, décors et costumes

Jennifer Tipton, lumières

Ryoko Hisayama, piano

Ludmila Pagliero, Jérémie Bélingard

Agnès Letestu, Stéphane Bullion

Delphine Moussin, Nicolas Le Riche

In the Night

Frédéric Chopin, musique (pièces pour piano)

Clare Grundman, arrangements et orchestration

Jerome Robbins, chorégraphie (1956) réglée par Jean-Pierre Frohlich

Rideau de scène d'après Saul Steinberg

Irene Sharaff, costumes

Jennifer Tipton, lumières

Vessela Pelovska, La pianiste

Julien Meyzindi, Un homme (avec écharpe)

Laurène Levy, Clara Delfino, Deux demoiselles

Dorothée Gilbert, La ballerine

Laure Muret, Une fille en colère (avec lunettes)

Béatrice Martel, La femme

Alessio Carbone, Le mari

Simon Valastro, L'étudiant timide

Eric Monin, Le contrôleur

Sébastien Bertaud, Un homme

The Concert ou les malheurs de chacun

Je continue mon intégrale des spectacles de danse de l'Opéra de la saison 2009/2010. Plus que trois. Mes réservations pour la prochaine saison sont en cours de traitement...

Aujourd'hui donc, c'était la première du spectacle Hommage à Jerome Robbins. Je découvre avant de partir que je n'aurai pas une de mes places préférées, mais une place centrale à l'amphithéâtre, peu confortable pour mes genoux.

Cela commence par une pièce légère et littorale En Sol sur la musique du concerto pour piano et orchestre en sol majeur de Ravel. Six couples de danseurs. Un beau pas de deux entre Aurélie Dupont et Nicolas Le Riche dans le deuxième mouvement.

Puis Triade, chorégraphié par Benjamin Millepied dont j'avais déjà vu le ballet Amoveo en novembre. Le site de l'Opéra annonce à tort qu'il s'agit d'une création. La musique est du jeune compositeur Nico Muhly. C'est plus agréable à écouter que le Philip Glass qu'il fallait supporter dans Amoveo. La danse est aussi intéressante à voir que dans cet autre ballet de Millepied, quoique le début soit déroutant : les quatre danseurs Marie-Agnès Gillot, Dorothée Gilbert, Vincent Chaillet et Nicolas Paul n'arrêtent pas d'entrer et de ressortir de scène presqu'aussitôt.

Les deux derniers ballets de Robbins au programme utilisent de la musique de Chopin. Dans In the night, on entend quatre nocturnes. Pendant les trois premiers, on assiste à des pas de deux successifs de trois couples. D'abord Ludmila Pagliero/Jérémie Bélingard, puis Agnès Letestu/Stéphane Bullion et enfin Delphine Moussin/Nicolas Le Riche. C'est de plus en plus beau à regarder. Dans le dernier nocturne, les trois couples reviennent. Quelques passages malicieux. Ainsi, par exemple, pendant qu'un des couples (sans doute Moussin/Le Riche) évolue, on voit apparaître sur le côté Paglerio/Bélinguard arriver sur scène pour en ressortir aussitôt par la sortie voisine !

Le dernier ballet The Concert ou les malheurs de chacun ferait presqu'oublier tout le reste. Il s'agit d'une pièce comique. La pianiste Vessela Pelovska entre sur la scène où un piano est installé. Alors que le spectacle est déjà commencé, mais pas encore le spectacle dans le spectacle (un rideau de scène d'après Saul Steinberg aura représenté un théâtre), le public se prend au jeu et applaudit la soliste. Celle-ci caricature les tics des pianistes. Elle s'assied, règle longuement son siège, inspecte le clavier, sort un chiffon pour épousseter le clavier... Elle commence à jouer. Des auditeurs arrivent. Des demoiselles, une fille en colère (avec lunettes, précise le programme), une ballerine (Dorothée Gilbert), un couple, etc. s'installent sur un siège. Un ouvreur lance un jeu de taquin quand il est constaté que certains ne sont pas à leur place. On retire le siège de la ballerine qui ne s'en aperçoit pas tout de suite, la position à l'équerre lui étant toute naturelle (voir l'extrait sur le site de l'Opéra). Cela part ensuite dans tous les sens, alors que le récital de piano continue (quoique l'orchestre intervienne aussi parfois, et dans une orchestration qui n'est pas des plus sérieuses). On rit beaucoup, notamment quand le ballet parodie le ballet classique et montre de manière comique des grossières erreurs de danseurs. Quelque danseuse du corps de ballet se retrouve mal positionnée, se meut à contretemps ; dans un mouvement de groupe, deux danseurs trop rapprochés empêchent une danseuse de passer ; une autre fois, la ballerine doit enjamber en ciseaux des mains lacées. On la verra aussi utiliser toutes les ruses pour attirer l'attention sur elle. Tout ceci est très espiègle. Des ailes frou-froutantes leur étant apparues, les danseurs transformés en papillons nous font entrer dans un monde onirique, jusqu'à ce que la pianiste en ait assez !

Lien permanent — Commentaires


Le spectacle de l'école de danse de l'Opéra

2010-04-09 01:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-04-08

Élèves de l'école de danse de l'Opéra

Orchestre des Lauréats du Conservatoire (CNSMDP)

Marius Stieghorst, direction musicale

Frédéric Chopin, musique

Ivan Clustine, chorégraphie (1913) réglée par Pierre Lacotte

Amélie Joannidès, Juntaro Coste

Suite de danses

Jean-Michel Damase, musique

John Taras, chorégraphie (1952) réglée par Elisabeth Platel assistée de Wilfried Romoli

Philippe Heriat, livret

Michel Dalens, décors (d'après Félix Labisse)

costumes d'après la production adaptée en 1988 par André Levasseur pour le Ballet du Nord

Emma d'Humières, La Reine des Morphides

François Alu, Un jeune bagnard

Mathieu Contat, Un Iphias

Alexandra Dahms, Le Chef des bagnards

Lou Thabart, Le Vigile

Stéphane Level-Bronnekant, Le Forgeron

Piège de lumière

Mikis Theodorakis, musique (Sept danses grecques pour bouzouki solo et orchestre populaire grec, 1982)

Maurice Béjart, chorégraphie (1983) remontée par Michel Gascard

Sept danses grecques

Après les Démonstrations en décembre, aujourd'hui, j'ai assisté à la première du Spectacle de l'école de danse de l'Opéra. Autant les démonstrations pouvaient paraître imparfaites (mais c'était normal vu que le principe semblait être de montrer les élèves des différentes classes s'exercer sur des figures de plus en plus difficiles), autant ce spectacle semble très réussi.

Trois ballets étaient au programme. Le premier est Suite de danses, ballet en un acte d'Ivan Clustine (1913). Avec l'orchestration de Henri Busser, André Messager et Paul Vidal, j'oublierais presque que la musique est de Chopin. Au début, les plus jeunes danseuses sont allongées sur le sol en rang d'Oignon et elles y restent pendant pas mal de temps. De belles pièces de corps de ballet de style classique, un superbe pas de deux dans lequel se distinguent Amélie Joannidès et Juntaro Coste. La troisième pièce est Sept danses grecques de Béjart, sur une musique (enregistrée) de Mikis Theodorakis : cela commence et finit dans l'onde, et entretemps sept danses pour différents types de formation (dans le désordre : solo, duo de deux garçons, pas de deux, groupe de garçons, groupe de filles, tous ensemble) ; Florent Melac est particulièrement applaudi, tout comme la directrice Elisabeth Platel.

C'est à son initiative que la pièce Piège de lumière (chorégraphiée par John Taras) était présentée ce soir, faisant ainsi son entrée au répertoire de l'école de danse (apparemment, cela n'aurait pas non plus été joué par le ballet de l'Opéra). En lisant le programme dans lequel des éléments sont donnés à ce sujet (Faire revivre un ballet), on se rend compte à quoi tient la conservation d'une œuvre chorégraphique. Ici, ce serait à des enregistrements vidéos de répétitions en 1998 (quand Elisabeth Platel avait elle-même dansé ce ballet), des costumes et partitions conservés miraculeusement. Vu le formidable ballet qui revit ainsi, cela valait le coup de procéder à ces recherches archéologiques.

L'argument du ballet (de Philippe Heriat) et le style de la musique ne sont pas sans rappeler ceux du Festin de l'araignée d'Albert Roussel. Des bagnards vivent à l'écart et tirent quelque profit de la chasse aux papillons et d'autres insectes. Un jeune bagnard fraîchement évadé rejoint la compagnie et est déchaîné (superbe solo de François Alu). Dans le deuxième tableau, les insectes défilent avec leurs costumes à antennes. Un double papillon (deux danseurs tenant chacun deux ailes). Les deux insectes stars sont un Iphias (Mathieu Contat, qui est victime d'une malencontreuse petite chute lors d'une réception) et la Reine des Morphides (Emma d'Humières) qui fait une majestueuse arrivée aérienne en portant une double longue traînée. Les deux ne se déplaisent pas. Au début du troisième tableau, La Reine des Morphides est comme les autres insectes attrapée par le piège de lumière installé par les bagnards. Chacun repart avec une proie. Le jeune bagnard croit pouvoir s'emparer de la morphide. Ils exécutent un merveilleux pas de deux, comportant d'originaux portés (dont un dos sur dos). L'Iphias arrive pour sauver sa belle. Il est occit par le jeune bagnard, qui, alors que la Reine des Morphides a fui, n'a pour se consoler que le souvenir de son étreinte bleutée.

Si les costumes et la danse de ce ballet m'ont plu, c'est avant tout la musique de Jean-Michel Damase (1952) que j'ai adorée, au point que je rouspétais intérieurement contre la partie du public qui semble avoir pour réflexe d'applaudir quand le rideau se baisse. En effet, lors des changements de décors, le rideau est baissé, mais la musique continue ; pourquoi donc applaudir à ce moment-là, le chef ayant préalablement laissé quelques secondes pour ça à la fin des séquences dansées précédentes.

Je reviens à la musique, interprétée par l'Orchestre des Lauréats du Conservatoire (CNSMDP), dirigé par Marius Stieghorst. C'est au moins autant impressionniste que peut l'être Albert Roussel. Bref, on est véritablement avec les papillons...

Lien permanent — Commentaires


Treemonisha au Châtelet

2010-04-05 01:15+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Théâtre du Châtelet — 2010-04-04

Adina Aaron, Treemonisha

Christin-Marie Hill, Monisha

Xolela Sixaba, Ned

Stanley Jackson, Remus

Stephen Salters, Zodzetrick

Jacques-Greg Belobo, Simon

Jean-Pierre Cadignan, Luddud

Janinah Burnett, Lucy

Loïc Félix, Cephus

Mlamli Lalapantsi, Andy

Krister St. Hill, Parson Alltalk

Joël O'cangha, Le contremaître

Ensemble Orchestral de Paris

Chœur du Châtelet

Kazem Abdullah, direction musicale

Sergei Pavlov, chef de chœur

Roland Roure, conception scénographique, dramaturgie, décors et costumes

Blanca Li, mise en scène et chorégraphie

Jacques Rouveyrollis, lumières

Robert Nortik, réalisation vidéo

Treemonisha, Scott Joplin (orchestration de Gunther Schuller)

Impossible de rentrer chez soi sans garder en tête le chœur Aunt Dinah has blowed de horn.

S'il est difficile d'avoir vécu au vingtième siècle sans avoir entendu le Maple Leaf Rag ou The Entertainer, il est moins connu que leur auteur Scott Joplin mourût sans avoir pu faire représenter son deuxième opéra Treemonisha (la partition de son premier opéra A Guest of Honor a été perdue).

Le clavier à écran ayant très bien marché, je me suis précipité au lendemain de la première sur le site Internet du théâtre du Châtelet pour acheter des places. Ce soir, j'étais donc à l'avant-dernier rang du parterre pour assister à ce spectacle, dont, fait rare sur les scènes d'opéra, les chanteurs produisent plus de mélanine que la moyenne.

Si l'ouvrage paraît inégal, il s'agit d'un très bon spectacle, qui est sans doute plus susceptible que les autres spectacles lyriques de plaire au plus grand nombre. Le compositeur utilise des rythmes très différents, des récitatifs, de longs airs et de superbes chœurs.

Visuellement, c'est superbe d'un bout à l'autre, grâce aux décors, aux projections vidéo et aux numéros dansés. Au centre du décor du premier acte se trouve un arbre. Celui auprès duquel s'apprête à cueillir des feuilles pour se faire une couronne comme les autres filles. Sa mère adoptive Monisha l'en défend : elle lui révèle que, bébé, elle avait été trouvée auprès de cet arbre et adoptée par elle et son mari Ned. Elle doit aller dans la forêt pour trouver un autre arbre. Elle est enlevée par Zodzetrick, un sorcier abusant de la crédulité de la communauté en vendant des gri-gris. Elle est malmenée lors de la Danse des ours maléfiques, mais elle est sauvée par son ami Remus qui en ayant pris l'apparence d'un épouvantail a été confondu avec le diable. Les cueilleurs de coton se réjouissent de la fin de leur journée. Le retour de Treemonisha fait la joie de ses parents (au fond de la scène, on aperçoit une projection d'une animation très colorée d'une maison). Alors que Zodzetrick se ferait presque lyncher par les villageois, elle demande qu'on lui pardonne. On désigne triomphalement Treemonisha comme chef de la communauté, elle qui a gagné la sagesse par l'éducation (qu'elle avait reçue enfant de la famille qui employait sa mère).

Le livret (du compositeur) n'est pas un sommet de poésie. Cela se fait sentir assez lourdement dans l'air de Remus Wrong is never right. Cela dit, on a déjà vu bien pire (Un ballo in maschera). Au moins, pendant cet air, nul besoin de sur-titres ! Les voix solistes ne sont pas utilisées de façon très spectaculaire dans les deux premiers actes (le plus bel air du premier acte est la sorte de sermon que fait le bien-nommé Parson Alltalk interprété par Krister St. Hill). Cependant, sur la fin, Monisha, Ned, Andy et Treemonisha auront chacun l'occasion de bien faire entendre leur voix. Dans la distribution de ce soir, il y avait Adina Aaron (Treemonisha), Stanley Jackson (Remus), Xolela Sixaba (Ned) qui sont très bons. Dans le rôle de Monisha, Christin-Marie Hill est beaucoup moins convaincante. D'après mon informatrice, Grace Bumbry chante ce rôle mardi soir...

Lien permanent — Commentaires


Siddharta à Bastille

2010-03-21 03:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Opéra Bastille — 2010-03-20

Bruno Mantovani, musique

Angelin Preljocaj, chorégraphie

Claude Lévêque, scénographie

Eric Reinhardt, dramaturgie

Olivier Beriot, costumes

Dominique Bruguière, lumières

Jérémie Bélingard, Siddharta

Clairemarie Osta, L'Éveil

Marc Moreau, Ananda, cousin et compagnon de route de Siddharta

Wilfried Romoli, Le Roi, père de Siddharta

Alice Renavand, Sujata, une jeune villageoise

Muriel Zusperreguy, Yasodhara, épouse de Siddharta

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Susanna Mälkki, direction musicale

Siddharta

J'ai assisté samedi à la deuxième représentation du ballet Siddharta chorégraphié par Angelin Preljocaj, sur une musique de Bruno Mantovani d'après un livret d'Éric Reinhart, inspiré de la vie du fondateur du bouddhisme.

Je pensais passer en vitesse revoir le plan du temple Jagannath à la BnF, mais un incident du métro 6 m'a fait changer mes plans : quand j'étais à Glacière, on a annoncé qu'un individu courait sur les voies et que le courant était coupé par précaution. J'ai marché jusqu'à Place d'Italie pour rejoindre directement Bastille et ai alors lu une annonce d'un incident voyageur qui interrompait la circulation des métros entre Place d'Italie et Nation.

J'ai pris le programme pour lire le livret : le ballet étant sans entr'acte, il vallait mieux avoir une idée de l'ensemble. On y trouve une première esquisse de livret, celle qui fut donnée au compositeur, mais dont la succession de tableaux (seize !) ne correspond pas exactement au spectacle présenté...

Cela faisait très longtemps que je ne m'étais pas retrouvé au parterre. La dernière fois, cela devait être pour Tristan und Isolde. En arrivant porte une, du jamais vu : une queue se forme pour entrer dans la salle. Après plus de cinq minutes d'attente, j'arrive finalement à m'installer au rang 30, très légèrement de côté.

N'ayant aucune idée de ce à quoi la musique allait ressembler, cela serait forcément surprenant. Les lumières s'éteignent totalement, puis se dirigent sur la fosse et la chef d'orchestre Susanna Mälkki avant que la musique se fasse entendre. Le début fait un peu bizarre, mais finalement, la musique de Bruno Mantovani s'écoute très bien.

Je n'avais vu qu'un seul spectacle d'Angelin Preljocaj avant celui-ci : Le Funambule qu'il interprétait lui-même en septembre dernier au Théâtre de la Ville. Des éléments de style apparaissent immédiatement comme une marque de fabrique, comme ces mouvements coordonnés des bras passant au-dessus de la tête. Dans Le Funambule, on le voyait s'élever dangereusement sur une sorte de passerelle suspendue. Dans ce ballet, Siddharta et son disciple Ananda grimpent sur des plates-formes faisant partie d'un mastodonte apparu d'en haut, à peine moins large que la scène de l'Opéra Bastille et se balançant latéralement. Quelle démesure !

Dans un autre tableau, on verra une maison tourner sur elle-même au-dessus des danseurs. Peut-être est-ce pour bien nous faire voir que ce n'est pas juste un décor en toile, mais un truc en dur. Ce spectacle aura aussi fourni la troisième grosse boule de 2010, après celle, majestueuse, de Norma et celle, de taille plus modeste, de Rheingold.

Dans la succession de tableaux, on verra les forces de l'obscurité représentées par des motards, l'Éveil par une éthérée danseuse en blanc (Clairemarie Osta) et des ermites maniant le baton. Après un parcours semé d'épreuves, Siddharta (Jérémie Bélingard) finira par s'unir à l'Éveil. Quoique produisant quelques belles images (comme celle de l'Éveil se dérobant par en haut aux manœuvres d'approche de Siddharta), la chorégraphie m'a souvent paru peu lisible.

Le gros point noir de ce spectacle, de mon point de vue, est l'éclairage. Pendant l'essentiel de la soirée, l'action est en noir sur fond noir, notamment le début avec les motards. Je me suis dit à un moment que la scène s'illuminerait un peu plus vers la fin quand Siddharta deviendra l'Éveillé ; pas vraiment, vu que seul Siddharta a été mieux éclairé !

Comme j'avais déjà eu une impression semblable pour Tristan und Isolde, peut-être que cette sensation de manque d'éclairage est liée à mon placement au fond de l'orchestre. En tout cas, avec ou sans jumelles, je ne voyais pas très clair (et non, ce n'est pas ma vue qui baisse : elle a été contrôlée très récemment). Pour les ballets, je crois que je continuerai à préférer l'Opéra Garnier où on a une sensation toute différente de proximité avec les danseurs.

Lien permanent — Commentaires


Calendrier des ouvertures de réservations de l'Opéra

2010-03-11 19:30+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

L'information n'étant apparemment pas trouvable sur le site de l'Opéra de Paris, je reproduis ici le calendrier des ouvertures de réservation sur Internet et aux guichets qui apparaît page 127 de la brochure.

SpectacleInternetGuichets
Concerts, récitals21 juin2 juillet
Le Vaisseau fantôme21 juin2 juillet
L'Italienne à Alger21 juin5 juillet
Eugène Onéguine21 juin2 juillet
Roland Petit21 juin12 juillet
Le Triptyque30 août10 septembre
Paquita30 août13 septembre
Les Noces de Figaro30 août24 septembre
Ballet de Hambourg30 août27 septembre
Mathis le peintre30 août1er octobre
Le Lac des cygnes11 octobre22 octobre
La Fiancée vendue11 octobre18 octobre
Balanchine/Brown/Bausch11 octobre25 octobre
Ariane à Naxos11 octobre19 novembre
Madame Butterfly8 novembre26 novembre
Giulio Cesare8 novembre22 novembre
Francesca Da Rimini8 novembre10 décembre
Caligula8 novembre6 décembre
Siegfried8 novembre14 janvier
Le Crépuscule des Dieux8 novembre14 janvier
Luisa Miller13 décembre21 janvier
Kátia Kabanová13 décembre24 janvier
Coppélia13 décembre31 janvier
Akhmatova13 décembre21 janvier
Spectacle de l'école de danse13 décembre7 février
Roméo et Juliette3 janvier18 mars
Tosca3 janvier25 mars
Mats Ek3 janvier28 mars
Ballet du Théâtre Bolchoï (Flammes de Paris, Don Quichotte)3 janvier4 avril
Rain3 janvier28 mars
Otello7 mars13 mai
Così Fan Tutte7 mars16 mai
L'Anatomie de la sensation7 mars20 mai
Les enfants du paradis7 mars23 mai

Lien permanent — Commentaires


Nouvelles saisons

2010-03-10 20:20+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Je suis allé hier à la présentation de la nouvelle saison de la Salle Pleyel. On montre son carton d'invitation à l'entrée et on peut récupérer les brochures. À part ça, la séance présente peu d'intérêt : les responsables de la salle, de l'Orchestre de Paris et de l'Orchestre philharmonique de Radio-France discutent de leur programmation, des nouveaux-chefs, etc. Heureusement que les éclairages sont suffisants pour faire passer le temps en feuilletant les brochures. Une heure plus tard, un moment musical, le trio pour clarinette, violoncelle et piano de Fauré par Paul Meyer, François Salque (qui est devenu père quelques heures avant) et Eric Le Sage. Je me suis plutôt ennuyé, la faute à fatigue et à Fauré. Croisé Palpatine et Mimy qui se sont laissés entraîner dans un restaurant indien. Je n'ai pas assez de recul pour commenter la programmation en général. Je note juste que le ballet royal du Cambodge viendra donner deux représentations de La légende de l'Apsara Méra.

La programmation de l'Opéra de Paris vient de tomber aussi. Ma première impression, c'est qu'en dehors des deux productions de Luisa Miller et de Tosca que j'ai déjà vues, j'irai bien voir absolument tous les spectacles d'opéra et de danse... Au niveau prix, je vois une petite inflation dans les tarifs des ballet (mes chères places à 21€ passent à 23€), une grosse inflation pour les places à 10€ qui passent à 15€ (on en entendra parler dans les files d'attente), mais les places à 20€ et 35€/40€ ne bougent heureusement pas. Apparemment, il n'y a que les places les plus chères qui baissent : création d'une catégorie Optima à Bastille plus chère que l'ancienne première catégorie, mais baisse assez significative des tarifs des catégories 1—5.

En ce qui me concerne, avant de bloquer des dates, j'attends la programmation du TCE qui sera annoncée samedi, mais le 15 ou le 17 avril 2011 est déjà réservé puisqu'on verra Louis Langrée diriger l'Orchestre de Paris pour un Pélleas et Mélisande en version de concert avec une distribution de rêve (Dessay, Keenlyside, Lemieux, Naouri, Vernhes).

Lien permanent — Commentaires


Je hais le site Internet de l'Opéra de Paris

2010-03-08 18:44+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

C'était mieux avant.

À la fin de la saison 2008/2009, après que j'avais envoyé mon formulaire d'abonnement, l'enthousiasme déclenché par La fille mal gardée me fit me dire que finalement, j'irai voir tous les spectacles de ballet de l'Opéra de Paris cette année. Il restait quelques spectacles à réserver. Comme je vise les places à 21€, la seule option raisonnable pour ce faire était d'attendre les ouvertures de réservations sur Internet.

Les fois précédentes, à savoir le 9 novembre et le 11 janvier, j'avais déjà constaté que le site de l'Opéra malfonctionnait. Aujourd'hui encore, cela m'a exaspéré. Ce n'est écrit nulle part, mais apparemment, l'ouverture des réservation commence à 9h. Dès cette heure-là, le site est inutilisable. Un système rudimentaire de queue a été mis en place. On nous demande de répondre à une question Captcha et on nous indique un temps d'attente qui s'écoule et oscille.

À la première tentative, deux minutes d'attente, mais la connexion est interrompue constamment. Un peu plus tard, le temps d'attente annoncé d'une vingtaine de minute se trouvera multiplié par deux à l'arrivée. Je me retrouve alors avec un accès précaire au site de l'Opéra, dont l'essentiel de la mise en forme a disparu, ce qui rend certaines opérations impossibles. De fait, quand je tape mon numéro de spectateur, puis demande l'accès à la billetterie et sélectionne ballet (ce qui est un marathon en soi, vu que la connexion peut être interrompue à tout moment, ce qui impose de cliquer sur le bouton Retry jusqu'à ce que ça tombe en marche : si on ne fait rien pendant cinq minutes, le site considère qu'on a abandonné...), je peux voir apparaître La petite danseuse de Degas. Là, l'erreur serait de cliquer sur le titre, cela ne ferait en effet qu'afficher la description du spectacle, et il faudrait tout recommencer pour réserver un billet. Non, je ne suis pas un bleu et je clique sur le bouton Réserver. Et là, au lieu de me proposer de choisir entre les différentes dates, on me demande à nouveau de rentrer mon numéro de spectateur. Au bout de la sixième fois que le site m'a demandé mon numéro de spectateur, je me dis que cela ne pouvait pas être moi qui fusse buggé. Le site a planté encore un peu plus et je me suis retrouvé dans la queue. Après le déjeuner, j'ai réessayé et cela a fini par fonctionner.

C'est la troisième fois de suite que la vente sur Internet se passe vraiment mal. Avant le changement de système, ce n'était pas aussi pire. Il faudrait vraiment que quelque chose soit fait. Si ce n'est qu'un problème de charge des serveurs, il suffirait d'espacer un peu plus dans le temps les mise en vente, à savoir ne pas mettre en vente huit séries de spectacles en même temps comme ce fut le cas le 11 janvier.

L'interface est malpratique au possible. Dans l'ancien système, quand on avait sélectionné un spectacle, pour chaque date, on voyait l'intervalle de prix des places encore disponibles. Actuellement, cela affiche de 21.00€ à 87.00€, même s'il ne reste plus que des places de première catégorie. Vu le temps que prend le chargement d'une misérable page Web sur le site, cela fait perdre un temps fou. Une fois la date et la catégorie sélectionnée, on voit normalement une liste des différentes zones dans lesquelles il reste des places, comme Quatrièmes loges de côté, Amphithéâtre, etc. Souvent, rien ne s'affiche et on est obligé de valider pour voir le placement, ce qui bloque temporairement la place et fait encore perdre du temps. Corriger ces défauts de conception de l'interface réduirait sans doute un peu la charge du site...

Lien permanent — Commentaires


La dame aux camélias à Garnier

2010-03-06 20:39+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-03-04

Frédéric Chopin, musique

John Neumeier, chorégraphie et mise en scène (1978)

Jürgen Rose, décors et costumes

Rolf Warter, lumières

Victor Hughes, répétitions

Michaël Schmidtsdorff, direction musicale

Emmanuel Strosser, piano

Frédéric Vaysse-Knitter, piano

Delphine Moussin, Marguerite Gautier

Karl Paquette, Armand Duval

Andreï Klemm, Monsieur Duval

Mélanie Hurel, Prudence Duverney

Laurent Novis, Le Duc

Karine Villagrassa, Nanine, la servante de Marguerite

Simon Valastro, Le Comte de N

Frédéric Vaysse-Knitter, Un pianiste

Ludmilla Pagliero, Manon Lescaut

Mathias Heymann, Des Grieux

Mathilde Froustey, Olympia

Nicolas Paul, Gaston Rieux

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

La dame aux camélias, ballet en un prologue et trois actes d'après le roman d'Alexandre Dumas fils

Jeudi dernier, je suis allé à la dernière de La dame aux camélias, ballet de John Neumeier, d'après le roman d'Alexandre Dumas fils. Je recommande à quiconque de lire ce roman, où l'on voit les sentiments des personnages s'exprimer comme rarement on peut le lire.

Suite à un mauvais calcul d'horaires de RER et les retards que ceux-ci accumulent, je suis arrivé à la dernière minute dans ma troisième loge de côté, sans avoir eu le temps d'acheter le programme ni de lire la distribution, l'ouvreuse ayant répondu à ma voix essouflée qu'elle n'en avait plus. Pendant le prologue et le premier acte, je me suis donc amusé à essayer de reconnaître les danseurs.

Si j'ai certainement passé un bon moment (prolongé : trois heures avec deux entr'actes), ce ballet est loin d'être mon préféré. Bien sûr, j'ai apprécié les références explicites aux personnages de Manon Lescaut (comme dans le roman), Des Grieux étant interprété par mon étoile masculine préférée (Mathias Heymann) et par la toute nouvelle première danseuse Ludmila Pagliero. J'ai aussi aimé la mise en scène très cinématographique. Un rideau sépare souvent l'avant-scène de l'arrière, ce qui permet de distinguer plusieurs scènes concommitantes et on voit parfois un personnage sortir d'une pièce pour reparaître dans une autre, dans un flot cohérent d'action continue. J'ai aussi aimé les portés invraisemblables auxquels se livrent la nouvelle étoile Karl Paquette (Armand) et Delphine Moussin (Marguerite). Les costumes sont d'une esthétique quelque peu datée, mais il est plaisant d'admirer les couleurs vives des danseuses, ce qui permet de distinguer Mélanie Hurel (Prudence) et Mathilde Froustey (Olympia) dans certaines danses de groupe.

Bien que je n'apprécie pas beaucoup la musique de Chopin, je n'en ai pas ressenti de déplaisir particulier, si ce n'est une impression de déjà-vu du fait des nombreuses reprises du Largo de la Sonate en si mineur (opus 58), une sorte de leitmotiv du ballet. Non, ce qui m'a un peu déplu, c'est la façon de raconter l'histoire. Si les tableaux en eux-mêmes sont beaux (comme les réjouissances campagnardes du deuxième acte) et si la construction est très intelligente, bien que connaissant l'histoire, j'avais parfois un peu de mal à suivre, surtout pendant les deux premiers actes. De surcroît, le synopsis que contient le programme n'aide pas vraiment à comprendre les rôles respectifs d'Olympia et de Prudence, par exemple.

Lien permanent — Commentaires


Aruna Sairam et Priyadarshini Govind au NCPA

2010-02-27 11:28+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

Experimental Theatre, National Centre for the Performing Arts, Mumbai — 2010-02-26

Aruna Sairam, chant

Priyadarshini Govind, bharatanatyam

Brindavani Venu

La personne qui m'invite au TIFR avait suggéré que nous allassions au National Centre for the Performing Arts. J'avais déjà parcouru leur site Web, mais n'avais pas tilté quand j'avais vu Brindavani Venu, Experimental Theatre. Derrière cet intitulé qui évoque la flûte de Vrindavan (celle de Krishna) et le nom de la salle (250 places environ), se cachait un récital conjoint de la chanteuse carnatique Aruna Sairam et de la danseuse de bharatanatyam Priyadarshini Govind que j'ai déjà eu l'occasion de voir deux fois à Paris.

Ma collègue, abonnée au NCPA, s'était fait dire au téléphone qu'il n'y aurait aucune difficulté à acheter des places à l'entrée. Pourtant, il y était écrit House full, thank you.. Heureusement, elle a pris en main la chasse aux places surnuméraires d'autres spectateurs, et nous avons pu racheter trois places (5€), une autre collègue et amie, Supriya, étant aussi de la partie.

Le spectacle durera environ trois heures. Pendant la première moitié, Aruna Sairam chante, accompagnée d'un violon, d'un tampura, d'un mridangam et d'un gattam (sorte de cruche). La performance vocale était remarquable. Un raga mohanam, puis une pièce appelée Kapali (en référence au temple de Mylapore) sur le même raga et un morceau du grand compositeur Muthuswami Dikshitar. La chanteuse étant originaire du Maharashtra, elle a intégré au récital un chant dévotionnel marathi. Son récital s'est terminé par un superbe Tillana en l'honneur de Krishna. Dans chacune de ces pièces, la chanteuse et les instrumentistes laissaient le temps à l'atmosphère particulière de chaque chanson de s'installer, se suspendre et s'éteindre en douceur.

Après un court entr'acte, Priyadarshini Govind et ses musiciens se sont installés sur scène. Elle est accompagnée d'un mridangam, de nattuvangam, d'un violon et d'une voix. J'ai déjà eu l'occasion d'entendre la vocaliste lors de mon récent séjour à Chennai. Apparemment, c'est habituellement elle qui accompagne Priyadarshini Govind. Je n'y avais pas particulièrement fait attention, mais peut-être l'accompagnait-elle déjà pour les deux spectacles que j'avais vus au Théâtre de la Ville. La première pièce est en l'honneur de Muruga/Karthikeya, le deuxième fils de Shiva, celui qui est né pour combattre le démon Mahisha. La deuxième pièce consiste en de la danse pure. La danseuse s'est excusée par avance de ce qu'il n'y aurait pas de Varnam, c'est-à-dire de véritable pièce principale, le durée du récital étant trop brève pour cela. Pendant les passages purement rythmiques, elle n'est pas exactement en rythme.

Viennent ensuite trois pièces de longueur moyenne. Les deux premières mettent en scène les amours illicites de Nayikas. Dans la première, une dévôte de Shiva est tentée par Krishna. Elle a juré de ne servir que Shiva, elle rabroue Krishna en lui disant de ne pas la déranger alors qu'elle prie Shiva, mais ses yeux lui disent oui. Dans la deuxième, une femme mariée fait la valise de son mari qui s'en va à la ville voisine, quand elle a fermé la porte d'entrée, elle ouvre celle de derrière pour laisser entrer son amoureux. La Lune brille pour eux deux seulement, mais la femme s'inquiète. Il devra partir quand l'astre de la nuit sera dominé par celui du jour. L'autre lui demande pourquoi elle s'inquiète sachant que son mari est loin et que son beau-père âgé ne voit plus très clair. Je ne suis pas sûr d'avoir bien compris, mais la morale est apparemment sauve à la fin quand on apprend que l'amoureux n'était autre que Venkateshwarar.

La dernière pièce est celle qui a eu le plus de succès. Elle consiste en un dialogue entre Yashoda et le vilain Krishna, son fils adoptif. Yashoda reçoit beaucoup de plaintes des gopis qui se plaignent des espiègleries de Krishna. La seule solution est qu'il reste à la maison. Elle lui promet des sucreries et même du beurre (dont Krishna est friand). Quand il comprend l'enjeu, Krishna s'en détourne, alors Yashoda lui explique que s'il sort, il va rencontrer des bêtes sauvages au mont Govardhan, comme des tigres, des serpents et des éléphants. Krishna n'en a même pas peur, il pense pouvoir les amadouer sans la moindre difficulté.

Cette pièce, tout comme les deux précédentes, est manifestement faite pour plaire immédiatement à un public peu habitué au bharatanatyam. La musique se fait presqu'impressionniste pour évoquer les rencontres de Krishna avec les animaux. Les tigres et les serpents sont facilement reconnaissables, les éléphants sont suggérés par le mouvement de leurs oreilles.

Cette deuxième partie, légèrement décevante, s'achève par un Tillana très connu, où l'on verra la danseuse répondre aux dictées rythmiques.

Après cela, Aruna Sairam et ses musiciens reviennent sur scène et interprètent la chanson qui accompagne la chorégraphie spécialement réalisée pour l'occasion : Brindavani Venu, où il sera question de Krishna, joueur de flûte. Il est rare de voir une aussi belle chorégraphie accompagnée par une vocaliste aussi talentueuse !

Lien permanent — Commentaires


Nethra Gururaj au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-17 17:40+0530 (मुंबई) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-13

Nethra Gururaj (disciple de Guru Nagamani Srinivasa Rao), bharatanatyam

Dimanche soir, je suis allé une dernière fois au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. On a annoncé les récompenses nombreuses déjà reçues par la danseuse, puis après un prélude musical, quelle fut ma surprise quand une jeune fille d'une douzaine d'années à peine entra en scène. Je ne comprends pas grand'chose aux chorégraphiques (les annonces se limitant à indiquer le nom de la chanson, le compositeur, le raga et le tala). Dans la première, il semble qu'il soit principalement question de Krishna et dans la deuxième, le Varnam, de Shiva. Indépendamment de l'âge de la danseuse, c'est très impressionnant de technique et de vitesse. Elle exécute une figure que je n'avais encore jamais vue et qui semble être ce qui se rapproche le plus des pointes de la danse classique européenne parmi ce qu'il se puisse faire pieds nus : les bras tendus vers le haut, une jambe relevée à la hauteur d'un genou, le poids du corps reposant en équilibre sur la pointe d'un pied tendu.

Je devrai malheureusement manquer la fin de ce spectacle en raison d'une quinte de toux qui me fit choisir de m'éclipser discrètement plutôt que de déranger tout le monde.

À la fin du Varnam, une grande dame du bharatanatyam, Padma Shri Sudharani Raghupaty (le bharatanatyam conserve bien, visiblement) a été appelée pour faire un discours dans lequel elle a chaudement félicité la danseuse en devenir, sa guru Nagamani Srinivasa Rao et l'organisateur du festival.

Je suis arrivé à Mumbai mardi après-midi après 28h de train (2h de plus que prévu). J'étais en 2AC, pour la première fois. Par rapport à la 3AC, on a plus de place parce que les couchettes ne sont empilées que sur deux niveaux et elles sont séparées par des rideaux.

Depuis ma chambre, j'ai une très belle vue sur la baie de Mumbai.

Lien permanent — Commentaires


Célébrations de Shivaratri

2010-02-14 12:25+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Voyage en Inde VIII

On m'avait prévenu qu'à la veille du mois de Mashi commençant à la nouvelle Lune, il y aurait une fête spéciale se déroulant pendant toute la nuit dans les temples de Shiva (Shivaratri). En arrivant vendredi en fin d'après-midi à Mylapore, il était difficile de circuler vu la densité du traffic. J'achète un camera ticket au temple Kapaleeshwarar en prévision de mon retour d'un spectacle de danse au R. K. Swamy Auditorium (bharatanatyam par Neeraja Srinivasan, un spectacle très bon mais moins marquant que les quelques uns de niveau assez exceptionnel que j'ai eu l'occasion de voir pendant ces deux semaines à Chennai). Les allées à l'intérieur de l'enceinte du temple sont pleines de monde. La queue menant au sanctuaire est très longue. On se prosterne à plat ventre à certains endroits, des petites bougies produisent un peu de lumière à l'entrée de certaines parties du temple. Plus tard, la divinité est montée sur un char, poussé par une sorte de locomotive.

Une des informations qui ont le plus fait l'actualité dans les médias indiens jusqu'à hier soir est liée à une phrase de Shah Rukh Khan à propos de joueurs de cricket pakistanais. Plutôt favorable à leur égard, les abrutis du Shiv Sena (qui s'étaient déjà fait remarquer il y a un an quand ils voulaient empêcher les femmes d'aller seules boire un verre) et d'autres ont considéré que ce discours était antipatriotique. La sortie de son dernier film My Name is Khan a été menacée, des affiches ont été saccagées, divers incidents se sont produits à Mumbai, mais le public est venu en masse voir le film.

Dès l'annonce de l'attentat commis hier à la German bakery à Pune, la polémique fait rage. Elle vise les autorités fédérales qui n'auraient pas tiré les leçons de 26/11 (les attaques de grands hôtels et de la gare VT à Mumbai) et la police du Maharashtra qui aurait alloué trop de forces à la protection des cinémas jouant le film de Karan Johar avec Shah Rukh Khan. Ces critiques me paraissent infondées, parce qu'à mon avis, il est rigoureusement impossible d'empêcher quiconque de déposer un colis piégé dans un endroit très fréquenté sans en même temps annihiler toutes les libertés publiques, celles-là même que l'on protège en prenant des mesures pour empêcher les nuisances du Shiv Sena. Cet attentat intervient précisément au moment où les discussions bilatérales avec le Pakistant étaient relancées.

Lien permanent — Commentaires


Krishna Chidambaram au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-11 22:44+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-11

Krishna Chidambaram (disciple de Guru C. V. Chandrasekar), bharatanatyam

Sixième soirée au R. K. Swamy Auditorium. J'y suis aussi allé mardi dernier pour du kuchipudi, mais le spectacle était de qualité très moyenne. Ce soir, le programme était très alléchant vu que le guru de Krishna Chidambaram est C. V. Chandrasekar, un des plus grands danseurs et enseignants de bharatanatyam, aujourd'hui très âgé. Il joue du nattuvangam (cymbales). À ses côtés, une chanteuse, un mridangam, une flûte, un violon. La salle est pleine. J'ai encore trouvé le moyen de m'installer au premier rang, au centre, mais je me suis retrouvé relégué au second quand des chaises surnuméraires ont été disposées devant. La scène est tellement décorée de fleurs qu'il en exhale des parfums.

Cela n'est pas l'habitude dans ce festival, mais pour une fois, les annonces sont faites en tamoul. Il m'est donc significativement plus difficile de saisir de quoi il s'agit d'autant plus que la danse est très technique, trop à mon goût. C'est exécuté parfaitement, tout à fait dans le rythme, mais cela reste très abstrait, presque mécanique. La première pièce est un Pushpanjali dédié à Rama, puis vient un Jatiswaram. Cette deuxième pièce sera la seule à comporter un passage purement rythmique.

Ce spectacle ne comporte pas une partie principale, mais deux ! La première est Siva Astapati. J'ai plusieurs conjectures sur ce qu'elle représente, mais je préfère ne pas les dévoiler. Principalement, il s'agit de Shiva. Le texte répète souvent le mot Shankara et on voit la danseuse prendre révérencieusement la pose Nataraja. Est évoqué le retour de Rama à Ayodha en passant par Rameshwaram où il vénère un lingam de Shiva pour se faire pardonner du meurtre de brâhmane qu'il a commis en tuant Ravana (il ne me semble pas que cet épisode figure dans le Ramayana). Dans un autre tableau, il me semble reconnaître Kama (Amour) frappant Shiva d'une flèche censée le faire aimer Parvati. Shiva le réduit en cendres et Rati son épouse vient implorer le pardon de Shiva, qui le lui accorde.

Dans la deuxième pièce principale, il est aussi question du Ramayana. Les thèmes ressemblent à ceux déjà présentés par Srithika Kasturi Rangam. On verra apparemment la cérémonie qui permet à Dasharata d'obtenir quatre fils. Il y aura aussi la scène où Rama soulève l'arc de Shiva après que d'autres auront raté. Une originalité de cette chorégraphie est d'avoir aussi représenté Sita, anxieuse à l'idée de se retrouver mariée à un autre que Rama. Les caprices de Kaikeyi, responsable de l'exil de Rama, seront ensuite évoqués, puis très furtivement la rencontre de Guha. Une fois dans la forêt, on trouve l'épisode de l'antilope magique à la poursuite de laquelle part Rama à la demande de Sita. Une ellipse, puis on voit arriver des singes, mais la chorégraphie me semble assez confuse.

L'avant-dernière pièce est Javeli. C'est encore très abstrait, tout comme la dernière, un Tillana dédié à Rama.

Si ce spectacle était impressionnant par la technique, je suis néanmoins un peu resté sur ma faim. Si j'avais un dictionnaire des codes du bharatanatyam, j'aurais sans doute davantage apprécié.

Comme la danseuse a resté sur scène pas loin de deux heures, il n'y a plus beaucoup de trains et le suivant étant prévu une demi-heure plus tard, je décide de prendre un bus jusqu'à Indira Nagar. La zone à l'Est de la voie de chemin de fers m'est devenue difficile d'accès parce qu'un petit pont s'est apparemment effondré, ou on l'aura fait tomber. Des travaux sont en cours. Toujours est-il qu'à moins de traverser des maisons, il faudrait faire un détour d'un ou deux kilomètres pour passer à sec. Il m'a pourtant semblé voir un passage praticable. J'ai gagné du temps, mais ma chaussure gauche a fait connaissance avec les immondices du slum...

Lien permanent — Commentaires


Smt. Radha Prasanna au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-09 10:47+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-08

Radha Prasanna (disciple de Guru Madhava Peddi Murthy), kuchipudi

Encore un très beau spectacle au festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Cette foisi-ci, il s'agit de kuchipudi. La danseuse Radha Prasanna est aussi spécialiste de bharatanatyam et cela se voit.

Le spectacle commence par une prière puis la danse commence avec une assez longue pièce dédiée à Ganesh, celui qui repousse les obstacles. La pièce suivante évoque le personnage de Satyabhama, la plus belle des soixante mille gopis de Krishna.

Par rapport au bharatanatyam, les mouvements sont beaucoup plus arrondis. On trouve aussi des passages purement rythmiques, qui reviennent d'ailleurs plus fréquemment.

Avant le début de la pièce principale, on rappelle le parcours de Guru Madhava Peddi Murthy (Siva Foundation) lui-même disciple d'un récipiendaire du Padma Bhushan.

La difficuilté des pièces va croissante. La pièce principale, homologue du Varnam, est le Tarangam, qui signifierait ondes. C'est d'ailleurs par des mouvements ondulatoires que commence cette pièce, qui évoque la danse de Krishna à Vrindavan. On voit aussi Vishnu couché et il me semble même que Lakshmi lui masse les pieds. La spécificité du kuchipudi est de comporter des passages dansés sur un plateau de laiton. C'est assez impressionnant. Les orteils pincent les bords. La danseuse avance, tourne, recule en rythme et avec une grande facilité tout en accompagnant les pulsations de mouvements des bras. La difficulté explose sur la fin. La guru réalise avec sa voix et les cymbales une dictée rythmique frénétique que la danseuse reproduit accompagnée des autres instruments : morsing (guimbarde),, vîna, mridangam.

La pièce suivante évoque la danse cosmique de Shiva, sur un texte sanskrit d'Adi Shankara. Du point de vue musical, on entend un mélange harmonieux de passages rythmiques pendant lesquels la mélodie de la vîna et de la voix d'un chanteur reste en suspension.

La pièce qui vient ensuite est un hommage à Venkateshwarar et la grande Unité qui inclut tous les êtres de la Création, qu'il soient rois ou intouchables. Musicalement, c'est une superbe interprétation de la chanson Brahman Okate.

Encore une pièce dédiée à Venkateshwarar sur une composition de Sri Rajaji. Un dévôt s'adresse à la divinité et lui dit Viens et bénis-moi..

Ce spectacle de haut niveau se termine comme il s'est ouvert par une prière.

Lien permanent — Commentaires


Srithika Kasturi Rangam au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-05 11:12+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-04

Srithika Kasturi Rangam (disciple de Guru Ambika Rameswar), bharatanatyam

Comme lundi et mardi, en rentrant du Chennai Mathematical Institute en bus, j'ai pris un train local pour la station Tirumailai, la plus proche de Mylapore et de son temple Kapaleeshwarar. Le timing étant plutôt serré pour manger avant de rejoindre le R. K. Swamy Auditorium, je n'ai guère d'autre possibilité que de manger une troisième fois au restaurant Saravana Bhavan du coin. Il n'y a pas que les dosas qui y soient bons : puris, parathas, sambar vada, etc. Leur kulfi est excellente. Ayant un petit peu d'avance, je décide de passer par l'intérieur de l'enceinte extérieure du temple Kapaleeshwarar. On y a construit un passage couvert le long de l'enceinte intérieure. De nuit, les sculptures sont moins visibles, seules luisent les lettres Om Shiva Shiva du gopuram (où l'on pourra aussi voir un lingam et une paonne, symbole du couple Shiva-Parvati). En faisant le tour, les incroyants étant défendus d'entrer dans l'enceinte centrale, je découvre qu'il s'y trouve une étable (un des noms de Shiva est Pashupati, celui qui garde le troupeau, une métaphore que l'on trouve aussi dans le christianisme), ce qui est cohérent avec le fait que mardi soir, traversant le parking en face du gopuram, un moment d'inattention et je me fusse retrouvé encorné par un bovin poursuivi des assiduités de quelque congénère.

Le récital de 17h45 n'est pas encore fini quand j'arrive à la salle après avoir reconnu la rue à prendre au repère olfactif que constitue le grossiste en café qui s'y trouve. Je m'installe entre deux pièces et peux assister au fort déplorable Tillana final. La musique est catastrophique, la chorégraphie maladroite, et la danseuse, non dénuée de possibilités, fait ce qu'elle peut. Dans ce festival, on trouve du bon et du moins bon.

Je me replace au premier rang, dans une place laissée libre au centre. Le récital de Sritikha Kasturi Rangam (30 ans) va commencer. On annonce que ce récital sera un hommage à la grande chanteuse M. S. Subbulakshmi dont on donne quelques repères biographiques. Sa photographie enguirlandée se dresse en dessous de la traditionnelle sculpture du seigneur de la danse.

Le spectacle commence par un Pushpanjali. Vient ensuite une des chansons d'Adi Shankara (un des grands penseurs de l'hindouïsme) : Bhaja Govindam, dédié à Krishna, fameusement chanté par M. S. Subbulakshmi. Le chant est assuré par Guru Ambika Kameswar (qui joue aussi des cymbales et a signé les chorégraphies) et une autre chanteuse. Si elle a parfois du mal à aller chercher les aigus, sa prestation vocale est néanmoins remarquable. Dans ces pièces introductives, la danseuse montre une grande maîtrise dans l'exécution précise de mouvements pourtant rapides.

La pièce principale qui va suivre, le Varnam, est la plus belle pièce de bharatanatyam que j'ai vue. Il s'agit bien d'une pièce ou d'un ballet dont la danseuse jouerait tous les rôles. Le scénario est extrait des six premiers livres du Ramayana de Valmiki. La chanson s'appellerait Bhavayami Raghuramam. Quelques uns des épisodes de l'épopée seront ainsi représentés. Si connaître l'épopée aide beaucoup à identifier les scènes, les différents tableaux parlent d'eux-mêmes. Le public paraît d'ailleurs plus réactif que d'ordinaire ; peut-être est-ce qu'il comprend aussi paradoxalement mieux ce qui se passe sur scène que si on lui avait préalablement introduit les différentes scènes au micro.

La première scène que je reconnais est celle où Rama gagne la main de Sita en soulevant et bandant sans effort l'arc de Shiva qui était en possession de Janaka, le père plus ou moins adoptif de Sita. Avant lui, de grands gaillards se seront fait mal au dos en ratant lamentablement l'épreuve.

Une ellipse et Rama se retrouve en exil (avec Lakshmana et Sita) et traverse une rivière à bord de la barque de Guha, qui est souvent considéré comme un des tout premiers dévôts (bhakta) de Rama.

Le tableau le plus poétique est celui qui met en scène Jatayus. Que ces mouvements évoquant ceux du vautour sont gracieux ! Avant de succomber à ses blessures, il informe Rama de l'enlèvement de Sita par Ravana.

L'armée des singes part ensuite à la recherche de Sita en direction des quatre points cardinaux.

Le singe Hanuman prend avec lui un bijou de Rama. Il retrouve Sita prisonnière et triste. Elle s'illumine quand elle reconnaît l'ornement de Rama qui se réjouit aussi au retour de Hanuman.

Dans le dernier tableau, Rama est face à l'Océan qu'il devra franchir pour rejoindre Sita.

La pièce suivante est rythmée par le mantra (Om) Namah Shivaya sur un texte aussi dû à Adi Shankara. Différents aspects de Shiva sont représentés comme Nataraja, le seigneur de la danse, ou celui qui a les cheveux tressés (superbe évocation de la descente de Ganga).

Vient une chanson de Mirabai dédiée à Hari et enfin un Tillana dédié à la joie cosmique où entre des passages de danse pure, on verra un Vishnu couché sur l'Océan cosmique.

Quel beau spectacle ! Tout, dans la musique, la danse, l'expression du visage, l'attitude, etc, était de très haut niveau, à mon avis aussi bon que les spectacles des danseuses les plus connues qui vont se produire jusqu'à Paris !

Lien permanent — Commentaires


Smt. K. R. Rekha au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-03 10:56+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-02

Srimati K. R. Rekha (disciple de Guru Dr. Padma Subramaniam), quatre étudiantes, son fils, bharatanatyam

Mardi soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium. On annonce K. R. Rekha, son nom étant précédé du titre Srimati plutôt que Kumari, signe la danseuse sera expérimentée, ce qu'elle montre assez rapidement. Ses parures brillent ostensiblement. Mauvaise surprise : les musiques sont enregistrées. Si le spectacle de la veille m'avait déjà semblé audacieux par ses innovations chorégraphiques qui restaient néanmoins dans la tradition, l'audace de la danseuse de ce soir va s'avérer bien plus grande, quitte à sacrifier la tradition au point qu'après les deux premières pièces, je me demandais s'il s'agissait bien de bharatanatyam, avant que quatre de ses élèves entrassent en scène et exécutassent quelques mouvements correspondant aux codes habituels, et ce avec plus ou moins de réussite. Le style de la danseuse, comme ses formes, est tout en rondeurs, fait d'amples mouvements et de poses évanescentes évoquant furtivement quelques divinitées (en l'occurrence des formes de Shiva). La musique n'est pas très carnatique non plus, encore un peu d'audace et nous eussions entendu des chansons bollywoodiennes. Dans une des pièces, la danseuse interprète le rôle de Yahoda accompagnée du divin Krishna mimé par son fils.

La dernière pièce est le clou du spectacle. Sans que je comprenne les détails d'interprétation, la danseuse représente le moksha, le salut qui se peut obtenir par l'adoration du bienheureux Krishna. La musique qui rythme cette chorégraphie est la marche nuptiale du Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn !

Lien permanent — Commentaires


Kumari Pallavi Vijay au R. K. Swamy Auditorium

2010-02-02 11:17+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VIII

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2010-02-01

Kumari Pallavi Vijay (disciple de Guru Meenakshi Chittaranjan), bharatanatyam

Je suis arrivé en Inde dans la nuit de dimanche à lundi. La correspondance à Bruxelles (alors recouverte de neige) a été limite. L'avion d'Europe Airpost avait une bonne heure de retard. À Bruxelles, je dois chagner de terminal, ce qui est assez long en marche et tapis roulants. Enfin, le plus pénible et le plus long est de revoir repasser les contrôles de sécurité, surtout s'il faut d'abord trouver quelqu'un qui entende suivant le cas le flamand, l'anglais ou le français et que la machine se met à bipper sans raison et que l'agent de sécurité réalise des contrôles plus approfondis avec nonchalance. Une employée me dit ensuite de courir pour rejoindre la porte d'embarquement. Une fois dans l'avion, on aura encore une heure d'attente parce qu'un passager a égaré son passeport... Le service sur ce vol Jet Airways est très-convenable. Ce qui l'est moins, c'est la sélection de disques dans la rubrique Western classical des ordinateurs de bord, dans la mesure où elle contient une majorité de trucs dans le genre Vanessa-Mae. Je trouve néanmoins des symphonies de Haydn, ce qui me fait remarquer une ressemblance étonnante entre le premier mouvement de la symphonie nº88 et un des morceaux de Casse-Noisette.

Lundi soir, je me rends au R. K. Swamy Auditorium pour le festival de danse de Sri Parthasarathy Swami Sabha. Dans ce festival que j'ai déjà fréquenté l'année dernière, on ne sait jamais à l'avance de quel niveau sera le récital.

Le deuxième programme de ce jour commence par un morceau chanté, ce qui met aussitôt en valeur les grandes qualités de la chanteuse. Entre ensuite en scène la frêle et rose silhouette de Pallavi Vijay dont j'apprendrai plus tard qu'elle n'a que seize ans. Avec un faux air de nonchalance, elle exécute un Pushpanjali évoquant Natajara, le seigneur de la danse. Le varnam, la partie principale d'un récital de bharatanatyam est dédié à Vishnu aux multiples formes. Les différentes évocations dansées, accompagnées musicalement par une voix, un violon, un mridangam (un type de percussions) et des cymbales choquées par Guru Meenakshi Chittaranjan, qui fait aussi entendre sa voix dans les parties purement rythmiques insérées dans le varnam. L'hommage à Vishnu commence par une pose correspondant à Vishnu couché sur l'Océan cosmique, puis vient un épisode du Ramayana où Rama ranima Ahalya qui avait été changée en pierre. Un exemple des bienfaits de la dévotion est donné par une légende puranique que je ne connaissais pas : un éléphant est sauvé de l'attaque d'un crocodile parce qu'il est un dévôt de Vishnu. Cet épisode est très pittoresque. On a vraiment l'impression de voir l'éléphant et le crocodile que la chorégraphie suggère. La façon de représenter l'éléphant est différente de celles vues jusques à maintenant, cette chorégraphie insistant davantage sur les oreilles que sur la trompe. Un autre avatar, le nain Vamana, vient ensuite, de ses trois pas, mettre un terme à la domination du démon Mahabali. Enfin, c'est Venkateshwar, la forme de Vishnu résidant à Tirumala qui est évoquée.

Après cette partie, quelques minutes de violon tout en vibrato, aux improvisations cependant moins assurées que dans les autres parties.

Plus tard, la danseuse revient pour évoquer la plainte faite par une gopi à Yashoda à propos de son fils adoptif Krishna. Elle lui dit en substance : Votre fils est un vilain garçon. C'est la créature la plus dépravée de l'univers. En pleine nuit, il m'a séduite, je l'ai rejoint et il m'a embrassée, et sans que je m'en rendisse compte, il faisait la même chose à de nombreuses autres que moi en même temps..

Ce très beau récital s'est terminé par un Tillana, lui aussi dédié à Krishna.

Lien permanent — Commentaires


Exposition Les Ballets Russes à Garnier

2010-02-01 14:35+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Expositions — Voyage en Inde VIII

Samedi après-midi, je dépose mes affaires à un hôtel près de la Gare du Nord où j'ai prévu de prendre un bus très tôt le lendemain matin. Je me suis dirigé vers l'Opéra où se tient une exposition sur les Ballets russes. Contrairement à l'exposition du début de saison sur Gounod, elle n'est pas ouverte les soirs de spectacle, ce qui fait que je ne l'ai toujours pas vue malgré les cinq après-midi ou soirées que j'y ai passées depuis la mise en place de cette exposition.

Je rentre facilement grâce à ma carte de la BnF. On peut voir dans cette exposition des dessins préliminaires à la confection de costumes ou de décors, quelques costumes, des photographies, une partition autographe du Prélude à l'après-midi d'un faune, une notation chorégraphique de certains passages du Sacre du printemps, etc.

Je découvre dans cette exposition l'intérêt pour l'Asie du décorateur Léon Bakst. On verra ainsi un bronze de Garuda, la monture de Vishnu qui aurait inspiré L'oiseau de feu et surtout une photographie du superbe Nijinsky prenant la pose caractéristique de Krishna joueur de flûte dans Le Dieu bleu en regard d'un autre bronze issu des collections du musée Guimet. Une danseuse de bharatanatyam ne prendrait pas une pose différente.

Parmi les autres documents présentés, on pourra lire deux pages d'un rapport de Gabriel Astruc destiné aux autorités impériales russes à propos de la troupe de Diaghilev et de ses déboires financiers, dont voici des extraits :

Rapport confidentiel sur la saison russe 1909

M. Serge de Diaghilev a compromis en France le bon renom de l'administration des Théâtres Russes.

Mesures à prendre pour l'avenir

Peut-être y a-t-il lieu dans l'intérêt même de la bonne renommée des Artistes russes et de la dignité des Théâtres Impériaux de Russie, de ne pas sanctionner par des autorisations officielles les faits et gestes d'un impresario amateur dont le crédit est fortement entamé sur la place parisienne.

La sortie est toujours aussi mal indiquée. Je reste une bonne dizaine de minutes à la librairie pour écouter jusqu'au bout la version instrumentale de l'air Ah ! no credea mirarti de La Sonnambula qui s'y fait entendre.

Lien permanent — Commentaires


The Fairy Queen à l'Opéra Comique

2010-01-22 02:05+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Opéra Comique — 2010-01-21

Lucy Crowe, Soprano, Juno

Andrew Foster-Williams, Bass, Coridon, Winter, Hymen, Sleep

Claire Debono, Mystery, First Fairy, Nymph, Spring

Miriam Allan, Anna Devin, Claire Debono, Maud Gnidzaz, Fairies

Ed Lyon, Tenor, Adam, Secrecy

Sean Clayton, Tenor, Summer

Callum Thorpe, Bass

Emmanuelle de Negri, Soprano, Night, The Plaint

Robert Burt, Mopsa

Andrew Davies, Phoebus

David Webb, Autumn

Helen Jane Howells, Eve

William Gaunt, Theseus

Robert East, Egeus

Alice Haig, Hermia

Nicholas Shaw, Lysander

Gwilym Lee, Demetrius

Jo Herbert, Helena

Roger Sloman, Starveling

Robert Burt, Flute

Desmond Barrit, Bottom

Paul Mc Cleary, Quince

Brian Pettifer, Snug

Jack Chissick, Snout

Sally Dexter, Titania

Jotham Annan, Puck

Finbar Lunch, Oberon

Laura Caldow, Omar Gordon, Samuel Guy, Anthony Kurt-Gabel, Jarkko Lehmus, Caroline Lynn, Maurizio Montis, Sarah Storer, Danseurs

Adel Aïssani, Riad Ghelazi, Lucien Pech, Indian Boy (en alternance)

Les Arts Florissants

William Christie, direction musicale

Jonathan Kent, mise en scène

Paul Brown, décors et costumes

Mark Henderson, lumières

Kim Brandstrup, chorégraphie

Francesca Giplin, assistante mise en scène

Joanna O'Keeffe, assistante chorégraphie

François Bazola, chef de chœur

Sophie Decaudaveine, conseillère linguistique

The Fairy Queen, Purcell

Les spectacles à l'Opéra Comique qu'il m'a été donné de voir rivalisent d'adresse à m'enthousiasmer. Le dernier en date est The Fairy Queen, semi-opéra de Purcell, dont la partition a été perdue pendant deux siècles ! Je ne m'étais pas renseigné sur cette œuvre. Je découvre ainsi qu'un semi-opéra est un spectacle intermédiaire entre le théâtre et l'opéra. À vrai dire, les musiciens, les comédiens et les chanteurs ne sont pas les seuls à rassasier les sens du spectateur puisqu'on verra aussi évoluer des danseurs !

Le livret est inspiré (vaguement nous dit le metteur en scène Jonathan Kent) de la pièce de Shakespeare Le songe d'une nuit d'été. Tout se passe dans un décor unique mais multiforme. Il commence par figurer l'intérieur du duc Theseus, puis il se déstructure pour représenter la forêt où les amoureux Lysander et Hermia ont promis de se rejoindre, suivis de près par Helena qui n'est point aimée de Demetrius en retour. La reine des fées et Oberon se disputent. Puck, le serviteur d'Oberon, se trompe de destinataire pour les charmes que lui suggère son maître, ce qui fait que la reine des fées se trouvera en amour avec le tisserand Bottom transformé en âne et que Lysander et Demetrius vont fuir Hermia pour se disputer Helena. Quand le jour paraîtra, tout sera rentré dans l'ordre et les personnages auront eu l'impression de faire un songe.

Tout ce spectacle est so British. Par exemple, les artisans jouent une pièce de théâtre inspirée de la légende de Pyrame et Thisbé racontée par Ovide. Les artisans jouent tellement mal leur pièce à l'intérieur de la pièce que c'en est à hurler de rire. Le comédien qui interprète Bottom (Desmond Barrit) est très impressionnant.

Le décor est unique, mais cela bouge beaucoup. Une trappe permet de rapides et multiples apparitions-disparitions de personnages. On a presque peur pour les danseurs qui arrivent à ne pas tomber dans le trou. Certains, comme Phoebus et Juno sont suspendus dans les cieux.

Le spectacle est très long : cela commence à 20h et finit peu avant minuit, avec un seul entr'acte d'une demi-heure. Bref, il ne s'en ai pas fallu de beaucoup pour que j'arrive à prendre le dernier RER B (qui, n'étant omnibus qu'à partir de Massy-Palaiseau, est plus rapide que ceux qui précèdent). Long, mais en rien ennuyeux.

Lien permanent — Commentaires


Biennale de quatuors à cordes à la CdM

2010-01-16 23:10+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Jusques à il y a deux ans, je vivais dans l'idée fausse que la Cité de la Musique n'était que le Temple de la Musique Nouvelle 1. À vrai dire, tous les styles de musique y sont représentés, ce qui la distingue des autres lieux culturels parisiens. Je n'y avais pour le moment entendu que des Râgas et de la musique baroque.

Il n'y avait pas de raison que je n'essayasses point d'entendre aussi de cette musique du vingt-et-unième siècle quand l'occasion se présenta de coupler l'écoute de cette musique avec une partie de programme de l'intégrale Schubert prévue lors de la biennale de quatuors à cordes.

Cité de la musique — 2010-01-13

Quatuor Diotima

Gilbert Nouno, réalisation informatique musicale Ircam

Quatuor à cordes nº4 (Jonathan Harvey)

Quatuor Pražák

Quatuor à cordes nº7 (Schubert)

Jiří Hudec, contrebasse

François-Frédéric Guy, piano

Quintette pour piano et cordes La Truite (Schubert)

Mercredi dernier, j'ai assisté au programme de 20h30. Je m'installe sur mon siège dans la salle que je trouve dans une configuration géométrique inhabituelle. Les deux fois précédentes, les sièges étaient dirigés vers le centre du côté le moins long du rectangle, alors que ce soir, ils étaient tournés de 90°.

Les placeurs de la CdM sont certainement les plus décontractés qu'il se puisse voir. Entre deux spectateurs, combien de ragots sont échangés !

La première partie aurait dû voir la création d'un quatuor de Philippe Manoury. Elle n'aura pas lieu. À la place, le quatuor Diotima joue le quatuor à cordes nº4 (2003) de Jonathan Harvey. Après que le quatuor s'est installé et qu'une annonce bienveillante à destination d'un pays récemment frappé par les destructrices forces sous-terraines, des sons se font entrendre de toutes les directions. Le concert est en effet sonorisé par un dispositif électronique en temps réel opéré par Gilbert Nouno. Parfois, on ne sait plus très bien si ce qu'on entend est du direct, l'écho de ce qui a déjà été entendu ou un tout autre son. En tout cas, le son provient de partout et la localisation change tout le temps. C'est rigolo, mais j'ai du mal à considérer qu'il s'agisse de musique. En effet, le premier son qui se fait entendre est celui d'un archet frottant non pas les cordes mais le bois du violon. Un peu plus loin, l'archet du violoncelle essuie les cordes longitudinalement. Je me demande bien comment ces techniques sont notées sur la partition 2. Plein d'autres techniques zarbi. C'est amusant, c'est indiscutablement original, mais ce n'est pas franchement ce que j'aime entendre.

La deuxième partie laisse la place au quatuor Pražák pour le septième quatuor de Schubert et son quintette La Truite (pendant lequel un violon s'effacera et le trio restant sera rejoint par le contrabassiste Jiří Hudec et le pianiste François-Frédéric Guy). Je n'ai pour le moment que très peu eu l'occasion d'entendre de la musique de chambre. En particulier, c'est la première fois que j'entends ces œuvres en concert. Mon impression est assez mitigée. J'ai en effet souvent eu l'impression que le premier violon couinait. Pendant le quintette, peut-être est-ce de la faute à mon placement près d'un des murs et d'une entrée, mais de ma place, le son du piano me semblait dégradé comme dans un mauvais enregistrement datant d'un demi-siècle. Cela dit, je suis plutôt content d'avoir entendu ces œuvres en concert, tout particulièrement La Truite dont je n'avais entendu que la version Lied chantée par Waltraud Meier.

Cité de la musique — 2010-01-16

Quatuor Arditti

Quatuor VII OpenTime, 21 variations pour quatuor à cordes, Pascal Dusapin (création)

Quatuor Hagen

Douze Microludes (György Kurtág)

Quatuor à cordes nº16 (Beethoven)

Samedi, 17h, je suis de nouveau à la Cité de la Musique pour un autre programme de quatuors. En première partie, le Quatuor Arditti crée le Quatuor VII OpenTime de Pascal Dusapin. Contrairement au truc de Jonathan Harvey évoqué ci-dessus, là, il s'agit indiscutablement de musique. Cela dure une quarantaine de minutes. L'œuvre est dédiée à Anton, né le 29 juin 2009 à 0h31. Cela commence par un coup d'archet de l'alto sur deux notes. À vrai dire, le début est presque un solo pour alto, l'accompagnement du violoncelle étant assez discret. Lors des 21 variations, le quatuor montre un large éventail d'ambiances, de sonorités, de rythmes et de techniques, qui restent néanmoins dans le cadre d'une utilisation standard des instruments à cordes. Le public apprécie. Comme de coutume lors d'une création (si je compte bien, cela doit être la quatrième à laquelle j'assiste), le compositeur vient saluer le public avec le quatuor. Cette création, ainsi que d'autres concerts de la biennale sont disponibles sur Arte Live Web et devraient bientôt l'être sur le site de la CdM.

Pour la deuxième partie, Dusapin regagne sa place et le quatuor Hagen entre en scène. La première œuvre, très courte, est Douze Microludes György Kurtág. Si elle n'était pas désagréable à écouter, elle a déjà fui ma mémoire. Quelques mignons effets de glissando du violon. Pour finir, un charmant quatuor nº16 de Beethoven qui vaut une ovation méritée au quatuor.

C'est probablement l'effectif musical restreint qui accentue cela, mais j'ai trouvé que pendant ces concerts, les nuisances habituelles du public étaient décuplées. Certes, nous sommes en janvier, mais il est invraisemblable qu'autant de gens se mettent à tousser tout au long du concert.

Cette expérience m'incite à augmenter la proportion de musique de chambre dans les concerts auxquels j'assisterai à l'avenir (j'en entends déjà occasionnellement dans des lieux comme l'église des Billettes, mais cela se limite au répertoire baroque). Voir d'aussi petites formations rend aussi l'expérience de la musique moins impersonnelle qu'elle ne peut paraître quand on écoute un orchestre. On peut en effet plus facilement imaginer le type de liens et les vies qui se cachent derrière la musique que l'on entend. À cet égard, le roman Quatuor de Vikram Seth est remarquable.

[1] Veuillez pardonner à cette pulsion terminologique : je viens de lire un roman de Shan Sa (pas très bon d'ailleurs : Les Conspirateurs).

[2] À propos de notations, je me suis toujours demandé comment la chorégraphie d'un ballet ou la mise en scène d'une pièce de théâtre ou d'un opéra était notée, si elle l'est effectivement. Si on peut comprendre qu'il est possible de la communiquer à un interprète simplement en lui montrant comment faire (j'ai même cru comprendre que dans certaines chorales, les choristes non solfégistes apprenaient par cœur la musique en écoutant des enregistrements), cette transmission se heurte aux limites de la mémoire et de la vie. Ce n'est pas tout à fait anodin puisque des ballets du répertoire français du XIXe comme Giselle (1841) ont été oubliés en France à partir de 1868, mais ont continué à être joués en Russie grâce à Marius Petipa, rendant possible des reprises ultérieures à l'Opéra (1910). Certains de ces ballets ont été notés en utilisant des symboles musicaux comme l'avait imaginé Vladimir Stepanov. Le seul document de ce type que j'ai vu est une notation utilisant cette méthode pour La Bayadère. Je me demande quels sont les usages modernes en la matière.

Lien permanent — Commentaires


Béjart Ballet Lausanne à Garnier

2010-01-08 02:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2010-01-07

Jonathan Nott, direction musicale

Maurice Béjart, chorégraphie

Béjart Ballet Lausanne

Ensemble Intercontemporain

Béla Bartók, musique (Sonate pour deux pianos et percussions, premier et deuxième mouvements, 1938)

Bert, décors

Julien Favreau, Daria Ivanova, Luisa Diaz Gonzalez

Sonate à trois (1957), d'après Huis clos de Jean-Paul Sartre

Anton Webern, musique (Cinq mouvements pour quatuor à cordes, opus V, 1909)

Dominique Roman, réalisation lumières

Kathleen Thielhelm, Dawid Kupinski

Webern Opus V (1966)

Pierre Boulez, musique (Dialogue de l'ombre double pour clarinette, clarinette enregistrée et piano résonnant, 1985)

Anna De Giorgi, costumes

Clément Cayrol, costumes

Nicolas Berteloot, régie son

Alain Damiens, clarinette

Kateryna Shalkina, Oscar Chacon

Dialogue de l'ombre double (1998)

Pierre Boulez, musique (Le Marteau sans maître, pour voix d'alto et six instruments, 1954)

Joëlle Roustan, Roger Bernard, décors et costumes

Roger Bernard, lumières

Hilary Summers, contralto

Daria Ivanova, Dawid Kupinski, Johann Clapson, Oscar Chacon, Keisuke Nasuno, Julien Favreau, Arthur Louarti

Felipe Rocha, Adrian Cicerone, Neel Jansen, Juan Sanchez, Valentin Levalin, Juan Pulido, Marco Merenda, Les personnages en noir

Le Marteau sans maître (1973)

Je suis allé ce soir à l'Opéra pour voir non pas le Ballet de l'Opéra, mais la compagnie qui y est invitée, le Béjart Ballet Lausanne. De Béjart, je ne connaissais que la mort. Je savais bien sûr qu'il était chorégraphe et qu'il avait tout particulièrement changé la danse masculine, mais je n'avais jamais vu ses spectacles.

Quatre œuvres sont au programme, créées depuis 1957 jusques à 1998. Dans toutes ces pièces, la musique est du vingtième siècle et parmi les plus bizarres que j'aie entendues (c'est d'ailleurs la première fois que j'entends l'Ensemble Intercontemporain). En tout cas, c'est très dissonnant. Dans la première pièce Sonate à trois, c'est du Bartòk. Il paraît pour la deuxième fois à mes oreilles et cette deuxième occasion ne me donne pas envie de favoriser de nouvelles rencontres. La musique de Webern dans Webern Opus V, cinq mouvements de quatuors à cordes, me déplaît moins, mais les sons produits par le violon sont parfois vraiment curieux. Les deux dernières pièces Dialogue de l'ombre double et Le Marteau sans maître tirent leur musique d'œuvres de Pierre Boulez des mêmes noms. Première fois aussi que j'entends du Boulez. Dans Dialogue de l'ombre double, on entend deux clarinettes, une enregistrée (et à la mouvante spatialisation) et une physique, dont Alain Damiens joue sur scène. Cela paraît quelque peu aléatoire, mais ce n'est pas du tout désagréable à entendre.

Dans les quatre ballets, la chorégraphie est bien sûr contemporaine, pourtant cela ne ressemble aucunement aux spectacles de danse contemporaine que j'avais vu avant. Certes, comme souvent dans ces styles, les décors sont assez abstraits. On trouve par exemple trois chaises dans Sonate à trois. De nombreux mouvements sont saccadés, chose que l'on voit rarement dans le ballet classique. Ce qui est véritablement étonnant, c'est la façon dont ces éléments sont incorporés à des mouvements que manifestement, seuls des danseurs ayant une solide formation classique puissent exécuter. Les danseuses sont d'authentiques ballerines, réalisant des pointes. Les costumes près du corps des messieurs (et aussi des dames) font penser à la tenue des danseurs de ballet. Bref, vus jusques à cinquante ans après la création par quelqu'un qui n'a vu ces différents genres qu'en des lieux différents, jamais en même temps, cela fait drôle de voir réunis ces styles jusques alors opposés. Bref, même si je ne suis pas forcément ému par la musique (et la musique de ballet n'est pas toujours non plus la plus intéressante qui soit), je ne peux qu'admirer les prouesses techniques.

Le choc esthétique et visuel a donc été total pendant la première pièce Sonate à trois. Lors de la deuxième Webern Opus V, j'ai souffert de mon placement qui ne m'a pas autant fait apprécier ce pas de deux en blanc qu'une meilleure place l'eût permis. J'étais en effet au deuxième rang de la baignoire 8, à la place symétrique de celle que j'avais eue et appréciée pour Onéguine. Quand la chorégraphie utilise tout l'espace, bien qu'un peu excentrées, ces places permettent de voir très bien les danseurs sans avoir à utiliser de jumelles ! Le souci, dans cette pièce, est que le quatuor à cordes n'était pas dans la fosse, mais sur scène, côté jardin. La chorégraphie s'était donc réfugiée côté cour, en partie invisible de moi, donc.

La pièce que j'ai inconditionnellement appréciée le mieux est Dialogue de l'ombre double. Deux clarinettes. Un couple de danseurs, un lion (dont je me disais qu'il serait amusant qu'il bouge...). Un passage presque comique montre la duplicité du style, presque jusqu'à l'écartèlement de la ballerine. Au milieu de la pièce, celle-ci déchausse un de ses pieds. Elle exécute ensuite des mouvements indépendants sur chaque jambe. Une sage pointe encore possible avec le chausson qui lui reste tandis que libérée, l'autre jambe se met à faire un peu n'importe quoi.

La dernière œuvre Le Marteau sans maître, la plus longue, a la musique la plus bizarre des quatre. C'est aussi la plus longue : 38 minutes. Pendant les dix premières minutes, je me suis vraiment demandé ce que je faisais là. La chorégraphie m'indifférait, la musique aussi, d'autant plus qu'il y avait des passages chantés, qui choquent en ce qu'ils n'ont pas grand'chose à voir avec ce qu'on entend habituellement quand on parle de chant. Les paroles, en français apparemment (des extraits des poèmes de René Char du même nom ?), ont été rendues tout à fait inintelligibles par la musique. Progressivement, sans que je comprenne pourquoi, la danse me plaît de plus en plus à mesure que l'on avance. Il s'agit d'une danse de groupe. Six danseurs. De temps en temps, à peu près aux moments où chante la contralto Hilary Summers, la ballerine Daria Ivanova entre sur scène, portée par un des personnages en noir, à vrai dire, un homme recouvert d'un costume ressemblant à une burqa. Dans cette pièce comme dans les autres, la technique est éblouissante. Des portés absolument invraisemblables. À la fin, je suis presque enthousiasmé parce que je viens de voir.

Les entrées des baignoires étant au même étage que les fauteuils d'orchestre, forcément, on ne croise pas les mêmes gens que dans les étages supérieurs et je ne suis même pas surpris de me retrouver à la sortie à côté d'une actrice oscarisée...

Lien permanent — Commentaires


Ballets Russes à Garnier

2009-12-24 02:00+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2009-12-23

Vello Pähn, direction musicale

Madjid Hakimi, réalisation lumières

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Jean-Louis Vaudoyer, argument, d'après le poème de Théophile Gautier

Carl Maria von Weber, musique (L'Invitation à la Valse orchestrée par Hector Berlioz)

Michel Fokine, chorégraphie

d'après Léon Bakst, décor et costumes

Delphine Moussin, La jeune fille

Josua Hoffalt, le spectre

Le spectre de la rose

Claude Debussy, musique (Prélude à l'Après-midi d'un faune)

Vaslav Nijinski, chorégraphie

Léon Bakst, décors et costumes

Yann Bridard, Le faune

Émilie Cozette, La nymphe

L'Après-midi d'un faune

Gregorio Martinez Serria, livret d'après la nouvelle El Sombrero de tres picos de Pedro Antonio Alarcón

Manuel de Falla, musique

Léonide Massine, chorégraphie

d'après Pablo Picasso, décors, rideau de scène et costumes

Andrea Hill, mezzo-soprano

Vincent Chaillet, le meunier

Alice Renavand, la femme du meunier

Pierre Rétif, le Corregidor

Le Tricorne

Igor Stravinski, musique et livret

Alexandre Benois, livret

Michel Fokine, chorégraphie

d'après Alexandre Benois, décors et costumes

Nicolas Le Riche, Pétrouchka

Eve Grinstazjn, La ballerine

Stéphane Bullion, Le maure

Michaël Denard, Le charlatan

Pétrouchka

Le ballet de l'Opéra de Paris joue ces jours-ci non seulement Casse-Noisette, mais aussi Ballets Russes, un ensemble de quatre ballets qui furent montés par la compagnie russe de Diaghilev (qui a une place à son nom du côté Nord de l'Opéra Garnier) dans les années 1910.

J'étais déjà venu samedi soir dernier, profitant d'une place à 6€ que Palpatine n'avait plus l'intention d'utiliser. Sur le ticket était inscrit Scène non visible, ce qui était assez largement exact. Néanmoins, c'était en premières loges nº6, une des plus proches de la scène, avec donc une superbe vue sur l'orchestre. Pour le reste, un pilier ne me laissait à voir qu'un tout petit quart de la scène, et encore seulement les parties les plus proches de la fosse. J'aurais au moins vu ce soir-là danser José Martinez, grâce aux talents de chorégraphe duquel je suis devenu un spectateur régulier du ballet de l'Opéra (c'était pour Les enfants du paradis).

J'y suis retourné ce soir avec une place à 10€ (achetée au guichet), malheureusement un deuxième rang de quatrièmes loges, mais cependant pas trop excentré. Le placement n'est pas extraordinaire, mais au moins je verrai l'essentiel des mouvements de danse.

La première pièce est Le spectre de la rose, de Fokine. Cela dure dix minutes. Deux interprètes. Une jeune fille (Delphine Moussin) est assoupie chez elle. Le parfum d'une rose l'envahit et son spectre (Josua Hoffalt) entre dans la pièce. Le costume tout rose ne serait pas parfait si le danseur n'avait pas la tête elle aussi couverte de rose. La jeune fille se lève, et sa danse ainsi que celle du spectre devient de plus en plus enflammée. Enfin, elle se rendort, le spectre sort par la fenêtre (superbe saut). La jeune fille se réveille en se demandant bien ce qui a pu lui arriver.

Vient ensuite L'après-midi d'un faune, adaptation du poème de Mallarmé, sur la musique de Debussy. La chorégraphie de Nijinski avait fait scandale. Esthétiquement et techniquement, c'est très différent de tout ce que j'avais déjà vu. Bien sûr, pas de pointes, vu que les suivantes de la nymphe étaient pieds nus. La nymphe était dansée par Émilie Cozette, le faune par Yann Bridard. Je ne suis pas très convaincu par ce dernier (pas d'opinion sur l'autre), l'expression de son visage m'a semblé grossièrement lubrique, à un point presque clownesque. Même si je ne l'avais qu'entr'aperçu samedi dernier, Jérémie Bélingard m'avait semblé plus subtil.

La troisième pièce avant l'entr'acte est Le Tricorne (Massine). L'action se passe en Espagne. Chose curieuse pour un ballet, la mezzo-soprano Andrea Hill chante parfois sur la musique de Manuel de Falla. Les décors et costumes furent dessinés par Pablo Picasso. L'histoire ne tient pas vraiment la route. Un homme portant le tricorne s'intéresse de près à une meunière, qui le repousse. Il fait enfermer le meunier. À la fin, tout s'arrange, mais ce qui est invraisemblable, c'est le quiproquo qui fait que les soldats prennent plus tard le tricorne pour le meunier. Contrairement à samedi, aucune villageoise n'a chu. Je suis enchanté d'avoir vu danser Alice Renavand, la première fois que je la voyais dans un premier rôle.

La dernière pièce a la même durée que la précédente, trente-sept minutes, nous dit le programme. Il s'agit de Pétrouchka (Fokine) que je revois dans la même distribution que la première fois. Pétrouchka (Nicolas Le Riche), la ballerine (Eve Grinsztajn) et le maure (Stéphane Bullion) sont les trois poupées que présente le charlatan (Michaël Denard, vénérable danseur étoile) lors d'une grande fête populaire pétersbourgeoise. Les poupées s'animent. On découvre leur intérieur lors des deuxièmes et troisièmes tableaux. Pétrouchka et le maure sont tous les deux amoureux de la ballerine. L'un est triste, l'autre exubérant. La musique de Stravinski évolue entre des styles très divers. Pour l'avoir déjà apprécié samedi, j'attendais avec impatience le début du quatrième tableau, dont le son n'est pas sans rappeler celui de Wagner. La fête reprend, danses traditionnelles, ours et autres animaux... et enfin, nos poupées font une entrée fracassante : le maure zigouille Pétrouchka. Il ne s'agit heureusement que d'une poupée. Quoique, alors que le charlatan repart avec un Pétrouchka sans vie, un double fantomatique reparaît au-dessus du théâtre des poupées.

Lien permanent — Commentaires


Andrea Chénier à Bastille

2009-12-19 02:35+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Bastille — 2009-12-18

Marcelo Alvarez, Andrea Chénier

Sergei Murzaev, Carlo Gérard

Micaela Carosi, Maddalena di Coigny

Francesca Franci, La Mulatta Bersi

Stefania Toczyska, La Contessa di Coigny

Maria José Montiel, Madelon

André Heyboer, Roucher

Igor Gnidii, Il Romanziero (Pietro Fléville)

Antoine Garcin, Fouquier-Tinville

David Bizic, Il Sanculotto Mathieu

Carlo Bosi, Un Incredibile

Bruno Lazzaretti, L'Abate

Ugo Rabec, Schmidt

Lucio Prete, Il Maestro di Casa

Guillaume Antoine, Dumas

Orchestre et Chœur de l'Opéra national de Paris

Giancarlo Del Monaco, mise en scène

Carlo Centolavigna, décors

Maria Filippi, costumes

Wolfgang von Zoubek, lumières

Laurence Fanon, chorégraphie

Patrick Marie Aubert, chef du chœur

Daniel Oren, direction musicale

Andrea Chénier, Umberto Giordano

C'est un très beau spectacle d'opéra que la production d'Andrea Chénier d'Umberto Giordano qui passe actuellement à l'Opéra Bastille. Le style de la musique de Giordano fait parfois penser à celle de Puccini. Ceux qui aiment le son de la harpe seront servis.

Les décors sont superbes. Le premier tableau représente une fête chez la comtesse de Coigny en 1789. Un sofa est déplacé par des serviteurs (au passage, dans la traduction du livret que j'ai lue, ce mot était orthographié sopha). Les lumières du lustre sont allumées. La fille de la comtesse, Maddalena, entre avec sa servante, la mulâtre Bersi. Elle doit s'habiller avant que les invités arrivent. Ceux-ci ont des costumes d'époque et des coiffures extravagantes. Un mini-spectacle de ballet et de musique se déroule sur une petite scène au fond de la scène. Considérant son sort et celui de son père, le serviteur Gérard se désole du caractère héréditaire de sa condition. Des pauvres viennent manifester leur faim et le décor commence à se disloquer. Entretemps, le poète André de Chénier aura séduit Maddalena par ses vers, qui outre son inclination pour elle décèlent des critiques de la noblesse et du clergé. L'atmosphère révolutionnaire se met en place.

Au cours du deuxième tableau, autant Maddalena que Chénier sont menacés. Nous sommes en 1794, c'est la Terreur. De grands mouvements de foule, des têtes défilent sur des piques, des drapeaux tricolores flottent, plus tard on entendra la Carmagnole et la Marseillaise. Gérard est devenu un leader révolutionnaire. Chénier est trop modéré. Maddalena tente d'entrer en contact avec lui, alors que celui-ci envisage de quitter le pays. Ils sont surpris par un espion. Dans le feu de l'action, Chénier blesse Gérard, qui ne le dénonce pas.

Au troisième tableau, Gérard change d'attitude. Il est lui aussi épris de Maddalena. Il pense à se débarasser de Chénier. Il écrit des accusations pour le tribunal révolutionnaire. Au cours de ce tableau, le bel air de Madelon qui fait enrôler son petit-fils contre les contre-révolutionnaires et les autres ennemis de la Révolution. Marie-Aude Roux, dans Le Monde, semble déplorer que cet air soit statique. Pourtant, Madelon étant censée vivre ses derniers jours, il n'est pas aberrant qu'on la fasse asseoir. Cela dit, que Gérard soit assis pendant son grand air dans ce tableau est plus gênant (certes, il est blessé, mais il tient sur ses jambes). Vient ensuite les procès. Les juges ont les spectateurs dans le dos. Ils font face au chœur qui s'est installé dans une sorte de théâtre à l'italienne (j'aimerais bien savoir quel est le modèle de ce décor ; à moins que les tribunaux révolutionnaires eussent réquisitionnés des lieux insolites, cela paraît curieux). Gérard a été rejoint par Maddalena. Il a encore changé d'avis. Il va prendre la défense de Chénier qui a pour sa part réussi, contrairement à la tradition de 1794, à prendre la parole lors de son propre procès. Le grand'inquisiteur^Waccusateur public Fouquier-Tinville reprend les accusations qu'avaient faites Gérard à son compte. Chénier est condamné à mort malgré les protestations du public.

La fin est un sommet de lyrisme. Maddalena décide de rejoindre Chénier dans la mort. En corrompant son gardien, elle se substitue à une femme condamnée à mort en même temps que Chénier. Après un superbe duo d'amour, il courent littéralement à la mort ensemble.

Cela doit être unde des premières fois que je vois une production d'opéra qui propose des images conforment au cadre historique de l'intrigue (l'autre exception serait Don Carlo). Si cela serait ridicule pour une opéra-comique comme Le Roi malgré lui, pour un sujet aussi unique que celui de la Révolution française, même si ce n'est sans doute pas la seule option (j'ai cru comprendre que ce n'est pas ce qui avait été fait pour la dernière production de Fidelio à l'Opéra de Paris), cela semble un choix tout à fait défendable. Bref, je suis très content du travail de mise en scène de Giancarlo Del Monaco et des décors de Carlo Centolavigna.

Du côté des voix, on est bien servi avec les trois rôles principaux : Andrea Chénier (Marcelo Alvarez), Maddalena di Coigny (Micaela Carosi) et Carlo Gérard (Sergei Murzaev). Je n'ai pas d'éléments de comparaison vu que j'entendais cet opéra pour la première fois. Pour une raison qui m'échappe, le chef d'orchestre Daniel Oren a été la cible de quelques huées, heureusement couvertes par les applaudissements.

Lien permanent — Commentaires


Casse-Noisette à Bastille

2009-12-16 23:50+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Bastille — 2009-12-16

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique

Rudolf Noureev, chorégraphie et mise en scène, d'après Marius Petipa et Lev Ivanov

Nicholas Georgiadis, décors et costumes

Rui De Matos Machado, lumières

Mélanie Hurel, Clara

Christophe Duquenne, Drosselmeyer/Le Prince

Géraldine Wiart, Luisa

Mallory Gaudion, Fritz

Adrien Bodet, Le casse-noisette

Eric Monin, Le père

Béatrice Martel, La mère

Jean-Christophe Guerri, Le grand-père

Céline Talon, La grand-mère

Muriel Zusperreguy, Charline Giezendanner, Deux flocons

Ballet de l'Opéra

Élèves de l'École de Danse

Maîtrise des Hauts-de-Seine / Chœur d'enfants de l'Opéra national de Paris

Orchestre Colonne

Kevin Rhodes, direction musicale

Casse-Noisette, ballet en deux actes, sujet de Marius Petipa d'après un conte d'E.T.A. Hoffmann, adapté par Alexandre Dumas

Ce soir était la première occasion pour moi d'aller à l'Opéra Bastille pour voir un ballet. Depuis l'avant-dernier rang du deuxième balcon, mais plein centre, il vaut mieux avoir des jumelles pour voir les détails des mouvements de danse. Il vaut mieux aussi faire abstraction du bruit des scolaires qui ennuie tout le monde ; une spectatrice située quelques rangs plus bas utilisera même un blanc dans la musique pour exprimer son exaspération en criant Est-ce que vous pouvez vous taire dans le fond ?.

Je ne dirais pas que ce ballet de Noureev d'après Petipa contienne de grands moments magiques de danse ; on y trouve plutôt une succession de beaux tableaux, notamment pour le corps de ballet comme la danse des flocons au premier acte et la valse des fleurs. Les deux personnages principaux, Clara (Mélanie Hurel) et le Prince (Christophe Duquenne) ont un grand pas de deux au deuxième acte. Christophe Duquenne m'a fait une très bonne impression, qu'eût également fait Mélanie Hurel, que je voyais danser pour la première fois, s'il n'y avait pas eu quelques malheureux petits déséquilibres.

Ce ballet utilise un nombre invraisemblable de danseurs. Les élèves de l'école de danse ont été mobilisés pour jouer les enfants des invités de la soirée de Noël, les rats et les soldats au premier acte. Des costumes très divers aussi, avec la fantaisie que constituent les danses espagnole, arabe, russe, chinoise et française au deuxième acte. Il s'agit d'évocations de rêves de Clara au cours desquels elle verra des personnages de sa famille dans des lieux insolites. La danse qui aura le plus de succès est la danse arabe, le couple qui s'y distingue ayant des costumes et parures qui concurrencent en sonorités l'orchestre Colonne (du coup, cela avait presqu'un côté danse indienne).

Dans cette version, à la fin, Clara se réveille au milieu des invités de la soirée de Noël pendant laquelle le casse-noisette que son parrain Drosselmeyer lui a offert se sera transformé en beau prince et aura combattu le roi des rats. J'ai lu quelques contes d'Hoffmann, mais apparemment pas celui qui a inspiré ce ballet. Il semble que le conte à l'intérieur du conte qui aurait fourni l'explication du nom de Casse-Noisette soit passé à la trappe dans l'adaptation de Petipa. Dans celle de Noureev, la Fée Dragée et Confiturembourg ont aussi disparu.

Je savais Jean Glavany balletomane (il me semble qu'il y avait eu un article à ce propos dans Le Monde il y a quelque temps) ; je viens de découvrir qu'il avait un blog.

Lien permanent — Commentaires


Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra

2009-12-13 23:15+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2009-12-13

Élisabeth Platel, introduction

Bernard Boucher, professeur

Michèle Mérou, pianiste

Troisième division garçons

Fabienne Cerutti, professeur

Claire Djourado, pianiste

Troisième division filles

Éric Camillo, professeur

Michel Myron Mytrowytch, pianiste

Deuxième division garçons

Francesca Zumbo, professeur

Ellina Akimova, pianiste

Deuxième division filles

Jacques Namont, professeur

Richard Davis, pianiste

Première division garçons

Carole Arbo, professeur

Laurent Choukroun, pianiste

Première division filles

Roxana Barbacaru, professeur

Ellina Akimova, pianiste

Troisièmes divisions filles et garçons danse de caractère

Bernard Boucher, professeur

Laurent Choukroun, pianiste

Premières divisions filles et garçons adage

Démonstrations de l'École de danse de l'Opéra.

D'après mes archives, j'aurai assisté cet après-midi à mon deux-centième spectacle. Une consommation régulière depuis 2002, avec une fréquence qui tend à augmenter vu que le centième était une représentation du Barbier de Séville en avril 2008.

Il ne s'agissait pas du Spectacle de l'École de danse, mais des Démonstrations. Elles ont lieu pendant plusieurs journées en décembre. Aujourd'hui, il y avait un premier programme à partir de 10h et un second, celui auquel j'ai assisté, à partir de 14h30.

Tous les élèves de l'École de danse de l'Opéra y participent. J'ai vu les troisièmes, deuxièmes et premières divisions filles et garçons, c'est-à-dire les élèves les plus âgés (respectivement moins de 16, 17, 18 ans). Accompagnés par des pianistes, ils passent classe par classe faire des exercices avec leur professeur, qui fait des commentaires à destination du public, donne des indications pour corriger les imperfections et les félicite, parce qu'ils le valent bien.

La plupart des exercices présentent des mouvements réalisés simultanément par les élèves, ou successivement par plus petits groupes. Cela paraît logique de travailler et de montrer de la danse de groupe vu qu'a priori seule une élite de ces élèves deviendront solistes. La synchronisation, très importante, n'est pas toujours au rendez-vous. Les professeurs insistent sur ce point comme sur la nécessité de se mettre en accord avec la musique.

Les figures qui sont montrées vont par difficulté croissante, jusqu'à des pas, sauts, pirouettes auxquelles ils viennent seulement de s'attaquer (j'ai bien aimé le tour sur soi avec réception en arabesque). On est bien sûr loin de la quasi-perfection dont font preuve certains danseurs du ballet de l'Opéra. Ces défauts d'exécution, les réceptions ratées, le manque de synchronisation, etc, ne font que mettre en valeur la difficulté extrême de cet art et le mérite de ceux qui sortiront de cette école en maîtrisant les techniques de la danse, malgré les contorsions qu'elle impose aux corps — on serait d'ailleurs un peu plus rassuré si certaines danseuses prenaient quelques kilogrammes. Les professeures expliqueront plusieurs fois qu'il n'y a pas que les garçons qui sautent. Les techniques de pointes sont déjà impressionnantes. Je suis assez mystifié par la figure qui consiste à faire une pirouette sur les deux pieds en pointe. Je ne saisis vraiment pas la géométrie de la chose. On verra aussi des danseuses tourner de façon prolongée sur un seul pied (figure qui m'avait sidéré quand j'avais vu Dorothée Gilbert la faire dans La fille mal gardée). Les garçons ne sont pas en reste. Ils tournent sur eux-mêmes à grande vitesse avec un pied au sol et un pied en l'air.

Après le passage de ces six classes non-mixtes, les troisièmes divisions filles et garçons viendront pour la danse de caractère et les premières divisions filles et garçons pour l'adage. Là, il ne s'agit plus tellement d'exercices, mais de chorégraphies de groupe à part entière, rapides (et ukrainiennes ou russes) pour les troisièmes divisions, lentes pour les premières divisions. Lors de cette dernière partie, on verra aussi de périlleux exercices de portés réalisés sans musique.

L'ambiance est assez différente de celle des ballets de l'Opéra. Le nombre de très jeunes filles fait que la moyenne d'âge du public est beaucoup plus basse que d'habitude. L'assistance applaudit plusieurs fois à la minute, saluant chaque exercice, voire chaque prestation individuelle. Si ce type d'événements n'est sans doute pas ce qu'il faudrait voir en premier pour prendre goût aux ballets, c'est néanmoins très intéressant.

Lien permanent — Commentaires


Platée à Garnier

2009-12-09 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Garnier — 2009-12-08

Xavier Mas, Thespis

Marc Labonnette, Un Satyre

Aimery Lefèvre, Momus

Mireille Delunsch, Thalie, La Folie

Judith Gauthier, L'Amour, Clarine

Paul Agnew, Platée

Alain Vernhes, Cithéron

François Lis, Jupiter

Yann Beuron, Mercure

Doris Lamprecht, Junon

Laurent Pelly, mise en scène, costumes

Chantal Thomas, décors

Laura Scozzi, chorégraphie

Joël Adam, lumières

Agathe Mélinand, dramaturgie et collaboration à la mise en scène

Nicholas Jenkins, chef du chœur

Jory Vinikour, responsable des études musicales

Marc Minkowski, direction musicale

Chœur et musiciens du Louvre-Grenoble

Platée, Jean-Philippe Rameau

Je reviens de l'Opéra Garnier où avait lieu ce soir la troisième représentation de la reprise de la production de la comédie lyrique Platée de Rameau mise en scène par Laurent Pelly.

Pour la première fois, je me retrouve à l'amphithéâtre. Si on fait plus d'un mètre soixante, on n'a pas de place pour les genoux. Si on en fait moins, les pieds ne touchent pas le sol. On en ressort tout cabossé. Bref, à éviter. Le seul avantage est que l'on a un des meilleurs rapport visibilité/prix. Depuis le centre de l'avant-dernier rang, j'avais vue sur toute la scène. Ce qui était ennuyeux, c'est que l'écran des surtitres était situé juste derrière le grand panneau supérieur de la scène (où est écrit la date de la fondation de l'Académie Royale de Musique). De là, on ne pouvait lire que la ligne du bas. Seul un effet de parallaxe permettait peut-être aux spectateurs des étages inférieurs de lire les surtitres. Je trouve ce genre de bugs d'organisation tout à fait ahurissants.

Heureusement, je connaissais déjà l'histoire (ayant reçu il y a quelque temps un DVD de cette production en prêt) et les chanteurs arrivaient vraiment à se bien faire entendre. Les décors de Chantal Thomas (à ne pas confondre avec ses quasi-homonymes) sont faits de rangées de sièges de théâtre (peut-être est-ce en relation avec Thespis, un précurseur du théâtre, qui intervient dans le prologue). Platée, interprétée par Paul Agnew, est une grenouille à qui on fait accroire que Jupiter s'est épris d'elle. Celui-ci voit là un moyen de s'amuser de la jalousie excessive de Junon. À la fin, tout le monde aura ri au détriment de la grenouille.

Les costumes de Laurent Pelly sont charmants. Le plus étonnant est celui du personnage de la Folie (Mireille Delunsch) : une robe couverte de partitions plus ou moins flottantes. En pleine folie créatrice, elle en déchirera même quelques unes. Les costumes de la grenouille sont intéressants aussi ; le visage de Paul Agnew est complètement fardé. Jupiter (François Lis) et Junon (Doris Lamprecht) brillent en mauve.

L'ouvrage comporte de nombreuses et variées parties dansées (chorégraphie de Laura Scozzi). Le vent est ainsi figuré par une scène de danse où des danseuses ont les cheveux qui tombent à l'horizontale. On verra aussi des couples faire de la danse assez acrobatique. Les nombreuses suivantes de la Folie ont aussi plusieurs scènes de danse amusantes.

Tout est motif à l'amusement. La musique, le texte et tout le reste. Ainsi, entre le deuxième et le troisième acte, une grenouille descendra d'une baignoire pour rejoindre l'orchestre, embêter les musiciens et même diriger l'orchestre du Louvre-Grenoble ordinairement dirigé par Marc Minkowski.

Lien permanent — Commentaires


Joyaux à Garnier

2009-11-19 22:07+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2009-11-18

Gabriel Fauré, musique (Pelléas et Mélisande, Shylock)

Igor Stravinski, musique (Capriccio pour piano et orchestre)

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique (Symphonie nº3 en ré majeur, quatre derniers mouvements)

George Balanchine chorégraphie (1967)

Christian Lacroix, décors, costumes

Jennifer Tipton, lumières

Kevin Rhodes, direction musicale

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Isabelle Ciaravola, Christophe Duquenne

Eve Grinsztajn, Stéphanie Phavorin

Sarah Kora Dayanova, Séverine Westermann, Julien Meyzindi

Joyaux / Émeraudes

Dorothée Gilbert, Emmanuel Thibault

Stéphanie Romberg

Christine Lagniel, piano

Joyaux / Rubis

Delphine Moussin, Mathieu Ganio

Joyaux / Diamant

Je suis allé hier à la dernière représentations de Joyaux, un ballet de Balanchine en trois parties Émeraudes, Rubis et Diamants. Le programme nous apprend qu'il voulait évoquer respectivement la France, les États-Unis d'Amérique et la Russie en utilisant la musique de Fauré, Stravinski et Tchaikovski. Autant Fauré est évidemment associé à la France, Tchaikovski à la Russie, pour Stravinski, cela peut paraître quelque peu bizarre, le compositeur ayant vécu successivement en Russie, en Suisse, en France et aux États-Unis d'Amérique.

Les costumes de Christian Lacroix sont superbes. Respectivement vert émeraude, rouge rubis et blanc diamant, cela brille, cela étincelle.

Dans Émeraudes, les danseuses du corps du ballet réalisent en se tenant les mains de furtives figures géométriques qui font penser à des pierres précieuses autant qu'à des molécules. Un pas de trois (dans une distribution différente que celle annoncée sur le site de l'Opéra), deux pas de deux : Isabelle Ciaravola, Christophe Duquenne, puis Eve Grinsztajn et Stéphane Phavorin.

Des trois, ma pièce préférée est Rubis. La musique de Stravinski Capriccio pour piano et orchestre est amusante, très rythmée, un peu folle. Comme d'habitude, Dorothée Gilbert, qui danse seule ou avec Emmanuel Thibault, est superbe. Sa danse est espiègle, aguichante, comique, rafraîchissante.

La dernière pièce est Diamants. J'ai moins aimé que les autres. Peut-être est-ce la faute à la couleur des costumes. Le décor, très applaudi, est spectaculaire : des diamants est suspension dans l'air. C'est la première fois que je vois danser Delphine Moussin et Mathieu Ganio. La fin est un peu interminable, ce n'est pas que la danse ne soit pas belle, loin de là, c'est magnifique, mais c'est cette musique de Tchaikovski dans le dernier mouvement de sa symphonie nº3 et son hydr'avion qui met un temps invraisemblable à amerrir.

Lien permanent — Commentaires


Salomé à Bastille

2009-11-14 17:33+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Bastille — 2009-11-13

Thomas Moser, Herodes

Julia Juon, Herodias

Camilla Nylund, Salomé

Vincent Le Texier, Jochanaan

Xavier Mas, Narraboth

Varduhi Abrahamyan, Page der Herodias

Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, Erster Jude

Eric Huchet, Zweiter Jude

Vincent Delhoume, Dritter Jude

Andreas Jäggi, Vierter Jude

Gregory Reinhart, Fünfter Jude

Nahuel Di Pierro, Erster Nazarener

Ugo Rabec, Zweiter Nazarener

Nicolas Courjal, Erster Soldat

Scott Wilde, Zweiter Soldat

Antoine Garcin, Ein Cappadocier

Grzegorz Staskiewicz, Ein Sklave

Alain Altinoglu, direction musicale

Lev Dodin, mise en scène

David Borovsky, décors et costumes

Jean Kalman, lumières

Yury Visalkov, chorégraphie

Mikhail Stronine, dramaturgie

Valery Galendeev, collaboration à la mise en scène

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Salomé, Richard Strauss

Je viens de relire le texte de la pièce d'Oscar Wilde, Salomé, écrite directement en français. On le trouve sur Gallica et dans le programme de la production présentée à l'Opéra Bastille, en face de la traduction de Hedwig Lachmann. En effet, à quelques modifications et coupes près, c'était essentiellement le texte de l'opéra de Strauss qui j'ai lu en surtitres pendant de la représentation d'hier.

L'opéra raconte l'amour de Salomé pour Jochanaan (Jean le Baptiste), qui la repousse, lui qui est obnubilé par l'arrivée du Messie. Hérode, son beau-père doublement incestueux la fait danser après avoir juré lui donner ce qu'elle voudrait après. Salomé insiste pour obtenir la tête de Jochanaan dans un bassin d'argent. Avant cela, il faut la lui couper, ce que Hérode n'est pas près à faire, craignant le saint homme qu'il a enfermé afin de le protéger des Juifs (qui n'ont l'air d'accord sur rien si ce n'est qu'il faut le leur remettre). Une fois qu'elle a récupéré la tête, Salomé délire et peut faire ce que Jochanaan vivant lui refusait, à savoir l'embrasser. Finalement, Hérode ordonne que l'on tue aussi Salomé.

La musique de cet opéra, avec ses motifs à la Wagner, est envoûtante. Si je ne connais pas suffisamment la langue allemande pour vraiment suivre ce qui se dit, je me suis surpris à en comprendre parfois quelques expressions.

Avant de voir l'opéra, sachant que la voix du jeune syrien (Narraboth) intervient seulement quelques secondes après que la musique a retenti pour dire Wie schön ist die Prinzessin, je me demandais comment l'entrée en scène aurait lieu. En effet, dans beaucoup de productions d'opéra en général, on entend une ouverture, rideau baissé, et quand celle-ci se termine, le rideau est levé, le décor et les personnages apparaissent en pleine lumière. Ce n'était évidemment pas possible ici. Dans cette production, on a coupé toutes les lumières du théâtre pour permettre aux chanteurs de se positionner dans le décor qui sinon était visible. Ainsi, la musique, les lumières et le chant se sont mis en route en même temps. En ce qui concerne les lumières, davantage de luminosité n'aurait pas été un mal : pendant la première demi-heure, entre les personnages secondaires que sont Narraboth, le page de Hérodias (qui comme tous les pages est chanté par une femme) et les soldats, il n'était pas évident de voir qui chantait, même avec les jumelles...

Alors que la Lune auquel le texte fait référence se meut au fond du décor (qui comporte côté jardin un escalier et la cellule métallique escamotable où Jochanaan est enfermé), la situation dramatique se clarifie quand elle se recentre sur Jochanaan et Salomé, puis les mêmes, Hérode et Hérodias. La danse des sept voiles tombe à plat (au passage, la mention des sept voiles apparaît dans le texte de Wilde, mais pas dans le livret de l'opéra). Si un effet comique est créé par le côté lubrique de Hérode et Hérodias qui tente de masquer sa fille à sa vue, la danse de Camilla Nylund n'est guère convaincante.

Les tergiversations qui conduisent à la décapitation de Jochanaan sont peut être un peu longues, Hérodias qualifie même Hérode de ridicule avec les paons qu'il se propose d'offrir à Salomé en remplacement de la tête qu'elle demande qu'on coupe. Cela ne crée qu'une encore plus grande attente pour l'impressionnante scène finale où Salomé soliloque face à la tête inerte.

Lien permanent — Commentaires


Giselle

2009-10-10 19:53+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2009-10-10

Adolphe Adam, musique

Jean Coralli, Jules Perrot chorégraphie (1841)

Marius Petipa, transmission de la chorégraphie (1841)

Patrice Bart, Eugène Polyakov, adaptation de la chorégraphie (1991)

Alexandre Benois, décors, costumes

Silvano Mattei, réalisation des décors

Claudie Gastine, réalisation des costumes

Koen Kessels, direction musicale

Dorothée Gilbert, Giselle

Mathias Heymann, Albrecht

Yann Bridard, Hilarion

Stéphanie Romberg, Myrtha

Ballet de l'Opéra

Orchestre Colonne

Giselle, ballet en deux actes, livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges

Je suis retourné voir Giselle cet après-midi à l'Opéra de Paris. Cette fois-ci, j'expérimente une place à 7€, quatrième étage, dans les stalles derrière les quatrièmes loges de trois-quarts. La visibilité est meilleure que ce que j'avais imaginé : il n'y a que le tiers de droite qui n'est pas visible. Étant au premier rang, je ne suis pas gêné par les têtes mouvantes des gens de devant. Malheureusement, il y a derrière moi un groupe de touristes chinois bruissant.

Comme cela m'avait étonné lorsque j'étais revenu voir La fille mal gardée, je remarque des détails que je n'avais pas observés lors de l'autre représentation que j'ai vue. Lors du premier acte, j'apprécie beaucoup Dorothée Gilbert et Mathias Heymann dans les rôles de Giselle et d'Albrecht. En Hilarion, Yann Bridard est moins convaincant. On n'a pas l'impression de le voir réagir le moins du monde quand il compare l'épée d'Albrecht qu'il a découverte avec un signe marqué sur une corne laissée par une famille prestigieuse en visite au village, ce qui trahit la haute naissance du rival d'Hilarion. Les solos et pas de deux des paysans sont formidables (en regardant avec mes jumelles, j'ai eu un peu peur pour le paysan sur une réception, mais c'est comme si on n'avait rien vu).

Au deuxième acte, l'entrée en scène de Myrtha (Stéphanie Romberg) sur pointes n'est vue par moi que par intermittences ; ayant une moins bonne vue d'ensemble sur la scène, il est difficile de comparer avec Marie-Agnès Gillot. Une des raisons qui m'ont fait revenir voir ce ballet, outre que j'oubliasse mes jumelles la dernière fois, est que j'avais eu l'impression de manquer la scène de la mise à mort d'Hilarion par les wilis. La chorégraphie met bien en évidence qu'Hilarion est pris au piège par les wilis. Elles tournent autour de lui, l'entourent, s'interposent quand il voudrait s'enfuir. À vrai dire, il ne meurt pas sur scène, on voit juste des wilis le mettre un peu violemment dehors.

Le deuxième acte ne m'a pas fait cesser d'apprécier Dorothée Gilbert et Mathias Heymann. Les deux ont été excellents, mais c'est surtout ce dernier qui m'a fait forte impression. Autant il passe difficilement pour un méchant (par la tromperie qui entraîne la mort de Giselle) dans le premier acte (ce que n'a pas de mal à faire Nicolas Le Riche), autant il est parfait en amoureux, cette fois tout à fait sincère, de Giselle au deuxième acte, quand il se rend auprès de sa tombe, danse avec celle qui est maintenant une wilis. Quel athlète ! Lors d'une succession de sauts sur place et de frétillants mouvements de jambes, le public frémit, une spectatrice s'écrie Bravo ! et une avalanche d'applaudissements se déclenche alors qu'il continue de réaliser des prouesses.

Rien à voir, mais avant le début de chaque acte, au milieu de plein d'autres sons éparpillés, on pouvait entendre certains instruments à vent s'échauffer avec un peu du Boléro de Ravel.

Lien permanent — Commentaires


Surbooking à l'Opéra de Paris

2009-09-28 00:20+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2009-09-27

Adolphe Adam, musique

Jean Coralli, Jules Perrot chorégraphie (1841)

Marius Petipa, transmission de la chorégraphie (1841)

Patrice Bart, Eugène Polyakov, adaptation de la chorégraphie (1991)

Alexandre Benois, décors, costumes

Silvano Mattei, réalisation des décors

Claudie Gastine, réalisation des costumes

Koen Kessels, direction musicale

Aurélie Dupont, Giselle

Nicolas Le Riche, Albrecht

Karl Paquette, Hilarion

Marie-Agnès Gillet, Myrtha

Ballet de l'Opéra

Orchestre Colonne

Giselle, ballet en deux actes, livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges

Comme hier, j'ai dû faire établir au contrôle un duplicata de ma place d'abonnement pour le ballet Giselle (le ticket d'aujourd'hui est numéroté 61948 contre 49979 hier, je ne sais pas ce qu'il faut en déduire). En effet, il y aurait eu un changement de logiciel à l'Opéra de Paris, et pas mal d'abonnés (longueur de la queue faisant foi) n'ont pas reçu leurs places. Vraisemblablement, comme moi, ils se retrouvent mauvais payeurs malgré eux (il doit y avoir un dead-lock quelque part). Tout s'étant bien passé la veille, je m'attendais à ce qu'il en allât autant aujourd'hui.

M'étant fait placer au premier rang de ma troisième loge nº16, je suis apostrophé cinq minutes avant le début du spectacle par une ouvreuse qui me demande mon billet pour vérification. Une spectatrice aurait un billet avec le même numéro de place. Après s'être enquis de mon nom et utilisé un talkie-walkie, on me demande de céder ma place. Finalement, on me replace ailleurs, et après quelque inquiétude, je suis soulagé de voir que je suis loge 32 au troisième rang, puis, certains faisant profiter les présents de leur absence, je peux rejoindre le premier rang lorsque le chef d'orchestre arrive, m'asseyant à une place valant trois fois le prix de celle que j'ai... pardon que je n'ai pas payée.

Ma nouvelle place est mieux centrée, mais cependant plus éloignée. Je regrette mes jumelles que j'ai oubliées chez moi. En effet, de loin, si elles ne portaient pas des costumes légèrement différents, on aurait du mal à distinguer Aurélie Dupont (Giselle) et Marie-Agnès Gillot (Myrtha).

Je fais probablement là une injure au bout goût, mais ce ballet est celui qui m'a le moins enthousiasmé parmi la poignée de ballets que j'ai vus depuis l'an passé. Onéguine, où Aurélie Dupont (Tatiana) et Nicolas Le Riche (Onéguine) avaient dansé un superbe pas de deux, et Les enfants du paradis sont mes meilleurs souvenirs en la matière. La musique d'Adolphe Adam est tout à fait charmante, les costumes colorés, mais je n'apprécie pas autant ce premier acte qui fait penser au beaucoup plus joyeux ballet La fille mal gardée. L'atmosphère change radicalement au deuxième acte. Giselle est morte d'avoir trop dansé et d'avoir été trahie par Albrecht qui était fiancé à une autre qu'elle. Les Wilis, des créatures démoniques qui se mettent à danser pendant la nuit et tuent les hommes qui les approchent trop, ont envahi la scène dans leurs tutus immaculés (le programme explique que le deuxième acte de ce ballet a fortement contribué à codifier la forme du costume blanc des danseuses classiques ; je préfère les ballets colorés). Myrtha, la reine des Wilis entre sur scène dressée sur ses pointes. Giselle se matérialise non loin de sa tombe. Albrecht la rejoint. Ils dansent follement. Albrecht devrait mourir, mais il est finalement épargné, et après que Giselle a regagné sa tombe, il s'en va alors que le soleil se lève.

Lien permanent — Commentaires


Derniers jours à Delhi

2009-08-29 12:33+0530 (दिल्ली) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VII

Chinmaya Mission Auditorium, Delhi — 2009-08-28

Sharanya Chandran, bharatanatyam

Hier matin, j'ai visité le musée de la Cour suprême. J'ai ensuite fait le tour de l'enceinte d'où je pouvais voir grouiller les avocats et des ouvriers repeindre le dôme blanc. En Inde, tout mur est susceptible de servir d'urinoir ; les murs d'enceinte de la Cour n'échappent pas à la règle.

J'ai déjeuné au restaurant Parikrama qui a la particularité d'offrir un mouvant panorama sur la ville. En effet, il tourne sur lui-même : le temps d'un repas, on a le temps de faire presqu'un tour complet. On peut légitimement se demander comment construire un ascenseur qui conduise à un étage en rotation. En fait, c'est le tapis en forme de couronne qui tourne, la partie centrale, les murs et fenêtres ne bougent pas. La première chose qui frappe, d'en-haut, c'est la verdure dans la ville de New Delhi, noyée sous les arbres dont n'émergent que de hauts bâtiments.

L'après-midi, je suis descendu à Central Secretariat d'où j'ai rejoint le mémorial Indira Gandhi. En chemin, on passe devant des bâtiments du ministère de la défense et tout près, au sommet d'une blanche maison, flotte un anachronique Union Jack. Dans le mémorial, on peut voir de nombreuses coupures de presse liées à l'action d'Indira Gandhi. On peut aussi y observer des décorations dont quelques une furent écrites en français, comme un diplôme de doctorat de l'Université de Paris. Parmi les livres exposés, un livre d'arithmétique en français et quelques uns, en anglais, sur la Révolution française. Ses derniers pas sont recouverts de cristal.

J'ai poursuivi ma marche jusqu'au tombeau de style moghol de Safdarjang, en grès rouge et au dôme blanc. Non loin de là se trouve le jardin Lodi qui semble être un paisible et bel endroit. Je ne suis pas resté très longtemps, juste le temps de m'approcher du mausolée de Muhammad Shah. J'avais en effet une adresse à trouver dans les environs.

J'ai trouvé assez facilement le bâtiment de la mission Chinmaya, un mouvement religieux fondé par un guru mort il y a une quinzaine d'années. Un récital de bharatamatyam était prévu ; il avait été annoncé dans le mensuel First City. L'auditorium est rapidement plein. Le récital de Sharanya Chandran, fille et disciple de Geeta Chandran (directrice de la Natya Vriksha Dance Company) commence. Elle est accompagnée de cinq musiciens : mridangam, cymbales (Geeta Chandran), chant, flûte, violon (la formation typique pour cette danse). Les premières parties, y compris la principale, Varnam, évoquent Krishna, le joueur de flûte, danseur attirant l'amour, la dévotion et la jalousie des gopis. La dernière partie met en scène la danse cosmique de Shiva Nataraja. Le spectacle se révèle d'excellente qualité. À la fin, comme il est de coutume, on remet des guirlandes de gleurs et des cadeaux aux artistes, et c'est Swamini Guru Priyananda, devant qui ils viennent se prosterner qui les leur remet après qu'elle a fait l'éloge de ce récital qui perpétue les traditions de l'Inde et dont les interprètes parcourent le monde pour les mieux faire connaître.

Lien permanent — Commentaires


La Fille mal gardée à Garnier

2009-07-11 13:49+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2009-07-09

Frederick Ashton, chorégraphie (1960)

Louis Joseph Ferdinand Herold, musique

John Lanchbery, arrengements musicaux

Osbert Lancaster, décors et costumes

George Thomson, lumières

Christopher Carr, Grant Coyle, répétitions

Barry Wordsworth, direction musicale

Dorothée Gilbert, Lise

Mathias Heymann, Colas

Aurélien Houette, Mère Simone

Allister Madin, Alain

Jean-Christophe Guerri, Thomas, père d'Alain

Mickaël Lafon, Un danseur à la flûte

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

La Fille mal gardée, ballet en deux actes de Frederick Ashton d'après Jean Dauberval

A priori plutôt réticent sur la base de l'extrait que j'en avais vu, j'avais cependant acheté une place pour La fille mal gardée, ballet de Frederick Ashton, d'après Jean Dauberval. La pièce originale, créée en juillet 1789, est l'un des tout premiers ballets au sens où on l'entend habituellement. Une histoire dansée en musique, sans mots.

Lors de la vingt-septième représentation, Lise est interprétée par Dorothée Gilbert et Colas par Mathias Heymann. Ce ballet raconte leurs amours champêtres, contrariés par la mère Simone (Aurélien Houette) qui voudrait marier sa fille avec le ridicule mais riche Alain (Allister Madin).

La musique est de L. J. F. Herold (1828) avec des arrangements de John Lanchbery introduits lors de la création de la version d'Ashton (1960). Cependant, de larges extraits sont extraits d'autres œuvres. Ainsi, la première scène emprunte la musique du début du Barbier de Séville de Rossini. Le programme nous dit que la musique des poules et du coq vient de Janáček.

Malgré mes a priori, j'ai beaucoup apprécié ce spectacle léger et espiègle. Lors du premier acte, le ruban rose est un accessoire dont se servent merveilleusement bien les interprètes. On se demande comment ils font pour ne pas se perdre dans les nœuds. Dans la deuxième scène, une très pittoresque scène menée par un danseur à la flûte (Michaël Lafon). Quand Alain s'empare de l'instrument, l'orchestre se met à jouer faux. La danse des moissonneurs évoque un manège, chacun tenant un ruban relié à un poteau. Dans une scène voisine, Lise est au centre des villageoises et tient leur ruban tandis qu'elles tournent autour d'elle. C'est complètement inhumain de faire ainsi des pointes sur un seul pied d'appui ! Au cours de ces réjouissances, on aura vu la fameuse Danse des sabots de la Mère Simone.

Un orage force la compagnie à rentrer chacun chez soi. La mère Simone essaie de garder Lise sous clef, mais Colas parvient à entrer par la ruse. Il faut bien le cacher quelque part quand Simone revient à la maison. Lise semblant fiévreuse, Simone la fait se reposer dans sa chambre, où Colas s'est caché. Le père d'Alain viennent signer les papiers du mariage de Lise. Quand Alain ouvre la porte de la chambre de Lise, on voit paraître Lise et Colas enlacés ; il est encore temps de déchirer le contrat et d'envisager un différent mariage. Quand la noce s'est retirée, Alain reparaît pour mettre la main sur l'objet qu'il avait oublié : son inséparable parapluie rouge.

Je suis retourné hier soir pour votre une nouvelle représentation. J'étais persuadé d'avoir choisi deux distributions différentes (j'avais en particulier noté le nom de Myriam Ould-Braham dans le rôle de Lise), mais les deux rôles principaux reviennent aux mêmes interprètes que la veille. Je ne m'en serai rendu compte qu'au lever de rideau. En effet, une désorganisation inadmissible à mon étage fait qu'avec une douzaine d'autres spectateurs arrivés dix bonnes minutes avant le début qui partageront mon sort, la porte de ma loge ne sera ouverte qu'après que les lumières intérieures auront été éteintes, le chef salué et l'ouverture commencée. Deux ouvreuses pour cet étage, ce n'est peut-être pas assez...

Voir le même spectacle sous deux angles différents procure des impressions diverses. Pour ce spectacle, si j'étais un peu moins haut et plus près le lendemain, je ne voyais pas les parties excentrées de la scène. Je n'ai pas non plus fait attention aux mêmes détails. Alors que la première fois j'avais remarqué la distribution de pièces de monnaie aux moissonneurs et la tentative de Lise pour en récupérer une, je n'y ai pas fait attention le lendemain. Jeudi, j'avais été surpris par le coup de théâtre de la ruse de Colas pour rejoindre Lise, le lendemain, il n'y avait plus de surprises, et mon angle de vue ne me permettait pas d'ignorer qu'il était entré avec les moissonneurs.

Ailleurs : Palpatine y a consacré trois billets 1, 2, 3, et cela a totalement bouleversé sa vie à jamais (je serais bien allé voir Mathilde Froustey dans ce rôle, mais il ne restait plus que des places à 65€ quand j'ai regardé.)

Lien permanent — Commentaires


Proust ou les intermittences du cœur à Garnier

2009-06-02 00:50+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2009-06-01

Roland Petit, chorégraphie, mise en scène (1974)

Beethoven, Debussy, Fauré, Franck, Reynaldo Hahn, Saint-Saëns, Wagner, musique

Bernard Michel, décors

Luisa Spinatelli, costumes

Jean-Michel Désiré, lumières

Jan Broeckx, Jean-Philippe Halnaut, assistants du chorégraphe

Koen Kessels, direction musicale

Isabelle Ciaravola, Albertine

Hervé Moreau, Proust jeune

Josua Hoffalt, Morel

Aurélien Houette, Monsieur de Charlus

Christophe Duquenne, Saint-Loup

Stéphanie Romberg, Madame Verdurin

Christelle Granier, Andrée

Vladimir Kapshuk, Le chanteur (baryton)

Eve Grinsztajn, Odette

Alexis Renaud, Swann

Mathilde Froustey, piano

Daniel Stokes, violon

Stéphanie Romberg, La duchesse

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Proust ou les intermittences du cœur, ballet en deux actes et treize tableaux inspiré du roman de Marcel Proust À la recherche du temps perdu

Avant-dernière sortie de l'année à l'Opéra. Je suis allé voir le ballet Proust ou les intermittences du cœur de Roland Petit (1974). Je n'ai acheté ces places qu'il y a deux semaines, la partie Réservation du site Internet de l'Opéra étant tombée en marche (un peu plus tôt, le bouton Réserver n'apparaissait pas pour ce ballet, j'avais pensé à tort que c'était déjà complet). Au passage, j'ai dû monter jusqu'à un tarif à 40€ : premier rang de troisièmes loges, de côté. Je pense que je continuerai à prendre préférentiellement mes places à 20€ préférées. (La fois précédente, ma place n'était arrivée dans ma boîte aux lettres que quelques jours après le spectacle ; j'avais cependant pu obtenir un duplicata. Cette fois-ci, ce n'est pas passé loin vu que j'ai reçu ma place vendredi dernier, soit deux jours après l'expédition, qui datait d'une semaine auparavant. J'ai comme l'impression qu'il y a des ratés...)

Le ballet s'ouvre sur une musique de Saint-Saëns, Pianistes, extrait du Carnaval des animaux. Suivrons diverses autres musiques de Reynalho Hahn, Wagner, Franck, Fauré, Debussy, Beethoven et Saint-Saëns. La musique qui m'a le plus marqué est celle du quatorzième quatuor à cordes de Beethoven pour le premier tableau du deuxième acte.

Plutôt que de raconter une histoire, ce ballet met en scène diverses impressions inspirées d'À la recherche du temps perdu. Le premier acte s'intitule Quelques images des paradis proustiens et le deuxième Quelques images de l'enfer proustien. Ces images sont très diverses : treize tableaux ! La forme est très variée aussi.

Au premier acte, on trouve en particulier une sonate pour violon et piano de Franck où le violon est interprêté par Daniel Stokes et le piano par Mathilde Froustey, puis Odette (Eve Grinsztajn) et Swann (Alexis Renaud) faisant catleya, de tendres Albertine et Andrée incarnées par Isabelle Ciaravola et Christelle Granier, et enfin, le superbement esthétique tableau concluant le premier acte La regarder dormir, avec Proust jeune (Hervé Moreau) et Albertine.

Le deuxième acte est beaucoup plus sombre, commençant avec une relation compliquée entre Morel (Josua Hoffalt) et Monsieur de Charlus (Aurélien Houette). Le tableau représentant le supplice de Charlus est assez impressionnant. Les deux tableaux qui suivent sont des odes au plaisir ; le deuxième met en scène Morel et Saint-Loup (Christophe Duquenne). Dans le dernier tableau, l'ouverture de Rienzi (Wagner) sonne comme une musique militaire ; La Grande Guerre a passé. Les personnages de la Duchesse de Guermantes et de Proust lui-même viennent clore le ballet.

C'est un beau spectacle, très varié comme je l'ai dit plus haut, à la fois au niveau de la danse et de la musique (cela fait drôle de voir tous les musiciens de l'orchestre sauf quatre s'arrêter pour entendre un quatuor à cordes). Cela dit, j'avais bien davantage apprécié Les enfants du paradis et Onéguine.

Je n'ai pas encore lu Proust. Cela risque d'attendre quelques années : il n'est pas encore dans ma PAL, c'est dire.

Lien permanent — Commentaires


Trois étoiles

2009-05-13 23:08+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2009-05-12

John Cranko, chorégraphie, mise en scène (1965)

Piotr Ilyitch Tchaikovski, musique

Kurt-Heinz Stolze, arrangements et orchestration

Jürgen Rose, décors et costumes

Steen Bjarke, lumières

Reid Anderson, Jane Bourne, répétitions

James Tuggle, direction musicale

Nicolas Le Riche, Onéguine

Aurélie Dupont, Tatiana

Mathias Heymann, Lenski

Mathilde Froustey, Olga

Karl Paquette, Le Prince Grémine

Ballet de l'Opéra

Orchestre de l'Opéra national de Paris

Onéguine, ballet en trois actes de John Cranko d'après Eugène Onéguine d'Alexandre Pouchkine

Si on m'avait dit il y a dix ans qu'en 2009, j'irais régulièrement à l'Opéra, je ne l'aurais pas cru. Qu'on m'eût annoncé que j'apprécierais même de voir des ballets et j'aurais pris le messager du futur pour un fou.

Après avoir apprécié Les enfants du paradis et 希尔薇娅 il y a quelques mois, je me suis décidé à acheter une place pour Onéguine, ballet de John Cranko sur une musique de Tchaïkovski. M'y étant pris un peu tard et n'étant pas encore assez balletomane pour dépenser plus de 20€ dans un ballet, je n'ai pas eu d'autre choix que d'expérimenter un nouveau placement à Garnier : les baignoires. Ces sortes de loges sont situées en dessous de la corbeille. Au prix payé, je n'ai le droit qu'au deuxième rang, ce qui réduit sensiblement l'angle de vue. Plus une baignoire est proche de la scène, plus elle est excentrée et proche d'un pilier. Il était agréable d'être aussi près de la scène, je n'ai pas eu à sortir mes jumelles, mais en contrepartie, la danse sortait parfois de mon champ de vision.

La proportion de Japonaises dans le public est plus élevée qu'à Bastille. Appartenant à cette catégorie, ma voisine a eu un air de terreur à l'idée d'entrependre la folle initiative de se décaler pour rejoindre une moins bonne place, me demandant même l'autorisation de le faire ; je lui ai plutôt suggéré d'avancer sa chaise d'un bon mètre afin de voir mieux (la chaise avait dû être reculée pour permettre aux spectateurs du premier rang de passer).

La musique de Tchaïkovski n'est en rien celle de son opéra Eugène Onéguine ; des morceaux d'autres œuvres ont été assemblés et orchestrés par Kurt-Heinz Stolze pour ce ballet de Cranko en 1965/1967. L'histoire est assez simple : deux sœurs, Olga et Tatiana, s'éprennent l'une du poète Lenski, l'autre d'Eugène Onéguine. L'amour d'Olga est partagé, celui de Tatiana ne l'est qu'en rêve : Onéguine va jusqu'à déchirer la lettre d'amour que Tatiana lui a écrite. Lors d'un bal, Eugène danse un peu trop avec Olga, ce qui provoque l'ire de Lenski qui le provoque en duel. Lenski est abattu d'un coup de pistolet. Des années plus tard, Tatiana est l'épouse du prince Grémine qui organise un bal où se rend Eugène. La situation de départ est inversée : c'est lui, avouant enfin son amour, qui donne une lettre à Tatiana ; la raison finit par l'emporter sur l'amour de Tatiana : elle déchire la lettre.

Les deux rôles principaux étaient hier soir dansés par les étoiles Nicolas Le Riche (Eugène) et Aurélie Dupont (Tatiana). Ils ont deux merveilleux pas de deux, au premier acte dans le rêve de Tatiana et pendant le tumultueux troisième acte. Le programme vendu 10€ date déjà un peu puisque Mathias Heymann y est encore annoncé comment premier danseur : en même temps qu'Isabelle Ciaravola, il a été nommé étoile à l'issue de la première représentation (16 avril). Sa partenaire est Mathilde Froustey (Olga). L'un comme l'autre sont enthousiasmants. Dans un rôle plus martial, Karl Paquette est le prince Grévine.

J'ai commencé mon écoute de la semi-intégrale Brilliant de Haydn il y a un peu plus de deux mois. J'en ai déjà écouté la moitié. Je ne suis vraiment pas mécontent de cet achat. On a peu de chance d'être déçu en tirant au hasard une symphonie ou un quatuor à cordes, par exemple, le quatuor en la majeur opus 20 nº6 (Hob.III:36), qui est le préféré de Michael, narrateur de Quatuor, l'excellent roman de Vikram Seth que je suis en train de lire. Malgré le son du piano-forte, j'ai apprécié le trio pour piano en sol majeur (Hob.XV:25) et surtout son dernier mouvement Finale: Rondo, in the gypsy style.

Lien permanent — Commentaires


La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur

2009-04-05 11:06+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Théâtre — Lectures

Dans une entrée précédente, je discutais de mes impressions au sujet d'une retransmission d'une représentation de La Sonnambula, opéra de Bellini, et d'une perplexité qui avait refait surface à propos des liens familiaux supposés ou non entre Amina et le Comte Rodolfo. Entretemps, j'ai retrouvé ce que je cherchais dans les textes d'introduction de la production dont j'ai un enregistrement (Evelino Pidò, Opéra national de Lyon, avec Natalie Dessay, 2007) : la mention du fait qu'Amina était la fille naturelle de Rodolfo se serait trouvée dans une version préliminaire du livret de l'opéra.

Après avoir lu sur Gallica le texte du ballet de Scribe et Aumer, je suis allé hier à la BnF pour consulter d'autres sources littéraires. Ce fut l'occasion d'utiliser pour la première fois un lecteur de microfiches ; un livre tient sur une ou plusieurs fiches (mesurant environ 10 × 15 cm²) que l'on projète sur un écran ; c'est assez confortable à lire, en blanc sur fond noir. J'ai ainsi lu d'une part une analyse du ballet par un certain M. H. (de moindre qualité que le texte de Scribe et Aumer qui décrivait succintement chaque scène) et d'autre part le texte de la pièce de Scribe et Delavigne dont le ballet est inspiré (il est à noter que la pièce contenait des passages chantés). Voici un tableau récapitulatif des correspondances :

Titre La Somnambule La Somnambule ou l'Arrivée d'un nouveau seigneur La Sonnambula
Genre Comédie-vaudeville Ballet-pantomime Opéra
Auteurs Eugène Scribe et Germain Delavigne Eugène Scribe et Jean-Pierre Aumer, musique de M. Hérold Felice Romani, musique de Vincenzo Bellini
Création 1819, Théâtre du Vaudeville, Paris 1827, Opéra de Paris 1831, Teatro Carcano, Milan
Lieu de l'action (Non précisé) En Provence, dans l'île de la Camargue, auprès d'Arles Un village suisse
La Somnambule Cécile Thérèse Amina
Son parent M. Dormeuil, son père Mme Michaud, meunière, sa mère adoptive Teresa, meunière, sa mère adoptive
Son fiancé Frédéric de Luzy Edmond Elvino
L'étranger Gustave de Mauleon M. Saint-Rambert Le comte Rodolfo
L'aubergiste ― (Mauleon est logé dans le pavillon de Dormeuil) Mme Gertrude Lisa

(Je renonce à comprendre la logique des changements de noms d'une œuvre à l'autre, et aussi l'helvétotropisme.)

L'intrigue de l'opéra est presqu'identique à celle du ballet, mais elle diffère de façon très-significative de celle de la pièce. Dans le ballet et l'opéra, un mariage se prépare entre une jeune fille dont on découvrira qu'elle souffre de somnambulisme et un jeune homme. Le contrat de mariage est signé ; la cérémonie religieuse est prévue pour le lendemain. Un étranger arrive au village où il a l'intention de passer la nuit avant de continuer sa route. Il rejoint la chambre qu'il a louée. Il flirte avec l'aubergiste qui laisse tomber son fichu et s'enfuit quand elle entend des bruits de pas. La somnambule rejoint l'étranger qu'elle prend pour son futur mari, ce qui trouble bien sûr l'étranger. La somnambule finit par s'endormir dans sa chambre. Pendant ce temps, au village, on a découvert que l'étranger était en fait le nouveau seigneur et on vient à son réveil lui manifester un joyeux accueil digne de son rang. Le scandale éclate quand on trouve la mariée dans sa chambre. L'étranger défend sa vertu en expliquant qu'elle souffre de somnambulisme. À d'autres. Son fiancé refuse de se marier avec elle et pour se venger, décide aussitôt d'épouser l'aubergiste (qui a un faible pour lui). Alors que la cérémonie se prépare, la mère de la somnambule intervient en brandissant le fichu de l'aubergiste qu'elle avait trouvé dans la chambre de l'étranger. Nouvel émoi, vite surpassé par l'arrivée de la jeune fille en état de somnambulisme. Elle se lamente sur son sort, clame son innocence et pourtant souhaite le bonheur à son ex-futur mari. Ce dernier est ému et quand elle se réveille, il lui dit qu'elle ne rêve pas et qu'elle est bien en train de voir son époux.

Dans la pièce, le personnage de l'aubergiste n'existe pas. Mauleon est hébergé dans un pavillon par Dormeuil. Mauleon est un ancien ami de Frédéric et un ancien prétendant à la main de Cécile. Elle avait refusé sa proposition le lendemain d'un bal où il avait passé la soirée à danser avec une autre ; pourtant ces deux-là s'aimaient sincèrement. Par dépit, elle avait accepté la demande en mariage de Frédéric. Quand elle voit Mauleon débarquer le jour de son mariage (il est là par hasard), elle est troublée. Quand elle le rejoint dans le pavillon en état de somnambulisme, elle semble essayer de dialoguer avec lui et d'apaiser sa conscience à propos du malentendu qui conduisit à ce qu'elle repoussât sa proposition ; bref, elle l'aime et regrette de n'avoir alors pas accepté.

Quand Frédéric entre dans le pavillon au matin, Mauleon essaie d'éviter qu'il ne regarde de l'autre côté du paravent où Cécile s'est endormie. Quand cela se produit enfin, elle a disparu : il ne reste plus que son schall. [...] La deuxième scène de somnambulisme dévoile l'amour de Cécile pour Mauleon. Frédéric, qui a déjà vu quatre de ses projets de mariage échouer, renonce à épouser Cécile et la donne en mariage à son ami. (On peut noter que dans le ballet, une renonciation hétérologue est exprimée par Mme Gertrude qui laisse Edmond épouser Thérèse ; dans l'opéra, Lisa se fait tout simplement oublier.)

Faire de Rodolfo le père d'Amina semblait être une bonne idée, puisque, de même que la passion liant Cécile à Mauleon expliquait que ses rêves et donc son somnambulisme la fît tendre vers lui, cette filiation rendait plausible qu'elle fût attirée vers lui. Cela eût aussi été cohérent avec la nostalgie qu'exprime Rodolfo dans la première scène. Cela dit, on imagine mal comment insérer cette révélation à la fin de l'opéra sans casser l'ambiance et tomber dans le ridicule qu'évoque Beaumarchais en imaginant comment écrire un Barbier de Séville qui plût à la critique :

Ce Figaro, qui pour toute famille avait jadis connu sa mère, est fils naturel de Bartholo. Le médecin, dans sa jeunesse, eut cet enfant d'une personne en condition, que les suites de son imprudence firent passer du service au plus affreux abandon.

Mais avant de le quitter, le désolé Bartholo, Frater alors, a fait rougir sa spatule ; il en a timbré son fils à l'occiput, pour le reconnaître un jour, si jamais le sort les rassemble. [...]

À l'instant, la plus touchante reconnaissance a lieu entre le médecin, la vieille et Figaro : C'est vous ! c'est lui ! c'est toi ! c'est moi ! Quel coup de théâtre.

Dans le genre, Palpatine avait relevé le ridicule des retrouvailles entre Idomeneo et Idamante dans Idomeneo de Mozart.

Lien permanent — Commentaires


Zoroastre à l'Opéra Comique

2009-03-26 08:31+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Opéra — Danse

Opéra Comique — 2009-03-25

Anders J. Dahlin, Zoroastre

Evgueniy Alexiev, Abramane

Sine Bundgaard, Amélite

Anna Maria Panzarella, Érinice

Lars Arvidson, Zopire, La Vengeance

Jakob Högström, Narbanor

Gérard Théruel, Oromasès, Une voix souterraine

Ditte Andersen, Céphie

Christophe Rousset, direction musicale

Pierre Audi, mise en scène

Amir Hosseinpour, chorégraphie

Patrick Kinmonth, décors, costumes

Peter Van Praet, lumières

Bo Wannefors, chef des chœurs

Chœur et danseurs du Drottningholms Slottsteater

Les Talens Lyriques

Zoroastre (seconde version), Rameau

Je suis allé hier soir pour la première fois à l'Opéra Comique. Le théâtre est de dimension relativement modeste par rapport à pas mal d'autres salles parisiennes. Les toilettes sont appelées lavabos et sont mixtes, ce qui ne laisse d'étonner (depuis l'École normale, je n'ai pas souvenir d'avoir vu d'autre lieu où ce soit le cas) ; robinets malpratiques (oui, je sais, ce mot n'existe pas, mais depuis que j'ai vu le Figaro qualifier les personnalités issues de l'Outremer d'ultramarines, je ne crains plus rien ; dit-on que les Américains sont ultra-atlantiques ? je dois confondre avec ultra-atlantistes).

Je m'installe à ma place. Troisième et dernier rang de trois quarts du deuxième balcon. Malgré les têtes des deux rangs précédents, l'ensemble de la scène est dans mon champ de vision. Je n'ai qu'une vue partielle sur Les Talens lyriques et il me faut me lever pour apercevoir le chef Christophe Rousset qui va diriger Zoroastre (seconde version) de Jean-Philippe Rameau.

L'opéra compte quatre personnages principaux : Zoroastre (ténor), Amélite (soprano) qui s'aiment, mais qui sont menacés par l'alliance des deux amoureux déçus Abramane (baryton) et Érinice (soprano). Les deux camps font usage de la magie et de pouvoirs divins pour contrer les attaques de l'autre. Happy ending. La divinité invoquée par Zoroastre anéantit ses adversaires aux pratiques sacrificielles.

On apprend dans le programme (élégamment mis en page, avec seulement trois pages de pub'), on apprend que Zarathushtra ne doit pas être traduit en étoile d'or (comme le fait penser Zoroastre, qui est une francisation du nom grec), mais en celui qui a de vieux chameaux.

Les chanteurs, nonobstant l'origine scandinave de la plupart, donnent l'impression d'avoir parlé français toute leur vie tant la diction est correcte et le texte ainsi rendu intelligible, les sur-titres sont presqu'inutiles. Comme toujours avec Rameau, la musique est très belle et on a plaisir à écouter l'orchestre.

J'ai beaucoup apprécié la mise en scène de Pierre Audi, à laquelle la chorégraphie des parties dansées concourt harmonieusement. On l'apprécie d'autant plus que le décor est très dépouillé, à tel point que dans le dernier acte, le théâtre est nu, on se serait cru dans un film de Lars von Trier.

Ayant commencé à 20h et entrecoupée de deux entr'actes, la représentation de cet opéra en cinq actes se termine à 23h30 ; avec le RER A et la correspondance triviale à Châtelet pour le RER B, je suis chez moi à peine une heure plus tard.

Une diffusion en direct est prévue sur Radio classique le 27 mars.

Lien permanent — Commentaires


Mallika Sarabhai

2009-03-24 00:27+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Théâtre — Cinéma — Culture indienne

On n'imagine pas toujours les pépites que l'on peut découvrir parfois en cliquant sur le bouton Play dans Dailymotion.

Docteure, chevalière des arts et des lettres, danseuse de kuchipudi et de bharata-natyam, bouleversante Draupadi dans The Mahabharata de Peter Brook (version longue !), directrice de la Darpana Academy of Performing Arts qui créa Phèdre de Racine en hindi, combattante de la cause des femmes indiennes, opposante au controversé chief ministrer du Gujarat Narendra Modi, divorcée, athée, visiblement passionnée par tout ce qu'elle entreprend, Mallika Sarabhai est impossible à résumer.

Quelques vidéos :

Lien permanent — Commentaires


Nayaki

2009-02-23 11:55+0530 (சென்னை) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Ce week-end, je suis resté à Chennai. J'ai visité la cathédrale St. Thomas, qui est bâtie au-dessus de la tombe putative de l'apôtre du Christ. L'entrée de la tombe est située à l'arrière de la cathédrale ; des photographies montrent le précédent pape visitant la tombe. Un mini-musée expose un morceau de l'arme qui l'aurait tué.

Abirami Chidambaram Community Hall, Kotturpuram, Chennai — 2009-02-21

Revathy Ramachandran, bharatanatyam

Samedi, en fin d'après-midi, je suis allé à l'ouverture du quatorzième festival annuel de danse organisé par l'association Nayaki. La cérémonie a commencé par une prière de Miss V. Deepika, disciple de Sudha Raghunathan. Le Managing director d'Ashok Leyland a fait un discours (en tamoul) ; un prix d'excellence a été remis à la compositrice et interprète Dr. Rukmini Ramani ; diverses personnes se sont succédé au micro pour faire son hagiographie, vantant notamment son travail de thèse de doctorat sur son père Papanasam Sivan, grand compositeur de musique carnatique. Des récompenses ont été données à beaucoup de monde, comme à Mrs Lakshmi Ranganathan pour avoir allumé la flamme au cours de la cérémonie.

Après une heure de congratulations, le spectacle de danse a finalement commencé. La danseuse est Revathy Ramachandran dont j'avais déjà vu une disciple. C'est le premier spectacle payant auquel j'assiste lors de ce séjour, la danseuse est manifestement la plus expérimentée de toutes celles que j'aie vues ; elle a déjà dansé dans de nombreux pays, dont la France. Je n'ai pas saisi le sens de la plupart des parties, le plus souvent consacrées à Shiva. Le varnam, la partie principale du récital, devait raconter une rivalité entre deux dévotes de Shiva. La danseuse était accompagnée de quelques musiciens : mridangam, cymbales, chant et vînâ. La dernière partie était très originale, mais j'en avais déjà vu une similaire par sa disciple. Le joueur de mridangam était à mon avis moins bon que l'autre ; l'échange entre cet instrument et la danse était moins riche.

Abirami Chidambaram Community Hall, Kotturpuram, Chennai — 2009-02-22

N. Vijay Siva, chant

Amritha Murali, violon

Manoj Siva, mridangam

Je suis retourné hier à l'Abirami Chidambaram Community Hall pour le deuxième jour de ce festival qui en compte neuf. Comme pour la plupart des soirées qui vont suivre, il n'était plus question de danse, mais uniquement de musique. Le chanteur N. Vijay Siva était accompagné de la violoniste Amritha Murali et du joueur de mridangam Manoj Siva. Deux jeunes disciples jouaient du tanpura. Des problèmes techniques de sonorisation ont perturbé le début du concert. Le micro du chanteur ne fonctionnait pas pendant les premières minutes ; sa voix ne portait même pas jusqu'au quatrième rang, plein centre, où je me trouvais ! En fait, j'ai trouvé la première demi-heure du concert assez médiocre. Quand la composition principale (environ une heure) a débuté, j'ai commencé à apprécier. Sans être extraordinaire, c'était plutôt bien. La manière d'utiliser le violon est très différente de ce qui se pratique dans la musique occidentale. Une partie importante du travail de la musicienne était de reproduire en écho la mélodie chantée par le maître. La spectacle a duré environ deux heures et demie, sans entr'acte.

Un groupe d'avocats sont devenus complètement fous ces derniers jours. Scènes d'émeutes dans et autour de la Haute Cour de Madras. Le Chief Minister, qui se déplace en fauteuil roulant, annonce qu'il commencera une grève de la faim si les avocats et les policiers ne font pas la paix.

Lien permanent — Commentaires


Encore un peu de bharatanatyam

2009-02-13 15:55+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2009-02-12

Shilpa Darshan Kumar (disciple de Guru Revathy Ramachandran), bharatanatyam

Hier soir, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore pour un nouveau spectacle de bharatanatyam, le dernier que je vais voir pour le festival de danse Sri Parthasarathy Swami Sabha. La danseuse Shilpa Darshan Kumar (disciple de Revathy Ramachandran) est sans doute la plus expérimentée de celles que j'aie vues en Inde jusqu'à maintenant. On annonçait au microphone qu'elle s'était déjà produite en Italie, aux États-Unis d'Amérique et à Singapour.

Le public indien n'apprécie pas les spectacles dans le même recueillement que ne le fait le public occidental dans les situations comparables (dans ou musique classique indienne ou européenne). On parle, on bat la mesure un peu bruyamment, on fredonne, on n'a aucune gêne à répondre au téléphone. Hier, un jeune garçon a poussé les limites de la bêtise et du mépris à un point que je n'envisageais pas : courant un peu partout, se rapprochant vraiment très très près de la scène, la gourou s'est même éclipsée de la scène, est passée par les coulisses pour venir lui dire deux mots, ce qui a permis un petit quart d'heure de répit. Je ne comprends pas comment des parents peuvent être aussi peu respectueux pour laisser faire ça.

Le bharatanatyam de la danseuse était très différent de celui de Radhica Giri. Celui de l'une était sobre, solennel, exigeant, ascétique, et malgré tout très gracieux. Celui d'hier était au contraire foisonnant de mouvements complexes de mains, de pieds, exécutés très rapidement. La vitesse était telle que la danseuse a dû perdre en tout cinq ou six clochettes parmi celles accrochées à ses chevilles. À un moment donné, deux ou trois petits mouvements latéraux de pieds ont été nécessaires pour faire table rase de ces obstacles. Après une première pièce, la partie la plus importante du spectacle a été le Varnam, qui était dédié à Subramanian (un des noms de Muruga). Une pièce Om Namah Narayana a ensuite permis à la danseuse de représenter Krishna ou encore Vishnu couché sur l'océan cosmique. Certains exploits de Vishnu devaient aussi être représentés puisqu'un des passages ressemblait à une scène de combat. Ensuite, une autre pièce dont je n'ai pas compris le nom et enfin, un étonnant numéro où les clochettes étaient reines : on a même installé un microphone dédié sur le devant de la scène pour qu'on les entendent mieux. Questions rythmiques du mridangam et réponses de la danseuse.

La gourou, qui jouait des cymbales, a eu un problème sérieux de toux en plein spectacle. Sans que la danse soit perturbée le moins du monde, une jeune femme l'a remplacée et elle s'en est très bien tirée.

Lien permanent — Commentaires


Une drôle de cérémonie

2009-02-11 16:22+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Narada Gana Sabha, Chennai — 2009-02-09

Disciples de Guru Smt. Vijaya-Lakshmi Chandrasekaran, bharatanatyam

Avant-hier soir, je suis allé dans une autre salle de spectacle de Chennai, la Narada Gana Sabha (plus précisément, son mini-hall), pour assister à un nouveau spectacle de bharatanatyam. Dans le journal The Hindu, les annonces de spectacles en page quatre comportent souvent l'indication All are welcome et parfois la plus énigmatique Rasikas welcome. M'étant renseigné sur le sens de ce mot, j'ai compris que cela pouvait se traduire par mélomane et désigne plus particulièrement qui apprécie la musique carnatique. Bref, je pouvais sans problème aller voir ce spectacle. Comme mes expériences en matière de spectacles gratuits à Chennai le montrent, il n'est pas tout à fait évident de savoir a priori à quoi va ressembler le spectacle. Je suis arrivé un peu avant la fin du spectacle précédent où sept étudiants (dont un très jeune garçon) d'une même gourou dansaient. Les deux danseuses les moins jeunes qui intervenaient dans le final (avant les salutations d'usage) semblaient d'un très bon niveau. Pendant que je me replaçais, l'organisateur félicitait les artistes et des récompenses étaient distribuées.

Dans le spectacle que je venais voir intervenaient les douze disciples de gourou Srimati Vijaya-Lakshmi Chandrasekaran ainsi que quelques musiciens (mridangam, cymbales, chant, flûte). Onze filles ayant environ entre sept et quatorze ans et un garçon. Le niveau était assez disparate. Il y a eu un mouvement amusant où une toute petite fille dansait au milieu de quatre autres plus âgées. Pendant les mouvements les plus complexes réalisés par les autres, elle prenait la position Nataraja, en alternant le pied qui vient se porter à la hauteur de la hanche opposée. Vers la fin, les quatre se prosternent devant la divinité, seigneur de la danse. Une seule danseuse était d'un niveau très inférieur aux autres ; elle manquait complètement d'équilibre quand elle se tenait sur un seul pied et elle n'était vraiment pas loin de s'écrouler. Malgré ces défauts ostensibles, le spectacle était assez intéressant et varié. Quelques mouvements rythmiques, quelques pièces qui profitaient de la multitude des danseurs pour réaliser des sortes de tableaux vivants typiques de l'iconographie hindoue. D'autres pièces racontaient une histoire, comme des légendes liées à Krishna. Certaines jeunes danseuses semblaient assez intimidées, d'autres au contraire avaient des visages faits de détachement et de sérénité dignes de déesses et dansaient remarquablement bien. Parmi les pièces très intéressantes, une était dédiée à Shiva et se déroulait sur une musique qui doit être très connue puisque depuis le début de mon séjour, je l'aurai entendue trois fois : Shiva Shambhu Svayambhu (Svayambhu signifie Qui est né de lui-même ; ce nom est notamment appliqué à Brahma, mais dans la tradition shivaïte, Shiva réalise cinq fonctions dont les trois premières sont celles souvent attribuées ailleurs à d'autonomes Brahma, Vishnu et Shiva alors que dans cette tradition, la fonction destructrice n'est qu'une des formes de Shiva, appelée Rudra-Shiva ; bref, il n'est pas inconsistant de dire que Shiva est aussi un créateur, s'étant engendré lui-même).

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2009-02-10

Radhica Giri (disciple de Guru A. Lakshman), bharatanatyam

Hier, je suis retourné au R. K. Swamy Auditorium où un festival de danse se poursuit. J'ai choisi un jour où un récital d'une unique danseuse était au programme ; j'espérais ainsi voir un spectacle d'un niveau un peu supérieur à la moyenne. Je n'ai pas été déçu. La danseuse, Radhica Giri, est américaine, mais manifestement d'origine indienne. Vu qu'il y avait de la place, je me suis installé au premier rang. Au cours du premier mouvement, Pushpanjali, dédié à Ganesh, elle a intégré une séquence où seule la moitié supérieure de son corps bougeait. Il était saisissant de la voir recueillir l'attention du public par des mouvements aussi simples en apparence et réalisés avec une exquise lenteur. À d'autres moments du spectacle, elle n'utilisait au contraire que ses pieds. La partie principale du spectacle était assez exigeante. Elle racontait une histoire d'amour-dévotion de Venkateshwar et était plus abstraite que bien d'autres pièces sur des sujets similaires que j'aie vues. Le novice que je suis n'y a pas compris grand'chose. Ensuite, une pièce dédiée à Radha et Krishna, un long tillana dédié à Devi et enfin une pièce appelant à la paix universelle.

La salle de spectacle est située à Mylapore, non loin du temple Kapaleeshwar. Étant arrivé un bon quart d'heure d'avance avant le début du spectacle, je suis passé autour du temple qui est exceptionnellement illuminé de toutes sortes de lumières, de même que l'immense bassin qui le jouxte. Vers le centre du bassin, une sorte de mandapam de lumières est dressé. Sur un des côtés, un paon ; sur un autre, un lingam.

En rentrant du spectacle, j'ai été bien inspiré de repasser près de ce bassin. Une curieuse cérémonie s'y déroulait. Le public affluait sur les marches des ghats autour du bassin et de l'autre côté des grillages. Un gigantesque radeau bariolé, guidé par des cordes tirées par des hommes depuis le bord de l'eau flottait au son de Shiva Shambhu Svayambhu. Au centre du radeau, trois minuscules idoles de divinités non identifiées (Shiva, Parvati, Muruga ?). Je l'ai regardé faire deux ou trois tours du bassin et suis rentré par le dernier train.

Lien permanent — Commentaires


Week-end à Chennai

2009-02-01 15:44+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

Vendredi soir, je suis allé à pieds au temple Mahalakshmi que j'avais déjà essayé de visiter. Ce temple est dédié à Lakshmi, l'épouse de Vishnu dans ses différentes incarnations. Un escalier monte sur la gauche au niveau du sanctuaire principal, ce qui permet de monter à l'étage, où d'autres formes de Lakshmi sont visibles. On se retrouve alors au milieu des divinités sculptées en pyramide. Quelques mini-temples se trouvent tout autour. On trouve par exemple une galerie des dix avatars de Vishnu, tous drapés d'un tissu blanc, ou encore une représentation de Hanuman (je présume que c'était lui bien que le nom tamoul soit différent).

Hier, je voulais faire un tour à la société théosophique et éventuellement accéder à sa bibliothèque. Je suis arrivé un peu trop tôt dans l'après-midi, j'ai donc poursuivi mon chemin. Dans les environs de ce lieu, appelés Besant Nagar, toutes les rues s'appelent Besant Avenue, Besant Nagar Road ou quelque chose comme ça, avec éventuellement des numéros, ceci en l'honneur d'Annie Besant, célèbre théosophe. Tout était de toute façon hors la carte de mon guide Lonely Planet. Je me suis retrouvé à nouveau du côté du temple Mahalakshmi et des églises voisines. Le temps était très ensoleillé à Elliot Beach.

Après avoir mangé un masala dosa, je suis retourné à la société théosophique et suis entré dans son parc. Ce lieu est extrêmement paisible. Les noms de quelques pays sont écrits au bord des chemins. On y trouve un temple hindou, une église, et paraît-il d'autres lieux de culte. On peut également s'approcher d'un gigantesque banian. J'ai essayé de rentrer dans l'Adyar Library, mais il s'agit d'une forteresse plus difficile d'accès que la Bibliothèque nationale de France ou la Société asiatique de Kolkata puisqu'il faut deux lettres de recommandation pour y entrer. Je pourrais probablement obtenir la signature d'un récipiendaire récent du Padma Bhushan, mais d'ici à la fin de mon séjour, je n'aurai certainement plus l'occasion de repasser.

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2009-01-31

Étudiantes de la Natyanrit Academy (disciples de Guru Marinalini Thyagarajan), bharatanatyam

Je suis retourné à Mylapore pour visiter le temple universel de la mission Ramakrishna et retourner au R. K. Swamy Auditorium pour voir un nouveau spectacle de bharatanatyam. Cette fois-ci, les danseuses étaient des étudiantes de la Natyanrit Academy. Elles n'avaient pas plus de treize ou quatorze ans et dansaient soit seules soit en groupe. Un Pushpanjali dédié à Ganesh, des épisodes de la vie de Krishna, une pièce intéressante sur la dieu de la danse, Nataraja, et bien d'autres. Les musiciens n'étaient pas tous parfaitement au point. À un moment donné, leur guru Marinalini s'est absentée pendant un passage musical et à tendu ces cymbales au chanteur. Ce dernier n'a pas cessé de tenter de faire coller un rythme 2+2 sur un rythme qui avait l'air d'être à cinq temps. J'étais étonné de la longueur des cheveux qui tombaient dans le dos des danseuses. Une d'entre elles a perdu sa rallonge de cinquante centimètres en cours de route...

Aujourd'hui, j'ai pris le train jusqu'au terminus Chennai Beach. Je suis passé devant la haute cour de Madras, protégée des regards par une envahissante végétation verte. Peu de restaurants sont ouverts en ce dimanche, je n'ai trouvé qu'un restaurant qui s'avère être un repaire de mangeurs de viande. J'ai dû renvoyer mon biryani aux œufs en cuisine vu qu'il contenait de gros morceaux de poulet.

Lien permanent — Commentaires


Bharatanatyam à Mylapore

2009-01-30 12:26+0530 (சென்னை) — Culture — Danse — Culture indienne — Voyage en Inde VI

R. K. Swamy Auditorium, Mylapore, Chennai — 2009-01-29

Kumari Seetha Lakshmi (disciple de Guru Natya Kalasarathy Malathi Thothadri), bharatanatyam

Un grand festival de danse a eu lieu il y a quelques semaines à la Music Academy de Chennai. Je n'ai pas pu en profiter, mais, tous les jours, dans The Hindu, on peut trouver des annonces de spectacles, souvent gratuits, qui ont lieu à Chennai. Hier soir, je suis donc allé au Sri Parthasarathy Swami Sabha Dance Festival qui se tient pendant un mois au R. K. Swamy Auditorium à Mylapore (près du Temple Kapaleeshwarar).

J'ai eu un peu de mal à trouver le lieu du spectacle, la rue n'étant pas référencée dans Google Maps. Je suis arrivé à l'entr'acte séparant deux spectacles, tous les deux de bharatanatyam. Dans ce festival, tous les spectacles sauf un de kuchipudi qui avait lieu la veille appartiennent à ce style. Je me suis retrouvé au premier rang, plein centre.

La danseuse Kumari Seetha Lakshmi (disciple de Guru Natya Kalasarathy Malathi Thothadri) n'a certes pas l'élégance des toutes meilleures danseuses de bharatanatyam, comme celles que l'on peut voir à Paris, aux Abbesses, mais néanmoins le spectacle était de très bonne tenue. Accompagnée de cinq musiciens (mridangam, flûte, violon, cymbales, chant) et d'un tanpura électronique, la danseuse a présenté un programme en cinq parties. Les deux premières, dont la pièce principale Varnam, étaient consacrées à Krishna. Le langage dansé m'a semblé globalement plus concret que ce que je vois d'habitude. Krishna était représenté en joueur de flûte. Plusieurs épisodes de sa jeunesse étaient évoqués : sa naissance, ses bêtises (le pot de yaourt renversé), son combat contre un serpent. Je ne sais plus si c'était dans le Varnam ou dans la pièce introductive, mais le personnage de Draupadi intervenait aussi, évoquant un épisode de sa jeunesse dont je ne connais pas l'origine, mais qui trouve un écho dans le Mahabharata quand Draupadi, maltraitée par les Kaurava, invoque Krishna qui se porte à son secours.

La troisième pièce était dédiée à Shiva. La danse cosmique de Shiva Nataraja était bien sûr au rendez-vous. La danseuse a pris plusieurs fois la posture caractéristique de cette forme de Shiva (dont une petite sculpture, comme il est de coutume, était visible sur le côté de la scène). Lorsque le pied gauche vient se hisser plus haut que le genou droit, l'équilibre de la danseuse est mis à l'épreuve.

La quatrième pièce était dédiée à Krishna. Elle évoquait la Bhagavad-Gita. Au début, Arjuna tente désespérément de bander son arc, mais il ne peut s'y résoudre. Son cocher Krishna, dont la fonction est mimée par les mouvements de la danseuse, lui livre une partie de son savoir. Krishna apparaît tantôt comme joueur de flûte, tantôt comme une sage divinité, presqu'aussi sereine qu'un Bouddha. Ensuite, on trouve apparemment une histoire à l'intérieur de l'histoire, censée illustrer la véritable dévotion. Le spectacle s'est terminé par une pièce rapide, un Tillana.

Je suis ensuite allé mangé dans un restaurant du Kerala où j'avais déjà mangé en 2006, près de la Music Academy. J'ai fait l'erreur de commander un Nandu Curry, un curry de crabe, puisqu'aucun instrument du type casse-noix n'était fourni pour briser la carapace. Le manager a écouté mes doléances et accueilli avec curiosité l'idée que l'on puisse utiliser un tel ustensile ; jamais quiconque ne s'était ému à ce sujet auprès de lui. Avec la fourchette, quelques minuscules morceaux de chair étaient accessibles, bref, j'ai surtout mangé la sauce rouge curry avec des pains. Elle s'avère très pimentée ; on doit pouvoir souffrir plus facilement ce piquant comme il accompagne une nourriture solide.

Comme il se faisait tard, plus aucun train local ne circulait, mais j'ai trouvé le moyen de monter dans un rickshaw collectif qui pour un prix modique m'a déposé à une distance raisonnable de ma guest house.

Lien permanent — Commentaires


Wiesenland

2009-01-11 21:50+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Photographies

Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2009-01-11

Pina Bausch, mise en scène et chorégraphie

Peter Pabst, décor

Marion Cito, costumes

Matthias Burkert, Andreas Eisenschneider, collaboration musicale

Marion Cito, Irene Martinez-Rios, Jan Minarik, Robert Sturm, collaboration

Vera Bila, Romano Drom, Ghymes und Fanfare Ciocarlia, Peace Orchestra, Elektrotwist, Bugge Wesseltoft, Sidsel Endresen, Hermenia, Caetano Veloso, José Afonso, René Lacaille, Lili Boniche, Rex Stewart, musique

Regina Advento, Rainer Behr, Andrey Berezin, Damiano Ottavio Bigi, Barbara Kaufmann, Nayoung Kim, Daphnis Kokkinos, Eddie Martinez, Melanie Maurin, Dominique Mercy, Pascal Merighi, Helena Pikon, Jorge Puerta Armenta, Julie Shanahan, Julie Anne Stanzak, Michael Strecker, Fernando Suels Mendoza, Kenji Takagi ou Ales Cucek, Aida Vainieri, danse

Wiesenland, Pina Bausch

Cette année, pas de grève de RER pour m'empêcher de me rendre à Paris pour voir un spectacle du Tanztheater Wuppertal (Pina Bausch), une reprise de Wiesenland.

Grâce à mon abonnement acheté très tôt l'an dernier, je collectionne les premiers ou deuxièmes rangs. Cette fois-ci, je suis au premier rang qui, compte tenu des différentes configurations possibles pour l'avant-scène, est aujourd'hui le rang C. Le public du Théâtre de la Ville fait envie au futur ex-directeur de l'Opéra de Paris (Le Monde daté du 2009-01-09), il n'empêche qu'il est moins doué que l'autre pour ce qui est de se placer : avec un numéro de rang et un numéro de place (numéros impairs côté jardin, numéros pairs côté cour), il ne ne devrait pas y avoir autant de problèmes.

Quand les lumières s'allument, on voit apparaître dans le fond le décor vert bosselé recouvert de mousse dressé verticalement et d'où suinte de l'eau. Vers la fin de la première partie, des machinistes le mettront à l'horizontale. Nous verrons de l'eau, crachée, en seaux, en bouteille, un fauteuil, des serviettes, des cigarettes, une brouette, un inquiétant empilement de sept chaises tête-bêche, des flûtes, une table, de la nourriture (Leader Price), une pomme, trois poules, un ballon et une enveloppe, qui a été déposée dans mes mains par Julie Shanahan :

Wiesenland

Pour ne craindre pas d'être accusé de partialité pour avoir été ainsi corrompu, je dirai juste que j'ai autant aimé, sinon plus, que Vollmond.

Lien permanent — Commentaires


希尔薇娅

2009-01-11 01:48+0100 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2009-01-10

Léo Delibes, musique

Lycette Darsonval, chorégraphie

Philippe Binot, décors et costumes

Han Jiang, lumières

Zhang Yi, direction musicale

Zhu Yan, Sylvia

Aminta, Sheng Shidong

Eros, Hao Bin

Orion, Zing Liang

Diane, Jin Jia

Ballet national de Chine (中国国家芭蕾舞团)

Orchestre Colonne

Sylvia ou la nymphe de Diane (希尔薇娅), ballet en trois actes de Jules Barbier et du Baron de Reinach

Ce soir, je suis allé à la dernière de 希尔薇娅 par 中国国家芭蕾舞团, en français Sylvia ou la nymphe de Diane par le Ballet national de Chine. Les quatrièmes loges de l'Opéra Garnier sont toujours aussi inconfortables, mais j'étais dans un angle idéal pour voir en entier la scène et l'orchestre Colonne dirigé par le plutôt jeune Zhang Yi.

Le sujet de ce ballet, chorégraphié par Lycette Darsonval en 1979 d'après le ballet de Louis Mérante (1876) sur une musique de Léo Delibes, est mythologique : faunes, satyres, naïades, etc. Au premier acte, Aminta est épris de la nymphe Sylvia qu'il espionne. La nymphe Sylvia, associée à Diane, est coiffée d'un croissant de Lune. Sylvia lance une flèche en direction de la statue du dieu Amour, mais Aminta s'interpose et est frappé par ce trait. Amour se venge en visant Sylvia qui se met à aimer Aminta, mais le chasseur Orion enlève Sylvia. Des paysans découvrent Aminta inanimé, mais heureusement, un vieux sorcier en haillons se pointe et le ranime en utilisant une fleur médicinale. Le sorcier est le dieu Amour en personne ; il enlève son déguisement et va tout faire pour qu'Aminta retrouve Sylvia.

Au deuxième acte, Sylvia est dans une grotte, prisonnière d'Orion. Des esclaves dansent. On mange, on danse, on boit. Sous l'effet de la boisson, tout le monde s'endort sauf Sylvia, qui implore Amour de la sauver. Une porte coulissante s'ouvre faisant paraître un bateau ; c'est Amour qui vient chercher Sylvia.

Au dernier acte, les créatures célestes et les paysans sont joyeux, mais Aminta est triste. Pourtant le bateau accoste et un Amour enturbanné relâche de nombreuses jeunes femmes portant toutes le même costume. Pendant cinq ou dix minutes, j'essaie de régler mes jumelles, sans y parvenir : les personnages féminins sont flous. Curieusement, je vois bien les autres. Au bout d'un moment, je comprends qu'elles portent un voile transparent et que c'est une épreuve à laquelle est soumis Aminta : il doit reconnaître Sylvia. Bien entendu, il y parvient. Mes jumelles se remettent à fonctionner, mais Orion revient sur scène et il n'est pas content. Un combat s'engage entre lui et Aminta. Sylvia se réfugie auprès de Diane qui finalement l'abat. Un beau final au premier plan alors qu'au fond de la scène, Amour et Diane montent sur leurs piédestaux respectifs tandis que Sylvia et Aminta sont enfin réunis.

Ailleurs : l'avis de Palpatine.

Lien permanent — Commentaires


Shantala Shivalingappa aux Abbesses

2008-11-29 01:24+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2008-11-29

Shantala Shivalingappa, conception, direction artistique et interprétation

Nicolas Boudier, lumières

Alexandre Castres, vidéo

Namasya

  • Ibuki (chorégraphie et costume d'Ushio Amagatsu)
  • Solo (chorégraphie créée lors d'une résidence au Tanztheater Wupperthal-Pina Bausch)
  • Shift (chorégraphie de Shantala Shivalingappa)
  • Smarana (chorégraphie de Savitry Nair)

Après le récital de bhârata natyam d'hier, je suis retourné cet après-midi aux Abbesses et ai monté les 180 marches du quai de métro à la sortie pour voir un spectacle de Shantala Shivalingappa que j'avais déjà vue deux fois dans le superbe Gamaka (kuchipudi). J'avais acheté une place pour voir Namasya l'an dernier, mais un déplacement au Maroc m'avait contraint à donner ma place. J'avais aussi prévu de la voir dans Bamboo blues, mais cette fois-là, ce fut de la faute de la RATP si je ne pus pas assister au spectacle.

Ce spectacle Namasya n'est pas un récital de danse indienne kuchipudi ; il rassemble quatre soli contemporains issus de collaborations respectives avec Ushio Amagatsu, Pina Bausch, elle-même et sa mère Savitry Nair. Les intervalles permettant à l'interprète de changer de costume sont remplis par des projections de vidéos d'Alexandre Castres montrant la danseuse dans sa spécialité. Bien que le sujet soit très intéressant et photogénique, j'ai trouvé ces images affreuses : floues, mal éclairées, mal cadrées. Il s'est malgré tout trouvé quelques plans réussis.

Dans ces quatre soli, le sens de la danse n'est pas évident. Sans être particulièrement hermétique, la notice du Théâtre de la Ville n'est pas très éclairante non plus à ce sujet.

La première pièce Ibuki est celle que j'ai préférée. Un bien élégant costume blanc, une musique et des mouvements de danse qui pourraient suggérer un cadre naturel dans lequel les plantes et les animaux vivent joyeusement, mais cela pourrait très bien être tout autre chose... Dans cette pièce et dans quelques autres, certains mouvements de mains sont des mouvements de danse kuchipudi. Voir ces mouvements hors contexte est assez troublant.

Dans la deuxième pièce Solo, une danse sensuelle en longue robe noire, peut-être un peu trop longue parce qu'on ne voyait plus les pieds de l'interprète, ce qui est un peu dommage pour de la danse.

Le troisième solo Shift, chorégraphié par l'interprète, m'a fait l'effet d'un ovni. La notice évoque la lenteur de la gestuelle découpée dans l'espace. Et qui n'est pas sans rappeler certains motifs de la statuaire indienne classique. Le début me faisait plutôt penser à une bête féroce à l'affût.

Le quatrième solo Smarana, sur une musique indienne classique, présente la particularité de présenter l'interprète principalement de dos, avec un éclairage assez faible.

Le bilan est globalement positif. À l'avenir, j'irai toujours les yeux fermés voir ses spectacles de danse indienne, et j'irai probablement aussi voir ses spectacles de danse contemporaine, mais par curiosité plus qu'autre chose.

Ailleurs : Bladsurb (2007).

Lien permanent — Commentaires


Alarmel Valli aux Abbesses

2008-11-29 01:45+0100 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2008-11-28

Alarmel Valli, chorégraphie et danse bharatanatyam

Latha Ramchand, chant

C. K. Vasudevan, nattuvangam (chants et cymbales)

Sri Ganesh Ramamoorthy, mridangam

Akkarai Subhalakshmi, violon

G. Raghuraman, flûte

The Forgotten Seed

  • Sunsong
  • Varnam (couleurs du sacré, couleurs du sensuel)
  • Interval musical
  • Poème d'amour et de guerre (Lamentations pour un soldat tombé, La Graine oubliée)
  • Nrittalahari

Ce soir, j'ai assisté à un nouveau récital de bhârata natyam : The Forgotten Seed d'Alarmel Valli. Avant que j'arrive au théâtre, les ennuis RATP s'étaient accumulés. Le RER B s'arrêtait de nombreuses minutes à chaque gare avant de repartir. La ligne 4 était perturbée pour cause de passager malade. On signalait un passager sur les voies de la ligne 1. La ligne 13 n'était pas non plus en reste. Heureusement, il restait la ligne 12 pour rejoindre la station Abbesses.

Le récital s'ouvre sur une pièce dédiée au Soleil. Les mouvements de la danseuse évoquent l'éclosion des lotus, le chant des oiseaux et bien d'autres éléments. Quoique certains mouvements soient très intuitifs, le langage du bhârata natyam m'est encore très largement étranger, mais le problème de langue n'empêche nullement de se laisser enchanter par les mouvements bien plus amples qu'anguleux de cette danseuse.

Comme toujours, les musiciens sont en effectif réduit. Un son de tanpura, un flûtiste, une violoniste, une chanteuse, deux percussionnistes (cymbales et mridangam). La musique, et tout particulièrement le mridangam, concourent admirablement bien à la danse. La variété des sons émis par cet instrument est déroutante.

Avant de commencer le varnam, on prépare un micro afin que la danseuse puisse, dans un français élégant, résumer l'histoire de cette pièce (et plus tard celle des autres) en montrant en même temps les mouvements de mains correspondant aux différentes situations.

Dans ce varnam, l'adoration du dieu prend une double forme : dévotion, amour. Il n'est ni question du Dieu des Juifs, ni de Krishna, mais bien de Shiva, sous la forme du danseur cosmique (Nataraja) ou encore de Nilakantha, celui qui a la gorge bleue (cf. mythe du barattage de la mer de lait). Cette pièce m'a laissé un peu plus perplexe. Si l'action du personnage féminin était parfaitement intelligible, je n'ai pas reconnu les manifestations de Shiva.

Après un entr'acte musical, deux belles pièces. La première s'intitule Lamentations pour un soldat tombé. Elle n'est pas que triste, puisque des moments heureux sont évoqués, quoiqu'avec nostalgie. La deuxième est celle qui donne son nom au récital : La Graine oubliée. À mon avis, c'est la plus réussie. Un jeune couple laisse libre court à son amour sous un laurier. Mais une amie leur dit qu'ils se comportent mal : le laurier fait partie de leur famille, puisqu'ils en ont semé la graine.

Ce très beau récital s'est achevé par un numéro aux rythmes rapides et un court rappel.

Ailleurs : Bladsurb.

Lien permanent — Commentaires


Akram Khan & Juliette Binoche ― In-I

2008-11-23 19:20+0100 (Orsay) — Culture — Danse

Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2008-11-23

Juliette Binoche, codirection et interprétation

Akram Khan, codirection et interprétation

Anish Kapoor, décor

Philip Sheppard, musique

Michael Hulls, lumières

Kei Ito, costumes

Guy Cools, dramaturgie

Nicolas Faure, son

In-I

Mon agenda du mois de novembre est assez chargé en spectacles. Quatre cette semaine et il y en aura encore la semaine prochaine. Pour l'heure, j'avais un spectacle de prévu cet après-midi au Théâtre de la Ville, In-I, conçu et interprété par Juliette Binoche et Akram Khan. Cela faisait plusieurs années que j'essayais d'inclure à mon abonnement des places pour des spectacles de ce dernier, mais à chaque fois, on me disait que c'était plein. Peut-être m'y prenais-je un peu tard ? Cette année, j'ai envoyé mes réservations très tôt, ce qui fait que je me retrouve avec non seulement des places, mais aussi un excellent placement au deuxième rang.

Ce spectacle est à mi-chemin entre théâtre et danse. Juliette Binoche est assurément une excellente comédienne, Akram Khan un excellent danseur et ils le montrent ; nonobstant, leurs possibilités dans la spécialité de leur partenaire semblent tout à fait respectables. Pendant une heure quinze, ils représentent une aventure amoureuse, en commençant par une rencontre inattendue dans un petit cinéma où se projette le Casanova de Fellini. La palette des situations parcourues est diverse : félicité, trivialité du quotidien, union, désunion, violence, réminiscence, réconciliation, etc.

Les textes parlés (en anglais) sont omniprésents au début du spectacle. J'ai été soulagé de les entendre se raréfier par la suite, permettant ainsi aux corps de s'exprimer plus librement.

Ailleurs : l'avis de Palpatine, Bladsurb.

Lien permanent — Commentaires


Les Enfants du paradis à Garnier

2008-10-25 01:52+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Opéra Garnier — 2008-10-24

José Martinez, chorégraphie, adaptation

Marc-Olivier Dupin, musique

François Roussillon, adaptation

Ezio Toffolutti, décors

Agnès Letestu, costumes

André Diot, lumières

Arantxa Sagardoy, assistante du chorégraphe

Licia Lucchese, assistante du décorateur

Pablo Heras-Casado, direction musicale

Eve Grinsztajn, Garance

Bruno Bouché, Baptiste

Karl Paquette, Frédérick Lemaître

Vincent Chaillet, Lacenaire

Alice Renavand, Nathalie

Ghyslaine Reichert, Madame Hermine

Aurélien Houette, Le Comte

Alexandre Gasse, Avril, complice de Lacenaire

Richard Wilk, Jéricho, le marchant d'habits

Alexandre Labrot, Arlequin

Alexis Saramite, Le concierge

Ludmila Pagliero, Rigolette

Christelle Granier, Pamela

Nolwenn Daniel, Desdémone

Sarah Kora Dayanova, La Ballerine

Ballet de l'Opéra

Ensemble Orchestral de Paris

Les Enfants du paradis, ballet en deux actes d'après le scénario de Jacques Prévert

Ce soir, c'était la première fois que j'allais à l'Opéra Garnier pour assister à un ballet. J'y étais déjà allé pour un opéra-ballet, mais sans texte chanté, ce n'est pas du tout la même chose. J'ai vraiment adoré ce spectacle, Les Enfants du paradis, création de José Martinez, d'après le scénario de Jacques Prévert du film du même nom de Marcel Carné, qu'à ma grande honte, j'avoue n'avoir pas vu.

Cela avait failli ne pas commencer du tout. Bien que j'eusse prévu une marge d'une demi-heure, mon RER a été tellement retardé que j'ai craint d'arriver en retard. Il a été transformé en omnibus, s'est trouvé bondé et pour couronner le tout, déguisés en lapins, un petit groupe d'imbéciles étudiants faisaient les zouaves. Changement à Châtelet, direction Pyramides. Je n'avais pas le souvenir que l'avenue de l'Opéra fût si longue. J'arrive tout juste à l'entrée de ma quatrième loge de côté (tout en haut) avant que le spectacle commence. En ayant payé 20€, je ne m'attendais pas à avoir une place aussi satisfaisante. Certes, cela donne un peu le vertige, on est un peu serrés, ce n'est pas très confortable, il faudrait prévoir une genouillère pour ne pas se faire mal en se cognant contre le bord. Pour prévenir l'engourdissement des jambes, il n'y a probablement rien à faire. Malgré ce relatif inconfort, bien calé dans mon siège, je voyais la scène et l'orchestre presqu'en entier. Pour voir le coin qui manquait, il me suffisait de me pencher un peu. M'étant installé au tout dernier moment, je n'ai pas sorti mes jumelles d'opéra pour ne pas faire de bruit. Je me suis bien rattrapé au deuxième acte et ai été agréablement surpris des excellentes conditions de vision que cette place offrait. En comparaison, à Bastille, en six- ou septième catégorie, je ne vois pas aussi bien les visages des artistes.

La musique de Marc Olivier Dupin était belle à écouter. Les décors étaient magnifiques, tout en mise en abyme. Les décors étaient des décors, à l'endroit ou à l'envers. La mise en scène du premier acte était époustouflante, il était impossible de se focaliser sur un point de la scène tant il se passait de choses en même temps : funambules, un bal populaire, du théâtre à l'intérieur du théâtre, etc. Ce n'était finalement pas plus mal de voir ce premier acte sans les jumelles. Bien sûr, l'intrigue se noue autour de Garance et de ceux qui la convoitent : Baptiste, Frédérick, le Comte. Le programme comportait un véritable entr'acte, c'est-à-dire non seulement une pause entre les deux actes, mais aussi un mini-spectacle à part entière. Des tracts ont d'ailleurs été jetés du poulailler pour annoncer une représentation d'Othello au Théâtre du grand escalier. Ainsi donc, sur l'escalier de l'Opéra, Desdémone n'en finissait pas d'agoniser. Sur la scène du théâtre, une répétition du ballet Robert Macaire se tenait.

Le début du deuxième acte se passe toujours dans l'univers du spectacle, avec donc, la création du ballet Robert Macaire de Frédérick Lemaître, qui en est la vedette. À la fin de cette scène merveilleuse, on ne sait plus très bien si on applaudit Frédérick Lemaître et la Ballerine qui viennent saluer ou bien s'il s'agit de Karl Paquette et Sarah Kora Dayanova qui interprètent leurs rôles. Nous sommes à une autre époque qu'au premier acte. Garance a épousé le Comte pour la protection qu'il lui procure et Baptiste a épousé Nathalie qui lui a donné un enfant. En assistant à un spectacle depuis un des fauteuils de l'Opéra (décidément), elle retrouve Baptiste, déguisé en Pierrot, faisant un numéro de pantomime, dont le thème se rapproche curieusement du niveau méta de moins. Il n'a pas d'argent pour acheter un costume au 'chand d'habits, il le poignarde. Quand il débarque au bal du Comte, il porte le costume que son personnage a volé. Garance retombe sous son charme. Le Comte est assassiné par un homme qu'il a humilié. Garance et Baptiste pourraient s'aimer, mais ils sont surpris par un chiffonnier qui est accompagné de Nathalie. Se sentant de trop, Garance part pour ne jamais revenir.

Voilà, c'est superbe, et ça se joue jusqu'au 8 novembre.

Ailleurs : l'avis de Palpatine.

Lien permanent — Commentaires


Pitié !

2008-10-24 01:48+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse

Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2008-10-23

Alain Platel, concept et mise en scène

Fabrizio Cassol, musique originale d'après La Passion selon saint Matthieu de J. S. Bach

Hildegard De Vuyst, dramaturgie

Kaat Dewindt, dramaturgie musicale

Peter De Blieck, scénographie

Claudine Grinwis Plaat Stultjes, costumes

Carlo Bourguignon, lumières

Kurt Lefevre, assistant lumières

Caroline Wagner, Michel Andina, son

Moha Zami, régie plateau

Elia Tass, Émile Josse, Hyo Seung Ye, Juliana Neves, Lisi Estarás, Louis-Clément Da Costa, Mathieu Desseigne Ravel, Quan Bui Ngoc, Romeu Runa, Rosalba Torres Guerrero, danse

Laura Claycomb, soprano

Maribeth Diggle, alto/mezzo

Serge Kakudji, contre-ténorj

Magic Malik, chant/flûte

Fabrizio Cassol, saxophone

Michel Hatzigeorgiou, fender bass, bouzouki

Stéphane Galland, tambours, percussions

Airelle Besson, trompette

Krassimir Sterev, accordéon

Michael Moser, violoncelle

Tcha Limberger, violon

Aka Moon

Pitié !

Une des qualités du Théâtre de la Ville est de proposer des prix très modérés, de sorte que l'on en a toujours pour son argent, que le spectacle plaise ou non. Pour 12€, j'aurai donc eu le privilège d'assister depuis le premier rang à un spectacle qui fait davantage rire que pleurer, mais vu le thème censément abordé, ce n'est pas un compliment.

C'est la troisième fois que j'assiste à un spectacle mettant en scène des œuvres de Bach. Ce spectacle était de loin le moins inspiré des trois. La musique de Fabrizio Cassol reprend, déforme et massacre la musique de la Passion selon saint Mathieu de J. S. Bach. Elle est interprétée par un groupe de huit musiciens situés en hauteur en arrière-scène, au cœur du décor Ikea. Le chant est assuré par la soprano Laura Claycomb (que j'avais déjà vue dans le rôle de Gilda), la mezzo-soprano Maribeth Diggle et l'étonnant contre-ténor Serge Kakudji. Des airs, des choraux et mêmes quelques récitatifs se succèdent. Certains sont adaptés de façon non grotesque, mais d'autres sont complètement dénaturés, comme Können Tränen meiner Wangen ou Mache dich, mein Herze, rein. Le plus vilain massacre est celui du chœur final Wir setzen uns mit Tränen nieder. Il est correctement interprété par l'ensemble jazz Aka Moon, mais au moment où s'attend à entendre le chant débutant de belles voix, on entend les dix danseurs gémir de grotesques onomatopées.

Les trois chanteurs ont des costumes noirs, sauf Serge Kakudji qui a un sweat à l'effigie d'un Jésus pourvu de marques sectaires vishnouïstes. Des pansements sur ses mains et pieds semblent figurer les stigmates de la crucifixion. La répartition des voix n'est pas très cohérente puisqu'on a entendu la mezzo-soprano chanter des phrases en principe chantées par Jésus.

Les dix danseurs forment un groupe étonnant. Certains passages sont assez impressionnants, comme le premier solo de type hip-hop. Les corps sont pincés, contorsionnés, s'utilisent les uns les autres de façon bien curieuse, jouissent, se font mal. Ce n'est pas désagréable, mais tout cela n'a pas fichtrement rapport avec l'histoire qu'ils sont réputés illustrer. En outre, je ne vois pas trop l'intérêt de céder à la trivialité qui consiste à faire voir le séant des danseurs.

Un vers de la Bible à été mis en scène de façon indiscutablement spectaculaire :

Matthieu 27:51 : Alors le voile du sanctuaire se déchira en deux, d'en haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent.

En effet, Laura Claycomb a empoigné une grande hache et en a frappé une table. Au moment précis de l'impact, plusieurs rangées de lumières se sont mises à bouger dangereusement au plafond.

Voilà, c'était Pitié ! d'Alain Platel. Ne pas y aller si on aime trop la musique de Bach pour la voir souffrir ; de toute façon, c'est déjà complet...

Lien permanent — Commentaires


Vingt-quatre heures du râga

2008-09-28 23:22+0200 (Orsay) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Cité de la musique — 2008-09-28

Vingt-quatre heures du râga. L'Inde : le jour.

Sheik Mahaboob Subahani Sheik Meera Saheb, nadhaswaram

Sheik Kale Eshabimahaboob Sheikmahaboob Subhani, nadhaswaram

Govindarajan Rajamannar, tavil

Sankar Manickam, tavil

Musique rituelle des temples (Inde du Sud)

Ensemble Tala Vathyam

Srikanth Venkataraman, violon

Sri Naga Siva Venkata Subbaraya Phal Parupalli, mridangam

Sukanya Ramgopal, gattam

Panwar Koshal Kumar, tabla

Ensemble rythmique

Neena Prasad, danse

Madhavan Nampoothiri Cheerakattu Parameswaran, chant

Satheesan Paliyam Parambil Madhavan, mridangam

Narayanan Muraleekrishnan Pazhangapparambilvadakkemana, vînâ

Krishnakumar Thrikkur Madom Anatharaman, edaka

Danse mohiniattam du Kerala

Shashank Subbu, flûte

Srikanth Venkataraman, violon

Sri Naga Siva Venkata Subbaraya Phal Parupalli, mridangam

Sukanya Ramgopal, gattam

Flûte bansuri (Inde du Sud)

Sudha Ragunathan, chant

Skanda Subramanian Sundarajan, mridangam

Kannan Sadagopan, violon

Raman Ramakrishnan, morsing

Chant carnatique (Inde du Sud)

Divana

Barkat Khan, chant

Anwar Khan, chant

Mehruddin Langa, satâra, sarangui, morchang

Ghewar Khan Manganiar, kamanchiya

Firoze Khan Manganiar, dholak

Gazi Khan Barana, direction, kartâl

Chant du Rajasthan

Kaushiki Chakraborty, chant khyal et thumri

Vijay Gathe, tabla

Hiranmay Mitra, harmonium

Chant khyal et thumri

Ajay Rathore, danse

Aditi Jain, danse

Jyoti Bharti Goswami, tarant

Ramesh Meena, chant, harmonium

Panwar Koshal Kumar, tabla

Danse kathak de Jaipur

Gundecha Brothers

Ramakant, Umakant Gundecha, chant dhrupad

Akilesh Gundecha, pakhawaj

Nirant Gundecha, tanpura

Chant dhrupad

Je reviens des vingt-quatre heures du râga, qui ont commencé hier à 18h. Ce programme audacieux de la Cité de la musique était divisé en deux parties : Nuit, Jour. Sur les neuf spectacles présentés dans chacune des deux parties, sept étaient communs, je n'ai donc pas jugé utile de suivre les deux programmes !

Je me suis donc levé à une heure invraisemblable pour arriver un peu avant 7h à la Cité de la Musique, porte de Pantin, où j'allais pour la première fois. Les alentours de la salle des concerts sont sobrement décorés à l'indienne. J'hallucine un peu en voyant passer devant moi un marchand ambulant de CD ayant quelques difficultés d'expression, ou comment donner aussitôt l'illusion que l'on se trouve sur un autre continent ; en fait, il s'agit d'un musicien d'un groupe rajasthani qui va se produire. Le contrôle est très moderne : l'ouvreur passe un lecteur de codes-barres sur le billet. Évidemment, mon billet fait bugger le système. On n'arrête pas le progrès.

Entre la scène et la première rangée de fauteuils sont disposés des tapis sur lesquels les plus audacieux s'asseyent. Si j'avais su, j'eusse apporté un coussin. Victime du grand ordinateur Shadok, je dois m'installer au deuxième rang. Vu la taille de la salle, dans les configurations usuelles, je suppose qu'à peu près toutes les places doivent être correctes (à moins d'avoir un basketteur devant soi). Les sièges sont très confortables, en tout cas, bien plus que dans un certain nombre d'autres salles parisiennes.

Les groupes se succèdent : musique rituelle des temples (nadaswaram et tavil), ensemble rythmique, danse mohiniattam du Kerala, flûte bansuri, chant carnatique, chant du Rajasthan, chant khyal et thumri, danse kathak de Jaipur, chant dhrupad. Le programme est très chargé : dix heures de spectacles, deux pauses d'un quart d'heure. La première pause d'un quart d'heure a d'ailleurs été quasi-absorbée par le retard accumulé dans la matinée. J'avais à peine fini mon plateau de samosas et mon lassi quand le spectacle suivant commença.

Ne connaissant pas très bien la musique classique indienne, j'appréhendais un peu cette journée, par peur de m'ennuyer. Dans l'ensemble, tout cela était très écoutable. J'ai découvert deux autres styles de danse : le mohiniattam et le kathak. J'avais déjà entr'aperçu un peu de kathak à Allahabad, mais cela ne compte pas. Le mohiniattam semble avoir quelques similitudes avec le bharata-natyam, un autre style de danse du Sud de l'Inde, mais paraît un peu moins compliqué et d'exécution moins rapide. La première différence que j'ai remarquée avec le kathak, c'est que dans cette dernière danse, les danseurs font beaucoup de pirouettes. L'ensemble des danseurs kathak comportait deux danseuses (d'âges très différents) et un jeune danseur. Le peu de cohésion entre les danseurs, leurs manières d'entrer et sortir de scène (ou plutôt de n'en pas sortir quand il conviendrait) ne faisait pas très pro (contrairement aux sept spectacles qui avaient précédé). Ensuite, est venu un entr'acte musical qui s'est achevé par le son de grelots de cheville approchant. Dans leur nouveau costume, les trois danseurs ont présenté une deuxième partie de spectacle bien plus enthousiasmante que la première.

Je n'ai pas encore fait toute la lumière sur le mystère du tampura. Le son de cet instrument est très important dans la musique classique indienne, pourtant, on ne le voit pas si souvent en scène. Il s'agit d'un instrument à cordes. Chacune des cordes est librement actionnée à tour de rôle, ce qui produit un son métallique fluctuant continûment de façon curieuse. Si on faisait la même chose avec un violon, on entendrait quatre notes qui se suivent. Là, toutes les notes se mélangent... Les instrumentistes de tampura joueront la même suite de notes pendant de longues dizaines de minutes consécutives et auront tendance à s'ennuyer ferme. Certains ont eu l'idée de les remplacer par des machines : de fait, beaucoup d'ensembles utilisent un objet électronique qui ressemble de loin à un vieux transistor. Il permet de synthétiser les combinaisons dont ils ont besoin. Ce matin, le joueur de bansuri n'a pas utilisé une de ces machines, mais son ordinateur portable pour ce faire. S'excusant de ce qu'il soit difficile de transporter des tampura, il a utilisé un enregistrement de cet instrument (en insistant pour dire que c'est du real sound). Le dernier ensemble de la journée comprenait deux joueurs de tampura, et pourtant, le leader a utilisé au début une machine, semble-t-il pour accorder les instruments, mais il me semble qu'il ne l'a jamais éteinte, bizarre.

Dans l'ensemble, les spectacles étaient bons voire très bons. Un d'entre eux m'a semblé excellent. C'était celui de Sudha Ragunathan, qui était accompagnée d'un violon, d'un mridangam (percussion) et d'un morsing (guimbarde). Avant chaque pièce, elle a fait l'effort d'expliquer sa structure et le sens du texte (ce n'était pas le cas par exemple du groupe de chanteurs du Rajasthan, je n'ai pas le début du commencement d'une idée sur ce que signifiaient leurs chansons). Plutôt que d'essayer de décrire de la musique carnatique de Sudha Rahunathan, je renvoie à YouTube.

Vers 17h, il ne restait plus qu'un seul spectacle d'une heure. Je me disais que j'y étais presque, qu'il ne restait plus qu'une heure. La mise en place du dernier ensemble (chant dhrupad) a pris pas mal de temps. Les maestros ont mis un temps fou à accorder les deux tampuras. Une gorgée de thé. Ensuite, ils ont eu un petit problème technique. Nouvelle gorgée de thé. Le machiniste intervient. Gorgée de thé. Pendant ce temps-là, le public cache son impatience. Il ne sait peut-être pas encore que ce dernier spectacle est le plus exigeant et austère de tous et que pour tenir jusqu'au bout, il faudra faire des efforts. Pendant plus de trois quarts d'heure, les deux chanteurs ne sont accompagnés que par le son des tampuras. Le chant évolue tout doucement, quand on croit que l'on va avancer un petit peu, non, on revient en arrière, une petite gorgée de thé au passage (il doit être froid maintenant, mais est-ce bien du thé ?). Tiens, le joueur de pakhawaj (percussion) se dégourdit les doigts, jouera, jouera pas ? allez encore dix minutes à attendre. Je commence franchement à m'ennuyer et à la fin de chaque phrase musicale désespère de constater que ce n'est pas une fin. Ce n'est pas que ce soit désagréable à entendre, non, mais c'est juste trop long pour moi. 18h25, le groupe a très largement dépassé son temps. Applaudissements du public qui a réussi à tenir jusqu'au bout. Applaudissements un tout petit peu trop enthousiastes, parce que, profitant de ce que nous sommes arrivés à la fin du programme, le groupe a le champ libre pour sacrifier à la tradition des rappels. Quand j'ai vu que les tampuras en étaient à se faire réaccorder (ce qui prendrait bien cinq minutes par instrument), j'ai lâchement fui.

PS: (2 octobre) Les vingt-quatre heures du râga ont été diffusées en direct sur Internet. Je viens de recevoir un mail de la Cité de la Musique m'informant que l'on peut revisionner ce programme en intégralité jusqu'au 30 octobre. Apparemment, il faudrait un système d'exploitation de la firme de Redmond pour ce faire, mais c'est assez facilement circumambulable... Enjoy!

Lien permanent — Commentaires


Padmini Chettur aux Abbesses

2008-05-05 23:55+0200 (Orsay) — Culture — Danse — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2008-05-05

Padmini Chettur, danse, chorégraphie

Krishna Devanandan, danse

Anoushka Kurien, danse

Akila, danse

Preethi Athreya, danse

Divya Rolla, danse

Maarten Visser, musique

Zuleikha Chaudhari, lumières

Metaphor, Chaitanya Rao, costumes

Pushed

Comme il y a deux ans, je suis allé voir un spectacle de danse de Padmini Chettur au Théâtre de la Ville (Abbesses). Je n'ai pas grand chose à ajouter par rapport à la description très succinte que j'avais faite de Paperdoll. Au moins, cette fois-ci, je savais un peu mieux à quoi m'attendre, malgré les toujours aussi tordants descriptifs de spectacle fournis par le Théâtre. Pour le spectacle Pushed de ce soir, les titres des cinq paragraphes sont une approche contemporaine, une méditation souveraine, une communion des sens finit par hypnotiser celui qui regarde, infinie délicatesse et force quasi tellurique, l'épure de la danse devient hymne à la vie 1. Le spectacle était loin d'être déplaisant. Toutefois, la musique avait été confiée au même artiste que pour Paperdoll : Maarten Visser. Si cela se laissait écouter sans souffrance pendant l'essentiel du spectacle, vers le milieu, tout est devenu très dissonant, pire que d'entendre une quinte du loup pendant un quart d'heure non-stop. Cela a d'ailleurs fait fuir de nombreux spectateurs. Curieusement, parmi les fuyards, il s'est trouvé quelques téméraires à souffrir cette dissonance pour ne s'échapper de la salle qu'après que la musique est redevenue écoutable : pourquoi donc ne pas couronner ce déplaisir de la glorieuse satisfaction d'avoir vu le spectacle en entier ?

[1] À ce propos, Bladsurb (dont on peut lire la chronique sur ce spectacle) me disait il y a quelques jours qu'il trouvait injuste l'incompréhension que suscitent les descriptifs de spectacles de danse du Théâtre de la Ville (cf. le générateur automatique de critiques), affirmant que dans le cas de l'exemple authentique de loc. cit., il trouvait qu'a posteriori, la critique correspondait plutôt pas mal au spectacle qu'il avait vu. Pour le spectacle de ce soir, si après avoir vu le spectacle, je comprends que l'on puisse dire qu'il allie infinie délicatesse et force quasi tellurique, le problème est que pour le commun des mortels, cela ne laisse de susciter l'incompréhension, au mieux l'étonnement en découvrant le spectacle, et pourquoi pas la colère de voir ses attentes déçues.

Lien permanent — Commentaires


Divers

2007-07-01 14:17+0200 (Grigny) — Culture — Danse — Expositions — Lectures — Culture indienne — Voyage en Inde IV — Mathématiques — Photographies

Le jour de la Fête de la Musique, c'est à dire il y a dix jours, j'ai été confronté à un grand contraste entre le spectacle auquel j'assistais et puis ce que j'ai entendu en sortant du théâtre. À l'intérieur du Théâtre de la Ville, aux Abbesses, Shantala Shivalingappa offrait un très harmonieux spectacle de danse kuchipudi. Je ne connaissais pas du tout cette danse, originaire de l'Andhra Pradesh. Je fus très agréablement surpris par les mouvements très arrondis de cette danse, semble-t-il plus facile d'accès que le bharata natyam. Une partie du spectacle comporait une danse sur un plateau : la danseuse en pinçait les bords avec les orteils et pouvait se déplacer en donnant l'impression de flotter sur la scène tout en dansant avec la moitié haute du corps. Divers bracelets de chevilles étaient utilisés au cours du spectacle, parfois ils étaient laissés de côté et la musique se faisait très discrète. L'atmosphère sonore de Montmartre en ce jour particulier pouvait alors se laisser entr'apercevoir : Boum ! Boum !. Je sortais de la salle, conquis par cette danse (qui sera malheureusement absente de la saison 2007-2008 du Théâtre de la Ville), et que découvris-je : un spectacle de fin du monde avec l'illusion que des hordes de jeunes descendaient la rue Ravignan sur de la musique du troisième millénaire. Un peu plus loin, une atmosphère imprégnée des effluves des stands de frites-saucisses, et une station de métro salvatrice.

À la Fondation Henri Cartier-Bresson, j'ai vu deux expositions du travail de Fazal Sheikh. Loin des splendeurs des Gupta, ces expositions, terribles, frappent par les aspects les moins reluisants de l'Inde qu'elles révèlent. La plupart des photographies (noir et blanc) sont des portraits. La première partie s'appelle Moksha (libération du cycle des renaissances) et est consacrées aux femmes, pour la plupart veuves et abandonnées par leur belle-famille (qui, après leur mariage, était devenue leur famille tout court), qui viennent à Vrindavan, tout près de Mathura (que j'ai prévu de visiter en août), pour se consacrer entièrement à l'adoration du dieu Krishna, qui est réputé avoir passé son enfance dans cette région, y avoir séduit des milliers de vachères et y avoir vaincu le démonique Kamsa. Chaque portrait est accompagnés par un résumé de la vie de la femme représentée. L'autre exposition, Ladli, présentait le sort réservé à de nombreuses jeunes filles, jugées indésirables par leurs parents qui auraient préféré avoir des fils, et qui se retrouvent dans des situations sordides : mariées très tôt, exploitées par des maris coureurs de dot ou par des proxénètes, assassinées par leur belle-famille...

Je viens de passer trois jours dans la charmante ville de Münster en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, pour y parler avec un jeune chercheur et y faire un exposé au colloquium. La ville est vraiment remarquable par les aménagements prévus pour les cyclistes. Dans le centre-ville, je n'ai pas vu une seule voiture. On voit régulièrement d'énormes parkings à vélo. Les pistes cyclables rouges sont larges, très bien conçues, de sorte qu'on n'a pas d'acrobatie à faire pour réaliser des virages, passer de la chaussée au trottoir et inversement. J'ai donc testé un tout petit peu les vélos allemands. Leur pédalier présente la singularité de ne pas pouvoir tourner à l'envers : cela actionne un frein. Cela impose de bien calculer son coup lors des arrêts aux feux pour disposer les pédales de façon à pouvoir repartir facilement (alors qu'avec un tour de pédalier en sens inverse, on pourrait toujours s'en sortir sur un vélo français). La personne qui m'invitait parlant très bien français, elle a insisté pour qu'on discute en français pour entretenir son niveau dans notre langue. En dehors, j'ai dû pratiquer un peu l'allemand, en tout cas infiniment plus que lors de mes précédents brefs séjours en Allemagne. J'arrive à suivre quand les hôteliers, serveurs, etc. me posent des questions, mais j'ai beaucoup plus de mal à leur répondre. Néanmoins, pour acheter des gâteaux à la boulangerie, cela allait très bien... Il était censé y avoir une grande exposition de sculptures dans les rues de Münster, mais tout ne devait pas encore être installé, parce que je n'en ai vue qu'une.

Je viens de lire un roman étonnant : Le grand roman indien de Shashi Tharoor. Il faut imaginer l'épopée du Mahabharata transposée dans l'Inde du vingtième siècle, à moins que ce ne soit l'inverse. On y trouve les personnages historiques de la période de la lutte pour l'indépendance de l'Inde, sa partition, et les aléas du pouvoir jusque vers le début des années 1980. Les noms des personnages sont tirés de l'épopée. Jawaharlal Nehru est Dhritarashtra, Gandhi est Bhishma (un des fils de la déesse Ganga, appelé ici Gangaji). La fratrie de Duryodhana est remplacée par la seule Priya Duryodhani (Indira Gandhi). La grande bataille du Kurukshetra est l'élection de 1977 où elle fut battue. De nombreuses libertés sont prises, à la fois avec l'épopée, et avec l'histoire. C'est ce que je trouve toujours ennuyeux avec les romans historiques, c'est qu'on ne peut pas toujours bien distinguer l'Histoire des faits imaginés par l'auteur. C'est un bon roman, plein d'humour, mais qui n'est sans doute vraiment intéressant à lire que si on connaît déjà l'histoire du Mahabharata (la manière la plus plaisante d'y remédier si ce n'est pas le cas étant de lire la version de Jean-Claude Carrière).

Les résultats du Prix Biblioblog du Roman que j'avais évoqué ici viennent de tomber. Il a été décerné à Passage du gué de Jean-Philippe Blondel. À mon avis, tous les livres sélectionnés étaient très bons, mais ce livre-ci faisait parmi de mes préférés, donc je suis très content qu'il ait été choisi.

Lien permanent — Commentaires


Sculpture, danse

2007-06-18 00:56+0200 (Grigny) — Culture — Danse — Expositions — Culture indienne

Il y a quelques jours, je suis allé voir l'exposition L'âge d'or de l'Inde classique — L'empire des Gupta aux Galeries nationales du Grand Palais. L'empire Gupta se situe en Inde du Nord, autour du cinquième siècle. L'exposition commence par des sculptures en grès, pour la plupart étonnament bien conservées, provenant de sites principalement bouddhiques. Puis, les lieux d'origine, les styles et les types d'œuvres se diversifient, avec notamment Vishnu couché sur l'océan cosmique, Shiva ascète, Arjuna recevant l'arme Pashupata de Shiva, Sita dans l'ermitage de Valmiki, l'armée des singes construisant un pont sur l'Océan vers Lanka, etc. C'était très bien, mais je hais les visites guidées : il y avait un groupe d'une vingtaine de personnes qui s'agglutinaient toujours précisément là où je voulais aller... Heureusement pour eux, leur guide avait vraiment l'air de connaître son sujet.

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2007-06-15

Maria-Kiran, danse bharatanatyam, conception, chorégraphie

Guru Jamuna Krishnan, chorégraphie, chant et nattuvangam

Ragini Chandershekar, nattuvangam

M. V. Chandershekar, mridangam

Viju Sivanand, violon

La Face cachée

  • Pushpanjali
  • Varnam (dédié au dieu Shiva)
  • Padam
  • Padam (dédié à Krishna)
  • Tillana

Avant-hier, j'ai assisté au spectacle La Face cachée de Maria-Kiran au Théâtre de la Ville (Abbesses). La dernière fois que je l'avais vue, la musique et les thèmes étaient chrétiens. Cette fois-ci, la musique était indienne et le récital, respectant toujours la structure voulue par le bhârata natyam, comportait comme partie principale un un varnam dédié à Shiva, inspiré par neuf strophes d'un poème de K. N. Dandayudhapani (les organisateurs ont pensé à utiliser les possibilités de sur-titrage de la salle, qu'ils en soient remerciés). Vers la fin, on a eu droit à un petit intermède pédagogique sur le sens de certains mouvements de danse. En effet, avant d'entamer un padam dédié à Krishna, elle disait quelques phrases en rapport avec les amours de Radha et Krishna tout en exécutant les mouvements correspondants. Dans ce contexte, la pose correspondant à Krishna était celle de l'iconographie hindoue : une position décontractée avec une jambe fléchie passant devant l'autre et reposant sur les orteils et les doigts disposés comme sur une flûte traversière (curieusement, il m'a semblé que la jambe gauche passait devant la droite alors que sur la statuette qui se trouve devant moi, c'est le contraire). C'était très clair. Cela m'intéresserait bien de connaître plus de détails sur les codes de cette danse pour mieux la comprendre, mais je ne saurais pas très bien par où commencer.

Théâtre de la Ville — Place du Châtelet — 2007-06-17

Pina Bausch, mise en scène et chorégraphie

Peter Pabst, décor

Marion Cito, costumes

Matthias Burkert, Andreas Eisenschneider, collaboration musicale

Marion Cito, Daphnis Kokkinos, Robert Sturm, assistants à la mise en scène

Amon Tobin, Alexander Balanescu, avec le Balanescu Quartett, Cat Power, Carl Craig, Jun Miyake, Leftfield, Magyar posse, Nanad Jeliç, René Aubry, Tom Waits, musique

Rainer Behr, Silvia Farias, Ditta Miranda Jasfi, Dominique Mercy, Nazareth Panadero, Helena Pikon, Jorge Puerta Armenta, Azusa Seyama, Julie Anne Stanzak, Michael Strecker, Fernando Suels Mendoza, Kenji Takagi, danse

Vollmond (Pleine Lune), Pina Bausch

Cette après-midi, j'allais pour la première fois au Théâtre de la Ville (Place du Châtelet) pour assister au spectacle Vollmond de Pina Bausch. Un décor réduit à une énorme pierre à cheval sur un couloir d'eau peu profond. Douze danseurs qui rentrent et sortent de scène par toutes les issues possibles. Des bouteilles en plastique, des chaises, des verres, un ballon gonflable, et surtout beaucoup d'eau. Pour moi, c'est assez impossible à décrire, mais ce spectacle de deux heures était absolument fascinant.

Lien permanent — Commentaires


Propagande protestante, musique concrète, simplicité

2006-10-26 21:38+0200 (Grigny) — Culture — Musique — Danse — Lectures — Mathématiques

Jusques à l'année dernière, à chaque fois que je passais à Jussieu au début de l'année universitaire, je me faisais accoster par diverses personnes qui prêchaient pour telle ou telle mutuelle étudiante. Ne voulant pas leur faire perdre leur temps, je disais tout de suite que je n'étais pas concerné, mais on ne me croyait pas, alors je devais expliquer que bien que je fusse étudiant, j'étais déjà affilié à une mutuelle. Cette année, je ne dois plus avoir une tête d'étudiant pour eux ; cela tombe bien, je ne le suis plus.

À l'entrée de ce lieu très fréquenté, il y a toujours autant de personnes distribuant divers papiers. Le plus souvent, il s'agit de publicité, parfois de tracts politiques. Mardi dernier, en sortant d'un TD, je me suis vu remettre une petite carte (format carte de crédit) un peu bizarre : dessus, on peut lire cliquez, découvrez, expérimentez ! en-dessous du nom d'un site ConnectezVotreVie.com, avec en fond une étudiante sans doute charmante écrivant sur son cahier tout en regardant ailleurs. Bref, sans trop y faire attention, on pourrait prendre cela pour de la publicité pour un fournisseur d'accès à Internet, un fabricant d'électro-ménager, etc. Mais, en petits caractères, on peut cependant lire Site interactif étudiant pour explorer la foi chrétienne. Ce matin, je suis repassé au même endroit, on m'a tendu un nouvel exemplaire de cette carte ; je l'ai rendue en disant que je l'avais déjà. Je discute un peu avec la jeune femme qui faisait la distribution. Oui, j'étais allé voir le site. Non, cela ne m'avait pas fait croire en Dieu. Non, je ne donnerais pas cette carte à quelqu'un d'autre 1. Bien que je m'intéressasse un petit peu aux religions, j'étais incroyant. Je suis parti peu après qu'elle m'eut dit Mais vous savez, Dieu, il vous aime. Comment peut-on vivre sans ? Dieu vous bénisse.. C'est à mon avis un aspect peu reluisant d'une religion, celui de conduire certains à se sentir investi de la mission d'attirer de nouveaux fidèles. Cependant, il y a un mérite que je peux leur reconnaître, celui de conforter mon incroyance. Ce n'est vraiment pas ce court-métrage qui me fera changer d'opinion.

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2006-10-25

Krishna Devanandan, danse

Preethi Athreya, danse

Ashwini Bhat, danse

Anoushka Kurien, danse

Padmini Chettur, danse, chorégraphie

Maarten Visser, musique

Sumant Jayakrishnan, décors

Paperdoll

Hier soir, je suis allé voir un spectacle de danse. C'était mon baptême de danse contemporaine. J'avais remarqué par une occurrence de bharata natyam dans la description de ce spectacle (Paperdoll, de Padmini Chettur) dans le programme du Théâtre de la Ville ; voilà pourquoi je me trouvais dans cette salle hier. C'était incontestablement de l'art, mais je suis assez déstabilisé. L'accompagnement musical était très étrange, lui aussi très contemporain. Je ne connais rien à cette musique, mais cela devait être un exemple de musique concrète : une sorte de mélange aléatoire (sans rythme particulier) de sons bizarres. Pendant le premier quart d'heure, j'essayais d'imaginer des gouttes de métal liquide coulant d'un robinet que quelqu'un s'amuserait à ouvrir et à couper. Après, je n'ai plus cherché à donner un sens aux sons... Dans des tenues approximativement blanchâtres, cinq danseuses se mouvaient avec extrême lenteur. Bref, au début, je me demandais un peu ce que je faisais là. Il y avait néanmoins une cohésion assez intéressante dans ce groupe : dans les mouvements que j'ai trouvés les plus remarquables, plusieurs danseuses (voire toutes les cinq) étaient liées les unes aux autres par les mains, assurant l'équilibre harmonieux de l'ensemble, ou mettaient délicatement leur main en contact avec le visage de la voisine.

J'ai passé le début de mon après-midi à retrouver comment montrer que le groupe alterné sur au moins 5 lettres est un groupe simple. Je prévois en effet de l'enseigner en TD la semaine prochaine. Après m'être convaincu que je savais faire, je suis monté à la bibliothèque pour aller voir comment c'était fait dans les livres canoniques d'algèbre de niveau licence/maîtrise/CAPES/agrégation. Le Perrin n'était pas dans les rayons (il y a un gros trou dans la rangée de livres à cet endroit, je suppose qu'il y a toujours des hordes d'agrégatifs, capessiens, TD-persons qui en ont besoin en même temps). Les livres étant rangés thématiquement, je regarde les livres avoisinants. Combien grande fut ma déconvenue lorsque je vis les horreurs que contenaient certains ouvrages. Dans un livre de cours de l'algèbre, la démonstration me sembla comporter des erreurs béantes. Dans un autre qui se montrait assez agréalablement mis en page, je suis tombé sur une erreur grossière dans un paragraphe qui paraissait se vouloir synthétique. J'ai également échoué sur un ouvrage en roumain de la période communiste ; les mathématiques y avaient l'air aisément déchiffrables, mais je n'ai pas poussé l'ascétisme jusqu'à y chercher le théorème que je voulais. J'ai vu un autre livre à la typographie trahissant une époque reculée où dans le premier chapitre d'analyse, on expliquait la notion de nombre variable infiniment petit ! Après ces tâtonnements, j'ai consenti à ouvrir une valeur sûre (le Tauvel), pour y découvrir finalement ce que je voulais. La démonstration qui s'y trouve est un peu plus directe que celle que j'avais reconstituée.

En rentrant chez moi en RER, je n'ai pas vraiment pu me mettre à la lecture du roman en cours, ne parvenant pas à évacuer les groupes symétriques de ma tête...

Pense-bête : il va falloir que je réorganise les catégories (ou plutôt tags) que j'associe aux entrées de blogs, puisqu'en l'état, ce n'est pas satisfaisant du tout.

[1] Prétérition. Je ne pensais pas en parler sur ce blog.

Lien permanent — Commentaires


J-2

2006-08-01 16:58+0200 (Grigny) — Culture — Danse — Lectures — Voyage en Inde II

Je suis pour ainsi dire prêt pour partir en Inde du Sud après-demain. J'ai déjà préparé une liste exhaustive de choses à apporter, histoire de ne rien oublier. J'espère que tout va rentrer dans mon sac à dos. Je savoure mes derniers thés chinois avant un bon moment et vais me lancer dans une nouvelle séance de repassage/pliage. Mes conditions de vie se sont déjà rusticisées depuis hier puisque je n'ai plus d'eau chaude à cause de travaux dans mon immeuble.

Il faut aussi que je choisisse quelques livres à emporter, en plus du Rāmāyaṇa que je compte finir sur place. À propos de listes d'achats, mon panier Amazon vient de se vider après trois mois d'inactivité, dommage... Aujourd'hui, j'ai également eu le plaisir de me replonger dans la brochure du Théâtre de la Ville et écouter pendant de longues minutes leur musique d'attente au téléphone pour remplacer un des spectacles de mon abonnement qui était déjà complet ; les textes de présentation de ces spectacles sont excessivement spécieux (cf. le pastiche suivant), mais cependant, tous les spectacles que j'y ai vus étaient excellents.

Lien permanent — Commentaires


Bhâratî

2006-03-05 01:20+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Opéra — Danse — Culture indienne

Palais des Congrès — 2006-03-04

Bhavna Pani, Bharati

Gagan Malik, Siddharta

Rahul Vohra, Le narrateur

Nikam Mangesh, Domraja

Yusuf Kinnu Khan, Raj

Jojo Khan, mise en scène, chorégraphie

Shirili Deshe, mise en scène

Roni Sinai, mise en scène

Kamlesh Pandey, histoire

Gashash Deshe, conception

Bhâratî, il était une fois l'Inde

Je reviens du spectacle Bhâratî (site). Ce n'était pas mal du tout, les danses étaient plutôt réussies (une bonne soixantaine de danseurs en tout). Je regrette cependant que ce fut essentiellement une juxtaposition de passages dansés (ou seulement chantés) sans réelle organisation. En fait, c'était comme un opéra baroque : récitatif, air, récitatif, air... Le récitant était plutôt sympathique, il parlait de quelques coutumes indiennes et de la pseudo-histoire, expédiée en quelques phrases : Bharati rencontre un charmant indien ayant vécu à l'étranger : Siddharta, mais son père Domraja la fiance avec un autre, Raj ; puis Siddharta va voir Domraja, et finalement il se marie avec Bharati.

Ce n'était pas désagréable, mais j'hésiterais à conseiller ce spectacle : le prix était très élevé (les places les moins chères étaient à 50 €) et puis le programme du spectacle avait un prix absolument indécent (15 €, là où en des endroits chics au possible comme le Théâtre des Champs-Élysées on se contente le plus souvent de nous faire payer au maximum 5 ou 6 €).

Les chansons étaient issues de films indiens (dont le programme n'indique pas les titres, grrr...). J'ai au moins reconnu des chansons des films suivants :

Bref, je préfère donc voir une danseuse exceptionnelle plutôt que de voir des dizaines de personnes faire de la danse synchronisée autour de danseurs leaders. Cependant, je ne regrette nullement d'avoir fait le déplacement, ces occasions étant trop rares.

Lien permanent — Commentaires


Bhârata/Bach

2006-02-14 21:43+0100 (Grigny) — Culture — Musique — Danse — Culture indienne

Théâtre de la Ville — Les Abbesses — 2006-02-14

Maria-Kiran, danse bharatanatyam

Claudio Brizi, claviorganum

Gianfranco Borrelli, violon, alto

Milena Salvini, conception et réalisation

Vidyà, chorégraphies

Bhârata/Bach

  • Ouverture Invocatoire, prélude 552 A
  • Choral BWV 584
  • Confession, choral BWV 622
  • Choral BWV 699
  • Alleluya, extrait de la cantate BWV 51
  • Choral BWV 721
  • Culte de la parole, extraits de la Partita BWV 766
  • Choral BWV 731
  • Offertoire/Élévation, extrait de la cantate BWV 78
  • Choral BWV 559
  • Sanctus, extrait de la Messe en si mineur BWV 232
  • Consécration, choral BWV 727 et choral BWV 140-4
  • Communion, extraits de la cantate BWV 140
  • Choral extrait de la cantate BWV 140 (final)
  • Conclusion, triple fugue BWV 552 B
  • Post-Conclusion, choral extrait de la cantate BWV 147

Je reviens d'un spectacle au thème original : de la danse classique indienne (bhârata natyam) sur de la musique religieuse chrétienne de Bach. Vous imaginez bien qu'avec un tel programme, je ne pouvais pas manquer cela 1.

C'était pour ainsi dire le premier spectacle de danse auquel j'assistais ; je suis assez impressionné. Il y a dans cette danse peu de mouvements spectaculaires ; elle est exécutée avec une certaine solennité, les mouvements de mains semblant assez complexes et codifiés ; malgré cette majesté, des émotions très fortes jaillissaient de l'expression du visage de la danseuse Maria-Kiran. Difficile de résister pendant les évocations de certains épisodes de la Passion 2, en particulier les instants pendant lesquels la Cène était évoquée, je n'avais jamais ressenti cela pendant un spectacle.

L'instrument utilisé par le musicien Claudio Brizi était aussi très original : il s'agissait du claviorganum, une sorte de mélange entre le clavecin et l'orgue. Je n'ai reconnu que peu de morceaux de musique, qui étaient principalement des chorals. Je suis même tout perturbé de n'avoir pas reconnu le Sanctus de la Messe en si mineur...

[1] Au cas où, j'ai mis les mots importants en gras.

[2] Il n'y avait pas d'extraits de la Johannes-Passion ni de la Matthäus-Passion.

Lien permanent — Commentaires

Date de génération : 2012-02-05 14:30+0100 ― Mentions légales.